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Mis à jour : il y a 7 heures 48 min

Le récit alternatif: MIKHAËL ALLOUCHE & ANA WAALDER, illustrateurs de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80.

lundi 30 mars 2026 - 18:34
Je veux dire combien j’ai été touchée par ce récit. Je trouve cette BD inspirante sur les processus de guérison d’un trauma. Celui dont il s’agit ici découle des séquelles de la Shoah à travers les générations. Ensuite, le travail journalistique d’enquête et de recherche est impressionnant. Enfin, la mise en images est extrêmement riche. Et sans doute le plus impressionnant, cette histoire telle qu’elle est racontée finit par concerner tous les lecteurs, chacun pouvant s’identifier au personnage principal.

Dans cet album, il est question d’un certain M. Gouevo, un homme sans visage,en quête de ses origines. Les recherches qu’il entreprend vont lui permettre de « guérir de la Shoah ». M. Gouevo se situe dans une histoire familiale lacunaire. Ne restent que la douleur et des bribes d’histoire racontées par quelques descendants. Il ressent l’urgence de faire émerger les transmissions invisibles.

On trouve dans ce récit un enfant caché, qui raconte certains faits et en occulte beaucoup d’autres malgré lui. Puis des membres de la génération d’après-guerre, que l’on appelle la deuxième génération ; ceux-là sont dans l’incapacité de transmettre quoi que ce soit, par ignorance et refoulement.

Ainsi M. Gouevo, à l’image de ceux de la troisième génération, est prisonnier de la non-transmission du récit familial, la Shoah les ayant occultés, même ceux des origines d’avant-guerre.
Peu à peu il recompose son histoire filiale. Il participe à des groupes de parole, effectue des recherches dans les archives familiales (photos et témoignages) et dans de grands centres d’archives dont Mikhaël Allouche nous rappelle combien ces lieux sont précieux. Nous assistons à la production d’un « récit alternatif ». L’introduction du personnage historique, en la personne de Sinan le pirate, permet de sortir d’une position victimaire pour aller vers une posture active. Explications et éléments de réponses à travers l’interview menée auprès des deux auteurs.

- Sophie Cohen : « Mikhaël, que veux-tu dire avec le dessin ? Quel est ton langage ?
- Mikhaël Allouche : La bande dessinée est l’art de l’invisible. Les cases ne montrent que des morceaux d’un monde potentiellement immense. Quant au rapport texte-images, il y a comme une double narration qui s’entre- mêle, se répond, se télescope ou s’affronte. Le médium BD est une forme parfaite pour ex- primer la difficulté d’une quête introspective. J’ai voulu un dessin sans fioritures, avec une mise en scène percutante et un rythme rapide, afin de permettre une lecture immersive qui bouscule et questionne. Au début de la BD, M. Gouevo avait mon visage. Mais au fil du temps, il nous est apparu essentiel d’effacer ce visage, afin d’exprimer la perte de repères et la quête identitaire. M. Gouevo croit tout savoir mais ne sait rien, comme beaucoup de la troisième génération dans les familles traversées par la Shoah que nous avons rencontrées. Ain- si nous voulions restituer l’universalité de cette recherche à travers le temps, de cette histoire dans l’Histoire.

- S.C. : Que vient nous dire le pirate Sinan : personnage réel et historique ?

- Ana Waalder : Il faut d’abord resituer ce pirate dans son époque. Historiquement il se faisait appeler “Sinan Le Juif”. Ses parents seraient nés en Espagne et auraient subi les persécutions de l’Inquisition. Quand ils dé- barquent à Smyrne, dans l’Empire ottoman, c’est une nouvelle vie, et lorsque Sinan devient pirate, il se range au côté de Barberousse, corsaire ottoman, et participe à l’extension de l’Empire sur la Méditerranée. Ce qui nous a intéressés chez Sinan : il n’a pas renié ses origines, il est ancré dans son identité, en mouvement, malgré les horreurs vécues pendant l’Inquisition. Sinan incarne l’épisode de la reconstruction des juifs après leur expulsion d’Espagne en 1492. C’est un modèle de résurgence après un trauma.

- M.A. : Dans la BD, il hante M. Gouevo pour l’enjoindre de retisser les liens familiaux, d’affronter les faits historiques, et enraciner son arbre dans les mondes perdus d’avant-guerre. Sinan est une figure positive. Il parvient jusqu’à M. Gouevo pour lutter contre la disparition. Celle des fantômes familiaux dont il ne reste ni visages, ni noms, ni mémoire ; ou encore celle de la culture judéo-espagnole passée, effacée.

- A.W. : Par ailleurs, le travail journalistique fait d’interviews menées avec des historiens, des psychologues et des sociologues nous a permis de mieux comprendre le processus par lequel nous passions, d’appréhender les politiques mé- morielles actuelles, et de prendre conscience de l’urgence de ce travail de mémoire. Le titre “Gué- rir de la Shoah” indique la possibilité de se réap- proprier l’histoire, d’affronter les faits et les lieux, et d’appréhender le monde d’aujourd’hui pour libérer les membres de la quatrième génération de la terreur dont ils héritent. Il y a urgence, car le temps rend la connaissance des histoires familiales plus difficile. Guérir, c’est pouvoir raconter un récit cohérent et y faire face. Il s’agit de sortir du brouillard lié à l’émotion traumatique, susci- tée par une absence de récit, un récit lacunaire, et des transmissions invisibles.

- M.A. : Dès le début de cette enquête, la ques- tion a été comment affronter l’histoire au pré- sent quand on a la Shoah en héritage ? Il s’agit d’effectuer un parcours de réparation intergéné- rationnelle. Nous sommes actuellement dans un monde complexe et les maux de la Shoah sont très présents. Les références à cet événement hors norme sont partout aujourd’hui, alors la nécessaire guérison passe certainement par la co-construction d’un récit commun à tous.

- A.W. : La BD questionne le rapport à l’Histoire et à la mémoire, la façon dont le présent est éclairé par le passé. En ce sens, il s’agit bien de l’histoire collective, l’histoire de tous. Nous tentons d’esquisser les nouvelles orientations mémorielles qui se mettent en place, allant vers moins de mémoire, et plus d’histoires.

- S.C. : De mon point de vue, cet ouvrage permet comme de clôturer, d’achever une gestalt restée inaboutie. C’est cet achèvement qui permet de sortir du traumatisme. La BD relate l’ensemble du processus de guérison. Le lecteur qui s’identifie à M. Gouevo peut passer du niveau où toute représentation cohérente est impossible, pour aller vers un niveau où le récit est construit et l’histoire assimilée. Mikhaël, je te propose de parler de quelques images. Que peux-tu dire de la couverture ?

- M.A. : Sur la couverture, on y voit des orties. C’est une référence aux orties qui poussent au pied des pins à Sobibór. Normalement les orties ne poussent pas à cet endroit, mais la présence de restes humains a modifié le pH de la terre. Quatre-vingts ans après, ils n’ont pas totalement disparu. Au centre de la planche, entre deux mains, une case vide qui nous éblouit... comme cette histoire aveuglante que l’on ne veut pas oublier, mais qu’on ne peut jamais regarder en face.

- S.C. : Quelle signification ont les arbres représentés au long de l’ouvrage ?

- M.A. : Il y a le sapin de l’enfance de ma mère, les pins en Pologne, l’arbre généalogique... Quand tous s’entremêlent, il est bien difficile de faire son chemin.

- S.C. : Quel rôle donnes-tu aux couleurs ?

- M.A. : Elles sont très vives, nous voulions éviter les couleurs ternes trop convenues pour ce sujet. Ici elles stimulent le regard, le font réfléchir. Dans réfléchir, on entend le sens premier : penser, et le deuxième sens : celui de refléter. Ces couleurs permettent à la lecture de rebondir.

Les couleurs vives sont aussi celles de l’actualité. Ce n’est pas une BD de genre à classer dans les BD dites historiques. Nous avons voulu raconter comment ce passé ne passe toujours pas. C’est bien une BD du présent. »

Chers lecteurs de la Revue, vous l’aurez compris, il s’agit ici d’un grand coup de cœur que je tiens à partager avec vous.

Mikhaël Allouche est scénariste et dessinateur de bandes dessinées. Il est également le fondateur de l’école de bande dessinée Cesan (Centre d’études spécialisé des arts narratifs).


Ana Waalder est journaliste de presse écrite, spécialisée dans les sujets de société et scénariste BD. Ils sont les auteurs d’une première BD conçue ensemble, sur le diabète, « Escroqueuse. Quand l’hypo frappe », parue en 2021 aux éditions Delcourt.
Les auteurs seront en conférence au Mémorial de la Shoah le 1 février et en dédicace à la Fnac de La Défense le 7 février.
Vous pouvez aussi les rencontrer lors du café littéraire Aki Estamos au Centre Medem le 22 mars.

Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80: Fev. / Mars / Avril. 2026. TRAUMATISMES.

Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°80…

6 / Éditorial : L’importance d’aller dans le sens de la résistance Julien Betbèze.
8 / En couverture : Mikhaël Allouche & Ana Waalder. Le récit alternatif Interview par Sophie Cohen.
12 / Faire face à une situation réputée difficile Donner du temps au temps Jacques-Antoine Malarewicz.
20 / Le vide, l’inspiration, la vacuité. Exemples d’intervention en thérapie systémique et stratégique brève. Nathalie Koralnik.
30 / Deuil en thérapie narrative. « Bonjour Papi Georges » Stéphanie Robert.


