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Mis à jour : il y a 21 min 3 sec

L'appel de l'âme. Venir au monde dans le village Hmong de Cacao. Revue Hypnose et Thérapies Brèves 78.

samedi 7 mars 2026 - 22:50
Une femme accroupie dans la cour plume des poulets dans des bassines colorées. Un tas d’hommes rasent un énorme cochon, sacrifié sur le seuil de la porte de la maison. Des enfants observent en silence les préparatifs des adultes.

Des mouches et d’autres insectes rares et gigantesques volent, se posent, puis s’envolent à nouveau. Le village de Cacao est né sur une colline qui surgit de l’immensité de la forêt amazonienne, un îlot de la communauté Hmong en Guyane française. On y arrive, virage après virage, en quittant la route de l’Est, l’unique fente goudronnée dans la végétation qui conduit de Cayenne jusqu’à l’Oyapock, fleuve frontière avec le Brésil. Des toucans traversent les cieux.

Une tortue la route. La naissance d’un enfant chez les Hmong animistes se célèbre par un rite d’accueil à la maison. Toute la famille est conviée.

Les non-Hmong en lien avec la famille sont aussi bienvenus. Le couple parental du Monde des esprits confie l’enfant aux parents qui s’en occuperont dans ce Monde. La famille entière remercie et se doit d’honorer ce don, en acceptant l’enfant (1). Si l’enfant est maltraité, le couple de l’au-delà pourrait décider de le reprendre, alors l’enfant pourrait se mettre à dépérir, de plus en plus. Chaque Hmong naît avec trente-deux âmes, symbolisées par des parties du corps. Elles doivent rester unies pour l’équilibre de la personne, autrement la maladie vient. Si un enfant naît avec des difficultés (ne se nourrit pas, pleure beaucoup, ne grandit pas, tombe souvent malade...) le chaman peut être appelé à intervenir pour retrouver le lieu où l’âme s’est égarée et la convaincre de revenir. Pour y arriver, parfois il est nécessaire d’invoquer l’aide des ancêtres et de négocier avec les esprits.

A l’intérieur d’une pièce sombre en bois brut, une vapeur résineuse dessine des ruisseaux gris dans l’air et pique les yeux, à peine habitués à la pénombre. Des bâtonnets d’encens brûlent dans un bol contenant du riz blanc. D’autres offrandes chargent un petit autel contre un mur : des fleurs, un oeuf, des bougies, des colliers de petites perles, des lacets rouges et blancs... Quelques rangées de chaises en plastique lui font face. Un vieil homme apparaît, ridé et courbé. Il avance lentement vers l’autel, soutenu par un bâton, des clochettes aux chevilles et aux poignets. Les gens s’écartent respectueusement à son passage. Deux hommes plus jeunes l’accompagnent et installent devant lui une longue planche en bois blanc, posée sur deux parpaings.

Dehors, une fumée s’échappe de la bouche d’un gros chaudron pendu sur un feu de bois. La vieille dame au foulard vert-bleu et fuchsia sur la tête a le regard sage et intemporel de gardienne des flammes. Elle tient les enfants à distance avec une longue canne qu’elle agite lentement, assise sur une cagette bleue. Des femmes épluchent des papayes vertes, pilent cacahuètes, ail, poissons séchés et piment dans des grands mortiers. La préparation du repas de la cérémonie est une affaire de femmes, Hmong ou pas. Je me retrouve assise parmi elles avec un couteau à la main, partageant leur moment, tout en surveillant comme elles du coin de l’oeil l’ouverture sombre de la case. La cérémonie va commencer. L’écho d’un gong résonne lourdement dans l’espace. Le chaman debout sur la planche marmonne une prière, un tissu noir sur le front. Le ton monte progressivement, la prière devient un chant dans une langue aux sonorités inconnues à mes oreilles. Le rythme arrive au trot puis au galop, traverse le dos et les genoux, s’installe dans le corps du chaman. Les pieds commencent à rebondir sur la planche, les clochettes tintinnabulent. La voix se met à vibrer, les yeux sont clos, la danse prend sa forme pure, répétitive, monotone, envoûtante. J’arrache une bribe d’explication à mon amie, pendant qu’on presse des tonnes de citron vert dans un saladier. - « Dès que le chaman est en transe, il voit. Et il ressent.

Il doit ramener une âme. L’âme du bébé s’est égarée. Il faut qu’elle retrouve le chemin pour que le nouveau-né puisse commencer sa vie et grandir sain. - Qu’est-ce que ça signifie ? - Si une âme a le regard tourné, a quitté sa place, elle n’habitera pas le petit et il pourrait tomber malade et même pire. Parfois le chaman avance à cheval des deux Mondes comme s’il avait une armée entière à ses côtés, les ancêtres et les autres esprits bénéfiques viennent en soutien pour retrouver l’âme et la ramener. » J’écoute enchantée, les yeux passent des paniers remplis des ramboutans écarlates, poilus et juteux, aux sacs débordant de haricots kilomètre, des mains de bananes naines aux caisses rouges et bleues chargées de concombres luisants et fruits du dragon fuchsia. Autrefois mon amie me raconta un rituel similaire en cas de trauma aigu, accident ou grande peur. Ces situations peuvent provoquer la sortie de l’âme du corps, une ou plusieurs des trente-deux, alors une faiblesse progressive s’installe, puis la maladie jusqu’à la mort, car le corps ne peut pas survivre longtemps séparé de son âme. Souvent le chaman accomplit le rite sur le lieu du trauma.

