Livres Nouvelle Hypnose

Nouvelle Hypnose Jean BECCHIONouvelle Hypnose, Initiation et Pratique. Dr Jean BECCHIO, Dr Charles JOUSSELIN


 La Nouvelle Hypnose. Vocabulaire, principes et méthode. Dr Jean GODIN



Hypnose Therapie Breve

Syndiquer le contenu
Hypnose Thérapeutique, Médicale, Ericksonienne, Thérapies Brèves Orientées Solution, EMDR, IMO sur Paris, Marseille. L'avis de professionnels de santé
Mis à jour : il y a 5 heures 50 min

Comment l'hypnose m'a aidée? Témoignage auto-hypnotique.

dimanche 5 août 2018 - 13:13
En mode existentiel Par Sophie COHEN, Psychologue en libéral, responsable pédagogique de Hypnotim à Marseille. Elle utilise l’hypnose depuis de nombreuses années en cabinet. Lors d’un voyage lointain, notre collaboratrice, psychologue et hypnothérapeute, est renversée par une automobile. Elle nous raconte ce qu’elle a expérimenté, dans les deux sens de ce mot : ce qu’elle a vécu en tant que moment exceptionnel de vie, et ce qu’elle a mis en pratique de son savoir professionnel. Et tente d’extraire ce qui pourra être utile à ses patients.

Chers lecteurs, pourquoi ce texte ? Mon histoire récente est un peu celle de l’arroseur arrosé ! Il n’est, en effet, pas coutumier d’avoir un grave accident de la circulation à 7000 kilomètres de chez soi. J’étais piéton.

Quelques éléments du contexte. Avec 5 fractures à la jambe gauche (col du fémur, fémur, petit trochanter, tête du péroné et malléole interne), je serai rapatriée au septième jour en France. Une perte de conscience d’environ 5 minutes. Je passerai trois nuits dans la ville du lieu de l’accident, je patienterai encore trois nuits dans un hôpital dit de « standard international » d’une grande ville avant d’être rapatriée en France. Le lendemain de mon arrivée à Paris, je suis opérée des fractures fémur et col du fémur ; durée de l’intervention : 5 heures. Pour les fractures péroné et malléole, il sera proposé une immobilisation. Le petit trochanter devant se remettre seul. Depuis mon arrivée en France, quelques deux mois après mon accident, j’ai pris moins de 10 antalgiques : 5 paracétamol d’un gramme. J’ai fait beaucoup rire les soignants du centre de réadaptation dans lequel j’ai été hospitalisée un peu plus de quatre semaines. Cinq fois par jour, ils me proposaient des antalgiques, leur phrase était : « Alors, toujours pas de D. ? » (D. : nom de l’antalgique proposé)

COMMENT L’HYPNOSE M’A AIDÉE ? EST-CE DE L’HYPNOSE ? COMMENT UTILISER CES EXPÉRIENCES POUR NOS PATIENTS ?

Pendant les heures qui ont suivi l’accident, je me suis accrochée à des personnes autour de moi. D’abord, à une personne médecin qui était présente lors de l’accident, très efficace pour diriger les examens et les premiers soins à effectuer. Puis, successivement, à ma compagne de chambre d’hôtel pendant la première nuit d’hôpital, et à celle que je nomme mon « ange », dont j’avais fait la connaissance la veille de l’accident, et qui s’est occupée de moi, les jours de mon hospitalisation dans cette première ville, comme d’un être très cher. Le fait de savoir ces personnes autour de moi, je sais que je peux lâcher, faire confiance, me laisser aller à l’instant présent sans chercher à forcer quoi que ce soit de ma présence. Pas besoin d’ouvrir les yeux, pas besoin d’enregistrer, juste me laisser être. C’est dans cette posture d’être que je prends l’énergie nécessaire. Ces personnes sont précieuses, car elles me permettent de fermer les yeux et de ne m’occuper de rien. Je me permets de m’occuper de moi, de la vie en moi qui a été bousculée par ce qui est arrivé, de concentrer toutes mes forces pour être.

Avec nos patients : les accompagner à repérer avec qui et à quels moments ils peuvent lâcher, se reposer, concentrer leurs forces pour être. A savoir concentrer leur attention sur les manifestations de la vie, là maintenant, au travers de leur respiration et aussi de toutes les sensations de leur corps : bruits, sensations…

Des premières heures qui suivent l’accident, seuls des flashs et des images restent. Je sens que quelque chose de grave s’est produit, sans avoir de souvenirs de ce qui est arrivé. Je vois les visages autour de moi, et sur ces visages, je lis l’inquiétude. D’après les tons de voix, j’entends l’anxiété. Alors, je m’efforce de rassurer, je suis là, je parle et je suis vivante. Je sens et je sais intérieurement que c’est l’essentiel.

Lorsque je suis seule, je ferme les yeux, je me concentre sur l’être. J’ai cette sensation de certitude étrange que cela me permet de reconstruire mes forces. Je me restaure dans l’espace du « rien ». Le calme est ma force. Les autres autour me le disent : « Tu es époustouflante par tant de calme, tant de force ». Je ne fais rien d’autre que de me concentrer sur l’instant présent, sur les secondes dans lesquelles je sens que je suis vivante. Je ne suis aucunement dans les pensées ou l’interprétation. Si j’avais été dans le mental, cela aurait pu être : « Mon dieu, quelle catastrophe, c’est terrible. Je ne vais pas m’en remettre. Comment ça va se passer ? C’est grave ... » Toutes ces phrases, pensées, avec lesquelles on s’inquiète et l’on gaspille notre précieuse énergie de vie.

Avec nos patients, on pourrait juste utiliser cette expérience en leur demandant de sentir le flot de vie dans les micros secondes, dans chaque partie de leur corps. De sentir simplement que l’on est vivant avec les sensations qui sont là. Sans mettre d’autre chose, sans introduire interprétation ou jugement. Juste sentir la vie qui s’écoule, la respiration qui se fait, la chaleur à tel ou tel endroit du corps, le froid, les tiraillements, les fourmillements… Juste être présent à ce qui est, à ce qui se déroule là. Écouter les bruits, les voix, être présent à ce que l’on voit. Se mettre dans le mode existentiel. Pas dans le monde des pensées qui nous amène à juger, évaluer, comparer, attendre, être déçu. Toutes ces choses avec lesquelles nous pouvons nous rendre malheureux.

Des trois premiers jours, je me souviens de l’attente : « Demain, vous allez être évacuée sur Paris », me répète Untel ou Untel de la compagnie d’assurance par téléphone. Je finirai par comprendre que demain, signifie plus tard. Il suffit de posséder le code ! Les échanges avec la compagnie d’assurance me demandent une haute qualité de présence. Dans les autres moments de ma vie, « Être, ne rien dire de trop de sorte de juste vivre » pourrait être ma devise. « Être en mode économique, ne pas gaspiller cette précieuse énergie qui est celle de la vie, sentir cette précieuse énergie qui coule dans nos veines, sentir cette précieuse énergie à travers la respiration qui vient aérer, réchauffer, refroidir, faire tout ce qu’il y a à faire dans toutes les parties de notre corps. Ne pas gaspiller cette merveilleuse énergie de la vie à spéculer, à échafauder des plans sur lesquels nous nous accrochons avec rigidité. Il s’agit de ne pas se fixer des choses que rigidement nous voudrions qu’elles adviennent, car nous ne sommes plus alors dans la vie mais dans l’attente de ce que nous voudrions que la vie soit ! » C’est très souvent avec ce genre de pensées que nous nous rendons malheureux et que nous gaspillons notre être.

Ma jambe gauche est immobile. Être allongée est fatigant. Cependant, dans le contexte, c’est la seule position possible. Alors, c’est ainsi. Je reste calme dans cette position qui est la seule qui soit possible. Je me mets en mode existentiel. Je ne cherche pas une autre position, puisque c’est la seule possible. C’est celle-ci avec laquelle je suis simplement. C’est aussi prévenir, prévenir en France, qui est urgent. Avec nos magnifiques téléphones où tout est enregistré, et alors que je n’ai pas emmené avec moi cet engin, seuls quelques numéros restent entiers dans ma mémoire. Ces numéros ne répondent pas. Je finirais par joindre une personne de ma famille que je ne veux pas inquiéter. Je prendrais une voix de composition de sorte d’être rassurante, demandant simplement à ce que mon mari me rappelle sur tel numéro ! Il me semble que cette première nuit, je ne dors pas, je me repose. Comme avec mes patients en hypnose, je me répète que l’important n’est pas de dormir mais de se reposer. Finirais-je par m’endormir ? Je sais qu’avec tous les bruits environnants, je suis là. J’entends, donc je suis là. Tout ce qui se passe me rappelle que je suis là, vivante.

Y compris les bruits qui pourraient être interprétés dérangeants, ces stimuli sonores me rassurent simplement, ils me disent : « Tu es vivante ! ». Je reste donc de plus en plus calme, les choses qui auraient pu en d’autres temps m’agacer renforcent mon calme. Cette tranquillité dont j’ai vitalement besoin. Le reste a peu d’importance, ou plus exactement n’existe pas. L’interprétation ou le temps sont des données extérieures à moi. Je suis concentrée, là, présente, dans chaque instant. Les choses sont ce qu’elle sont, je ne cherche pas à changer quoi que ce soit. Je ne cherche pas non plus à changer les êtres qui m’entourent. Ils sont ce qu’ils sont et je prends tout ce qu’ils peuvent m’apporter. Et il y a beaucoup en chacun. C’est un autre travail que nous pouvons effectuer avec nos patients. Nous voudrions, en temps ordinaire, tellement que les gens soient ce que nous voudrions qu’ils soient. Ces attentes nous rendent déçus, amers, aigris.


Commandez ce numéro Hors-Série n°7 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves: DOULEURS Version papier épuisée de ce numéro, la version PDF est fournie à la place

Ce hors-série traite des multiples visages de la douleur et explore les ressources créatives des patients et des thérapeutes.
Edito :“Mille douleurs“ Thierry Servillat
“Aide à l’accouchement“. Une hypnose extemporanée. Yves Halfon.
“Urgences en souffrances“. Les sphères de l’antalgie. Franck Garden-Brèche
“L’hypnose du dentiste“. D’abord pour le soignant ! Kenton Kaiser
“Après la torture“. Une hypnose hors du commun. Emmanuel Héau.
“Chirurgie carcinologique du sein“. Bénéfices hypnotiques. Fabienne Roelants et Christine Watremez
“En mode existentiel“. Témoignage auto-hypnotique. Sophie Cohen
“Douleur chronique“. Une ignorance qui structure. Antoine Bioy
Hypno-photomontage. Pierre-Henri Garnier
Coïncidences : “Les madeleines ou le secret du monde“ Jean-Pierre Meyzer
Humeur : “Avant de partir pour Terra Hypnosia“ Imelda Schwartz Haehnel
Pour acheter ce numéro de la Revue Hypnose & Thérapies Brèves à l’unité, ou vous abonner, cliquez ici
Laurence ADJADJ
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Thérapies Brèves, Psychologue.
Formatrice en Hypnose Ericksonienne, EMDR, Thérapies Brèves Orientées Solution à l’Institut Hypnotim de Marseille, dont elle est Présidente Fondatrice.
Exerce dans le Cabinet d'Hypnose, Thérapies Brèves et EMDR de Marseille 13006
Conférencière au sein des congrès de la CFHTB, Confédération Francophone d'Hypnose et Thérapies Brèves.
Rédactrice web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves… En savoir plus sur cette rédactrice

Milton H. Erickson, mon père. Roxanna raconte.

dimanche 5 août 2018 - 00:11
Par Roxanna ERICKSON KLEIN Diplômée en soins infirmiers et en counseling et exerce à Dallas (Texas). Intègre dans son travail et dans son enseignement, ainsi que dans son travail d’écriture, l’expérience de l’hypnose qu’elle a eue tout le long de sa vie. Elle apporte également son aide au Conseil des Directeurs de la Fondation Erickson. Traduction : Armelle TOUYAROT Roxanna Erickson-Klein, la plus jeune fille d’Erickson, nous fait vivre de l’intérieur l’ambiance familiale et la proximité de son père.

Plus de trente ans sont passés depuis la mort de Milton H. Erickson, mais l’intérêt pour son travail ne cesse de s’étendre. Ses articles publiés entre les années 1920 et 1970 ont été plusieurs fois réédités.

Les collaborations avec des collègues, les demandes de traductions, de compilations et d’articles débutèrent dans les années 1950 pour s’étendre jusqu’à nos jours. A chaque nouvelle publication, des vagues d’intérêt agitent l’ensemble de la communauté professionnelle et de nouveaux cercles d’intérêt se développent. Au centre de la houle, il y a Erickson, décédé en 1980, mais dont le travail suscite toujours l’impression paradoxale d’un nouveau commencement.

Les manuels reconnaissent rarement les approches éricksoniennes comme une école majeure de thérapie : Erickson y est plutôt reconnu pour sa contribution à d’autres approches influencées par son travail ou construites sur son travail. Il est associé à ceux qui ont étudié son travail – Haley, Rossi, Zeig, Gilligan, Dilts, Yapko, Madanes, De Shazer, et d’autres encore. Des spécialistes ont tenté d’expliquer ses stratégies et ont même essayé de contrefaire son travail ; néanmoins, la plupart de ses adeptes y ont gagné une compréhension propre à faciliter leur développement personnel et leur style individuel. En dépit d’un demi-siècle d’efforts pour apporter quelque clarté sur la façon de pratiquer effectivement une psychothérapie éricksonienne, bien des questions restent sans réponse.

Que le travail d’Erickson soit encore exploré comme s’il s’agissait d’une idée nouvelle, suggère son caractère d’universalité. Ce qui semblait original et d’actualité dans les années 1950 semble toujours original et d’actualité aujourd’hui. Non seulement le travail d’Erickson reste à la pointe de la connaissance thérapeutique, mais il répond aussi aux exigences de pertinence interculturelle. Les points de vue psychologiques sont déterminés culturellement et socialement ; le travail d’Erickson suscite toujours une réelle attention sur le plan international. L’étude de son travail révèle une convergence qui englobe des pays, des cultures, des climats sociaux et des langues différents.

Cette vaste diversité d’intérêt est peutêtre en rapport avec ce qui n’est pas dit. Quand quelque chose ou quelqu’un génère un sentiment d’appartenance parmi des individus très différents, c’est probablement qu’une certaine imprécision invite l’apprenant à remplir les blancs avec sa propre histoire. Se pourrait-il que les écrits professionnels d’Erickson soient si ouverts que même des lecteurs avertis soient amenés à connecter les blancs de l’histoire avec leurs propres perceptions ?

Cet article donne un aperçu du travail d’Erickson à partir d’un autre point de vue, un point de vue personnel. Je vais considérer l’intégrité de l’homme et sa façon de pratiquer. Les valeurs qui le guidaient tous les jours dans son rôle de père, d’époux et de membre de la communauté se reflètent dans son travail et sa manière d’aborder les préoccupations des patients. A cet égard, il a vécu sa vie en accord avec lui-même.

Septième des huit enfants de Milton et Elisabeth Erickson, inspirée par la passion de mon père, je suis devenue une professionnelle du soin, avec plus de trente-cinq ans d’engagement dans le domaine. C’est avec mon propre bagage éducatif et mes expériences personnelles que j’aborde la philosophie qui sous-tend la perspective éricksonienne. Deux éléments saillants de sa philosophie, le bon sens et l’utilisation des ressources inconscientes, fournissent le cadre de la discussion. Mon objectif n’est pas de répondre aux multiples questions qui subsistent sur le travail d’Erickson, mais plutôt d’éclairer une silhouette et permettre à chacun de relier plus facilement les innombrables points qui constituent le profil de ce père remarquable.

LA SAGESSE

 Souvent citée pour décrire Erickson, la sagesse est la capacité à réagir de manière congruente avec des principes, de la raison et du jugement. Le comportement humain se révèle d’une multitude de façons dans les réponses à l’information, émotions, réactions – tout aussi concrètes que les mots qui sont prononcés. Le fait de prêter une vive attention à la manière dont réagit un individu apporte une large information sur la personne observée. C’est la combinaison de la fascination d’Erickson pour une observation précise avec son attachement à encourager la progression vers un équilibre sain dans la vie qui a développé son bon sens, sa sagesse.

Quand Erickson discutait avec des personnes, il étudiait attentivement leurs réactions. Aussi petit ou discret que soit le geste, l’expression faciale ou un changement de posture, il l’observait parfaitement. Pour Erickson, les réponses non verbales étaient tout aussi importantes que le choix des mots. Des principes universels – tels que la protection de son corps, les soins apportés aux enfants, les engagements familiaux, le respect des droits d’autrui, les responsabilités envers la communauté et d’autres impératifs sociaux – sont nés de la civilisation humaine.

Ces principes ont fourni un cadre de logique et de congruence aux opinions d’Erickson. Avec un fort attachement pour ce qui constitue un comportement éthique et sain, il a appris à évaluer les limitations et les capacités d’un individu, puis à répondre d’une manière qui favorise les progrès vers la santé mentale. Les divers centres d’intérêt propres à mon père ont servi d’exemple aux membres de la famille. En outre, il nous encourageait à puiser dans nos propres sources d’intérêt. Parce que ma jeune sœur Kristi et moi-même étions intéressées par les soins de santé, il nous enseigna à profiter d’être dans une foule pour noter des troubles caractéristiques de la démarche et évaluer discrètement les différences associées à diverses étiologies. Une ataxie syphilitique, un syndrome pyramidal associé à un spina bifida, une faiblesse unilatérale d’un accident vasculo- cérébral et la perte musculaire irrégulière associée à la poliomyélite, ils se distinguent tous par une démarche différente. Papa nous a appris que nous pourrions mieux servir nos patients si nous savons noter ces distinctions. Quand il nous était donné l’occasion d’observer un trouble de la démarche, nous prenions plaisir à échanger nos observations pour conforter nos impressions.

Un jour Kristi, maintenant médecin, a correctement diagnostiqué une grave neuropathie génétique alors qu’elle marchait par hasard derrière une femme dans un aéroport. Kristi a remarqué qu’elle traînait très légèrement un pied, et en discutant avec cette femme, elle lui a conseillé de se faire dépister une maladie de Charcot- Marie-Tooth ; un contact ultérieur initié par cette femme confirma la présence de la maladie. La femme lui exprimait sa reconnaissance pour avoir pu la diriger vers le traitement de cette maladie passée inaperçue depuis des années. Cultiver nos talents personnels d’observation dans des contextes sociaux n’était qu’un élément de notre coaching. Papa nous encourageait aussi à être attentifs à des indices dans des environnements plus familiers. L’anecdote suivante montre la complexité qui survient quand les parents essayent d’aider les enfants à utiliser le temps efficacement ; dans ce cas, les efforts ont eu l’effet inverse.

