- Le récit alternatif: MIKHAËL ALLOUCHE & ANA WAALDER, illustrateurs de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80.
- L'importance d'aller dans le sens de la résistance. Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80.
- Le partage de l'imaginaire pour faire émerger les ressources. Revue Hypnose et Thérapies Brèves 79.
- Défaut et faute: les agents doubles de la dépression. Revue Hypnose et Thérapies Brèves 79.
- Dépression et renoncement. Revue Hypnose et Thérapies Brèves 79.
- Internalisation d'un lien sécurisant. Revue Hypnose et Thérapies Brèves 78.
- La transe hypnotique est avant tout une expérience poétique. Revue Hypnose et Thérapies Brèves 78.
Psychotherapie Brève, Hypnose Ericksonienne, Sophrologie Caycedienne, Hypnose Thérapeutique, EMDR et Formations à Paris, Marseille.
Mis à jour : il y a 50 min 10 sec
PsychoTraumatisme infantile, comment repenser l’écoute institutionnelle à la lumière de l’EMDR.
Les récentes affaires de violences en milieu éducatif ont mis en évidence un problème structurel : la manière dont les institutions interprètent, ou plutôt échouent à interpréter, la parole traumatique de l’enfant. Alors que la neurobiologie du psychotrauma est aujourd’hui bien établie, les pratiques judiciaires continuent, elles, de s’appuyer sur des critères narratifs inadaptés aux spécificités du développement cérébral.
Cette discordance expose les alors enfants à une double vulnérabilité : celle du traumatisme initial et celle d’une écoute institutionnelle qui ne reconnaît pas ses manifestations !!!
La mémoire traumatique de l’enfant est une organisation non narrative.
Les connaissances actuelles en psychotraumatologie montrent que chez l’enfant, l’encodage d’un événement violent se fait en fragments sensoriels, émotionnels et corporels, plutôt qu’en récit structuré. L’immaturité de l’hippocampe, la dominance de l’amygdale et les mécanismes de survie (sidération, figement, dissociation) produisent : des souvenirs difficilement datables, des images isolées, des sensations corporelles très intrusives, des variations chronologiques.
Ces manifestations ne sont pas des anomalies : elles constituent la forme typique de la mémoire traumatique infantile. Elles expliquent pourquoi un enfant peut évoquer une odeur très précise, puis rester silencieux pendant des semaines, ou modifier certains détails d’un entretien à l’autre.
L’EMDR : une approche totalement adaptée aux fragments mnésiques.
L’EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing) est aujourd’hui l’une des méthodes les plus pertinentes pour traiter les traumatismes même précoces. Sa spécificité tient à sa capacité à travailler à partir des éléments disponibles, même lorsqu’ils sont minimes ou non verbalisés.
L’EMDR va pouvoir permettre de: mobiliser les fragments sensoriels sans exiger un récit complet, de réduire la dissociation et les états de figement, de faciliter l’intégration progressive des souvenirs dans un réseau autobiographique plus cohérent, de respecter les zones d’amnésie sans aucune pression exploratoire, et de pouvoir restaurer la continuité interne là où le trauma a créé du "morcellement".
Là où les institutions attendent une narration linéaire, l’EMDR va s’appuyer sur la réalité neuropsychologique du trauma : un souvenir éclaté, non organisé, parfois inaccessible.
Les critères judiciaires : un décalage hélas persistant avec la clinique.
Dans de nombreux dossiers, les variations de récit, les contradictions périphériques ou les révélations tardives sont interprétées comme des indices de fabulation. Or, ces éléments sont cliniquement compatibles avec: la dissociation, l’amnésie traumatique, la réactivation tardive, l’évitement, et la sidération.
Cette confusion entre symptôme et soupçon constitue un biais majeur. Elle contribue à la sous-reconnaissance des violences sexuelles sur mineurs et à la disqualification de la parole traumatique.
Les révélations tardives : un phénomène neuropsychologique aujiourd'hui bien documenté.
La littérature clinique, y compris dans les suivis EMDR, décrit depuis longtemps la possibilité de révélations différées, parfois plusieurs décennies après les faits.
Ce phénomène n’a rien d’exceptionnel. Il est neurobiologiquement explicable et cliniquement attendu. Le considérer comme suspect revient à méconnaître la dynamique même du psychotrauma complexe.
La blessure institutionnelle : un second traumatisme.
Lorsque la plainte d’une victime est classée pour « incohérences » ou « manque de clarté », l’impact psychique est bien entendu considérable. Dans les suivis EMDR, cette blessure secondaire apparaît souvent comme un nœud traumatique à part entière, nécessitant un retraitement spécifique. Et des fois même, le noeud principal !
La disqualification institutionnelle réactive la honte, renforce la dissociation et peut entraîner un effondrement psychique majeur. Elle constitue une revictimisation, parfois plus déstabilisante que le trauma initial.
Plaidoyer pour une écoute institutionnelle alignée avec la clinique !!!
Pour que la justice cesse de confondre trauma et mensonge, plusieurs axes sont indispensables : une formation systématique des professionnels judiciaires à la neurobiologie du trauma, une généralisation des protocoles d’audition adaptés (NICHD, UAPED), une prise en compte des manifestations non narratives dans l’évaluation de la crédibilité, une collaboration accrue entre cliniciens spécialisés (dont praticiens EMDR) et acteurs judiciaires, une protection renforcée des professionnels qui signalent des situations de danger.
L’objectif n’est pas de transformer les enquêteurs en thérapeutes, ni les thérapeutes en enquêteurs, mais de garantir que les critères d’évaluation soient compatibles avec la réalité du développement cérébral et du trauma infantile.
Ainsi donc, tout réside dans le fait de reconnaître la forme réelle du trauma.
L’EMDR rappelle que la mémoire traumatique de l’enfant n’est pas un récit, mais une empreinte sensorielle et émotionnelle. Tant que les institutions exigeront une narration que le cerveau traumatisé ne peut pas produire, elles continueront à disqualifier les victimes.
La clinique sait depuis longtemps comment écouter ces fragments. Il appartient désormais aux systèmes judiciaires et médico-sociaux de s’y accorder.
* Vous cherchez une Formation en EMDR Intégrative Certifiante, Validée par France EMDR IMO ® sur Paris, Marseille, Nancy, Strasbourg, Bordeaux... ?
* Annuaire des Praticiens en EMDR, IMO, HTSMA, TLMR
* Association France EMDR-IMO ®: le Registre des Praticiens et Formations EMDR-IMO de France.
Cette discordance expose les alors enfants à une double vulnérabilité : celle du traumatisme initial et celle d’une écoute institutionnelle qui ne reconnaît pas ses manifestations !!!
La mémoire traumatique de l’enfant est une organisation non narrative.
Les connaissances actuelles en psychotraumatologie montrent que chez l’enfant, l’encodage d’un événement violent se fait en fragments sensoriels, émotionnels et corporels, plutôt qu’en récit structuré. L’immaturité de l’hippocampe, la dominance de l’amygdale et les mécanismes de survie (sidération, figement, dissociation) produisent : des souvenirs difficilement datables, des images isolées, des sensations corporelles très intrusives, des variations chronologiques.
Ces manifestations ne sont pas des anomalies : elles constituent la forme typique de la mémoire traumatique infantile. Elles expliquent pourquoi un enfant peut évoquer une odeur très précise, puis rester silencieux pendant des semaines, ou modifier certains détails d’un entretien à l’autre.
L’EMDR : une approche totalement adaptée aux fragments mnésiques.
L’EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing) est aujourd’hui l’une des méthodes les plus pertinentes pour traiter les traumatismes même précoces. Sa spécificité tient à sa capacité à travailler à partir des éléments disponibles, même lorsqu’ils sont minimes ou non verbalisés.
L’EMDR va pouvoir permettre de: mobiliser les fragments sensoriels sans exiger un récit complet, de réduire la dissociation et les états de figement, de faciliter l’intégration progressive des souvenirs dans un réseau autobiographique plus cohérent, de respecter les zones d’amnésie sans aucune pression exploratoire, et de pouvoir restaurer la continuité interne là où le trauma a créé du "morcellement".
Là où les institutions attendent une narration linéaire, l’EMDR va s’appuyer sur la réalité neuropsychologique du trauma : un souvenir éclaté, non organisé, parfois inaccessible.
Les critères judiciaires : un décalage hélas persistant avec la clinique.
Dans de nombreux dossiers, les variations de récit, les contradictions périphériques ou les révélations tardives sont interprétées comme des indices de fabulation. Or, ces éléments sont cliniquement compatibles avec: la dissociation, l’amnésie traumatique, la réactivation tardive, l’évitement, et la sidération.
Cette confusion entre symptôme et soupçon constitue un biais majeur. Elle contribue à la sous-reconnaissance des violences sexuelles sur mineurs et à la disqualification de la parole traumatique.
Les révélations tardives : un phénomène neuropsychologique aujiourd'hui bien documenté.
La littérature clinique, y compris dans les suivis EMDR, décrit depuis longtemps la possibilité de révélations différées, parfois plusieurs décennies après les faits.
Ce phénomène n’a rien d’exceptionnel. Il est neurobiologiquement explicable et cliniquement attendu. Le considérer comme suspect revient à méconnaître la dynamique même du psychotrauma complexe.
La blessure institutionnelle : un second traumatisme.
Lorsque la plainte d’une victime est classée pour « incohérences » ou « manque de clarté », l’impact psychique est bien entendu considérable. Dans les suivis EMDR, cette blessure secondaire apparaît souvent comme un nœud traumatique à part entière, nécessitant un retraitement spécifique. Et des fois même, le noeud principal !
La disqualification institutionnelle réactive la honte, renforce la dissociation et peut entraîner un effondrement psychique majeur. Elle constitue une revictimisation, parfois plus déstabilisante que le trauma initial.
Plaidoyer pour une écoute institutionnelle alignée avec la clinique !!!
Pour que la justice cesse de confondre trauma et mensonge, plusieurs axes sont indispensables : une formation systématique des professionnels judiciaires à la neurobiologie du trauma, une généralisation des protocoles d’audition adaptés (NICHD, UAPED), une prise en compte des manifestations non narratives dans l’évaluation de la crédibilité, une collaboration accrue entre cliniciens spécialisés (dont praticiens EMDR) et acteurs judiciaires, une protection renforcée des professionnels qui signalent des situations de danger.
L’objectif n’est pas de transformer les enquêteurs en thérapeutes, ni les thérapeutes en enquêteurs, mais de garantir que les critères d’évaluation soient compatibles avec la réalité du développement cérébral et du trauma infantile.
Ainsi donc, tout réside dans le fait de reconnaître la forme réelle du trauma.
L’EMDR rappelle que la mémoire traumatique de l’enfant n’est pas un récit, mais une empreinte sensorielle et émotionnelle. Tant que les institutions exigeront une narration que le cerveau traumatisé ne peut pas produire, elles continueront à disqualifier les victimes.
La clinique sait depuis longtemps comment écouter ces fragments. Il appartient désormais aux systèmes judiciaires et médico-sociaux de s’y accorder.
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Traumatisations complexes et sensorialité : corps absent et/ou phobie des sensations.
10ème Congrès Hypnose Douleur. Véronique Cohier-Rahban, Psychologue. Corps violentés/Corps menaçants.
Lorsque les corps des enfants ont été régulièrement violentés, une fois devenus adultes, ils peuvent les percevoir comme des corps menaçants. Ces enfants qui ont subi des violences répétées par les personnes censées en prendre soin, développent diverses stratégies de survie.
Durant les psychothérapies des Traumatisations Complexes (TC), ces adultes peuvent présenter des spécificités qui vont compliquer les approches psycho-corporelles telles que l’utilisation de l’hypnose.
Aujourd’hui, nous savons que dans les états de TC, la parole ne suffit pas car le corps est chargé de mémoires traumatiques. Ces mémoires corporelles sont accessibles par des approches hypnotiques (hypnose éricksonnienne, S.E., EMDR, IMO.,…). Comment accéder à ces mémoires lorsque la personne est dissociée de son corps à tel point que celui-ci reste insenti, semble ne pas exister, sauf à rester un outil pratique ayant son existence propre ?
A l’extrême inverse, comment y accéder lorsqu’une sensation convoque hypersensibilité et phobie du moindre ressenti ? Au travers d’exemples cliniques nous illustrerons ces possibles conséquences des violences passées et proposerons différentes manières de rétablir une connexion apaisée au corps.
Comment s’approcher du corps dans la sécurité et le confort, par quels canaux ? Nous verrons comment les émotions, les mouvements conscients et la relation avec le thérapeute vont aboutir, petit à petit, à la réassociation de la personne avec son corps.
Sources: Institut Emergences Rennes.
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Durant les psychothérapies des Traumatisations Complexes (TC), ces adultes peuvent présenter des spécificités qui vont compliquer les approches psycho-corporelles telles que l’utilisation de l’hypnose.
Aujourd’hui, nous savons que dans les états de TC, la parole ne suffit pas car le corps est chargé de mémoires traumatiques. Ces mémoires corporelles sont accessibles par des approches hypnotiques (hypnose éricksonnienne, S.E., EMDR, IMO.,…). Comment accéder à ces mémoires lorsque la personne est dissociée de son corps à tel point que celui-ci reste insenti, semble ne pas exister, sauf à rester un outil pratique ayant son existence propre ?
A l’extrême inverse, comment y accéder lorsqu’une sensation convoque hypersensibilité et phobie du moindre ressenti ? Au travers d’exemples cliniques nous illustrerons ces possibles conséquences des violences passées et proposerons différentes manières de rétablir une connexion apaisée au corps.
Comment s’approcher du corps dans la sécurité et le confort, par quels canaux ? Nous verrons comment les émotions, les mouvements conscients et la relation avec le thérapeute vont aboutir, petit à petit, à la réassociation de la personne avec son corps.
Sources: Institut Emergences Rennes.
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Au Vietnam, dans la chambre des âmes. Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80.
Voici un rituel de possession, nouvellement créé au Vietnam dans les années 2000, dont un ethnologue rend compte dans ses travaux. Au confluent de contextes socio-politique, historique et religieux, l’institutionnalisation laïque de ces rencontres rituelles, dans la « chambre des âmes », peut interroger à plu- sieurs égards.
Ce lieu, appartenant à une organisation gouvernementale dite scientifique, accueille, lors de séances organisées régulièrement, les membres de familles en quête de communication avec leurs morts, en particulier avec ceux dont la sépulture a été égarée lors d’événements tragiques et violents du passé récent de ce pays. Ces familles endeuillées ne pouvant effectuer leurs rites dédiés aux ancêtres, inspirés de coutumes brahmaniques, bouddhistes ou animistes, cherchent à communiquer avec leurs morts ou à retrou- ver leurs sépultures. Quelle que soit la genèse de ce rituel récent de possession par les morts (« áp vong » ou « apposer l’âme »), c’est sur le déroulement et le cadre dans lesquels il se réalise qu’il est intéressant de s’attarder.
S’affranchissant de toute forme religieuse ou de « superstition », obéissant à une méthode stricte et invariable, les séances, menées par des « spécialistes » ni médiums-exorcistes, ni initiés ou thérapeutes, ont pour but d’appeler l’âme d’un défunt à pénétrer le corps d’un des parents présents, afin que la famille puisse communiquer avec ce mort et ainsi per- mettre que son âme, alors errante, retourne près de leur foyer.
Le possédé doit se laisser envahir par l’âme du mort...
Plusieurs familles se retrouvent, assises par terre, dans une pièce dépourvue des signes cultuels habituels : peu d’offrandes, pas de musique ou de tambours, pas de psalmodies, de danses ou de talismans, pas d’invocations ; seul l’encens brûle près d’un autel supportant un bouddha. Au centre du cercle formé par les membres de chaque famille, est posée une liste écrite de défunts avec lesquels on souhaite entrer en communication. Sont égrenées, lors d’un long préambule, l’ensemble des directives que tous devront suivre pour que puisse se produire l’incarnation d’un mort. Parfois préenregistrées, dans un ton monocorde, ces recommandations sont nombreuses : fermer les yeux, rester concentré et silencieux, « les mains posées sur les genoux, les paumes vers le haut, sans serrer les doigts, sans se tenir les mains », le visage gardé droit de sorte que les spécialistes voient si une âme se présente ; porter attention aux signes possibles de possession dans son corps : frissons, picotements, somnolence, mouvements de la tête, ou dans le corps d’un des membres de la famille ; si un défunt semble se manifester chez l’un d’eux, l’interroger au moyen de questions fermées, lui exprimer concrètement de l’affection et s’adresser au possédé par le nom de celui qu’il incarne ; le possédé doit se laisser envahir par l’âme du mort, ne pas réagir aux sollicitations contraires à la possession comme, par exemple, ne plus répondre à son véritable nom ; ne pas manifester de signes de possession si l’on n’est pas possédé...
L’attente ensuite se déploie. Les séances se déroulent sous le signe de l’imprévu, de l’inconnu, de l’incertitude : qui va être possédé parmi les membres de la famille ? Est-ce que le mort pourra communiquer avec les vivants ? Va-t-il donner des précisions sur la localisation de son corps ? Chacun s’observe et observe les autres ; le spécialiste guette. Les manifestations de possession peuvent être spectaculaires ou discrètes, violentes ou douces, agressives ou drôles... S’amorce alors la « construction collective d’une incarnation » soutenue par des discussions ou négociations intrafamiliales. Celles-ci, parfois longues et conflictuelles, sont engendrées par le doute émis par tel membre de la famille quant à la véracité de la possession ou l’identité du défunt incarné, ou par son refus d’admettre la possession exposée. Les spécialistes eux-mêmes participent à cette co-construction et s’interrogent : le client est-il l’incarnation d’un défunt ? Est-ce tel membre de la famille cité dans la liste des défunts présentée en début de rencontre ? Leurs interventions guident les séances : ils adressent au possédé un dis- cours empruntant à un champ lexical suggestif évoquant le « corps », les « cadavres » ou les « cadavres vivants », ils posent la main sur la tête de leur client, geste prohibé habituellement dans cette culture, signifiant peut- être par là qu’ils n’ont plus affaire à un être appartenant à la société des vivants...
Une femme hoche la tête, semblant être possédée par un de ses ...
Lire la suite...
Dr Sylvie Le Pelletier-Beaufond Médecin-psychothérapeute depuis 1991, hypnothérapeute, thérapeute systémique de famille et de couple, à Paris en libéral. Formatrice, elle reçoit des professionnels en supervision. Formée à l’Institut Milton Erickson de Paris et par Mony Elkaïm, sa pratique clinique s’inspire de la pensée de François Roustang. Membre de la Société française de Thérapie familiale. Anthropologue des religions et diplômée de l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco).
Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80: Fev. / Mars / Avril. 2026. TRAUMATISMES.
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°80…
6 / Éditorial : L’importance d’aller dans le sens de la résistance Julien Betbèze.
8 / En couverture : Mikhaël Allouche & Ana Waalder. Le récit alternatif Interview par Sophie Cohen.
12 / Faire face à une situation réputée difficile Donner du temps au temps Jacques-Antoine Malarewicz.
20 / Le vide, l’inspiration, la vacuité. Exemples d’intervention en thérapie systémique et stratégique brève. Nathalie Koralnik.
30 / Deuil en thérapie narrative. « Bonjour Papi Georges » Stéphanie Robert.
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
40 / Introduction Gérard Ostermann.
44 / La perte en gériatrie. Miroir d’un effondrement psychique. Johanna Rabinovici.
DOSSIER TRAUMATISMES
55 / Levée d’amnésie traumatique.« Ranger sa bibliothèque lorsque les souvenirs reviennent ». Cécile Condaminas. Notes de lecture.
62 / Endométriose post-traumatique Libérer les sujets du pouvoir du monde traumatique avec la TLMR. Éric Bardot. Notes de lecture.
74 / Viols et abus sexuels avec usage de stupéfiants Traitement avec la PTR Gérald Brassine. Notes de lecture.
QUIPROQUO
84 / Difficile. S. Colombo, Muhuc.
BONJOUR ET APRÈS...
88 / Madeleine. Sa vie bouleversée après les soins d’un cancer. Sophie Cohen.
CULTURE MONDE
92 / Au Vietnam, dans la chambre des âmes. Sylvie Le Pelletier-Beaufond.
LIVRES EN BOUCHE
96 / J. Betbèze, S. Cohen.
Illustrations du numéro: Mikhael Allouche et Ana Waalder.
Ce lieu, appartenant à une organisation gouvernementale dite scientifique, accueille, lors de séances organisées régulièrement, les membres de familles en quête de communication avec leurs morts, en particulier avec ceux dont la sépulture a été égarée lors d’événements tragiques et violents du passé récent de ce pays. Ces familles endeuillées ne pouvant effectuer leurs rites dédiés aux ancêtres, inspirés de coutumes brahmaniques, bouddhistes ou animistes, cherchent à communiquer avec leurs morts ou à retrou- ver leurs sépultures. Quelle que soit la genèse de ce rituel récent de possession par les morts (« áp vong » ou « apposer l’âme »), c’est sur le déroulement et le cadre dans lesquels il se réalise qu’il est intéressant de s’attarder.
S’affranchissant de toute forme religieuse ou de « superstition », obéissant à une méthode stricte et invariable, les séances, menées par des « spécialistes » ni médiums-exorcistes, ni initiés ou thérapeutes, ont pour but d’appeler l’âme d’un défunt à pénétrer le corps d’un des parents présents, afin que la famille puisse communiquer avec ce mort et ainsi per- mettre que son âme, alors errante, retourne près de leur foyer.
Le possédé doit se laisser envahir par l’âme du mort...
Plusieurs familles se retrouvent, assises par terre, dans une pièce dépourvue des signes cultuels habituels : peu d’offrandes, pas de musique ou de tambours, pas de psalmodies, de danses ou de talismans, pas d’invocations ; seul l’encens brûle près d’un autel supportant un bouddha. Au centre du cercle formé par les membres de chaque famille, est posée une liste écrite de défunts avec lesquels on souhaite entrer en communication. Sont égrenées, lors d’un long préambule, l’ensemble des directives que tous devront suivre pour que puisse se produire l’incarnation d’un mort. Parfois préenregistrées, dans un ton monocorde, ces recommandations sont nombreuses : fermer les yeux, rester concentré et silencieux, « les mains posées sur les genoux, les paumes vers le haut, sans serrer les doigts, sans se tenir les mains », le visage gardé droit de sorte que les spécialistes voient si une âme se présente ; porter attention aux signes possibles de possession dans son corps : frissons, picotements, somnolence, mouvements de la tête, ou dans le corps d’un des membres de la famille ; si un défunt semble se manifester chez l’un d’eux, l’interroger au moyen de questions fermées, lui exprimer concrètement de l’affection et s’adresser au possédé par le nom de celui qu’il incarne ; le possédé doit se laisser envahir par l’âme du mort, ne pas réagir aux sollicitations contraires à la possession comme, par exemple, ne plus répondre à son véritable nom ; ne pas manifester de signes de possession si l’on n’est pas possédé...
L’attente ensuite se déploie. Les séances se déroulent sous le signe de l’imprévu, de l’inconnu, de l’incertitude : qui va être possédé parmi les membres de la famille ? Est-ce que le mort pourra communiquer avec les vivants ? Va-t-il donner des précisions sur la localisation de son corps ? Chacun s’observe et observe les autres ; le spécialiste guette. Les manifestations de possession peuvent être spectaculaires ou discrètes, violentes ou douces, agressives ou drôles... S’amorce alors la « construction collective d’une incarnation » soutenue par des discussions ou négociations intrafamiliales. Celles-ci, parfois longues et conflictuelles, sont engendrées par le doute émis par tel membre de la famille quant à la véracité de la possession ou l’identité du défunt incarné, ou par son refus d’admettre la possession exposée. Les spécialistes eux-mêmes participent à cette co-construction et s’interrogent : le client est-il l’incarnation d’un défunt ? Est-ce tel membre de la famille cité dans la liste des défunts présentée en début de rencontre ? Leurs interventions guident les séances : ils adressent au possédé un dis- cours empruntant à un champ lexical suggestif évoquant le « corps », les « cadavres » ou les « cadavres vivants », ils posent la main sur la tête de leur client, geste prohibé habituellement dans cette culture, signifiant peut- être par là qu’ils n’ont plus affaire à un être appartenant à la société des vivants...
Une femme hoche la tête, semblant être possédée par un de ses ...
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Dr Sylvie Le Pelletier-Beaufond Médecin-psychothérapeute depuis 1991, hypnothérapeute, thérapeute systémique de famille et de couple, à Paris en libéral. Formatrice, elle reçoit des professionnels en supervision. Formée à l’Institut Milton Erickson de Paris et par Mony Elkaïm, sa pratique clinique s’inspire de la pensée de François Roustang. Membre de la Société française de Thérapie familiale. Anthropologue des religions et diplômée de l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco).
Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80: Fev. / Mars / Avril. 2026. TRAUMATISMES.
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°80…
6 / Éditorial : L’importance d’aller dans le sens de la résistance Julien Betbèze.
8 / En couverture : Mikhaël Allouche & Ana Waalder. Le récit alternatif Interview par Sophie Cohen.
12 / Faire face à une situation réputée difficile Donner du temps au temps Jacques-Antoine Malarewicz.