Les Hmong sont quasi tous agriculteurs, leur quotidien est rythmé entre champs et jours de marché. Puis il y a les jours de fête, ou plutôt de rituels collectifs lors de naissances, mariages, funérailles, Nouvel An. Cette occasion est privilégiée pour honorer les ancêtres et s’occuper d’eux. Selon les Hmong, les ancêtres vivent comme nous dans l’autre Monde, avec les mêmes besoins, en plus de nous observer et nous protéger. Un ancêtre peut avoir un problème, souvent d’ordre très pratique, faim, douleur physique, tristesse, dégât dans la maison... et les habitants de la maison doivent l’aider comme ils peuvent avec des offrandes et des actes. Les ancêtres habitent dans la poutre centrale de la maison, d’ailleurs une ancienne tradition veut que le placenta de l’aîné soit enterré dans les fondations de la maison. Il y a un autel pour célébrer les ancêtres dans chaque foyer et chaque jour un membre de la famille en prend soin, remplace les offrandes et les fleurs, allume une bougie, prie et remercie (2). La tablée se prépare au milieu de la cour sous le toit en feuilles de palmier, bouteilles de jus de mangue verte, saladiers de feuilles de toutes sortes pour assaisonner la soupe, riz gluant lap de biche, salade de papaye. Les narines se dilatent pour mieux humer ce mélange inédit de parfums : citronnelle, coriandre, basilic chinois, gingembre, combava, tamarin, fruits tropicaux et eau de coco frais. Des seaux noirs débordant de roses de porcelaine à longues tiges attirent les colibris, leurs battements d’ailes bourdonnent dans les oreilles quelques millisecondes avant de s’éloigner. Les hommes entrent dans la pièce sombre, sortent fumer une cigarette, échanger un mot entre eux, boire une canette, ils rentrent à nouveau. Le chaman est en transe depuis un moment, plusieurs heures se sont écoulées.

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Alice Mancinelli
Médecin généraliste italienne. Formée à l’hypnose ericksonienne, à la TLMR et en cours de formation de thérapie narrative. Elle exerce actuellement en tant que médecin généraliste dans un village du Luberon, après avoir pratiqué des années dans les communautés fluviales et isolées de la Guyane française.


Commandez la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 78 N°78 : Août / Sept. / Oct. 2025

Regards sur l'Hypnose

Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°78…

8 / Éditorial : « La transe hypnotique est avant tout une expérience poétique » Julien Betbèze
10 / En couverture : Florence Cadène Magnétisme animal Sophie Cohen 

12 / Internalisation d’un lien sécurisant Théo, 10 ans et « son » anxiété d’endormissement Arnaud Zeman
24 / Le témoin intérieur et la honte Tout le monde est mieux que moi Géraldine Garon et Solen Montanari
36 / Sortir de l’adoration du produit Dissiper les ruminations du veau d’or : les clés du traitement des addictions David Vergriete et Alexandrine Halliez

ESPACE DOULEUR DOUCEUR 


46 / Introduction Gérard Ostermann
50 / Cris et hypnose Répondre aux cris des personnes âgées grâce à l’hypnose Hélène Pousset Abbouchi
58 / Autohypnose pour mon épaule gauche (rupture de la coiffe des rotateurs) et le couple hypnose/fascia Nelly Cadra

73 / DOSSIER REGARDS SUR L’HYPNOSE 

74 / Voyage IRM au coeur de l’expérience hypnotique. Exploration de la portée clinique de l’hypnose Jean-Philippe Cottier et Valentin Lefèvre
84 / L’hypnose et le dormeur éveillé Entre songe et pensée Alexandru Cupaciu
88 / Hypnose de spectacle : bénéfices ou dangers pour le sujet Stéphane Radoykov
94 / Une rencontre Être avec... Roxane Yvernay

RUBRIQUES
- QUIPROQUO 

102 / Rencontre S. Colombo, Muhuc BONJOUR ET APRÈS...
106 / Marie, ou l’accompagnement d’une patiente lors d’un traitement de cancer Sophie Cohen

- LES CHAMPS DU POSSIBLE 

110 / Ce que le corps ne dit pas, mais que l’hypnose écoute : croire pour transformer Adrian Chaboche CULTURE MONDE
114 / L’appel de l’âme Venir au monde dans le village Hmong de Cacao Alice Mancinelli

LIVRES EN BOUCHE
120 / J. Betbèze, S. Cohen
125 / ESPACE FORMATIONS

Illustrations: Florence CADÈNE


Le témoin intérieur et la honte. Tout le monde est mieux que moi. Revue Hypnose et Thérapies Brèves 78.

samedi 7 mars 2026 - 22:37
C’est plus fort qu’elle, Laurence est envahie par la honte, elle se sent toujours en faute, elle se trouve « nulle » comme maman, jamais à la hauteur de ce que pourrait espérer son petit garçon de 9 ans. En vivant l’expérience du « témoin intérieur » en lien avec deux thérapeutes, elle parvient à réintégrer la communauté des femmes, des mamans complices avec leur enfant.

L’expérience de l’utilisation du témoin intérieur a pour intention de proposer à une patiente (Laurence) de découvrir comment le travail avec sa thérapeute enrichit cette dernière ainsi que la communauté des thérapeutes, et lui permet ainsi de retrouver l’estime de soi.

