- Quelles sont les questions pouvant guider une séance de mouvements alternatifs ?
- Le questionnement narratif en alcoologie. Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
- Le questionnement en thérapie du lien et des mondes relationnels. Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
- Questionner un lombalgique. Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
- Que ressentez-vous maintenant dans le corps ? Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
- Percevoir les ressources, malgré tout, en orientation solutions. Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
- «Il nous faudrait un miracle». Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
- Le questionnement dans le modèle de Bruges. Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
- Le questionnement stratégique de Palo Alto. Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
- Comment pourriez-vous aller plus mal ? Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
- Sur le chemin du pardon: stratégies pour faire la paix avec le passé. Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
- Le questionnement stratégique. Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
- Le questionnement thérapeutique. Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
- Le questionnement, outil de relation et de coopération. Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
Psychotherapie Brève, EMDR, Hypnose Ericksonienne, Sophrologie Caycedienne, Hypnose Thérapeutique, EMDR - IMO. Formations à Paris, Marseille, Strasbourg, Bordeaux.
Mis à jour : il y a 45 min 28 sec
PsychoTraumatisme infantile, comment repenser l’écoute institutionnelle à la lumière de l’EMDR.
Les récentes affaires de violences en milieu éducatif ont mis en évidence un problème structurel : la manière dont les institutions interprètent, ou plutôt échouent à interpréter, la parole traumatique de l’enfant. Alors que la neurobiologie du psychotrauma est aujourd’hui bien établie, les pratiques judiciaires continuent, elles, de s’appuyer sur des critères narratifs inadaptés aux spécificités du développement cérébral.
Cette discordance expose les alors enfants à une double vulnérabilité : celle du traumatisme initial et celle d’une écoute institutionnelle qui ne reconnaît pas ses manifestations !!!
La mémoire traumatique de l’enfant est une organisation non narrative.
Les connaissances actuelles en psychotraumatologie montrent que chez l’enfant, l’encodage d’un événement violent se fait en fragments sensoriels, émotionnels et corporels, plutôt qu’en récit structuré. L’immaturité de l’hippocampe, la dominance de l’amygdale et les mécanismes de survie (sidération, figement, dissociation) produisent : des souvenirs difficilement datables, des images isolées, des sensations corporelles très intrusives, des variations chronologiques.
Ces manifestations ne sont pas des anomalies : elles constituent la forme typique de la mémoire traumatique infantile. Elles expliquent pourquoi un enfant peut évoquer une odeur très précise, puis rester silencieux pendant des semaines, ou modifier certains détails d’un entretien à l’autre.
L’EMDR : une approche totalement adaptée aux fragments mnésiques.
L’EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing) est aujourd’hui l’une des méthodes les plus pertinentes pour traiter les traumatismes même précoces. Sa spécificité tient à sa capacité à travailler à partir des éléments disponibles, même lorsqu’ils sont minimes ou non verbalisés.
L’EMDR va pouvoir permettre de: mobiliser les fragments sensoriels sans exiger un récit complet, de réduire la dissociation et les états de figement, de faciliter l’intégration progressive des souvenirs dans un réseau autobiographique plus cohérent, de respecter les zones d’amnésie sans aucune pression exploratoire, et de pouvoir restaurer la continuité interne là où le trauma a créé du "morcellement".
Là où les institutions attendent une narration linéaire, l’EMDR va s’appuyer sur la réalité neuropsychologique du trauma : un souvenir éclaté, non organisé, parfois inaccessible.
Les critères judiciaires : un décalage hélas persistant avec la clinique.
Dans de nombreux dossiers, les variations de récit, les contradictions périphériques ou les révélations tardives sont interprétées comme des indices de fabulation. Or, ces éléments sont cliniquement compatibles avec: la dissociation, l’amnésie traumatique, la réactivation tardive, l’évitement, et la sidération.
Cette confusion entre symptôme et soupçon constitue un biais majeur. Elle contribue à la sous-reconnaissance des violences sexuelles sur mineurs et à la disqualification de la parole traumatique.
Les révélations tardives : un phénomène neuropsychologique aujiourd'hui bien documenté.
La littérature clinique, y compris dans les suivis EMDR, décrit depuis longtemps la possibilité de révélations différées, parfois plusieurs décennies après les faits.
Ce phénomène n’a rien d’exceptionnel. Il est neurobiologiquement explicable et cliniquement attendu. Le considérer comme suspect revient à méconnaître la dynamique même du psychotrauma complexe.
La blessure institutionnelle : un second traumatisme.
Lorsque la plainte d’une victime est classée pour « incohérences » ou « manque de clarté », l’impact psychique est bien entendu considérable. Dans les suivis EMDR, cette blessure secondaire apparaît souvent comme un nœud traumatique à part entière, nécessitant un retraitement spécifique. Et des fois même, le noeud principal !
La disqualification institutionnelle réactive la honte, renforce la dissociation et peut entraîner un effondrement psychique majeur. Elle constitue une revictimisation, parfois plus déstabilisante que le trauma initial.
Plaidoyer pour une écoute institutionnelle alignée avec la clinique !!!
Pour que la justice cesse de confondre trauma et mensonge, plusieurs axes sont indispensables : une formation systématique des professionnels judiciaires à la neurobiologie du trauma, une généralisation des protocoles d’audition adaptés (NICHD, UAPED), une prise en compte des manifestations non narratives dans l’évaluation de la crédibilité, une collaboration accrue entre cliniciens spécialisés (dont praticiens EMDR) et acteurs judiciaires, une protection renforcée des professionnels qui signalent des situations de danger.
L’objectif n’est pas de transformer les enquêteurs en thérapeutes, ni les thérapeutes en enquêteurs, mais de garantir que les critères d’évaluation soient compatibles avec la réalité du développement cérébral et du trauma infantile.
Ainsi donc, tout réside dans le fait de reconnaître la forme réelle du trauma.
L’EMDR rappelle que la mémoire traumatique de l’enfant n’est pas un récit, mais une empreinte sensorielle et émotionnelle. Tant que les institutions exigeront une narration que le cerveau traumatisé ne peut pas produire, elles continueront à disqualifier les victimes.
La clinique sait depuis longtemps comment écouter ces fragments. Il appartient désormais aux systèmes judiciaires et médico-sociaux de s’y accorder.
* Vous cherchez une Formation en EMDR Intégrative Certifiante, Validée par France EMDR IMO ® sur Paris, Marseille, Nancy, Strasbourg, Bordeaux... ?
* Annuaire des Praticiens en EMDR, IMO, HTSMA, TLMR
* Association France EMDR-IMO ®: le Registre des Praticiens et Formations EMDR-IMO de France.
Cette discordance expose les alors enfants à une double vulnérabilité : celle du traumatisme initial et celle d’une écoute institutionnelle qui ne reconnaît pas ses manifestations !!!
La mémoire traumatique de l’enfant est une organisation non narrative.
Les connaissances actuelles en psychotraumatologie montrent que chez l’enfant, l’encodage d’un événement violent se fait en fragments sensoriels, émotionnels et corporels, plutôt qu’en récit structuré. L’immaturité de l’hippocampe, la dominance de l’amygdale et les mécanismes de survie (sidération, figement, dissociation) produisent : des souvenirs difficilement datables, des images isolées, des sensations corporelles très intrusives, des variations chronologiques.
Ces manifestations ne sont pas des anomalies : elles constituent la forme typique de la mémoire traumatique infantile. Elles expliquent pourquoi un enfant peut évoquer une odeur très précise, puis rester silencieux pendant des semaines, ou modifier certains détails d’un entretien à l’autre.
L’EMDR : une approche totalement adaptée aux fragments mnésiques.
L’EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing) est aujourd’hui l’une des méthodes les plus pertinentes pour traiter les traumatismes même précoces. Sa spécificité tient à sa capacité à travailler à partir des éléments disponibles, même lorsqu’ils sont minimes ou non verbalisés.
L’EMDR va pouvoir permettre de: mobiliser les fragments sensoriels sans exiger un récit complet, de réduire la dissociation et les états de figement, de faciliter l’intégration progressive des souvenirs dans un réseau autobiographique plus cohérent, de respecter les zones d’amnésie sans aucune pression exploratoire, et de pouvoir restaurer la continuité interne là où le trauma a créé du "morcellement".
Là où les institutions attendent une narration linéaire, l’EMDR va s’appuyer sur la réalité neuropsychologique du trauma : un souvenir éclaté, non organisé, parfois inaccessible.