20 / Le vide, l’inspiration, la vacuité. Exemples d’intervention en thérapie systémique et stratégique brève. Nathalie Koralnik.
30 / Deuil en thérapie narrative. « Bonjour Papi Georges » Stéphanie Robert.
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
40 / Introduction Gérard Ostermann.
44 / La perte en gériatrie. Miroir d’un effondrement psychique. Johanna Rabinovici.
DOSSIER TRAUMATISMES
55 / Levée d’amnésie traumatique.« Ranger sa bibliothèque lorsque les souvenirs reviennent ». Cécile Condaminas. Notes de lecture.
62 / Endométriose post-traumatique Libérer les sujets du pouvoir du monde traumatique avec la TLMR. Éric Bardot. Notes de lecture.
74 / Viols et abus sexuels avec usage de stupéfiants Traitement avec la PTR Gérald Brassine. Notes de lecture.
QUIPROQUO
84 / Difficile. S. Colombo, Muhuc.
BONJOUR ET APRÈS...
88 / Madeleine. Sa vie bouleversée après les soins d’un cancer. Sophie Cohen.
CULTURE MONDE
92 / Au Vietnam, dans la chambre des âmes. Sylvie Le Pelletier-Beaufond.
LIVRES EN BOUCHE
96 / J. Betbèze, S. Cohen.
Illustrations du numéro: Mikhael Allouche et Ana Waalder.
La perte en gériatrie. Miroir d'un effondrement psychique. Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80.
Monsieur D., 84 ans, a vu son monde s’écrouler avec la mort de sa femme. Son corps exprime sa souffrance, une chute traduit son effondrement. Comment aider ce patient à retrouver confiance et apaisement ?
En se reconnectant, grâce à l’hypnose, à l’écoute de son corps, de ses souvenirs ravivés par des métaphores.
Travailler en tant que psychologue en unité de Soins médicaux et de réadaptation invite à porter son regard sur le corps. Les symptômes somatiques sont divers et variés : conséquences de la maladie, fatigue liée à l’avancée en âge, suite de chirurgie, chute... Le corps occupe une place centrale dans ce type de service. Et fréquemment il se trouve être le support privilégié de l’expression du psychisme. La fatigue dit alors « je me sens las de vivre », la douleur crie « j’ai peur de ce qui va m’arriver », la chute explique « je me sens effondré »...
La gérontologie, une clinique nécessairement intégrative.
Il y a de ces gens qui vieillissent bien, ceux que la société veut nous montrer, nous faire envier. Il faudrait alors manger correctement, bouger plus, tout faire pour prévenir les maux de l’âge, tout faire pour, finalement, ne pas trop vieillir. Il y a aussi ceux que l’on ne veut pas voir, ceux qui nous rappellent la fini- tude de l’être humain. Peut-être ravivent-ils en nous cette angoisse de mort ? Peut-être ne veut-on pas associer la vie à la perte ? Perte de ses capacités, physiques, intellectuelles, perte de ce que l’on fut et perte de l’illusion de ce que l’on aurait pu être.
Ces changements biologiques, cognitifs et sociaux liés à l’âge ont inévitablement des répercussions psychologiques chez nos aînés. Philippe Thomas (2019) écrit d’ailleurs : « Certaines personnes âgées sont ainsi condamnées à des doubles, triples peines, voire plus : faiblesse médico-sociale liée aux conséquences de l’âge, maladies chroniques, marginalisation sociale et difficultés d’accès aux services de soins ou d’aide ».
Cela est d’autant plus visible en milieu hospitalier où la personne y séjourne pour des raisons directement somatiques et/ou cognitives. Les pertes, au sens large, sont nombreuses. Les personnes sont par exemple davantage sujettes aux altérations fonctionnelles et aux traumatismes corporels, suite aux chutes par exemple (il y a une dizaine d’années, prévalence de 10 à 25 % chez le sujet dit âgé). Ces atteintes physiques engendrent des douleurs pouvant se chroniciser et privant parfois la personne de certaines capacités, telles que la marche.
Ainsi, comment accompagner la vie quand elle semble doucement s’échapper ?
Il s’agit quelquefois d’apaiser les angoisses, de tenir la main pour rassurer, ou encore d’in- viter, ceux qui le peuvent, à mettre en mots leurs maux. C’est une adaptation à chaque rencontre, la création d’un lien de confiance afin que la personne se sente entendue et comprise, reconnue. Et parfois, à la question « comment accompagner ? », la réponse est évidente : le début du mieux-être est à cher- cher dans l’ici et maintenant puisque, sans le savoir, la personne est déjà détentrice de sa solution.
L’hypnose s’inscrit dans cette même démarche, humaine, à travers laquelle le praticien est au service de la personne et l’accompagne dans la recherche d’un mieux-être. Ce changement, parfois difficile d’accès, est rendu possible par l’hypnose qui vise la (re) mise en mouvement de ce qui peut être bloqué inconsciemment. Par conséquent, la pratique de l’hypnose et l’approche intégrative et humaniste qu’elle sous-tend prennent tout leur sens dans la prise en charge en gériatrie. Pour illustrer ces propos, je vous présente le cas de Monsieur D.
ANAMNÈSE
Monsieur D. est âgé de 84 ans, il vit seul à domicile. Il a perdu sa fille il y a plusieurs années de cela et plus récemment sa femme. Il se sent proche de son fils et de sa petite- fille, est entouré par ses voisins et amis. Il est hospitalisé pour une altération de son état général (du fait d’un carcinome métastatique) au sein d’un service de réadaptation spécialisé en onco-gériatrie. Je le rencontre dans ce contexte. Monsieur D. me raconte qu’il a chuté chez lui. Très rapidement, des larmes apparaissent dans ses yeux. Il pleure à l’évocation du décès inattendu de sa femme survenu au début de l’année dernière. Partie à l’hôpital pour ce qui semblait être une infection urinaire, elle n’est jamais revenue ; Monsieur D. ayant reçu l’appel d’un interne pour lui annoncer son décès. Il me dit ne pas avoir eu davantage d’explications, avoir continué sa vie en mettant à distance cet événement et les émotions associées, jusqu’au jour où il a chuté. Chute qu’il décrit comme un effondrement (« je me suis effondré ») à la fois sur le plan physique mais surtout d’un point de vue psychologique.
Monsieur D. pleure à plusieurs reprises pendant cet échange, notamment lorsqu’il exprime une émotion quelle qu’elle soit : tristesse, peur ou encore gratitude. Il ne fait pas cas de sa santé physique, ne parle pas du tout de son cancer, la souffrance morale prenant toute la place.
Monsieur D. semble être une personne volontaire, acteur de sa prise en charge rééducative et qui souhaite, en parallèle, « aller mieux dans ma tête », selon ses termes. La problématique semble être la trace traumatique laissée par la perte inattendue de sa femme qui n’a pas été élaborée puisque rapidement mise à distance. Cela se traduit par des symptômes identifiés pendant ce premier entretien : débordement émotionnel (pleurs récurrents), ruminations avant l’endormissement, quelques fois réveils nocturnes, évitement (ne veut pas parler de son passé et de sa femme) et le ressenti de Monsieur D. (l’effondrement). Je propose que l’on fasse une séance d’hypnose lors de notre prochaine rencontre, Monsieur D. accepte.
Travail autour des émotions.
Je revois Monsieur D. pour lui proposer une séance d’hypnose formelle. Cet entretien est une continuité du premier échange que nous avons eu, où des éléments viennent s’ajouter à son discours, permettant de mettre un peu plus de sens derrière son vécu. Il pleure à plusieurs reprises pendant ce début d’entretien, principalement lorsqu’il parle du décès de sa femme. Il aimerait pouvoir effacer cet événement mais n’y arrive pas. Avec un recadrage cognitif et des explications sur la façon dont fonctionnent les pensées, il comprend que nous ne pouvons pas effacer un événement, que nous pouvons néanmoins en changer la perception. Petit à petit, Monsieur D. s’apaise, me verbalise que le fait de savoir qu’il peut en parler avec quelqu’un lui amène déjà un cer- tain apaisement. Il décrit aussi un mal-être à cause de pensées qui se mélangent, du fait qu’il n’arrive pas à isoler ses idées.
Nous prenons le temps de définir un objectif pour cette séance d’hypnose. Le fait de poser une intention en amont de la séance est un moteur pour amorcer et orienter le travail de l’inconscient.
L’objectif pour Monsieur D. est de se sentir plus apaisé avec ses émotions. Je lui propose de se situer sur une échelle allant de 0 à 10, 10 étant le fait de se sentir complétement apaisé. Actuellement, il se situe à 4/10 et aimerait se sentir apaisé à 6/10 après la séance (« ce serait déjà bien »). En pratique, pour certaines personnes, l’utilisation d’une échelle aide à se projeter vers un objectif plus concret car quantifiable.
Je recueille ensuite le thème de la séance à partir duquel j’accompagnerai Monsieur D. Il me raconte un souvenir d’une partie de pétanque avec ses amis. Je propose à Monsieur D. de s’installer le plus confortable- ment possible (et non de s’installer confortablement puisqu’avec les affections soma- tiques, la personne ne se sent souvent pas ou peu confortable) et m’assure qu’il m’entend correctement. Nous commençons la séance...
- Thérapeute : « Pour commencer, je vous invite à prendre conscience de la pièce dans laquelle vous vous trouvez. Vous pouvez balayer la chambre du regard, regarder autour, les murs blancs, la fenêtre qui permet de voir les arbres dehors, la télévision, la table, la chaise, et plus proche de vous, le fauteuil, le lit, vos mains... et puis vous pouvez aussi porter votre attention sur les bruits, les sons, pour l’instant c’est plutôt calme, et parfois il y a du bruit qui vient du couloir, du brouhaha... et c’est normal, cela fait partie du décor. Je vous propose à présent de porter votre attention sur...
Pour lire la suite
Johanna Rabinovici Psychologue diplômée d’un master de Psychologie de la santé, du développement et du handicap. Exerce actuellement en hôpital gériatrique, au sein de différents services : soins longue durée, soins médicaux et de réadaptation, oncogériatrie et prises en charge palliatives. Diplômée du DU d’Hypnose médicale de la Faculté de médecine de Lyon.
Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80: Fev. / Mars / Avril. 2026. TRAUMATISMES.
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°80…
6 / Éditorial : L’importance d’aller dans le sens de la résistance Julien Betbèze.
8 / En couverture : Mikhaël Allouche & Ana Waalder. Le récit alternatif Interview par Sophie Cohen.
12 / Faire face à une situation réputée difficile Donner du temps au temps Jacques-Antoine Malarewicz.
20 / Le vide, l’inspiration, la vacuité. Exemples d’intervention en thérapie systémique et stratégique brève. Nathalie Koralnik.
30 / Deuil en thérapie narrative. « Bonjour Papi Georges » Stéphanie Robert.
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
40 / Introduction Gérard Ostermann.
44 / La perte en gériatrie. Miroir d’un effondrement psychique. Johanna Rabinovici.
DOSSIER TRAUMATISMES
55 / Levée d’amnésie traumatique.« Ranger sa bibliothèque lorsque les souvenirs reviennent ». Cécile Condaminas. Notes de lecture.
62 / Endométriose post-traumatique Libérer les sujets du pouvoir du monde traumatique avec la TLMR. Éric Bardot. Notes de lecture.
74 / Viols et abus sexuels avec usage de stupéfiants Traitement avec la PTR Gérald Brassine. Notes de lecture.
QUIPROQUO
84 / Difficile. S. Colombo, Muhuc.
BONJOUR ET APRÈS...
88 / Madeleine. Sa vie bouleversée après les soins d’un cancer. Sophie Cohen.
CULTURE MONDE
92 / Au Vietnam, dans la chambre des âmes. Sylvie Le Pelletier-Beaufond.
LIVRES EN BOUCHE
96 / J. Betbèze, S. Cohen.
Illustrations du numéro: Mikhael Allouche et Ana Waalder.
En se reconnectant, grâce à l’hypnose, à l’écoute de son corps, de ses souvenirs ravivés par des métaphores.
Travailler en tant que psychologue en unité de Soins médicaux et de réadaptation invite à porter son regard sur le corps. Les symptômes somatiques sont divers et variés : conséquences de la maladie, fatigue liée à l’avancée en âge, suite de chirurgie, chute... Le corps occupe une place centrale dans ce type de service. Et fréquemment il se trouve être le support privilégié de l’expression du psychisme. La fatigue dit alors « je me sens las de vivre », la douleur crie « j’ai peur de ce qui va m’arriver », la chute explique « je me sens effondré »...
La gérontologie, une clinique nécessairement intégrative.
Il y a de ces gens qui vieillissent bien, ceux que la société veut nous montrer, nous faire envier. Il faudrait alors manger correctement, bouger plus, tout faire pour prévenir les maux de l’âge, tout faire pour, finalement, ne pas trop vieillir. Il y a aussi ceux que l’on ne veut pas voir, ceux qui nous rappellent la fini- tude de l’être humain. Peut-être ravivent-ils en nous cette angoisse de mort ? Peut-être ne veut-on pas associer la vie à la perte ? Perte de ses capacités, physiques, intellectuelles, perte de ce que l’on fut et perte de l’illusion de ce que l’on aurait pu être.
Ces changements biologiques, cognitifs et sociaux liés à l’âge ont inévitablement des répercussions psychologiques chez nos aînés. Philippe Thomas (2019) écrit d’ailleurs : « Certaines personnes âgées sont ainsi condamnées à des doubles, triples peines, voire plus : faiblesse médico-sociale liée aux conséquences de l’âge, maladies chroniques, marginalisation sociale et difficultés d’accès aux services de soins ou d’aide ».
Cela est d’autant plus visible en milieu hospitalier où la personne y séjourne pour des raisons directement somatiques et/ou cognitives. Les pertes, au sens large, sont nombreuses. Les personnes sont par exemple davantage sujettes aux altérations fonctionnelles et aux traumatismes corporels, suite aux chutes par exemple (il y a une dizaine d’années, prévalence de 10 à 25 % chez le sujet dit âgé). Ces atteintes physiques engendrent des douleurs pouvant se chroniciser et privant parfois la personne de certaines capacités, telles que la marche.
Ainsi, comment accompagner la vie quand elle semble doucement s’échapper ?
Il s’agit quelquefois d’apaiser les angoisses, de tenir la main pour rassurer, ou encore d’in- viter, ceux qui le peuvent, à mettre en mots leurs maux. C’est une adaptation à chaque rencontre, la création d’un lien de confiance afin que la personne se sente entendue et comprise, reconnue. Et parfois, à la question « comment accompagner ? », la réponse est évidente : le début du mieux-être est à cher- cher dans l’ici et maintenant puisque, sans le savoir, la personne est déjà détentrice de sa solution.
L’hypnose s’inscrit dans cette même démarche, humaine, à travers laquelle le praticien est au service de la personne et l’accompagne dans la recherche d’un mieux-être. Ce changement, parfois difficile d’accès, est rendu possible par l’hypnose qui vise la (re) mise en mouvement de ce qui peut être bloqué inconsciemment. Par conséquent, la pratique de l’hypnose et l’approche intégrative et humaniste qu’elle sous-tend prennent tout leur sens dans la prise en charge en gériatrie. Pour illustrer ces propos, je vous présente le cas de Monsieur D.
ANAMNÈSE
Monsieur D. est âgé de 84 ans, il vit seul à domicile. Il a perdu sa fille il y a plusieurs années de cela et plus récemment sa femme. Il se sent proche de son fils et de sa petite- fille, est entouré par ses voisins et amis. Il est hospitalisé pour une altération de son état général (du fait d’un carcinome métastatique) au sein d’un service de réadaptation spécialisé en onco-gériatrie. Je le rencontre dans ce contexte. Monsieur D. me raconte qu’il a chuté chez lui. Très rapidement, des larmes apparaissent dans ses yeux. Il pleure à l’évocation du décès inattendu de sa femme survenu au début de l’année dernière. Partie à l’hôpital pour ce qui semblait être une infection urinaire, elle n’est jamais revenue ; Monsieur D. ayant reçu l’appel d’un interne pour lui annoncer son décès. Il me dit ne pas avoir eu davantage d’explications, avoir continué sa vie en mettant à distance cet événement et les émotions associées, jusqu’au jour où il a chuté. Chute qu’il décrit comme un effondrement (« je me suis effondré ») à la fois sur le plan physique mais surtout d’un point de vue psychologique.
Monsieur D. pleure à plusieurs reprises pendant cet échange, notamment lorsqu’il exprime une émotion quelle qu’elle soit : tristesse, peur ou encore gratitude. Il ne fait pas cas de sa santé physique, ne parle pas du tout de son cancer, la souffrance morale prenant toute la place.
Monsieur D. semble être une personne volontaire, acteur de sa prise en charge rééducative et qui souhaite, en parallèle, « aller mieux dans ma tête », selon ses termes. La problématique semble être la trace traumatique laissée par la perte inattendue de sa femme qui n’a pas été élaborée puisque rapidement mise à distance. Cela se traduit par des symptômes identifiés pendant ce premier entretien : débordement émotionnel (pleurs récurrents), ruminations avant l’endormissement, quelques fois réveils nocturnes, évitement (ne veut pas parler de son passé et de sa femme) et le ressenti de Monsieur D. (l’effondrement). Je propose que l’on fasse une séance d’hypnose lors de notre prochaine rencontre, Monsieur D. accepte.
Travail autour des émotions.
Je revois Monsieur D. pour lui proposer une séance d’hypnose formelle. Cet entretien est une continuité du premier échange que nous avons eu, où des éléments viennent s’ajouter à son discours, permettant de mettre un peu plus de sens derrière son vécu. Il pleure à plusieurs reprises pendant ce début d’entretien, principalement lorsqu’il parle du décès de sa femme. Il aimerait pouvoir effacer cet événement mais n’y arrive pas. Avec un recadrage cognitif et des explications sur la façon dont fonctionnent les pensées, il comprend que nous ne pouvons pas effacer un événement, que nous pouvons néanmoins en changer la perception. Petit à petit, Monsieur D. s’apaise, me verbalise que le fait de savoir qu’il peut en parler avec quelqu’un lui amène déjà un cer- tain apaisement. Il décrit aussi un mal-être à cause de pensées qui se mélangent, du fait qu’il n’arrive pas à isoler ses idées.
Nous prenons le temps de définir un objectif pour cette séance d’hypnose. Le fait de poser une intention en amont de la séance est un moteur pour amorcer et orienter le travail de l’inconscient.
L’objectif pour Monsieur D. est de se sentir plus apaisé avec ses émotions. Je lui propose de se situer sur une échelle allant de 0 à 10, 10 étant le fait de se sentir complétement apaisé. Actuellement, il se situe à 4/10 et aimerait se sentir apaisé à 6/10 après la séance (« ce serait déjà bien »). En pratique, pour certaines personnes, l’utilisation d’une échelle aide à se projeter vers un objectif plus concret car quantifiable.
Je recueille ensuite le thème de la séance à partir duquel j’accompagnerai Monsieur D. Il me raconte un souvenir d’une partie de pétanque avec ses amis. Je propose à Monsieur D. de s’installer le plus confortable- ment possible (et non de s’installer confortablement puisqu’avec les affections soma- tiques, la personne ne se sent souvent pas ou peu confortable) et m’assure qu’il m’entend correctement. Nous commençons la séance...
- Thérapeute : « Pour commencer, je vous invite à prendre conscience de la pièce dans laquelle vous vous trouvez. Vous pouvez balayer la chambre du regard, regarder autour, les murs blancs, la fenêtre qui permet de voir les arbres dehors, la télévision, la table, la chaise, et plus proche de vous, le fauteuil, le lit, vos mains... et puis vous pouvez aussi porter votre attention sur les bruits, les sons, pour l’instant c’est plutôt calme, et parfois il y a du bruit qui vient du couloir, du brouhaha... et c’est normal, cela fait partie du décor. Je vous propose à présent de porter votre attention sur...
Pour lire la suite
Johanna Rabinovici Psychologue diplômée d’un master de Psychologie de la santé, du développement et du handicap. Exerce actuellement en hôpital gériatrique, au sein de différents services : soins longue durée, soins médicaux et de réadaptation, oncogériatrie et prises en charge palliatives. Diplômée du DU d’Hypnose médicale de la Faculté de médecine de Lyon.
Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80: Fev. / Mars / Avril. 2026. TRAUMATISMES.
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°80…
6 / Éditorial : L’importance d’aller dans le sens de la résistance Julien Betbèze.
8 / En couverture : Mikhaël Allouche & Ana Waalder. Le récit alternatif Interview par Sophie Cohen.
12 / Faire face à une situation réputée difficile Donner du temps au temps Jacques-Antoine Malarewicz.
20 / Le vide, l’inspiration, la vacuité. Exemples d’intervention en thérapie systémique et stratégique brève. Nathalie Koralnik.
30 / Deuil en thérapie narrative. « Bonjour Papi Georges » Stéphanie Robert.
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
40 / Introduction Gérard Ostermann.
44 / La perte en gériatrie. Miroir d’un effondrement psychique. Johanna Rabinovici.
DOSSIER TRAUMATISMES
55 / Levée d’amnésie traumatique.« Ranger sa bibliothèque lorsque les souvenirs reviennent ». Cécile Condaminas. Notes de lecture.
62 / Endométriose post-traumatique Libérer les sujets du pouvoir du monde traumatique avec la TLMR. Éric Bardot. Notes de lecture.
74 / Viols et abus sexuels avec usage de stupéfiants Traitement avec la PTR Gérald Brassine. Notes de lecture.
QUIPROQUO
84 / Difficile. S. Colombo, Muhuc.
BONJOUR ET APRÈS...
88 / Madeleine. Sa vie bouleversée après les soins d’un cancer. Sophie Cohen.
CULTURE MONDE
92 / Au Vietnam, dans la chambre des âmes. Sylvie Le Pelletier-Beaufond.
LIVRES EN BOUCHE
96 / J. Betbèze, S. Cohen.
Illustrations du numéro: Mikhael Allouche et Ana Waalder.
Faire face à une situation réputée difficile. Donner du temps au temps. Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80.
« Ô temps, suspends ton vol », a dit le poète. Le temps salvateur, le temps réparateur. Le temps respectueux offert par le professionnel au patient en situation « difficile ». Le temps comme outil pour impulser un changement, quand se mêlent et se conjuguent paradoxalité, homéostasie, complexité, kairos, énergie ou encore optimisme.
Je propose immédiatement d’évacuer ce que j’appellerais les cas de force majeure qui aboutissent à un échec. Ces quelques raisons vident de sens cette problématique de la situation « difficile », car elles laissent au seul professionnel la responsabilité de cet échec, ce qui ne me semble pas correct. Quels sont ces cas de force majeure :
• L’incompétence avérée du professionnel.
• Son manque total d’expérience, souvent couplé avec une absence de curiosité.
• Une dramatique erreur de « vocation », autrement dit ce qu’on appelle habituellement une « erreur de casting ».
• Son désintérêt manifeste pour la richesse de l’inventivité des individus qui leur permet, en l’occurrence, de construire leur propre malheur et... d’y rester.
• Son absence d’humilité, laquelle l’amène à commettre des erreurs et des maladresses qui le déséquilibrent et finissent par le décourager.
• Le fait qu’il se charge les épaules du défi que posent son ou ses clients, ses patients, alors que ce défi ne concerne d’abord qu’eux-mêmes.
Ce dernier point m’amène à une première proposition :
1. C’est d’abord et avant tout difficile pour le ou les clients, le ou les patients !
• Ce n’est pas le professionnel qui est d’abord et avant tout questionné sur ses compétences, ce n’est pas lui qui pourrait ou devrait avoir des doutes et remettre en question ses capacités.
• En fait, il se doit d’être pathologiquement optimiste, ce qui est – en soi – un paradoxe, c’est-à-dire à la fois une force, par le détachement que procure cette attitude, et une fai- blesse dans la mesure où l’optimisme ne peut pas être simplement une posture, mais une conviction profonde dont il faut savoir assumer les conséquences.
• Cela ne signifie pas que ce professionnel est prétentieux ou qu’il reste béat devant la situa- tion. Il se montre ainsi capable de s’appuyer sur l’irrationalité d’une partie de ses convic- tions pour relativiser la hauteur des enjeux auxquels il est confronté.
• C’est ainsi qu’il ne lui pas permis de se décourager.
• Autrement dit, dans cette confrontation avec ce qui semble difficile, le maître mot est la paradoxalité. Il en résulte que les difficultés sont également des facilités. Ou, selon une version bien connue : les problèmes sont également des solutions.
• Les craintes proviennent du patient. Mais il ne les exprime pas car il fait preuve également d’un certain optimisme. C’est ce qui lui permet d’effectuer une démarche auprès d’un professionnel bien au-delà de la souffrance.
• Son défi consiste à transférer ces craintes, notamment celle de ne pas s’en sortir, dans la tête de ce professionnel.
• Pour toutes ces raisons, la tâche est toujours plus difficile pour le client que pour le professionnel.
FAIRE FACE À UNE SITUATON RÉPUTÉE DIFFICILE
Ces mécanismes relèvent de ce qu’on appelle l’homéostasie, c’est-à-dire un équilibre instable qui trouve ses origines dans l’ambiguïté du couple changement/non-changement, auquel se confrontent à la fois le patient, qui y trouve un inconfort tout compte fait rela- tivement supportable, et le professionnel qui y voit un défi auquel il ne peut éviter de répondre.