Cette communauté comprend ici deux personnes :
- Solen Montanari est en position de thérapeute- superviseur (T1) et de témoin extérieur, elle est attentive aux effets d’enrichissement de cette conversation sur sa propre vie.
- La thérapeute Géraldine Garon (T2) est en position de témoin intérieur, c’est-à-dire qu’elle quitte sa position de thérapeute pour se mettre à la place de la patiente Laurence.

L’utilisation du témoin intérieur est particulièrement bien adaptée aux situations difficiles pour aider le patient à trouver confiance dans le lien thérapeutique, et le thérapeute à se connecter à l’histoire du patient. Cette technique est ainsi pertinente dans la supervision lorsque le thérapeute est confronté à des situations traumatiques complexes, où le patient a perdu confiance dans le lien humain.

La séance décrite s’articule autour de quatre temps :
1. Une séance filmée où Géraldine, thérapeute de Laurence, se met à sa place.
2. Le témoignage filmé des deux thérapeutes à l’issue de la séance.
3. Le visionnage de la séance par la patiente et son thérapeute.
4. Le témoignage de la patiente le lendemain du visionnage. La carte choisie pour cette séance est celle de l’exception. Elle permet de travailler en prenant appui sur les ressources et d’activer la carte du témoin extérieur.
- T1 (Thérapeute) : Solen pose les questions à Géraldine.
- T2 (Thérapeute) : Géraldine qui se met à la place de Laurence.
- P. (Patiente) : Laurence, suivie par Géraldine.
- T1 : Solen propose à Géraldine de se connecter avec sa patiente afin de l’incarner pendant l’expérience. Elle demande à la patiente son prénom et son âge afin d’amorcer la relation : Laurence, 50 ans.
- T1 : Très bien. Donc, Laurence. Je me demande ce qui vous amène à me voir aujourd’hui ?
- T2 : J’ai quand même du... J’ai du mal avec... J’ai du mal à être à l’aise avec les autres. J’ai plusieurs... Je pourrais vous parler de plusieurs problèmes, mais je dirais que là... J’ai l’impression que les autres, franchement, ils sont toujours mieux que moi. Tout le monde est mieux que moi. Vraiment, tout le monde est mieux que moi. Externalisation du problème : prise de position
- T1 : Quand vous dites, juste que je comprenne, vous me dites : j’ai l’impression que tout le monde est mieux que moi ou tout le monde est mieux que moi ?
- T2 : Tout le monde. Tout le monde est mieux que moi.
- T1 : “Tout le monde est mieux que moi”. Quand vous dites que ce qui vous amène aujourd’hui, c’est que “tout le monde est mieux que moi”, c’est que ce “tout le monde est mieux que moi”, ça se vit comment ?
- T2 : C’est insupportable.
- T1 : C’est insupportable, ce “tout le monde est mieux que moi”.
- T2 : Ce qui est insupportable, c’est que... En fait, je ne peux rien faire. Je ne peux rien faire. Je ne peux rien faire, c’est partout. Je ne peux pas m’occuper de mon fils. J’aimerais accompagner Gustave, que ce soit plus facile à la gym. Donc, j’aimerais... Il y a des petits moments où c’est mieux, mais quand même, c’est toujours là, ce truc. OK.
- T1 : D’accord. Donc, il y a : “c’est partout, c’est tout le temps” et puis il y a “mon fils Gustave”. C’est quoi le lien entre : “tout le monde est mieux que moi”, “c’est partout, c’est tout le temps”. Et puis il y a “mon fils Gustave”.
- T2 : C’est pareil. Je fais de mon mieux avec Gustave, mais je ne suis pas... Je vois bien que les autres mamans, elles sont mieux que moi. Moi, j’ai l’impression de ne jamais y arriver avec lui. J’ai l’impression de ne jamais... Voilà… les mamans à l’école… il y a les mamans…
- T1 : ... Font mieux que moi ?
- T2 : Oui. Je pense que oui, vraiment toutes les mamans sont meilleures que moi ou font mieux. Non, elles font mieux que moi, c’est clair. Moi, je m’énerve... Des fois, je lui parle mal, je ne suis pas patiente.
- T1 : Et quand vous nous dites que le problème qui m’amène c’est que “tout le monde fait mieux que moi”, “partout”, “tout l’temps”, “même toutes les autres mamans du monde entier font mieux que moi, alors que j’ai un petit garçon de 9 ans” et que vous aimez beaucoup, si j’ai bien compris. Et vous me dites : “moi, je m’énerve”. Et quoi ? Vous m’avez dit : “Je m’énerve et…”
- T2 : Je lui parle mal, des fois. Je lui parle mal. Je peux être un peu, pas violente, mais agressive.
- T1 : Mais il y a quand même cette agressivité et cet énervement. Et en plus, c’est douloureux avec Gustave.
- T2 : Ça me met très, très mal à l’aise de vous raconter tout ça.
- T1 : Quand vous dites “ça me met très mal à l’aise de raconter ça”, ça vous met mal à l’aise au point que c’est impossible d’en parler et il faut qu’on fasse une pause ? Ou est-ce que ça vous met mal à l’aise, mais on peut peut-être continuer à explorer le problème qui vous amène ?
- T2 : Non. J’ai quand même un peu l’habitude de ce mal à l’aise. J’ai envie que ça s’améliore.
- T1 : Oui, et quand vous me dites : j’ai envie que ça s’améliore, si c’est OK pour vous, j’ai envie de vous témoigner ce qui me vient. J’ai envie de comprendre ce qui se passe entre vous et Gustave et ce qui fait que chez vous, c’est aussi douloureux d’oser venir jusqu’à mon cabinet, exposer quelque chose qui vous est difficile à dire et qui peut même créer un sentiment de honte. Alors du coup, je me dis : pour que vous ayez fait toute cette démarche-là, moi ça me donne envie de mieux comprendre pour peut-être éventuellement vous aider. Vous seriez prête à m’aider à comprendre ?
- T2 : Oui.
- T1 : Je vais vous proposer un truc un peu étrange. On va imaginer là, ensemble pour que ça soit plus confortable, qu’il y a Gustave, devant nous. Il est comment Gustave ? A quoi il ressemble ? (fixation du regard en triangulation sur la “scène imaginaire”).
- T2 : Il est plein de vie, Gustave. Il est extrêmement fin, il est drôle. C’est un petit lutin. Il est... Oui, il est... Il est plein de vie. Il sait quand même ce qu’il veut. Et voilà.
- T1 : Et puis, “je me demande en plus qu’est-ce que je peux lui offrir en plus à ce petit garçon en pleine vie, ce lutin”. Et juste que je voie bien la scène : c’est donc le soir, il y a Gustave, il y a sa maman. Et qu’est-ce qui s’y passe là pour qu’il y ait cette agressivité, cette colère qui puisse sortir ?
- T2 : Des fois, il ne fait pas, il ne fait pas tout à fait comme... Vous voyez, je suis fatiguée, je ne suis pas très patiente, alors en même temps la nourriture est un peu compliquée avec Gustave, même si ça va mieux. Je suis nulle. Je vois bien que je ne fais pas ce que… Je ne sais pas ce que je fais. Il faudrait faire autrement.