Les critères judiciaires : un décalage hélas persistant avec la clinique.
Dans de nombreux dossiers, les variations de récit, les contradictions périphériques ou les révélations tardives sont interprétées comme des indices de fabulation. Or, ces éléments sont cliniquement compatibles avec: la dissociation, l’amnésie traumatique, la réactivation tardive, l’évitement, et la sidération.
Cette confusion entre symptôme et soupçon constitue un biais majeur. Elle contribue à la sous-reconnaissance des violences sexuelles sur mineurs et à la disqualification de la parole traumatique.
Les révélations tardives : un phénomène neuropsychologique aujiourd'hui bien documenté.
La littérature clinique, y compris dans les suivis EMDR, décrit depuis longtemps la possibilité de révélations différées, parfois plusieurs décennies après les faits.
Ce phénomène n’a rien d’exceptionnel. Il est neurobiologiquement explicable et cliniquement attendu. Le considérer comme suspect revient à méconnaître la dynamique même du psychotrauma complexe.
La blessure institutionnelle : un second traumatisme.
Lorsque la plainte d’une victime est classée pour « incohérences » ou « manque de clarté », l’impact psychique est bien entendu considérable. Dans les suivis EMDR, cette blessure secondaire apparaît souvent comme un nœud traumatique à part entière, nécessitant un retraitement spécifique. Et des fois même, le noeud principal !
La disqualification institutionnelle réactive la honte, renforce la dissociation et peut entraîner un effondrement psychique majeur. Elle constitue une revictimisation, parfois plus déstabilisante que le trauma initial.
Plaidoyer pour une écoute institutionnelle alignée avec la clinique !!!
Pour que la justice cesse de confondre trauma et mensonge, plusieurs axes sont indispensables : une formation systématique des professionnels judiciaires à la neurobiologie du trauma, une généralisation des protocoles d’audition adaptés (NICHD, UAPED), une prise en compte des manifestations non narratives dans l’évaluation de la crédibilité, une collaboration accrue entre cliniciens spécialisés (dont praticiens EMDR) et acteurs judiciaires, une protection renforcée des professionnels qui signalent des situations de danger.
L’objectif n’est pas de transformer les enquêteurs en thérapeutes, ni les thérapeutes en enquêteurs, mais de garantir que les critères d’évaluation soient compatibles avec la réalité du développement cérébral et du trauma infantile.
Ainsi donc, tout réside dans le fait de reconnaître la forme réelle du trauma.
L’EMDR rappelle que la mémoire traumatique de l’enfant n’est pas un récit, mais une empreinte sensorielle et émotionnelle. Tant que les institutions exigeront une narration que le cerveau traumatisé ne peut pas produire, elles continueront à disqualifier les victimes.
La clinique sait depuis longtemps comment écouter ces fragments. Il appartient désormais aux systèmes judiciaires et médico-sociaux de s’y accorder.
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Traumatisations complexes et sensorialité : corps absent et/ou phobie des sensations.
10ème Congrès Hypnose Douleur. Véronique Cohier-Rahban, Psychologue. Corps violentés/Corps menaçants.
Lorsque les corps des enfants ont été régulièrement violentés, une fois devenus adultes, ils peuvent les percevoir comme des corps menaçants. Ces enfants qui ont subi des violences répétées par les personnes censées en prendre soin, développent diverses stratégies de survie.
Durant les psychothérapies des Traumatisations Complexes (TC), ces adultes peuvent présenter des spécificités qui vont compliquer les approches psycho-corporelles telles que l’utilisation de l’hypnose.
Aujourd’hui, nous savons que dans les états de TC, la parole ne suffit pas car le corps est chargé de mémoires traumatiques. Ces mémoires corporelles sont accessibles par des approches hypnotiques (hypnose éricksonnienne, S.E., EMDR, IMO.,…). Comment accéder à ces mémoires lorsque la personne est dissociée de son corps à tel point que celui-ci reste insenti, semble ne pas exister, sauf à rester un outil pratique ayant son existence propre ?
A l’extrême inverse, comment y accéder lorsqu’une sensation convoque hypersensibilité et phobie du moindre ressenti ? Au travers d’exemples cliniques nous illustrerons ces possibles conséquences des violences passées et proposerons différentes manières de rétablir une connexion apaisée au corps.
Comment s’approcher du corps dans la sécurité et le confort, par quels canaux ? Nous verrons comment les émotions, les mouvements conscients et la relation avec le thérapeute vont aboutir, petit à petit, à la réassociation de la personne avec son corps.
Sources: Institut Emergences Rennes.
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Durant les psychothérapies des Traumatisations Complexes (TC), ces adultes peuvent présenter des spécificités qui vont compliquer les approches psycho-corporelles telles que l’utilisation de l’hypnose.
Aujourd’hui, nous savons que dans les états de TC, la parole ne suffit pas car le corps est chargé de mémoires traumatiques. Ces mémoires corporelles sont accessibles par des approches hypnotiques (hypnose éricksonnienne, S.E., EMDR, IMO.,…). Comment accéder à ces mémoires lorsque la personne est dissociée de son corps à tel point que celui-ci reste insenti, semble ne pas exister, sauf à rester un outil pratique ayant son existence propre ?
A l’extrême inverse, comment y accéder lorsqu’une sensation convoque hypersensibilité et phobie du moindre ressenti ? Au travers d’exemples cliniques nous illustrerons ces possibles conséquences des violences passées et proposerons différentes manières de rétablir une connexion apaisée au corps.
Comment s’approcher du corps dans la sécurité et le confort, par quels canaux ? Nous verrons comment les émotions, les mouvements conscients et la relation avec le thérapeute vont aboutir, petit à petit, à la réassociation de la personne avec son corps.
Sources: Institut Emergences Rennes.
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Au Vietnam, dans la chambre des âmes. Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80.
Voici un rituel de possession, nouvellement créé au Vietnam dans les années 2000, dont un ethnologue rend compte dans ses travaux. Au confluent de contextes socio-politique, historique et religieux, l’institutionnalisation laïque de ces rencontres rituelles, dans la « chambre des âmes », peut interroger à plu- sieurs égards.
Ce lieu, appartenant à une organisation gouvernementale dite scientifique, accueille, lors de séances organisées régulièrement, les membres de familles en quête de communication avec leurs morts, en particulier avec ceux dont la sépulture a été égarée lors d’événements tragiques et violents du passé récent de ce pays. Ces familles endeuillées ne pouvant effectuer leurs rites dédiés aux ancêtres, inspirés de coutumes brahmaniques, bouddhistes ou animistes, cherchent à communiquer avec leurs morts ou à retrou- ver leurs sépultures. Quelle que soit la genèse de ce rituel récent de possession par les morts (« áp vong » ou « apposer l’âme »), c’est sur le déroulement et le cadre dans lesquels il se réalise qu’il est intéressant de s’attarder.
S’affranchissant de toute forme religieuse ou de « superstition », obéissant à une méthode stricte et invariable, les séances, menées par des « spécialistes » ni médiums-exorcistes, ni initiés ou thérapeutes, ont pour but d’appeler l’âme d’un défunt à pénétrer le corps d’un des parents présents, afin que la famille puisse communiquer avec ce mort et ainsi per- mettre que son âme, alors errante, retourne près de leur foyer.
Le possédé doit se laisser envahir par l’âme du mort...
Plusieurs familles se retrouvent, assises par terre, dans une pièce dépourvue des signes cultuels habituels : peu d’offrandes, pas de musique ou de tambours, pas de psalmodies, de danses ou de talismans, pas d’invocations ; seul l’encens brûle près d’un autel supportant un bouddha. Au centre du cercle formé par les membres de chaque famille, est posée une liste écrite de défunts avec lesquels on souhaite entrer en communication. Sont égrenées, lors d’un long préambule, l’ensemble des directives que tous devront suivre pour que puisse se produire l’incarnation d’un mort. Parfois préenregistrées, dans un ton monocorde, ces recommandations sont nombreuses : fermer les yeux, rester concentré et silencieux, « les mains posées sur les genoux, les paumes vers le haut, sans serrer les doigts, sans se tenir les mains », le visage gardé droit de sorte que les spécialistes voient si une âme se présente ; porter attention aux signes possibles de possession dans son corps : frissons, picotements, somnolence, mouvements de la tête, ou dans le corps d’un des membres de la famille ; si un défunt semble se manifester chez l’un d’eux, l’interroger au moyen de questions fermées, lui exprimer concrètement de l’affection et s’adresser au possédé par le nom de celui qu’il incarne ; le possédé doit se laisser envahir par l’âme du mort, ne pas réagir aux sollicitations contraires à la possession comme, par exemple, ne plus répondre à son véritable nom ; ne pas manifester de signes de possession si l’on n’est pas possédé...