ESPACE DOULEUR DOUCEUR
40 / Introduction Gérard Ostermann.
44 / La perte en gériatrie Miroir d’un effondrement psychique. Johanna Rabinovici.

DOSSIER TRAUMATISMES
55 / Levée d’amnésie traumatique.« Ranger sa bibliothèque lorsque les souvenirs reviennent ». Cécile Condaminas.
62 / Endométriose post-traumatique Libérer les sujets du pouvoir du monde traumatique avec la TLMR. Éric Bardot.
74 / Viols et abus sexuels avec usage de stupéfiants Traitement avec la PTR Gérald Brassine.

QUIPROQUO

84 / Difficile. S. Colombo, Muhuc.

BONJOUR ET APRÈS...
88 / Madeleine. Sa vie bouleversée après les soins d’un cancer Sophie Cohen.


CULTURE MONDE
92 / Au Vietnam, dans la chambre des âmes. Sylvie Le Pelletier- Beaufond.

LIVRES EN BOUCHE
96 / J. Betbèze, S. Cohen.

Illustrations du numéro: Mikhael Allouche et Ana Waalder.

L'importance d'aller dans le sens de la résistance. Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80.

lundi 30 mars 2026 - 17:49
Nous commençons l’année 2026 avec un texte de Jacques-Antoine Malarewicz. Pour ceux qui ne le sauraient pas, il est le co-auteur avec Jean Godin du premier livre sur l’hypnose ericksonienne en France, et celui qui a relié celle-ci aux thérapies brèves systémiques. C’est un expert de l’approche stratégique qui nous montre ici comment dénouer les fils entremêlés dans les situations réputées difficiles.

Nathalie Koralnik s’appuie sur sa grande expérience stratégique pour nous faire partager les différents chemins que nous pouvons emprunter pour sortir de la peur du vide psychologique. A travers les histoires de Laure (« je suis mon pire ennemi ») et de Sylvaine (« je ne supporte pas d’être seule et je répète sans cesse les mêmes erreurs de casting »), elle nous fait percevoir l’importance de guider la personne pour qu’elle cesse les com- portements d’évitement et reste en contact avec son expérience dans sa singularité.

Stéphanie Robert nous offre un bel article pour que nous percevions l’importance du « remembering » dans le travail de deuil. Après une conversation avec Charlène, qui souffre de ne pas avoir pu dire au revoir à son grand-père, artiste peintre, elle pourra se reconnecter avec ce qui était vivant chez lui et dans sa relation avec elle. Ainsi elle pourra revisiter les expériences de vie, de créativité, de partage, d’humilité, d’ouverture à l’autre, qui à la fois enrichiront sa vie et celle de sa thérapeute.

Dans l’« Espace Douleur Douceur », lisez l’excellent éditorial de Gérard Ostermann : il nous présente le travail de Johanna Rabinovici qui nous fait sentir la puissance de l’hypnose en gériatrie, non pas comme une baguette magique mais comme un outil de reconstruction existentielle.

Le « Dossier thématique » aborde la question très actuelle des traumatismes avec trois au- teurs. Cécile Condaminas pose la question de la prise en charge de Joséphine, qui pré- sente un retour de souvenirs traumatiques, jusque-là oubliés. Cette femme de 46 ans est « percutée » par le souvenir d’un viol par son ex-partenaire quatre ans auparavant. L’article met en évidence l’utilité d’une forme de psychoéducation : les faux souvenirs existent, l’amnésie traumatique existe, sa levée sou- daine aussi... Mais ces explications, quoique justes, sont insuffisantes pour sortir d’une histoire où le sujet est envahi par les cognitions négatives. C’est en retrouvant tous les petits moments de résistance qu’elle pourra retrouver le lien entre ses actions et ce qui fait sens pour elle. Cela se traduira par un rêve incroyable...

Eric Bardot nous parle de Marie, souffrant de douleurs chroniques résistantes, liées à une endométriose, secondaire à une situation d’abus à l’âge de 18 ans. Ce texte nous montre comment la TLMR (Thérapie du lien et des mondes relationnels) permet à Marie de se libérer de ses douleurs. Une expérience de transe partagée, dans laquelle la pos- ture de non-attente active du thérapeute est essentielle, permettra le passage d’une douleur qui empêche de vivre à une vie qui intègre la douleur sans être totalement déterminée par elle. Un texte majeur à lire et relire pour comprendre le travail avec la douleur chronique liée au monde traumatique.

Gérald Brassine nous fait partager sa grande expérience de la prise en charge des abus sexuels en lien avec l’usage de stupéfiants. Il prolonge sa réflexion déjà décrite dans le n° 35 de notre Revue à travers quatre nouveaux cas cliniques bien documentés : il décrit avec précision le questionnement de la PTR (Psychothérapie du trauma réassociative) en soulignant l’importance d’aller dans le sens de la résistance comme nous l’a enseigné Milton Erickson.

Vous retrouverez aussi nos fidèles et talentueux chroniqueurs.
Très belle année 2026 à chacun de vous !

Dr Julien BETBEZE Rédacteur en chef de la revue « Hypnose & Thérapies brèves ». Pédopsychiatre et psychiatre adultes, Chargé de cours à la Faculté de médecine de Nantes et au sein des Instituts de la CFHTB. Formateur en hypnose, thérapies stratégiques, solutionnistes et narratives à l’ARePTA-IMHENA. Coauteur de nombreux ouvrages et publications.
Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80: Fev. / Mars / Avril. 2026. TRAUMATISMES.

Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°80…

6 / Éditorial : L’importance d’aller dans le sens de la résistance Julien Betbèze.
8 / En couverture : Mikhaël Allouche & Ana Waalder. Le récit alternatif Interview par Sophie Cohen.
12 / Faire face à une situation réputée difficile Donner du temps au temps Jacques-Antoine Malarewicz.
20 / Le vide, l’inspiration, la vacuité. Exemples d’intervention en thérapie systémique et stratégique brève. Nathalie Koralnik.
30 / Deuil en thérapie narrative. « Bonjour Papi Georges » Stéphanie Robert.


ESPACE DOULEUR DOUCEUR
40 / Introduction Gérard Ostermann.
44 / La perte en gériatrie Miroir d’un effondrement psychique. Johanna Rabinovici.

DOSSIER TRAUMATISMES
55 / Levée d’amnésie traumatique.« Ranger sa bibliothèque lorsque les souvenirs reviennent ». Cécile Condaminas.
62 / Endométriose post-traumatique Libérer les sujets du pouvoir du monde traumatique avec la TLMR. Éric Bardot.
74 / Viols et abus sexuels avec usage de stupéfiants Traitement avec la PTR Gérald Brassine.

QUIPROQUO

84 / Difficile. S. Colombo, Muhuc.

BONJOUR ET APRÈS...
88 / Madeleine. Sa vie bouleversée après les soins d’un cancer Sophie Cohen.


CULTURE MONDE
92 / Au Vietnam, dans la chambre des âmes. Sylvie Le Pelletier- Beaufond.

LIVRES EN BOUCHE
96 / J. Betbèze, S. Cohen.

Illustrations du numéro: Mikhael Allouche et Ana Waalder.

Le partage de l'imaginaire pour faire émerger les ressources. Revue Hypnose et Thérapies Brèves 79.

vendredi 27 mars 2026 - 12:33
Editorial du Dr Julien Betbeze.

Alexandru Cupaciu nous rappelle que l’hypnose ramène l’homme à la source de son action, là où l’image ne décrit plus mais transforme. L’hypnotiste est à la fois metteur en scène et témoin, guide et poète.
Anne Malraux nous présente la situation de Bruno, 53 ans, souffrant d’acrophobie et de douleurs thoraciques abdominales. Elle nous invite à sentir comment l’hypnose et l’approche narrative desserrent les nœuds de la rigidité mentale imposée par le Problème, et donnent une nouvelle capacité au sujet à s’appuyer sur les autres et de s’autoriser à se reposer.

Fabrice Lakdja et Gérard Ostermann reprennent de manière particulièrement pertinente la différence entre l’hypnose de spectacle et l’hypnose clinique. Manifestement le sens du mot hypnose diffère dans ces deux contextes. Nous comprenons que, pour préserver la crédibilité de l’hypnose thérapeutique, il est essentiel de disposer d’une information claire, basée sur la rigueur scientifique et l’expérimentation, afin de soutenir une éthique du soin.

À travers plusieurs situations cliniques, Michel Lamarlère nous fait découvrir son travail de thérapeute, centré sur le partage de l’imaginaire pour faire émerger des ressources. En provoquant une activation émotionnelle (modérée) en lien avec le problème, puis en demandant « quel est le premier souvenir qui vient ? », il fait émerger un événement source dont le retraitement va débloquer la situation dans le présent.

Sylvie Le Pelletier-Beaufond nous montre l’importance d’accueillir le patient tel qu’il est, tel qu’il se présente, surtout lorsqu’il est enfermé dans la plainte et bouscule le cadre. Elle insiste sur l’importance de mettre à l’écart toute répétition relationnelle, permise par une posture d’impersonnalité, de confiance et de sérénité.

Dans « l’Espace Douleur-Douceur », vous découvrirez les articles de Corinne Paillette (Encoprésie), Karine Ficini (Anéjaculation) et Thierry Hueber (Chirurgie dentaire) présentés par Gérard Ostermann.