- T1 : Quand vous dites : “je rentre le soir”, vous rentrez du travail ?
- T2 : Oui.
- T1 : Donc, après une longue journée de travail, vous rentrez à la maison, il faut faire le repas. Et en plus Gustave, ce n’est pas toujours facile, même si ça va un peu mieux. Et puis il y a ce : et puis “je suis nulle”. Je ne sais pas ce qu’il faut faire. Je devrais faire autrement. Ce “je suis nulle”, c’est en lien avec la colère et l’agressivité ou c’est autre chose ?
- T2 : Je pense que c’est en lien. Et puis il y a aussi des fois où Gustave, il sait aussi un peu pointer. Par exemple, il contrôle combien de verres je bois.
- T1 : Il sait aussi pointer les trucs. Donc, il est observateur. Vous allez me dire que Gustave vous regarde ? Il vous observe ?
- T2 : Oui.
- T1 : Il sait ce que vous faites ? Et en plus il pointe du doigt combien de verres vous buvez. Et le “je suis nulle”, c’est en lien avec le fait que Gustave vous regarde, vous observe, pointe du doigt, ou ça revient avec la colère ?
- T2 : C’est un peu les deux, mais moi je dirais que mon comportement, là, de mal lui parler, ce n’est pas normal. Ça, ce n’est pas... ça, c’est plus… Là, je me sens vraiment nulle. De lui parler comme ça, là c’est nul.
- T1 : “C’est nul” et, “mal lui parler”, je ne vois pas très bien ce que ça veut dire “mal lui parler”. Ça ressemble à quoi ?
- T2 : C’est brutal. On ne parle pas comme ça un enfant de 9 ans, surtout qu’il n’a rien fait du tout. Ce n’est pas respectueux.
- T1 : Cette parole, c’est une parole ou c’est une voix brutale qui s’adresse à Gustave, qui n’est pas OK, qui n’est pas normale ?
- T2 : C’est une parole.
- T1 : OK. Donc, il y a des mots qui sortent qui sont brutaux. Et ça ce n’est pas normal, ces mots qui sortent. Est-ce que vous êtes en train de me dire que d’un côté il y a ces mots brutaux qui sortent de la bouche de Laurence, et de l’autre côté, chez Laurence, il y a cette pensée qui dit : mais c’est nul ? Oui. Ce n’est pas normal de faire ça.
- T2 : Oui.
- T1 : OK. D’accord. Donc d’un côté il y a une partie de Laurence qui dit : ce n’est quand même pas normal. Ce n’est pas comme ça qu’on parle à un enfant, si petit, lutin, rigolo. Beau, mignon, malin. Et d’un autre côté, il y a une partie de Laurence avec mots brutaux qui sortent. Et je suis en train de me demander : je vois, enfin, sur la scène, là je vois les yeux de Gustave, ces yeux qui observent cette maman qui dit d’elle-même que ce n’est pas normal, que ce n’est pas OK de parler comme ça à un petit garçon. Et je me demande bien ce que ces yeux voient. Lorsqu’ils voient cette partie de Laurence qui dit : ce n’est quand même pas normal.
- T2 : Gustave, il vient me frotter le dos comme ça. Et puis il fait une petite blague.
- T1 : Donc, Gustave, là, il vient vous frotter le dos et il vient raconter une petite blague ?
- T2 : Oui. Chercher les intentions
- T1 : Et quand Gustave vient vers cette maman qui sent que ce n’est pas normal d’avoir des mots brutaux et qui se dit : “je suis nulle” et qu’il y a cette main qui vient la frotter dans son dos et qui lui raconte une petite blague, je me demande bien si on a une idée, toutes les deux, de l’intention de cette main qui vient dans le dos ? Qu’est-ce qu’elle fait ? Qu’est-ce qu’elle veut envoyer comme message à cette maman qui dit : “je suis nulle” ?
- T2 : Ce n’est pas le rôle d’un enfant, mais il dit : “ça va, maman ?”. Il me rassure. C’est quand même un peu nul aussi… Ce n’est pas du tout le rôle d’un enfant de faire ça.
- T1 : Donc, il y a cette main dans le dos et cette main envoie le message à cette maman qui dit “je suis nulle”. Ça va, maman. Ça va aller. Je me demande bien pourquoi Gustave aurait envie de lui raconter une petite blague.
- T2 : Parce qu’on a quand même de la complicité tous les deux, en fait, parce que nous, on est presque tout le temps tout seuls.
- T1 : Vous êtes en train de me dire qu’entre Gustave et sa maman, il se peut qu’il y ait un peu de complicité ?
- T2 : Oui, oui, oui, quand même. Oui, il y a des moments de complicité, c’est vrai. Oui.
- T1 : Et ces moments de complicité, par curiosité, si vous êtes d’accord, ça ressemble à quoi entre Gustave et sa maman ?
- T2 : Eh bien, il fait beaucoup de petites blagues. Puis ça peut être autour de notre lapin, on a un petit lapin. Oui. Là, on vient d’aménager la maison, mais il n’a pas fait grand-chose. C’est un enfant. Mais il a quand même un peu participé, puis il me pose des questions. Et puis quand on part en vacances tous les deux, ou des fois on emmène un ou deux amis, mais on aime bien aussi ces petits moments-là.
- T1 : Donc, il y a des moments quand vous êtes tous les deux avec le lapin (la thérapeute remarque que Laurence veut dire quelque chose), il y a un truc qui vient ?
- T2 : Oui, c’est aussi... Par exemple, je peux l’emmener à la gym. Et puis je pense qu’il est content quand je le regarde.
- T1 : A la gym ? Oui. Attendez juste que je comprenne bien : Gustave, quand il observe sa maman et quand elle dit qu’elle est nulle, le regard de Gustave l’amène à ce que sa main vienne frotter son dos, lui raconter une petite blague, lui dire : “ça va, maman ?”. Et que ça, ce serait en lien avec des moments de complicité, par exemple à la gym, c’est ça, au sport ?
- T2 : Oui, il fait de la gym.
- T1 : Et que lui aussi, il est content, quoi ? Enfin, il est content d’avoir le regard de sa maman sur lui ?
- T2 : C’est ce que moi j’en dis, il n’est pas là pour... Il n’est pas là pour le dire. Non, c’est sûr. Je vois bien quand même qu’il est content. Oui.
- T1 : A quoi vous le voyez quand il est à la gym qu’il veut que vous le regardiez ?
- T2 : Il veut m’en parler, de tout ça. Il est content que je vienne le chercher. Oui, c’est important. Je l’encourage quand même. Là, il veut rajouter des entraînements, mais...
- T1 : Donc pour lui la gym, c’est vraiment important ?
- T2 : Oui.
- T1 : Et lui, il vous raconte ce qu’il fait ? Comment ça s’est passé ?
- T2 : Oui. Par exemple... oui, ou l’école, il me raconte aussi l’école. Il ne parle pas tant que ça, mais c’est un petit garçon. Mais il aime bien faire des blagues.
- T1 : Donc, il aime bien vous raconter ce qu’il fait à la gym, en compétition, il aime bien que vous veniez le chercher. Et puis il y a l’école, il vous raconte ce qui se passe à l’école ?...