L’attente ensuite se déploie. Les séances se déroulent sous le signe de l’imprévu, de l’inconnu, de l’incertitude : qui va être possédé parmi les membres de la famille ? Est-ce que le mort pourra communiquer avec les vivants ? Va-t-il donner des précisions sur la localisation de son corps ? Chacun s’observe et observe les autres ; le spécialiste guette. Les manifestations de possession peuvent être spectaculaires ou discrètes, violentes ou douces, agressives ou drôles... S’amorce alors la « construction collective d’une incarnation » soutenue par des discussions ou négociations intrafamiliales. Celles-ci, parfois longues et conflictuelles, sont engendrées par le doute émis par tel membre de la famille quant à la véracité de la possession ou l’identité du défunt incarné, ou par son refus d’admettre la possession exposée. Les spécialistes eux-mêmes participent à cette co-construction et s’interrogent : le client est-il l’incarnation d’un défunt ? Est-ce tel membre de la famille cité dans la liste des défunts présentée en début de rencontre ? Leurs interventions guident les séances : ils adressent au possédé un dis- cours empruntant à un champ lexical suggestif évoquant le « corps », les « cadavres » ou les « cadavres vivants », ils posent la main sur la tête de leur client, geste prohibé habituellement dans cette culture, signifiant peut- être par là qu’ils n’ont plus affaire à un être appartenant à la société des vivants...
Une femme hoche la tête, semblant être possédée par un de ses ...
Lire la suite...
Dr Sylvie Le Pelletier-Beaufond Médecin-psychothérapeute depuis 1991, hypnothérapeute, thérapeute systémique de famille et de couple, à Paris en libéral. Formatrice, elle reçoit des professionnels en supervision. Formée à l’Institut Milton Erickson de Paris et par Mony Elkaïm, sa pratique clinique s’inspire de la pensée de François Roustang. Membre de la Société française de Thérapie familiale. Anthropologue des religions et diplômée de l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco).
Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80: Fev. / Mars / Avril. 2026. TRAUMATISMES.
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°80…
6 / Éditorial : L’importance d’aller dans le sens de la résistance Julien Betbèze.
8 / En couverture : Mikhaël Allouche & Ana Waalder. Le récit alternatif Interview par Sophie Cohen.
12 / Faire face à une situation réputée difficile Donner du temps au temps Jacques-Antoine Malarewicz.
20 / Le vide, l’inspiration, la vacuité. Exemples d’intervention en thérapie systémique et stratégique brève. Nathalie Koralnik.
30 / Deuil en thérapie narrative. « Bonjour Papi Georges » Stéphanie Robert.
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
40 / Introduction Gérard Ostermann.
44 / La perte en gériatrie. Miroir d’un effondrement psychique. Johanna Rabinovici.
DOSSIER TRAUMATISMES
55 / Levée d’amnésie traumatique.« Ranger sa bibliothèque lorsque les souvenirs reviennent ». Cécile Condaminas. Notes de lecture.
62 / Endométriose post-traumatique Libérer les sujets du pouvoir du monde traumatique avec la TLMR. Éric Bardot. Notes de lecture.
74 / Viols et abus sexuels avec usage de stupéfiants Traitement avec la PTR Gérald Brassine. Notes de lecture.
QUIPROQUO
84 / Difficile. S. Colombo, Muhuc.
BONJOUR ET APRÈS...
88 / Madeleine. Sa vie bouleversée après les soins d’un cancer. Sophie Cohen.
CULTURE MONDE
92 / Au Vietnam, dans la chambre des âmes. Sylvie Le Pelletier-Beaufond.
LIVRES EN BOUCHE
96 / J. Betbèze, S. Cohen.
Illustrations du numéro: Mikhael Allouche et Ana Waalder.
Ce lieu, appartenant à une organisation gouvernementale dite scientifique, accueille, lors de séances organisées régulièrement, les membres de familles en quête de communication avec leurs morts, en particulier avec ceux dont la sépulture a été égarée lors d’événements tragiques et violents du passé récent de ce pays. Ces familles endeuillées ne pouvant effectuer leurs rites dédiés aux ancêtres, inspirés de coutumes brahmaniques, bouddhistes ou animistes, cherchent à communiquer avec leurs morts ou à retrou- ver leurs sépultures. Quelle que soit la genèse de ce rituel récent de possession par les morts (« áp vong » ou « apposer l’âme »), c’est sur le déroulement et le cadre dans lesquels il se réalise qu’il est intéressant de s’attarder.
S’affranchissant de toute forme religieuse ou de « superstition », obéissant à une méthode stricte et invariable, les séances, menées par des « spécialistes » ni médiums-exorcistes, ni initiés ou thérapeutes, ont pour but d’appeler l’âme d’un défunt à pénétrer le corps d’un des parents présents, afin que la famille puisse communiquer avec ce mort et ainsi per- mettre que son âme, alors errante, retourne près de leur foyer.
Le possédé doit se laisser envahir par l’âme du mort...
Plusieurs familles se retrouvent, assises par terre, dans une pièce dépourvue des signes cultuels habituels : peu d’offrandes, pas de musique ou de tambours, pas de psalmodies, de danses ou de talismans, pas d’invocations ; seul l’encens brûle près d’un autel supportant un bouddha. Au centre du cercle formé par les membres de chaque famille, est posée une liste écrite de défunts avec lesquels on souhaite entrer en communication. Sont égrenées, lors d’un long préambule, l’ensemble des directives que tous devront suivre pour que puisse se produire l’incarnation d’un mort. Parfois préenregistrées, dans un ton monocorde, ces recommandations sont nombreuses : fermer les yeux, rester concentré et silencieux, « les mains posées sur les genoux, les paumes vers le haut, sans serrer les doigts, sans se tenir les mains », le visage gardé droit de sorte que les spécialistes voient si une âme se présente ; porter attention aux signes possibles de possession dans son corps : frissons, picotements, somnolence, mouvements de la tête, ou dans le corps d’un des membres de la famille ; si un défunt semble se manifester chez l’un d’eux, l’interroger au moyen de questions fermées, lui exprimer concrètement de l’affection et s’adresser au possédé par le nom de celui qu’il incarne ; le possédé doit se laisser envahir par l’âme du mort, ne pas réagir aux sollicitations contraires à la possession comme, par exemple, ne plus répondre à son véritable nom ; ne pas manifester de signes de possession si l’on n’est pas possédé...
L’attente ensuite se déploie. Les séances se déroulent sous le signe de l’imprévu, de l’inconnu, de l’incertitude : qui va être possédé parmi les membres de la famille ? Est-ce que le mort pourra communiquer avec les vivants ? Va-t-il donner des précisions sur la localisation de son corps ? Chacun s’observe et observe les autres ; le spécialiste guette. Les manifestations de possession peuvent être spectaculaires ou discrètes, violentes ou douces, agressives ou drôles... S’amorce alors la « construction collective d’une incarnation » soutenue par des discussions ou négociations intrafamiliales. Celles-ci, parfois longues et conflictuelles, sont engendrées par le doute émis par tel membre de la famille quant à la véracité de la possession ou l’identité du défunt incarné, ou par son refus d’admettre la possession exposée. Les spécialistes eux-mêmes participent à cette co-construction et s’interrogent : le client est-il l’incarnation d’un défunt ? Est-ce tel membre de la famille cité dans la liste des défunts présentée en début de rencontre ? Leurs interventions guident les séances : ils adressent au possédé un dis- cours empruntant à un champ lexical suggestif évoquant le « corps », les « cadavres » ou les « cadavres vivants », ils posent la main sur la tête de leur client, geste prohibé habituellement dans cette culture, signifiant peut- être par là qu’ils n’ont plus affaire à un être appartenant à la société des vivants...
Une femme hoche la tête, semblant être possédée par un de ses ...