Wilfrid Martineau nous transmet sa grande expérience clinique avec des jeunes femmes présentant des périodes dépressives, se sentant incapables de devenir mères et de s’occuper de leur enfant. Elles ne se sentent pas à la hauteur, se jugeant comme de mauvaises mères, imparfaites donc monstrueuses. A travers le cas de Juliette, nous découvrons comment un questionnement stratégique bien conduit peut déconstruire « défaut et culpabilité », moteurs insidieux de la dépression.

Nous retrouvons avec émotion la subtilité des thérapies menées par Alain Vallée. Il souligne avec pertinence l’importance de percevoir le « laisser tomber » comme un choix et non comme un destin qui s’impose. Il libère ainsi les sujets du pouvoir de la dépression en les reconnectant avec leur liberté et leurs valeurs relationnelles.

Si le renoncement à la liberté est le moteur de la dépression, ne renoncez pas à l’humour de Muhuc et de Stefano Colombo, découvrez comment Sophie Cohen construit un rituel de préparation au sommeil et dissout les cauchemars pour retrouver la sérénité, lisez et ressentez dans votre corps les effets du très bel article d’Adrian Chaboche sur la présence incarnée et ajustée du thérapeute qui permet au sujet de se libérer du pouvoir délétère du traumatisme, et immergez-vous dans les rituels de naissance du Gabon proposés par Sylvie Le Pelletier-Beaufond.


Bonne lecture à tous !




Dr Julien Betbèze Rédacteur en chef de la revue « Hypnose & Thérapies brèves ». Pédopsychiatre et psychiatre adultes, Chargé de cours à la Faculté de médecine de Nantes et au sein des Instituts de la CFHTB. Formateur en hypnose, thérapies stratégiques, solutionnistes et narratives à l’ARePTA-IMHENA. Coauteur de nombreux ouvrages et publications.
Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 79: Nov. / Déc. 2025 / Janv. 2026 DEPRESSION

Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°79…

8 / Éditorial :
Le partage de l’imaginaire pour faire émerger des ressources Julien Betbèze
10 / En couverture : Gabrielle Grimaldi Pics et dentelles d’aquarelle Sophie Cohen
12 / Hypnose et imagination créatrice Une poétique de l’action Alexandru Cupaciu.
16 / Acrophobie Externaliser pour se réassocier et retrouver le souffle Anne Malraux
26 / Hypnose de spectacle et hypnose clinique. Deux visages, deux finalités, une double vigilance éthique Fabrice Lakdja et Gérard Ostermann
32 / Quel est le premier souvenir qui vient ? Dissoudre une problématique figée en s’appuyant sur un souvenir source Michel Lamarlère
44 / Du divan au fauteuil Sortir de la répétition des schémas relationnels antérieurs Sylvie Le Pelletier-Beaufond

ESPACE DOULEUR DOUCEUR
50 / Introduction Gérard Ostermann
54 / Encoprésie et Caca farceur Dessine-moi ton problème Corinne Paillette
62 / L’anéjaculation Quand la panne sex-prime Karine Ficini
73 / Boules de couleur en chirurgie dentaire « Elle courait dans sa tête » Thierry Hueber

84 / DOSSIER DÉPRESSION
86 / Défaut et faute : Les agents doubles de la dépression Wilfrid Martineau
96 / Dépression et renoncement Mouvement de bascule et choix Alain Vallée

QUIPROQUO
104 / Renoncement S. Colombo, Muhuc

BONJOUR ET APRÈS...


108 / Denise, Son sommeil abîmé et ses cauchemars Sophie Cohen

LES CHAMPS DU POSSIBLE

112 / L’écho silencieux : Quand le corps du thérapeute devient miroir du traumatisme Adrian Chaboche

CULTURE MONDE
116 / La naissance à l’envers. Restaurer les potentiels d’auto-guérison Sylvie Le Pelletier- Beaufond

LIVRES EN BOUCHE
120 / J. Betbèze, S. Cohen

124 / ESPACE FORMATIONS

Illustrations: Gabrielle Grimaldi



Défaut et faute: les agents doubles de la dépression. Revue Hypnose et Thérapies Brèves 79.

jeudi 26 mars 2026 - 17:15
Agents doubles. Le qualificatif fleure bon le film d’espionnage. Il désigne ici les deux maux qui corrompent le psychisme et peuvent conduire à la dépression : le défaut et la faute, entretenant sentiments d’infériorité et de culpabilité. Deux acteurs clandestins, mais tellement humains, dont l’auteur nous décrit les mécanismes et les stratégies thérapeutiques pour « retourner la face cachée de ces deux agents doubles ».
Se pourrait-il que notre psychisme soit infiltré par des agents doubles ? Curieuse hypothèse, provocation peut-être. Et pourtant, le défaut et la faute envahissent la société des hommes et parviennent parfois à les obnubiler. Leur stratégie est simple puisqu’elle consiste à aller flirter avec la conscience de chacun. Avoir une conscience est sans doute le privilège de l’homme mais il paie cher ce privilège. Et si la vulnérabilité à la dépression était le prix à payer de cette spécificité de notre psychisme ?

Le défaut et la faute attaquent notre psychisme parfois de concert, parfois en alternance, mais toujours de façon complémentaire. Ils savent installer au cœur de la conscience deux sentiments qui hantent les hommes : le sentiment de culpabilité et le sentiment d’infériorité. Pourquoi est-ce si fréquent ? Peut-être simplement parce que ces sentiments sont le cœur de notre humanité. Pas d’humanité sans sentiment de culpabilité et sans pardon. Pas de progrès humain sans que l’homme ne glisse dans la comparaison, la compétition et la rivalité avec le risque de s’enfoncer dans le sentiment d’infériorité, en cas d’échec, de désaveu ou de comparaison désavantageuse. Le sentiment de supériorité qui se rencontre parfois n’est que le double inversé du précédent et est érigé comme une défense bien fragile vis-à-vis du doute qui hante tout homme. Alors le défaut et la faute sont bien des agents doubles car ils semblent agir dans l’intérêt de celui qui les vit, en les rendant conscients d’un positionnement visà-vis du monde ou des autres, en référence à une loi ou à un modèle, alors qu’ils peuvent aussi, par cette conscience trop autocentrée, pervertir la relation qu’ils sont censés faire vivre.

Agents doubles, car si leur présence est visible, leur stratégie clandestine est complexe et déterminée par des buts en apparence opposés. Le clinicien doit débusquer les stratagèmes du défaut et de la faute pour inviter le patient à ne pas tomber dans le piège tendu. Alors, en quoi leur face est-elle double ? On perçoit assez vite qu’ils sont les alliés de la dépression et d’ailleurs les patients disent assez souvent : « je me sens coupable » ou « je suis coupable » ou encore « je ne suis pas à la hauteur », « je ne vaux rien ». Ainsi donc est affichée d’emblée la face visible de ces agents comme médiateurs de la dépression.

Mais comment le patient tombe-t-il dans le panneau avec des pensées aussi disqualifiantes qui s’installent en lui sans qu’il se révolte, sans qu’il les critique, voire sans qu’il veuille même les exclure de sa conscience ? Pas si simple, car ces deux sentiments d’infériorité et de culpabilité qui se sont immiscés dans la conscience agissent aussi en flattant l’ego de la victime ou révèlent en négatif ce qu’il recèle au plus profond de chacun. Comment ces sentiments font-ils pour s’emparer de la conscience alors qu’ils ont une mauvaise réputation ?

Le sentiment de culpabilité permet en se chargeant d’une faute, parfois fantasmatique, de façon excessive, de paraître comme une victime qui expie pour un crime, le plus souvent non commis, ou un « péché véniel ». Notre société a enfin pris le parti des victimes, mais cela favorise leur nombre et leur pouvoir. Ce propos semble excessif, mais y a-t-il quelqu’un plus au centre de la scène qu’une victime qui se déclare coupable sans l’être le plus souvent ? A l’extrême, le mélancolique, dans un ultime sursaut pour emporter sa conviction comme celle de ses interlocuteurs, se sent responsable de tous les malheurs de la terre, s’accusant de crimes impossibles. Aucun raisonnement de l’entourage, établi avec une logique ordinaire, ne vient modifier cette responsabilité. C’est au point qu’elle porte en creux l’hubris démesuré du maniaque qui peut tout, sans limite, s’autorisant les plus grands excès.

Bien sûr le sentiment de culpabilité semble lourd à porter. Habituellement les hommes cherchaient à s’en débarrasser en obtenant le pardon d’un proche ou d’un clerc qui le faisait au nom de Dieu. Mais on voit bien que chez les personnes dépressives, le sentiment de culpabilité joue un rôle si important dans leur psychisme qu’il peut paraître indélogeable par des moyens relevant d’un raisonnement ordinaire. Il est impossible d’ébranler leur conviction. C’est pourquoi il sera important d’adopter des stratégies thérapeutiques permettant un recadrage de cette culpabilité pour permettre au patient de s’en décoller, de s’en éloigner honorablement, c’est-à-dire sans perdre son identité narrative, celle que construit sa conscience de lui-même et de son rapport aux autres.