Quand une camarade de classe m’a demandé de l’aide pour apprendre à faire du crochet, je me suis acharnée sans succès à lui apprendre quelques points de base. Papa nous vit assises sur le canapé et plus tard, il me demanda : « Combien as-tu passé de temps à lui apprendre quelque chose qu’elle ne voulait pas apprendre ? » Fâchée que mon père en eût conclu que mon amie n’était pas intéressée, j’ai cherché à utiliser ma patience et ma ténacité pour lui prouver le contraire. Après bien des heures, j’ai fini par en conclure que mon amie ne cherchait pas à apprendre à faire du crochet, mais appréciait plutôt le temps et l’attention que je lui accordais. Cette leçon fastidieuse m’a appris à reconnaître que les actes parlent plus fort que les mots. Quand mon père m’eût soufflé cette idée, j’ai pu voir que le langage corporel de mon amie n’était pas focalisé sur la leçon mais plutôt sur la conversation et l’attention. Mon père a vu en un coup d’œil ce qu’il m’a fallu des heures à conclure. Puis il s’est mis en retrait pour me donner l’occasion d’apprendre la leçon à ma façon. On ne peut pas ignorer la différence entre une conscience adulte et la compréhension subjective d’un enfant, même si le bon sens est présent.

Bien que je n’eus jamais reconnu mon erreur auprès de mon père, je suis sûre qu’il a remarqué l’abandon du projet crochet. Par la suite, il s’est gardé de me faire d’autres observations sur mes amis sans y être sollicité. Erickson croyait qu’il y a tout autant à déduire d’individus rencontrés par hasard – un vendeur, un voisin, ou un travailleur manuel – que d’un savant émérite ou d’un homme d’affaires prospère. Bien que les gens différents aient des opportunités uniques, ils possèdent tous une mine de connaissances glanées au fil de leurs expériences personnelles.

L’information acquise auprès de nos semblables est tout aussi pertinente quel que soit leur bagage. A l’école primaire, j’ai été déçue de ne pas avoir un enseignement exclusivement en espagnol ; papa m’a guidée vers la meilleure source – des gens dont c’est la langue maternelle et des occasions quotidiennes de pratiquer. Suivant ses conseils, j’ai changé mes horaires de repas pour passer du temps avec des enfants qui parlaient espagnol et j’ai commencé à rendre visite à des voisins très âgés qui ne parlaient pas anglais. Le conseil de papa a déplacé ma déception sur le chemin de l’autonomie. Non seulement son accompagnement m’a guidée dans une bonne direction, mais il a aussi commencé à me former aux règles sociales, ce qui continue à me servir. La notion d’apprendre selon deux manières nous a été minutieusement expliquée à mes frères et sœurs et à moi-même. Nos parents nous ont tous deux montré comment se comporter pour faire en sorte d’obtenir de nos voisins des descriptions sur leur profession et leurs passe-temps.


Commandez ce numéro Hors-Série n°6 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves: Milton ERICKSON Version papier épuisée de ce numéro, la version PDF est fournie à la place

Il s’ouvre avec un double éditorial où Patrick Bellet évoque l’apport du Sage de Phœnix comme celle d’ « Un nouveau Copernic »,
puis Thierry Servillat s’imagine écrire une curieuse lettre à Milton, le maître de « L’art de la joie ».
Roxanna Erickson-Klein livre un texte inédit : « Mon père »,
puis Dominique Megglé, biographe attitré, relit à la lumière de notre époque la vie de « Milton Hyland Erickson., le conquérant immobile ».
Jeffrey Zeig, président de la Fondation Erickson, avec un détaillé « Abécédaire des postures éricksoniennes », nous fait percevoir l’essence de cette approche thérapeutique si peu théorisable.
Patrick Bellet traite ensuite, en nous étonnant, « De la nature végétale de l’hypnose ».
L’ « Erickson’s Touch. Quintessence hypnotique » est détaillée par Richard Van Dyck,
avant que Michel Kerouac envisage Milton H. Erickson comme « Un artiste sauveteur. Comme un visionnaire inouï ».
A l’instar d’Erickson qui s’est affranchi de carcans théoriques, il convient avec Maurice Corcos de considérer avec un bel esprit critique ce nouvel ordre mondial psychiatrique qu’est le DSM !

Pour acheter ce numéro de la Revue Hypnose & Thérapies Brèves à l’unité, ou vous abonner, cliquez ici
Marion CHERVY
Rédactrice en Chef Web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves.
Chargée de Communication au sein des Instituts de Formation, CHTIP Collège d'Hypnose et Thérapies Intégratives de Paris et Hypnotim de Marseille.


Milton H. Erickson : un artiste sauveteur.

samedi 4 août 2018 - 13:13
Milton H. Erickson, comme un visionnaire inou ï Par Michel KEROUAC, Fondateur et directeur de l’Institut Milton H. Erickson du Québec. Accrédité à la pratique de la psychothérapie, de la thérapie conjugale et familiale et de la psychoéducation. Comme bien d’autres des principaux introducteurs de l’hypnose éricksonienne en France, Michel Kerouac a connu un itinéraire très personnel où les épreuves n’ont pas manqué. Il était logique qu’un texte du « sage de Sherbrooke » clôture ce numéro spécial consacré au « sage de Phoenix ».

Milton H. Erickson (1901-1980) fut avant tout unique dans sa capacité de percevoir l’univers. On peut le définir comme un artiste sauveteur. Il fut un artiste puisqu’il a su développer sa créativité, son style unique, transformer des situations complexes et confuses en situations simples et claires. Il fut sauveteur puisqu’il a utilisé ses forces et ses ressources tout en plaçant les limites qui encadrent et qui supportent.

Certains spécialistes modernes des troubles d’apprentissage évalueraient l’enfant Milton H. Erickson comme un enfant présentant un déficit d’attention et souffrant d’une dyslexie sévère. D’autres experts honoreraient son don de la dyslexie et reconnaîtraient son génie qui l’a amené à construire sa didactique unique, son ART d’être un sauveteur capable de mettre des limites et non un sauveur qui n’en met pas. De ce point de vue, ses difficultés d’apprentissage furent une source qui a stimulé la création de l’artiste en lui. Il a développé son « sauvetage académique » et obtient un doctorat en médecine et une maîtrise en psychologie en 1928.

Il rebondit, devient résilient, non pas uniquement dans le domaine de l’apprentissage académique, mais aussi dans sa capacité à traverser ses crises nécessaires à sa croissance et à faire des choix judicieux.

Je souligne son courage à 17 ans d’affronter la poliomyélite, et son art d’être pour lui avant tout sauveteur en se donnant des défis et en dépassant les pronostics sévères portés à son égard. Il réhabilita son corps et développa des stratégies verbales, non verbales, para-verbales et métaphoriques. Naturellement, il explora et élabora des approches pour entrer dans des états se- conds et se soulager des nombreuses séquelles physiques de la polio. Il se lançait des défis, des tactiques et donna des sens à ses combats, particulièrement dans son art de passer de la survie à la vie.

Rappelons-nous l’un des passages de sa vie. Marié en 1923, il a eu trois enfants avec sa première conjointe : Lance, Bert et Carol. Ce mariage survécut dix ans. Il sut vaincre les préjugés de son époque où, en majorité, « la garde des enfants en cas de divorce » allait automatiquement à la mère. Pour obtenir la garde de ses enfants, il trouva les arguments de sauveteur et non de sauveur. Il mit ses limites.

Ensuite, il s’engagea dans une nouvelle relation de couple et de famille. En 1936, il épousa Elisabeth Moore, bachelière en psychologie. Une famille reconstituée se formait et il eut cinq autres enfants qui enrichirent sa vie. Cette nouvelle constellation familiale se résume à huit enfants et deux parents. Il vécut modestement en gardant ses origines humbles et modestes de fils de cultivateur.

Nous pouvons dire de lui qu’il est un de ces humains qui a appris de ses erreurs. Et sans le rechercher, il a su être un modèle pour ses collègues dans l’art de développer l’autorité intérieure. On le reconnaît comme le père des thérapies stratégiques et des thérapies brèves.

Mon collègue et ami Thierry Servillat m’a invité à écrire cet article sur Milton H. Erickson. Il me dit : « Michel, dans cet article, livre-nous : A) Comment as-tu connu son travail ? B) Ce qu’il a changé dans ta vie. C) Exprime ta vision concernant son apport, ses valeurs (ce qui te paraît important chez lui, y compris techniquement).

AVANT-PROPOS

Mon intérêt pour les manifestations des effets pédagogiques et thérapeutiques des consciences modifiées remonte lorsqu’on me donnait des tâches comme prof en éducation physique, et à mes études en psychoéducation, en psychothérapie pour les enfants, durant la fin des années soixante et début des années soixante-dix.

Durant cette époque, concernant les phénomènes hypnotiques, je me souviens d’un psychosociologue français, Ducreux, qui avait été invité à donner une charge de cours à l’université de Sherbrooke. Durant ces cours, il nous expliquait, suite à la découverte de la Polynésie française, la surprise lorsqu’on observa la transe de la couvade. C’est la transe où la femme accouchait sans douleur pendant que son compagnon de vie, lui, se tordait de douleur. Il prend sa douleur. Ce transfert d’énergie dans cette transe se nomme « la couvade ». On l’a classifiée ainsi parmi les autres types de transes sensorielles. C’est une des transes cultuelles dans cette culture de ces îles océaniennes du Pacifique.

Dans ce culte, on organise le phénomène de transmission d’énergie d’une personne à une autre, et on réussit à transformer sa perception et à engendrer un comportement en lien avec une autre personne. Elle vit une dissociation et l’autre devient lui. A cette même université, plus tard, de 1976-1980, durant une autre formation en thérapie de couple et de famille au département de Psychiatrie, on me cite et relate qu’un patient identifié pouvait être porteur de la souffrance d’une famille. On cite Virginia Satir qui parle d’un psychiatre états-unien du nom de Milton H. Erickson qui développa des stratégies uniques pour traiter le système familial. Certains patients pouvaient-ils sans s’en rendre compte entrer dans un état second ?

L’étude des transes m’était encore présentée sous un autre angle. La transe pouvait être présentée avant tout comme une sorte de concentration corporelle. Où des rencontres espace/temps dissociatives pouvaient transformer et réassocier. C’est une sorte de manière de communiquer entre les différentes logiques. Le corps, avec ses logiques, contacte d’autres logiques. Il peut contacter les instances de la personnalité en relation avec le corps, l’intellect et l’affectif. Par conséquent, transmettre une énergie de son système corporel à un autre système comme sa concentration intellectuelle, dépend de la qualité de son corps à lui transmettre des médiateurs chimiques écologiques. Sinon, il risque d’être en manque d’énergie. La qualité du lien d’une personne à une autre peut aussi influencer ces mêmes personnes. Ce que j’ai nommé métaphoriquement, ultérieurement, la communication de la « CIA connexion(S) » : C pour le corps, I pour l’intellect, A pour l’affectif.

De 1969 à 1978, j’ai exploré des techniques actives et passives de concentration. Nous retrouvons dans ces techniques des formes de conscience modifiée. Par exemple : la méditation transcendantale, le zazen, la sophrologie, le biofeedback, les formes de techniques de relaxation de Schultz et de Jacobson. Dans ma pratique comme psychoéducateur et enseignant en éducation physique, j’ai pu observer des signes évidents que manifestent les gens lorsqu’ils entrent dans ces états de con - science modifiée. Lorsque j’ai combattu un mélanome à 33 ans, je me suis retourné spontanément vers ces approches. Un soignant, lorsque j’étais à l’hôpital, m’observait entrer dans cette forme de concentration physique. Il me demanda si je faisais de l’auto-hypnose. J’ai hésité avant de répondre. Il avait semé un doute dans mon esprit. Est-ce que je faisais de l’auto-hypnose sans le savoir ?

Commandez ce numéro Hors-Série n°6 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves: Milton ERICKSON Version papier épuisée de ce numéro, la version PDF est fournie à la place

Il s’ouvre avec un double éditorial où Patrick Bellet évoque l’apport du Sage de Phœnix comme celle d’ « Un nouveau Copernic »,
puis Thierry Servillat s’imagine écrire une curieuse lettre à Milton, le maître de « L’art de la joie ».
Roxanna Erickson-Klein livre un texte inédit : « Mon père »,
puis Dominique Megglé, biographe attitré, relit à la lumière de notre époque la vie de « Milton Hyland Erickson., le conquérant immobile ».
Jeffrey Zeig, président de la Fondation Erickson, avec un détaillé « Abécédaire des postures éricksoniennes », nous fait percevoir l’essence de cette approche thérapeutique si peu théorisable.
Patrick Bellet traite ensuite, en nous étonnant, « De la nature végétale de l’hypnose ».
L’ « Erickson’s Touch. Quintessence hypnotique » est détaillée par Richard Van Dyck,
avant que Michel Kerouac envisage Milton H. Erickson comme « Un artiste sauveteur. Comme un visionnaire inouï ».
A l’instar d’Erickson qui s’est affranchi de carcans théoriques, il convient avec Maurice Corcos de considérer avec un bel esprit critique ce nouvel ordre mondial psychiatrique qu’est le DSM !

Pour acheter ce numéro de la Revue Hypnose & Thérapies Brèves à l’unité, ou vous abonner, cliquez ici


Laurence ADJADJ
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Thérapies Brèves, Psychologue.
Formatrice en Hypnose Ericksonienne, EMDR, Thérapies Brèves Orientées Solution à l’Institut Hypnotim de Marseille, dont elle est Présidente Fondatrice.
Exerce dans le Cabinet d'Hypnose, Thérapies Brèves et EMDR de Marseille 13006
Conférencière au sein des congrès de la CFHTB, Confédération Francophone d'Hypnose et Thérapies Brèves.
Rédactrice web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves… En savoir plus sur cette rédactrice


De la nature végétale de l'hypnose. Par le Dr Patrick Bellet.

samedi 4 août 2018 - 12:41
Trans-Hypno-Botanique Tour A Francis Hallé, navigateur des cimes Ce texte est inspiré par l’approche « naturaliste » de Milton H. Erickson, son goût pour les jardins, l’exploration des « expériences subjectives » et les histoires… Merci à son audacieux optimisme ! Cette expérience s’est déroulée il y a maintenant deux ans et j’ai tardé à la raconter, n’osant pas le faire de crainte d’être mal compris. Elle m’a, longtemps, semblé comme une parenthèse étrange. Une éclipse dans le temps et la raison. Une sorte d’effraction. Pourtant rien ne laissait présager ce qui allait se passer.

Tout cela commença en un début d’après-midi, comme tant d’autres, dans le sud de la France en été.

Un après-midi tranquille, confortablement installé dans un hamac qui se balance, imperceptiblement, entre deux pins noueux.

Mes yeux se ferment. Une légèreté subtile m’enveloppe. Ne parviennent à mes oreilles que la stridulence rythmique des cigales. Déjà adoucie, estompée.

Le vent lui aussi fait osciller les arbres. Le bercement devient organique. L’espace hésite lentement, puissamment et vacille. Et tout d’un coup, les événements s’accélèrent. Les branches s’étirent, deviennent les cordes du hamac. Moi-même je sens un changement infime, ténu, mais évident. Indéfinissable. Mon corps devient branches lui aussi, l’oscillation s’amplifie avec l’impression de devenir l’arbre. Je résiste, mais cette sensation qui m’envahit est la plus forte ! Mon esprit lutte encore... Cette impression vient-elle de moi ou vient-elle de l’arbre ? En tout cas, une compréhension nouvelle se fait jour. Comme si le langage végétal me devenait accessible. Une étonnante découverte.

Et j’ose à peine le dire tellement ça dépasse l’entendement. Pourtant cette idée s’impose à moi. Je suis devenu une plante ! L’espace grandit peu à peu. Mon corps et mon esprit prennent la taille d’un gabarit inouï. C’est très étrange, il me semble percevoir différemment.

A la fois des sensations amorties, les sons ont changé, plus musicaux ; mais aussi, d’autres perceptions plus insolites et inconnues affleurent. Un bouleversement immobile et tranquille, et à la fois une intense activité intérieure, se développent. Présent et spectateur, ce que j’observe est réellement stupéfiant. Comme s’il m’était donné d’entrer dans un monde familier et jusque-là inaccessible. La lumière n’est pas la même non plus, je sens bien qu’il se passe quelque chose de nouveau dans lequel le temps prend son temps : Avant l’heure, c’est déjà l’heure.

Et après l’heure, c’est encore l’heure. Et loin de voir ma peau brunir et se dorer sous l’effet du soleil, elle devient verte ! Verte ! Je « chlorophyllise »… tandis qu’une énergie insoupçonnée commence à parcourir mon corps ! Cette énergie est troublante. Comment dire, comme de la sympathie. Une sympathie inédite dans laquelle l’arbre m’a admis, m’accueille pour me donner un peu de ses connaissances. Comme s’il, comme s’il me parlait... Et voilà ce qu’il me confia ce jour-là : « Nous sommes très anciens, nous les végétaux sur cette terre. Sais-tu que nous y vivons depuis 380 millions d’années et que nous t’avons protégé, toi l’homme, dans l’entrecroisement de nos branches avant que tu n’en descendes pour accomplir ton destin il y a seulement 3 millions d’années. » « Je vais te raconter une histoire. Vas-y ! Embarque !

Bien sûr au début, la pirogue va tanguer un peu, avant de quitter la berge pour trouver son équilibre. » Elle glisse silencieuse, sans rameurs… « Les pagaies invisibles, pourtant, s’accordent au clapot sur la coque et jouent la musique du fleuve. Peut-être des barrages, des retenues apparaîtront qui s’effaceront aussi facilement que ta main écarte un rideau... Cette histoire, c’est l’histoire de l’inaperçu, de l’évidence indiscernée. Tu es souvent inconscient de tout ce que tu possèdes, de tes ressources souvent gaspillées. Regarde-nous les arbres, les plantes ! Regarde ! Regarde ! Nos feuilles, nos palmes sont de vastes surfaces fixes et apparentes, nos racines sont d’immenses espaces internes et souterrains. Et pourtant c’est grâce à l’espace intérieur de ce tronc évidé que tu occupes, que maintenant tu flottes dans cette pirogue au milieu du fleuve. Le début d’une transportation. Tu es au centre de l’intérieur, le creux et l’intime et qui s’appelle aussi la lumière dans les vaisseaux qu’ils soient véhicule ou réseau, mobile ou immobile...

Goûte au très léger bercement de cette pirogue qui t’emmène plus loin... Elle est comme le calame, le roseau entre les mains du calligraphe sur la feuille. Écoute son bruissement, écoute sa trace, elle ourle la surface de l’eau d’une ondulation fluide et souple. Un effleurement méditatif. Le creux mélodique de la flûte, l’intime percussif du tam-tam qui résonne. Voilà aussi ce qui vit au cœur de nos fibres. Le voyage continue, à son rythme, en suivant les méandres du récit fluvial. Le fleuve est une fable... Regarde encore... Là-bas, un quai de fortune se dessine. Accostage discret, seulement connu de toi. Transbordement. Peut-être un jardin secret. Avec ses arbres silencieux et chantants ! Volière ouverte, colorée et ailée. Nous, les arbres, sommes le lien entre l’air et la terre, comme la mèche de la lampe à huile, un lien entre deux milieux complémentaires. Un lien qui capte la lumière ou bien qui la rayonne... Un ami me l’a dit il y a bien longtemps : Le récit, c’est passer d’un temps à un

LE TEMPS QUI PASSE

Nous accompagnons tous les temps de ta vie. Comme attachés au charme discret de ton être. Nous sommes dans les charpentes des maisons pour t’abriter, dans l’étayage des mines pour t’enrichir, dans les meubles tables, chaises pour ton repos, les baguettes pour manger, dans le parquet pour ton confort, la cheminée pour te réchauffer. Et aussi dans ton intimité. Quand tu graves tes serments d’amour sur notre écorce, en un tatouage à la fois maladroit et charmant. Nous sommes dans tes armoires et tes bois de lits pour les secrets de famille. Et même plus tard dans ton cercueil pour le der- nier voyage comme un radeau pour l’au-delà... Rien de ce qui est humain, conscient ou inconscient, ne nous est étranger. Nous sommes la partie qui prend soin de toi. Goûte à cette balade, calme et tranquille, dans la lumière ombragée du sous-bois. Issues de tous ces troncs, branches et racines, des idées germent et bourgeonnent !