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Dr Sylvie Le Pelletier-Beaufond Médecin-psychothérapeute depuis 1991, hypnothérapeute, thérapeute systémique de famille et de couple, à Paris en libéral. Formatrice, elle reçoit des professionnels en supervision. Formée à l’Institut Milton Erickson de Paris et par Mony Elkaïm, sa pratique clinique s’inspire de la pensée de François Roustang. Membre de la Société française de Thérapie familiale. Anthropologue des religions et diplômée de l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco).
Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80: Fev. / Mars / Avril. 2026. TRAUMATISMES.
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°80…
6 / Éditorial : L’importance d’aller dans le sens de la résistance Julien Betbèze.
8 / En couverture : Mikhaël Allouche & Ana Waalder. Le récit alternatif Interview par Sophie Cohen.
12 / Faire face à une situation réputée difficile Donner du temps au temps Jacques-Antoine Malarewicz.
20 / Le vide, l’inspiration, la vacuité. Exemples d’intervention en thérapie systémique et stratégique brève. Nathalie Koralnik.
30 / Deuil en thérapie narrative. « Bonjour Papi Georges » Stéphanie Robert.
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
40 / Introduction Gérard Ostermann.
44 / La perte en gériatrie. Miroir d’un effondrement psychique. Johanna Rabinovici.
DOSSIER TRAUMATISMES
55 / Levée d’amnésie traumatique.« Ranger sa bibliothèque lorsque les souvenirs reviennent ». Cécile Condaminas. Notes de lecture.
62 / Endométriose post-traumatique Libérer les sujets du pouvoir du monde traumatique avec la TLMR. Éric Bardot. Notes de lecture.
74 / Viols et abus sexuels avec usage de stupéfiants Traitement avec la PTR Gérald Brassine. Notes de lecture.
QUIPROQUO
84 / Difficile. S. Colombo, Muhuc.
BONJOUR ET APRÈS...
88 / Madeleine. Sa vie bouleversée après les soins d’un cancer. Sophie Cohen.
CULTURE MONDE
92 / Au Vietnam, dans la chambre des âmes. Sylvie Le Pelletier-Beaufond.
LIVRES EN BOUCHE
96 / J. Betbèze, S. Cohen.
Illustrations du numéro: Mikhael Allouche et Ana Waalder.
La perte en gériatrie. Miroir d'un effondrement psychique. Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80.
Monsieur D., 84 ans, a vu son monde s’écrouler avec la mort de sa femme. Son corps exprime sa souffrance, une chute traduit son effondrement. Comment aider ce patient à retrouver confiance et apaisement ?
En se reconnectant, grâce à l’hypnose, à l’écoute de son corps, de ses souvenirs ravivés par des métaphores.
Travailler en tant que psychologue en unité de Soins médicaux et de réadaptation invite à porter son regard sur le corps. Les symptômes somatiques sont divers et variés : conséquences de la maladie, fatigue liée à l’avancée en âge, suite de chirurgie, chute... Le corps occupe une place centrale dans ce type de service. Et fréquemment il se trouve être le support privilégié de l’expression du psychisme. La fatigue dit alors « je me sens las de vivre », la douleur crie « j’ai peur de ce qui va m’arriver », la chute explique « je me sens effondré »...
La gérontologie, une clinique nécessairement intégrative.
Il y a de ces gens qui vieillissent bien, ceux que la société veut nous montrer, nous faire envier. Il faudrait alors manger correctement, bouger plus, tout faire pour prévenir les maux de l’âge, tout faire pour, finalement, ne pas trop vieillir. Il y a aussi ceux que l’on ne veut pas voir, ceux qui nous rappellent la fini- tude de l’être humain. Peut-être ravivent-ils en nous cette angoisse de mort ? Peut-être ne veut-on pas associer la vie à la perte ? Perte de ses capacités, physiques, intellectuelles, perte de ce que l’on fut et perte de l’illusion de ce que l’on aurait pu être.
Ces changements biologiques, cognitifs et sociaux liés à l’âge ont inévitablement des répercussions psychologiques chez nos aînés. Philippe Thomas (2019) écrit d’ailleurs : « Certaines personnes âgées sont ainsi condamnées à des doubles, triples peines, voire plus : faiblesse médico-sociale liée aux conséquences de l’âge, maladies chroniques, marginalisation sociale et difficultés d’accès aux services de soins ou d’aide ».
Cela est d’autant plus visible en milieu hospitalier où la personne y séjourne pour des raisons directement somatiques et/ou cognitives. Les pertes, au sens large, sont nombreuses. Les personnes sont par exemple davantage sujettes aux altérations fonctionnelles et aux traumatismes corporels, suite aux chutes par exemple (il y a une dizaine d’années, prévalence de 10 à 25 % chez le sujet dit âgé). Ces atteintes physiques engendrent des douleurs pouvant se chroniciser et privant parfois la personne de certaines capacités, telles que la marche.
Ainsi, comment accompagner la vie quand elle semble doucement s’échapper ?
Il s’agit quelquefois d’apaiser les angoisses, de tenir la main pour rassurer, ou encore d’in- viter, ceux qui le peuvent, à mettre en mots leurs maux. C’est une adaptation à chaque rencontre, la création d’un lien de confiance afin que la personne se sente entendue et comprise, reconnue. Et parfois, à la question « comment accompagner ? », la réponse est évidente : le début du mieux-être est à cher- cher dans l’ici et maintenant puisque, sans le savoir, la personne est déjà détentrice de sa solution.
L’hypnose s’inscrit dans cette même démarche, humaine, à travers laquelle le praticien est au service de la personne et l’accompagne dans la recherche d’un mieux-être. Ce changement, parfois difficile d’accès, est rendu possible par l’hypnose qui vise la (re) mise en mouvement de ce qui peut être bloqué inconsciemment. Par conséquent, la pratique de l’hypnose et l’approche intégrative et humaniste qu’elle sous-tend prennent tout leur sens dans la prise en charge en gériatrie. Pour illustrer ces propos, je vous présente le cas de Monsieur D.
ANAMNÈSE
Monsieur D. est âgé de 84 ans, il vit seul à domicile. Il a perdu sa fille il y a plusieurs années de cela et plus récemment sa femme. Il se sent proche de son fils et de sa petite- fille, est entouré par ses voisins et amis. Il est hospitalisé pour une altération de son état général (du fait d’un carcinome métastatique) au sein d’un service de réadaptation spécialisé en onco-gériatrie. Je le rencontre dans ce contexte. Monsieur D. me raconte qu’il a chuté chez lui. Très rapidement, des larmes apparaissent dans ses yeux. Il pleure à l’évocation du décès inattendu de sa femme survenu au début de l’année dernière. Partie à l’hôpital pour ce qui semblait être une infection urinaire, elle n’est jamais revenue ; Monsieur D. ayant reçu l’appel d’un interne pour lui annoncer son décès. Il me dit ne pas avoir eu davantage d’explications, avoir continué sa vie en mettant à distance cet événement et les émotions associées, jusqu’au jour où il a chuté. Chute qu’il décrit comme un effondrement (« je me suis effondré ») à la fois sur le plan physique mais surtout d’un point de vue psychologique.
Monsieur D. pleure à plusieurs reprises pendant cet échange, notamment lorsqu’il exprime une émotion quelle qu’elle soit : tristesse, peur ou encore gratitude. Il ne fait pas cas de sa santé physique, ne parle pas du tout de son cancer, la souffrance morale prenant toute la place.
Monsieur D. semble être une personne volontaire, acteur de sa prise en charge rééducative et qui souhaite, en parallèle, « aller mieux dans ma tête », selon ses termes. La problématique semble être la trace traumatique laissée par la perte inattendue de sa femme qui n’a pas été élaborée puisque rapidement mise à distance. Cela se traduit par des symptômes identifiés pendant ce premier entretien : débordement émotionnel (pleurs récurrents), ruminations avant l’endormissement, quelques fois réveils nocturnes, évitement (ne veut pas parler de son passé et de sa femme) et le ressenti de Monsieur D. (l’effondrement). Je propose que l’on fasse une séance d’hypnose lors de notre prochaine rencontre, Monsieur D. accepte.
Travail autour des émotions.