Aujourd’hui, il est plus fréquent de rencontrer des personnes en proie à un sentiment d’infériorité, du moins en apparence. Celui-ci est encore plus insidieux car il n’y a aucune échelle de mesure qui détermine la bonne hauteur à laquelle on se tient vis-à-vis des autres. Cette échelle est porteuse d’infini. De plus les normes changent en permanence selon les époques et les groupes sociaux auxquels on appartient. Les comparaisons n’ont pas de limite, c’est là leur puissance car il est impossible de satisfaire parfaitement une norme. Le delta qui nous sépare éternellement du « meilleur », c’est-à-dire d’une perfection fantasmatique, est d’autant plus douloureux qu’il diminue. Paradoxe de l’effort du perfectionniste bien mal récompensé ! Le piège est là, plus je fais des efforts pour me rapprocher d’un idéal non défini, plus la dépression s’installe, car le but, à mesure qu’il se fait plus proche, devient inatteignable comme un horizon qui s’éloigne à mesure qu’on s’en approche. Plus ce delta – cet écart – est petit, plus sa puissance est destructrice, et c’est là tout le malheur du perfectionniste qui cherche à diminuer sans cesse ce delta sans parvenir à l’effacer.

Mais cette échelle comparative exerce un pouvoir d’attraction terrifiant tellement est importante cette idée d’avoir une valeur comparée à celle des autres, essentielle pour exister car notre sentiment d’appartenance est une nécessité vitale. Les comparaisons fleurissent dès l’enfance : poids de naissance, âge des premières dents, âge de la marche, âge de l’appropriation du langage, puis l’école vient établir des notes, des niveaux, des parallèles.

Mais cela n’est rien car bien vite les comparaisons de cour d’école passent un niveau au-dessus grâce aux réseaux sociaux, moyen infini de comparaison pour les adolescents comme les adultes. La peur de perdre l’appartenance au groupe fait le reste. Quelques remarques, quelques signes de désapprobation sur le Web et c’est l’effondrement. Le sentiment d’infériorité use alors de la classique distorsion cognitive du « tout ou rien»:«si je ne suis pas aimé ou apprécié de tous, c’est que je ne suis pas aimé du tout, c’est que je ne vaux rien ». Face à cette crainte du désamour ou du rejet, la tentation est celle du retrait, de l’abandon. Alors comment ce sentiment agit-il avec autant de force ? Il le fait en s’appuyant sur le doute, propre à chacun à certains moments de l’existence, et sur l’orgueil glissé tel un poison au centre de notre ego.

Pas simple de percevoir en creux, quand on entend « je suis nul », le désir impérieux d’être le meilleur. Et si je ne suis pas le meilleur, autant abandonner, autant renoncer. Mais quand le sujet abandonne, se retire du monde qui s’agite autour de lui, il rentre dans le monde de la dépression où les différents démons ont pris le pouvoir. C’est ainsi que faute et défaut, grâce à ces sentiments pernicieux de culpabilité et d’infériorité, œuvrent comme des agents doubles. La culpabilité et l’infériorité viennent apparemment flatter l’humilité, qualité généralement acceptable, alors que c’est d’orgueil et de toute-puissance dont il s’agit. Sans cet orgueil ou cette ambition, peu lisibles en apparence quand on reçoit des personnes dépressives, faute et défaut perdraient beaucoup de leur emprise et la dépression ne pourrait pas faire son nid dans ces consciences troublées ruminant sans cesse leur faute ou leur incompétence.

Les antidotes existent, heureusement, mais si le patient est trop envahi, prisonnier de ces sentiments, il n’y a plus accès. Et c’est le travail du thérapeute de restaurer ces antidotes. Pour le sentiment de culpabilité, c’est le rachat et l’auto-compassion et d’abord l’idée que nul n’est juge de la faute, pas même le patient. Pour le sentiment d’infériorité, c’est le bannissement de l’échelle de comparaison et du miroir qui nous renvoient en permanence notre infortune (tel le miroir magique de la belle-mère de Blanche-Neige qui cherche toujours à être la plus belle et qui noircit son âme dans cette quête insatiable).
Le travail du thérapeute est de les mettre en évidence d’abord, et c’est une tâche assez facile car l’accord est vite trouvé avec le patient sur ce qui le trouble et alimente son vécu dépressif. Les débusquer et démasquer leurs « agissements » à l’intérieur des consciences est beaucoup moins aisé. Plusieurs approches peuvent être complémentaires. La première est celle du questionnement stratégique qui, par sa forme en alternative, scinde les problèmes et isole les mécanismes jusqu’alors confus.

Giorgio Nardone a beaucoup insisté sur la spécificité de ce questionnement qui permet de donner à chaque question deux alternatives en apparence opposées aboutissant à des réponses qui clarifient le problème présenté par le sujet. Bien sûr toutes les trois ou quatre questions, il est important de faire une synthèse des réponses pour aboutir à un accord commun de la définition du problème, ou du moins de son contexte et de son mode de fonctionnement. C’est un peu comme si chaque réponse était un réducteur de complexité ou, mieux, permettait inéluctablement d’être guidé du vase de l’entonnoir où l’on se noie vers son embouchure. Le recadrage du problème suit qui peut ouvrir sur un changement de perspective propre à faire évoluer les comportements du patient.

Juliette qui s’imagine être une mère dangereuse...

En voici un exemple avec Juliette, jeune maman, scrupuleuse, en proie au doute quelques semaines après la naissance de son bébé et qui s’imagine être une mère dangereuse. Des images violentes surgissent quand elle s’occupe de l’enfant : chute de la table à langer, bras qui lâchent l’enfant, poussette oubliée, pour ne citer que les moins effrayantes. Plus elle veut chasser ces images de son esprit, plus elle les fixe jusqu’à ce qu’elles deviennent envahissantes, quasi permanentes à chaque contact avec son enfant, engendrant un très fort sentiment de culpabilité. Jusque-là elle s’occupait bien de son enfant, mais maintenant elle se trouve dissociée de son fonctionnement de soins ordinaires auprès de son enfant, toute occupée à soigner son cerveau envahi et à faire barrage à ce qu’elle prend moins pour des images que pour des idées signant une agressivité à l’égard du bébé qu’elle n’imaginait pas éprouver.

Voilà le dialogue qui a pu s’en suivre pour lui permettre de sortir de cette impasse.
- Thérapeute : « Quand vous avez cette image devant les yeux, vous l’avez recherchée ou elle s’est imposée ?
- Juliette : Elle s’impose à moi mais je me demande si je ne la produis pas volontairement à chaque fois que je m’approche de Paul.
- Th. : Est-ce que cette image correspond à une pensée intentionnelle ou est-ce plutôt un automatisme de la pensée ?
- Juliette : Non, je ne veux pas de mal à mon bébé mais j’ai peur de lui faire mal.
- Th. : Vous avez peur de lui faire mal volontairement ou par mégarde ?
- Juliette : Par mégarde, j’ai peur d’un oubli, d’une étourderie et aussitôt je vois le pire s’afficher dans mon esprit. Je me sens coupable, ça me fait mal et j’ai envie de confier Paul pour ne lui faire aucun mal.
- Th. : Vous sentez-vous coupable de vos actes ou de vos fantaisies imaginatives ?
- Juliette : Je ne sais pas, sans doute plus de mes actes, mais pourquoi ces images me poursuivent ? Et maintenant, je n’arrive plus à m’occuper de mon bébé...
- Th. : Pensez vous que ces images vous poursuivent d’elles-mêmes ou accentuez-vous leur présence en les pourchassant vous-même, en les guettant ?
- Juliette : Il est possible que je cherche trop à les contrôler, j’ai toujours voulu tout maîtriser.
- Th. : Voulez-vous contrôler vos actes ou vos pensées ?
- Juliette : Mes actes sans doute, mais j’aimerais tant ne plus avoir ces pensées.
- Th. : Si je comprends bien, vous êtes envahie par des images qui surviennent alors que vous soignez votre enfant et ces images vous font peur au point que vous voulez les contrôler, c’est bien ça ?
- Juliette : C’est tout à fait ça. Ça me hante toute la journée.
- Th. : Pensez-vous que cela vous hante à cause de votre nature ou parce que vous cherchez absolument à les contrôler ?
- Juliette : C’est vrai que je veux les contrôler car c’est trop horrible. Vous croyez que je lui veux du mal ?
- Th. : Je crois que plus vous voulez contrôler ces images, plus elles s’imposeront à vous et moins elles vous rendront disponible pour votre bébé.
- Juliette : Mais alors, que dois-je faire ?
- Th. : Les accepter. J’imagine qu’il vous vient de temps à autre d’autres images et pensées vis-à-vis de votre bébé qui sont beaucoup plus aimables.
- Juliette : Oui, heureusement mais c’est comme si celles que je ne veux pas s’imposaient devant les autres.
- Th. : Justement parce que vous les refusez.
- Juliette : Vous voulez vraiment dire que je dois les accepter ?
- Th. : Oui, et même les faire venir et penser aux pires conséquences de ces scénarios d’horreur.
- Juliette : Je ne peux pas faire cela.
- Th. : Il s’agit d’une pure fantaisie imaginative. Le problème c’est que vous n’allez pas au bout de ce que vous craignez et vous évitez la suite. Et plus vous l’évitez, plus elle vous hante. Et maintenant vous évitez votre bébé. Est-ce cela que vous voulez ?
- Juliette : Non, bien sûr.
- Th. : Alors vous allez être attentive à leur survenue, et si elles viennent vous surprendre, vous allez leur consacrer du temps en déroulant le scénario d’horreur jusqu’à son terme sans chercher à vous rassurer avec “non ce n’est pas possible” ou “je ne pourrai jamais”. Après un temps suffisant pour aller au bout de cette fantaisie imaginative, car le pire a un début mais aussi une fin, vous vous occuperez de Paul comme vous savez si bien le faire. »