Respire la paix qui émane de cette forêt, hume nos parfums, déguste nos saveurs, nos épices et même apprécie notre aide, tel un remède parmi d’autres, comme celui du saule dont l’écorce soulage tant de douleurs. Tu as, peut-être, oublié que l’aspirine en était son secret salvateur et remarqué, et comme il y a davantage de plantes médicinales que d’animaux médicinaux... Écoute le chuchotement des buissons… Écoute les frissons de la mousse, en connivence, qui ruisselle de confidences poudrées de miel… Sensuelles. Tu sais, des visiteurs célèbres nous ont aimés. Van Gogh, souvent effrayé, affirmait : “Je suis toujours obligé d’aller regarder un brin d’herbe, une branche de pin, un épi de blé, pour me calmer !” ; plus récemment Nelson Mandela, alors prisonnier, se souvenait en disant : “En prison, un jardin est une des rares choses que l’on puisse maîtriser. Semer une graine, la regarder pousser, la soigner et en récolter les fruits procurent une joie simple mais durable. C’était ma façon personnelle de fuir cet univers de béton qui nous entourait”. Je voudrais te dire l’un de mes secrets. Précieux.

Quand tu observes une plante : c’est le temps lui-même qui apparaît. Nous sommes là depuis si longtemps. Je suis toujours étonné de ce rapport à la lumière, sans laquelle la vie ne serait pas. Immobiles, nous la recevons et la transformons en énergie. Par hasard ou chance, un jour, tu as reçu une étincelle, une flamme et ta vie a changé. Tu as grandi, mais nous sommes le combustible, la matière même du feu. Nous sommes ton gîte, ton couvert et ton énergie et aussi capables de concentrer et de déployer les plus infimes parcelles d’entre nous à travers l’espace, l’eau, le sol. Nulle épaisseur, nulle dimension qui ne nous soit pas familière.

Nous sommes ta mémoire, même les herbes folles s’en font l’écho dans ta fantaisie, ta persévérance et peut-être tes utopies ? Il suffit, peut-être, de ne pas les cueillir ! Tu es entré dans le songe d’une herbe, le rêve d’un arbre. Ce mouvement, le vent, qui caresse ton visage, fait bouger nos branches, onduler les prairies et disperse nos graines. Notre tuteur est le vent. Notre mouvement est une danse dont le souffle est la musique et la scène, la terre. Soit notre partenaire. Viens danser ! Découvre cette transe, au-delà et à travers elle, tu connaîtras des univers symbiotiques qui ordonnent notre permanente croissance. Notre embryogenèse est indéfinie, ouverte, adaptative et même voluptueuse...


Commandez ce numéro Hors-Série n°6 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves: Milton ERICKSON Version papier épuisée de ce numéro, la version PDF est fournie à la place

Il s’ouvre avec un double éditorial où Patrick Bellet évoque l’apport du Sage de Phœnix comme celle d’ « Un nouveau Copernic »,
puis Thierry Servillat s’imagine écrire une curieuse lettre à Milton, le maître de « L’art de la joie ».
Roxanna Erickson-Klein livre un texte inédit : « Mon père »,
puis Dominique Megglé, biographe attitré, relit à la lumière de notre époque la vie de « Milton Hyland Erickson., le conquérant immobile ».
Jeffrey Zeig, président de la Fondation Erickson, avec un détaillé « Abécédaire des postures éricksoniennes », nous fait percevoir l’essence de cette approche thérapeutique si peu théorisable.
Patrick Bellet traite ensuite, en nous étonnant, « De la nature végétale de l’hypnose ».
L’ « Erickson’s Touch. Quintessence hypnotique » est détaillée par Richard Van Dyck,
avant que Michel Kerouac envisage Milton H. Erickson comme « Un artiste sauveteur. Comme un visionnaire inouï ».
A l’instar d’Erickson qui s’est affranchi de carcans théoriques, il convient avec Maurice Corcos de considérer avec un bel esprit critique ce nouvel ordre mondial psychiatrique qu’est le DSM !

Pour acheter ce numéro de la Revue Hypnose & Thérapies Brèves à l’unité, ou vous abonner, cliquez ici
Dr Patrick BELLET
Hypnothérapeute, Médecin Généraliste.
Président de l’Institut Milton Erickson Avignon
Conférencier International
Ancien Rédacteur en chef de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves.
Past-Président de la CFHTB, Confédération Francophone d’Hypnose et Thérapies Brèves
Enseignant dans le D.U. de Sexualité Humaine de la Faculté de Médecine Paris XIII-Bobigny et dans le D.U. d’Hypnose médicale de la Faculté de Médecine de Montpellier.
Enseigne l’hypnose à l’Université Louis Pasteur de Strasbourg…

Hypnose : Abécédaire des postures éricksoniennes. Jeffrey Zeig.

samedi 4 août 2018 - 12:29
LE LANGAGE DE LA TRANSFORMATION Par Jeffrey Zeig, Fondateur et directeur de la Fondation Milton H. Erickson. Psychologue, thérapeute familial et de couples en pratique privée à Phoenix, Arizona. Traduction : Thierry SERVILLAT L’hypnose est d’abord travail corporel. Du thérapeute aussi ! Avec Jeffrey Zeig, (ré)apprenons à lire.

POSTURE A : LA THÉRAPIE COMME UN APPEL

Lorsque le patient se présente avec une posture rigide, le clinicien peut adopter la posture de celui qui crée un appel. Et je veux entendre ce mot dans deux sens. Quand nous créons notre thérapie, nous pouvons à la fois en appeler à la bonne humeur intrinsèque du patient et nous pouvons créer une thérapie qui crée un appel. La thérapie a la réputation d’être une entreprise sinistre, mais cela n’est pas nécessaire. Davantage qu’aucun thérapeute que j’ai étudié, Erickson faisait de la thérapie un appel. Il la concevait comme un drame théâtral sur le changement. L’impératif de sa thérapie était qu’en vivant cette pièce de théâtre, en vivant cette thérapie, vous deviendrez différent. Erickson lui-même vivait une thérapie qui était à la fois en elle-même un appel et qui faisait appel aux parties saines de ses patients.

POSTURE B : LE BANQUIER

Les meilleurs banquiers prennent ce que le client leur donne et lui rendent avec des intérêts. Les cliniciens peuvent adopter une posture similaire. Parmi les thérapeutes les plus intéressants et les plus dévoués à leur métier que j’ai pu étudier, ont été des banquiers : Milton Erickson, mais aussi Victor Frankl, Carl Whitaker et Virginia Satir. D’une certaine façon, ma posture de banquier vient de ma pratique de l’hypnose. Par exemple, en faisant une induction éricksonienne, si je demande au patient « Qu’êtes-vous en train de vivre là, maintenant ? », et que le patient répond : « Je suis confortable », je peux enchaîner par : « Vous êtes réellement confortable». Chaque réponse positive peut être reprise avec une force supplémentaire. L’essence du banquier est de renforcer le positif et de réduire le négatif.

POSTURE C : LE CONSEILLER ENCOURAGEANT TEL UN SUPPORTER

Être un supporter consiste à augmenter la motivation. Une des plus importantes leçons que j’ai apprises en étudiant l’hypnose avec Erickson était le principe, lorsqu’il s’agissait de donner des directives au patient, de fixer sur un « parce que » ouvert ou implicite, une raison pour faire les choses demandées. Quand vous suggérez une lévitation du bras à un patient hypnotisé, il est mieux de donner une raison : « Votre main peut s’élever vers votre visage parce que quand elle touche votre visage, vous pouvez prendre une respiration profonde et devenir vraiment confortable. » Ou : « Vous pouvez juste respirer… et vous relaxer vraiment. » Même un simple mot d’encouragement après une suggestion peut être motivant. Par exemple : « Reposez-vous et soyez confortable. C’est cela ! »

Dès qu’une raison pour faire une action est donnée, une motivation est présentée. L’idée d’accéder à la motivation, de développer la motivation et d’utiliser la motivation est centrale dans la thérapie éricksonienne. Une expérience de psychologie sociale qui mesurait la réponse aux rumeurs sociales a montré l’importance du mot parce que. Il avait été demandé à un étudiant partenaire d’attendre près de la photocopieuse d’une bibliothèque jusqu’à ce qu’un nombre convenu d’étudiants fasse la queue pour utiliser la machine. Dès que la queue s’était formée, il devait se tourner vers les étudiants et dire : « Je dois faire des photocopies immédiatement. » Le pourcentage de compliance était élevé de façon surprenante : dans à peu près 60 % des cas, l’étudiant était autorisé à passer en premier. On prit ces données comme référence (situation1). Dans la situation 2, le comparse devait faire la queue comme tout le monde et dire ensuite : « Puis-je faire des photocopies, car mon professeur en a besoin immédiatement ? » La compliance augmenta à plus de 90 %, simplement en ajoutant les mots « parce que mon professeur en a besoin immédiatement ». Dans la condition 3, l’étudiant faisait la queue, puis la dépassait en disant : « Est-ce que je peux passer en premier, parce que j’en ai vraiment besoin ? » On l’autorisait à le faire dans 90 % des cas. Les chercheurs en déduisirent que le mot parce que était opérant.

Tant qu’il y avait un parce que, il y avait une motivation justifiée ; même si elle était spécieuse, elle augmentait la compliance. Nous, cliniciens, pouvons appliquer ce principe à la thérapie. Lorsque nous donnons des tâches, nous pouvons rajouter une raison qui affecte et renforce la motivation. Mais l’utilisation de la motivation en thérapie peut être plus complexe que le simple fait de rajouter parce que. Je me rappelle une petite péripétie qui était arrivée à Erickson alors qu’il m’expliquait en détail l’importance centrale de la motivation dans son travail. Une fois, alors que je lui rendais visite chez lui, il répondit à un appel téléphonique d’une femme qui demandait à venir en thérapie.

D’une manière autoritaire, Erickson lui dit : « Montez le Squaw Peak et rappelez-moi après que vous l’ayez fait », et il raccrocha. Je le regardais l’air interrogateur, et il me dit : « Elle m’a appelé parce qu’elle veut arrêter de fumer. J’ai entendu une ambivalence dans sa voix, je ne veux pas qu’elle amène son ambivalence dans mon bureau, aussi je lui ai donné une tâche pour tester sa motivation. » Je vécus un exemple plus personnel de renforcement de la motivation lors de la première interaction que j’eus avec Erickson. Je lui écrivis pour la première fois en 1973, lui demandant si je pouvais venir à Phoenix pour étudier avec lui. Il répondit qu’il était trop vieux et trop malade pour accueillir des étudiants. Mais à la fin de sa lettre, il avait rajouté : « Quand vous lirez mon travail (présupposant que je le ferai), n’étudiez pas le boniment, ni la technique, ni la rhétorique des suggestions. La chose vraiment importante, c’est la motivation pour changer, et le fait qu’aucun être humain ne connaît pleinement ses propres capacités. » J’étais stupéfié que ce génie que j’admirais tant écrive des choses si personnelles dans une lettre à quelqu’un qu’il ne connaissait pas. Mais ce fut seulement quand je montrai de la motivation, lui réécrivant pour lui demander si je pouvais juste le rencontrer une fois, qu’il m’accepta finalement comme stagiaire.

POSTURE D : LE DÉMARREUR

La posture du moniteur d’auto-école est particulièrement susceptible d’intéresser les praticiens de l’hypnose. Les moniteurs d’auto-école comprennent que si vous êtes en marche arrière vous devez, pour passer en première, passer par l’in termédiaire du point mort. Le point mort est le point de départ pour qui veut passer la première vitesse. En hypnose, nous construisons et créons un processus de dissociation. Lors du programme de formation intensif de la Fondation Erickson, Brent B., Geary Ph. D. et moi-même, enseignons le modèle ARE pour l’induction : A-absorber ; R-ratifier ; E-obtenir (elicit) une réponse. Par exem ple, le clinicien peut absorber le patient dans une image visuelle, ratifier le changement qui survient lorsque le patient s’absorbe de plus en plus, et ensuite obtenir une dissociation.

A partir de cette dissociation, nous pouvons obtenir des réponses hypnotiques, dont des phénomènes hypnotiques, et des ressources pour le changement. La composante dissociation peut être un simple point de départ. Dans le style d’Erickson, je dirais au patient : « Vous pouvez être un esprit sans corps, un intellect, juste flottant dans l’espace… dans l’harmonie, juste dérivant dans le temps », créant ainsi un processus de dissociation qui peut ensuite être utilisé pour construire des réponses hypnotiques et des ressources thérapeutiques. La description de méthodes hypnotiques subtiles dépasse le cadre de cet article. Il suffit de dire ici que ces techniques font partie inhérente de l’hypnothérapie éricksonienne. Les bonnes techniques nécessitent que nous établissions une période de dissociation avant de parvenir aux réponses et aux ressources. La dissociation a des répercussions sur le rythme employé par le clinicien. En empruntant les paroles d’une chanson populaire : « Tu peux parfois y arriver rapide ment tout en prenant ton temps »2. Amener le patient au point mort avant de passer la première vitesse est une bonne technique. Elle peut être utilisée en psychothérapie, tout comme en hypnose. Un bref répit avant de donner une directive peut donner une impulsion à l’instant.

POSTURE E : L’ÉVOCATEUR

Lorsqu’elle fonctionne bien, la thérapie est un événement évocateur. Les thérapeutes peuvent être des dramaturges évocateurs. J’ai suivi 18 mois de cours pour étudier l’improvisation théâtrale car je consi dérais que la psychothérapie était plus proche de l’improvisation que de la science. J’étais curieux de savoir comment un expert enseignerait l’improvisation. En tant qu’élève, j’eus à réciter un monologue. Le professeur m’arrêta en plein milieu : « Jeff, m’admonesta-t-elle, utilise ton corps. » « Mon corps ? », répondais-je sur un ton niais.

En tant que thérapeute, j’étais habitué à être une « tête parlante », et je ne concevais pas d’utiliser une gestuelle dans une intention évocatrice. Les thérapeutes classiques n’utilisent pas leur corps pour communiquer. Ils n’utilisent pas la gestuelle pour amplifier certains points. Ils ne parviennent pas à être évocateurs dans la communication théra peutique. Le but des dramaturges est d’évoquer : évoquer un sentiment, évoquer des perspectives, et ainsi de suite ; et ils le font par l’intermédiaire des acteurs qui utilisent leurs corps autant que le texte de leurs rôles pour donner de la force à leurs messages. Les thérapeutes peuvent utiliser leurs corps en tant que partie évocatrice de leur art de la communication – afin d’évoquer intentionnellement émotion, réalisation, perspective.

Le théâtre a influencé bien plus de gens que la psychothérapie. Etudier le théâtre a changé ma façon de faire de l’hypnose. Dans mon cabinet, en faisant une transe pendant que le patient avait ses yeux fermés, je peux dire : « Et vous pouvez être ouvert (faisant le geste d’être “ouvert”) à l’expérience tandis que vous descendez à l’intérieur de vous (je fais le geste de la descente) pendant que je parle » (je me désigne par un geste) ». J’utilise mon corps pour renforcer les suggestions, même si le patient a les yeux fermés, car les gestes ajoutent des impacts subtils à la réponse voulue. De la même manière, si vous aviez à téléphoner à la Fondation Erickson, vous seriez accueilli par l’entraînant « Fondation Erickson » de la réceptionniste, et même sans la voir, vous sauriez qu’à l’autre bout de la ligne il y a quelqu’un de souriant et de content de vous parler. Vous sauriez que la lumière est allumée et qu’il y a quelqu’un à la maison.

Commandez ce numéro Hors-Série n°6 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves: Milton ERICKSON Version papier épuisée de ce numéro, la version PDF est fournie à la place

Il s’ouvre avec un double éditorial où Patrick Bellet évoque l’apport du Sage de Phœnix comme celle d’ « Un nouveau Copernic »,
puis Thierry Servillat s’imagine écrire une curieuse lettre à Milton, le maître de « L’art de la joie ».
Roxanna Erickson-Klein livre un texte inédit : « Mon père »,
puis Dominique Megglé, biographe attitré, relit à la lumière de notre époque la vie de « Milton Hyland Erickson., le conquérant immobile ».
Jeffrey Zeig, président de la Fondation Erickson, avec un détaillé « Abécédaire des postures éricksoniennes », nous fait percevoir l’essence de cette approche thérapeutique si peu théorisable.
Patrick Bellet traite ensuite, en nous étonnant, « De la nature végétale de l’hypnose ».
L’ « Erickson’s Touch. Quintessence hypnotique » est détaillée par Richard Van Dyck,
avant que Michel Kerouac envisage Milton H. Erickson comme « Un artiste sauveteur. Comme un visionnaire inouï ».
A l’instar d’Erickson qui s’est affranchi de carcans théoriques, il convient avec Maurice Corcos de considérer avec un bel esprit critique ce nouvel ordre mondial psychiatrique qu’est le DSM !

Pour acheter ce numéro de la Revue Hypnose & Thérapies Brèves à l’unité, ou vous abonner, cliquez ici
Laurent GROSS
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Thérapies Brèves, Psychothérapeute certifié ARS en 2013.
Formateur en Hypnose Médicale, Ericksonienne et EMDR au CHTIP Collège d'Hypnose et Thérapies Intégratives de Paris dont il est le Président Fondateur.
Chargé d'enseignement dans les hôpitaux de l'AP-HP. Conférencier au sein des congrès de la CFHTB, Confédération Francophone d'Hypnose et Thérapies Brèves.

Exerce dans le Cabinet d'Hypnose, Thérapies Brèves et EMDR de Paris 11.
Rédacteur en chef de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves sur internet ...En savoir plus sur cet auteur

L'art de la joie par le Dr Thierry Servillat.

samedi 4 août 2018 - 10:37
Revue Hypnose & Thérapies Brèves n°6 La préparation de ce Hors-Série sur Milton H. Erickson a été pour moi une expérience plutôt singulière : un état de transe m’a habité, au fur et à mesure, de plus en plus constamment et intensément au cours de sa préparation. Un état qui, finalement, m’a suggéré d’écrire au maître. Cher Milton,

Voici donc ce numéro spécial d’« HYPNOSE & Thérapies brèves » qui t’es dédié. Avec Patrick, nous l’avons conçu comme un travail essentiel. Simplement parce que tu es quelqu’un d’essentiel pour nous.

Ta fille Roxanna et ton élève Jeffrey ont eu la chance de te connaître et ont fait de leur mieux pour pouvoir te faire imaginer à nos lecteurs.