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Géraldine Garon, Hypnothérapeute, sexothérapeute en libéral à Bourges. Elle a commencé à pratiquer l’hypnose au bloc opératoire en tant qu’infirmière anesthésiste pour choisir ensuite de poursuivre son parcours de formation vers l’hypnothérapie, la thérapie narrative, la Thérapie du lien et des mondes relationnels (TLMR), la sexothérapie et thérapie de couple. Formatrice à l’Institut Mimethys.

Solen Montanari, Psychologue, psychothérapeute depuis 2000. Travaille en libéral en région parisienne auprès d’enfants et des familles. Formatrice à la Thérapie du lien et des mondes relationels (TLMR) à l’Institut Mimethys.


Commandez le numéro 78 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves. N°78 : Août / Sept. / Oct. 2025

Regards sur l'Hypnose

Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°78…

8 / Éditorial : « La transe hypnotique est avant tout une expérience poétique » Julien Betbèze
10 / En couverture : Florence Cadène Magnétisme animal Sophie Cohen 

12 / Internalisation d’un lien sécurisant Théo, 10 ans et « son » anxiété d’endormissement Arnaud Zeman
24 / Le témoin intérieur et la honte Tout le monde est mieux que moi Géraldine Garon et Solen Montanari
36 / Sortir de l’adoration du produit Dissiper les ruminations du veau d’or : les clés du traitement des addictions David Vergriete et Alexandrine Halliez

ESPACE DOULEUR DOUCEUR 


46 / Introduction Gérard Ostermann
50 / Cris et hypnose Répondre aux cris des personnes âgées grâce à l’hypnose Hélène Pousset Abbouchi
58 / Autohypnose pour mon épaule gauche (rupture de la coiffe des rotateurs) et le couple hypnose/fascia Nelly Cadra