Je revois Monsieur D. pour lui proposer une séance d’hypnose formelle. Cet entretien est une continuité du premier échange que nous avons eu, où des éléments viennent s’ajouter à son discours, permettant de mettre un peu plus de sens derrière son vécu. Il pleure à plusieurs reprises pendant ce début d’entretien, principalement lorsqu’il parle du décès de sa femme. Il aimerait pouvoir effacer cet événement mais n’y arrive pas. Avec un recadrage cognitif et des explications sur la façon dont fonctionnent les pensées, il comprend que nous ne pouvons pas effacer un événement, que nous pouvons néanmoins en changer la perception. Petit à petit, Monsieur D. s’apaise, me verbalise que le fait de savoir qu’il peut en parler avec quelqu’un lui amène déjà un cer- tain apaisement. Il décrit aussi un mal-être à cause de pensées qui se mélangent, du fait qu’il n’arrive pas à isoler ses idées.
Nous prenons le temps de définir un objectif pour cette séance d’hypnose. Le fait de poser une intention en amont de la séance est un moteur pour amorcer et orienter le travail de l’inconscient.
L’objectif pour Monsieur D. est de se sentir plus apaisé avec ses émotions. Je lui propose de se situer sur une échelle allant de 0 à 10, 10 étant le fait de se sentir complétement apaisé. Actuellement, il se situe à 4/10 et aimerait se sentir apaisé à 6/10 après la séance (« ce serait déjà bien »). En pratique, pour certaines personnes, l’utilisation d’une échelle aide à se projeter vers un objectif plus concret car quantifiable.
Je recueille ensuite le thème de la séance à partir duquel j’accompagnerai Monsieur D. Il me raconte un souvenir d’une partie de pétanque avec ses amis. Je propose à Monsieur D. de s’installer le plus confortable- ment possible (et non de s’installer confortablement puisqu’avec les affections soma- tiques, la personne ne se sent souvent pas ou peu confortable) et m’assure qu’il m’entend correctement. Nous commençons la séance...
- Thérapeute : « Pour commencer, je vous invite à prendre conscience de la pièce dans laquelle vous vous trouvez. Vous pouvez balayer la chambre du regard, regarder autour, les murs blancs, la fenêtre qui permet de voir les arbres dehors, la télévision, la table, la chaise, et plus proche de vous, le fauteuil, le lit, vos mains... et puis vous pouvez aussi porter votre attention sur les bruits, les sons, pour l’instant c’est plutôt calme, et parfois il y a du bruit qui vient du couloir, du brouhaha... et c’est normal, cela fait partie du décor. Je vous propose à présent de porter votre attention sur...
Pour lire la suite
Johanna Rabinovici Psychologue diplômée d’un master de Psychologie de la santé, du développement et du handicap. Exerce actuellement en hôpital gériatrique, au sein de différents services : soins longue durée, soins médicaux et de réadaptation, oncogériatrie et prises en charge palliatives. Diplômée du DU d’Hypnose médicale de la Faculté de médecine de Lyon.
Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80: Fev. / Mars / Avril. 2026. TRAUMATISMES.
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°80…
6 / Éditorial : L’importance d’aller dans le sens de la résistance Julien Betbèze.
8 / En couverture : Mikhaël Allouche & Ana Waalder. Le récit alternatif Interview par Sophie Cohen.
12 / Faire face à une situation réputée difficile Donner du temps au temps Jacques-Antoine Malarewicz.
20 / Le vide, l’inspiration, la vacuité. Exemples d’intervention en thérapie systémique et stratégique brève. Nathalie Koralnik.
30 / Deuil en thérapie narrative. « Bonjour Papi Georges » Stéphanie Robert.
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
40 / Introduction Gérard Ostermann.
44 / La perte en gériatrie. Miroir d’un effondrement psychique. Johanna Rabinovici.
DOSSIER TRAUMATISMES
55 / Levée d’amnésie traumatique.« Ranger sa bibliothèque lorsque les souvenirs reviennent ». Cécile Condaminas. Notes de lecture.
62 / Endométriose post-traumatique Libérer les sujets du pouvoir du monde traumatique avec la TLMR. Éric Bardot. Notes de lecture.
74 / Viols et abus sexuels avec usage de stupéfiants Traitement avec la PTR Gérald Brassine. Notes de lecture.
QUIPROQUO
84 / Difficile. S. Colombo, Muhuc.
BONJOUR ET APRÈS...
88 / Madeleine. Sa vie bouleversée après les soins d’un cancer. Sophie Cohen.
CULTURE MONDE
92 / Au Vietnam, dans la chambre des âmes. Sylvie Le Pelletier-Beaufond.
LIVRES EN BOUCHE
96 / J. Betbèze, S. Cohen.
Illustrations du numéro: Mikhael Allouche et Ana Waalder.
En se reconnectant, grâce à l’hypnose, à l’écoute de son corps, de ses souvenirs ravivés par des métaphores.
Travailler en tant que psychologue en unité de Soins médicaux et de réadaptation invite à porter son regard sur le corps. Les symptômes somatiques sont divers et variés : conséquences de la maladie, fatigue liée à l’avancée en âge, suite de chirurgie, chute... Le corps occupe une place centrale dans ce type de service. Et fréquemment il se trouve être le support privilégié de l’expression du psychisme. La fatigue dit alors « je me sens las de vivre », la douleur crie « j’ai peur de ce qui va m’arriver », la chute explique « je me sens effondré »...
La gérontologie, une clinique nécessairement intégrative.
Il y a de ces gens qui vieillissent bien, ceux que la société veut nous montrer, nous faire envier. Il faudrait alors manger correctement, bouger plus, tout faire pour prévenir les maux de l’âge, tout faire pour, finalement, ne pas trop vieillir. Il y a aussi ceux que l’on ne veut pas voir, ceux qui nous rappellent la fini- tude de l’être humain. Peut-être ravivent-ils en nous cette angoisse de mort ? Peut-être ne veut-on pas associer la vie à la perte ? Perte de ses capacités, physiques, intellectuelles, perte de ce que l’on fut et perte de l’illusion de ce que l’on aurait pu être.
Ces changements biologiques, cognitifs et sociaux liés à l’âge ont inévitablement des répercussions psychologiques chez nos aînés. Philippe Thomas (2019) écrit d’ailleurs : « Certaines personnes âgées sont ainsi condamnées à des doubles, triples peines, voire plus : faiblesse médico-sociale liée aux conséquences de l’âge, maladies chroniques, marginalisation sociale et difficultés d’accès aux services de soins ou d’aide ».
Cela est d’autant plus visible en milieu hospitalier où la personne y séjourne pour des raisons directement somatiques et/ou cognitives. Les pertes, au sens large, sont nombreuses. Les personnes sont par exemple davantage sujettes aux altérations fonctionnelles et aux traumatismes corporels, suite aux chutes par exemple (il y a une dizaine d’années, prévalence de 10 à 25 % chez le sujet dit âgé). Ces atteintes physiques engendrent des douleurs pouvant se chroniciser et privant parfois la personne de certaines capacités, telles que la marche.
Ainsi, comment accompagner la vie quand elle semble doucement s’échapper ?
Il s’agit quelquefois d’apaiser les angoisses, de tenir la main pour rassurer, ou encore d’in- viter, ceux qui le peuvent, à mettre en mots leurs maux. C’est une adaptation à chaque rencontre, la création d’un lien de confiance afin que la personne se sente entendue et comprise, reconnue. Et parfois, à la question « comment accompagner ? », la réponse est évidente : le début du mieux-être est à cher- cher dans l’ici et maintenant puisque, sans le savoir, la personne est déjà détentrice de sa solution.
L’hypnose s’inscrit dans cette même démarche, humaine, à travers laquelle le praticien est au service de la personne et l’accompagne dans la recherche d’un mieux-être. Ce changement, parfois difficile d’accès, est rendu possible par l’hypnose qui vise la (re) mise en mouvement de ce qui peut être bloqué inconsciemment. Par conséquent, la pratique de l’hypnose et l’approche intégrative et humaniste qu’elle sous-tend prennent tout leur sens dans la prise en charge en gériatrie. Pour illustrer ces propos, je vous présente le cas de Monsieur D.