Dominique, qui t’a si longuement étudié et continue inlassablement, s’est fait un point d’honneur de trouver le temps de te refaire le portrait, quatorze ans après le livre formidable qu’il avait écrit sur toi. Patrick te connaît bien aussi, car il vit avec la nature ce lien si fort qui te faisait trouver en elle des solutions pour tes patients. Michel aussi est là enfin, qui m’a communiqué, transmis ce que j’ai compris de plus précieux dans ta démarche thérapeutique : la joie créative.

Il paraît que tu disais volontiers que tu n’étais ni optimiste ni pessimiste. Avec ça, tu en as confusionné plus d’un dans les années 1960 et 1970 ! Tu sais, aujourd’hui nous vivons des temps d’inquiétude. Ta belle nature est plus que jamais menacée. L’écologie de l’esprit de ton ami Gregory est envahie par les prescriptions de psychotropes faites par des thérapeutes pressés. Toi qui disais, pour illustrer ta conception simplissime et naturelle de l’hypnose, que si on garde un patient deux heures, il va forcément entrer en transe, tu vas être un peu triste. Plus personne ne garde si longuement un patient !

A l’hôpital, les médecins sont écrasés par les tâches administratives toujours plus lourdes, et par l’angoisse due à une doctrine bizarre qui règne dans notre pays : le principe de précaution. Pour toi, la précaution n’était pas un principe mais une évidence éthique. Et elle ne signifiait pas peur de la loi mais présence attentive au patient !

Dans la pratique privée, que tu as connue aussi, c’est différent, on est quand même plus libre. Mais beaucoup de nous en bavent. Beaucoup de médecins se découragent. Et, comme dans ton pays, de moins en moins de psychiatres font de la psychothérapie !

Cher Milton, si tu vivais avec nous, tu serais pourtant heureux de voir que l’hypnose s’impose malgré cela, peu à peu, dans le monde scientifique dont tu t’es inlassablement réclamé. Les neurosciences te fascineraient, comme beaucoup d’entre nous. Elles confirment tellement tes intuitions qu’elles te stimuleraient pour imaginer encore d’autres manières d’aider les patients ! Tu nous aiderais sûrement aussi pour construire nos arguments en faveur d’une hypnose libre, non protocolisée. Toi qui a osé si jeune te démarquer de ton maître Clark Hull en prônant le sur-mesure et l’inventivité ! « Toute joie est création, toute création est joyeuse », disait Bergson, dont le succès triomphal du séjour dans ton pays t’était sûrement parvenu durant tes études quelques années plus tard.

A quoi tu as pu répondre : « Le fondement de la joie de vivre est la liberté. » Ah oui, d’accord, je comprends ! Crois-tu que le problème, ou tout du moins la question serait là ? Etre libre ce n’est pas si facile ? Et moi qui croyais que l’hypnose est subversive ! Oui, dis-tu, mais simplement parce qu’elle est faite pour nous libérer ?

Tu sais Milton, les technologies pour priver les humains de liberté se sont considérablement améliorées à mon époque. Les doubles liens de ton ami Gregory ne sont pas tombés aux oubliettes. Le fin du fin dans certaines entreprises – publiques comme privées – c’est d’être obligé de parler à ton chef comme si c’était un copain, tout en ne pouvant plus lui parler comme à un chef quand tu n’es pas d’accord. Les responsabilités c’est mieux quand c’est dilué, bah oui !

En matière de torture, c’est pas mal non plus. On torture ta femme devant toi pour que tu craques. Toi qui disais que le secret du couple durable c’est de prendre plaisir à la joie de l’autre, tu as vite compris ! Enfin bon, moi je continue à dire à mes jeunes patients qui en bavent pour avoir leur premier CDI : « Bienvenue dans le monde des adultes ! » Mais ce n’est pas toujours facile…

Ah oui, Milton, pendant que je t’ai sous la main, dis-moi vite. Pourquoi l’hypnose ce n’est pas facile alors que c’est si simple ? Comme tu ne prends plus de stagiaire, j’en profite ! Je te vois un peu agacé. Tu nous l’as dit cent fois ? OK, d’accord. « Si vous n’êtes pas sûr de vous, vous ne pouvez être sûr de personne. »

Oui Milton, d’accord, mais si… Il n’y a pas de mais ni de si. Dis à tes lecteurs que : « Tout est préférable à un état de doute. » Dis donc, Milton, tu es gonflé quand même…

« C’est celui qui le dit qui l’est. »

Commandez ce numéro Hors-Série n°6 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves: Milton ERICKSON Version papier épuisée de ce numéro, la version PDF est fournie à la place

Il s’ouvre avec un double éditorial où Patrick Bellet évoque l’apport du Sage de Phœnix comme celle d’ « Un nouveau Copernic »,
puis Thierry Servillat s’imagine écrire une curieuse lettre à Milton, le maître de « L’art de la joie ».
Roxanna Erickson-Klein livre un texte inédit : « Mon père »,
puis Dominique Megglé, biographe attitré, relit à la lumière de notre époque la vie de « Milton Hyland Erickson., le conquérant immobile ».
Jeffrey Zeig, président de la Fondation Erickson, avec un détaillé « Abécédaire des postures éricksoniennes », nous fait percevoir l’essence de cette approche thérapeutique si peu théorisable.
Patrick Bellet traite ensuite, en nous étonnant, « De la nature végétale de l’hypnose ».
L’ « Erickson’s Touch. Quintessence hypnotique » est détaillée par Richard Van Dyck,
avant que Michel Kerouac envisage Milton H. Erickson comme « Un artiste sauveteur. Comme un visionnaire inouï ».
A l’instar d’Erickson qui s’est affranchi de carcans théoriques, il convient avec Maurice Corcos de considérer avec un bel esprit critique ce nouvel ordre mondial psychiatrique qu’est le DSM !

Pour acheter ce numéro de la Revue Hypnose & Thérapies Brèves à l’unité, ou vous abonner, cliquez ici


Dr Thierry SERVILLAT
Hypnothérapeute, Psychiatre.
Président de l’Institut Milton Erickson Rezé
Conférencier International
Ancien Rédacteur en chef de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves.
Past-Président de la CFHTB, Confédération Francophone d’Hypnose et Thérapies Brèves



Edito: Milton H. Erickson, un nouveau Copernic. Dr Patrick Bellet.

vendredi 3 août 2018 - 13:52
L'Edito du Dr Patrick BELLET, directeur de la rédaction. Président de l'Institut Milton Erickson d'Avignon (Vaison La Romaine) Revue Hypnose & Thérapies Brèves, Hors-Série n°6 Ce Hors-Série nous a paru évident pour deux raisons essentiellement : d’une part la popularité de la dimension éricksonienne de l’hypnose contemporaine ; et d’autre part, paradoxalement, le risque de son affadissement.

Comme si après la découverte de l’état hypnotique en tant qu’état physiologique en 1889, il n’était plus nécessaire de se soucier de l’hypnose.

Comme si maintenant l’hypnose éricksonienne, après avoir contribué à légitimer l’usage de l’hypnose, en devenait une forme édulcorée, moins spectaculaire, facile d’emploi et accessible au tout venant.

Comme si après cette véritable révolution copernicienne, ce changement de repères, les choses allaient de soi. Et confondre richesse subtile avec rapidité de mise en œuvre.

Erickson était un clinicien savant, attentif et expérimenté. Aux connaissances classiques, il ajoutait ses observations et trouvait des raccourcis saisissants. Notre époque friande de recettes et de procédés prêts à l’emploi cherche des techniques reproductibles pour optimiser et rentabiliser. Bien sûr, pour des situations d’urgence où la réactivité est vitale, un tel savoir-faire est indispensable, mais en dehors de ces crises, ne se contenter que de la dimension instantanée du temps revient à s’amputer de possibilités de toute première importance.

Cinquante ans de pratique clinique démontrent la progressivité et l’évolution du travail d’Erickson qui s’inscrit à une époque donnée dans un contexte culturel précis. Tout l’intérêt d’Erickson et toute sa difficulté reposent sur la sophistication de son approche, cachée par la simplicité de ses synthèses thérapeutiques fondées sur un sens de l’observation exceptionnel. Son originalité est aussi dans la capacité à traiter des cas uniques qui sortent du cadre conventionnel, et d’en tirer des applications plus générales. Un renversement. Souvent.

Difficile de le suivre, comédien malin, metteur en scène habile, Erickson déroute ses interlocuteurs, patients ou élèves. Ses histoires charment et intriguent autant qu’elles agissent presque mystérieusement ce qui en fera, aussi, un « guérisseur »…

Un livre récent en témoigne. Plus que d’outils transmissibles qui existent, nombreux et souvent difficiles à manier, c’est sa démarche qui impressionne. Une aptitude remarquable à tenir compte du contexte. C’est en cela que son enseignement est toujours vivant, nul dogme, nulle vérité ne viennent en rigidifier son essor.

Plus de trente ans après sa disparition, son œuvre suscite encore des travaux qui stimulent le style ou la personnalité de thérapeutes très différents ; et plus encore, Erickson a montré comment l’approche hypnotique est compatible avec toutes les formes de thérapie. Loin de faire de l’hypnose quelque chose d’à part, il en a démontré l’universalité ! Ses métaphores puisaient leur efficience dans leur naturelle évidence et son goût pour le jardinage, particulièrement pour les cactées, indique à quel point le monde végétal était pour lui une ressource.

Comme si l’hypnose était un jardin étonnant où toutes les saisons coexistent en même temps. Comme si l’hypnose était un jardin surprenant où toutes les espèces végétales se côtoient en un même lieu.

Comme si l’hypnose était un jardin remarquable où apprendre à vivre mieux. Et aussi, suprême paradoxe : être en éveil pour ne laisser à personne la possibilité de te faire croire ce dont il faut douter !

Commandez ce numéro Hors-Série n°6 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves: Milton ERICKSON Version papier épuisée de ce numéro, la version PDF est fournie à la place

Il s’ouvre avec un double éditorial où Patrick Bellet évoque l’apport du Sage de Phœnix comme celle d’ « Un nouveau Copernic »,
puis Thierry Servillat s’imagine écrire une curieuse lettre à Milton, le maître de « L’art de la joie ».
Roxanna Erickson-Klein livre un texte inédit : « Mon père »,
puis Dominique Megglé, biographe attitré, relit à la lumière de notre époque la vie de « Milton Hyland Erickson., le conquérant immobile ».
Jeffrey Zeig, président de la Fondation Erickson, avec un détaillé « Abécédaire des postures éricksoniennes », nous fait percevoir l’essence de cette approche thérapeutique si peu théorisable.
Patrick Bellet traite ensuite, en nous étonnant, « De la nature végétale de l’hypnose ».
L’ « Erickson’s Touch. Quintessence hypnotique » est détaillée par Richard Van Dyck,
avant que Michel Kerouac envisage Milton H. Erickson comme « Un artiste sauveteur. Comme un visionnaire inouï ».
A l’instar d’Erickson qui s’est affranchi de carcans théoriques, il convient avec Maurice Corcos de considérer avec un bel esprit critique ce nouvel ordre mondial psychiatrique qu’est le DSM !

Pour acheter ce numéro de la Revue Hypnose & Thérapies Brèves à l’unité, ou vous abonner, cliquez ici


Dr Patrick BELLET
Hypnothérapeute, Médecin Généraliste.
Président de l’Institut Milton Erickson Avignon
Conférencier International
Ancien Rédacteur en chef de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves.
Past-Président de la CFHTB, Confédération Francophone d’Hypnose et Thérapies Brèves
Enseignant dans le D.U. de Sexualité Humaine de la Faculté de Médecine Paris XIII-Bobigny et dans le D.U. d’Hypnose médicale de la Faculté de Médecine de Montpellier.
Enseigne l’hypnose à l’Université Louis Pasteur de Strasbourg…



Erickson's touch: la quintessence hypnotique.

vendredi 3 août 2018 - 12:41
Par Richard VAN DYCK, Psychiatre. Consultant indépendant en matière de santé mentale et enseignement supérieur. Ancien professeur de Psychiatrie à l'Université Libre d'Amsterdam. Ancien président de la Société Hollandaise d'Hypnose Clinique. Nous remercions les éditions Satas de leur amitié et des facilités qu’elles nous ont accordées pour la reproduction partielle de la préface du Dr Richard Van Dyck du livre Un séminaire avec Milton H. Erickson. Cet ouvrage est exemplaire pour sa présentation de la méthode éricksonienne et plus encore de son esprit, et il constitue une référence tant pour le débutant que le chevronné confirmé.

La méthode d’enseignement de Milton Erickson était telle que, dans l’esprit de l’étudiant, la confusion précédait toujours la clarté, et que le « un » n’était pas nécessairement suivi du « deux ».

Faire confiance à « l’apprentissage inconscient » est une méthode performante et intelligente. Cependant, il faut admettre que la compréhension intellectuelle a aussi ses charmes et ses mérites. Le lecteur qui recherche des informations plus directes et des cadres de référence pour une analyse plus poussée de certains aspects importants du travail d’Erickson, se reportera avec profit aux écrits de Haley, de Erickson et Rossi, ou de Brandler et Grinder.

C’est par Kay Thompson, une collaboratrice de longue date du Docteur Erickson et qui avait animé des conférences aux Pays-Bas, que j’ai appris qu’Erickson recevait encore quelques visiteurs quand son état de santé le lui permettait. Le Docteur Thompson me donna une lettre de recommandation, et ce n’est pas seulement avec une grande curiosité, mais aussi avec un profond respect, confinant à la crainte révérencielle, que j’entrepris le voyage pour Phoenix.

En dehors de la profusion de la couleur violette, je ne savais pas trop à quoi m’attendre à mon arrivée. Ce qui m’a le plus frappé lors de ma première rencontre avec lui, c’est sa simplicité, son intérêt amical et son absence totale d’orgueil, Erickson était content d’avoir un visiteur qui venait des Pays-Bas et il engagea la discussion en racontant une histoire qui, comme je l’ai compris plus tard, était destinée à trouver un sujet qui éveille notre intérêt commun. L’anecdote concernait la reproduction des vaches de souche « Frisian » dans le désert de l’Arizona et les problèmes d’irrigation que cet élevage impliquait. Il expliqua comment, il y a bien longtemps, les Indiens avaient creusé des canaux d’irrigation, et il conclut : « Vous vous demandez quel type de prospection leur a été nécessaire pour creuser ces canaux ? » Je me posais certainement la question, mais par-dessus tout, je cherchais à comprendre quel était le lien entre ces remarques et le but de ma visite.

Le séminaire avec Erickson me fournit encore bien d’autres occasions de me poser des questions. D’un thérapeute hors du commun, on doit attendre une façon d’enseigner hors du commun. Erickson jeta une pierre à un étudiant, et lorsqu’elle le toucha, cette pierre se révéla être une imitation, faite en mousse de caoutchouc. Il dit alors avec emphase : « Les choses ne sont pas toujours ce qu’elles paraissent être. » Et il raconta alors une histoire de thérapie qui illustrait cette assertion.

A première vue, ses anecdotes semblaient seulement divertissantes. Certains d’entre nous voulaient en venir au « véritable enseignement » et poser des questions pour mieux comprendre. Erickson répondait par une autre histoire. Et il répondait à de nouvelles questions par encore plus d’histoires.

Au lieu de nous permettre de digérer une histoire et de méditer sur son sens, Erickson commençait immédiatement une nouvelle histoire, lançant parfois quelques blagues pour accrocher d’abord notre attention, et quelquefois sans la moindre transition évidente. En dehors d’un bref commentaire, en une phrase, au début ou à la fin de chaque histoire didactique, Erickson ne donnait que très peu d’explications sur ce qu’il voulait nous apprendre. Cette méthode, qui nous obligeait à tirer nos propres conclusions, était parfois un peu pénible. Le sentiment de confusion et de léger inconfort qui en résultait était un des éléments qui contribuaient à ces changements périodiques de notre attention qu’Erickson appelait « transes naturelles » et qui facilitaient l’apprentissage inconscient.

Au début du séminaire, j’avais l’intention de poser un certain nombre de questions. Je ne les ai jamais posées. Pour certaines de ces questions, j’ai eu des réponses sans les poser. Les autres, je ne les ai pas posées, parce que je sentais que je recevais déjà plus d’informations que je ne pouvais en retenir. Ce n’est que peu à peu que j’ai découvert une structure au séminaire, et ce n’est qu’une fois en Europe que j’ai commencé à saisir ce que j’avais peut-être appris.

Une des premières impressions que j’ai acquises concernant Erickson, était qu’il insistait bien moins sur le fait de réussir toujours ses thérapies qu’on ne l’aurait attendu en lisant la littérature qui lui était consacrée. Il soulignait que ce que l’on pouvait gagner était parfois limité, et se limitait quelquefois à un changement dans le jugement que le patient portait sur lui même et sur le comportement qui posait problème. Il n’était pas toujours possible d’améliorer immédiatement les symptômes. C’était un soulagement de l’entendre dire que, pour certaines personnes, un thérapeute ne peut rien faire. Et c’était aussi réconfortant d’apprendre que, quelquefois, Erickson lui-même ne jugeait pas bon de rencontrer le patient sur son propre terrain.

Sans aucun doute, Erickson ne ressentait nullement le besoin de se poser en figure mythique. Il aimait plutôt à se présenter comme un artisan compétent qui avait le désir ardent de transmettre ses savoir faire. Au lieu d’essayer d’impressionner son auditoire (ce qui se produisait de toute façon), il faisait un effort pour nous mettre sur des voies qui étaient importantes pour nous et si familières pour lui.

Commandez ce numéro Hors-Série n°6 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves: Milton ERICKSON Version papier épuisée de ce numéro, la version PDF est fournie à la place

Il s’ouvre avec un double éditorial où Patrick Bellet évoque l’apport du Sage de Phœnix comme celle d’ « Un nouveau Copernic »,
puis Thierry Servillat s’imagine écrire une curieuse lettre à Milton, le maître de « L’art de la joie ».
Roxanna Erickson-Klein livre un texte inédit : « Mon père »,
puis Dominique Megglé, biographe attitré, relit à la lumière de notre époque la vie de « Milton Hyland Erickson., le conquérant immobile ».
Jeffrey Zeig, président de la Fondation Erickson, avec un détaillé « Abécédaire des postures éricksoniennes », nous fait percevoir l’essence de cette approche thérapeutique si peu théorisable.
Patrick Bellet traite ensuite, en nous étonnant, « De la nature végétale de l’hypnose ».
L’ « Erickson’s Touch. Quintessence hypnotique » est détaillée par Richard Van Dyck,
avant que Michel Kerouac envisage Milton H. Erickson comme « Un artiste sauveteur. Comme un visionnaire inouï ».
A l’instar d’Erickson qui s’est affranchi de carcans théoriques, il convient avec Maurice Corcos de considérer avec un bel esprit critique ce nouvel ordre mondial psychiatrique qu’est le DSM !