73 / DOSSIER REGARDS SUR L’HYPNOSE 

74 / Voyage IRM au coeur de l’expérience hypnotique. Exploration de la portée clinique de l’hypnose Jean-Philippe Cottier et Valentin Lefèvre
84 / L’hypnose et le dormeur éveillé Entre songe et pensée Alexandru Cupaciu
88 / Hypnose de spectacle : bénéfices ou dangers pour le sujet Stéphane Radoykov
94 / Une rencontre Être avec... Roxane Yvernay

RUBRIQUES
- QUIPROQUO 

102 / Rencontre S. Colombo, Muhuc BONJOUR ET APRÈS...
106 / Marie, ou l’accompagnement d’une patiente lors d’un traitement de cancer Sophie Cohen

- LES CHAMPS DU POSSIBLE 

110 / Ce que le corps ne dit pas, mais que l’hypnose écoute : croire pour transformer Adrian Chaboche CULTURE MONDE
114 / L’appel de l’âme Venir au monde dans le village Hmong de Cacao Alice Mancinelli

LIVRES EN BOUCHE
120 / J. Betbèze, S. Cohen
125 / ESPACE FORMATIONS

Illustrations: Florence CADÈNE


Quand la mémoire s’efface pour survivre : comprendre l’oubli traumatique et son traitement en EMDR Intégrative.

samedi 6 décembre 2025 - 09:00
Il existe des souvenirs qui hélas, ne se racontent pas. Non pas parce qu’ils ne sont pas importants, mais parce qu’ils débordent: comme les violences sexuelles, les agressions, les accidents graves ou les scènes de menaces directes plongent l’organisme dans un état qui dépasse les capacités normales d’encodage de la mémoire.
Beaucoup de victimes décrivent ensuite un sentiment de brouillard, une absence de mots, des zones d’ombre dans le récit, des « trous » qu’elles n’arrivent pas à combler. Cette expérience n’a rien d’exceptionnel. Elle constitue même l’un des mécanismes centraux du traumatisme psychique.

Aujourd’hui, les connaissances en neurosciences permettent de comprendre pourquoi la mémoire se dérègle ainsi, et surtout comment des approches comme l’EMDR Intégrative (EMDR–IMO) peuvent aider à reconstruire une chronologie, apaiser les émotions et réhabiliter le sentiment de sécurité intérieure.

Les effets du psychotraumatisme sur le cerveau : un basculement en mode survie.

Lorsqu’un événement potentiellement traumatique survient, le cerveau humain n’est pas dans un état de fonctionnement tout à fait normal. Il se réorganise dans l’urgence pour concentrer toute son énergie sur une seule mission : survivre.

Une "tempête neurobiologique".

La libération massive de cortisol, d’adrénaline et de catécholamines propulse l’organisme dans un état d’hypervigilance. Les zones du cerveau responsables de la cohérence narrative (l’hippocampe par exemple), sont littéralement saturées.
À l’inverse, l’amygdale, qui gère la détection du danger, fonctionne à plein régime et se gonfle.

Cette redistribution des ressources est vitale sur le moment. Mais elle a une conséquence directe : la mémoire autobiographique s’effondre tandis que la mémoire émotionnelle reste intacte, parfois même exacerbée.

Deux mémoires: une suractivée, l’autre désactivée.
La mémoire émotionnelle : tout est enregistré, et beaucoup trop fort.

Dans un contexte traumatique, le cerveau encode avec une intensité inhabituelle : les odeurs, les sons, la texture d’un tissu, la pression d’une main, la terreur ressentie, la perception d’impuissance, l’atmosphère entière de la scène. Tous les sens sont activés.

Ces traces sensorielles vont se graver profondément. Elles peuvent se réactiver des mois ou des années plus tard, déclenchant un malaise sans que la personne comprenne ce qui se joue.

La mémoire autobiographique : le récit qui se brise.

C’est la mémoire qui permet normalement de dire : « Voilà ce qui s’est passé ».
Mais lors d’un traumatisme, son fonctionnement va se désorganiser. Le souvenir ne s’inscrit plus comme une histoire, mais comme un ensemble d’éclats incohérents. Pas de début, ni de fin, ni de fil conducteur.

Cette absence de récit est souvent interprétée à tort comme un signe de faiblesse ou de mensonge.
Mais elle n’est que le reflet d’un mécanisme biologique naturel, destiné à préserver l’intégrité psychique.

La dissociation : déconnecter pour tenir debout.

Quand le cerveau ne peut plus gérer l’intensité de ce qu’il vit, il va se dissocier, se désassocier.
La personne peut se sentir absente, coupée d’elle-même, spectatrice de son propre corps. Cette stratégie de survie protège temporairement, mais elle empêche aussi le souvenir traumatique d’être intégré correctement.

La dissociation explique pourquoi certaines victimes disent :
« Je sais qu’il s’est passé quelque chose, mais c’est flou, comme derrière un voile. »

Pourquoi cet oubli n’est jamais une guérison.

L’oubli traumatique offre un répit, mais ce répit a un prix. Car ce qui n’a pas été intégré cherche à revenir par d’autres voies : des flashbacks, des cauchemars, des crises d’angoisse, des réactions disproportionnées, de l'hypervigilance, des sensations corporelles incompréhensibles, des déclencheurs liés à une odeur, un son ou une ambiance.

L’événement n’est pas accessible sous forme d’histoire, mais il reste actif dans le système nerveux.
Ce paradoxe (oubli du récit, hypermnésie des émotions), est l’une des signatures du stress post-traumatique.

L’EMDR Intégrative (EMDR–IMO) : remettre de l’ordre dans une mémoire fragmentée.