ANAMNÈSE
Monsieur D. est âgé de 84 ans, il vit seul à domicile. Il a perdu sa fille il y a plusieurs années de cela et plus récemment sa femme. Il se sent proche de son fils et de sa petite- fille, est entouré par ses voisins et amis. Il est hospitalisé pour une altération de son état général (du fait d’un carcinome métastatique) au sein d’un service de réadaptation spécialisé en onco-gériatrie. Je le rencontre dans ce contexte. Monsieur D. me raconte qu’il a chuté chez lui. Très rapidement, des larmes apparaissent dans ses yeux. Il pleure à l’évocation du décès inattendu de sa femme survenu au début de l’année dernière. Partie à l’hôpital pour ce qui semblait être une infection urinaire, elle n’est jamais revenue ; Monsieur D. ayant reçu l’appel d’un interne pour lui annoncer son décès. Il me dit ne pas avoir eu davantage d’explications, avoir continué sa vie en mettant à distance cet événement et les émotions associées, jusqu’au jour où il a chuté. Chute qu’il décrit comme un effondrement (« je me suis effondré ») à la fois sur le plan physique mais surtout d’un point de vue psychologique.
Monsieur D. pleure à plusieurs reprises pendant cet échange, notamment lorsqu’il exprime une émotion quelle qu’elle soit : tristesse, peur ou encore gratitude. Il ne fait pas cas de sa santé physique, ne parle pas du tout de son cancer, la souffrance morale prenant toute la place.
Monsieur D. semble être une personne volontaire, acteur de sa prise en charge rééducative et qui souhaite, en parallèle, « aller mieux dans ma tête », selon ses termes. La problématique semble être la trace traumatique laissée par la perte inattendue de sa femme qui n’a pas été élaborée puisque rapidement mise à distance. Cela se traduit par des symptômes identifiés pendant ce premier entretien : débordement émotionnel (pleurs récurrents), ruminations avant l’endormissement, quelques fois réveils nocturnes, évitement (ne veut pas parler de son passé et de sa femme) et le ressenti de Monsieur D. (l’effondrement). Je propose que l’on fasse une séance d’hypnose lors de notre prochaine rencontre, Monsieur D. accepte.
Travail autour des émotions.
Je revois Monsieur D. pour lui proposer une séance d’hypnose formelle. Cet entretien est une continuité du premier échange que nous avons eu, où des éléments viennent s’ajouter à son discours, permettant de mettre un peu plus de sens derrière son vécu. Il pleure à plusieurs reprises pendant ce début d’entretien, principalement lorsqu’il parle du décès de sa femme. Il aimerait pouvoir effacer cet événement mais n’y arrive pas. Avec un recadrage cognitif et des explications sur la façon dont fonctionnent les pensées, il comprend que nous ne pouvons pas effacer un événement, que nous pouvons néanmoins en changer la perception. Petit à petit, Monsieur D. s’apaise, me verbalise que le fait de savoir qu’il peut en parler avec quelqu’un lui amène déjà un cer- tain apaisement. Il décrit aussi un mal-être à cause de pensées qui se mélangent, du fait qu’il n’arrive pas à isoler ses idées.
Nous prenons le temps de définir un objectif pour cette séance d’hypnose. Le fait de poser une intention en amont de la séance est un moteur pour amorcer et orienter le travail de l’inconscient.
L’objectif pour Monsieur D. est de se sentir plus apaisé avec ses émotions. Je lui propose de se situer sur une échelle allant de 0 à 10, 10 étant le fait de se sentir complétement apaisé. Actuellement, il se situe à 4/10 et aimerait se sentir apaisé à 6/10 après la séance (« ce serait déjà bien »). En pratique, pour certaines personnes, l’utilisation d’une échelle aide à se projeter vers un objectif plus concret car quantifiable.
Je recueille ensuite le thème de la séance à partir duquel j’accompagnerai Monsieur D. Il me raconte un souvenir d’une partie de pétanque avec ses amis. Je propose à Monsieur D. de s’installer le plus confortable- ment possible (et non de s’installer confortablement puisqu’avec les affections soma- tiques, la personne ne se sent souvent pas ou peu confortable) et m’assure qu’il m’entend correctement. Nous commençons la séance...
- Thérapeute : « Pour commencer, je vous invite à prendre conscience de la pièce dans laquelle vous vous trouvez. Vous pouvez balayer la chambre du regard, regarder autour, les murs blancs, la fenêtre qui permet de voir les arbres dehors, la télévision, la table, la chaise, et plus proche de vous, le fauteuil, le lit, vos mains... et puis vous pouvez aussi porter votre attention sur les bruits, les sons, pour l’instant c’est plutôt calme, et parfois il y a du bruit qui vient du couloir, du brouhaha... et c’est normal, cela fait partie du décor. Je vous propose à présent de porter votre attention sur...
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Johanna Rabinovici Psychologue diplômée d’un master de Psychologie de la santé, du développement et du handicap. Exerce actuellement en hôpital gériatrique, au sein de différents services : soins longue durée, soins médicaux et de réadaptation, oncogériatrie et prises en charge palliatives. Diplômée du DU d’Hypnose médicale de la Faculté de médecine de Lyon.
Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80: Fev. / Mars / Avril. 2026. TRAUMATISMES.
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°80…
6 / Éditorial : L’importance d’aller dans le sens de la résistance Julien Betbèze.
8 / En couverture : Mikhaël Allouche & Ana Waalder. Le récit alternatif Interview par Sophie Cohen.
12 / Faire face à une situation réputée difficile Donner du temps au temps Jacques-Antoine Malarewicz.
20 / Le vide, l’inspiration, la vacuité. Exemples d’intervention en thérapie systémique et stratégique brève. Nathalie Koralnik.
30 / Deuil en thérapie narrative. « Bonjour Papi Georges » Stéphanie Robert.
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
40 / Introduction Gérard Ostermann.
44 / La perte en gériatrie. Miroir d’un effondrement psychique. Johanna Rabinovici.
DOSSIER TRAUMATISMES
55 / Levée d’amnésie traumatique.« Ranger sa bibliothèque lorsque les souvenirs reviennent ». Cécile Condaminas. Notes de lecture.
62 / Endométriose post-traumatique Libérer les sujets du pouvoir du monde traumatique avec la TLMR. Éric Bardot. Notes de lecture.
74 / Viols et abus sexuels avec usage de stupéfiants Traitement avec la PTR Gérald Brassine. Notes de lecture.
QUIPROQUO
84 / Difficile. S. Colombo, Muhuc.
BONJOUR ET APRÈS...
88 / Madeleine. Sa vie bouleversée après les soins d’un cancer. Sophie Cohen.
CULTURE MONDE
92 / Au Vietnam, dans la chambre des âmes. Sylvie Le Pelletier-Beaufond.
LIVRES EN BOUCHE
96 / J. Betbèze, S. Cohen.
Illustrations du numéro: Mikhael Allouche et Ana Waalder.
Faire face à une situation réputée difficile. Donner du temps au temps. Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80.
« Ô temps, suspends ton vol », a dit le poète. Le temps salvateur, le temps réparateur. Le temps respectueux offert par le professionnel au patient en situation « difficile ». Le temps comme outil pour impulser un changement, quand se mêlent et se conjuguent paradoxalité, homéostasie, complexité, kairos, énergie ou encore optimisme.
Je propose immédiatement d’évacuer ce que j’appellerais les cas de force majeure qui aboutissent à un échec. Ces quelques raisons vident de sens cette problématique de la situation « difficile », car elles laissent au seul professionnel la responsabilité de cet échec, ce qui ne me semble pas correct. Quels sont ces cas de force majeure :
• L’incompétence avérée du professionnel.
• Son manque total d’expérience, souvent couplé avec une absence de curiosité.
• Une dramatique erreur de « vocation », autrement dit ce qu’on appelle habituellement une « erreur de casting ».
• Son désintérêt manifeste pour la richesse de l’inventivité des individus qui leur permet, en l’occurrence, de construire leur propre malheur et... d’y rester.
• Son absence d’humilité, laquelle l’amène à commettre des erreurs et des maladresses qui le déséquilibrent et finissent par le décourager.
• Le fait qu’il se charge les épaules du défi que posent son ou ses clients, ses patients, alors que ce défi ne concerne d’abord qu’eux-mêmes.
Ce dernier point m’amène à une première proposition :
1. C’est d’abord et avant tout difficile pour le ou les clients, le ou les patients !
• Ce n’est pas le professionnel qui est d’abord et avant tout questionné sur ses compétences, ce n’est pas lui qui pourrait ou devrait avoir des doutes et remettre en question ses capacités.
• En fait, il se doit d’être pathologiquement optimiste, ce qui est – en soi – un paradoxe, c’est-à-dire à la fois une force, par le détachement que procure cette attitude, et une fai- blesse dans la mesure où l’optimisme ne peut pas être simplement une posture, mais une conviction profonde dont il faut savoir assumer les conséquences.