Mais ce sentiment de culpabilité se double d’un sentiment d’infériorité maintenant que Juliette se croit dangereuse dans les soins qu’elle porte à son enfant. En effet, observant ses amies ou l’éducation qu’elle avait reçue de sa propre mère, Juliette avait toujours pensé, avant d’avoir elle-même un bébé, qu’elle s’efforcerait d’être une meilleure mère. Elle relevait les erreurs éducatives, les manques d’affection de sa mère, et pensait ses amies un peu insuffisantes vis-à-vis de leur enfant. A la naissance de Paul, Juliette était persuadée qu’elle ferait mieux, du moins elle allait s’y efforcer. Mais la fatigue éprouvée après l’accouchement, les premiers pleurs du bébé engendrant les premiers doutes sur sa façon de faire ont ébranlé sa conviction, même si ses intentions étaient toujours aussi généreuses. C’est alors que les premières images horribles étaient apparues. Loin d’être la bonne mère rêvée, elle devenait, à ses propres yeux, un monstre. Elle entrait ainsi dans cette distorsion cognitive si souvent rencontrée dans la dépression : « tout ou rien ». Elle pouvait dire :

- Juliette : « J’aurais tant voulu faire mieux.
- Th. : Faire mieux que ?
- Juliette : Que les autres mamans... mieux que ma mère aussi. Et aujourd’hui je m’aperçois qu’elle est parfaite avec Paul et j’ai honte de moi, de ce que je suis devenue.
- Th. : Un thérapeute anglais a dit cette phrase restée célèbre : “une mère doit être suffisamment bonne”. Croyez-vous qu’il pensait que toutes les mères étaient parfaites ?
- Juliette : Non, sans doute.
- Th. : Les mères sont censées faire de leur mieux avec ce qu’elles sont, avec leur fatigue parfois ou leur lassitude, avec leurs questions aussi. Pensez-vous que les autres mères n’ont
pas de questions, ou pensez vous qu’elles ont toutes les réponses et sont toutes à un niveau inatteignable ?
- Juliette : Elles ont des questions sans doute.
- Th. : Oui, c’est normal. Celles qui s’en sortent font de leur mieux. C’est la définition de la perfection. Je vous invite à l’humilité de cette perfection-là : faire de son mieux, et pour cela vous allez bannir les échelles de comparaison qui vous distraient de l’intérêt que vous portez à Paul. L’important est-il d’être une mère d’exception aux yeux des autres, ou plutôt d’être une mère ajustée aux besoins de votre enfant ?... »

Bien sûr, ce ne sont que des tranches d’échanges qui laissent entrevoir la nature du dialogue susceptible de sortir la personne de son obsession égocentrique de la culpabilité ou de l’infériorité. Les différents messages portés doivent être répétés sous plusieurs formes avant de chasser les sentiments de culpabilité et d’infériorité. Car il faudra réduire l’ambition d’être la meilleure et on ne peut le faire que si le patient est clairement persuadé que cela l’a amené à nourrir sa dépression, sans qu’il le veuille. Une autre approche complémentaire à celle-ci pourrait être l’externalisation du sentiment de culpabilité ou de celui d’infériorité, à l’aide d’un dialogue de type narratif. Il est souvent nécessaire d’associer plusieurs approches tellement cette peur horrible est envahissante et conduit à l’évitement le pire que l’on puisse imaginer : l’évitement de l’enfant qu’on a désiré et que l’on voudrait tant chérir. Cela pourrait faire l’objet d’un second article pour permettre à une saine humilité de se faire jour, moins esclavagiste que ne le sont la faute et le défaut et tout aussi respectable.

Quand la culpabilité n’est pas féconde, c’està-dire qu’elle ne permet ni le changement ni l’ouverture à l’autre, elle facilite simplement le retrait et la déresponsabilisation, sous couvert d’une condamnation fantasmatique. Quand l’humilité apparente est excessive, elle construit un sentiment d’infériorité qui autorise le renoncement et l’abandon. Il s’agit de retourner la face cachée de ces deux agents doubles !

Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves...


Dr Wilfrid Martineau Chef du pôle Psychiatrie et Santé mentale du CHU de Nantes. Formation à l’hypnose, EMDR, TOS, thérapie narrative et thérapie stratégique. Expérience de l’urgence et des situations de crise et du psychotraumatisme. Exercice actuel en psychiatrie de secteur (CMP et unités d’hospitalisation). Formateur au sein de l’ARePTA-Institut Milton Erickson de Nantes. Coordonnateur du DU Hypnose et Communication thérapeutique de la Faculté de médecine de Nantes.
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Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°79…

8 / Éditorial :
Le partage de l’imaginaire pour faire émerger des ressources Julien Betbèze
10 / En couverture : Gabrielle Grimaldi Pics et dentelles d’aquarelle Sophie Cohen
12 / Hypnose et imagination créatrice Une poétique de l’action Alexandru Cupaciu.
16 / Acrophobie Externaliser pour se réassocier et retrouver le souffle Anne Malraux
26 / Hypnose de spectacle et hypnose clinique. Deux visages, deux finalités, une double vigilance éthique Fabrice Lakdja et Gérard Ostermann
32 / Quel est le premier souvenir qui vient ? Dissoudre une problématique figée en s’appuyant sur un souvenir source Michel Lamarlère
44 / Du divan au fauteuil Sortir de la répétition des schémas relationnels antérieurs Sylvie Le Pelletier-Beaufond

ESPACE DOULEUR DOUCEUR
50 / Introduction Gérard Ostermann
54 / Encoprésie et Caca farceur Dessine-moi ton problème Corinne Paillette
62 / L’anéjaculation Quand la panne sex-prime Karine Ficini
73 / Boules de couleur en chirurgie dentaire « Elle courait dans sa tête » Thierry Hueber

84 / DOSSIER DÉPRESSION
86 / Défaut et faute : Les agents doubles de la dépression Wilfrid Martineau
96 / Dépression et renoncement Mouvement de bascule et choix Alain Vallée

QUIPROQUO
104 / Renoncement S. Colombo, Muhuc

BONJOUR ET APRÈS...


108 / Denise, Son sommeil abîmé et ses cauchemars Sophie Cohen

LES CHAMPS DU POSSIBLE

112 / L’écho silencieux : Quand le corps du thérapeute devient miroir du traumatisme Adrian Chaboche

CULTURE MONDE
116 / La naissance à l’envers. Restaurer les potentiels d’auto-guérison Sylvie Le Pelletier- Beaufond

LIVRES EN BOUCHE
120 / J. Betbèze, S. Cohen

124 / ESPACE FORMATIONS

Illustrations: Gabrielle Grimaldi



Dépression et renoncement. Revue Hypnose et Thérapies Brèves 79.

jeudi 26 mars 2026 - 17:00
Dossier DEPRESSION. Pour illustrer le thème de la dépression, au sommaire de ce numéro, nous avons choisi un article du regretté Alain Vallée écrit en 2023, année de sa disparition. Article produit en son temps par un grand spécialiste du sujet, qui montre le lien entre les conversations d’engagement et le travail de Giorgio Nardone sur la dépression. Pour Giorgio Nardone, le sujet dépressif « laisse tomber » (« give up »), ce qui l’amène à s’enfermer dans un rôle de victime prenant en otage son entourage. Lors de la prise en charge, il s’agit de recadrer le renoncement comme un processus actif, afin que le sujet parvienne à affronter les difficultés et pièges dans lesquels il est pris.

VIGNETTE CLINIQUE N° 1
Une jeune femme, institutrice, est venue me rencontrer. Depuis longtemps sa vie est diffi
cile, elle ne sait pas si elle a fait les bons choix mais elle est incapable de voir clairement une autre vie possible. Depuis quelque temps, elle est en arrêt de travail et ne peut absolument pas imaginer qu’elle puisse reprendre. Selon elle, les traitements qui lui ont été prescrits sont inefficaces.
J’ai essayé de retrouver le moment de bascule qui l’a fait passer de la rubrique « vie difficile » à la rubrique « burn-out ». Elle se souvient clairement qu’il y a environ un mois, alors qu’elle était en chemin vers son travail, elle a tout à coup tourné le volant pour se diriger vers le service d’urgence. Là, elle a rencontré le psychiatre de garde qui lui a dit qu’elle était dépressive, même si elle préfère le terme burn-out, et qui lui a prescrit son traitement actuel. Mon nom lui a été donné par la sagefemme qui assure son suivi gynécologique. Nous avons donc deux versions :

Version 1 : « C’est inconsciemment que je suis arrivée au service d’urgence, de la même manière que, depuis longtemps maintenant, je me surprends à faire malgré moi tout un tas de choses du genre faire des crises d’angoisse, ruminer, avoir des idées noires, avoir des difficultés de concentration et d’anticipation, etc. »
Version 2 : « J’ai considéré que c’était trop dur d’aller au travail, alors plutôt que de me rendre encore une fois à contrecœur à l’école, j’ai choisi de me rendre au service d’urgence dans le but de faire entendre ma souffrance que je ne peux exprimer à personne, pas même à mon compagnon. »
Je préfère de beaucoup la deuxième version, celle de l’activité.