Pour acheter ce numéro de la Revue Hypnose & Thérapies Brèves à l’unité, ou vous abonner, cliquez ici


Philippe AÏM
Psychiatre, Hypnothérapeute, Thérapeute EMDR, Thérapies Brèves.
Responsable pédagogique du CHTIP à Paris, Dirige l’Institut UTHyl à Nancy, membre de la CFHTB Confédération Francophone d'Hypnose et Thérapies Brève. Chargé de Formation dans les hôpitaux de l’AP-HP.
Auteur et conférencier international.
...En savoir plus sur cet auteur




Troubles mentaux: le monde selon DSM.

vendredi 3 août 2018 - 01:22
Un réductionnisme en marche Par le Pr Maurice Corcos, Professeur de psychiatrie infanto-juvénile Paris 5 René Descartes, Chef de Service du Département de Psychiatrie de l’Adolescent et du Jeune Adulte, Institut Mutualiste Montsouris. Docteur en Psychologie. Psychanalyste Revue Hypnose & Thérapies Brèves, Hors-Série n°6 Les simplifications et les limitations qu’a introduit le DSM, manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, d’abord aux États-Unis puis en Europe, dans l’évolution des concepts et des pratiques, dans l’organisation des dispositifs de prévention ou de soins et par là, en définitive, dans la politique de santé, sont majeures. Comme toute tentative scientifique qui doit toujours, pour appréhender le vivant, penser classer, le système DSM a sa légitimité, mais à condition de respecter des limites. Dont celle qui est que classer vient après penser, et non l’inverse.

Le DSM a réintroduit, en effet, un système explicatif où des liens directs sont établis entre les expressions cliniques et les dysfonctionnements supposés du système nerveux. Avec le DSM, les fondements du trouble mental s’inscrivent alors de façon dominante, voire exclusive, au plan neurobiologique : les facteurs d’environnement se trouvent réduits à l’événementiel ou au stress : ils ne pourraient alors jouer qu’un rôle secondaire. Il y a évidemment des vulnérabilités biologiques et des traumatismes précoces, durables, et violents qui compromettent gravement le futur de quelqu’un. Mais il existe toujours des facteurs de résilience, qui sont eux plus difficiles à appréhender. Ceux-là et la question plus vaste des ressources internes, des autoérotismes et de leur impact sur la mobilité psychique sont totalement éludés par le système DSM.

C’est en suivant le patient longtemps que l’on comprend comment il réagit, se mobilise, se rétracte, se retire, se retranche. Car l’Homme, in fine, n’a rien de définitif ! Le système DSM ne cherche pas à étudier le film de l’histoire, il n’examine que les photos.

L’effort d’objectivation et de quantification réalisé par le DSM fait apparaître, en filigrane, l’influence de normes sociétales devenues dominantes : vis-à-vis du sujet réputé normal, le malade mental apparaît, par un côté, comme une menace, par un autre, comme un perdant. Selon ces orientations, les critères établis sont pour le clinicien un répertoire obligé et « donné du dehors » qu’il doit appliquer en suivant un « arbre de décision » qui mène, immanquablement, au diagnostic, sans qu’une alternative soit laissée qui permettrait d’apprécier la singularité du cas. Avec le DSM, on entre ou non dans le cadre...

En réalité, la catégorisation établie de cette manière n’est pas discriminante ; elle ne permet même pas de marquer l’écart entre les manifestations qui caractérisent les pathologies avérées et des expressions que l’on peut rencontrer dans le cours du développement normal (anxiété, humeurs, retard, incivilités, etc.) puisque celles-ci se retrouvent incluses parmi « les troubles ».

Dans ces conditions, un sujet se trouve souvent concerné par des critères appartenant à deux ou plusieurs catégories du DSM : en pareil cas, plutôt que de s’interroger sur la façon dont les multiples manifestations peuvent s’articuler afin de donner éventuellement corps à un ensemble significatif, le clinicien soumis aux règles du DSM se borne à juxtaposer des catégories en arguant d’une « comorbidité ».

Commandez ce numéro Hors-Série n°6 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves: Milton ERICKSON Version papier épuisée de ce numéro, la version PDF est fournie à la place

Il s’ouvre avec un double éditorial où Patrick Bellet évoque l’apport du Sage de Phœnix comme celle d’ « Un nouveau Copernic »,
puis Thierry Servillat s’imagine écrire une curieuse lettre à Milton, le maître de « L’art de la joie ».
Roxanna Erickson-Klein livre un texte inédit : « Mon père »,
puis Dominique Megglé, biographe attitré, relit à la lumière de notre époque la vie de « Milton Hyland Erickson., le conquérant immobile ».
Jeffrey Zeig, président de la Fondation Erickson, avec un détaillé « Abécédaire des postures éricksoniennes », nous fait percevoir l’essence de cette approche thérapeutique si peu théorisable.
Patrick Bellet traite ensuite, en nous étonnant, « De la nature végétale de l’hypnose ».
L’ « Erickson’s Touch. Quintessence hypnotique » est détaillée par Richard Van Dyck,
avant que Michel Kerouac envisage Milton H. Erickson comme « Un artiste sauveteur. Comme un visionnaire inouï ».
A l’instar d’Erickson qui s’est affranchi de carcans théoriques, il convient avec Maurice Corcos de considérer avec un bel esprit critique ce nouvel ordre mondial psychiatrique qu’est le DSM !

Pour acheter ce numéro de la Revue Hypnose & Thérapies Brèves à l’unité, ou vous abonner, cliquez ici
Sophie TOURNOUËR
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Thérapies Brèves Orientées Solution, Psychologue.
Exerce dans le Cabinet d'Hypnose, Thérapies Brèves et EMDR de Paris 11.

Chargée de Formation au CHTIP à Paris, à l’Institut Hypnotim à Marseille
Rédactrice web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves.
...En savoir plus sur cette rédactrice


Milton Hyland Erickson : le conquérant immobile.

vendredi 3 août 2018 - 00:56
Avec le Dr Dominique MEGGLÉ, Institut Milton Erickson Marseille-Toulon Revue Hypnose & Thérapies Brèves, Hors-Série n°6 Au fil des ans, Dominique Megglé lit et relit la vie d’Erickson. Sa vision est vivante, donc évolutive. Voici l’actuelle qui met en évidence la détermination d'Erickson à sortir du cadre des préjugés, paradoxalement, reproducteurs et stériles !

Erickson est né en 1901. C’est un descendant de Viking : il le fait savoir à un psychiatre sud-américain, fier de ses origines espagnoles, qui risquait de ne pas payer sa thérapie, comme il l’avait fait avec d’autres collègues. A bon entendeur, salut !

L’ENFANCE À LA FERME

Il est né dans une mine d’or, à Aurum (Nevada), dans une cabane adossée à la montagne. Trois murs en bois, le quatrième en roc. C’était encore l’époque, comme dans les westerns et Lucky Luke de la ruée vers l’or. Comme dans les wes terns et Lucky Luke, la mine d’or ne tient pas ses promesses et elle est désertée par les pionniers. Papa et maman se replient dans le Middle West et deviennent de paisibles fermiers, comme dans Lucky Luke.

A la ferme, l’enfant aide son père. Plus tard, il demandera systématiquement à ses élèves s’ils ont été élevés à la ville ou à la campagne. Cela ne forge pas la même vision du monde. Ses enfants auront leurs potagers, parfois avec des formes bizarres, pas forcément carrées ou rectangulaires. Toute sa vie, il cultivera, et, souvent, son jardin l’intéressera plus encore que ses patients. Le plus curieux est sa collection de cactus démarrée dès son internat en psychiatrie et sans cesse enrichie jusqu’à sa mort. Le cactus pique.

C’est d’un veau qu’il apprit le maniement de la résistance au changement. Son père cherchait à faire entrer un veau dans l’étable en le tirant par le licol. Plus il tirait, plus l’animal faisait pile. Le petit Milton assistait amusé aux efforts désespérés de son père, ce qui exaspérait celui-ci. A la fin, le père excédé dit à Milton : « Vas-y, fais-le entrer dans l’étable, on va voir qui va rire. » Le petit Milton y va et tire de toutes ses forces sur la queue du veau, comme s’il voulait à tout prix l’éloigner de l’étable. La bête se précipite dans l’étable. Il en conclut : quand vous devez résister à deux forces contraires, vous choisirez toujours de résister à la plus faible.

Hiver dans le Middle West, 4 heures du matin. Le petit Milton s’est levé très tôt parce que, quand il s’était couché, il avait commencé à neiger. Il a hâte de voir le spectacle. De sa fenêtre, émerveillé, il contemple la neige épaisse et immaculée qui a complètement enseveli la grand-rue toute rectiligne et il a une idée. Vers 6 heures, les ouvriers se lèvent pour aller au travail qui est à l’autre bout de celle-ci. Il sort et descend toute la rue en zigzags. Il repart à sa fenêtre : ses traces de pas sont là, bien enfoncées dans la neige, dessinant de grandes ondulations à droite et à gauche. Il attend les premiers ouvriers. Tous vont suivre ses pas et ainsi rallonger de deux à trois fois leur parcours, plutôt que d’aller tout droit comme ils le faisaient d’habitude. Quand vous avez donné le stimulus initial, tout le monde vous suit. Par facilité, même si c’est bien plus compliqué. Ils ne s’en rendent pas compte. Ils le font automatiquement.

DE MULTIPLES HANDICAPS

Le petit Milton était dyslexique, daltonien et sourd au rythme.

Pour surmonter sa dyslexie, pour reconnaître les mots, il se plonge tellement dans les dictionnaires qu’il y gagne le surnom de « Monsieur Dictionnaire ». Des fois, il a des flashes qui lui font voir les mots. Plus tard, il dira que ces flashes étaient des hallucinations hypnotiques. De la dyslexie, il tirera son goût pour faire revenir les patients à leurs premiers apprentissages, ceux de la lecture et de l’écriture, comme base solide de la thérapie. Cela, les patients ne peuvent pas nier qu’ils l’ont appris et que maintenant, ils le font sans avoir besoin d’y penser.

Dans les scripts de ses séances d’hypnose établis par Rossi, on voit, ici et là, très nettement sa dyslexie. Devant certaines formulations bizarres d’Erickson, Rossi discernait de subtiles habiletés de communication, alors que, tout simplement, c’était le handicap d’Erickson qui s’exprimait. Celui-ci avait appris à l’utiliser dans l’intérêt de ses patients. Qui mieux qu’un handicapé de la communication pouvait en devenir un génie ?

Daltonien, Erickson a un goût prononcé pour la couleur pourpre. Sur la fin, il agrémentait ses chemises « purple » d’une cravate indienne, ce qui a fait croire aux babas cool californiens qu’il était l’un d’entre eux. Son « purple » est devenu la bannière éricksonienne : les disciples du maître, les Instituts Erickson et les maisons d’édition qui ont publié ses œuvres s’habillent ou habillent leurs livres en « purple » !

Il était incapable de reconnaître une mélodie et la musique était un supplice pour lui. De cette surdité au rythme, Erickson tire une observation visuelle accrue du rythme respiratoire des patients : ce rythme-là, on peut le voir, et Erickson observe minutieusement tous les indices corporels. La poitrine se gonfle, s’affaisse, se gonfle, s’affaisse… Or, si le thérapeute synchronise sa respiration sur celle du patient, il s’établit entre eux une communication d’un mode spécial. A un niveau non verbal, il y a un accord. Le patient n’en est pas conscient. La communication devient hypnotique.

LA POLIOMYÉLITE

A 16-17 ans, il est atteint par la poliomyélite ; les séquelles et les complications de celle-ci le poursuivront jusqu’à sa mort. La maladie commence comme une grippe, mais en quelques heures, les paralysies commencent et s’étendent. C’est la phase d’invasion virale. Si les paralysies touchent les muscles respiratoires, elles tuent le malade. Sinon, au bout de quelques jours, le virus n’est plus nocif, l’extension s’arrête, mais il faut plusieurs mois ou années pour récupérer la motricité. Cette récupération sera toujours incomplète. Il y aura toujours des séquelles.

Nous en sommes à la période d’invasion. Dans le couloir à côté de sa chambre, il entend les médecins dire à sa mère qu’il est perdu, ce qui le révolte : comment oser dire cela à une mère ? Quand elle revient, il lui fait signe qu’il veut voir le soleil et qu’une grosse armoire l’en empêche. Maman déplace l’armoire, mais il n’est jamais satisfait, l’armoire n’est jamais comme il le veut. Elle doit la redéplacer encore et encore. Il est satisfait quand elle est épuisée et va enfin dormir. Il tombe dans le coma et en émerge au bout de trois jours. Rapidement, il prend conscience de l’étendue de ses paralysies.

Un peu plus tard, il se rend compte qu’il peut faire lui-même sa rééducation. En autodidacte, il découvre la réalité et la puissance de phénomènes décrits une trentaine d’années avant par les chercheurs en hypnose de l’école de… Nancy ! Ce sont les phénomènes idéomoteurs : Milton repose dans la chaise à bascule où on l’a placé. Il a une simple mais très forte envie de regarder par la fenêtre qui est sur le côté. Sa chaise se met à basculer ! Pourtant, il est entièrement paralysé. La représentation du mouvement dans sa tête a suffi à mobiliser des faisceaux musculaires qu’il ne pouvait pas contracter volontairement. Dès lors, il utilise « sa » méthode muscle par muscle, groupe musculaire par groupe musculaire, articulation par articulation. L’observation de sa plus jeune sœur, bébé à ses pieds, qui, elle aussi, apprend à marcher le stimule. Il apprend beaucoup d’elle pour diriger sa rééducation.

De plus, Milton s’est fixé un objectif : quand il aura récupéré la marche, il fera un raid en canoë de plusieurs milliers de miles avec un ami. Au dernier moment, l’ami fait faux bond, effrayé par l’exploit. Milton part seul. Il fera son raid. Là, nous avons des observations savoureuses : comment il se met à la traîne des steamers sur le Mississippi à l’heure du déjeuner pour avoir des miettes de repas, comment il s’arrange pour qu’on l’aide le soir à traîner son canoë sur la rive parce qu’il n’en a pas la force. Il commence la « communication indirecte », d’autres diraient la manipulation. De la poliomyélite, il garde une séquelle, la boiterie, et surtout un grand amour de la vie.

LES ÉTUDES ET LE CONFLIT AVEC HULL

Il fait ses études de médecine et se spécialise en psychiatrie. Pendant son internat, il commence sa collection de cactus et se marie une première fois. Il a trois enfants de sa première femme, dont il divorce assez rapidement. Il a la garde de ses enfants. Dans l’hagiographie éricksonienne, il y a un black-out total sur ce premier mariage. Impossible de savoir. Probablement beaucoup de souffrance. C’est l’époque d’un très dur, et inattendu, conflit professionnel. Son patron de psychiatrie, Clark Hull, l’estime et lui aussi l’estime. Hull mène des recherches sur l’hypnose dans son laboratoire expérimental. Erickson est enthousiasmé par la liberté d’esprit de celui-ci, à un moment où l’hypnose est interdite. Il découvre que tout ce qu’il avait fait sur lui-même pour sa rééducation, Hull l’appelait hypnose. Sans l’avoir su, il avait fait sur lui-même beaucoup d’hypnose et la connaissait d’expérience.


Commandez ce numéro Hors-Série n°6 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves: Milton ERICKSON Version papier épuisée de ce numéro, la version PDF est fournie à la place

Il s’ouvre avec un double éditorial où Patrick Bellet évoque l’apport du Sage de Phœnix comme celle d’ « Un nouveau Copernic »,
puis Thierry Servillat s’imagine écrire une curieuse lettre à Milton, le maître de « L’art de la joie ».
Roxanna Erickson-Klein livre un texte inédit : « Mon père »,
puis Dominique Megglé, biographe attitré, relit à la lumière de notre époque la vie de « Milton Hyland Erickson., le conquérant immobile ».
Jeffrey Zeig, président de la Fondation Erickson, avec un détaillé « Abécédaire des postures éricksoniennes », nous fait percevoir l’essence de cette approche thérapeutique si peu théorisable.
Patrick Bellet traite ensuite, en nous étonnant, « De la nature végétale de l’hypnose ».
L’ « Erickson’s Touch. Quintessence hypnotique » est détaillée par Richard Van Dyck,
avant que Michel Kerouac envisage Milton H. Erickson comme « Un artiste sauveteur. Comme un visionnaire inouï ».
A l’instar d’Erickson qui s’est affranchi de carcans théoriques, il convient avec Maurice Corcos de considérer avec un bel esprit critique ce nouvel ordre mondial psychiatrique qu’est le DSM !

Pour acheter ce numéro de la Revue Hypnose & Thérapies Brèves à l’unité, ou vous abonner, cliquez ici
Laurence ADJADJ
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Thérapies Brèves, Psychologue.
Formatrice en Hypnose Ericksonienne, EMDR, Thérapies Brèves Orientées Solution à l’Institut Hypnotim de Marseille, dont elle est Présidente Fondatrice.
Exerce dans le Cabinet d'Hypnose, Thérapies Brèves et EMDR de Marseille 13006
Conférencière au sein des congrès de la CFHTB, Confédération Francophone d'Hypnose et Thérapies Brèves.
Rédactrice web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves… En savoir plus sur cette rédactrice


Hypnose: stupeur et effondrement. Dr Patrick Bellet

jeudi 2 août 2018 - 23:13
Par le Dr Patrick BELLET, rédacteur en chef de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves. Président de l'Institut Milton Erickson d'Avignon (Vaison La Romaine) Les galets oubliés de Vaison-la-Romaine
Cela commence comme une nouvelle du temps jadis, dans l'âpre Provence de Jean Giono. Mais, un mauvais jour de l'automne 1992, Patrick Bellet est, comme tous les habitants de la belle ville de Vaison-la-Romaine, brutalement ramené au présent. Il fallait qu'il nous raconte.

Adrien, ce jour-là, s’était levé à 5 heures comme d’habitude, un jour comme les autres… le 21 août 1616. Après avoir attelé la charrue, il se dirige vers les basses terres, celles près de la rivière, l’Ouvèze. D’un accès plus aisé, limoneuses et caillouteuses, elles donnent le meilleur rendement, mais au prix d’un travail besogneux. La charrue trace des sillons inégaux parmi les galets que les crues précédentes ont laissés.

Dans la lumière desséchée du calcaire, Paco, le cheval, peine avec vaillance et résignation. Cependant, ce mois d’août est lourd, une atmosphère épaisse et moite rend nerveux hommes et bêtes. Mireille, sa femme, s’agace pour un rien. Les soldats qui cantonnent au Grand Mas, oisifs et jouisseurs, commencent à se montrer rebelles à la discipline. Même les lézards d’ordinaire si placides semblaient chercher, fébriles, quelque abri tranquille.

Ce jour ne s’annonce pas comme les autres.

Au détour du verger d’amandiers, près de la chapelle Saint-Vincent, Robert, assis sur le muret, est inquiet. Indécis, il hésite à descendre vers la rivière. Une tension confuse peu à peu s’immisce.

Menaçante.

Soudain, un craquement étrange, minéral, suivi d’un roulement sourd, fracasse la vallée. Les gouttes comme des fruits denses et flasques bombardent le sol croûteux.

Très vite, Adrien comprend que cet orage n’est pas ordinaire ; il est près de la berge, trop près peut-être et une demi-lieue de caillasses le sépare du chemin.

Au moment où il comprend le danger, une image étrange s’impose : les ondulations immobiles des collines de Séguret, de Rasteau, de Sablet semblent s’animer, comme si elles rampaient. D’une reptation monstrueuse, bouillonnante, dévorante.

Les moindres ruisseaux deviennent torrents dans lesquels s’abîment arbres et rochers, béliers à l’assaut des pauvres cabanons qui ont le malheur de se croire refuges. Ce flot inouï dévale de partout. Paco trébuche, ses fers glissent sur les galets qui eux-mêmes roulent les uns sur les autres si vite qu’ils semblent flotter. Le ciel sanglote.