La thérapie EMDR Intégrative, qui inclut l’EMDR, l'Hypnose Thérapeutique, les Approches Centrées Solution et l’IMO (Intégration par les Mouvements Oculaires), fait partie des approches les plus efficaces aujourd’hui pour traiter les mémoires traumatiques dissociées.
Elle repose sur l’usage de stimulations bilatérales alternées qui vont faciliter le retraitement de l’information.

L'objectif d'une thérapie en EMDR Intégrative, c'est de réactiver la mémoire autobiographique, de diminuer la charge émotionnelle, de reconnecter les fragments sensoriels entre eux, de réduire les réactions automatiques du système d’alerte, de permettre à la personne de reprendre le fil de son histoire, et de restaurer un sentiment de sécurité intérieure.

Cette approche ne demande pas d’effacer le souvenir. Elle cherche à redonner à l’événement traumatique sa juste place : dans le passé, et non plus dans le présent.

Pourquoi les patients victimes de traumatismes sexuels nécessitent une approche dite intégrative.

Les violences sexuelles (qu’elles soient commises dans l’enfance ou à l’âge adulte), créent souvent des mémoires extrêmement dissociées.
Elles vont toucher au corps, à la sécurité, à l’intimité.

L’EMDR Intégrative est particulièrement adaptée à cette complexité parce qu'elle prend en compte l’ancrage corporel du trauma, qu'elle va accompagner les émotions intenses, qu'elle utilise la dimension hypnotique de l’IMO pour faciliter l’accès aux sensations, qu'elle aide à reconstruire un récit plus complet et moins menaçant.

De nombreux patients rapportent un changement rapide : l’image devient plus lointaine, la tension corporelle décroît, la peur perd sa force. Le souvenir ne disparaît pas, mais il va cesser de gouverner la vie quotidienne.

Une thérapie qui doit s’adapter au rythme de chaque patient.

Dans le cadre d’une consultation en EMDR Intégrative, aucune précipitation de la part du thérapeute.
Le travail commence par la mise en place d’un espace interne sécurisé, un « lien secure » permettant d’aborder les souvenirs sensibles sans être submergé.

Ensuite, les stimulations bilatérales vont permettre au système nerveux de retraiter les informations bloquées, petit à petit, séance après séance.
Le praticien accompagne, soutient, ajuste le rythme.

Ce processus thérapeutique tend à offrir au patient ce qu’il n’avait jamais pu faire : se réapproprier son histoire, redevenir acteur.

Un accompagnement possible à tout âge et en dehors de toute limite temporelle.

Il n’existe pas de délai idéal pour commencer une thérapie de traumatisme.
Certaines personnes consultent quelques semaines après les faits.
D’autres entament ce travail des décennies plus tard.

Le traumatisme n’est pas une question de date. Il est une question d’impact.
Et il n’est jamais trop tard pour se libérer d’un fardeau ancien.

Vers une reconstruction.

Le traitement des traumas en EMDR offre une réelle possibilité de transformation. L’émotion se réorganise, la mémoire se stabilise, le système d’alerte trouve un nouveau réglage... Et le souvenir devient une page de l’histoire...





Cabinet d'EMDR Intégrative
41, rue Oberkampf
75011 Paris
Tel: 01.43.55.11.66
www.emdr-paris.com/

Quand la mémoire s’efface pour survivre : comprendre l’oubli traumatique et son traitement en EMDR Intégrative.

samedi 6 décembre 2025 - 09:00
Il existe des souvenirs qui hélas, ne se racontent pas. Non pas parce qu’ils ne sont pas importants, mais parce qu’ils débordent: comme les violences sexuelles, les agressions, les accidents graves ou les scènes de menaces directes plongent l’organisme dans un état qui dépasse les capacités normales d’encodage de la mémoire.
Beaucoup de victimes décrivent ensuite un sentiment de brouillard, une absence de mots, des zones d’ombre dans le récit, des « trous » qu’elles n’arrivent pas à combler. Cette expérience n’a rien d’exceptionnel. Elle constitue même l’un des mécanismes centraux du traumatisme psychique.

Aujourd’hui, les connaissances en neurosciences permettent de comprendre pourquoi la mémoire se dérègle ainsi, et surtout comment des approches comme l’EMDR Intégrative (EMDR–IMO) peuvent aider à reconstruire une chronologie, apaiser les émotions et réhabiliter le sentiment de sécurité intérieure.

Les effets du psychotraumatisme sur le cerveau : un basculement en mode survie.

Lorsqu’un événement potentiellement traumatique survient, le cerveau humain n’est pas dans un état de fonctionnement tout à fait normal. Il se réorganise dans l’urgence pour concentrer toute son énergie sur une seule mission : survivre.

Une "tempête neurobiologique".

La libération massive de cortisol, d’adrénaline et de catécholamines propulse l’organisme dans un état d’hypervigilance. Les zones du cerveau responsables de la cohérence narrative (l’hippocampe par exemple), sont littéralement saturées.
À l’inverse, l’amygdale, qui gère la détection du danger, fonctionne à plein régime et se gonfle.

Cette redistribution des ressources est vitale sur le moment. Mais elle a une conséquence directe : la mémoire autobiographique s’effondre tandis que la mémoire émotionnelle reste intacte, parfois même exacerbée.

Deux mémoires: une suractivée, l’autre désactivée.
La mémoire émotionnelle : tout est enregistré, et beaucoup trop fort.