Comment ai-je ensuite mené l’entretien ?
- Thérapeute : « Si une de vos amies vous racontait que, alors qu’elle va mal depuis pas mal de temps, elle a décidé, au lieu de se rendre au travail, de prendre la direction des urgences pour exprimer son malaise afin de se sentir comprise, que penseriez-vous d’elle et de sa démarche ?
- Patiente : Je penserais qu’elle a bien fait !
- Th. : OK, elle a certainement bien fait. Et que penseriez-vous d’elle à propos de ses capacités ? P. : Elle est suffisamment forte pour prendre une décision.
- Th. : Dois-je comprendre quelque chose du genre : malgré tout, elle reste capable de prendre les bonnes décisions et de les mettre en œuvre ?
- P. : C’est exactement cela : mettre en œuvre les bonnes décisions, c’est justement ce que je ne sais pas faire.
- Th. (en la montrant du doigt) : Et quand je vous fais remarquer que c’est vous, cette femme qui est capable de prendre les bonnes décisions et de les mettre en œuvre, ça vous fait quoi, à l’intérieur ?
- P. : C’est un soulagement incroyable !
- Th. : Est-ce que vous pouvez me montrer où est cette sensation de soulagement ?
- P. : C’est là (elle pose sa main en zone médio-thoracique).
- Th. : Dites-moi, cette jeune femme, est-ce que quelqu’un lui a posé un pistolet sur la tempe pour qu’elle se rende aux urgences, ou bien est-ce qu’elle est y est allée librement ?
- P. : Elle y est allée librement !
- Th. : OK. Dites-moi, juste avant de partir ce matin-là, est-ce que vous auriez pu prédire que vous alliez tout à coup devenir ce genre de personne capable de prendre librement les bonnes décisions et de les mettre en œuvre ?
- P.:Non.
- Th. : Est-ce que je dois comprendre que vous pensiez plutôt que vous allez vivre encore une fois l’enfer pendant une journée, ce genre de journée qui est en train de savonner la planche sur laquelle vous vous sentez glisser depuis quelque temps ?
- P. : C’est exactement ça : glisser et ne pas pouvoir s’en empêcher.
- Th. : Donc, ce jour-là, même si ce n’était pas prévu, vous avez marché à contre-courant.
- P. : Oui, c’est vrai.
- Th. : Si je reprends ce que nous avons dit et échangé. Depuis pas mal de temps, vous vous sentez en difficulté. Vous rêvez de changer de métier, mais ceci vous apparaît impossible pour tout un tas de raisons parmi lesquelles votre enfant, l’opinion de votre compagnon. Vous vous sentez même incomprise, pas plus capable d’un échange avec votre compagnon que de trouver une aide au sein de l’Éducation nationale, ou bien même, m’avez-vous dit, auprès d’une amie proche. Petit à petit, vous vous êtes sentie de plus en plus désespérée et triste sans savoir ce que vous deviez faire. Et pourtant, tout à coup, ce matin-là, de manière impromptue, vous avez décidé de tourner le volant pour prendre la direction du service d’urgence et aller ainsi vers de nouvelles possibilités relationnelles. Lorsque nous avons parlé de ce moment-là, il est apparu que vous étiez ce genre de personne qui était, malgré tout ce que vous pensiez à propos de vous-même, capable de prendre une bonne décision et de la mettre en œuvre. De mon point de vue, je trouve que c’est un moment important, une sorte de changement d’orientation. J’avoue que je suis très intéressé par ce genre de moments que j’appelle des moments de bascule. Alors, ce que j’aimerais, ça serait peut-être que vous tentiez d’être attentive à la survenue de ce genre de moments, à l’occasion desquels vous prenez une bonne décision ou bien peut-être plus simplement ceux à l’occasion desquels, au lieu d’obéir une fois de plus à “il faut que”, vous décidez de prendre l’initiative aussi ténue qu’elle soit, quelque chose du genre : “je vais faire ça”, ou bien, plus souvent, “j’ai fait ça”, parce que c’est souvent après-coup qu’on s’en rend compte.
- P. : OK, je suis d’accord.
- Th. : Dites-moi, sur quoi allez-vous noter, inscrire la trace de ces petits moments, sur un carnet, sur votre téléphone ?
- P. : J’ai l’habitude de tout noter sur mon carnet : la liste de courses, les idées pour la classe, toutes sortes de choses.
- Th. : Vous l’avez sur vous, maintenant ?
- P.:Oui.
- Th. : N’oubliez pas qu’il faudra peut-être qu’il vous suive chez vous pour que vous puissiez noter.
- P. : Pas de souci, ma voiture couche dehors.
- Th. : Juste une dernière question : à zéro, vous êtes certaine de ne jamais pouvoir le faire, à 100, vous êtes certaine de pouvoir noter à ce moment-là au moins une fois temps en temps : à combien êtes-vous ?... »


VIGNETTE CLINIQUE N° 2
Depuis quelque temps, cet homme se plaint de tout, des autres, du monde entier et aussi de lui-même. J’ai beau rechercher des exceptions qui surviennent malgré tout dans sa vie, elles ne réussissent pas à prendre racine malgré mes efforts. Après le soulagement passager qui suit l’évocation de la découverte d’un de ces moments particuliers, le soufflé retombe ; le sentiment d’être la victime passive et souffrante des autres, du monde et de ses erreurs, continue de dominer.


À ce point-là, la perception globale est plutôt celle d’un échec de la thérapie. Des solutions sont possibles. Je peux choisir de me laisser aller à ces idées générales, par exemple que c’est un patient difficile, qu’il lui faudrait des médicaments (qu’il a déjà, par ailleurs), que je ne suis pas si doué que cela (ce qui est parfaitement vrai), etc. Je peux me laisser aller à la passivité de la réaction ; je peux aussi me ressaisir et me dire : « hé ! si au moins tu faisais ce que tu sais déjà faire ! » Ma propre « reprise en main » m’amène à une remémoration.

Cela me rappelle une consultation avec Giorgio Nardone qui, comme c’est devenu la coutume, reçoit un patient pour la consultation publique de la demi-journée. C’est un cas difficile. Il s’agit d’un patient hospitalisé depuis de nombreuses années pour un syndrome dépressif que d’aucuns qualifieraient de mélancolique. Les tentatives de suicide sont multiples ; les échecs des bonnes volontés de ceux qui se sont occupés de lui sont encore plus nombreux. Gentiment, avec sa manière particulière d’être tellement proche physiquement des patients (ou bien d’en donner l’impression à celui qui l’observe travailler), il l’amène à évoquer les différents échecs de ceux qui se sont occupés de lui. Il finit, en se montrant en quelque sorte complice de ce comportement, par conforter ce sens de la résistance, ce qui suscite progressivement chez le patient un léger sourire. Je pense à cet étrange sourire bien souvent présent sur la statuaire de la mélancolie. Il finira par lui montrer combien le fait de s’enfermer lui-même dans sa tour d’ivoire est un échec : « le prix à payer ! ». Néanmoins, en le flattant dans son esprit de résistance, il lui a montré...



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Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°79…

8 / Éditorial :
Le partage de l’imaginaire pour faire émerger des ressources Julien Betbèze
10 / En couverture : Gabrielle Grimaldi Pics et dentelles d’aquarelle Sophie Cohen
12 / Hypnose et imagination créatrice Une poétique de l’action Alexandru Cupaciu.
16 / Acrophobie Externaliser pour se réassocier et retrouver le souffle Anne Malraux
26 / Hypnose de spectacle et hypnose clinique. Deux visages, deux finalités, une double vigilance éthique Fabrice Lakdja et Gérard Ostermann
32 / Quel est le premier souvenir qui vient ? Dissoudre une problématique figée en s’appuyant sur un souvenir source Michel Lamarlère
44 / Du divan au fauteuil Sortir de la répétition des schémas relationnels antérieurs Sylvie Le Pelletier-Beaufond

ESPACE DOULEUR DOUCEUR
50 / Introduction Gérard Ostermann
54 / Encoprésie et Caca farceur Dessine-moi ton problème Corinne Paillette
62 / L’anéjaculation Quand la panne sex-prime Karine Ficini
73 / Boules de couleur en chirurgie dentaire « Elle courait dans sa tête » Thierry Hueber

84 / DOSSIER DÉPRESSION
86 / Défaut et faute : Les agents doubles de la dépression Wilfrid Martineau
96 / Dépression et renoncement Mouvement de bascule et choix Alain Vallée

QUIPROQUO
104 / Renoncement S. Colombo, Muhuc

BONJOUR ET APRÈS...