Pauvre Paco ! Adrien court et s’accroche in extremis à un vieux chêne noueux. Mais que peut faire Adrien pour son cheval ? Hélas ! Paco est englouti, entravé par la charrue. Les enfants qui gardent les chèvres près du moulin disparaissent eux aussi à jamais ; également les filles de Gabriel et leur cueillette de figues sombrent dans les tourbillons. L’orage a frappé ! Par surprise. Beaucoup moururent ce jour-là.

Adrien, inconsolable, ne pense plus qu’à son cheval qu’il n’a pu sauver. Jour et nuit il entend ses hennissements d’agonie.

Le temps s’est arrêté ce jour-là, 21 août 1616, dans la vallée de l’Ouvèze, près de Vaison. Il ne reste que quelques traces, quelques cailloux plus nombreux à blanchir au creux de certains méandres. Des galets dans les vignes. Qui se souviendra de ce déferlement ? Qui se souvient de ces orages où les nuages plissent les montagnes ?

Ce matin-là, le 22 septembre 1992, Vaison s’apprête à l’automne : promotions commerciales, rentrée scolaire et autres préoccupations du monde et du temps. Vaison dort dans le lit de sa rivière, l’Ouvèze, et croit l’avoir soumise à ses désirs.

Ce jour-là, les nuages se rassemblent, ils viennent de toutes parts à ce rendez-vous barbare de noces sauvages. Le ciel est laiteux, d’un ton de craie déjà sale. De déjà vu ! Plus de trois siècles plus tard…

Vaison-la-Romaine a oublié de regarder les signes. Les augures minéraux dispersés entre les ceps. Vaison ne tient pas compte du temps qui fait, qui passe.

L’évidence de ses lits anciens d’hybridation prodigieuse, l’abrasion tumultueuse de ses berges et de ses cailloux roulés au creux des vignes sont comme autant de balises d’une fécondation titanesque. A midi, au zénith, la lumière s’éclipse et les montagnes versent leurs trop-pleins. Par surprise ! Encore ! Bientôt l’eau s’accumule en amont du pont, encercle le camping et l’avale. Cet étranglement forcé propulse le flot à travers la ville, emporte la cantine, cerne l’école et noie le lotissement bâti dans son cours. A 18 heures tout est dit.

L’Ouvèze a regagné son étiage habituel comme si de rien n’était… Pour beaucoup la vie s’est arrêtée. Et pas seulement pour les morts. Ce pont que l’on qualifiera de « brave » enjambe la rivière à dix-sept mètres de haut. Ce n’est pas un hasard. Le décapage, dû à ce flux, mit en évidence les restes de quais antiques, témoins d’une activité fluviale intense. Amnésie. Oui, amnésie ancienne. Distorsion du temps, croire à de petites échelles de temps. Croire que notre temps humain est LE temps. Une sidération mentale, inintelligibilité de l’événement, par une violente dissociation crée une distorsion d’échelle ! La cause d’un tel désastre est dans l’oubli de l’enseignement de la nature. Et de bâtir dans le lit de la rivière comme dans l’axe d’un couloir d’avalanche. Dérisoire et funeste observation du profit immédiat ! Beaucoup de patients ont dans des proportions variables souffert d’asthénie, de troubles du sommeil, de culpabilité, de dépréciation de soi. Dépression ou autre diagnostic ? Celui de névrose post-traumatique peut être évoqué sur les critères diagnostiques suivants :

• Victime ou témoin direct d’un traumatisme brutal (guerre, viol, agression physique et/ou psychique, accident, catastrophe, etc.).

• Reviviscence de l’événement traumatique, notamment sous la forme de cauchemars.

• Évitement et émoussement des émotions jusqu’à une insensibilité émotionnelle, repli sur soi-même et fuite de ses proches.

• État d’hyperexcitabilité, de qui-vive ; impression de danger imminent.

• Apparition des troubles après une période de latence asymptomatique.

Certains signes de l’état de stress post-traumatique s’apparentent, de manière analogique, à un état hypnotique. La reviviscence de l’événement traumatique correspond à ce que nous appelons une distorsion subjective du temps. La surprise, l’effroi opèrent une dépotentialisation de la conscience qui imprime l’expérience traumatique hors de toute atteinte volontaire de la personne, une fois qu’elle est revenue à son état habituel de la conscience (Megglé, 1989). Nous décrivons dans l’état de stress post-traumatique une modification subjective de l’écoulement du temps : le patient est figé dans le passé, un passé restreint à l’événement traumatique avec toutes les composantes sensorielles qui accompagnaient le traumatisme. Le temps est arrêté. Cette reviviscence permanente, comme un film qui tourne sans arrêt, isole la personne de l’« ici et maintenant ». Le traitement sera axé sur les dimensions temporelles, de façon à interrompre les processus envahissants. Erickson enseignait que l’apprentissage le plus important portait sur le niveau inconscient, et c’est l’un des avantages de l’hypnose que d’agir sur ce plan dans lequel la métaphore est une technique de choix, bien sûr, accompagnée d’autres modalités rhétoriques pour la rendre thérapeutique. Le 22 septembre 1992, une inondation historique dévasta la vallée de l’Ouvèze et, particulièrement, la ville de Vaison-la- Romaine.

Cette catastrophe survint avec une soudaineté et une violence telles que la montée des eaux tua trente-sept personnes et entraîna d’importantes conséquences sur le plan émotionnel, psychologique et matériel. Cette catastrophe nous a contraints à trouver des stratégies thérapeutiques adaptées à la situation d’un point de vue général, puis avec quelques cas cliniques. Parmi ces stratégies, la mise en route d’une dynamique de prévention des retentissements psychologiques par un groupe de professionnels de santé sur une durée d’une année lors d’une catastrophe est, à notre connaissance, la seule expérience de ce type en France. Nous avons organisé, dans les trois semaines qui ont suivi la catastrophe, une réunion destinée à tous les professionnels de santé (médecins, infirmières, psychologues, orthophonistes, etc.) des secteurs privé et public de Vaison-la-Romaine et des environs.

Le but de cette réunion, principalement animée par nos confrères alors en poste à HIA Desgenettes de Lyon, les Drs Maurice Reitter et Philippe Villien, et Jean-François Roy, psychologue, était d’informer et de sensibiliser ce public professionnel à la pathologie des états de stress. Lors de cette soirée un questionnaire a été distribué dans lequel étaient décrits les signes pathognomoniques de l’état de stress. Ce questionnaire avait plusieurs fonctions : être à la fois une sorte de fiche diagnostique et une occasion de trier, parmi les patients rencontrés, ceux qui pouvaient présenter, déjà, des signes évocateurs de stress post-traumatique. Il pouvait soit être gardé, soit rendu à la fin de la réunion pour participer à un groupe de travail. Ce groupe, dont l’effectif a varié entre quinze et vingt-trois personnes, coanimé avec le Dr Jean-Claude Espinosa, s’est réuni approximativement toutes les six semaines jusqu’à la date anniversaire de la catastrophe.

Notre travail a consisté à partager des informations sur l’évolution psychologique de nos patients touchés par la catastrophe et d’envisager des dispositions pratiques de prise en charge thérapeutique.

Commandez ce numéro Hors-Série n°5 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves: la Dépression “Dépression et après ?“ Edito de Patrick Bellet.
“Un enjeu anthropologique“ Introduction de Thierry Servillat
“L’Acédie. L’extinction de la voie intérieure“. Jacques-Antoine Malarewicz
“Lorsque la dépression paraît… Premiers soins maternels“. Armelle Touyarot
“Peut mieux faire ! Ou comment déprimer à l’école. Orthophoniste multi-tâches, Amer Saffiédine
“De la couleur avant toute chose. Sept modèles de changement dans la dépression“. Claude Virot
“Comment ne plus déprimer. De la loyauté à la dépression“. Bruno Dubos
“Ex libris “ la bibliothèque des lecteurs. Les livres qui ont compté pour nos lecteurs.
“L’avenir de la psychothérapie en hypnose“. La rubrique Humeur de ce n° a été confiée à Stephen Lankton, rédacteur en chef de l’American Journal of Clinical Hypnosis. Il nous interroge sur « la preuve scientifique » et « le bon sens » dans le domaine de l’hypnose. Traduction d’Armelle Touyarot.

Pour acheter ce numéro de la Revue Hypnose & Thérapies Brèves à l’unité, ou vous abonner, cliquez ici

Dr Patrick BELLET
Hypnothérapeute, Médecin Généraliste.
Président de l’Institut Milton Erickson Avignon
Conférencier International
Ancien Rédacteur en chef de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves.
Past-Président de la CFHTB, Confédération Francophone d’Hypnose et Thérapies Brèves
Enseignant dans le D.U. de Sexualité Humaine de la Faculté de Médecine Paris XIII-Bobigny et dans le D.U. d’Hypnose médicale de la Faculté de Médecine de Montpellier.
Enseigne l’hypnose à l’Université Louis Pasteur de Strasbourg…

De la loyauté à la trahison. Comment ne plus déprimer ?

jeudi 2 août 2018 - 22:50
Par le Dr Bruno Dubos, Psychiatre et psychothérapeute. Formateur en hypnose et thérapie brève, superviseur pour Emergences Rennes, l’Institut de Médecine Psychosomatique d’Hypnose Clinique et de Thérapie Brève et l’AFEHM. Puissant facteur d’humanisation et d’organisation sociale, la loyauté peut devenir pathogène lorsqu’elle nous lie à une personne, le plus souvent un parent, qui est en difficulté. Bruno Dubos nous en explique les mécanismes ainsi que des possibilités thérapeutiques en présentant le cas de Marc.

Pendant mes années de formation au métier de psychiatre, la « dépression » m’a toujours été présentée et enseignée :

Selon des critères de « maladie ».

Réunion d’un certain nombre de symptômes regroupés en syndrome, et pouvant être mesurés par des échelles de gravité.

 Selon des critères évolutifs.

Le passage à la chronicité étant considéré (à juste titre) comme la modalité évolutive la plus fréquente, redoutée par les médecins car elle signe le plus souvent l’impossibilité de guérison.

Selon des critères de réponse aux chimiothérapies.

J’ai appris à en repérer tous les signes en me focalisant sur l’individu porteur des symptômes... jusqu’à ma rencontre avec l’hypnose et les systèmes relationnels. L’individu n’était plus seulement « écouté » dans sa souffrance mais pris en compte en tant que personne possédant des apprentissages relationnels et émotionnels, en relation avec sa famille d’origine, ses ancêtres (l’histoire et les mythes familiaux). Une personne qui s’inscrit, comme tout un chacun, dans un processus évolutif l’amenant à passer du statut de bébé à un état de petit garçon ou de petite fille, puis à accéder successivement à l’adolescence et à l’âge adulte. Chaque étape est l’occasion, pour l’individu et son entourage, de bouleversements émotionnels, relationnels ; étape qui nécessite l’acquisition de « compétences » pour mener à bien cette maturation.

Ma rencontre m’a amené à une vision beaucoup plus globale, celle de la complexité du patient et de son système relationnel. Complexité décrite, pendant mon apprentissage de psychiatre, sous le vocable laconique de « facteurs environnementaux et constitutionnels de fragilité... ».

LE CAS DE MARC

Présentation

Marc a 21 ans. C’est sa mère qui prend le rendez-vous...

Marc y vient seul. Il est voûté et semble au ralenti, vieilli prématurément. Marc ne cadre pas avec l’image ordinaire que je peux avoir d’un jeune homme de vingt ans. Sa gestuelle est pauvre et peu expressive.

Il m’explique d’emblée qu’il a vu un psychiatre pendant un an et demi pour, d’après son médecin, une dépression mélancolique. Il a pris plein de médicaments et les a arrêtés, il y a trois mois, parce qu’ils étaient inefficaces et le rendaient malade... « Je n’ai plus d’idées noires mais j’ai des angoisses tout le temps ».

Lorsque je lui demande quelles en sont les conséquences, il m’explique qu’il ne sort quasiment plus, n’est plus scolarisé depuis le début des problèmes, ne voit plus ses amis : «Je fais juste un peu d’ordinateur et je regarde des séries à la télé ».

Le courrier du médecin traitant (fort décourageant par ailleurs) m’informe que Marc présente une dépression chronique mélancolique résistante, ayant fait envisager une prescription de neuroleptique, idée abandonnée suite au refus de son patient et à la non observance des traitements proposés.

Première intervention et hypothèse diagnostique

Je demande à Marc deux choses :

Quand, selon lui, les problèmes ont-ils commencé ? Il m’informe du décès de son père il y a trois ans, à l’âge de soixante ans, d’un cancer. Quel serait, selon lui, le plus petit changement possible compte tenu de son état ? « J’aimerais pouvoir me concentrer un peu plus sur l’ordinateur.»

Si nous restons dans des considérations purement individuelles, le diagnostic est incontestable, sans appel et décourageant : Marc présente des symptômes typiques de dépression, ce syndrome évolue depuis plus de six mois et est résistant aux médicaments antidépresseurs correctement administrés sur plusieurs mois avant l’arrêt spontané par le patient.

Mais si, pendant un instant, nous abandonnons cette métaphore fermée en regardant Marc de façon plus globale, il apparaît une toute autre histoire que j’appellerai «le processus d’arrêt de Marc». Son enfance et son adolescence se sont déroulées sans problèmes majeurs. Il est fils unique d’un couple où il existe quinze ans de différence d’âge.

Son père, qui n’avait pas eu d’enfant avant la rencontre avec la mère de Marc, a fait la connaissance de celle-ci lorsqu’elle était jeune. Marc me dit que son père, aisé financièrement, prenait beaucoup soin de sa femme et un peu moins de lui, son fils. Cela le peinait un peu mais Marc avait ses amis, faisait beaucoup de sport et passait donc assez peu de temps à la maison.

Survient le décès du père, très rapide, six mois après le diagnostic initial. Marc a été affecté bien sûr par cette disparition mais sa mère est entrée, semble-t-il, dans une dépression grave (hospitalisation, traitement antidépresseur, arrêt de travail de plus de 6 mois). « Elle avait très peur qu’on se trouve à la rue. C’était bizarre car je sais que mon père avait plein d’assurances- vie ».

C’est dans ce contexte que Marc s’est mis à ne plus dormir, à faire des cauchemars, des crises de panique à l’école qui l’obligent à rentrer à la maison. Les idées noires se sont installées et la suite s’est enchainée inexorablement.

La vie physique et psychique est un continuum permanent marqué par des cycles de changement qui correspondent à des étapes de maturation, à l’acquisition de compétences relationnelles et émotionnelles.

Le processus d’arrêt

Une particularité simple et évidente est que, pendant toute notre vie, nous sommes dans « le mouvement » : grandir, quitter la maison, faire des projets, construire une famille. Somme toute, avancer dans sa vie. Ce processus naturel s’est arrêté pour Marc à un cycle de sa vie (post adolescence) où il aurait dû prendre son envol : Marc s’est arrêté.

Dans l’approche de tout problème, je ne me pose pas la question du pourquoi des problèmes mais :

Quelle est l’étape de la vie du patient à laquelle sont survenus des changements majeurs, des ruptures du continuum. Comment le problème se perpétue et s’entretient. Que se passerait-il si les symptômes disparaissaient ?

Claude Virot a remarquablement développé la notion de dépression instable, chaotique, aiguë, propice aux changements, par opposition aux dépressions stables et chroniques qui traduisent souvent une impossibilité à trouver des solutions et des ressources pour passer à une autre étape de sa vie.


Commandez ce numéro Hors-Série n°5 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves: la Dépression “Dépression et après ?“ Edito de Patrick Bellet.
“Un enjeu anthropologique“ Introduction de Thierry Servillat
“L’Acédie. L’extinction de la voie intérieure“. Jacques-Antoine Malarewicz
“Lorsque la dépression paraît… Premiers soins maternels“. Armelle Touyarot
“Peut mieux faire ! Ou comment déprimer à l’école. Orthophoniste multi-tâches, Amer Saffiédine
“De la couleur avant toute chose. Sept modèles de changement dans la dépression“. Claude Virot
“Comment ne plus déprimer. De la loyauté à la dépression“. Bruno Dubos
“Ex libris “ la bibliothèque des lecteurs. Les livres qui ont compté pour nos lecteurs.
“L’avenir de la psychothérapie en hypnose“. La rubrique Humeur de ce n° a été confiée à Stephen Lankton, rédacteur en chef de l’American Journal of Clinical Hypnosis. Il nous interroge sur « la preuve scientifique » et « le bon sens » dans le domaine de l’hypnose. Traduction d’Armelle Touyarot.

Pour acheter ce numéro de la Revue Hypnose & Thérapies Brèves à l’unité, ou vous abonner, cliquez ici





Laurence ADJADJ
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Thérapies Brèves, Psychologue.
Formatrice en Hypnose Ericksonienne, EMDR, Thérapies Brèves Orientées Solution à l’Institut Hypnotim de Marseille, dont elle est Présidente Fondatrice.
Exerce dans le Cabinet d'Hypnose, Thérapies Brèves et EMDR de Marseille 13006
Conférencière au sein des congrès de la CFHTB, Confédération Francophone d'Hypnose et Thérapies Brèves.
Rédactrice web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves… En savoir plus sur cette rédactrice


Dépression: un enjeu anthropologique majeur. Dr Thierry Servillat

jeudi 2 août 2018 - 22:14
Par le Dr Thierry SERVILLAT, rédacteur en chef Le traitement de la dépression est un enjeu anthropologique majeur. L’extension massive de la prescription des médicaments antidépresseurs, et aussi des thymorégulateurs, pose un certain nombre de questions dont je ne retiendrai que quelques-unes.

Les pays qui connaissent ce phénomène vivent-ils une épidémie ? Je ne crois pas. Nous assistons plutôt à une banalisation de pratiques dont beaucoup savent, non sans anxiété, qu’elles ne se fondent pas sur des bases scientifiques – et nous sommes bien sûr en plein euphémisme – bien solides. Le plus grave dans tout cela est qu’il n’est évidemment pas question de juger qui que ce soit, et surtout pas les médecins généralistes confrontés à des demandes d’aide qui incluent dans leurs genèses des souffrances pour lesquelles leurs (toujours plus) longues études ne leur a rien appris d’autre que de prescrire. L’utilité de ces médicaments existe, c’est évident. Dans certains cas les patients sont inaccessibles au dialogue, et même à la communication effectuée par le plus compétent thérapeute. L’entourage interrogé n’évoque aucun mécanisme particulier qui aurait plongé le patient dans ce renoncement et cet abandon qui caractérisent la dépression. Une dérégulation biologique paraît seule intervenir. Le médicament est alors le bienvenu, qui apaise la douleur morale et l’éventuelle agitation, voire qui relance le fonctionnement vital de la personne.