2. C’est difficile pour le client car :
• Il est donc dans une solide ambiguïté pour au total construire et reconstruire sans cesse un statu quo à la fois inconfortable et rassurant.
• Il lui arrive souvent d’avoir une très longue expérience de cette ambiguïté, qui s’est souvent renforcée au contact de précédents professionnels qu’il est parvenu à mettre en échec avec succès.
• Il entretient avec sa souffrance des liens complexes, dans la mesure où celle-ci, même d’une très courte tête, est plus avantageuse que problématique dans la mesure où elle obéit à des logiques différentes et apparemment contradictoires.
• Je rappelle qu’il peut être question de complexité face à un phénomène lorsqu’à son propos il est impossible, pour tout obse vateur, de connaître les limites de son ignorance.
J’en arrive à une deuxième proposition, laquelle se présente plus exactement sous la forme d’une question :
3. Peut-être est-il pertinent de modifier l’objectif de l’intervention ?
• C’est bien parce qu’il peut paraître difficile à atteindre qu’un objectif spécifique est initialement proposé par le client. C’est ce qui fait que celui-ci reste en terrain connu et le professionnel part, en quelque sorte, avec un handicap parfois très lourd.
• Cette modification de l’objectif ne vise pas à en amoindrir la portée ou à en nier l’importance, mais permet de placer la négociation sur un nouveau terrain pour le client, un terrain où ses capacités homéostasiques n’ont pas la même dureté et n’ont pas eu le temps d’accumuler autant d’expériences que l’objectif précédent.
• Ce détournement d’objectif permet éventuellement de passer par une nouvelle case, celle du perdant/perdant, avant de gagner la position rêvée et souhaitée, à savoir celle du gagnant/gagnant.
Troisième proposition qui vise toujours à alléger la tâche du professionnel et à rendre facile ce qui lui semble difficile :
4. L’énergie que montrent le ou les clients pour servir leur homéostasie doit devenir celle du professionnel afin de faire advenir un changement.
• Certes la notion d’énergie est floue, je n’aime pas l’utiliser car ce terme est devenu un mot-valise. Cette notion a été empruntée aux physiciens du XIXe siècle, elle est entrée
dans le champ de la psychologie à la suite de Freud. Ce passage donne éventuellement à cette science molle le sentiment d’être une science dure.
• A minima, l’énergie induit le mouvement sans préjuger de son orientation, de sa force ou de sa durée.
• Toujours dans cette même logique, ce qui pourrait s’appeler « énergie négative » est celle qui se déploie pour résister au changement.
• De ce point de vue, le client est souvent généreux envers lui-même donc... envers le professionnel.
• Il faut, en quelque sorte, que l’énergie négative ainsi utilisée devienne positive, c’est-à-dire tournée vers le changement, ce qui peut grandement faciliter le travail de ce professionnel.
Pour alléger encore la difficulté à laquelle celui-ci peut avoir l’illusion de se confronter, il peut être utile d’user de tout ou partie des stratagèmes ou des stratégies ou des prises de position suivantes :
5. Laisser du temps au temps.
• Chacun a son rythme, y compris... le temps et, probablement, surtout le temps !
• Il ne s’agit pas nécessairement d’être bref, ou rapide, ou rentable, ou immédiatement efficace, mais surtout pertinent et utile.
• Or, ce temps est multiple, à la fois objectif et subjectif. Chacun entretient avec lui des liens très spécifiques qui dépendent du contexte, des enjeux, des interlocuteurs et des événements. Il peut donner l’impression de cheminer de façon parfaitement autonome sans se soucier des êtres et des situations.
• Dans un monde où tout doit se faire dans la rapidité et la constante accélération, il est respectueux envers autrui de tenir compte de ces spécificités.
• D’un point de vue psychologique, dans notre société, une des plus grandes violences réside précisément dans cette absence de prise en compte des rythmes de chaque individu.
6. Aménager une place pour ces auxiliaires fantasques et incontrôlables que sont le kairos et la sérendipité...
Pour lire la suite...
Dr Jacques-Antoine Malarewicz Psychiatre, thérapeute familial, auteur de plusieurs ouvrages sur Milton H. Erickson, sur l’approche systémique et l’orientation stratégique, mais aussi sur le couple et plus récemment sur Otto Weininger. Il poursuit son activité comme consultant en entreprise et psychothérapeute.
Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80: Fev. / Mars / Avril. 2026. TRAUMATISMES.
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°80…
6 / Éditorial : L’importance d’aller dans le sens de la résistance Julien Betbèze.
8 / En couverture : Mikhaël Allouche & Ana Waalder. Le récit alternatif Interview par Sophie Cohen.
12 / Faire face à une situation réputée difficile Donner du temps au temps Jacques-Antoine Malarewicz.
20 / Le vide, l’inspiration, la vacuité. Exemples d’intervention en thérapie systémique et stratégique brève. Nathalie Koralnik.
30 / Deuil en thérapie narrative. « Bonjour Papi Georges » Stéphanie Robert.
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
40 / Introduction Gérard Ostermann.
44 / La perte en gériatrie. Miroir d’un effondrement psychique. Johanna Rabinovici.
DOSSIER TRAUMATISMES
55 / Levée d’amnésie traumatique.« Ranger sa bibliothèque lorsque les souvenirs reviennent ». Cécile Condaminas. Notes de lecture.
62 / Endométriose post-traumatique Libérer les sujets du pouvoir du monde traumatique avec la TLMR. Éric Bardot. Notes de lecture.
74 / Viols et abus sexuels avec usage de stupéfiants Traitement avec la PTR Gérald Brassine. Notes de lecture.
QUIPROQUO
84 / Difficile. S. Colombo, Muhuc.
BONJOUR ET APRÈS...
88 / Madeleine. Sa vie bouleversée après les soins d’un cancer. Sophie Cohen.
CULTURE MONDE
92 / Au Vietnam, dans la chambre des âmes. Sylvie Le Pelletier-Beaufond.
LIVRES EN BOUCHE
96 / J. Betbèze, S. Cohen.
Illustrations du numéro: Mikhael Allouche et Ana Waalder.
Je propose immédiatement d’évacuer ce que j’appellerais les cas de force majeure qui aboutissent à un échec. Ces quelques raisons vident de sens cette problématique de la situation « difficile », car elles laissent au seul professionnel la responsabilité de cet échec, ce qui ne me semble pas correct. Quels sont ces cas de force majeure :
• L’incompétence avérée du professionnel.
• Son manque total d’expérience, souvent couplé avec une absence de curiosité.
• Une dramatique erreur de « vocation », autrement dit ce qu’on appelle habituellement une « erreur de casting ».
• Son désintérêt manifeste pour la richesse de l’inventivité des individus qui leur permet, en l’occurrence, de construire leur propre malheur et... d’y rester.
• Son absence d’humilité, laquelle l’amène à commettre des erreurs et des maladresses qui le déséquilibrent et finissent par le décourager.
• Le fait qu’il se charge les épaules du défi que posent son ou ses clients, ses patients, alors que ce défi ne concerne d’abord qu’eux-mêmes.
Ce dernier point m’amène à une première proposition :
1. C’est d’abord et avant tout difficile pour le ou les clients, le ou les patients !
• Ce n’est pas le professionnel qui est d’abord et avant tout questionné sur ses compétences, ce n’est pas lui qui pourrait ou devrait avoir des doutes et remettre en question ses capacités.
• En fait, il se doit d’être pathologiquement optimiste, ce qui est – en soi – un paradoxe, c’est-à-dire à la fois une force, par le détachement que procure cette attitude, et une fai- blesse dans la mesure où l’optimisme ne peut pas être simplement une posture, mais une conviction profonde dont il faut savoir assumer les conséquences.
• Cela ne signifie pas que ce professionnel est prétentieux ou qu’il reste béat devant la situa- tion. Il se montre ainsi capable de s’appuyer sur l’irrationalité d’une partie de ses convic- tions pour relativiser la hauteur des enjeux auxquels il est confronté.
• C’est ainsi qu’il ne lui pas permis de se décourager.
• Autrement dit, dans cette confrontation avec ce qui semble difficile, le maître mot est la paradoxalité. Il en résulte que les difficultés sont également des facilités. Ou, selon une version bien connue : les problèmes sont également des solutions.
• Les craintes proviennent du patient. Mais il ne les exprime pas car il fait preuve également d’un certain optimisme. C’est ce qui lui permet d’effectuer une démarche auprès d’un professionnel bien au-delà de la souffrance.
• Son défi consiste à transférer ces craintes, notamment celle de ne pas s’en sortir, dans la tête de ce professionnel.
• Pour toutes ces raisons, la tâche est toujours plus difficile pour le client que pour le professionnel.
FAIRE FACE À UNE SITUATON RÉPUTÉE DIFFICILE
Ces mécanismes relèvent de ce qu’on appelle l’homéostasie, c’est-à-dire un équilibre instable qui trouve ses origines dans l’ambiguïté du couple changement/non-changement, auquel se confrontent à la fois le patient, qui y trouve un inconfort tout compte fait rela- tivement supportable, et le professionnel qui y voit un défi auquel il ne peut éviter de répondre.
2. C’est difficile pour le client car :
• Il est donc dans une solide ambiguïté pour au total construire et reconstruire sans cesse un statu quo à la fois inconfortable et rassurant.
• Il lui arrive souvent d’avoir une très longue expérience de cette ambiguïté, qui s’est souvent renforcée au contact de précédents professionnels qu’il est parvenu à mettre en échec avec succès.
• Il entretient avec sa souffrance des liens complexes, dans la mesure où celle-ci, même d’une très courte tête, est plus avantageuse que problématique dans la mesure où elle obéit à des logiques différentes et apparemment contradictoires.
• Je rappelle qu’il peut être question de complexité face à un phénomène lorsqu’à son propos il est impossible, pour tout obse vateur, de connaître les limites de son ignorance.
J’en arrive à une deuxième proposition, laquelle se présente plus exactement sous la forme d’une question :
3. Peut-être est-il pertinent de modifier l’objectif de l’intervention ?
• C’est bien parce qu’il peut paraître difficile à atteindre qu’un objectif spécifique est initialement proposé par le client. C’est ce qui fait que celui-ci reste en terrain connu et le professionnel part, en quelque sorte, avec un handicap parfois très lourd.
• Cette modification de l’objectif ne vise pas à en amoindrir la portée ou à en nier l’importance, mais permet de placer la négociation sur un nouveau terrain pour le client, un terrain où ses capacités homéostasiques n’ont pas la même dureté et n’ont pas eu le temps d’accumuler autant d’expériences que l’objectif précédent.
• Ce détournement d’objectif permet éventuellement de passer par une nouvelle case, celle du perdant/perdant, avant de gagner la position rêvée et souhaitée, à savoir celle du gagnant/gagnant.
Troisième proposition qui vise toujours à alléger la tâche du professionnel et à rendre facile ce qui lui semble difficile :
4. L’énergie que montrent le ou les clients pour servir leur homéostasie doit devenir celle du professionnel afin de faire advenir un changement.
• Certes la notion d’énergie est floue, je n’aime pas l’utiliser car ce terme est devenu un mot-valise. Cette notion a été empruntée aux physiciens du XIXe siècle, elle est entrée
dans le champ de la psychologie à la suite de Freud. Ce passage donne éventuellement à cette science molle le sentiment d’être une science dure.
• A minima, l’énergie induit le mouvement sans préjuger de son orientation, de sa force ou de sa durée.
• Toujours dans cette même logique, ce qui pourrait s’appeler « énergie négative » est celle qui se déploie pour résister au changement.
• De ce point de vue, le client est souvent généreux envers lui-même donc... envers le professionnel.
• Il faut, en quelque sorte, que l’énergie négative ainsi utilisée devienne positive, c’est-à-dire tournée vers le changement, ce qui peut grandement faciliter le travail de ce professionnel.
Pour alléger encore la difficulté à laquelle celui-ci peut avoir l’illusion de se confronter, il peut être utile d’user de tout ou partie des stratagèmes ou des stratégies ou des prises de position suivantes :
5. Laisser du temps au temps.
• Chacun a son rythme, y compris... le temps et, probablement, surtout le temps !
• Il ne s’agit pas nécessairement d’être bref, ou rapide, ou rentable, ou immédiatement efficace, mais surtout pertinent et utile.
• Or, ce temps est multiple, à la fois objectif et subjectif. Chacun entretient avec lui des liens très spécifiques qui dépendent du contexte, des enjeux, des interlocuteurs et des événements. Il peut donner l’impression de cheminer de façon parfaitement autonome sans se soucier des êtres et des situations.
• Dans un monde où tout doit se faire dans la rapidité et la constante accélération, il est respectueux envers autrui de tenir compte de ces spécificités.
• D’un point de vue psychologique, dans notre société, une des plus grandes violences réside précisément dans cette absence de prise en compte des rythmes de chaque individu.
6. Aménager une place pour ces auxiliaires fantasques et incontrôlables que sont le kairos et la sérendipité...
Pour lire la suite...
Dr Jacques-Antoine Malarewicz Psychiatre, thérapeute familial, auteur de plusieurs ouvrages sur Milton H. Erickson, sur l’approche systémique et l’orientation stratégique, mais aussi sur le couple et plus récemment sur Otto Weininger. Il poursuit son activité comme consultant en entreprise et psychothérapeute.
Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80: Fev. / Mars / Avril. 2026. TRAUMATISMES.
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°80…
6 / Éditorial : L’importance d’aller dans le sens de la résistance Julien Betbèze.
8 / En couverture : Mikhaël Allouche & Ana Waalder. Le récit alternatif Interview par Sophie Cohen.
12 / Faire face à une situation réputée difficile Donner du temps au temps Jacques-Antoine Malarewicz.
20 / Le vide, l’inspiration, la vacuité. Exemples d’intervention en thérapie systémique et stratégique brève. Nathalie Koralnik.
30 / Deuil en thérapie narrative. « Bonjour Papi Georges » Stéphanie Robert.
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
40 / Introduction Gérard Ostermann.
44 / La perte en gériatrie. Miroir d’un effondrement psychique. Johanna Rabinovici.
DOSSIER TRAUMATISMES
55 / Levée d’amnésie traumatique.« Ranger sa bibliothèque lorsque les souvenirs reviennent ». Cécile Condaminas. Notes de lecture.
62 / Endométriose post-traumatique Libérer les sujets du pouvoir du monde traumatique avec la TLMR. Éric Bardot. Notes de lecture.
74 / Viols et abus sexuels avec usage de stupéfiants Traitement avec la PTR Gérald Brassine. Notes de lecture.
QUIPROQUO
84 / Difficile. S. Colombo, Muhuc.
BONJOUR ET APRÈS...
88 / Madeleine. Sa vie bouleversée après les soins d’un cancer. Sophie Cohen.
CULTURE MONDE
92 / Au Vietnam, dans la chambre des âmes. Sylvie Le Pelletier-Beaufond.
LIVRES EN BOUCHE
96 / J. Betbèze, S. Cohen.
Illustrations du numéro: Mikhael Allouche et Ana Waalder.
Encoprésie et Caca farceur: Dessine-moi ton problème. Revue Hypnose et Thérapies Brèves 79.
Personnification du problème, externalisation, utilisation du dessin et imaginaire partagé, c’est toute la technique adoptée ici pour traiter le « problème » d’un tout jeune patient. Et c’est ainsi que ses « petits accidents » deviennent « caca dans la culotte » et pour finir « Caca farceur ».
En tant que médecin généraliste, j’ai partagé depuis 2017 mon activité en deux parties : la première partie consiste en ma fonction de médecin généraliste que je qualifierai de « standard », et l’autre moitié de mon temps est consacrée à recevoir des patients pour des motifs de médecine générale avec une pratique d’hypnose, donc moins habituelle pour un médecin généraliste.
J’aimerais témoigner d’une prise en charge en hypnose pour le motif d’encoprésie pour un petit garçon que je nommerai Jérémy, âgé de 6 ans. C’est la première fois depuis que je suis installée que je reçois un enfant pour ce motif, même en médecine générale « standard ». J’ai davantage l’habitude du motif d’énurésie et je vais utiliser les mêmes techniques pour ce motif d’encoprésie, à savoir personnification du problème, externalisation, sur le modèle décrit par Michael White1, 2 , et également l’utilisation du dessin avec la technique des trois dessins de Joyce Mills3 , la co-construction de la solution avec un imaginaire partagé, le mien et celui du patient.
Jérémy vient avec sa maman. Comme ce sont les vacances scolaires et qu’elle est davantage disponible, elle a pris deux rendez-vous à une journée d’intervalle, le premier pour m’exposer le problème de son enfant, et le deuxième rendez-vous pour que je le vois en consultation d’hypnose.
Ci-après, le script de la première séance avec la maman et Jérémy : je mettrai (entre parenthèses) quelques repères de stratégie de questionnement de la boucle « intentionaction-effet » développée en TLMR, avec l’idée que le problème a une intention qui produit des effets par son action dans le but de déconstruire ce scénario pour le remplacer par un autre.
- Thérapeute : « Alors, dis-moi Jérémy, est-ce que tu sais pourquoi tu es ici ? C’est quoi ton problème ?
- Jérémy : Non, je ne sais pas.
- Th. : Alors, qu’est-ce qui fait que maman t’a amené ici ? C’est pour faire plaisir à qui, que tuesici?
- Jérémy : A maman... et à papa !
- Th. : D’accord. Et est-ce que tu sais ce qui ferait plaisir à maman et à papa ? En quoi papa et maman seraient contents si ton problème était résolu?
- Jérémy : Je ne sais pas...
- Th. : Jérémy, est-ce que tu es d’accord à ce que maman m’explique “c’est quoi ton problème” qui fait que maman t’amène ici ?
- Jérémy : Oui. »
La maman m’explique l’encoprésie qui existe depuis l’arrêt de la Dépakine, traitement mis en place lors d’une crise d’épilepsie à l’âge de 2 ans et demi, arrêté lorsqu’il a eu 4 ans et demi. A l’arrêt du traitement, sont apparus de grosses crises de colère et troubles du comportement et encoprésie. Après une prise en charge avec psychologue, pédopsychiatre, les crises de colère se sont amendées, par contre l’encoprésie est restée. Il est suivi par une gastropédiatre qui a expliqué qu’il n’y avait pas de raison psychologique à son trouble mais une raison organique de sphincter hypertonique qui, quand il se relâche un peu, crée ces « accidents ». C’est le nom que maman donne à son trouble, « petit accident » plus exactement. Jérémy a déjà fait de l’hypnose pour ce motif, sans résultat, mais ne sait pas me dire ce qu’il a fait. On parle longuement des répercussions sur le fonctionnement de la famille, à l’école également, et la crainte de la maman de l’entrée en CP en septembre qui s’approche et « ça ne va plus être possible ».
- Th. : « Jérémy, maman appelle ton problème “petit accident”, comment tu l’appellerais, toi ? Jérémy : Je ne sais pas.
- Th. : Tu vois Jérémy, quand maman dit “accident”, je vois deux voitures qui se rentrent edans (je mime avec mes mains). Comment tu l’appellerais toi ton problème ?
- Jérémy (après un temps de réflexion) : “Un caca dans la culotte”.
- Th. : “Un caca dans la culotte”, d’accord. Comment il s’y prend “caca dans la culotte” pour poser problème ?
- Jérémy : Je ne sais pas.
- Th. : J’ai l’impression qu’il met le bazar en tout cas dans la famille...
- Jérémy : Oui.
(Jérémy accepte ici l’hypothèse que j’émets au sujet de l’intention du problème et les effets sur la famille.)
-Th.:Et ça te fait quoi, à toi, qu’il mette le bazar “caca dans la culotte” ?
- Jérémy : Ça me rend triste (on a les effets produits sur lui).
- Th. : Ça te rend triste, OK. Tu sais, on se voit demain, est-ce que ça te dirait de me faire des dessins pour demain ?
- Jérémy : Oui.
- Th. (je sors une ordonnance pour noter la tâche thérapeutique) : Super ! Alors, le premier dessin il s’appelle “c’est quoi mon problème ?”, le deuxième dessin il s’appelle “c’est comment quand caca dans la culotte a disparu ?” (je ne lui demande pas de faire le dessin intermédiaire “comment on fait pour passer du dessin 1 au dessin 2”, car on va le faire ensemble le lendemain en co-construction), et le troisième dessin, j’aimerais que tu me dessines comment tu imagines ton corps, “comment c’est dans ton ventre avec le caca ?”. »
Le lendemain, Jérémy revient avec ses dessins.
• Le premier dessin, il est représenté d’une couleur uniforme « doré brun », ses contours et le caca qui est dans son ventre ont la même couleur, il tient dans sa main une couche avec le caca. Tout est de la même couleur, comme si tout est « un », il « est » le problème. Il est seul sur le dessin. Ses parents ne sont pas représentés.
• Le deuxième dessin, « quand caca dans la culotte a disparu », est plein de couleurs. Les parents sont à côté, ont le sourire, des cœurs à côté de chacun, il y a au-dessus de lui quelque chose avec plein de couleurs (un papillon, m’expliquera-t-il) et un arc-en-ciel. Il y a un WC bleu et du jaune dans les WC. Jérémy est représenté avec le sourire et un cœur aussi au-dessus de lui.
• Le troisième dessin : la représentation de son corps, de son ventre et du caca. Il est de la même couleur que le premier dessin, mais il tient dans sa main gauche des couverts jaunes et de l’autre côté une assiette avec des petits pois verts et du poulet. Dans son ventre, il y a du brun et un peu de vert.
Je commence par lui demander s’il a compris ce que le docteur spécialiste qui le suit a expliqué à maman au sujet de caca dans la culotte et du fonctionnement de son corps. De façon non surprenante de mon point de vue, il me dit que non. Je lui propose de lui expliquer avec un dessin de docteur, il accepte. Bien sûr, je lui demande de m’excuser parce que je dessine très mal. Après quelques explications dessinées et colorées sur ce que deviennent les aliments, par où ils passent, j’en arrive aux intestins et je mime la façon dont le caca glisse dans un toboggan, monte, descend, va à gauche, à droite, pour arriver dans une poche qui ressemble à un ballon (le même que celui qu’il a choisi tout à l’heure dans mon cabinet, et qu’il tient dans sa main, il est vert).
Nous essayons tant bien que mal de gonfler ce ballon et je fais un petit nœud au ballon...
Pour lire la suite...
Dr Corinne Paillette Médecin généraliste exerçant au Havre en libéral depuis 1995. Formée à l’hypnose et aux thérapies brèves, notamment de 2002 à 2004 à l’Institut Milton H. Erickson de Normandie, à l’hypnose et aux thérapies créatives de 2016 à 2018, ainsi qu’aux thérapies stratégiques en 2019 (Emergences), et en cours de formation Thérapies des liens et des mondes relationnels année 1 (Institut Miméthys) en 2025. Co-responsable pédagogique et formatrice au sein de l’IMHEN depuis 2018 avec Yves Halfon et Jacques Lesieur. Présidente de l’Institut Milton H. Erickson de Normandie (IMHEN) depuis juin 2020.
Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 79: Nov. / Déc. 2025 / Janv. 2026 DEPRESSION
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°79…
8 / Éditorial : Le partage de l’imaginaire pour faire émerger des ressources Julien Betbèze
10 / En couverture : Gabrielle Grimaldi Pics et dentelles d’aquarelle Sophie Cohen
12 / Hypnose et imagination créatrice Une poétique de l’action Alexandru Cupaciu.
16 / Acrophobie Externaliser pour se réassocier et retrouver le souffle Anne Malraux
26 / Hypnose de spectacle et hypnose clinique. Deux visages, deux finalités, une double vigilance éthique Fabrice Lakdja et Gérard Ostermann
32 / Quel est le premier souvenir qui vient ? Dissoudre une problématique figée en s’appuyant sur un souvenir source Michel Lamarlère
44 / Du divan au fauteuil Sortir de la répétition des schémas relationnels antérieurs Sylvie Le Pelletier-Beaufond
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
50 / Introduction Gérard Ostermann
54 / Encoprésie et Caca farceur Dessine-moi ton problème Corinne Paillette
62 / L’anéjaculation Quand la panne sex-prime Karine Ficini
73 / Boules de couleur en chirurgie dentaire « Elle courait dans sa tête » Thierry Hueber
84 / DOSSIER DÉPRESSION
86 / Défaut et faute : Les agents doubles de la dépression Wilfrid Martineau
96 / Dépression et renoncement Mouvement de bascule et choix Alain Vallée
QUIPROQUO
104 / Renoncement S. Colombo, Muhuc
BONJOUR ET APRÈS...
108 / Denise, Son sommeil abîmé et ses cauchemars Sophie Cohen
LES CHAMPS DU POSSIBLE
112 / L’écho silencieux : Quand le corps du thérapeute devient miroir du traumatisme Adrian Chaboche
CULTURE MONDE
116 / La naissance à l’envers. Restaurer les potentiels d’auto-guérison Sylvie Le Pelletier- Beaufond
LIVRES EN BOUCHE
120 / J. Betbèze, S. Cohen
124 / ESPACE FORMATIONS
Illustrations: Gabrielle Grimaldi
En tant que médecin généraliste, j’ai partagé depuis 2017 mon activité en deux parties : la première partie consiste en ma fonction de médecin généraliste que je qualifierai de « standard », et l’autre moitié de mon temps est consacrée à recevoir des patients pour des motifs de médecine générale avec une pratique d’hypnose, donc moins habituelle pour un médecin généraliste.