108 / Denise, Son sommeil abîmé et ses cauchemars Sophie Cohen

LES CHAMPS DU POSSIBLE

112 / L’écho silencieux : Quand le corps du thérapeute devient miroir du traumatisme Adrian Chaboche

CULTURE MONDE
116 / La naissance à l’envers. Restaurer les potentiels d’auto-guérison Sylvie Le Pelletier- Beaufond

LIVRES EN BOUCHE
120 / J. Betbèze, S. Cohen

124 / ESPACE FORMATIONS

Illustrations: Gabrielle Grimaldi



Internalisation d'un lien sécurisant. Revue Hypnose et Thérapies Brèves 78.

mardi 3 mars 2026 - 19:42
Théo, 10 ans et "son" anxiété d'endormissement par Arnaud ZEMAN. A travers le cas du petit Théo se révèle l’importance de l’internalisation des liens pour apaiser les angoisses. Où il est question de « vibrations empêchantes », de respirations qui s’accordent, d’absorption, de la main de la maman ressentie même en son absence. Théo, 10 ans, éprouve des difficultés le soir à l’endormissement. Afin de trouver des sensations d’apaisement dans l’ensemble du corps et se sentir disponible à ce qu’il vit, il est nécessaire que le sujet se mette en lien avec des expériences de calme et de fluidité. Autrement dit, il s’agit qu’il se remette en lien avec des expériences où il s’est senti en sécurité, des moments où il s’est senti soutenu et protégé. Ces expériences s’articulent avec des moments de sécurité relationnelle avec des tiers qui se sont montrés disponibles et présents. En fait, il y a trois temps dans l’acquisition d’un sentiment de sécurité interne, afin de se sentir calme et apaisé et développer des actions qui s’appuient sur ce sentiment, que sont le partage affectif, l’internalisation des liens sécures et l’exploration sur une base sécure. Le premier temps correspond aux expériences concrètes de partage affectif.

En effet, dès le plus jeune âge, le sujet vit des moments dans lesquels un tiers se montre présent et disponible à ses besoins de réassurance. Le plus souvent, il s’agit d’un parent, qui vient bercer l’enfant lorsque celui-ci est en détresse (pleurs, cris) avec pour intention de retrouver une stabilité affective réciproque. Le second temps est celui de l’internalisation des expériences de sécurité relationnelle. La répétition des vécus de partage affectif de l’enfant avec son parent va s’engrammer comme une « réalité tangible » : pour l’enfant, un tiers est effectivement présent, disponible et rassurant. Ce passage au tangible, à l’effectif ou à l’incontestable est essentiel au développement de l’enfant puisqu’il permet l’internalisation des liens sécures.

Ces expériences vont alors se constituer comme ressources pour l’enfant puisqu’elles vont rendre possible la régulation des vécus internes de l’enfant, dans un mouvement de balancier qui va de la détresse à l’apaisement, vers un certain équilibre. En s’appuyant sur ces expériences tangibles et sur ces liens sécures internalisés, le sujet entre dans le troisième temps : il peut libérer sa curiosité, plutôt que de se concentrer sur son vécu interne (les moments de détresse). En effet, un nouveau mouvement s’opère qui va de l’intérieur vers l’extérieur. L’enfant n’est plus seulement occupé à rechercher l’équilibre intérieur entre la détresse et l’apaisement, il peut vivre des moments d’équilibre dans ses éprouvés afin de tourner son attention vers le monde extérieur et déployer sa curiosité : il peut explorer le monde. C’est le temps de l’exploration sur une base sécure. Ces trois temps ne sont pas des étapes chronologiques, elles constituent davantage une succession logique.

Tout au long de sa vie le sujet va continuer de circuler entre ces différents temps. De fait, il va continuer de vivre d’autres expériences relationnelles vivantes au cours de la vie, en occupant différentes places dans la relation, en mobilisant ses ressources. En outre, ces trois temps ne sont pas des processus conscients, ils s’effectuent sans que les protagonistes le sachent, sur un registre inconscient, ou pour le dire avec les mots de Pierre Janet, au niveau subconscient. La psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent repose principalement sur la difficulté d’internalisation des liens sécures et donc sur les possibilités de développer l’autonomie (que certains désignent par « troubles de l’attachement » ou « troubles dissociatifs primaires »). L’approche thérapeutique consiste alors à effectuer un travail de remise en lien avec des expériences de sécurité relationnelles. Cette remise en lien ne s’effectue pas au niveau des idées, des représentations ou du langage mais au niveau affectif et perceptif, en rapport avec des éprouvés internes. Pour parvenir à cette remise en lien, il est judicieux d’emprunter à Alain Vallée la notion d’absorption. L’absorption est la capacité de chacun à entrer dans une expérience corporelle qui mobilise davantage les sensations que les représentations. Alain Vallée utilise cette absorption dans une visée d’acceptation. Concernant les liens sécures, il s’agit de transférer sa proposition du processus d’absorption- acceptation à un travail orienté sur l’absorption-internalisation.

SITUATION DE THÉO

Théo est un garçon particulièrement discret qui s’exprime peu de manière spontanée. Il a 10 ans et sa soeur en a 7. La maman travaille dans un centre de gestion et le papa est responsable dans un laboratoire. Il apprécie le basket qu’il pratique en club et les activités manuelles, il n’est pas particulièrement attiré par les jeux vidéo ou la télévision, ce qui est rare pour les garçons de son âge. Théo a des difficultés d’endormissement qui durent depuis longtemps. Sa maman l’a accompagné et nous avons convenu de travailler sur cette difficulté.
- Thérapeute : « Quand tu dis je suis stressé, tu ressens ça comment dans ton corps ?
- Théo : C’est comme des vibrations.
- Th. : OK, c’est comme des “vibrations”. Et ces vibrations, tu les vis comment ?
- Théo : Pas bien.
- Th. : Ces vibrations, quels effets produisent-elles dans ta vie ?
- Théo : Elles m’empêchent de m’endormir.
- Th. : Est-ce que “vibrations empêchantes” ce serait une bonne manière de nommer ce problème qui t’arrive dans la vie ?
- Théo : Oui. »
Ce passage par une « nomination » est issu du travail de Michael White en thérapie narrative. Cette manière de nommer permet de mettre à distance le problème et de dialoguer avec ce dernier en cherchant à identifier comment ce problème agit et influence la vie du patient. Il s’agit de positionner le problème nommé comme sujet de la question que le thérapeute pose. Cette manière de parler à la troisième personne est familière pour les enfants, puisque dans leurs jeux ils peuvent faire parler des peluches ou des petites voitures, ils rendent animées et vivantes des choses inanimées.
- Th. : « Et sont-elles toujours présentes ces “vibrations empêchantes” ?
- Théo : Non, pas toujours.
- Th. : Quand sont-elles le moins présentes ?
- Théo : A l’école.
- Th. : Que se passe-t-il à l’école pour qu’elles soient moins présentes ?
- Théo : A l’école, il y a mes copains.
- Th. : Donc, si je comprends bien, quand tu dis “à l’école, il y a mes copains”, est-ce que je dois comprendre que les copains ça éloigne les “vibrations empêchantes” ?
- Théo : Oui, ça les éloigne.
- Th. : OK. Et quand sont-elles les plus présentes ?
- Théo : A la maison, le soir.
- Th. : Tu peux m’en dire davantage ?
- Théo : Elles viennent quand je me dis que je pense à me préparer à aller me coucher. » Théo montre de manière simple et claire que lorsqu’il sent la présence d’un tiers, lorsque ce tiers est physiquement présent près de lui, les « vibrations empêchantes » (les éprouvés désagréables) sont absentes. Pour Théo, la présence concrète de quelqu’un génère un sentiment de sécurité et de protection qui apaise le corps. Lorsque Théo est seul dans sa chambre dans le noir, il ne perçoit plus du tout cette présence, il ne se sent plus protégé et les « vibrations empêchantes » reviennent. Tel que Théo décrit sa situation, sa difficulté se situe dans le passage de la présence du tiers à l’internalisation de lien. Dans La prochaine fois que tu mordras la poussière de Panayotis Pascot, un passage indique ceci : « Tant qu’ils ronflaient, ils étaient pas morts. D’ailleurs j’en voulais à ma mère de pas ronfler assez fort. Si je ne l’entendais pas, j’entrais dans leur chambre, tout doucement pour pas que ça grince, et j’écoutais. Si je l’entendais toujours pas je répétais “Maman, Maman, Maman, Mam...”, jusqu’à ce qu’elle se réveille, calmement, comme toujours. Puis je pleurais un coup, elle me disait quelques mots et je pouvais remonter. » Ce passage est en correspondance avec le vécu de Théo : si les parents ronflent, ils sont vivants, et s’ils ne ronflent plus c’est peut-être qu’ils sont morts, donc que je suis seul au monde. L’entretien se poursuit et entre en résonance avec l’extrait du livre précédemment cité.
- Th. : « Et c’est à quel moment, ça ?
- Théo : Quand je pars dans ma chambre. Je me stresse de m’endormir vite. Quand je me dis qu’il n’y a plus personne de réveillé dans la maison et que, si je n’arrive pas à m’endormir, je ne sais plus comment faire.
- Th. : Comment faire quoi ?
- Théo : Pour m’endormir...
- Th. : Quelle est la différence quand quelqu’un est réveillé ?
- Théo : Quand je sais qu’il y a quelqu’un de réveillé, je peux aller voir la personne au cas où. » Théo confirme par ces précisions que c’est effectivement la présence d’un tiers éveillé et présent qui rend le sentiment de sécurité possible. On notera également que les formulations de Théo sont complexes et singulièrement portées vers les pensées ou les raisonnements, ce qui entretient les difficultés d’endormissement. Il semblerait que Théo cherche des solutions au niveau cognitif (tentatives de solutions inefficaces). Théo explique que le plus souvent, c’est maman qui vient quand il appelle ou lorsqu’il se lève.
- Th. : « Qu’y a-t-il d’utile dans ce que fait Maman ?
- Théo : Elle va me dire des choses pour m’aider à m’endormir.
- Th. : Quelles choses ?
- Théo : Je ne sais pas, elle me parle de basket pour m’aider à m’endormir, pour que je me change les idées.
- Th. : Et là, que se passe-t-il ?