• Cela ne signifie pas que ce professionnel est prétentieux ou qu’il reste béat devant la situa- tion. Il se montre ainsi capable de s’appuyer sur l’irrationalité d’une partie de ses convic- tions pour relativiser la hauteur des enjeux auxquels il est confronté.
• C’est ainsi qu’il ne lui pas permis de se décourager.
• Autrement dit, dans cette confrontation avec ce qui semble difficile, le maître mot est la paradoxalité. Il en résulte que les difficultés sont également des facilités. Ou, selon une version bien connue : les problèmes sont également des solutions.
• Les craintes proviennent du patient. Mais il ne les exprime pas car il fait preuve également d’un certain optimisme. C’est ce qui lui permet d’effectuer une démarche auprès d’un professionnel bien au-delà de la souffrance.
• Son défi consiste à transférer ces craintes, notamment celle de ne pas s’en sortir, dans la tête de ce professionnel.
• Pour toutes ces raisons, la tâche est toujours plus difficile pour le client que pour le professionnel.
FAIRE FACE À UNE SITUATON RÉPUTÉE DIFFICILE
Ces mécanismes relèvent de ce qu’on appelle l’homéostasie, c’est-à-dire un équilibre instable qui trouve ses origines dans l’ambiguïté du couple changement/non-changement, auquel se confrontent à la fois le patient, qui y trouve un inconfort tout compte fait rela- tivement supportable, et le professionnel qui y voit un défi auquel il ne peut éviter de répondre.
2. C’est difficile pour le client car :
• Il est donc dans une solide ambiguïté pour au total construire et reconstruire sans cesse un statu quo à la fois inconfortable et rassurant.
• Il lui arrive souvent d’avoir une très longue expérience de cette ambiguïté, qui s’est souvent renforcée au contact de précédents professionnels qu’il est parvenu à mettre en échec avec succès.
• Il entretient avec sa souffrance des liens complexes, dans la mesure où celle-ci, même d’une très courte tête, est plus avantageuse que problématique dans la mesure où elle obéit à des logiques différentes et apparemment contradictoires.
• Je rappelle qu’il peut être question de complexité face à un phénomène lorsqu’à son propos il est impossible, pour tout obse vateur, de connaître les limites de son ignorance.
J’en arrive à une deuxième proposition, laquelle se présente plus exactement sous la forme d’une question :
3. Peut-être est-il pertinent de modifier l’objectif de l’intervention ?
• C’est bien parce qu’il peut paraître difficile à atteindre qu’un objectif spécifique est initialement proposé par le client. C’est ce qui fait que celui-ci reste en terrain connu et le professionnel part, en quelque sorte, avec un handicap parfois très lourd.
• Cette modification de l’objectif ne vise pas à en amoindrir la portée ou à en nier l’importance, mais permet de placer la négociation sur un nouveau terrain pour le client, un terrain où ses capacités homéostasiques n’ont pas la même dureté et n’ont pas eu le temps d’accumuler autant d’expériences que l’objectif précédent.
• Ce détournement d’objectif permet éventuellement de passer par une nouvelle case, celle du perdant/perdant, avant de gagner la position rêvée et souhaitée, à savoir celle du gagnant/gagnant.
Troisième proposition qui vise toujours à alléger la tâche du professionnel et à rendre facile ce qui lui semble difficile :
4. L’énergie que montrent le ou les clients pour servir leur homéostasie doit devenir celle du professionnel afin de faire advenir un changement.
• Certes la notion d’énergie est floue, je n’aime pas l’utiliser car ce terme est devenu un mot-valise. Cette notion a été empruntée aux physiciens du XIXe siècle, elle est entrée
dans le champ de la psychologie à la suite de Freud. Ce passage donne éventuellement à cette science molle le sentiment d’être une science dure.
• A minima, l’énergie induit le mouvement sans préjuger de son orientation, de sa force ou de sa durée.
• Toujours dans cette même logique, ce qui pourrait s’appeler « énergie négative » est celle qui se déploie pour résister au changement.
• De ce point de vue, le client est souvent généreux envers lui-même donc... envers le professionnel.
• Il faut, en quelque sorte, que l’énergie négative ainsi utilisée devienne positive, c’est-à-dire tournée vers le changement, ce qui peut grandement faciliter le travail de ce professionnel.
Pour alléger encore la difficulté à laquelle celui-ci peut avoir l’illusion de se confronter, il peut être utile d’user de tout ou partie des stratagèmes ou des stratégies ou des prises de position suivantes :
5. Laisser du temps au temps.
• Chacun a son rythme, y compris... le temps et, probablement, surtout le temps !
• Il ne s’agit pas nécessairement d’être bref, ou rapide, ou rentable, ou immédiatement efficace, mais surtout pertinent et utile.
• Or, ce temps est multiple, à la fois objectif et subjectif. Chacun entretient avec lui des liens très spécifiques qui dépendent du contexte, des enjeux, des interlocuteurs et des événements. Il peut donner l’impression de cheminer de façon parfaitement autonome sans se soucier des êtres et des situations.
• Dans un monde où tout doit se faire dans la rapidité et la constante accélération, il est respectueux envers autrui de tenir compte de ces spécificités.
• D’un point de vue psychologique, dans notre société, une des plus grandes violences réside précisément dans cette absence de prise en compte des rythmes de chaque individu.
6. Aménager une place pour ces auxiliaires fantasques et incontrôlables que sont le kairos et la sérendipité...
Pour lire la suite...
Dr Jacques-Antoine Malarewicz Psychiatre, thérapeute familial, auteur de plusieurs ouvrages sur Milton H. Erickson, sur l’approche systémique et l’orientation stratégique, mais aussi sur le couple et plus récemment sur Otto Weininger. Il poursuit son activité comme consultant en entreprise et psychothérapeute.
Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80: Fev. / Mars / Avril. 2026. TRAUMATISMES.
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°80…
6 / Éditorial : L’importance d’aller dans le sens de la résistance Julien Betbèze.
8 / En couverture : Mikhaël Allouche & Ana Waalder. Le récit alternatif Interview par Sophie Cohen.
12 / Faire face à une situation réputée difficile Donner du temps au temps Jacques-Antoine Malarewicz.
20 / Le vide, l’inspiration, la vacuité. Exemples d’intervention en thérapie systémique et stratégique brève. Nathalie Koralnik.
30 / Deuil en thérapie narrative. « Bonjour Papi Georges » Stéphanie Robert.
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
40 / Introduction Gérard Ostermann.
44 / La perte en gériatrie. Miroir d’un effondrement psychique. Johanna Rabinovici.
DOSSIER TRAUMATISMES
55 / Levée d’amnésie traumatique.« Ranger sa bibliothèque lorsque les souvenirs reviennent ». Cécile Condaminas. Notes de lecture.
62 / Endométriose post-traumatique Libérer les sujets du pouvoir du monde traumatique avec la TLMR. Éric Bardot. Notes de lecture.
74 / Viols et abus sexuels avec usage de stupéfiants Traitement avec la PTR Gérald Brassine. Notes de lecture.
QUIPROQUO
84 / Difficile. S. Colombo, Muhuc.
BONJOUR ET APRÈS...
88 / Madeleine. Sa vie bouleversée après les soins d’un cancer. Sophie Cohen.
CULTURE MONDE
92 / Au Vietnam, dans la chambre des âmes. Sylvie Le Pelletier-Beaufond.
LIVRES EN BOUCHE
96 / J. Betbèze, S. Cohen.
Illustrations du numéro: Mikhael Allouche et Ana Waalder.
Je propose immédiatement d’évacuer ce que j’appellerais les cas de force majeure qui aboutissent à un échec. Ces quelques raisons vident de sens cette problématique de la situation « difficile », car elles laissent au seul professionnel la responsabilité de cet échec, ce qui ne me semble pas correct. Quels sont ces cas de force majeure :
• L’incompétence avérée du professionnel.
• Son manque total d’expérience, souvent couplé avec une absence de curiosité.
• Une dramatique erreur de « vocation », autrement dit ce qu’on appelle habituellement une « erreur de casting ».
• Son désintérêt manifeste pour la richesse de l’inventivité des individus qui leur permet, en l’occurrence, de construire leur propre malheur et... d’y rester.
• Son absence d’humilité, laquelle l’amène à commettre des erreurs et des maladresses qui le déséquilibrent et finissent par le décourager.