J’aimerais témoigner d’une prise en charge en hypnose pour le motif d’encoprésie pour un petit garçon que je nommerai Jérémy, âgé de 6 ans. C’est la première fois depuis que je suis installée que je reçois un enfant pour ce motif, même en médecine générale « standard ». J’ai davantage l’habitude du motif d’énurésie et je vais utiliser les mêmes techniques pour ce motif d’encoprésie, à savoir personnification du problème, externalisation, sur le modèle décrit par Michael White1, 2 , et également l’utilisation du dessin avec la technique des trois dessins de Joyce Mills3 , la co-construction de la solution avec un imaginaire partagé, le mien et celui du patient.
Jérémy vient avec sa maman. Comme ce sont les vacances scolaires et qu’elle est davantage disponible, elle a pris deux rendez-vous à une journée d’intervalle, le premier pour m’exposer le problème de son enfant, et le deuxième rendez-vous pour que je le vois en consultation d’hypnose.
Ci-après, le script de la première séance avec la maman et Jérémy : je mettrai (entre parenthèses) quelques repères de stratégie de questionnement de la boucle « intentionaction-effet » développée en TLMR, avec l’idée que le problème a une intention qui produit des effets par son action dans le but de déconstruire ce scénario pour le remplacer par un autre.
- Thérapeute : « Alors, dis-moi Jérémy, est-ce que tu sais pourquoi tu es ici ? C’est quoi ton problème ?
- Jérémy : Non, je ne sais pas.
- Th. : Alors, qu’est-ce qui fait que maman t’a amené ici ? C’est pour faire plaisir à qui, que tuesici?
- Jérémy : A maman... et à papa !
- Th. : D’accord. Et est-ce que tu sais ce qui ferait plaisir à maman et à papa ? En quoi papa et maman seraient contents si ton problème était résolu?
- Jérémy : Je ne sais pas...
- Th. : Jérémy, est-ce que tu es d’accord à ce que maman m’explique “c’est quoi ton problème” qui fait que maman t’amène ici ?
- Jérémy : Oui. »
La maman m’explique l’encoprésie qui existe depuis l’arrêt de la Dépakine, traitement mis en place lors d’une crise d’épilepsie à l’âge de 2 ans et demi, arrêté lorsqu’il a eu 4 ans et demi. A l’arrêt du traitement, sont apparus de grosses crises de colère et troubles du comportement et encoprésie. Après une prise en charge avec psychologue, pédopsychiatre, les crises de colère se sont amendées, par contre l’encoprésie est restée. Il est suivi par une gastropédiatre qui a expliqué qu’il n’y avait pas de raison psychologique à son trouble mais une raison organique de sphincter hypertonique qui, quand il se relâche un peu, crée ces « accidents ». C’est le nom que maman donne à son trouble, « petit accident » plus exactement. Jérémy a déjà fait de l’hypnose pour ce motif, sans résultat, mais ne sait pas me dire ce qu’il a fait. On parle longuement des répercussions sur le fonctionnement de la famille, à l’école également, et la crainte de la maman de l’entrée en CP en septembre qui s’approche et « ça ne va plus être possible ».
- Th. : « Jérémy, maman appelle ton problème “petit accident”, comment tu l’appellerais, toi ? Jérémy : Je ne sais pas.
- Th. : Tu vois Jérémy, quand maman dit “accident”, je vois deux voitures qui se rentrent edans (je mime avec mes mains). Comment tu l’appellerais toi ton problème ?
- Jérémy (après un temps de réflexion) : “Un caca dans la culotte”.
- Th. : “Un caca dans la culotte”, d’accord. Comment il s’y prend “caca dans la culotte” pour poser problème ?
- Jérémy : Je ne sais pas.
- Th. : J’ai l’impression qu’il met le bazar en tout cas dans la famille...
- Jérémy : Oui.
(Jérémy accepte ici l’hypothèse que j’émets au sujet de l’intention du problème et les effets sur la famille.)
-Th.:Et ça te fait quoi, à toi, qu’il mette le bazar “caca dans la culotte” ?
- Jérémy : Ça me rend triste (on a les effets produits sur lui).
- Th. : Ça te rend triste, OK. Tu sais, on se voit demain, est-ce que ça te dirait de me faire des dessins pour demain ?
- Jérémy : Oui.
- Th. (je sors une ordonnance pour noter la tâche thérapeutique) : Super ! Alors, le premier dessin il s’appelle “c’est quoi mon problème ?”, le deuxième dessin il s’appelle “c’est comment quand caca dans la culotte a disparu ?” (je ne lui demande pas de faire le dessin intermédiaire “comment on fait pour passer du dessin 1 au dessin 2”, car on va le faire ensemble le lendemain en co-construction), et le troisième dessin, j’aimerais que tu me dessines comment tu imagines ton corps, “comment c’est dans ton ventre avec le caca ?”. »
Le lendemain, Jérémy revient avec ses dessins.
• Le premier dessin, il est représenté d’une couleur uniforme « doré brun », ses contours et le caca qui est dans son ventre ont la même couleur, il tient dans sa main une couche avec le caca. Tout est de la même couleur, comme si tout est « un », il « est » le problème. Il est seul sur le dessin. Ses parents ne sont pas représentés.
• Le deuxième dessin, « quand caca dans la culotte a disparu », est plein de couleurs. Les parents sont à côté, ont le sourire, des cœurs à côté de chacun, il y a au-dessus de lui quelque chose avec plein de couleurs (un papillon, m’expliquera-t-il) et un arc-en-ciel. Il y a un WC bleu et du jaune dans les WC. Jérémy est représenté avec le sourire et un cœur aussi au-dessus de lui.
• Le troisième dessin : la représentation de son corps, de son ventre et du caca. Il est de la même couleur que le premier dessin, mais il tient dans sa main gauche des couverts jaunes et de l’autre côté une assiette avec des petits pois verts et du poulet. Dans son ventre, il y a du brun et un peu de vert.
Je commence par lui demander s’il a compris ce que le docteur spécialiste qui le suit a expliqué à maman au sujet de caca dans la culotte et du fonctionnement de son corps. De façon non surprenante de mon point de vue, il me dit que non. Je lui propose de lui expliquer avec un dessin de docteur, il accepte. Bien sûr, je lui demande de m’excuser parce que je dessine très mal. Après quelques explications dessinées et colorées sur ce que deviennent les aliments, par où ils passent, j’en arrive aux intestins et je mime la façon dont le caca glisse dans un toboggan, monte, descend, va à gauche, à droite, pour arriver dans une poche qui ressemble à un ballon (le même que celui qu’il a choisi tout à l’heure dans mon cabinet, et qu’il tient dans sa main, il est vert).
Nous essayons tant bien que mal de gonfler ce ballon et je fais un petit nœud au ballon...
Pour lire la suite...
Dr Corinne Paillette Médecin généraliste exerçant au Havre en libéral depuis 1995. Formée à l’hypnose et aux thérapies brèves, notamment de 2002 à 2004 à l’Institut Milton H. Erickson de Normandie, à l’hypnose et aux thérapies créatives de 2016 à 2018, ainsi qu’aux thérapies stratégiques en 2019 (Emergences), et en cours de formation Thérapies des liens et des mondes relationnels année 1 (Institut Miméthys) en 2025. Co-responsable pédagogique et formatrice au sein de l’IMHEN depuis 2018 avec Yves Halfon et Jacques Lesieur. Présidente de l’Institut Milton H. Erickson de Normandie (IMHEN) depuis juin 2020.
Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 79: Nov. / Déc. 2025 / Janv. 2026 DEPRESSION
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°79…
8 / Éditorial : Le partage de l’imaginaire pour faire émerger des ressources Julien Betbèze
10 / En couverture : Gabrielle Grimaldi Pics et dentelles d’aquarelle Sophie Cohen
12 / Hypnose et imagination créatrice Une poétique de l’action Alexandru Cupaciu.
16 / Acrophobie Externaliser pour se réassocier et retrouver le souffle Anne Malraux
26 / Hypnose de spectacle et hypnose clinique. Deux visages, deux finalités, une double vigilance éthique Fabrice Lakdja et Gérard Ostermann
32 / Quel est le premier souvenir qui vient ? Dissoudre une problématique figée en s’appuyant sur un souvenir source Michel Lamarlère
44 / Du divan au fauteuil Sortir de la répétition des schémas relationnels antérieurs Sylvie Le Pelletier-Beaufond
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
50 / Introduction Gérard Ostermann
54 / Encoprésie et Caca farceur Dessine-moi ton problème Corinne Paillette
62 / L’anéjaculation Quand la panne sex-prime Karine Ficini
73 / Boules de couleur en chirurgie dentaire « Elle courait dans sa tête » Thierry Hueber
84 / DOSSIER DÉPRESSION
86 / Défaut et faute : Les agents doubles de la dépression Wilfrid Martineau
96 / Dépression et renoncement Mouvement de bascule et choix Alain Vallée
QUIPROQUO
104 / Renoncement S. Colombo, Muhuc
BONJOUR ET APRÈS...
108 / Denise, Son sommeil abîmé et ses cauchemars Sophie Cohen
LES CHAMPS DU POSSIBLE
112 / L’écho silencieux : Quand le corps du thérapeute devient miroir du traumatisme Adrian Chaboche
CULTURE MONDE
116 / La naissance à l’envers. Restaurer les potentiels d’auto-guérison Sylvie Le Pelletier- Beaufond
LIVRES EN BOUCHE
120 / J. Betbèze, S. Cohen
124 / ESPACE FORMATIONS
Illustrations: Gabrielle Grimaldi
La naissance à l'envers. Revue Hypnose et Thérapies Brèves 79.
RESTAURER LES POTENTIELS D’AUTO-GUÉRISON
L’initiation Bwiti, au Gabon, offre au récipiendaire un voyage qui le conduit de l’autre côté du miroir, dans le domaine de la mort et des entités de l’Invisible. Le chercheur y chemine pendant plusieurs jours et nuits, accompagné de chants, musiques et danses rituéliques, effectués par les initiés, les sages et le maître initiateur (nima) qui l’accompagnent. C’est au cours de ce voyage que l’impétrant, au son de la harpe sacrée (ngombi) ou de l’arc sacré (obaka), porté par l’effet de la manducation de copeaux de la racine du « bois sacré », l’iboga, va rencontrer son double spirituel, revoir son passé, considérer son présent et découvrir son futur.
Celui qui fait cette démarche, poussé par quelque mal-être dans sa vie, va ainsi recontacter et reprendre la place qui est la sienne dans son environnement, dans son univers, la place qu’il avait choisie dans l’autre monde et dont il s’était éloigné par les circonstances de son existence. Les transes et les visions provoquées par l’ingestion massive des essences du « bois sacré » le guident dans ce parcours tandis que le maître initiateur traduit les visions qu’il rapporte de ses voyages, afin de l’aider à comprendre ce qu’il a perçu tout au long de cette expérience. C’est à la suite de cette épreuve, car il s’agit bien d’une épreuve tant physique que psychique, une expérience proche de la mort rapportet-on, que le nouvel initié (bandzi), fort de ce qu’il a découvert, compris, saisi, vécu dans son corps et son âme, peut choisir en toute responsabilité et en harmonie avec le monde et les hommes, la direction qu’il veut donner à sa vie, renouer avec la mission qui était la sienne et dont il s’était détourné. L’épreuve du Bwiti conduit à une réunification de l’être.
C’est une « naissance à l’envers » qui se déroule ainsi tout au long de ce rituel, pour celui qui est pris en charge. En effet, il est question de faire faire le chemin à reculons de la vie, jusqu’à la naissance, et de retourner à l’origine, avant l’arrivée dans le monde terrestre, là où, dans la philosophie bwitie, tout est encore en devenir mais déjà décidé par l’âme, son « double », en particulier la position et le rôle de chacun dans le monde des humains. Dans cette cosmologie, ce qui est frappant est la présence d’une dualité de toutes choses, dualité qui se manifeste, chez l’être humain, par l’existence d’un double « spirituel », celui qui sait, depuis l’origine. Ce double spirituel est en lien avec l’homme, mais parfois à une telle distance de son corps qu’il n’engendre plus son effet régulateur de guide, de conseiller.
L’initiation, par une démultiplication des perceptions dues au rituel, à l’environnement sonore ou humain et à l’ingestion d’extraits de racine de l’iboga, permet de retrouver et recontacter ce double, les expériences visionnaires en sont les véhicules et les témoins. Si ce double appartient au monde de l’invisible, il est pourtant logé dans la profondeur de chaque être. La dualité devient unicité dans l’expérience visionnaire.
Avant toute initiation, le nima procède à une « consultation », il s’agit de s’assurer des motivations sincères de celui qui est en demande, de déceler en lui les obstacles éventuels qui pourraient apparaître lors de cette initiation, mais aussi de consulter les entités invisibles afin de s’assurer de la possible effectuation de ce rituel. Le récipiendaire doit alors se purifier, se laver de toute impureté, qu’elle soit d’ordre moral (dire ses fautes et ses erreurs) ou d’ordre physique (se purifier et purger son estomac par l’ingestion de plantes spécifiques) afin d’accueillir la racine de « bois sacré », ce « véhicule » qui conduit au monde de la mort. A l’aurore, suivent alors les bains purificateurs dans la rivière sacrée de la Forêt, car il s’agit de revenir au cœur des forces de la Forêt.
Chacun reçoit ce qui lui sera utile pour ces jours et nuits de voyage, plantes purificatrices et autre matériel. Le néophyte est habillé de blanc, couleur du monde de la mort, son visage et son corps recouverts d’une substance de cette même couleur, tandis que des taches – ou un trait – de couleur rouge, couleur sang, couleur de vie, ponctuent le maquillage de son visage, ce qui lui permettra de retrouver le chemin du monde terrestre. Une plume de perroquet, rouge, peut orner son front. Le maître initiateur porte des vêtements et un maquillage où domine ce rouge. Au coucher du soleil, dans le temple dit « corps de garde », un bâtiment rectangulaire symbolisant l’être humain, débute alors le rituel proprement dit, autour d’un poteau central sculpté de motifs anthropomorphiques. Un arbuste est planté à l’extérieur, marquant la frontière entre le monde des vivants et celui de l’Invisible. L’écorce du « bois sacré », amère, est donnée régulièrement au néophyte, en quantité importante. Danses, chants, transes, musiques se succèdent et plongent l’impétrant tout comme les participants dans une atmosphère à nulle autre pareille.
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Dr Sylvie Le Pelletier-Beaufond Médecin-psychothérapeute depuis 1991, hypnothérapeute, thérapeute systémique de famille et de couple, à Paris en libéral. Formatrice, elle reçoit des professionnels en supervision. Formée à l’Institut Milton Erickson de Paris et par Mony Elkaïm, sa pratique clinique s’inspire de la pensée de François Roustang. Membre de la Société française de Thérapie familiale. Anthropologue des religions et diplômée de l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco).
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Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°79…
8 / Éditorial : Le partage de l’imaginaire pour faire émerger des ressources Julien Betbèze
10 / En couverture : Gabrielle Grimaldi Pics et dentelles d’aquarelle Sophie Cohen
12 / Hypnose et imagination créatrice Une poétique de l’action Alexandru Cupaciu.
16 / Acrophobie Externaliser pour se réassocier et retrouver le souffle Anne Malraux
26 / Hypnose de spectacle et hypnose clinique. Deux visages, deux finalités, une double vigilance éthique Fabrice Lakdja et Gérard Ostermann
32 / Quel est le premier souvenir qui vient ? Dissoudre une problématique figée en s’appuyant sur un souvenir source Michel Lamarlère
44 / Du divan au fauteuil Sortir de la répétition des schémas relationnels antérieurs Sylvie Le Pelletier-Beaufond
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
50 / Introduction Gérard Ostermann
54 / Encoprésie et Caca farceur Dessine-moi ton problème Corinne Paillette
62 / L’anéjaculation Quand la panne sex-prime Karine Ficini
73 / Boules de couleur en chirurgie dentaire « Elle courait dans sa tête » Thierry Hueber
84 / DOSSIER DÉPRESSION
86 / Défaut et faute : Les agents doubles de la dépression Wilfrid Martineau
96 / Dépression et renoncement Mouvement de bascule et choix Alain Vallée
QUIPROQUO
104 / Renoncement S. Colombo, Muhuc
BONJOUR ET APRÈS...
108 / Denise, Son sommeil abîmé et ses cauchemars Sophie Cohen
LES CHAMPS DU POSSIBLE
112 / L’écho silencieux : Quand le corps du thérapeute devient miroir du traumatisme Adrian Chaboche
CULTURE MONDE
116 / La naissance à l’envers. Restaurer les potentiels d’auto-guérison Sylvie Le Pelletier- Beaufond
LIVRES EN BOUCHE
120 / J. Betbèze, S. Cohen
124 / ESPACE FORMATIONS
Illustrations: Gabrielle Grimaldi
L’initiation Bwiti, au Gabon, offre au récipiendaire un voyage qui le conduit de l’autre côté du miroir, dans le domaine de la mort et des entités de l’Invisible. Le chercheur y chemine pendant plusieurs jours et nuits, accompagné de chants, musiques et danses rituéliques, effectués par les initiés, les sages et le maître initiateur (nima) qui l’accompagnent. C’est au cours de ce voyage que l’impétrant, au son de la harpe sacrée (ngombi) ou de l’arc sacré (obaka), porté par l’effet de la manducation de copeaux de la racine du « bois sacré », l’iboga, va rencontrer son double spirituel, revoir son passé, considérer son présent et découvrir son futur.
Celui qui fait cette démarche, poussé par quelque mal-être dans sa vie, va ainsi recontacter et reprendre la place qui est la sienne dans son environnement, dans son univers, la place qu’il avait choisie dans l’autre monde et dont il s’était éloigné par les circonstances de son existence. Les transes et les visions provoquées par l’ingestion massive des essences du « bois sacré » le guident dans ce parcours tandis que le maître initiateur traduit les visions qu’il rapporte de ses voyages, afin de l’aider à comprendre ce qu’il a perçu tout au long de cette expérience. C’est à la suite de cette épreuve, car il s’agit bien d’une épreuve tant physique que psychique, une expérience proche de la mort rapportet-on, que le nouvel initié (bandzi), fort de ce qu’il a découvert, compris, saisi, vécu dans son corps et son âme, peut choisir en toute responsabilité et en harmonie avec le monde et les hommes, la direction qu’il veut donner à sa vie, renouer avec la mission qui était la sienne et dont il s’était détourné. L’épreuve du Bwiti conduit à une réunification de l’être.
C’est une « naissance à l’envers » qui se déroule ainsi tout au long de ce rituel, pour celui qui est pris en charge. En effet, il est question de faire faire le chemin à reculons de la vie, jusqu’à la naissance, et de retourner à l’origine, avant l’arrivée dans le monde terrestre, là où, dans la philosophie bwitie, tout est encore en devenir mais déjà décidé par l’âme, son « double », en particulier la position et le rôle de chacun dans le monde des humains. Dans cette cosmologie, ce qui est frappant est la présence d’une dualité de toutes choses, dualité qui se manifeste, chez l’être humain, par l’existence d’un double « spirituel », celui qui sait, depuis l’origine. Ce double spirituel est en lien avec l’homme, mais parfois à une telle distance de son corps qu’il n’engendre plus son effet régulateur de guide, de conseiller.
L’initiation, par une démultiplication des perceptions dues au rituel, à l’environnement sonore ou humain et à l’ingestion d’extraits de racine de l’iboga, permet de retrouver et recontacter ce double, les expériences visionnaires en sont les véhicules et les témoins. Si ce double appartient au monde de l’invisible, il est pourtant logé dans la profondeur de chaque être. La dualité devient unicité dans l’expérience visionnaire.
Avant toute initiation, le nima procède à une « consultation », il s’agit de s’assurer des motivations sincères de celui qui est en demande, de déceler en lui les obstacles éventuels qui pourraient apparaître lors de cette initiation, mais aussi de consulter les entités invisibles afin de s’assurer de la possible effectuation de ce rituel. Le récipiendaire doit alors se purifier, se laver de toute impureté, qu’elle soit d’ordre moral (dire ses fautes et ses erreurs) ou d’ordre physique (se purifier et purger son estomac par l’ingestion de plantes spécifiques) afin d’accueillir la racine de « bois sacré », ce « véhicule » qui conduit au monde de la mort. A l’aurore, suivent alors les bains purificateurs dans la rivière sacrée de la Forêt, car il s’agit de revenir au cœur des forces de la Forêt.
Chacun reçoit ce qui lui sera utile pour ces jours et nuits de voyage, plantes purificatrices et autre matériel. Le néophyte est habillé de blanc, couleur du monde de la mort, son visage et son corps recouverts d’une substance de cette même couleur, tandis que des taches – ou un trait – de couleur rouge, couleur sang, couleur de vie, ponctuent le maquillage de son visage, ce qui lui permettra de retrouver le chemin du monde terrestre. Une plume de perroquet, rouge, peut orner son front. Le maître initiateur porte des vêtements et un maquillage où domine ce rouge. Au coucher du soleil, dans le temple dit « corps de garde », un bâtiment rectangulaire symbolisant l’être humain, débute alors le rituel proprement dit, autour d’un poteau central sculpté de motifs anthropomorphiques. Un arbuste est planté à l’extérieur, marquant la frontière entre le monde des vivants et celui de l’Invisible. L’écorce du « bois sacré », amère, est donnée régulièrement au néophyte, en quantité importante. Danses, chants, transes, musiques se succèdent et plongent l’impétrant tout comme les participants dans une atmosphère à nulle autre pareille.
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Dr Sylvie Le Pelletier-Beaufond Médecin-psychothérapeute depuis 1991, hypnothérapeute, thérapeute systémique de famille et de couple, à Paris en libéral. Formatrice, elle reçoit des professionnels en supervision. Formée à l’Institut Milton Erickson de Paris et par Mony Elkaïm, sa pratique clinique s’inspire de la pensée de François Roustang. Membre de la Société française de Thérapie familiale. Anthropologue des religions et diplômée de l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco).
Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 79: Nov. / Déc. 2025 / Janv. 2026 DEPRESSION
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°79…
8 / Éditorial : Le partage de l’imaginaire pour faire émerger des ressources Julien Betbèze
10 / En couverture : Gabrielle Grimaldi Pics et dentelles d’aquarelle Sophie Cohen
12 / Hypnose et imagination créatrice Une poétique de l’action Alexandru Cupaciu.
16 / Acrophobie Externaliser pour se réassocier et retrouver le souffle Anne Malraux
26 / Hypnose de spectacle et hypnose clinique. Deux visages, deux finalités, une double vigilance éthique Fabrice Lakdja et Gérard Ostermann
32 / Quel est le premier souvenir qui vient ? Dissoudre une problématique figée en s’appuyant sur un souvenir source Michel Lamarlère
44 / Du divan au fauteuil Sortir de la répétition des schémas relationnels antérieurs Sylvie Le Pelletier-Beaufond
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
50 / Introduction Gérard Ostermann
54 / Encoprésie et Caca farceur Dessine-moi ton problème Corinne Paillette
62 / L’anéjaculation Quand la panne sex-prime Karine Ficini
73 / Boules de couleur en chirurgie dentaire « Elle courait dans sa tête » Thierry Hueber
84 / DOSSIER DÉPRESSION
86 / Défaut et faute : Les agents doubles de la dépression Wilfrid Martineau
96 / Dépression et renoncement Mouvement de bascule et choix Alain Vallée
QUIPROQUO
104 / Renoncement S. Colombo, Muhuc
BONJOUR ET APRÈS...
108 / Denise, Son sommeil abîmé et ses cauchemars Sophie Cohen
LES CHAMPS DU POSSIBLE
112 / L’écho silencieux : Quand le corps du thérapeute devient miroir du traumatisme Adrian Chaboche
CULTURE MONDE
116 / La naissance à l’envers. Restaurer les potentiels d’auto-guérison Sylvie Le Pelletier- Beaufond
LIVRES EN BOUCHE
120 / J. Betbèze, S. Cohen
124 / ESPACE FORMATIONS
Illustrations: Gabrielle Grimaldi
Quel est le premier souvenir qui vient ? Revue Hypnose et Thérapies Brèves 79.
Dissoudre une problématique figée en s'appuyant sur un souvenir source.
Quel est le premier souvenir qui vient ? En TLMR, cette question permet de « suivre les patients là où ils nous conduisent ». Sorte de « voie rapide » pour les accompagner vers les ressources capables d’éteindre leur « problème ». Illustration à travers sept cas cliniques...
Au long de notre vie, notre équilibre psychologique se construit à partir d’expériences heureuses ou malheureuses, sécures ou traumatiques, étayées ou négligées, sur notre sentiment d’être soutenu ou abandonné. Nos événements de vie, par leur saillance ou par leur répétition, par le sens que nous leur donnons, vont installer de la confiance ou des fêlures, une liberté d’être ou un enfermement, des ressources ou une hypervigilance. Les vulnérabilités qui amènent les personnes en thérapie résultent du déséquilibre entre l’intensité vécue d’une blessure et la qualité des réponses que l’on a pu ou non y apporter et de la protection ou de l’isolement que l’on a ressenti.