Dans un contexte traumatique, le cerveau encode avec une intensité inhabituelle : les odeurs, les sons, la texture d’un tissu, la pression d’une main, la terreur ressentie, la perception d’impuissance, l’atmosphère entière de la scène. Tous les sens sont activés.

Ces traces sensorielles vont se graver profondément. Elles peuvent se réactiver des mois ou des années plus tard, déclenchant un malaise sans que la personne comprenne ce qui se joue.

La mémoire autobiographique : le récit qui se brise.

C’est la mémoire qui permet normalement de dire : « Voilà ce qui s’est passé ».
Mais lors d’un traumatisme, son fonctionnement va se désorganiser. Le souvenir ne s’inscrit plus comme une histoire, mais comme un ensemble d’éclats incohérents. Pas de début, ni de fin, ni de fil conducteur.

Cette absence de récit est souvent interprétée à tort comme un signe de faiblesse ou de mensonge.
Mais elle n’est que le reflet d’un mécanisme biologique naturel, destiné à préserver l’intégrité psychique.

La dissociation : déconnecter pour tenir debout.

Quand le cerveau ne peut plus gérer l’intensité de ce qu’il vit, il va se dissocier, se désassocier.
La personne peut se sentir absente, coupée d’elle-même, spectatrice de son propre corps. Cette stratégie de survie protège temporairement, mais elle empêche aussi le souvenir traumatique d’être intégré correctement.

La dissociation explique pourquoi certaines victimes disent :
« Je sais qu’il s’est passé quelque chose, mais c’est flou, comme derrière un voile. »

Pourquoi cet oubli n’est jamais une guérison.

L’oubli traumatique offre un répit, mais ce répit a un prix. Car ce qui n’a pas été intégré cherche à revenir par d’autres voies : des flashbacks, des cauchemars, des crises d’angoisse, des réactions disproportionnées, de l'hypervigilance, des sensations corporelles incompréhensibles, des déclencheurs liés à une odeur, un son ou une ambiance.

L’événement n’est pas accessible sous forme d’histoire, mais il reste actif dans le système nerveux.
Ce paradoxe (oubli du récit, hypermnésie des émotions), est l’une des signatures du stress post-traumatique.

L’EMDR Intégrative (EMDR–IMO) : remettre de l’ordre dans une mémoire fragmentée.

La thérapie EMDR Intégrative, qui inclut l’EMDR, l'Hypnose Thérapeutique, les Approches Centrées Solution et l’IMO (Intégration par les Mouvements Oculaires), fait partie des approches les plus efficaces aujourd’hui pour traiter les mémoires traumatiques dissociées.
Elle repose sur l’usage de stimulations bilatérales alternées qui vont faciliter le retraitement de l’information.

L'objectif d'une thérapie en EMDR Intégrative, c'est de réactiver la mémoire autobiographique, de diminuer la charge émotionnelle, de reconnecter les fragments sensoriels entre eux, de réduire les réactions automatiques du système d’alerte, de permettre à la personne de reprendre le fil de son histoire, et de restaurer un sentiment de sécurité intérieure.

Cette approche ne demande pas d’effacer le souvenir. Elle cherche à redonner à l’événement traumatique sa juste place : dans le passé, et non plus dans le présent.

Pourquoi les patients victimes de traumatismes sexuels nécessitent une approche dite intégrative.

Les violences sexuelles (qu’elles soient commises dans l’enfance ou à l’âge adulte), créent souvent des mémoires extrêmement dissociées.
Elles vont toucher au corps, à la sécurité, à l’intimité.

L’EMDR Intégrative est particulièrement adaptée à cette complexité parce qu'elle prend en compte l’ancrage corporel du trauma, qu'elle va accompagner les émotions intenses, qu'elle utilise la dimension hypnotique de l’IMO pour faciliter l’accès aux sensations, qu'elle aide à reconstruire un récit plus complet et moins menaçant.

De nombreux patients rapportent un changement rapide : l’image devient plus lointaine, la tension corporelle décroît, la peur perd sa force. Le souvenir ne disparaît pas, mais il va cesser de gouverner la vie quotidienne.

Une thérapie qui doit s’adapter au rythme de chaque patient.

Dans le cadre d’une consultation en EMDR Intégrative, aucune précipitation de la part du thérapeute.
Le travail commence par la mise en place d’un espace interne sécurisé, un « lien secure » permettant d’aborder les souvenirs sensibles sans être submergé.

Ensuite, les stimulations bilatérales vont permettre au système nerveux de retraiter les informations bloquées, petit à petit, séance après séance.
Le praticien accompagne, soutient, ajuste le rythme.

Ce processus thérapeutique tend à offrir au patient ce qu’il n’avait jamais pu faire : se réapproprier son histoire, redevenir acteur.

Un accompagnement possible à tout âge et en dehors de toute limite temporelle.

Il n’existe pas de délai idéal pour commencer une thérapie de traumatisme.
Certaines personnes consultent quelques semaines après les faits.
D’autres entament ce travail des décennies plus tard.

Le traumatisme n’est pas une question de date. Il est une question d’impact.
Et il n’est jamais trop tard pour se libérer d’un fardeau ancien.

Vers une reconstruction.

Le traitement des traumas en EMDR offre une réelle possibilité de transformation. L’émotion se réorganise, la mémoire se stabilise, le système d’alerte trouve un nouveau réglage... Et le souvenir devient une page de l’histoire...





Cabinet d'EMDR Intégrative
41, rue Oberkampf
75011 Paris
Tel: 01.43.55.11.66
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