• Le fait qu’il se charge les épaules du défi que posent son ou ses clients, ses patients, alors que ce défi ne concerne d’abord qu’eux-mêmes.
Ce dernier point m’amène à une première proposition :
1. C’est d’abord et avant tout difficile pour le ou les clients, le ou les patients !
• Ce n’est pas le professionnel qui est d’abord et avant tout questionné sur ses compétences, ce n’est pas lui qui pourrait ou devrait avoir des doutes et remettre en question ses capacités.
• En fait, il se doit d’être pathologiquement optimiste, ce qui est – en soi – un paradoxe, c’est-à-dire à la fois une force, par le détachement que procure cette attitude, et une fai- blesse dans la mesure où l’optimisme ne peut pas être simplement une posture, mais une conviction profonde dont il faut savoir assumer les conséquences.
• Cela ne signifie pas que ce professionnel est prétentieux ou qu’il reste béat devant la situa- tion. Il se montre ainsi capable de s’appuyer sur l’irrationalité d’une partie de ses convic- tions pour relativiser la hauteur des enjeux auxquels il est confronté.
• C’est ainsi qu’il ne lui pas permis de se décourager.
• Autrement dit, dans cette confrontation avec ce qui semble difficile, le maître mot est la paradoxalité. Il en résulte que les difficultés sont également des facilités. Ou, selon une version bien connue : les problèmes sont également des solutions.
• Les craintes proviennent du patient. Mais il ne les exprime pas car il fait preuve également d’un certain optimisme. C’est ce qui lui permet d’effectuer une démarche auprès d’un professionnel bien au-delà de la souffrance.
• Son défi consiste à transférer ces craintes, notamment celle de ne pas s’en sortir, dans la tête de ce professionnel.
• Pour toutes ces raisons, la tâche est toujours plus difficile pour le client que pour le professionnel.
FAIRE FACE À UNE SITUATON RÉPUTÉE DIFFICILE
Ces mécanismes relèvent de ce qu’on appelle l’homéostasie, c’est-à-dire un équilibre instable qui trouve ses origines dans l’ambiguïté du couple changement/non-changement, auquel se confrontent à la fois le patient, qui y trouve un inconfort tout compte fait rela- tivement supportable, et le professionnel qui y voit un défi auquel il ne peut éviter de répondre.
2. C’est difficile pour le client car :
• Il est donc dans une solide ambiguïté pour au total construire et reconstruire sans cesse un statu quo à la fois inconfortable et rassurant.
• Il lui arrive souvent d’avoir une très longue expérience de cette ambiguïté, qui s’est souvent renforcée au contact de précédents professionnels qu’il est parvenu à mettre en échec avec succès.
• Il entretient avec sa souffrance des liens complexes, dans la mesure où celle-ci, même d’une très courte tête, est plus avantageuse que problématique dans la mesure où elle obéit à des logiques différentes et apparemment contradictoires.
• Je rappelle qu’il peut être question de complexité face à un phénomène lorsqu’à son propos il est impossible, pour tout obse vateur, de connaître les limites de son ignorance.
J’en arrive à une deuxième proposition, laquelle se présente plus exactement sous la forme d’une question :
3. Peut-être est-il pertinent de modifier l’objectif de l’intervention ?
• C’est bien parce qu’il peut paraître difficile à atteindre qu’un objectif spécifique est initialement proposé par le client. C’est ce qui fait que celui-ci reste en terrain connu et le professionnel part, en quelque sorte, avec un handicap parfois très lourd.
• Cette modification de l’objectif ne vise pas à en amoindrir la portée ou à en nier l’importance, mais permet de placer la négociation sur un nouveau terrain pour le client, un terrain où ses capacités homéostasiques n’ont pas la même dureté et n’ont pas eu le temps d’accumuler autant d’expériences que l’objectif précédent.
• Ce détournement d’objectif permet éventuellement de passer par une nouvelle case, celle du perdant/perdant, avant de gagner la position rêvée et souhaitée, à savoir celle du gagnant/gagnant.
Troisième proposition qui vise toujours à alléger la tâche du professionnel et à rendre facile ce qui lui semble difficile :
4. L’énergie que montrent le ou les clients pour servir leur homéostasie doit devenir celle du professionnel afin de faire advenir un changement.
• Certes la notion d’énergie est floue, je n’aime pas l’utiliser car ce terme est devenu un mot-valise. Cette notion a été empruntée aux physiciens du XIXe siècle, elle est entrée
dans le champ de la psychologie à la suite de Freud. Ce passage donne éventuellement à cette science molle le sentiment d’être une science dure.
• A minima, l’énergie induit le mouvement sans préjuger de son orientation, de sa force ou de sa durée.
• Toujours dans cette même logique, ce qui pourrait s’appeler « énergie négative » est celle qui se déploie pour résister au changement.
• De ce point de vue, le client est souvent généreux envers lui-même donc... envers le professionnel.
• Il faut, en quelque sorte, que l’énergie négative ainsi utilisée devienne positive, c’est-à-dire tournée vers le changement, ce qui peut grandement faciliter le travail de ce professionnel.
Pour alléger encore la difficulté à laquelle celui-ci peut avoir l’illusion de se confronter, il peut être utile d’user de tout ou partie des stratagèmes ou des stratégies ou des prises de position suivantes :
5. Laisser du temps au temps.
• Chacun a son rythme, y compris... le temps et, probablement, surtout le temps !
• Il ne s’agit pas nécessairement d’être bref, ou rapide, ou rentable, ou immédiatement efficace, mais surtout pertinent et utile.
• Or, ce temps est multiple, à la fois objectif et subjectif. Chacun entretient avec lui des liens très spécifiques qui dépendent du contexte, des enjeux, des interlocuteurs et des événements. Il peut donner l’impression de cheminer de façon parfaitement autonome sans se soucier des êtres et des situations.
• Dans un monde où tout doit se faire dans la rapidité et la constante accélération, il est respectueux envers autrui de tenir compte de ces spécificités.
• D’un point de vue psychologique, dans notre société, une des plus grandes violences réside précisément dans cette absence de prise en compte des rythmes de chaque individu.
6. Aménager une place pour ces auxiliaires fantasques et incontrôlables que sont le kairos et la sérendipité...
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Dr Jacques-Antoine Malarewicz Psychiatre, thérapeute familial, auteur de plusieurs ouvrages sur Milton H. Erickson, sur l’approche systémique et l’orientation stratégique, mais aussi sur le couple et plus récemment sur Otto Weininger. Il poursuit son activité comme consultant en entreprise et psychothérapeute.
Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80: Fev. / Mars / Avril. 2026. TRAUMATISMES.
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°80…
6 / Éditorial : L’importance d’aller dans le sens de la résistance Julien Betbèze.
8 / En couverture : Mikhaël Allouche & Ana Waalder. Le récit alternatif Interview par Sophie Cohen.
12 / Faire face à une situation réputée difficile Donner du temps au temps Jacques-Antoine Malarewicz.
20 / Le vide, l’inspiration, la vacuité. Exemples d’intervention en thérapie systémique et stratégique brève. Nathalie Koralnik.
30 / Deuil en thérapie narrative. « Bonjour Papi Georges » Stéphanie Robert.
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
40 / Introduction Gérard Ostermann.
44 / La perte en gériatrie. Miroir d’un effondrement psychique. Johanna Rabinovici.
DOSSIER TRAUMATISMES
55 / Levée d’amnésie traumatique.« Ranger sa bibliothèque lorsque les souvenirs reviennent ». Cécile Condaminas. Notes de lecture.
62 / Endométriose post-traumatique Libérer les sujets du pouvoir du monde traumatique avec la TLMR. Éric Bardot. Notes de lecture.
74 / Viols et abus sexuels avec usage de stupéfiants Traitement avec la PTR Gérald Brassine. Notes de lecture.
QUIPROQUO
84 / Difficile. S. Colombo, Muhuc.
BONJOUR ET APRÈS...
88 / Madeleine. Sa vie bouleversée après les soins d’un cancer. Sophie Cohen.
CULTURE MONDE
92 / Au Vietnam, dans la chambre des âmes. Sylvie Le Pelletier-Beaufond.
LIVRES EN BOUCHE
96 / J. Betbèze, S. Cohen.
Illustrations du numéro: Mikhael Allouche et Ana Waalder.