Mais si la responsabilité d’un événement ou d’un contexte traumatique est parfois évidente, il est bien souvent difficile de remonter à la source de la problématique. L’enjeu pour le thérapeute est alors d’accompagner son patient à identifier un ou des événements de vie qui ont contribué à son installation, pour cela nous utilisons le questionnement. Voici un artifice de questionnement qui m’aide à accéder à ces événements de vie signifiants. Il sera illustré par diverses situations cliniques, dont certaines réservent la surprise de conduire non à un traumatisme mais à un souvenir ressource.
Fadela et son problème de figement
- Fadela a 55 ans, elle passe bientôt l’oral d’un concours auquel elle accorde beaucoup d’importance autant pour sa carrière que pour sa propre estime. L’an dernier elle a échoué alors qu’elle était très bien placée à l’écrit : face aux examinateurs elle s’est sentie vide de toute pensée, de toute réaction, comme absente. Je lui propose de mettre en scène cette expérience, dont elle anticipe qu’elle va se reproduire à l’identique dans trois semaines. Comme chaque fois qu’elle est face à des personnes en posture d’autorité.
- Thérapeute : « Je vais vous proposer une drôle de chose. Ma main est ici, tournée vers vous. Je vais vous demander de regarder cette main et d’imaginer que c’est un écran...
Ses yeux fixent déjà la main.
- Th. : ... et je voudrais que vienne sur cet écran une image qui représente la situation que vous avez vécue il y a un an lors de cet oral. Qu’estce qui vient ?
- Fadela : Ils sont trois, assis là et moi en face, ils me regardent. Et moi je n’arrive pas à parler ni à penser... », dit-elle tandis que ses mains dessinent la scène.
Dès que l’image lui est venue, avant même de la décrire, une boule d’angoisse envahit mon ventre. Et paradoxalement Fadela me dit se sentir plutôt calme. Cette discordance entre ce qu’elle décrit comme une expérience difficile et son absence de réaction indique qu’elle
s’est dissociée là, sur sa chaise, comme elle l’avait sans doute fait lors de son oral, quand elle s’est sentie vide de toute pensée. J’externalise la boule d’angoisse de mon ventre et de ma gorge (mes mains font le mouvement de les sortir de mon corps) et Fadela retrouve l’accès à ses émotions. Elle décrit une angoisse qui envahit toute sa poitrine.
Il est vraisemblable que le problème de figement dont elle a fait l’expérience lors de son oral est la résurgence de vécus bien antérieurs, d’autant qu’elle dit avoir toujours manqué d’assurance face à ses supérieurs hiérarchiques ou à des personnalités affirmées. Plutôt que de lui demander d’externaliser elle aussi ce qu’elle ressent dans son corps, je choisis de m’appuyer sur son envahissement pour accéder à un événement ou un contexte de vie à l’origine de ces figements.
- Th. : « Je vais vous demander une drôle de chose. Quand il y a cette scène de votre examen, et que vous portez votre attention sur cette angoisse dans votre poitrine, observez : quel est le premier sou-venir qui émerge, là maintenant ? Et dites-moi d’abord de quelle époque de votre vie va venir le sou-venir dont nous avons besoin et qui n’est pas encore là. Le tout premier âge qui vous vient, même si vous ne voyez pas du tout le rapport.
Aussitôt je demande à ses yeux de suivre le mouvement de mes doigts (MO pour mouvements oculaires) afin de déconnecter ses réflexions.
- Fadela : Neuf ans... Et elle me relate qu’elle a été violée à cet âge. Elle ne s’attarde pas sur l’événement lui-même, qui ne paraît pas la préoccuper. Par contre elle est visiblement très envahie en évoquant les conséquences : lorsqu’elle s’est plainte à sa mère de ce qu’elle avait subi, celle-ci lui a reproché d’être impure et de déshonorer la famille. Tout son entourage a su et elle a été méprisée des membres de sa famille autant que des voisins.
- Fadela : Dans le village, en Algérie, les gens détournaient le regard, comme si je n’existais pas... Et à la maison on me parlait à peine. »
Après que nous ayons désactivé les effets de ce traumatisme qui avait profondément marqué son enfance, elle s’est montrée confiante et a jugé qu’elle n’avait pas besoin d’un second rendez-vous. Quelques semaines plus tard, elle m’apprenait son assurance face aux examinateurs et l’heureuse issue de son concours.
L’activation du processus de remémoration est facilitée par une crise émotionnelle. Visualiser la scène de son oral induit cet état chez Fadela, et grâce au confusionnement et aux mouvements oculaires, le souvenir émerge de lui-même, plutôt que d’être recherché et choisi en fonction de son adéquation à sa plainte ou aux attentes qu’elle prête au thérapeute. Je précise volontiers, entre deux séquences de MO : « Le tout premier souvenir qui émerge, même si vous ne savez
vraiment pas pourquoi c’est celui-là qui vient, même si vous ne voyez pas de lien. »
Une situation fréquente est que le premier souvenir énoncé ne soit pas encore l’originel, mais une ma-nifestation plus ancienne du problème. La personne veut apporter une « bonne réponse », pas la première qui lui traverse l’esprit, elle s’applique à ce que ce soit cohérent !
Anne sidérée quand cette tape sur l’épaule annonce son licenciement
Anne a 61 ans, elle est venue panser diverses plaies au cours des années passées. Elle vient d’apprendre son licenciement économique. Malgré le plan social en cours, elle croyait, étant la seule administrative de son département, que son emploi ne serait pas menacé pour le moment et qu’elle pourrait continuer ainsi jusqu’à sa retraite. Aussi s’est-elle sentie sidérée quand la DRH a tapoté son épaule pour la conduire avec quelques collègues dans la pièce où elle a annoncé les licenciements. La seule réaction qu’elle a pu avoir a été de prendre sa voiture et de fuir, hagarde, manquant de provoquer un accident sur le parking.
Cette tape sur l’épaule condense l’événement et je lui demande de faire venir ce geste sur l’écran. Aus-sitôt elle est envahie par une grande émotion. Son intensité autant que la sidération qu’elle avait décrite paraissent excessives pour un événement qu’elle avait déjà anticipé, à plus ou moins long terme.
- Th. : « Je voudrais vous demander quelque chose d’inhabituel, vous êtes d’accord ? Je voudrais que vos yeux se ferment un instant pour que vienne la réponse à une drôle de question. Très bien, j’ai besoin que vienne un souvenir et je me demande de quel âge de votre vie va venir ce souvenir qui n’est pas encore là.
- Anne : Mmm... 20 ans.
- Th. : Très bien, ici devant nous il y a Anne, elle a 20 ans. Qu’est-ce qu’elle est en train de vivre là tandis qu’elle a 20 ans ?
- Anne : C’est quand mon ami de l’époque m’a quittée pour une autre femme...
De nouveau elle est saisie d’une intense émotion. Cet événement paraît être une répétition de la trahison qu’elle vit aujourd’hui de la part de sa DRH.
- Th. : Très bien, tandis que vous ressentez cette émotion, vos yeux peuvent se fermer de nouveau et je voudrais que vienne un autre souvenir, et de la même façon je me demande de quel âge va venir ce souvenir qui n’est pas encore là... Le tout premier âge qui se présente à votre esprit.
- Anne : C’est quand je suis née, dit-elle après un moment. Et elle me décrit son père, dépité que son premier enfant ne soit pas un garçon, partant à la chasse en laissant seule sa mère qui se lamente et pleure...
La représentation qu’elle s’est construite de sa venue au monde, si elle n’a pas valeur de vérité, a des effets bien réels qui la font éclater en sanglots. Après traitement de cette scène, nous revenons à sa situation professionnelle : elle se voit affronter avec assurance sa DRH et la directrice pour leur dire ce qu’elle pense de leur lâcheté.
Nadine et sa famille qui la « dézingue »
Lors de notre troisième rencontre, Nadine, 50 ans, déclare : « Je vais beaucoup mieux dans l’ensemble. Par contre, une fois de plus, dès que je vois ma famille elle me dézingue. C’est comme ça depuis que je suis toute petite. »
Elle me relate comment elle est injustement accusée par sa sœur d’être responsable de la violente colère de son neveu de 16 ans, au cours d’un repas de famille. Je demande à Nadine de laisser venir sur l’écran une image qui représente cet événement qui la « dézingue ». Elle me décrit l’attitude agressive et le regard noir de sa sœur. Face à cette image, je la vois se tasser sur sa chaise et se tasser plus en-core quand ma main-écran s’approche.
- Th. : « Voilà, tandis qu’il y a cette image sur l’écran et que vous vous sentez mal à l’aise dans votre corps, quel est le premier souvenir qui vient, là maintenant, dans cet espace entre nous ? Le tout premier souvenir qui vient, peut-être d’une époque lointaine de votre vie ? (MO).
Nadine est collégienne, elle fait ses devoirs à la table de la cuisine. Sa petite sœur joue derrière elle, à tirailler ses cheveux jusqu’à, une fois de plus, la mettre à bout. Excédée, elle se lève et la poursuit autour de la table, un couteau à la main. Son père survient et, sans chercher l’origine de la dispute, il administre une correction mémorable à Nadine.
QUEL EST LE PREMIER SOUVENIR QUI VIENT ?
Cette scène paraît plutôt illustrer les interactions dans le système familial qu’être la raison pour laquelle elle ne s’y sent pas à sa place. Je demande à Nadine de mettre cette nouvelle scène sur l’écran et ma main la pousse vers elle.
- Th. : Observez, de nouveau, le premier souvenir qui vient, là maintenant, devant nous (MO).
L’envahissement devient beaucoup plus intense, son corps se tasse encore sur la chaise.
- Nadine : Ma mère, me reprochant qu’à cause de moi elle a été obligée de se marier avec mon père... Chaque dispute du couple était une occasion de lui rappeler que « par sa faute », elle avait gâché sa vie... Cette fois le registre est différent, cet événement de vie n’est pas une manifestation de plus de la place de Nadine dans sa famille mais peut bien être le grief originel.
Raymond miné, figé et sans réaction
Raymond, 70 ans, vient à la demande de sa compagne Inès, agacée par sa jalousie. Il a été marié pendant vingt-cinq ans à une femme très volage dont il a fini par divorcer. Après des années de célibat, il a depuis deux ans une liaison avec Inès. Il se trouve qu’à plusieurs reprises, celle-ci a eu ouvertement, devant lui, des comportements de séduction envers des hommes : échanges verbaux ambigus, poses, mouvements suggestifs... Raymond en est miné mais il ne parvient pas à réagir, il voudrait fuir mais ne parvient pas à le faire. Après une séquence d’acceptations...
- Th. : ... Et je vais vous demander de regarder cette main, devant vous, comme si c’était un écran. Et je voudrais que vienne sur cet écran l’une des scènes que vous m’avez décrites, la première qui vient. Très bien (MO). Comment ça réagit dans le corps ?
Raymond est manifestement très rigide, peu ouvert aux sensations de son corps. Sa respiration est un peu hachée et il a quelques signes d’agitation sur sa chaise.
- Th. : Très bien, tandis qu’il y a cette scène et tandis que votre corps ressent ce qu’il ressent, observez le premier souvenir qui vient, là maintenant dans cet espace devant nous. Je ne sais pas de quel moment de votre vie il va émerger. Malgré plusieurs séquences de MO soutenus, rien ne vient.
- Th. : Je vais encore vous demander une drôle de chose. Quel est l’âge de Raymond dans ce souvenir qui va venir et qui n’est pas encore là ? Après une courte hésitation vient...
Raymond : ... 34 ans...
- Th. : Très bien, 34 ans. Observez le souvenir qui vient, là maintenant, quand Raymond a 34 ans... (MO de nouveau).
Pour lire la suite...
Dr Michel Lamarlère Médecin généraliste. Formation à l’hypnose, à l’HTSMA - TLMR (Hypnose, thérapie stratégique, mouvements alternatifs, devenu Thérapie du lien et des mondes relationnels), et à la thérapie narrative. Formateur en TLMR et en hypnose médicale à l’Institut Mimethys.
Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 79: Nov. / Déc. 2025 / Janv. 2026 DEPRESSION
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°79…
8 / Éditorial : Le partage de l’imaginaire pour faire émerger des ressources Julien Betbèze
10 / En couverture : Gabrielle Grimaldi Pics et dentelles d’aquarelle Sophie Cohen
12 / Hypnose et imagination créatrice Une poétique de l’action Alexandru Cupaciu.
16 / Acrophobie Externaliser pour se réassocier et retrouver le souffle Anne Malraux
26 / Hypnose de spectacle et hypnose clinique. Deux visages, deux finalités, une double vigilance éthique Fabrice Lakdja et Gérard Ostermann
32 / Quel est le premier souvenir qui vient ? Dissoudre une problématique figée en s’appuyant sur un souvenir source Michel Lamarlère
44 / Du divan au fauteuil Sortir de la répétition des schémas relationnels antérieurs Sylvie Le Pelletier-Beaufond
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
50 / Introduction Gérard Ostermann
54 / Encoprésie et Caca farceur Dessine-moi ton problème Corinne Paillette
62 / L’anéjaculation Quand la panne sex-prime Karine Ficini
73 / Boules de couleur en chirurgie dentaire « Elle courait dans sa tête » Thierry Hueber
84 / DOSSIER DÉPRESSION
86 / Défaut et faute : Les agents doubles de la dépression Wilfrid Martineau
96 / Dépression et renoncement Mouvement de bascule et choix Alain Vallée
QUIPROQUO
104 / Renoncement S. Colombo, Muhuc
BONJOUR ET APRÈS...
108 / Denise, Son sommeil abîmé et ses cauchemars Sophie Cohen
LES CHAMPS DU POSSIBLE
112 / L’écho silencieux : Quand le corps du thérapeute devient miroir du traumatisme Adrian Chaboche
CULTURE MONDE
116 / La naissance à l’envers. Restaurer les potentiels d’auto-guérison Sylvie Le Pelletier- Beaufond
LIVRES EN BOUCHE
120 / J. Betbèze, S. Cohen
124 / ESPACE FORMATIONS
Illustrations: Gabrielle Grimaldi
Au long de notre vie, notre équilibre psychologique se construit à partir d’expériences heureuses ou malheureuses, sécures ou traumatiques, étayées ou négligées, sur notre sentiment d’être soutenu ou abandonné. Nos événements de vie, par leur saillance ou par leur répétition, par le sens que nous leur donnons, vont installer de la confiance ou des fêlures, une liberté d’être ou un enfermement, des ressources ou une hypervigilance. Les vulnérabilités qui amènent les personnes en thérapie résultent du déséquilibre entre l’intensité vécue d’une blessure et la qualité des réponses que l’on a pu ou non y apporter et de la protection ou de l’isolement que l’on a ressenti.
Mais si la responsabilité d’un événement ou d’un contexte traumatique est parfois évidente, il est bien souvent difficile de remonter à la source de la problématique. L’enjeu pour le thérapeute est alors d’accompagner son patient à identifier un ou des événements de vie qui ont contribué à son installation, pour cela nous utilisons le questionnement. Voici un artifice de questionnement qui m’aide à accéder à ces événements de vie signifiants. Il sera illustré par diverses situations cliniques, dont certaines réservent la surprise de conduire non à un traumatisme mais à un souvenir ressource.
Fadela et son problème de figement
- Fadela a 55 ans, elle passe bientôt l’oral d’un concours auquel elle accorde beaucoup d’importance autant pour sa carrière que pour sa propre estime. L’an dernier elle a échoué alors qu’elle était très bien placée à l’écrit : face aux examinateurs elle s’est sentie vide de toute pensée, de toute réaction, comme absente. Je lui propose de mettre en scène cette expérience, dont elle anticipe qu’elle va se reproduire à l’identique dans trois semaines. Comme chaque fois qu’elle est face à des personnes en posture d’autorité.
- Thérapeute : « Je vais vous proposer une drôle de chose. Ma main est ici, tournée vers vous. Je vais vous demander de regarder cette main et d’imaginer que c’est un écran...
Ses yeux fixent déjà la main.
- Th. : ... et je voudrais que vienne sur cet écran une image qui représente la situation que vous avez vécue il y a un an lors de cet oral. Qu’estce qui vient ?
- Fadela : Ils sont trois, assis là et moi en face, ils me regardent. Et moi je n’arrive pas à parler ni à penser... », dit-elle tandis que ses mains dessinent la scène.
Dès que l’image lui est venue, avant même de la décrire, une boule d’angoisse envahit mon ventre. Et paradoxalement Fadela me dit se sentir plutôt calme. Cette discordance entre ce qu’elle décrit comme une expérience difficile et son absence de réaction indique qu’elle
s’est dissociée là, sur sa chaise, comme elle l’avait sans doute fait lors de son oral, quand elle s’est sentie vide de toute pensée. J’externalise la boule d’angoisse de mon ventre et de ma gorge (mes mains font le mouvement de les sortir de mon corps) et Fadela retrouve l’accès à ses émotions. Elle décrit une angoisse qui envahit toute sa poitrine.
Il est vraisemblable que le problème de figement dont elle a fait l’expérience lors de son oral est la résurgence de vécus bien antérieurs, d’autant qu’elle dit avoir toujours manqué d’assurance face à ses supérieurs hiérarchiques ou à des personnalités affirmées. Plutôt que de lui demander d’externaliser elle aussi ce qu’elle ressent dans son corps, je choisis de m’appuyer sur son envahissement pour accéder à un événement ou un contexte de vie à l’origine de ces figements.
- Th. : « Je vais vous demander une drôle de chose. Quand il y a cette scène de votre examen, et que vous portez votre attention sur cette angoisse dans votre poitrine, observez : quel est le premier sou-venir qui émerge, là maintenant ? Et dites-moi d’abord de quelle époque de votre vie va venir le sou-venir dont nous avons besoin et qui n’est pas encore là. Le tout premier âge qui vous vient, même si vous ne voyez pas du tout le rapport.
Aussitôt je demande à ses yeux de suivre le mouvement de mes doigts (MO pour mouvements oculaires) afin de déconnecter ses réflexions.
- Fadela : Neuf ans... Et elle me relate qu’elle a été violée à cet âge. Elle ne s’attarde pas sur l’événement lui-même, qui ne paraît pas la préoccuper. Par contre elle est visiblement très envahie en évoquant les conséquences : lorsqu’elle s’est plainte à sa mère de ce qu’elle avait subi, celle-ci lui a reproché d’être impure et de déshonorer la famille. Tout son entourage a su et elle a été méprisée des membres de sa famille autant que des voisins.
- Fadela : Dans le village, en Algérie, les gens détournaient le regard, comme si je n’existais pas... Et à la maison on me parlait à peine. »
Après que nous ayons désactivé les effets de ce traumatisme qui avait profondément marqué son enfance, elle s’est montrée confiante et a jugé qu’elle n’avait pas besoin d’un second rendez-vous. Quelques semaines plus tard, elle m’apprenait son assurance face aux examinateurs et l’heureuse issue de son concours.
L’activation du processus de remémoration est facilitée par une crise émotionnelle. Visualiser la scène de son oral induit cet état chez Fadela, et grâce au confusionnement et aux mouvements oculaires, le souvenir émerge de lui-même, plutôt que d’être recherché et choisi en fonction de son adéquation à sa plainte ou aux attentes qu’elle prête au thérapeute. Je précise volontiers, entre deux séquences de MO : « Le tout premier souvenir qui émerge, même si vous ne savez
vraiment pas pourquoi c’est celui-là qui vient, même si vous ne voyez pas de lien. »
Une situation fréquente est que le premier souvenir énoncé ne soit pas encore l’originel, mais une ma-nifestation plus ancienne du problème. La personne veut apporter une « bonne réponse », pas la première qui lui traverse l’esprit, elle s’applique à ce que ce soit cohérent !
Anne sidérée quand cette tape sur l’épaule annonce son licenciement
Anne a 61 ans, elle est venue panser diverses plaies au cours des années passées. Elle vient d’apprendre son licenciement économique. Malgré le plan social en cours, elle croyait, étant la seule administrative de son département, que son emploi ne serait pas menacé pour le moment et qu’elle pourrait continuer ainsi jusqu’à sa retraite. Aussi s’est-elle sentie sidérée quand la DRH a tapoté son épaule pour la conduire avec quelques collègues dans la pièce où elle a annoncé les licenciements. La seule réaction qu’elle a pu avoir a été de prendre sa voiture et de fuir, hagarde, manquant de provoquer un accident sur le parking.
Cette tape sur l’épaule condense l’événement et je lui demande de faire venir ce geste sur l’écran. Aus-sitôt elle est envahie par une grande émotion. Son intensité autant que la sidération qu’elle avait décrite paraissent excessives pour un événement qu’elle avait déjà anticipé, à plus ou moins long terme.
- Th. : « Je voudrais vous demander quelque chose d’inhabituel, vous êtes d’accord ? Je voudrais que vos yeux se ferment un instant pour que vienne la réponse à une drôle de question. Très bien, j’ai besoin que vienne un souvenir et je me demande de quel âge de votre vie va venir ce souvenir qui n’est pas encore là.
- Anne : Mmm... 20 ans.
- Th. : Très bien, ici devant nous il y a Anne, elle a 20 ans. Qu’est-ce qu’elle est en train de vivre là tandis qu’elle a 20 ans ?
- Anne : C’est quand mon ami de l’époque m’a quittée pour une autre femme...
De nouveau elle est saisie d’une intense émotion. Cet événement paraît être une répétition de la trahison qu’elle vit aujourd’hui de la part de sa DRH.
- Th. : Très bien, tandis que vous ressentez cette émotion, vos yeux peuvent se fermer de nouveau et je voudrais que vienne un autre souvenir, et de la même façon je me demande de quel âge va venir ce souvenir qui n’est pas encore là... Le tout premier âge qui se présente à votre esprit.
- Anne : C’est quand je suis née, dit-elle après un moment. Et elle me décrit son père, dépité que son premier enfant ne soit pas un garçon, partant à la chasse en laissant seule sa mère qui se lamente et pleure...
La représentation qu’elle s’est construite de sa venue au monde, si elle n’a pas valeur de vérité, a des effets bien réels qui la font éclater en sanglots. Après traitement de cette scène, nous revenons à sa situation professionnelle : elle se voit affronter avec assurance sa DRH et la directrice pour leur dire ce qu’elle pense de leur lâcheté.
Nadine et sa famille qui la « dézingue »
Lors de notre troisième rencontre, Nadine, 50 ans, déclare : « Je vais beaucoup mieux dans l’ensemble. Par contre, une fois de plus, dès que je vois ma famille elle me dézingue. C’est comme ça depuis que je suis toute petite. »
Elle me relate comment elle est injustement accusée par sa sœur d’être responsable de la violente colère de son neveu de 16 ans, au cours d’un repas de famille. Je demande à Nadine de laisser venir sur l’écran une image qui représente cet événement qui la « dézingue ». Elle me décrit l’attitude agressive et le regard noir de sa sœur. Face à cette image, je la vois se tasser sur sa chaise et se tasser plus en-core quand ma main-écran s’approche.
- Th. : « Voilà, tandis qu’il y a cette image sur l’écran et que vous vous sentez mal à l’aise dans votre corps, quel est le premier souvenir qui vient, là maintenant, dans cet espace entre nous ? Le tout premier souvenir qui vient, peut-être d’une époque lointaine de votre vie ? (MO).
Nadine est collégienne, elle fait ses devoirs à la table de la cuisine. Sa petite sœur joue derrière elle, à tirailler ses cheveux jusqu’à, une fois de plus, la mettre à bout. Excédée, elle se lève et la poursuit autour de la table, un couteau à la main. Son père survient et, sans chercher l’origine de la dispute, il administre une correction mémorable à Nadine.
QUEL EST LE PREMIER SOUVENIR QUI VIENT ?
Cette scène paraît plutôt illustrer les interactions dans le système familial qu’être la raison pour laquelle elle ne s’y sent pas à sa place. Je demande à Nadine de mettre cette nouvelle scène sur l’écran et ma main la pousse vers elle.
- Th. : Observez, de nouveau, le premier souvenir qui vient, là maintenant, devant nous (MO).
L’envahissement devient beaucoup plus intense, son corps se tasse encore sur la chaise.
- Nadine : Ma mère, me reprochant qu’à cause de moi elle a été obligée de se marier avec mon père... Chaque dispute du couple était une occasion de lui rappeler que « par sa faute », elle avait gâché sa vie... Cette fois le registre est différent, cet événement de vie n’est pas une manifestation de plus de la place de Nadine dans sa famille mais peut bien être le grief originel.
Raymond miné, figé et sans réaction
Raymond, 70 ans, vient à la demande de sa compagne Inès, agacée par sa jalousie. Il a été marié pendant vingt-cinq ans à une femme très volage dont il a fini par divorcer. Après des années de célibat, il a depuis deux ans une liaison avec Inès. Il se trouve qu’à plusieurs reprises, celle-ci a eu ouvertement, devant lui, des comportements de séduction envers des hommes : échanges verbaux ambigus, poses, mouvements suggestifs... Raymond en est miné mais il ne parvient pas à réagir, il voudrait fuir mais ne parvient pas à le faire. Après une séquence d’acceptations...