Dans d’autre cas ce qui se passe est évident, pour peu qu’on prenne le temps de poser quelques questions et d’écouter les réponses données : il y a un deuil, un stress causé par un conflit au travail, dans la famille, ou avec une personne disparue, un épuisement énergétique dû à une trop longue lutte, une immaturité amenant à une poursuite toujours plus décevante d’objectifs irréalistes, un état post-traumatique …

Les auteurs qui ont écrit pour ce Hors-Série ont un fort tempérament. Ce n’est pas un hasard. Ils sont psychiatres, psychologue, médecin généraliste, orthophoniste, sage-femme, et ils ont une vision de l’être humain qui n’est pas purement mécanique ni biologique. Ils remettent (Jacques- Antoine Malarewicz) le concept de dépression dans l’histoire des concepts médicaux, montrent de la compassion pour les femmes qui donnent la vie (Armelle Touyarot) et les victimes de catastrophes (Patrick Bellet). Ils dénoncent la violence de notre société envers certains de nos enfants (Amer Safiéddine). En racontant leur itinéraire (Claude Virot) ils exposent combien devenir un vrai thérapeute de l’humain est un long chemin faits d’efforts, de persévérance.

Combien il y a de difficultés à surmonter pour parvenir à la joie d’être thérapeute. La colère fait bien souvent partie des émotions que vivent nos patients déprimés.


Commandez ce numéro Hors-Série n°5 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves: la Dépression “Dépression et après ?“ Edito de Patrick Bellet.
“Un enjeu anthropologique“ Introduction de Thierry Servillat
“L’Acédie. L’extinction de la voie intérieure“. Jacques-Antoine Malarewicz
“Lorsque la dépression paraît… Premiers soins maternels“. Armelle Touyarot
“Peut mieux faire ! Ou comment déprimer à l’école. Orthophoniste multi-tâches, Amer Saffiédine
“De la couleur avant toute chose. Sept modèles de changement dans la dépression“. Claude Virot
“Comment ne plus déprimer. De la loyauté à la dépression“. Bruno Dubos
“Ex libris “ la bibliothèque des lecteurs. Les livres qui ont compté pour nos lecteurs.
“L’avenir de la psychothérapie en hypnose“. La rubrique Humeur de ce n° a été confiée à Stephen Lankton, rédacteur en chef de l’American Journal of Clinical Hypnosis. Il nous interroge sur « la preuve scientifique » et « le bon sens » dans le domaine de l’hypnose. Traduction d’Armelle Touyarot.

Pour acheter ce numéro de la Revue Hypnose & Thérapies Brèves à l’unité, ou vous abonner, cliquez ici
Dr Thierry SERVILLAT
Hypnothérapeute, Psychiatre.
Président de l’Institut Milton Erickson Rezé
Conférencier International
Ancien Rédacteur en chef de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves.
Past-Président de la CFHTB, Confédération Francophone d’Hypnose et Thérapies Brèves

L’avenir de la psychothérapie en hypnose.

jeudi 2 août 2018 - 21:58
Revue Hypnose & Thérapies Brèves, Hors-Série n°5 Par Stephen LANKTON, Psychothérapeute à Phoenix (Arizona, USA). Traduction Armelle TOUYAROT Dans le domaine de la psychothérapie, l’hypnose souffre d’une insuffisance d’études randomisées. Nous disposons d’un grand nombre d’études de cas et de comptes rendus anecdotiques qui rapportent l’utilisation fructueuse de l’hypnose dans le cadre de la psychothérapie. Nous avons aussi nombre d’études empiriques qui illustrent l’efficacité de l’hypnose avec des variantes selon les individus qui réussissent différemment sur les échelles de Harvard et Stanford, etc. Ce que nous n’avons pas, ce sont de nombreux essais randomisés, contrôlés, en double aveugle, en simple aveugle, des analyses chronologiques de groupe unique, des études contrôlées par placebo et/ou des méta-analyses.

Pourquoi est-ce important ? De plus en plus, les organisations, qu’il s’agisse de l’OMS, des programmes d’enseignement médical, des programmes universitaires de praticiens en santé mentale diplômés en travail social, psychologie et conseil, ont besoin d’être sûres que les techniques et les interventions qu’ils pratiquent soient validées par les meilleurs moyens possibles.

Par manque de ce type d’études, le soutien essentiel à l’hypnose n’a pas vu le jour. Comme la société évolue vers une demande de plus en plus importante de rendre des comptes, les interventions les plus faciles à étudier vont prendre le dessus.


Pourtant, un de mes collègues, Bradford Keeney, se plaignait récemment du manque d’esprit, de cœur, d’âme, dans la thérapie moderne qui se doit d’être « basée sur la preuve ». Il se demandait si l’on devrait aussi, par dessus le marché, exiger la « religion basée sur la preuve » et la « musique basée sur la preuve » ! Sa remarque mérite d’être prise en compte. Dans notre domaine, nous devons continuer à innover, improviser, créer. Et tout développement de ce genre sera toujours en avance sur la recherche pour confirmer son efficacité.

Alors, que devons-nous faire ? Les recherches de ce type dont nous avons besoin dans le domaine de l’hypnose coûtent à la fois du temps et de l’argent. Il est probable qu’aucun des lecteurs de cet article ne puisse se permettre de mener les recherches nécessaires dans leur vie affairée et stressante. Personnellement, je ne connais pas plus d’une poignée d’individus capables de fournir ce qui est requis alors même que je compte parmi mes connaissances un large éventail de collègues.

Commandez ce numéro Hors-Série n°5 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves: la Dépression “Dépression et après ?“ Edito de Patrick Bellet.
“Un enjeu anthropologique“ Introduction de Thierry Servillat
“L’Acédie. L’extinction de la voie intérieure“. Jacques-Antoine Malarewicz
“Lorsque la dépression paraît… Premiers soins maternels“. Armelle Touyarot
“Peut mieux faire ! Ou comment déprimer à l’école. Orthophoniste multi-tâches, Amer Saffiédine
“De la couleur avant toute chose. Sept modèles de changement dans la dépression“. Claude Virot
“Comment ne plus déprimer. De la loyauté à la dépression“. Bruno Dubos
“Ex libris “ la bibliothèque des lecteurs. Les livres qui ont compté pour nos lecteurs.
“L’avenir de la psychothérapie en hypnose“. La rubrique Humeur de ce n° a été confiée à Stephen Lankton, rédacteur en chef de l’American Journal of Clinical Hypnosis. Il nous interroge sur « la preuve scientifique » et « le bon sens » dans le domaine de l’hypnose. Traduction d’Armelle Touyarot.

Pour acheter ce numéro de la Revue Hypnose & Thérapies Brèves à l’unité, ou vous abonner, cliquez ici

Laurence ADJADJ
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Thérapies Brèves, Psychologue.
Formatrice en Hypnose Ericksonienne, EMDR, Thérapies Brèves Orientées Solution à l’Institut Hypnotim de Marseille, dont elle est Présidente Fondatrice.
Exerce dans le Cabinet d'Hypnose, Thérapies Brèves et EMDR de Marseille 13006
Conférencière au sein des congrès de la CFHTB, Confédération Francophone d'Hypnose et Thérapies Brèves.
Rédactrice web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves… En savoir plus sur cette rédactrice


Peut mieux faire ! La dépression à l'école.

jeudi 2 août 2018 - 21:41
Par Amer SAFIEDDINE, Orthophonie neuro-sensori-motrice. Hypnose. Revue Hypnose & Thérapies Brèves, Hors-Série n°5 Orthophoniste multi-tâches, Amer Safiéddine est en première ligne pour aider les enfants à s'exprimer. Bien souvent, il butte malheureusement sur un obstacle : l'EDES (État Dépressif de l'Enfant Scolarisé) DÉFINITION :

Nous entendons par dépression la perte ou la diminution de l’énergie vitale et positive, mentale, psychique et physique chez un individu. Cet état peut être momentané, situationnel, de longue durée, voire permanent. Chez d’autres, il peut apparaître sous la forme d’une instabilité, d’une hyperactivité ou d’un trouble du comportement.

Avant d’être permanent, l’EDES est un état qui se reconnaît par un sentiment d’abattement récurrent, de résignation et de tristesse propre à l’enfant scolarisé. C’est cet enfant qui semble comme “vidé” de son énergie, ou dans un état d’excitation excessive dès l’instant où il est en contact avec une idée ou une action scolaire. Cet état disparaît souvent hors contexte scolaire ou de pression de nature scolaire.

SYMPTÔMES :

Ils sont divers, de nature technique, émotionnelle ou comportementale.

Symptômes techniques :

- Difficultés scolaires

- Troubles de l’attention

- Troubles de la mémoire

Symptômes émotionnels :

- Anxiété, stress

- Troubles du sommeil (peurs, cauchemars...)

- Maux de ventre

- Maux de tête

- Troubles alimentaires

- Phobie de l’école

–Tristesse

- Tics et tocs

Symptômes comportementaux :

- Surexcitation

- Hyperactivité

- Troubles relationnels avec ses congénères (agressivité, violence, isolement…)

- Troubles du comportement avec les adultes (relation conflictuelle à l’autorité, mensonges, transgressions, violence...).

THÉRAPIES :

Avec une approche orthophonique globale, posturale, neuro-sensori-motrice et émotionnelle, un diagnostic différentiel est posé dès le départ pour déterminer (autant que faire se peut) le cadre étiologique des difficultés de l’enfant venu consulter. Elles peuvent être génétiques, cognitives, neuro-fonctionnelles, psycho-sociales ou émotionnelles. Chacune orientera évidemment la thérapie proposée.Je ne développerai ici que la partie relative à une approche hypnotique et de thérapie brève.

I. L’aide aux parents :

Dans une démarche juste, humaniste et systémique, il est bien entendu inenvisageable d’aider un enfant sans aider ses parents. Contrairement à l’idée largement répandue dans les milieux thérapeutiques, je considère les parents comme les meilleurs alliés de leur enfant et du thérapeute. Ils ne sont donc pas confinés dans leur rôle de chauffeurs, attendant patiemment dans la salle d’attente que le thérapeute et leur enfant aient fini leur travail dans le “no man’s land” du jardin des soins. Si le secret a parfois sa place, celle-ci doit être limitée et non systématisée et dogmatisée.

Les outils que je vais mettre à leur disposition seront de trois natures : technique, comportementale et émotionnelle.

a) l’aide émotionnelle : légitimer, déculpabiliser et recadrer.

Légitimer : à l’enfant devant ses parents je vais dire « Tu as bien fait d’avoir développé ton problème, autrement tes parents n’auraient pas pu savoir comment tu penses et agis de façon si particulière ».

-Déculpabiliser : aux parents devant l’enfant je vais dire « Vous êtes des parents formidables, et personne d’autre que vous ne peut mieux aimer et comprendre votre enfant, surtout quand il est en difficulté. Plutôt que de chercher votre responsabilité dans l’installation de ces difficultés, je vous propose que l’on travaille ensemble à les résoudre ». Le cadre est posé.

-Recadrer : aux deux l’on va convenir d’un objectif scolaire réaliste, réalisable et confortable, par exemple 12 de moyenne dans telle ou telle matière. Si le niveau actuel est de 8, cela correspond à objectif réalisé à 66%, ce qui n’est pas négligeable, et remet le 8 dans une dynamique positive.

b) l’aide comportementale : seule l’efficacité est recherchée.

« Nous allons désormais mobiliser notre énergie à être exclusivement efficaces. Les cris, les remontrances, les remarques blessantes, les reproches répétitifs seront bannis de votre vocabulaire quand vous travaillerez avec votre enfant ». Aussi, je vais leur transmettre de façon adaptée, un lexique nouveau que l’on utilise en hypnose : les mots positifs, les verbes mobilisateurs, etc.

c) l’aide technique : s’adapter et transformer. Nous savons tous que, malgré ses efforts, le système scolaire reste une formidable machine à broyer la créativité et la particularité de beaucoup d’enfants. Cela explique l’augmentation considérable de la population des DYS (lexiques, orthographiques, praxiques, phasiques, etc.).

Le système d’apprentissage à l’école, dès la fin des classes maternelles, n’est plus du tout intéressé par le corps de l’enfant, ni son plaisir, ni son système sensoriel, ni ses représentations. Le CP sonne le glas du cerveau droit. On cesse de plaisanter, et on passe aux choses sérieuses. Et l’on ne cherche plus qu’une porte d’entrée dans la tête des enfants : le cerveau gauche.

J’entends évidemment par cerveau gauche : notre système rationnel, et par cerveau droit notre système créatif, qu’ils soient à droite ou à gauche ou inversement... ceci n’a pas d’importance comme nous ne le savons pas bien par ailleurs...

En attendant que le système change, il nous faut nous y adapter. Comment adapter le système scolaire à soi ?

Un transformateur ou un adaptateur a pour mission de modifier la puissance reçue par le réseau en une puissance acceptable par l’appareil récepteur. Qui peut mieux jouer ce rôle que les parents, en relation quotidienne avec leur enfant ? En laissant passer les informations reçues, du cerveau gauche vers le cerveau droit, pour repartir vers le cerveau gauche.

Par exemple, si l’on parle du verbe à l’infinitif à l’école sans que l’enfant n’ait pu se l’approprier selon ses propres représentations, le rôle du thérapeute c’est d’autoriser les parents à aider l’enfant à imaginer et créer autour de l’infinitif. Je pense ici à Jérémy, qui dans cette démarche, se représentait l’infinitif sous la forme d’un dieu créateur (du verbe et du mouvement) que je lui ai demandé aussitôt de dessiner. Ainsi en classe, lorsque la maîtresse parlait de l’infinitif (cerveau gauche), lui l’adaptait et le transformait automatiquement (comme s’il le traduisait) en son dieu créateur (cerveau droit).

Ceci requiert un esprit audacieux et une gymnastique régulière permettant à l’enfant une réactivité rapide, exactement comme celle nécessaire à une traduction simultanée.

II. L’aide à l’enfant :

a) Aide technique d’inspiration hypnotique :

Exemples :

Utiliser le langage sensoriel (VAKOG) propre à chaque enfant par des verbes mobilisateurs : - Lorsque je travaille la grammaire avec un kinesthésique, je vais engager un langage actif : « Bouge le verbe courir au passé composé », plus dynamique que « Mets ce verbe... ».

Commandez ce numéro Hors-Série n°5 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves: la Dépression “Dépression et après ?“ Edito de Patrick Bellet.
“Un enjeu anthropologique“ Introduction de Thierry Servillat
“L’Acédie. L’extinction de la voie intérieure“. Jacques-Antoine Malarewicz
“Lorsque la dépression paraît… Premiers soins maternels“. Armelle Touyarot
“Peut mieux faire ! Ou comment déprimer à l’école. Orthophoniste multi-tâches, Amer Saffiédine
“De la couleur avant toute chose. Sept modèles de changement dans la dépression“. Claude Virot
“Comment ne plus déprimer. De la loyauté à la dépression“. Bruno Dubos
“Ex libris “ la bibliothèque des lecteurs. Les livres qui ont compté pour nos lecteurs.
“L’avenir de la psychothérapie en hypnose“. La rubrique Humeur de ce n° a été confiée à Stephen Lankton, rédacteur en chef de l’American Journal of Clinical Hypnosis. Il nous interroge sur « la preuve scientifique » et « le bon sens » dans le domaine de l’hypnose. Traduction d’Armelle Touyarot.

Pour acheter ce numéro de la Revue Hypnose & Thérapies Brèves à l’unité, ou vous abonner, cliquez ici
Sophie TOURNOUËR
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Thérapies Brèves Orientées Solution, Psychologue.
Exerce dans le Cabinet d'Hypnose, Thérapies Brèves et EMDR de Paris 11.

Chargée de Formation au CHTIP à Paris, à l’Institut Hypnotim à Marseille
Rédactrice web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves.
...En savoir plus sur cette rédactrice


Dépression. Et après ?

jeudi 2 août 2018 - 21:24
Par le Dr Patrick BELLET, rédacteur en chef de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves. Président de l'Institut Milton Erickson d'Avignon (Vaison La Romaine) Deuil ? Antidépresseurs. Burn out ? Antidépresseurs. Rupture sentimentale ? Antidépresseurs. Chômage ? Antidépresseurs. Surmenage ? Antidépresseurs. Voilà quelques exemples dans lesquels le doute, l’accablement, l’anxiété, la perte des repères, sans parler de la fatigue et autres symptômes inhérents à ces situations, conduisent au diagnostic de dépression.

Autant de circonstances différentes qui sont réduites à un seul diagnostic « commode » (dans son acception de mobilier doté de grands tiroirs !) et à un traitement principalement chimique selon l’équation : déprimé = comprimé.

De quoi la dépression est-elle le nom ? Comme s’il existait une entité clinique immuable et standard. Ce terme est davantage un alias technique, un raccourci intellectuel, qui ne renseigne pas sur la spécificité individuelle des troubles.

Il ne faut pas voir dans ce préambule une opposition thérapeutique, mais plutôt une distinction diagnostique qui met en évidence la singularité hypnotique. Certes, certaines situations cliniques nécessitent un traitement pharmacologique, voire une hospitalisation.

Nous sommes en mesure, malgré tout, d’aborder la dépression comme un défi pour nos sociétés actuelles qui ne se conçoivent que par l’optimisation, le rendement et l’efficacité. Cette maladie de l’époque en épouserait-elle les tics ? Si bien que d’aucuns, à défaut d’être déprimés, préfèrent, malgré leur épuisement, faire une dépression… Si le rapport entre « le faire et l’être » se retrouve dans cette vaste zone aux contours incertains, sommes-nous sûrs également de ce qu’elle contient ?

La désorganisation de nos sociétés de frustrations qui ne sont plus repues que de vide existentiel et où se dissolvent répit et repos, conduit à un effondrement dans l’abîme. Un nouveau déluge.

Face à ces tourments, nous n’avons pas un « outil », une « technique » spécifique pour traiter la dépression ; car il ne s’agit pas de traiter une symptomatologie, mais une personne. Une personne chez qui les aléas de la vie sont subis avec une intensité telle que son existence n’a peut-être plus le même sens, voire plus de sens tout court… Et c’est bien parce que nous nous inscrivons dans une dimension temporelle dense que nos patients peuvent digérer (et non gérer) puis assimiler le contenu de leurs souffrances. Aussi, osons un autre regard. L’hypnose apporte des points de vue excentrés. Excentrés et même périphériques ! Sortir du cadre, toujours la même histoire…

Souvent il s’agit d’un véritable drame personnel et notre tâche est de les aider à retrouver leur place au sein d’une unité de temps, de lieu et d’action dans leur vie, dans l’histoire de leur vie. Une intégrité.

Les pages qui suivent montrent la plasticité diagnostique hypnotique. Une souplesse qui nous émancipe d’une nosologie classique étouffant la dimension perceptive de l’hypnose et toute la subjectivité thérapeutique qui en découle.

Commandez ce numéro Hors-Série n°5 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves: la Dépression “Dépression et après ?“ Edito de Patrick Bellet.
“Un enjeu anthropologique“ Introduction de Thierry Servillat
“L’Acédie. L’extinction de la voie intérieure“. Jacques-Antoine Malarewicz
“Lorsque la dépression paraît… Premiers soins maternels“. Armelle Touyarot
“Peut mieux faire ! Ou comment déprimer à l’école. Orthophoniste multi-tâches, Amer Saffiédine
“De la couleur avant toute chose. Sept modèles de changement dans la dépression“. Claude Virot
“Comment ne plus déprimer. De la loyauté à la dépression“. Bruno Dubos
“Ex libris “ la bibliothèque des lecteurs. Les livres qui ont compté pour nos lecteurs.
“L’avenir de la psychothérapie en hypnose“. La rubrique Humeur de ce n° a été confiée à Stephen Lankton, rédacteur en chef de l’American Journal of Clinical Hypnosis. Il nous interroge sur « la preuve scientifique » et « le bon sens » dans le domaine de l’hypnose. Traduction d’Armelle Touyarot.