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Arnaud Zeman Psychologue clinicien en libéral. Formateur en Thérapies brèves systémiques à l’ARePTA-IMHENantes et à la Faculté de Psychologie de Nantes. Psychologue en DITEP : Dispositif Institut thérapeutique, éducatif et pédagogique. Superviseur.


Revue Hypnose et Thérapies Brèves 78 N°78 : Août / Sept. / Oct. 2025

Regards sur l'Hypnose

Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°78…

8 / Éditorial : « La transe hypnotique est avant tout une expérience poétique » Julien Betbèze
10 / En couverture : Florence Cadène Magnétisme animal Sophie Cohen 

12 / Internalisation d’un lien sécurisant Théo, 10 ans et « son » anxiété d’endormissement Arnaud Zeman
24 / Le témoin intérieur et la honte Tout le monde est mieux que moi Géraldine Garon et Solen Montanari
36 / Sortir de l’adoration du produit Dissiper les ruminations du veau d’or : les clés du traitement des addictions David Vergriete et Alexandrine Halliez

ESPACE DOULEUR DOUCEUR 


46 / Introduction Gérard Ostermann
50 / Cris et hypnose Répondre aux cris des personnes âgées grâce à l’hypnose Hélène Pousset Abbouchi
58 / Autohypnose pour mon épaule gauche (rupture de la coiffe des rotateurs) et le couple hypnose/fascia Nelly Cadra

73 / DOSSIER REGARDS SUR L’HYPNOSE 

74 / Voyage IRM au coeur de l’expérience hypnotique. Exploration de la portée clinique de l’hypnose Jean-Philippe Cottier et Valentin Lefèvre
84 / L’hypnose et le dormeur éveillé Entre songe et pensée Alexandru Cupaciu
88 / Hypnose de spectacle : bénéfices ou dangers pour le sujet Stéphane Radoykov
94 / Une rencontre Être avec... Roxane Yvernay

RUBRIQUES
- QUIPROQUO 

102 / Rencontre S. Colombo, Muhuc BONJOUR ET APRÈS...
106 / Marie, ou l’accompagnement d’une patiente lors d’un traitement de cancer Sophie Cohen

- LES CHAMPS DU POSSIBLE 

110 / Ce que le corps ne dit pas, mais que l’hypnose écoute : croire pour transformer Adrian Chaboche CULTURE MONDE
114 / L’appel de l’âme Venir au monde dans le village Hmong de Cacao Alice Mancinelli

LIVRES EN BOUCHE
120 / J. Betbèze, S. Cohen
125 / ESPACE FORMATIONS

Illustrations: Florence CADÈNE


La transe hypnotique est avant tout une expérience poétique. Revue Hypnose et Thérapies Brèves 78.

lundi 2 mars 2026 - 23:02
Par Dr Julien BETBEZE L’hypnose a mille visages, elle est signe de créativité et de déplacement des représentations. Retrouver des liens vivants par l’internalisation de liens affectifs sécurisants est au centre de cette pratique. Avec la situation de Théo, âgé de 10 ans, souffrant d’une anxiété d’endormissement, Arnaud Zeman nous montre comment, avec le toucher de la maman et un questionnement externalisant, l’enfant va pouvoir se réassocier, s’autonomiser et ouvrir son avenir.

Cette dimension du temps est absente lorsque les sujets sont pris dans la répétition d’autosuggestions négatives et qu’ils perdent confiance dans le lien thérapeutique. Géraldine Garon et Solen Montanari nous présentent l’intérêt du travail avec le témoin intérieur pour que la patiente, Laurence, puisse traverser sa honte et retrouver un lien structurant avec son petit garçon. L’utilisation du dialogue narratif, sous forme de conversation hypnotique, rend possible une nouvelle perception de la relation humaine comme lieu de valorisation du sujet. Cette valorisation est également absente dans les troubles addictifs, et remplacée par l’adoration d’un produit ou d’un comportement qui maintient le sujet dans une fascination délétère. David Vergriete et Alexandrine Halliez proposent la métaphore du veau d’or pour susciter la réflexion afin de briser l’idolâtrie envers l’objet addictogène devant lequel le patient est contraint de s’incliner. Cette métaphore nous paraît essentielle pour penser et agir la dés-addiction.


Gérard Ostermann nous présente le beau texte d’Hélène Pousset Abbouchi : elle nous raconte les cris de Marie-France, seul langage la rattachant à sa dignité. « Ce texte est un hommage vibrant aux soignants des EHPAD qui, chaque jour, inventent une humanité nouvelle dans les interstices du protocole ». Il nous présente également le témoignage de Nelly Cadra, retraçant son expérience d’autohypnose lors d’une intervention chirurgicale de l’épaule. Elle évoque l’importance du lien entre émotions, hypnose et fasciathérapie, permettant la réappropriation du corps autrement que dans la souffrance. Dans le dossier thématique, nous commençons par un voyage IRM « piloté » par Jean-Philippe Cottier et Valentin Lefèvre, à la recherche de la compréhension des mécanismes de l’hypnose. Dans cette étude très documentée, ils décrivent les interactions fonctionnelles entre le mode par défaut, le réseau de la saillance et le réseau du contrôle exécutif. L’IRM nous révèle la profondeur théorique et la portée clinique de l’hypnose.


Nous cheminons ensuite avec Alexandru Cupaciu sur les terres de l’hypnose et de la poésie. À partir des réflexions de Gaston Bachelard, sur le lien entre action et imaginaire, il nous fait saisir en quoi la transe hypnotique est avant tout une expérience poétique. Puis nous partons au spectacle avec Stéphane Radoykov qui souligne les risques de l’hypnose lorsqu’elle mélange spectacle et fascination pour la performance. Il montre l’écart avec l’hypnose thérapeutique, caractérisée par l’accueil de la vulnérabilité et la coopération.

Cette modalité relationnelle, si chère à Erickson, est une alchimie mystérieuse, qui relie les êtres et leur permet de se laisser traverser par la vie : pour Roxane Yvernay « être avec » est au centre de notre éthique soignante et de notre pratique.


Cette dimension de la rencontre est illustrée avec humour par Muhuc et Stefano Colombo. Sophie Cohen nous présente Marie, 33 ans, traitée pour un cancer et qui, grâce à l’activation d’un imaginaire de guérison, pourra traverser cette épreuve et retrouver une plus grande paix intérieure. Adrian Chaboche nous aide à comprendre que l’hypnose n’est pas une technique que l’on applique, c’est une relation que l’on tisse, et ce tissage redonne au sujet l’autorisation de ressentir, comprendre, imaginer sa vie autrement. Poursuivez ce voyage en Guyane dans le village Hmong de Cacao avec Alice Mancinelli qui met en lumière le rôle de la transe et du rituel d’accueil pour que la « venue au monde » passe par un venir à la vie.
Dr Julien BETBEZE Rédacteur en chef de la revue « Hypnose & Thérapies brèves ». Pédopsychiatre et psychiatre adultes, Chargé de cours à la Faculté de médecine de Nantes et au sein des Instituts de la CFHTB. Formateur en hypnose, thérapies stratégiques, solutionnistes et narratives à l’ARePTA-IMHENA. Coauteur de nombreux ouvrages et publications.

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Regards sur l'Hypnose

Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°78…

8 / Éditorial : « La transe hypnotique est avant tout une expérience poétique » Julien Betbèze
10 / En couverture : Florence Cadène Magnétisme animal Sophie Cohen 

12 / Internalisation d’un lien sécurisant Théo, 10 ans et « son » anxiété d’endormissement Arnaud Zeman
24 / Le témoin intérieur et la honte Tout le monde est mieux que moi Géraldine Garon et Solen Montanari
36 / Sortir de l’adoration du produit Dissiper les ruminations du veau d’or : les clés du traitement des addictions David Vergriete et Alexandrine Halliez

ESPACE DOULEUR DOUCEUR 


46 / Introduction Gérard Ostermann
50 / Cris et hypnose Répondre aux cris des personnes âgées grâce à l’hypnose Hélène Pousset Abbouchi
58 / Autohypnose pour mon épaule gauche (rupture de la coiffe des rotateurs) et le couple hypnose/fascia Nelly Cadra

73 / DOSSIER REGARDS SUR L’HYPNOSE 

74 / Voyage IRM au coeur de l’expérience hypnotique. Exploration de la portée clinique de l’hypnose Jean-Philippe Cottier et Valentin Lefèvre
84 / L’hypnose et le dormeur éveillé Entre songe et pensée Alexandru Cupaciu
88 / Hypnose de spectacle : bénéfices ou dangers pour le sujet Stéphane Radoykov
94 / Une rencontre Être avec... Roxane Yvernay

RUBRIQUES
- QUIPROQUO 

102 / Rencontre S. Colombo, Muhuc BONJOUR ET APRÈS...
106 / Marie, ou l’accompagnement d’une patiente lors d’un traitement de cancer Sophie Cohen

- LES CHAMPS DU POSSIBLE 

110 / Ce que le corps ne dit pas, mais que l’hypnose écoute : croire pour transformer Adrian Chaboche CULTURE MONDE
114 / L’appel de l’âme Venir au monde dans le village Hmong de Cacao Alice Mancinelli

LIVRES EN BOUCHE
120 / J. Betbèze, S. Cohen
125 / ESPACE FORMATIONS

Illustrations: Florence CADÈNE