- Th. : ... Et je vais vous demander de regarder cette main, devant vous, comme si c’était un écran. Et je voudrais que vienne sur cet écran l’une des scènes que vous m’avez décrites, la première qui vient. Très bien (MO). Comment ça réagit dans le corps ?
Raymond est manifestement très rigide, peu ouvert aux sensations de son corps. Sa respiration est un peu hachée et il a quelques signes d’agitation sur sa chaise.
- Th. : Très bien, tandis qu’il y a cette scène et tandis que votre corps ressent ce qu’il ressent, observez le premier souvenir qui vient, là maintenant dans cet espace devant nous. Je ne sais pas de quel moment de votre vie il va émerger. Malgré plusieurs séquences de MO soutenus, rien ne vient.
- Th. : Je vais encore vous demander une drôle de chose. Quel est l’âge de Raymond dans ce souvenir qui va venir et qui n’est pas encore là ? Après une courte hésitation vient...
Raymond : ... 34 ans...
- Th. : Très bien, 34 ans. Observez le souvenir qui vient, là maintenant, quand Raymond a 34 ans... (MO de nouveau).
Pour lire la suite...
Dr Michel Lamarlère Médecin généraliste. Formation à l’hypnose, à l’HTSMA - TLMR (Hypnose, thérapie stratégique, mouvements alternatifs, devenu Thérapie du lien et des mondes relationnels), et à la thérapie narrative. Formateur en TLMR et en hypnose médicale à l’Institut Mimethys.
Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 79: Nov. / Déc. 2025 / Janv. 2026 DEPRESSION
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°79…
8 / Éditorial : Le partage de l’imaginaire pour faire émerger des ressources Julien Betbèze
10 / En couverture : Gabrielle Grimaldi Pics et dentelles d’aquarelle Sophie Cohen
12 / Hypnose et imagination créatrice Une poétique de l’action Alexandru Cupaciu.
16 / Acrophobie Externaliser pour se réassocier et retrouver le souffle Anne Malraux
26 / Hypnose de spectacle et hypnose clinique. Deux visages, deux finalités, une double vigilance éthique Fabrice Lakdja et Gérard Ostermann
32 / Quel est le premier souvenir qui vient ? Dissoudre une problématique figée en s’appuyant sur un souvenir source Michel Lamarlère
44 / Du divan au fauteuil Sortir de la répétition des schémas relationnels antérieurs Sylvie Le Pelletier-Beaufond
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
50 / Introduction Gérard Ostermann
54 / Encoprésie et Caca farceur Dessine-moi ton problème Corinne Paillette
62 / L’anéjaculation Quand la panne sex-prime Karine Ficini
73 / Boules de couleur en chirurgie dentaire « Elle courait dans sa tête » Thierry Hueber
84 / DOSSIER DÉPRESSION
86 / Défaut et faute : Les agents doubles de la dépression Wilfrid Martineau
96 / Dépression et renoncement Mouvement de bascule et choix Alain Vallée
QUIPROQUO
104 / Renoncement S. Colombo, Muhuc
BONJOUR ET APRÈS...
108 / Denise, Son sommeil abîmé et ses cauchemars Sophie Cohen
LES CHAMPS DU POSSIBLE
112 / L’écho silencieux : Quand le corps du thérapeute devient miroir du traumatisme Adrian Chaboche
CULTURE MONDE
116 / La naissance à l’envers. Restaurer les potentiels d’auto-guérison Sylvie Le Pelletier- Beaufond
LIVRES EN BOUCHE
120 / J. Betbèze, S. Cohen
124 / ESPACE FORMATIONS
Illustrations: Gabrielle Grimaldi
Acrophobie. Revue Hypnose et Thérapies Brèves 79.
Externaliser pour se réassocier et retrouver le souffle.
Entre peur du vide, métaphores et confiance perdue, nous pouvons suivre ici la trajectoire clinique d’un patient rongé par l’anxiété. C’est tout un travail hypnotique, à la manière d’un cheminement en sept étapes, qui est décrit depuis l’identification du problème, jusqu’à la réassociation du corps et la réparation de l’identité.
CONTEXTE DE LA DEMANDE ET MÉTAPHORE FONDATRICE
Bruno, 53 ans, m’a été adressé en début d’année 2024 par son kinésithérapeute, inquiet de douleurs thoraciques et œsophagiennes persistantes, sans étiologie somatique identifiée. Il a été suivi pendant un an et demi par une psychologue, qui a posé un diagnostic de dépression, sans que cela ne débouche sur un véritable travail de fond. Or, il m’est rapidement apparu que le ralentissement psychique observé relevait davan
tage des effets secondaires d’une anxiété de fond, persistante et usante, que d’un épisode dépressif caractérisé. Quand il s’assoit dans le fauteuil, j’observe que son corps est particulièrement tendu, fermé, ses jambes et ses bras sont croisés et il s’est mis « sur la tranche », si j’ose dire. La surface de contact avec l’environnement immédiat est visiblement réduite.
Bruno travaille dans l’informatique et dans le milieu associatif. Il me dit qu’il se définit avant tout comme un militant. Peu enclin à parler de lui, ni à « bavarder », la première étape du travail a consisté à bâtir une alliance thérapeutique solide et trouver un terrain de confiance. A défaut d’avoir des mots sur ses ressentis, il répétait souvent : « je ne sais pas ». Cette phrase, plutôt que de constituer un obstacle, est devenue notre point d’ancrage : une invitation à enquêter ensemble, à coconstruire un sens là où aucun discours préexistant n’était disponible.
C’est à partir de son univers professionnel que nous avons élaboré une première métaphore pour nommer la nature invisible du problème : un programme informatique, très gourmand en énergie, s’exécutant en tâche de fond, accaparant les ressources du système, et réduisant sa capacité à profiter du moment présent.
Etape 1 : recenser les effets du problème
Avant même de pouvoir le nommer, nous avons dressé ensemble la cartographie des effets du problème dans sa vie : douleurs corporelles, tensions familiales, rigidité mentale, stress diffus, fatigue chronique. Bruno se retrouvait « épuisé d’avance » par tout ce qui devait être anticipé : le travail bien sûr, mais aussi les sorties, les voyages, les moindres imprévus...
Certaines scènes se sont avérées particulièrement pénibles pour lui : bloqué physiquement dans les escaliers d’un beffroi, incapable de poursuivre une visite familiale, ou contraint de faire demi-tour en voiture au moment de déposer sa fille et sa femme à leur activité de parapente. La peur du vide avait dans ces moments pris entièrement possession de son corps. Il évoquait avec tristesse sa difficulté à « créer des souvenirs » en famille, alors même que celle-ci représentait ce qu’il avait de plus précieux. Une autre douleur qu’il partageait avec moi, c’était celle de ne pouvoir emmener ses proches en Islande (le rêve de sa femme), du fait que sa peur du vide l’empêchait, pour l’heure, d’envisager tout déplacement en avion.
La seconde demande thérapeutique, après la réduction des manifestations somatiques du stress dans son corps (principalement poi
trine et abdomen), concernait donc l’adresse de son acrophobie réactionnelle.
Etape 2 : nommer le problème, externaliser son emprise
Nous avons consacré plusieurs séances à identifier et externaliser ce qui se passait. Dans l’esprit de Michael White, il ne s’agissait pas de qualifier Bruno, mais de décrire l’action du problème dans sa vie. A travers un dialogue clinique et imagé, plusieurs figures ont émergé : d’abord celle du « Vérificateur », puis du « Planificateur », enfin de l’« Anticipateur de mal ». Ce rajout du complément « de mal » nous a semblé important pour souligner le fait que cet Anticipateur semblait ne jamais vouloir anticiper d’heureux dénouements. Ce tyran ordinaire régnait en maître dans de nombreux aspects de sa vie, en lui promettant la tranquillité en échange d’un état de vigilance extrême, nourri par ses idéaux, ses inquiétudes et sa peur de ne pas être à la hauteur.
Cette externalisation a permis à Bruno d’envisager un rapport moins fusionnel avec ce fonctionnement anxieux. Il a même pu reconnaître certains « mérites » passés du Problème, notamment lorsque celui-ci l’a aidé à anticiper des difficultés dans son activité associative ou à initier un processus de codécision dans la transmission de son association, son « bébé », avec sa collègue Isabella.
Etape 3 : retracer l’histoire du problème
Grâce à ce travail de contextualisation, nous avons pu mettre en lumière un moment charnière dans l’histoire du Problème : la naissance de ses enfants. A partir de ce moment, le niveau d’alerte de Bruno s’est démultiplié, en miroir d’une responsabilité grandissante et d’un sentiment d’impuissance face à l’état du monde. L’arrivée de ses enfants, en particulier de ses deux filles, a ravivé ses inquiétudes vis-à-vis du sexisme, du réchauffement climatique ou encore des dérives politiques de son pays. C’est également à cette période qu’une acrophobie de plus en plus envahissante est apparue.
Sa souffrance semblait donc provenir d’une tension profonde entre ses idéaux et la perception de sa propre impuissance. En prenant appui sur des événements de sa vie familiale et professionnelle, nous avons pu relier cette tension à une question identitaire centrale : « Héros ou Zéro » (Bruno aime aussi : « Héros ou Escroc »). Ce dilemme inconscient le maintenait dans une exigence de perfection toujours plus grande, ainsi que dans une posture sacrificielle où il n’avait pas le droit de souffler, se tromper ou avoir besoin d’aide.
C’est dans ce contexte que le Problème s’était emparé de sa « CPU mentale » (la CPU, ou unité centrale de traitement, est le cerveau d’un ordinateur, en charge de l’exécution des instructions et du traitement des données), sur-sollicitée, devenue incapable de se mettre en veille.
Etape 4 : ré-associer le corps grâce à l’hypnose
Bruno s’est révélé très réceptif à la transe hypnotique. Nous avons travaillé en hypnose conversationnelle, puis formelle, avec des séances de ré-association corporelle, en passant par un ensemble d’inductions progressives et des techniques issues de l’hypnose ericksonienne et des « mains de Rossi ». L’expérience de pouvoir « ralentir en toute sécurité » a marqué un premier tournant thérapeutique, en ouvrant l’accès à de nouveaux états ressources lui offrant une manière différente d’habiter son corps.
Ces explorations ont progressivement favorisé une régulation plus autonome, accompagnée de la disparition des douleurs thoraciques et d’une diminution notable de son inquiétude chronique, passée selon lui de 7-8/10 à 3-4/10. Surtout, Bruno a pu développer une nouvelle capacité : dire « je passe à autre chose » là où auparavant il restait prisonnier de ses ruminations.
L’hypnose nous a également été très utile pour travailler sur sa peur du vide, à travers divers exercices (« ne rien faire », l’expérience de sécurité TLMR), et en lui proposant d’explorer les situations redoutées en conscience hypnotique, depuis la sécurité du cabinet. En effet, comme l’ont montré les neurosciences, imagerie mentale et perception réelle activent largement les mêmes zones cérébrales... En mobilisant cette plasticité, Bruno a pu commencer à transformer l’anticipation anxieuse d’un possible futur blocage en un entraînement mental porteur de maîtrise et d’assurance.
Etape 5 : le paysage de la relation :ce que l’autre révèle de soi
Pour lire la suite...
Anne Malraux Après une carrière artistique, elle s’oriente vers la sociologie puis se forme en psychologie. Formée à l’hypnose médicale à l’AFEHM en 2014, puis en thérapie narrative et à la prise en charge du psychotrauma à l’Institut Mimethys. Assure des consultations en région parisienne
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Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°79…
8 / Éditorial : Le partage de l’imaginaire pour faire émerger des ressources Julien Betbèze
10 / En couverture : Gabrielle Grimaldi Pics et dentelles d’aquarelle Sophie Cohen
12 / Hypnose et imagination créatrice Une poétique de l’action Alexandru Cupaciu.
16 / Acrophobie Externaliser pour se réassocier et retrouver le souffle Anne Malraux
26 / Hypnose de spectacle et hypnose clinique. Deux visages, deux finalités, une double vigilance éthique Fabrice Lakdja et Gérard Ostermann
32 / Quel est le premier souvenir qui vient ? Dissoudre une problématique figée en s’appuyant sur un souvenir source Michel Lamarlère
44 / Du divan au fauteuil Sortir de la répétition des schémas relationnels antérieurs Sylvie Le Pelletier-Beaufond
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
50 / Introduction Gérard Ostermann
54 / Encoprésie et Caca farceur Dessine-moi ton problème Corinne Paillette
62 / L’anéjaculation Quand la panne sex-prime Karine Ficini
73 / Boules de couleur en chirurgie dentaire « Elle courait dans sa tête » Thierry Hueber
84 / DOSSIER DÉPRESSION
86 / Défaut et faute : Les agents doubles de la dépression Wilfrid Martineau
96 / Dépression et renoncement Mouvement de bascule et choix Alain Vallée
QUIPROQUO
104 / Renoncement S. Colombo, Muhuc
BONJOUR ET APRÈS...
108 / Denise, Son sommeil abîmé et ses cauchemars Sophie Cohen
LES CHAMPS DU POSSIBLE
112 / L’écho silencieux : Quand le corps du thérapeute devient miroir du traumatisme Adrian Chaboche
CULTURE MONDE
116 / La naissance à l’envers. Restaurer les potentiels d’auto-guérison Sylvie Le Pelletier- Beaufond
LIVRES EN BOUCHE
120 / J. Betbèze, S. Cohen
124 / ESPACE FORMATIONS
Illustrations: Gabrielle Grimaldi
CONTEXTE DE LA DEMANDE ET MÉTAPHORE FONDATRICE
Bruno, 53 ans, m’a été adressé en début d’année 2024 par son kinésithérapeute, inquiet de douleurs thoraciques et œsophagiennes persistantes, sans étiologie somatique identifiée. Il a été suivi pendant un an et demi par une psychologue, qui a posé un diagnostic de dépression, sans que cela ne débouche sur un véritable travail de fond. Or, il m’est rapidement apparu que le ralentissement psychique observé relevait davan
tage des effets secondaires d’une anxiété de fond, persistante et usante, que d’un épisode dépressif caractérisé. Quand il s’assoit dans le fauteuil, j’observe que son corps est particulièrement tendu, fermé, ses jambes et ses bras sont croisés et il s’est mis « sur la tranche », si j’ose dire. La surface de contact avec l’environnement immédiat est visiblement réduite.
Bruno travaille dans l’informatique et dans le milieu associatif. Il me dit qu’il se définit avant tout comme un militant. Peu enclin à parler de lui, ni à « bavarder », la première étape du travail a consisté à bâtir une alliance thérapeutique solide et trouver un terrain de confiance. A défaut d’avoir des mots sur ses ressentis, il répétait souvent : « je ne sais pas ». Cette phrase, plutôt que de constituer un obstacle, est devenue notre point d’ancrage : une invitation à enquêter ensemble, à coconstruire un sens là où aucun discours préexistant n’était disponible.
C’est à partir de son univers professionnel que nous avons élaboré une première métaphore pour nommer la nature invisible du problème : un programme informatique, très gourmand en énergie, s’exécutant en tâche de fond, accaparant les ressources du système, et réduisant sa capacité à profiter du moment présent.
Etape 1 : recenser les effets du problème
Avant même de pouvoir le nommer, nous avons dressé ensemble la cartographie des effets du problème dans sa vie : douleurs corporelles, tensions familiales, rigidité mentale, stress diffus, fatigue chronique. Bruno se retrouvait « épuisé d’avance » par tout ce qui devait être anticipé : le travail bien sûr, mais aussi les sorties, les voyages, les moindres imprévus...
Certaines scènes se sont avérées particulièrement pénibles pour lui : bloqué physiquement dans les escaliers d’un beffroi, incapable de poursuivre une visite familiale, ou contraint de faire demi-tour en voiture au moment de déposer sa fille et sa femme à leur activité de parapente. La peur du vide avait dans ces moments pris entièrement possession de son corps. Il évoquait avec tristesse sa difficulté à « créer des souvenirs » en famille, alors même que celle-ci représentait ce qu’il avait de plus précieux. Une autre douleur qu’il partageait avec moi, c’était celle de ne pouvoir emmener ses proches en Islande (le rêve de sa femme), du fait que sa peur du vide l’empêchait, pour l’heure, d’envisager tout déplacement en avion.
La seconde demande thérapeutique, après la réduction des manifestations somatiques du stress dans son corps (principalement poi
trine et abdomen), concernait donc l’adresse de son acrophobie réactionnelle.
Etape 2 : nommer le problème, externaliser son emprise
Nous avons consacré plusieurs séances à identifier et externaliser ce qui se passait. Dans l’esprit de Michael White, il ne s’agissait pas de qualifier Bruno, mais de décrire l’action du problème dans sa vie. A travers un dialogue clinique et imagé, plusieurs figures ont émergé : d’abord celle du « Vérificateur », puis du « Planificateur », enfin de l’« Anticipateur de mal ». Ce rajout du complément « de mal » nous a semblé important pour souligner le fait que cet Anticipateur semblait ne jamais vouloir anticiper d’heureux dénouements. Ce tyran ordinaire régnait en maître dans de nombreux aspects de sa vie, en lui promettant la tranquillité en échange d’un état de vigilance extrême, nourri par ses idéaux, ses inquiétudes et sa peur de ne pas être à la hauteur.
Cette externalisation a permis à Bruno d’envisager un rapport moins fusionnel avec ce fonctionnement anxieux. Il a même pu reconnaître certains « mérites » passés du Problème, notamment lorsque celui-ci l’a aidé à anticiper des difficultés dans son activité associative ou à initier un processus de codécision dans la transmission de son association, son « bébé », avec sa collègue Isabella.
Etape 3 : retracer l’histoire du problème
Grâce à ce travail de contextualisation, nous avons pu mettre en lumière un moment charnière dans l’histoire du Problème : la naissance de ses enfants. A partir de ce moment, le niveau d’alerte de Bruno s’est démultiplié, en miroir d’une responsabilité grandissante et d’un sentiment d’impuissance face à l’état du monde. L’arrivée de ses enfants, en particulier de ses deux filles, a ravivé ses inquiétudes vis-à-vis du sexisme, du réchauffement climatique ou encore des dérives politiques de son pays. C’est également à cette période qu’une acrophobie de plus en plus envahissante est apparue.
Sa souffrance semblait donc provenir d’une tension profonde entre ses idéaux et la perception de sa propre impuissance. En prenant appui sur des événements de sa vie familiale et professionnelle, nous avons pu relier cette tension à une question identitaire centrale : « Héros ou Zéro » (Bruno aime aussi : « Héros ou Escroc »). Ce dilemme inconscient le maintenait dans une exigence de perfection toujours plus grande, ainsi que dans une posture sacrificielle où il n’avait pas le droit de souffler, se tromper ou avoir besoin d’aide.
C’est dans ce contexte que le Problème s’était emparé de sa « CPU mentale » (la CPU, ou unité centrale de traitement, est le cerveau d’un ordinateur, en charge de l’exécution des instructions et du traitement des données), sur-sollicitée, devenue incapable de se mettre en veille.
Etape 4 : ré-associer le corps grâce à l’hypnose
Bruno s’est révélé très réceptif à la transe hypnotique. Nous avons travaillé en hypnose conversationnelle, puis formelle, avec des séances de ré-association corporelle, en passant par un ensemble d’inductions progressives et des techniques issues de l’hypnose ericksonienne et des « mains de Rossi ». L’expérience de pouvoir « ralentir en toute sécurité » a marqué un premier tournant thérapeutique, en ouvrant l’accès à de nouveaux états ressources lui offrant une manière différente d’habiter son corps.
Ces explorations ont progressivement favorisé une régulation plus autonome, accompagnée de la disparition des douleurs thoraciques et d’une diminution notable de son inquiétude chronique, passée selon lui de 7-8/10 à 3-4/10. Surtout, Bruno a pu développer une nouvelle capacité : dire « je passe à autre chose » là où auparavant il restait prisonnier de ses ruminations.
L’hypnose nous a également été très utile pour travailler sur sa peur du vide, à travers divers exercices (« ne rien faire », l’expérience de sécurité TLMR), et en lui proposant d’explorer les situations redoutées en conscience hypnotique, depuis la sécurité du cabinet. En effet, comme l’ont montré les neurosciences, imagerie mentale et perception réelle activent largement les mêmes zones cérébrales... En mobilisant cette plasticité, Bruno a pu commencer à transformer l’anticipation anxieuse d’un possible futur blocage en un entraînement mental porteur de maîtrise et d’assurance.
Etape 5 : le paysage de la relation :ce que l’autre révèle de soi
Pour lire la suite...
Anne Malraux Après une carrière artistique, elle s’oriente vers la sociologie puis se forme en psychologie. Formée à l’hypnose médicale à l’AFEHM en 2014, puis en thérapie narrative et à la prise en charge du psychotrauma à l’Institut Mimethys. Assure des consultations en région parisienne
Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 79: Nov. / Déc. 2025 / Janv. 2026 DEPRESSION
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°79…
8 / Éditorial : Le partage de l’imaginaire pour faire émerger des ressources Julien Betbèze
10 / En couverture : Gabrielle Grimaldi Pics et dentelles d’aquarelle Sophie Cohen
12 / Hypnose et imagination créatrice Une poétique de l’action Alexandru Cupaciu.
16 / Acrophobie Externaliser pour se réassocier et retrouver le souffle Anne Malraux
26 / Hypnose de spectacle et hypnose clinique. Deux visages, deux finalités, une double vigilance éthique Fabrice Lakdja et Gérard Ostermann
32 / Quel est le premier souvenir qui vient ? Dissoudre une problématique figée en s’appuyant sur un souvenir source Michel Lamarlère
44 / Du divan au fauteuil Sortir de la répétition des schémas relationnels antérieurs Sylvie Le Pelletier-Beaufond
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
50 / Introduction Gérard Ostermann
54 / Encoprésie et Caca farceur Dessine-moi ton problème Corinne Paillette
62 / L’anéjaculation Quand la panne sex-prime Karine Ficini
73 / Boules de couleur en chirurgie dentaire « Elle courait dans sa tête » Thierry Hueber
84 / DOSSIER DÉPRESSION
86 / Défaut et faute : Les agents doubles de la dépression Wilfrid Martineau
96 / Dépression et renoncement Mouvement de bascule et choix Alain Vallée
QUIPROQUO
104 / Renoncement S. Colombo, Muhuc
BONJOUR ET APRÈS...
108 / Denise, Son sommeil abîmé et ses cauchemars Sophie Cohen
LES CHAMPS DU POSSIBLE
112 / L’écho silencieux : Quand le corps du thérapeute devient miroir du traumatisme Adrian Chaboche
CULTURE MONDE
116 / La naissance à l’envers. Restaurer les potentiels d’auto-guérison Sylvie Le Pelletier- Beaufond
LIVRES EN BOUCHE
120 / J. Betbèze, S. Cohen
124 / ESPACE FORMATIONS
Illustrations: Gabrielle Grimaldi
L'appel de l'âme. Venir au monde dans le village Hmong de Cacao. Revue Hypnose et Thérapies Brèves 78.
Une femme accroupie dans la cour plume des poulets dans des bassines colorées. Un tas d’hommes rasent un énorme cochon, sacrifié sur le seuil de la porte de la maison. Des enfants observent en silence les préparatifs des adultes.
Des mouches et d’autres insectes rares et gigantesques volent, se posent, puis s’envolent à nouveau. Le village de Cacao est né sur une colline qui surgit de l’immensité de la forêt amazonienne, un îlot de la communauté Hmong en Guyane française. On y arrive, virage après virage, en quittant la route de l’Est, l’unique fente goudronnée dans la végétation qui conduit de Cayenne jusqu’à l’Oyapock, fleuve frontière avec le Brésil. Des toucans traversent les cieux.
Une tortue la route. La naissance d’un enfant chez les Hmong animistes se célèbre par un rite d’accueil à la maison. Toute la famille est conviée.
Les non-Hmong en lien avec la famille sont aussi bienvenus. Le couple parental du Monde des esprits confie l’enfant aux parents qui s’en occuperont dans ce Monde. La famille entière remercie et se doit d’honorer ce don, en acceptant l’enfant (1). Si l’enfant est maltraité, le couple de l’au-delà pourrait décider de le reprendre, alors l’enfant pourrait se mettre à dépérir, de plus en plus. Chaque Hmong naît avec trente-deux âmes, symbolisées par des parties du corps. Elles doivent rester unies pour l’équilibre de la personne, autrement la maladie vient. Si un enfant naît avec des difficultés (ne se nourrit pas, pleure beaucoup, ne grandit pas, tombe souvent malade...) le chaman peut être appelé à intervenir pour retrouver le lieu où l’âme s’est égarée et la convaincre de revenir. Pour y arriver, parfois il est nécessaire d’invoquer l’aide des ancêtres et de négocier avec les esprits.
A l’intérieur d’une pièce sombre en bois brut, une vapeur résineuse dessine des ruisseaux gris dans l’air et pique les yeux, à peine habitués à la pénombre. Des bâtonnets d’encens brûlent dans un bol contenant du riz blanc. D’autres offrandes chargent un petit autel contre un mur : des fleurs, un oeuf, des bougies, des colliers de petites perles, des lacets rouges et blancs... Quelques rangées de chaises en plastique lui font face. Un vieil homme apparaît, ridé et courbé. Il avance lentement vers l’autel, soutenu par un bâton, des clochettes aux chevilles et aux poignets. Les gens s’écartent respectueusement à son passage. Deux hommes plus jeunes l’accompagnent et installent devant lui une longue planche en bois blanc, posée sur deux parpaings.
Dehors, une fumée s’échappe de la bouche d’un gros chaudron pendu sur un feu de bois. La vieille dame au foulard vert-bleu et fuchsia sur la tête a le regard sage et intemporel de gardienne des flammes. Elle tient les enfants à distance avec une longue canne qu’elle agite lentement, assise sur une cagette bleue. Des femmes épluchent des papayes vertes, pilent cacahuètes, ail, poissons séchés et piment dans des grands mortiers. La préparation du repas de la cérémonie est une affaire de femmes, Hmong ou pas. Je me retrouve assise parmi elles avec un couteau à la main, partageant leur moment, tout en surveillant comme elles du coin de l’oeil l’ouverture sombre de la case. La cérémonie va commencer. L’écho d’un gong résonne lourdement dans l’espace. Le chaman debout sur la planche marmonne une prière, un tissu noir sur le front. Le ton monte progressivement, la prière devient un chant dans une langue aux sonorités inconnues à mes oreilles. Le rythme arrive au trot puis au galop, traverse le dos et les genoux, s’installe dans le corps du chaman. Les pieds commencent à rebondir sur la planche, les clochettes tintinnabulent. La voix se met à vibrer, les yeux sont clos, la danse prend sa forme pure, répétitive, monotone, envoûtante. J’arrache une bribe d’explication à mon amie, pendant qu’on presse des tonnes de citron vert dans un saladier. - « Dès que le chaman est en transe, il voit. Et il ressent.
Il doit ramener une âme. L’âme du bébé s’est égarée. Il faut qu’elle retrouve le chemin pour que le nouveau-né puisse commencer sa vie et grandir sain. - Qu’est-ce que ça signifie ? - Si une âme a le regard tourné, a quitté sa place, elle n’habitera pas le petit et il pourrait tomber malade et même pire. Parfois le chaman avance à cheval des deux Mondes comme s’il avait une armée entière à ses côtés, les ancêtres et les autres esprits bénéfiques viennent en soutien pour retrouver l’âme et la ramener. » J’écoute enchantée, les yeux passent des paniers remplis des ramboutans écarlates, poilus et juteux, aux sacs débordant de haricots kilomètre, des mains de bananes naines aux caisses rouges et bleues chargées de concombres luisants et fruits du dragon fuchsia. Autrefois mon amie me raconta un rituel similaire en cas de trauma aigu, accident ou grande peur. Ces situations peuvent provoquer la sortie de l’âme du corps, une ou plusieurs des trente-deux, alors une faiblesse progressive s’installe, puis la maladie jusqu’à la mort, car le corps ne peut pas survivre longtemps séparé de son âme. Souvent le chaman accomplit le rite sur le lieu du trauma.
Les Hmong sont quasi tous agriculteurs, leur quotidien est rythmé entre champs et jours de marché. Puis il y a les jours de fête, ou plutôt de rituels collectifs lors de naissances, mariages, funérailles, Nouvel An. Cette occasion est privilégiée pour honorer les ancêtres et s’occuper d’eux. Selon les Hmong, les ancêtres vivent comme nous dans l’autre Monde, avec les mêmes besoins, en plus de nous observer et nous protéger. Un ancêtre peut avoir un problème, souvent d’ordre très pratique, faim, douleur physique, tristesse, dégât dans la maison... et les habitants de la maison doivent l’aider comme ils peuvent avec des offrandes et des actes. Les ancêtres habitent dans la poutre centrale de la maison, d’ailleurs une ancienne tradition veut que le placenta de l’aîné soit enterré dans les fondations de la maison. Il y a un autel pour célébrer les ancêtres dans chaque foyer et chaque jour un membre de la famille en prend soin, remplace les offrandes et les fleurs, allume une bougie, prie et remercie (2). La tablée se prépare au milieu de la cour sous le toit en feuilles de palmier, bouteilles de jus de mangue verte, saladiers de feuilles de toutes sortes pour assaisonner la soupe, riz gluant lap de biche, salade de papaye. Les narines se dilatent pour mieux humer ce mélange inédit de parfums : citronnelle, coriandre, basilic chinois, gingembre, combava, tamarin, fruits tropicaux et eau de coco frais. Des seaux noirs débordant de roses de porcelaine à longues tiges attirent les colibris, leurs battements d’ailes bourdonnent dans les oreilles quelques millisecondes avant de s’éloigner. Les hommes entrent dans la pièce sombre, sortent fumer une cigarette, échanger un mot entre eux, boire une canette, ils rentrent à nouveau. Le chaman est en transe depuis un moment, plusieurs heures se sont écoulées.
Pour lire la suite...
Alice Mancinelli
Médecin généraliste italienne. Formée à l’hypnose ericksonienne, à la TLMR et en cours de formation de thérapie narrative. Elle exerce actuellement en tant que médecin généraliste dans un village du Luberon, après avoir pratiqué des années dans les communautés fluviales et isolées de la Guyane française.
Commandez la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 78 N°78 : Août / Sept. / Oct. 2025
Regards sur l'Hypnose
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°78…
8 / Éditorial : « La transe hypnotique est avant tout une expérience poétique » Julien Betbèze
10 / En couverture : Florence Cadène Magnétisme animal Sophie Cohen
12 / Internalisation d’un lien sécurisant Théo, 10 ans et « son » anxiété d’endormissement Arnaud Zeman
24 / Le témoin intérieur et la honte Tout le monde est mieux que moi Géraldine Garon et Solen Montanari
36 / Sortir de l’adoration du produit Dissiper les ruminations du veau d’or : les clés du traitement des addictions David Vergriete et Alexandrine Halliez
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
46 / Introduction Gérard Ostermann
50 / Cris et hypnose Répondre aux cris des personnes âgées grâce à l’hypnose Hélène Pousset Abbouchi
58 / Autohypnose pour mon épaule gauche (rupture de la coiffe des rotateurs) et le couple hypnose/fascia Nelly Cadra
73 / DOSSIER REGARDS SUR L’HYPNOSE
74 / Voyage IRM au coeur de l’expérience hypnotique. Exploration de la portée clinique de l’hypnose Jean-Philippe Cottier et Valentin Lefèvre
84 / L’hypnose et le dormeur éveillé Entre songe et pensée Alexandru Cupaciu
88 / Hypnose de spectacle : bénéfices ou dangers pour le sujet Stéphane Radoykov
94 / Une rencontre Être avec... Roxane Yvernay
RUBRIQUES
- QUIPROQUO
102 / Rencontre S. Colombo, Muhuc BONJOUR ET APRÈS...
106 / Marie, ou l’accompagnement d’une patiente lors d’un traitement de cancer Sophie Cohen
- LES CHAMPS DU POSSIBLE
110 / Ce que le corps ne dit pas, mais que l’hypnose écoute : croire pour transformer Adrian Chaboche CULTURE MONDE
114 / L’appel de l’âme Venir au monde dans le village Hmong de Cacao Alice Mancinelli
LIVRES EN BOUCHE
120 / J. Betbèze, S. Cohen
125 / ESPACE FORMATIONS
Illustrations: Florence CADÈNE
Des mouches et d’autres insectes rares et gigantesques volent, se posent, puis s’envolent à nouveau. Le village de Cacao est né sur une colline qui surgit de l’immensité de la forêt amazonienne, un îlot de la communauté Hmong en Guyane française. On y arrive, virage après virage, en quittant la route de l’Est, l’unique fente goudronnée dans la végétation qui conduit de Cayenne jusqu’à l’Oyapock, fleuve frontière avec le Brésil. Des toucans traversent les cieux.
Une tortue la route. La naissance d’un enfant chez les Hmong animistes se célèbre par un rite d’accueil à la maison. Toute la famille est conviée.
Les non-Hmong en lien avec la famille sont aussi bienvenus. Le couple parental du Monde des esprits confie l’enfant aux parents qui s’en occuperont dans ce Monde. La famille entière remercie et se doit d’honorer ce don, en acceptant l’enfant (1). Si l’enfant est maltraité, le couple de l’au-delà pourrait décider de le reprendre, alors l’enfant pourrait se mettre à dépérir, de plus en plus. Chaque Hmong naît avec trente-deux âmes, symbolisées par des parties du corps. Elles doivent rester unies pour l’équilibre de la personne, autrement la maladie vient. Si un enfant naît avec des difficultés (ne se nourrit pas, pleure beaucoup, ne grandit pas, tombe souvent malade...) le chaman peut être appelé à intervenir pour retrouver le lieu où l’âme s’est égarée et la convaincre de revenir. Pour y arriver, parfois il est nécessaire d’invoquer l’aide des ancêtres et de négocier avec les esprits.
A l’intérieur d’une pièce sombre en bois brut, une vapeur résineuse dessine des ruisseaux gris dans l’air et pique les yeux, à peine habitués à la pénombre. Des bâtonnets d’encens brûlent dans un bol contenant du riz blanc. D’autres offrandes chargent un petit autel contre un mur : des fleurs, un oeuf, des bougies, des colliers de petites perles, des lacets rouges et blancs... Quelques rangées de chaises en plastique lui font face. Un vieil homme apparaît, ridé et courbé. Il avance lentement vers l’autel, soutenu par un bâton, des clochettes aux chevilles et aux poignets. Les gens s’écartent respectueusement à son passage. Deux hommes plus jeunes l’accompagnent et installent devant lui une longue planche en bois blanc, posée sur deux parpaings.
Dehors, une fumée s’échappe de la bouche d’un gros chaudron pendu sur un feu de bois. La vieille dame au foulard vert-bleu et fuchsia sur la tête a le regard sage et intemporel de gardienne des flammes. Elle tient les enfants à distance avec une longue canne qu’elle agite lentement, assise sur une cagette bleue. Des femmes épluchent des papayes vertes, pilent cacahuètes, ail, poissons séchés et piment dans des grands mortiers. La préparation du repas de la cérémonie est une affaire de femmes, Hmong ou pas. Je me retrouve assise parmi elles avec un couteau à la main, partageant leur moment, tout en surveillant comme elles du coin de l’oeil l’ouverture sombre de la case. La cérémonie va commencer. L’écho d’un gong résonne lourdement dans l’espace. Le chaman debout sur la planche marmonne une prière, un tissu noir sur le front. Le ton monte progressivement, la prière devient un chant dans une langue aux sonorités inconnues à mes oreilles. Le rythme arrive au trot puis au galop, traverse le dos et les genoux, s’installe dans le corps du chaman. Les pieds commencent à rebondir sur la planche, les clochettes tintinnabulent. La voix se met à vibrer, les yeux sont clos, la danse prend sa forme pure, répétitive, monotone, envoûtante. J’arrache une bribe d’explication à mon amie, pendant qu’on presse des tonnes de citron vert dans un saladier. - « Dès que le chaman est en transe, il voit. Et il ressent.
Il doit ramener une âme. L’âme du bébé s’est égarée. Il faut qu’elle retrouve le chemin pour que le nouveau-né puisse commencer sa vie et grandir sain. - Qu’est-ce que ça signifie ? - Si une âme a le regard tourné, a quitté sa place, elle n’habitera pas le petit et il pourrait tomber malade et même pire. Parfois le chaman avance à cheval des deux Mondes comme s’il avait une armée entière à ses côtés, les ancêtres et les autres esprits bénéfiques viennent en soutien pour retrouver l’âme et la ramener. » J’écoute enchantée, les yeux passent des paniers remplis des ramboutans écarlates, poilus et juteux, aux sacs débordant de haricots kilomètre, des mains de bananes naines aux caisses rouges et bleues chargées de concombres luisants et fruits du dragon fuchsia. Autrefois mon amie me raconta un rituel similaire en cas de trauma aigu, accident ou grande peur. Ces situations peuvent provoquer la sortie de l’âme du corps, une ou plusieurs des trente-deux, alors une faiblesse progressive s’installe, puis la maladie jusqu’à la mort, car le corps ne peut pas survivre longtemps séparé de son âme. Souvent le chaman accomplit le rite sur le lieu du trauma.
Les Hmong sont quasi tous agriculteurs, leur quotidien est rythmé entre champs et jours de marché. Puis il y a les jours de fête, ou plutôt de rituels collectifs lors de naissances, mariages, funérailles, Nouvel An. Cette occasion est privilégiée pour honorer les ancêtres et s’occuper d’eux. Selon les Hmong, les ancêtres vivent comme nous dans l’autre Monde, avec les mêmes besoins, en plus de nous observer et nous protéger. Un ancêtre peut avoir un problème, souvent d’ordre très pratique, faim, douleur physique, tristesse, dégât dans la maison... et les habitants de la maison doivent l’aider comme ils peuvent avec des offrandes et des actes. Les ancêtres habitent dans la poutre centrale de la maison, d’ailleurs une ancienne tradition veut que le placenta de l’aîné soit enterré dans les fondations de la maison. Il y a un autel pour célébrer les ancêtres dans chaque foyer et chaque jour un membre de la famille en prend soin, remplace les offrandes et les fleurs, allume une bougie, prie et remercie (2). La tablée se prépare au milieu de la cour sous le toit en feuilles de palmier, bouteilles de jus de mangue verte, saladiers de feuilles de toutes sortes pour assaisonner la soupe, riz gluant lap de biche, salade de papaye. Les narines se dilatent pour mieux humer ce mélange inédit de parfums : citronnelle, coriandre, basilic chinois, gingembre, combava, tamarin, fruits tropicaux et eau de coco frais. Des seaux noirs débordant de roses de porcelaine à longues tiges attirent les colibris, leurs battements d’ailes bourdonnent dans les oreilles quelques millisecondes avant de s’éloigner. Les hommes entrent dans la pièce sombre, sortent fumer une cigarette, échanger un mot entre eux, boire une canette, ils rentrent à nouveau. Le chaman est en transe depuis un moment, plusieurs heures se sont écoulées.
Pour lire la suite...
Alice Mancinelli
Médecin généraliste italienne. Formée à l’hypnose ericksonienne, à la TLMR et en cours de formation de thérapie narrative. Elle exerce actuellement en tant que médecin généraliste dans un village du Luberon, après avoir pratiqué des années dans les communautés fluviales et isolées de la Guyane française.
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Regards sur l'Hypnose
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°78…
8 / Éditorial : « La transe hypnotique est avant tout une expérience poétique » Julien Betbèze
10 / En couverture : Florence Cadène Magnétisme animal Sophie Cohen
12 / Internalisation d’un lien sécurisant Théo, 10 ans et « son » anxiété d’endormissement Arnaud Zeman
24 / Le témoin intérieur et la honte Tout le monde est mieux que moi Géraldine Garon et Solen Montanari
36 / Sortir de l’adoration du produit Dissiper les ruminations du veau d’or : les clés du traitement des addictions David Vergriete et Alexandrine Halliez
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
46 / Introduction Gérard Ostermann
50 / Cris et hypnose Répondre aux cris des personnes âgées grâce à l’hypnose Hélène Pousset Abbouchi
58 / Autohypnose pour mon épaule gauche (rupture de la coiffe des rotateurs) et le couple hypnose/fascia Nelly Cadra
73 / DOSSIER REGARDS SUR L’HYPNOSE
74 / Voyage IRM au coeur de l’expérience hypnotique. Exploration de la portée clinique de l’hypnose Jean-Philippe Cottier et Valentin Lefèvre
84 / L’hypnose et le dormeur éveillé Entre songe et pensée Alexandru Cupaciu
88 / Hypnose de spectacle : bénéfices ou dangers pour le sujet Stéphane Radoykov
94 / Une rencontre Être avec... Roxane Yvernay
RUBRIQUES
- QUIPROQUO
102 / Rencontre S. Colombo, Muhuc BONJOUR ET APRÈS...
106 / Marie, ou l’accompagnement d’une patiente lors d’un traitement de cancer Sophie Cohen
- LES CHAMPS DU POSSIBLE
110 / Ce que le corps ne dit pas, mais que l’hypnose écoute : croire pour transformer Adrian Chaboche CULTURE MONDE
114 / L’appel de l’âme Venir au monde dans le village Hmong de Cacao Alice Mancinelli
LIVRES EN BOUCHE
120 / J. Betbèze, S. Cohen
125 / ESPACE FORMATIONS
Illustrations: Florence CADÈNE
Le témoin intérieur et la honte. Tout le monde est mieux que moi. Revue Hypnose et Thérapies Brèves 78.
C’est plus fort qu’elle, Laurence est envahie par la honte, elle se sent toujours en faute, elle se trouve « nulle » comme maman, jamais à la hauteur de ce que pourrait espérer son petit garçon de 9 ans. En vivant l’expérience du « témoin intérieur » en lien avec deux thérapeutes, elle parvient à réintégrer la communauté des femmes, des mamans complices avec leur enfant.
L’expérience de l’utilisation du témoin intérieur a pour intention de proposer à une patiente (Laurence) de découvrir comment le travail avec sa thérapeute enrichit cette dernière ainsi que la communauté des thérapeutes, et lui permet ainsi de retrouver l’estime de soi.
Cette communauté comprend ici deux personnes :
- Solen Montanari est en position de thérapeute- superviseur (T1) et de témoin extérieur, elle est attentive aux effets d’enrichissement de cette conversation sur sa propre vie.
- La thérapeute Géraldine Garon (T2) est en position de témoin intérieur, c’est-à-dire qu’elle quitte sa position de thérapeute pour se mettre à la place de la patiente Laurence.
L’utilisation du témoin intérieur est particulièrement bien adaptée aux situations difficiles pour aider le patient à trouver confiance dans le lien thérapeutique, et le thérapeute à se connecter à l’histoire du patient. Cette technique est ainsi pertinente dans la supervision lorsque le thérapeute est confronté à des situations traumatiques complexes, où le patient a perdu confiance dans le lien humain.
La séance décrite s’articule autour de quatre temps :
1. Une séance filmée où Géraldine, thérapeute de Laurence, se met à sa place.
2. Le témoignage filmé des deux thérapeutes à l’issue de la séance.
3. Le visionnage de la séance par la patiente et son thérapeute.
4. Le témoignage de la patiente le lendemain du visionnage. La carte choisie pour cette séance est celle de l’exception. Elle permet de travailler en prenant appui sur les ressources et d’activer la carte du témoin extérieur.
- T1 (Thérapeute) : Solen pose les questions à Géraldine.
- T2 (Thérapeute) : Géraldine qui se met à la place de Laurence.
- P. (Patiente) : Laurence, suivie par Géraldine.
- T1 : Solen propose à Géraldine de se connecter avec sa patiente afin de l’incarner pendant l’expérience. Elle demande à la patiente son prénom et son âge afin d’amorcer la relation : Laurence, 50 ans.
- T1 : Très bien. Donc, Laurence. Je me demande ce qui vous amène à me voir aujourd’hui ?
- T2 : J’ai quand même du... J’ai du mal avec... J’ai du mal à être à l’aise avec les autres. J’ai plusieurs... Je pourrais vous parler de plusieurs problèmes, mais je dirais que là... J’ai l’impression que les autres, franchement, ils sont toujours mieux que moi. Tout le monde est mieux que moi. Vraiment, tout le monde est mieux que moi. Externalisation du problème : prise de position
- T1 : Quand vous dites, juste que je comprenne, vous me dites : j’ai l’impression que tout le monde est mieux que moi ou tout le monde est mieux que moi ?
- T2 : Tout le monde. Tout le monde est mieux que moi.
- T1 : “Tout le monde est mieux que moi”. Quand vous dites que ce qui vous amène aujourd’hui, c’est que “tout le monde est mieux que moi”, c’est que ce “tout le monde est mieux que moi”, ça se vit comment ?
- T2 : C’est insupportable.
- T1 : C’est insupportable, ce “tout le monde est mieux que moi”.
- T2 : Ce qui est insupportable, c’est que... En fait, je ne peux rien faire. Je ne peux rien faire. Je ne peux rien faire, c’est partout. Je ne peux pas m’occuper de mon fils. J’aimerais accompagner Gustave, que ce soit plus facile à la gym. Donc, j’aimerais... Il y a des petits moments où c’est mieux, mais quand même, c’est toujours là, ce truc. OK.
- T1 : D’accord. Donc, il y a : “c’est partout, c’est tout le temps” et puis il y a “mon fils Gustave”. C’est quoi le lien entre : “tout le monde est mieux que moi”, “c’est partout, c’est tout le temps”. Et puis il y a “mon fils Gustave”.
- T2 : C’est pareil. Je fais de mon mieux avec Gustave, mais je ne suis pas... Je vois bien que les autres mamans, elles sont mieux que moi. Moi, j’ai l’impression de ne jamais y arriver avec lui. J’ai l’impression de ne jamais... Voilà… les mamans à l’école… il y a les mamans…
- T1 : ... Font mieux que moi ?
- T2 : Oui. Je pense que oui, vraiment toutes les mamans sont meilleures que moi ou font mieux. Non, elles font mieux que moi, c’est clair. Moi, je m’énerve... Des fois, je lui parle mal, je ne suis pas patiente.
- T1 : Et quand vous nous dites que le problème qui m’amène c’est que “tout le monde fait mieux que moi”, “partout”, “tout l’temps”, “même toutes les autres mamans du monde entier font mieux que moi, alors que j’ai un petit garçon de 9 ans” et que vous aimez beaucoup, si j’ai bien compris. Et vous me dites : “moi, je m’énerve”. Et quoi ? Vous m’avez dit : “Je m’énerve et…”
- T2 : Je lui parle mal, des fois. Je lui parle mal. Je peux être un peu, pas violente, mais agressive.
- T1 : Mais il y a quand même cette agressivité et cet énervement. Et en plus, c’est douloureux avec Gustave.
- T2 : Ça me met très, très mal à l’aise de vous raconter tout ça.
- T1 : Quand vous dites “ça me met très mal à l’aise de raconter ça”, ça vous met mal à l’aise au point que c’est impossible d’en parler et il faut qu’on fasse une pause ? Ou est-ce que ça vous met mal à l’aise, mais on peut peut-être continuer à explorer le problème qui vous amène ?
- T2 : Non. J’ai quand même un peu l’habitude de ce mal à l’aise. J’ai envie que ça s’améliore.
- T1 : Oui, et quand vous me dites : j’ai envie que ça s’améliore, si c’est OK pour vous, j’ai envie de vous témoigner ce qui me vient. J’ai envie de comprendre ce qui se passe entre vous et Gustave et ce qui fait que chez vous, c’est aussi douloureux d’oser venir jusqu’à mon cabinet, exposer quelque chose qui vous est difficile à dire et qui peut même créer un sentiment de honte. Alors du coup, je me dis : pour que vous ayez fait toute cette démarche-là, moi ça me donne envie de mieux comprendre pour peut-être éventuellement vous aider. Vous seriez prête à m’aider à comprendre ?
- T2 : Oui.
- T1 : Je vais vous proposer un truc un peu étrange. On va imaginer là, ensemble pour que ça soit plus confortable, qu’il y a Gustave, devant nous. Il est comment Gustave ? A quoi il ressemble ? (fixation du regard en triangulation sur la “scène imaginaire”).
- T2 : Il est plein de vie, Gustave. Il est extrêmement fin, il est drôle. C’est un petit lutin. Il est... Oui, il est... Il est plein de vie. Il sait quand même ce qu’il veut. Et voilà.
- T1 : Et puis, “je me demande en plus qu’est-ce que je peux lui offrir en plus à ce petit garçon en pleine vie, ce lutin”. Et juste que je voie bien la scène : c’est donc le soir, il y a Gustave, il y a sa maman. Et qu’est-ce qui s’y passe là pour qu’il y ait cette agressivité, cette colère qui puisse sortir ?
- T2 : Des fois, il ne fait pas, il ne fait pas tout à fait comme... Vous voyez, je suis fatiguée, je ne suis pas très patiente, alors en même temps la nourriture est un peu compliquée avec Gustave, même si ça va mieux. Je suis nulle. Je vois bien que je ne fais pas ce que… Je ne sais pas ce que je fais. Il faudrait faire autrement.
- T1 : Quand vous dites : “je rentre le soir”, vous rentrez du travail ?
- T2 : Oui.
- T1 : Donc, après une longue journée de travail, vous rentrez à la maison, il faut faire le repas. Et en plus Gustave, ce n’est pas toujours facile, même si ça va un peu mieux. Et puis il y a ce : et puis “je suis nulle”. Je ne sais pas ce qu’il faut faire. Je devrais faire autrement. Ce “je suis nulle”, c’est en lien avec la colère et l’agressivité ou c’est autre chose ?
- T2 : Je pense que c’est en lien. Et puis il y a aussi des fois où Gustave, il sait aussi un peu pointer. Par exemple, il contrôle combien de verres je bois.
- T1 : Il sait aussi pointer les trucs. Donc, il est observateur. Vous allez me dire que Gustave vous regarde ? Il vous observe ?
- T2 : Oui.
- T1 : Il sait ce que vous faites ? Et en plus il pointe du doigt combien de verres vous buvez. Et le “je suis nulle”, c’est en lien avec le fait que Gustave vous regarde, vous observe, pointe du doigt, ou ça revient avec la colère ?
- T2 : C’est un peu les deux, mais moi je dirais que mon comportement, là, de mal lui parler, ce n’est pas normal. Ça, ce n’est pas... ça, c’est plus… Là, je me sens vraiment nulle. De lui parler comme ça, là c’est nul.
- T1 : “C’est nul” et, “mal lui parler”, je ne vois pas très bien ce que ça veut dire “mal lui parler”. Ça ressemble à quoi ?
- T2 : C’est brutal. On ne parle pas comme ça un enfant de 9 ans, surtout qu’il n’a rien fait du tout. Ce n’est pas respectueux.
- T1 : Cette parole, c’est une parole ou c’est une voix brutale qui s’adresse à Gustave, qui n’est pas OK, qui n’est pas normale ?
- T2 : C’est une parole.
- T1 : OK. Donc, il y a des mots qui sortent qui sont brutaux. Et ça ce n’est pas normal, ces mots qui sortent. Est-ce que vous êtes en train de me dire que d’un côté il y a ces mots brutaux qui sortent de la bouche de Laurence, et de l’autre côté, chez Laurence, il y a cette pensée qui dit : mais c’est nul ? Oui. Ce n’est pas normal de faire ça.
- T2 : Oui.
- T1 : OK. D’accord. Donc d’un côté il y a une partie de Laurence qui dit : ce n’est quand même pas normal. Ce n’est pas comme ça qu’on parle à un enfant, si petit, lutin, rigolo. Beau, mignon, malin. Et d’un autre côté, il y a une partie de Laurence avec mots brutaux qui sortent. Et je suis en train de me demander : je vois, enfin, sur la scène, là je vois les yeux de Gustave, ces yeux qui observent cette maman qui dit d’elle-même que ce n’est pas normal, que ce n’est pas OK de parler comme ça à un petit garçon. Et je me demande bien ce que ces yeux voient. Lorsqu’ils voient cette partie de Laurence qui dit : ce n’est quand même pas normal.
- T2 : Gustave, il vient me frotter le dos comme ça. Et puis il fait une petite blague.
- T1 : Donc, Gustave, là, il vient vous frotter le dos et il vient raconter une petite blague ?
- T2 : Oui. Chercher les intentions
- T1 : Et quand Gustave vient vers cette maman qui sent que ce n’est pas normal d’avoir des mots brutaux et qui se dit : “je suis nulle” et qu’il y a cette main qui vient la frotter dans son dos et qui lui raconte une petite blague, je me demande bien si on a une idée, toutes les deux, de l’intention de cette main qui vient dans le dos ? Qu’est-ce qu’elle fait ? Qu’est-ce qu’elle veut envoyer comme message à cette maman qui dit : “je suis nulle” ?
- T2 : Ce n’est pas le rôle d’un enfant, mais il dit : “ça va, maman ?”. Il me rassure. C’est quand même un peu nul aussi… Ce n’est pas du tout le rôle d’un enfant de faire ça.
- T1 : Donc, il y a cette main dans le dos et cette main envoie le message à cette maman qui dit “je suis nulle”. Ça va, maman. Ça va aller. Je me demande bien pourquoi Gustave aurait envie de lui raconter une petite blague.
- T2 : Parce qu’on a quand même de la complicité tous les deux, en fait, parce que nous, on est presque tout le temps tout seuls.
- T1 : Vous êtes en train de me dire qu’entre Gustave et sa maman, il se peut qu’il y ait un peu de complicité ?
- T2 : Oui, oui, oui, quand même. Oui, il y a des moments de complicité, c’est vrai. Oui.
- T1 : Et ces moments de complicité, par curiosité, si vous êtes d’accord, ça ressemble à quoi entre Gustave et sa maman ?
- T2 : Eh bien, il fait beaucoup de petites blagues. Puis ça peut être autour de notre lapin, on a un petit lapin. Oui. Là, on vient d’aménager la maison, mais il n’a pas fait grand-chose. C’est un enfant. Mais il a quand même un peu participé, puis il me pose des questions. Et puis quand on part en vacances tous les deux, ou des fois on emmène un ou deux amis, mais on aime bien aussi ces petits moments-là.
- T1 : Donc, il y a des moments quand vous êtes tous les deux avec le lapin (la thérapeute remarque que Laurence veut dire quelque chose), il y a un truc qui vient ?
- T2 : Oui, c’est aussi... Par exemple, je peux l’emmener à la gym. Et puis je pense qu’il est content quand je le regarde.
- T1 : A la gym ? Oui. Attendez juste que je comprenne bien : Gustave, quand il observe sa maman et quand elle dit qu’elle est nulle, le regard de Gustave l’amène à ce que sa main vienne frotter son dos, lui raconter une petite blague, lui dire : “ça va, maman ?”. Et que ça, ce serait en lien avec des moments de complicité, par exemple à la gym, c’est ça, au sport ?
- T2 : Oui, il fait de la gym.
- T1 : Et que lui aussi, il est content, quoi ? Enfin, il est content d’avoir le regard de sa maman sur lui ?
- T2 : C’est ce que moi j’en dis, il n’est pas là pour... Il n’est pas là pour le dire. Non, c’est sûr. Je vois bien quand même qu’il est content. Oui.
- T1 : A quoi vous le voyez quand il est à la gym qu’il veut que vous le regardiez ?
- T2 : Il veut m’en parler, de tout ça. Il est content que je vienne le chercher. Oui, c’est important. Je l’encourage quand même. Là, il veut rajouter des entraînements, mais...
- T1 : Donc pour lui la gym, c’est vraiment important ?
- T2 : Oui.
- T1 : Et lui, il vous raconte ce qu’il fait ? Comment ça s’est passé ?
- T2 : Oui. Par exemple... oui, ou l’école, il me raconte aussi l’école. Il ne parle pas tant que ça, mais c’est un petit garçon. Mais il aime bien faire des blagues.
- T1 : Donc, il aime bien vous raconter ce qu’il fait à la gym, en compétition, il aime bien que vous veniez le chercher. Et puis il y a l’école, il vous raconte ce qui se passe à l’école ?...
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Géraldine Garon, Hypnothérapeute, sexothérapeute en libéral à Bourges. Elle a commencé à pratiquer l’hypnose au bloc opératoire en tant qu’infirmière anesthésiste pour choisir ensuite de poursuivre son parcours de formation vers l’hypnothérapie, la thérapie narrative, la Thérapie du lien et des mondes relationnels (TLMR), la sexothérapie et thérapie de couple. Formatrice à l’Institut Mimethys.
Solen Montanari, Psychologue, psychothérapeute depuis 2000. Travaille en libéral en région parisienne auprès d’enfants et des familles. Formatrice à la Thérapie du lien et des mondes relationels (TLMR) à l’Institut Mimethys.
Commandez le numéro 78 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves. N°78 : Août / Sept. / Oct. 2025
Regards sur l'Hypnose
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°78…
8 / Éditorial : « La transe hypnotique est avant tout une expérience poétique » Julien Betbèze
10 / En couverture : Florence Cadène Magnétisme animal Sophie Cohen
12 / Internalisation d’un lien sécurisant Théo, 10 ans et « son » anxiété d’endormissement Arnaud Zeman
24 / Le témoin intérieur et la honte Tout le monde est mieux que moi Géraldine Garon et Solen Montanari
36 / Sortir de l’adoration du produit Dissiper les ruminations du veau d’or : les clés du traitement des addictions David Vergriete et Alexandrine Halliez
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
46 / Introduction Gérard Ostermann
50 / Cris et hypnose Répondre aux cris des personnes âgées grâce à l’hypnose Hélène Pousset Abbouchi
58 / Autohypnose pour mon épaule gauche (rupture de la coiffe des rotateurs) et le couple hypnose/fascia Nelly Cadra
73 / DOSSIER REGARDS SUR L’HYPNOSE
74 / Voyage IRM au coeur de l’expérience hypnotique. Exploration de la portée clinique de l’hypnose Jean-Philippe Cottier et Valentin Lefèvre
84 / L’hypnose et le dormeur éveillé Entre songe et pensée Alexandru Cupaciu
88 / Hypnose de spectacle : bénéfices ou dangers pour le sujet Stéphane Radoykov
94 / Une rencontre Être avec... Roxane Yvernay
RUBRIQUES
- QUIPROQUO
102 / Rencontre S. Colombo, Muhuc BONJOUR ET APRÈS...
106 / Marie, ou l’accompagnement d’une patiente lors d’un traitement de cancer Sophie Cohen
- LES CHAMPS DU POSSIBLE
110 / Ce que le corps ne dit pas, mais que l’hypnose écoute : croire pour transformer Adrian Chaboche CULTURE MONDE
114 / L’appel de l’âme Venir au monde dans le village Hmong de Cacao Alice Mancinelli
LIVRES EN BOUCHE
120 / J. Betbèze, S. Cohen
125 / ESPACE FORMATIONS
Illustrations: Florence CADÈNE
L’expérience de l’utilisation du témoin intérieur a pour intention de proposer à une patiente (Laurence) de découvrir comment le travail avec sa thérapeute enrichit cette dernière ainsi que la communauté des thérapeutes, et lui permet ainsi de retrouver l’estime de soi.
Cette communauté comprend ici deux personnes :
- Solen Montanari est en position de thérapeute- superviseur (T1) et de témoin extérieur, elle est attentive aux effets d’enrichissement de cette conversation sur sa propre vie.
- La thérapeute Géraldine Garon (T2) est en position de témoin intérieur, c’est-à-dire qu’elle quitte sa position de thérapeute pour se mettre à la place de la patiente Laurence.
L’utilisation du témoin intérieur est particulièrement bien adaptée aux situations difficiles pour aider le patient à trouver confiance dans le lien thérapeutique, et le thérapeute à se connecter à l’histoire du patient. Cette technique est ainsi pertinente dans la supervision lorsque le thérapeute est confronté à des situations traumatiques complexes, où le patient a perdu confiance dans le lien humain.
La séance décrite s’articule autour de quatre temps :
1. Une séance filmée où Géraldine, thérapeute de Laurence, se met à sa place.
2. Le témoignage filmé des deux thérapeutes à l’issue de la séance.
3. Le visionnage de la séance par la patiente et son thérapeute.
4. Le témoignage de la patiente le lendemain du visionnage. La carte choisie pour cette séance est celle de l’exception. Elle permet de travailler en prenant appui sur les ressources et d’activer la carte du témoin extérieur.
- T1 (Thérapeute) : Solen pose les questions à Géraldine.
- T2 (Thérapeute) : Géraldine qui se met à la place de Laurence.
- P. (Patiente) : Laurence, suivie par Géraldine.
- T1 : Solen propose à Géraldine de se connecter avec sa patiente afin de l’incarner pendant l’expérience. Elle demande à la patiente son prénom et son âge afin d’amorcer la relation : Laurence, 50 ans.
- T1 : Très bien. Donc, Laurence. Je me demande ce qui vous amène à me voir aujourd’hui ?
- T2 : J’ai quand même du... J’ai du mal avec... J’ai du mal à être à l’aise avec les autres. J’ai plusieurs... Je pourrais vous parler de plusieurs problèmes, mais je dirais que là... J’ai l’impression que les autres, franchement, ils sont toujours mieux que moi. Tout le monde est mieux que moi. Vraiment, tout le monde est mieux que moi. Externalisation du problème : prise de position
- T1 : Quand vous dites, juste que je comprenne, vous me dites : j’ai l’impression que tout le monde est mieux que moi ou tout le monde est mieux que moi ?
- T2 : Tout le monde. Tout le monde est mieux que moi.
- T1 : “Tout le monde est mieux que moi”. Quand vous dites que ce qui vous amène aujourd’hui, c’est que “tout le monde est mieux que moi”, c’est que ce “tout le monde est mieux que moi”, ça se vit comment ?
- T2 : C’est insupportable.
- T1 : C’est insupportable, ce “tout le monde est mieux que moi”.
- T2 : Ce qui est insupportable, c’est que... En fait, je ne peux rien faire. Je ne peux rien faire. Je ne peux rien faire, c’est partout. Je ne peux pas m’occuper de mon fils. J’aimerais accompagner Gustave, que ce soit plus facile à la gym. Donc, j’aimerais... Il y a des petits moments où c’est mieux, mais quand même, c’est toujours là, ce truc. OK.
- T1 : D’accord. Donc, il y a : “c’est partout, c’est tout le temps” et puis il y a “mon fils Gustave”. C’est quoi le lien entre : “tout le monde est mieux que moi”, “c’est partout, c’est tout le temps”. Et puis il y a “mon fils Gustave”.
- T2 : C’est pareil. Je fais de mon mieux avec Gustave, mais je ne suis pas... Je vois bien que les autres mamans, elles sont mieux que moi. Moi, j’ai l’impression de ne jamais y arriver avec lui. J’ai l’impression de ne jamais... Voilà… les mamans à l’école… il y a les mamans…
- T1 : ... Font mieux que moi ?
- T2 : Oui. Je pense que oui, vraiment toutes les mamans sont meilleures que moi ou font mieux. Non, elles font mieux que moi, c’est clair. Moi, je m’énerve... Des fois, je lui parle mal, je ne suis pas patiente.
- T1 : Et quand vous nous dites que le problème qui m’amène c’est que “tout le monde fait mieux que moi”, “partout”, “tout l’temps”, “même toutes les autres mamans du monde entier font mieux que moi, alors que j’ai un petit garçon de 9 ans” et que vous aimez beaucoup, si j’ai bien compris. Et vous me dites : “moi, je m’énerve”. Et quoi ? Vous m’avez dit : “Je m’énerve et…”
- T2 : Je lui parle mal, des fois. Je lui parle mal. Je peux être un peu, pas violente, mais agressive.
- T1 : Mais il y a quand même cette agressivité et cet énervement. Et en plus, c’est douloureux avec Gustave.
- T2 : Ça me met très, très mal à l’aise de vous raconter tout ça.
- T1 : Quand vous dites “ça me met très mal à l’aise de raconter ça”, ça vous met mal à l’aise au point que c’est impossible d’en parler et il faut qu’on fasse une pause ? Ou est-ce que ça vous met mal à l’aise, mais on peut peut-être continuer à explorer le problème qui vous amène ?
- T2 : Non. J’ai quand même un peu l’habitude de ce mal à l’aise. J’ai envie que ça s’améliore.
- T1 : Oui, et quand vous me dites : j’ai envie que ça s’améliore, si c’est OK pour vous, j’ai envie de vous témoigner ce qui me vient. J’ai envie de comprendre ce qui se passe entre vous et Gustave et ce qui fait que chez vous, c’est aussi douloureux d’oser venir jusqu’à mon cabinet, exposer quelque chose qui vous est difficile à dire et qui peut même créer un sentiment de honte. Alors du coup, je me dis : pour que vous ayez fait toute cette démarche-là, moi ça me donne envie de mieux comprendre pour peut-être éventuellement vous aider. Vous seriez prête à m’aider à comprendre ?
- T2 : Oui.
- T1 : Je vais vous proposer un truc un peu étrange. On va imaginer là, ensemble pour que ça soit plus confortable, qu’il y a Gustave, devant nous. Il est comment Gustave ? A quoi il ressemble ? (fixation du regard en triangulation sur la “scène imaginaire”).
- T2 : Il est plein de vie, Gustave. Il est extrêmement fin, il est drôle. C’est un petit lutin. Il est... Oui, il est... Il est plein de vie. Il sait quand même ce qu’il veut. Et voilà.
- T1 : Et puis, “je me demande en plus qu’est-ce que je peux lui offrir en plus à ce petit garçon en pleine vie, ce lutin”. Et juste que je voie bien la scène : c’est donc le soir, il y a Gustave, il y a sa maman. Et qu’est-ce qui s’y passe là pour qu’il y ait cette agressivité, cette colère qui puisse sortir ?
- T2 : Des fois, il ne fait pas, il ne fait pas tout à fait comme... Vous voyez, je suis fatiguée, je ne suis pas très patiente, alors en même temps la nourriture est un peu compliquée avec Gustave, même si ça va mieux. Je suis nulle. Je vois bien que je ne fais pas ce que… Je ne sais pas ce que je fais. Il faudrait faire autrement.
- T1 : Quand vous dites : “je rentre le soir”, vous rentrez du travail ?
- T2 : Oui.
- T1 : Donc, après une longue journée de travail, vous rentrez à la maison, il faut faire le repas. Et en plus Gustave, ce n’est pas toujours facile, même si ça va un peu mieux. Et puis il y a ce : et puis “je suis nulle”. Je ne sais pas ce qu’il faut faire. Je devrais faire autrement. Ce “je suis nulle”, c’est en lien avec la colère et l’agressivité ou c’est autre chose ?
- T2 : Je pense que c’est en lien. Et puis il y a aussi des fois où Gustave, il sait aussi un peu pointer. Par exemple, il contrôle combien de verres je bois.
- T1 : Il sait aussi pointer les trucs. Donc, il est observateur. Vous allez me dire que Gustave vous regarde ? Il vous observe ?
- T2 : Oui.
- T1 : Il sait ce que vous faites ? Et en plus il pointe du doigt combien de verres vous buvez. Et le “je suis nulle”, c’est en lien avec le fait que Gustave vous regarde, vous observe, pointe du doigt, ou ça revient avec la colère ?
- T2 : C’est un peu les deux, mais moi je dirais que mon comportement, là, de mal lui parler, ce n’est pas normal. Ça, ce n’est pas... ça, c’est plus… Là, je me sens vraiment nulle. De lui parler comme ça, là c’est nul.
- T1 : “C’est nul” et, “mal lui parler”, je ne vois pas très bien ce que ça veut dire “mal lui parler”. Ça ressemble à quoi ?
- T2 : C’est brutal. On ne parle pas comme ça un enfant de 9 ans, surtout qu’il n’a rien fait du tout. Ce n’est pas respectueux.
- T1 : Cette parole, c’est une parole ou c’est une voix brutale qui s’adresse à Gustave, qui n’est pas OK, qui n’est pas normale ?
- T2 : C’est une parole.
- T1 : OK. Donc, il y a des mots qui sortent qui sont brutaux. Et ça ce n’est pas normal, ces mots qui sortent. Est-ce que vous êtes en train de me dire que d’un côté il y a ces mots brutaux qui sortent de la bouche de Laurence, et de l’autre côté, chez Laurence, il y a cette pensée qui dit : mais c’est nul ? Oui. Ce n’est pas normal de faire ça.
- T2 : Oui.
- T1 : OK. D’accord. Donc d’un côté il y a une partie de Laurence qui dit : ce n’est quand même pas normal. Ce n’est pas comme ça qu’on parle à un enfant, si petit, lutin, rigolo. Beau, mignon, malin. Et d’un autre côté, il y a une partie de Laurence avec mots brutaux qui sortent. Et je suis en train de me demander : je vois, enfin, sur la scène, là je vois les yeux de Gustave, ces yeux qui observent cette maman qui dit d’elle-même que ce n’est pas normal, que ce n’est pas OK de parler comme ça à un petit garçon. Et je me demande bien ce que ces yeux voient. Lorsqu’ils voient cette partie de Laurence qui dit : ce n’est quand même pas normal.
- T2 : Gustave, il vient me frotter le dos comme ça. Et puis il fait une petite blague.
- T1 : Donc, Gustave, là, il vient vous frotter le dos et il vient raconter une petite blague ?
- T2 : Oui. Chercher les intentions
- T1 : Et quand Gustave vient vers cette maman qui sent que ce n’est pas normal d’avoir des mots brutaux et qui se dit : “je suis nulle” et qu’il y a cette main qui vient la frotter dans son dos et qui lui raconte une petite blague, je me demande bien si on a une idée, toutes les deux, de l’intention de cette main qui vient dans le dos ? Qu’est-ce qu’elle fait ? Qu’est-ce qu’elle veut envoyer comme message à cette maman qui dit : “je suis nulle” ?
- T2 : Ce n’est pas le rôle d’un enfant, mais il dit : “ça va, maman ?”. Il me rassure. C’est quand même un peu nul aussi… Ce n’est pas du tout le rôle d’un enfant de faire ça.
- T1 : Donc, il y a cette main dans le dos et cette main envoie le message à cette maman qui dit “je suis nulle”. Ça va, maman. Ça va aller. Je me demande bien pourquoi Gustave aurait envie de lui raconter une petite blague.
- T2 : Parce qu’on a quand même de la complicité tous les deux, en fait, parce que nous, on est presque tout le temps tout seuls.
- T1 : Vous êtes en train de me dire qu’entre Gustave et sa maman, il se peut qu’il y ait un peu de complicité ?
- T2 : Oui, oui, oui, quand même. Oui, il y a des moments de complicité, c’est vrai. Oui.
- T1 : Et ces moments de complicité, par curiosité, si vous êtes d’accord, ça ressemble à quoi entre Gustave et sa maman ?
- T2 : Eh bien, il fait beaucoup de petites blagues. Puis ça peut être autour de notre lapin, on a un petit lapin. Oui. Là, on vient d’aménager la maison, mais il n’a pas fait grand-chose. C’est un enfant. Mais il a quand même un peu participé, puis il me pose des questions. Et puis quand on part en vacances tous les deux, ou des fois on emmène un ou deux amis, mais on aime bien aussi ces petits moments-là.
- T1 : Donc, il y a des moments quand vous êtes tous les deux avec le lapin (la thérapeute remarque que Laurence veut dire quelque chose), il y a un truc qui vient ?
- T2 : Oui, c’est aussi... Par exemple, je peux l’emmener à la gym. Et puis je pense qu’il est content quand je le regarde.
- T1 : A la gym ? Oui. Attendez juste que je comprenne bien : Gustave, quand il observe sa maman et quand elle dit qu’elle est nulle, le regard de Gustave l’amène à ce que sa main vienne frotter son dos, lui raconter une petite blague, lui dire : “ça va, maman ?”. Et que ça, ce serait en lien avec des moments de complicité, par exemple à la gym, c’est ça, au sport ?
- T2 : Oui, il fait de la gym.
- T1 : Et que lui aussi, il est content, quoi ? Enfin, il est content d’avoir le regard de sa maman sur lui ?
- T2 : C’est ce que moi j’en dis, il n’est pas là pour... Il n’est pas là pour le dire. Non, c’est sûr. Je vois bien quand même qu’il est content. Oui.
- T1 : A quoi vous le voyez quand il est à la gym qu’il veut que vous le regardiez ?
- T2 : Il veut m’en parler, de tout ça. Il est content que je vienne le chercher. Oui, c’est important. Je l’encourage quand même. Là, il veut rajouter des entraînements, mais...
- T1 : Donc pour lui la gym, c’est vraiment important ?
- T2 : Oui.
- T1 : Et lui, il vous raconte ce qu’il fait ? Comment ça s’est passé ?
- T2 : Oui. Par exemple... oui, ou l’école, il me raconte aussi l’école. Il ne parle pas tant que ça, mais c’est un petit garçon. Mais il aime bien faire des blagues.
- T1 : Donc, il aime bien vous raconter ce qu’il fait à la gym, en compétition, il aime bien que vous veniez le chercher. Et puis il y a l’école, il vous raconte ce qui se passe à l’école ?...
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Géraldine Garon, Hypnothérapeute, sexothérapeute en libéral à Bourges. Elle a commencé à pratiquer l’hypnose au bloc opératoire en tant qu’infirmière anesthésiste pour choisir ensuite de poursuivre son parcours de formation vers l’hypnothérapie, la thérapie narrative, la Thérapie du lien et des mondes relationnels (TLMR), la sexothérapie et thérapie de couple. Formatrice à l’Institut Mimethys.
Solen Montanari, Psychologue, psychothérapeute depuis 2000. Travaille en libéral en région parisienne auprès d’enfants et des familles. Formatrice à la Thérapie du lien et des mondes relationels (TLMR) à l’Institut Mimethys.
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Regards sur l'Hypnose
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°78…
8 / Éditorial : « La transe hypnotique est avant tout une expérience poétique » Julien Betbèze
10 / En couverture : Florence Cadène Magnétisme animal Sophie Cohen
12 / Internalisation d’un lien sécurisant Théo, 10 ans et « son » anxiété d’endormissement Arnaud Zeman
24 / Le témoin intérieur et la honte Tout le monde est mieux que moi Géraldine Garon et Solen Montanari
36 / Sortir de l’adoration du produit Dissiper les ruminations du veau d’or : les clés du traitement des addictions David Vergriete et Alexandrine Halliez
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46 / Introduction Gérard Ostermann
50 / Cris et hypnose Répondre aux cris des personnes âgées grâce à l’hypnose Hélène Pousset Abbouchi
58 / Autohypnose pour mon épaule gauche (rupture de la coiffe des rotateurs) et le couple hypnose/fascia Nelly Cadra
73 / DOSSIER REGARDS SUR L’HYPNOSE
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84 / L’hypnose et le dormeur éveillé Entre songe et pensée Alexandru Cupaciu
88 / Hypnose de spectacle : bénéfices ou dangers pour le sujet Stéphane Radoykov
94 / Une rencontre Être avec... Roxane Yvernay
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102 / Rencontre S. Colombo, Muhuc BONJOUR ET APRÈS...
106 / Marie, ou l’accompagnement d’une patiente lors d’un traitement de cancer Sophie Cohen
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114 / L’appel de l’âme Venir au monde dans le village Hmong de Cacao Alice Mancinelli
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120 / J. Betbèze, S. Cohen
125 / ESPACE FORMATIONS
Illustrations: Florence CADÈNE