Pour acheter ce numéro de la Revue Hypnose & Thérapies Brèves à l’unité, ou vous abonner, cliquez ici

Philippe AÏM
Psychiatre, Hypnothérapeute, Thérapeute EMDR, Thérapies Brèves.
Responsable pédagogique du CHTIP à Paris, Dirige l’Institut UTHyl à Nancy, membre de la CFHTB Confédération Francophone d'Hypnose et Thérapies Brève. Chargé de Formation dans les hôpitaux de l’AP-HP.
Auteur et conférencier international.
...En savoir plus sur cet auteur


Une approche anthropologique de la dépression.

jeudi 2 août 2018 - 16:12
Dépression: devoir et falloir Par Teresa ROBLES, Docteur en psychologie clinique, maîtrise en anthropologie sociale et spécialiste en thérapie systémique. Co-directrice de la Société Internationale d’Hypnose. Fondatrice et membre du Centre Ericksonien de Mexico et d’Instituts Milton Erickson d’Amérique Latine. Dépression: devoir et falloir
Par Teresa ROBLES, Docteur en psychologie clinique, maîtrise en anthropologie sociale et spécialiste en thérapie systémique. Co-directrice de la Société Internationale d’Hypnose. Fondatrice et membre du Centre Ericksonien de Mexico et d’Instituts Milton Erickson d’Amérique Latine.

En un texte synthétique, Teresa Robles nous expose un modèle de compréhension de la plupart des dépressions. Chacun saura implicitement en retirer la méditation qui l’inspirera...

L’anthropologie sociale étudie comment l’homme fonctionne dans différents groupes, à travers son histoire, ses origines, depuis les plus petites communautés et les plus variées, jusqu’aux grandes villes.

Elle nous montre comment, dans ces communautés, se transmettent valeurs, coutumes, connaissances. A travers les siècles, depuis l’apparition des premiers villages, il y eut besoin d’établir des règles pour vivre en commun.

Des groupes apparurent qui gouvernèrent les autres. Tout d’abord au moyen de la religion, certains membres du groupe, les prêtres, disaient être les messagers du ciel ou les dieux incarnés. Ils contrôlaient les gens par la peur du châtiment, de la prison, de l’enfer, ou d’être isolés du groupe, de cesser d’être acceptés, aimés.

Si dans un premier moment le contrôle a opéré à travers les religions, bien vite des groupes ayant un pouvoir économique ou physique ont continué à contrôler les autres par la peur. Ils ont imposé une manière de voir le monde, une idéologie qui justifiait leur position au pouvoir. Cette idéologie, ces valeurs, coutumes et connaissances se transmettent à travers la famille, l’école, la religion, les moyens de communication, parfois de façon explicite en transmettant des informations, parfois de façon implicite, par des images, des tons de voix, par l’exemple, entre autres choses. La neurologie actuelle nous montre comment elles se transmettent aussi à travers les neurones miroirs.

Depuis déjà bien des années, Jean Piaget proposait que toute l’information que nous recevons pendant nos premières années de vie, à travers des refrains, des dictons, des chansons qui sont des expressions métaphoriques, avant que nous ne soyons neurologiquement mûrs pour pouvoir l’analyser, la critiquer, la contredire, nous l’intériorisons sans pouvoir la juger, à travers un processus inconscient, de sorte que cette information est restée comme des postulats que nous ne remettons pas en question et que nous acceptons comme un fait. Beaucoup de ces apprentissages sont générateurs de problèmes. Ils correspondent à ce que Robert Dilts a plus tard appelé des croyances limitantes. Dans son livre Hypnose et Thérapie familiale, Michelle Ritterman souligne qu’en grande partie, la force de ces apprentissages vient de ce qu’ils sont entrés comme des suggestions hypnotiques, en particulier à des moments de force émotionnelle où nous sentions plus que nous ne réfléchissions avec des idées, c’est-à-dire : dans un état de transe naturelle. Nous avons appris, par exemple, que nous devions être des enfants sages, studieux, obéissants, etc., pour être aimés d’un Amour où nous ne manquerions de rien. Un petit garçon ou une petite fille comme ça, c’est le contraire de ce qu’est spontanément un enfant qui salit ses vêtements, parfois n’obéit pas ou ne veut pas manger, qui n’a pas sommeil quand on l’envoie se coucher. Nous avons appris à nous contrôler, à agir Comme Il Faut et nous nous sommes efforcés pour atteindre des idéaux, sans y arriver bien sûr, car les idéaux n’existent pas.

Nous nous efforcions pour agir contre le naturel, qui est que les processus de l’apprentissage humain se font à travers l’essai et l’erreur. Et chaque erreur devenait la menace de ne pas pouvoir être aimés comme nous en avions besoin, d’un Amour absolu. Et chaque faute devenait la constatation que nous n’y arriverions jamais. Nous avons appris à confondre idéal et réalité en croyant que la réalité pouvait, devait être l’idéal.


Commandez ce numéro Hors-Série n°5 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves: la Dépression “Dépression et après ?“ Edito de Patrick Bellet.
“Un enjeu anthropologique“ Introduction de Thierry Servillat
“L’Acédie. L’extinction de la voie intérieure“. Jacques-Antoine Malarewicz
“Lorsque la dépression paraît… Premiers soins maternels“. Armelle Touyarot
“Peut mieux faire ! Ou comment déprimer à l’école. Orthophoniste multi-tâches, Amer Saffiédine
“De la couleur avant toute chose. Sept modèles de changement dans la dépression“. Claude Virot
“Comment ne plus déprimer. De la loyauté à la dépression“. Bruno Dubos
“Ex libris “ la bibliothèque des lecteurs. Les livres qui ont compté pour nos lecteurs.
“L’avenir de la psychothérapie en hypnose“. La rubrique Humeur de ce n° a été confiée à Stephen Lankton, rédacteur en chef de l’American Journal of Clinical Hypnosis. Il nous interroge sur « la preuve scientifique » et « le bon sens » dans le domaine de l’hypnose. Traduction d’Armelle Touyarot.

Pour acheter ce numéro de la Revue Hypnose & Thérapies Brèves à l’unité, ou vous abonner, cliquez ici
Laurence ADJADJ
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Thérapies Brèves, Psychologue.
Formatrice en Hypnose Ericksonienne, EMDR, Thérapies Brèves Orientées Solution à l’Institut Hypnotim de Marseille, dont elle est Présidente Fondatrice.
Exerce dans le Cabinet d'Hypnose, Thérapies Brèves et EMDR de Marseille 13006
Conférencière au sein des congrès de la CFHTB, Confédération Francophone d'Hypnose et Thérapies Brèves.
Rédactrice web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves… En savoir plus sur cette rédactrice


L'acédie ou l'extinction de la voie intérieure. Dr MALAREWICZ.

jeudi 2 août 2018 - 14:30
Par le Dr Jacques-Antoine MALAREWICZ, psychiatre et psychothérapeute. La conférence de Jacques- Antoine Malarewicz fut un des grands temps forts du congrès de Saint-Malo. Replacer brillamment la dépression dans l'histoire de ses désignations successives l'amena à en présenter un visage méconnu sinon oublié. Avec le ton qu'on lui connaît, entre humour et décryptage. En a-t-il assez dit ? Il est entre autres, enseignant en hypnose et thérapies brèves orientées solution au CHTIP Collège d'Hypnose et Thérapies Intégratives de Paris

La souffrance psychique qui, de nos jours, relève du cadre très général de la dépression a toujours existé, d’une façon ou d’une autre, sous une dénomination ou sous une autre. En effet, chaque culture propose aux membres qui la constituent des modes d’objectivation de leurs douleurs, c’est-à-dire des discours cohérents et rassurants, des configurations théoriques tautologiques qui leur permettent de mettre des mots, et donc des compréhensions, sur ce qu’ils vivent et ressentent. Par exemple, même si le terme s’est en bonne partie effacé de notre mémoire, l’acédie fait partie de notre héritage culturel. De quoi s’agit-il exactement ?

LE MAL-ÊTRE DES MOINES

La notion d’acédie est née au IVe siècle sous la plume d’un ascète du désert égyptien, Evagre le Pontique. Il n’en donne pas une seule définition, mais tente plutôt de décrire l’ensemble des caractéristiques qui font que des moines -car il s’agit d’eux - ne parviennent plus à répondre aux exigences spirituelles pour lesquelles ils se sont engagés. Nous voilà au cœur du désert pour les anachorètes, ou dans la promiscuité des couvents pour les cénobites. Ainsi, ces moines, par des chemins très divers qui passent aussi bien par le manque d’ardeur que l’hyperactivité, s’éloignent de leurs pratiques. Cette polysémie du terme fait que la lecture des textes, bien évidemment anciens et traduits du latin ou du grec, surtout celle des exégètes de l’acédie, laisse perplexe ! A chacun son « acédie », à chacun sa propre compréhension de ce que cette notion a pu recouvrir. Il est vrai qu’au cours des siècles, la pratique religieuse a évolué et, dès lors, la souffrance qui a pu lui être attachée.

Il est ainsi question d’atonie, d’ennui, d’oisiveté, d’indolence, de manque d’ardeur, de relâchement de l’âme, de négligence dans l’ascèse, d’un empressement au travail des mains, mais également de manque de soins aux morts, de repli sur soi ou, tout à l’inverse, de fuite en avant… Jusqu’à une définition bien moderne, qui est celle de saint Bonaventure, au XIIIe siècle : l’acédique « désire ce qu’il ne devrait pas désirer et ne désire pas ce qu’il devrait désirer ». Plus simplement, dans une logique religieuse, ce mal risquait de faire sortir le moine de sa condition de reclus. Selon certains, elle « frappait » plutôt à l’heure du déjeuner, ainsi l’acédie était le démon de la méridienne - le démon de midi -, on sait ce qu’il est devenu dans sa sexualisation au mitan de la vie…

Surtout, dans l’esprit d’Evagre le Pontique, l’acédie était un vice, plus exactement un péché qui pouvait être une des conséquences des menées du diable et remettre en question la pratique religieuse. D’ailleurs, elle faisait partie des huit péchés capitaux jusqu’à ce qu’ils soient réduits à sept, avec Grégoire le Grand au VIe siècle, qui l’associe à la paresse.

ACÉDIE ET MÉLANCOLIE

Ainsi, jusqu’aux XIIIe-XIVe siècles l’acédie est d’abord religieuse, ensuite elle se laïcise, se « psychologise », elle se rapproche de la tristesse pour se confronter directement à sa grande rivale : la mélancolie. Il en résulte souvent une confusion entre ces deux termes qui restent indifférenciés chez beaucoup d’auteurs. En fait, l’acédie est la version religieuse et chrétienne de la mélancolie, car la première est romaine et latine, et la seconde est plutôt laïque, elle renvoie à la pensée grecque et surtout à la théorie des humeurs. De plus, deux grandes différences peuvent être identifiées avec la mélancolie : la première est qu’elle ne relève pas d’un trouble physiologique et donc médical, comme la prévalence d’une humeur. La seconde est qu’elle ne correspond pas à une compétence, même paradoxale, car le mélancolique a souvent été associé à l’homme de génie.

Ainsi, pour ceux qui la décrivent, la mélancolie a manifestement une origine, elle peut être imputée à une cause. Mais cette cause - en fait, une succession de causes - restera impossible à objectiver pour la simple et bonne raison que l’humeur noire n’a jamais pu être effritée entre le pouce et l’index, elle ne s’est jamais déposée au fond d’une éprouvette, elle échappe donc à toute observation. C’est ce qui fait qu’au cours des siècles l’explication humorale a progressivement perdu de sa pertinence.

Tout à l’inverse, le sang immédiatement présent, abondant et déjà bien chargé de symboles, tend à devenir prépondérant. C’est ainsi que l’hystérie, féminine, périodique et mystérieuse, s’est peu à peu substituée à la mélancolie dans l’imaginaire médical. Mais, là encore, comment passer du sang, et de sa dynamique, au symptôme ? Comment suivre le chemin que semble indiquer ce sang menstruel pour intégrer la sexualité et la reproduction dans la compréhension de ce que montrent ces femmes ? Un temps, il a été question d’« esprit », de « vapeurs », mais ces notions ont elles-mêmes été discréditées. Jean-Martin Charcot a tenté de relever le défi ; en bon neurologue, il a cherché à « expliquer » l’hystérie en empruntant le modèle de l’épilepsie sans emporter la conviction de ses contemporains. Enfin, en inventant la psychanalyse et en ouvrant la voie à l’émergence de la psychothérapie, Freud sonne le glas de l’hystérie qui, en tant que diagnostic, a quasiment disparu du champ de la clinique contemporaine.

Ainsi, notamment avec le XIXe siècle, ce qu’il en est d’une subjectivité de la souffrance, et de sa construction, s’impose peu à peu dans le discours médical. Que nous reste-t-il de cette succession de notions ?

D’abord, avec les siècles, leur superposition entraîne une manière de rivalité pour tout ce qui concerne ce qu’on appelle actuellement la dépression, le moins être et la difficile accordance avec la réalité. La mélancolie nous est restée, comme une lointaine survivance de la Grèce antique, et l’acédie a disparu de notre bagage culturel en même temps que l’exaltation du sacrifice des moines et des nonnes. Par exemple, en 1790, dans un petit texte intitulé « Réflexions médicales sur l’état monastique », Philippe Pinel justifie la fermeture des monastères en considérant qu’il s’agit là d’une mesure de salubrité publique face à ce qu’il considère être des foyers de folie ! Il ne craint pas d’affirmer : « …Un isolement éternel et sans espoir, la dure contrainte de tous les penchants du cœur portent dans l’âme le dégoût et l’amertume… La folie met souvent le comble au désordre de l’entendement et quel monastère qui n’en offre point chaque jour de malheureux exemples. »


Commandez ce numéro Hors-Série n°5 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves: la Dépression “Dépression et après ?“ Edito de Patrick Bellet.
“Un enjeu anthropologique“ Introduction de Thierry Servillat
“L’Acédie. L’extinction de la voie intérieure“. Jacques-Antoine Malarewicz
“Lorsque la dépression paraît… Premiers soins maternels“. Armelle Touyarot
“Peut mieux faire ! Ou comment déprimer à l’école. Orthophoniste multi-tâches, Amer Saffiédine
“De la couleur avant toute chose. Sept modèles de changement dans la dépression“. Claude Virot
“Comment ne plus déprimer. De la loyauté à la dépression“. Bruno Dubos
“Ex libris “ la bibliothèque des lecteurs. Les livres qui ont compté pour nos lecteurs.
“L’avenir de la psychothérapie en hypnose“. La rubrique Humeur de ce n° a été confiée à Stephen Lankton, rédacteur en chef de l’American Journal of Clinical Hypnosis. Il nous interroge sur « la preuve scientifique » et « le bon sens » dans le domaine de l’hypnose. Traduction d’Armelle Touyarot.

Pour acheter ce numéro de la Revue Hypnose & Thérapies Brèves à l’unité, ou vous abonner, cliquez ici
Philippe AÏM
Psychiatre, Hypnothérapeute, Thérapeute EMDR, Thérapies Brèves.
Responsable pédagogique du CHTIP à Paris, Dirige l’Institut UTHyl à Nancy, membre de la CFHTB Confédération Francophone d'Hypnose et Thérapies Brève. Chargé de Formation dans les hôpitaux de l’AP-HP.
Auteur et conférencier international.
...En savoir plus sur cet auteur


Lorsque la dépression parait. Premiers soins maternels.

jeudi 2 août 2018 - 14:06
Avec Armelle TOUYAROT, Sage-femme libérale à Toulouse. Maître en Psychothérapie Ericksonienne (Université de Mexico). Praticienne des thérapies brèves centrées sur la solution. Traductrice auprès des éditions Satas d’ouvrages sur l’hypnose et les thérapies orientées vers la solution. PREMIERS SOINS MATERNELS

La dépression peut commencer tôt dans la vie, et même avant son début. Armelle Touyarot nous donne les bases qui permettent de comprendre comment y apporter son meilleur traitement : une prévention intelligente.

J’ai rédigé des articles, écrit un livre, sur ma pratique de la préparation à la naissance par l’hypnose éricksonienne orientée solution. J’ai élaboré cette préparation en m’inspirant des déceptions, frustrations et autres désagréments dont se plaignent les femmes suite à leur maternité, souvent générateurs de déprime quand ce n’est pas de dépression. La prévention de la dépression du post-partum (DPP) fut le sujet de ma thèse soutenue à Mexico dans le cadre d’un master de thérapies éricksoniennes. Autant dire que le sujet m’intéresse. En vue du congrès consacré à la dépression qui a eu lieu à Saint-Malo, en septembre 2010, j’ai réalisé l’année précédente une modeste étude auprès de mes patientes, ce qui m’a permis d’évaluer l’importance que j’accorde à sa prévention et l’efficacité de certains de mes outils.

Je vais vous entretenir de la DPP, telle que je la considère dans ma pratique, c’est-à-dire surtout sous l’angle de la prévention. Je vais extraire de quelques définitions et de diverses études émanant d’équipes françaises et canadiennes, les facteurs en jeu dans cette DPP, et surtout ses facteurs prédictifs. Et au fur et à mesure, je vous dirai comment je traite, selon une approche éricksonienne, ces différentes composantes, déjà pendant la grossesse, puisque je m’attache avant tout à faire de la prévention et à minimiser les facteurs de risque.

Quelques définitions : le baby blues (BB), le baby pink, l’anxiété du post-partum et la dépression du post-partum (DPP).

DÉFINITIONS

Baby blues : Commençons par le BB du post-partum. C’est le trouble de l’humeur périnatal le plus courant qui toucherait entre 30 à 75 % des femmes. Une sorte de cafard qui survient dans les heures ou les jours suivant l’accouchement et qui atteint son intensité maximale le troisième ou quatrième jour. Généralement, les femmes atteintes sont des mères heureuses qui réagissent de façon plus « émotive » aux stimuli. Elles peuvent rapidement passer de la joie aux larmes, se montrer inquiètes, irritables, anxieuses, avec parfois des troubles du sommeil et de l’appétit. Les symptômes ne durent que quelques jours et se résorbent habituellement au bout d’une semaine. Cet épisode ne nécessite habituellement pas de traitement. C’est essentiellement de soutien, de réconfort dont ont besoin ces mamans et surtout de se sentir comprises ; et c’est l’une des plaintes principales de ces jeunes mères, de ne pas se sentir comprises. Selon certains chercheurs, ces comportements peuvent résulter des rapides changements hormonaux qui s’opèrent chez ces femmes. Mais la très grande majorité de mes patientes décrit un même genre de « baby blues » aux 1er et 2e trimestres. La grossesse est une période de grands chamboulements hormonaux. En commençant par une flambée de progestérone, d’oestrogène, d’hormone lactogène placentaire, et de prolactine pendant la grossesse, puis celle d’ocytocine, d’endomorphines et d’adrénaline lors de l’accouchement, puis un effondrement plus ou moins brutal de la plupart d’entre elles, en un retour à la normale plusieurs mois plus tard selon que la mère allaite ou non son petit. Il y a de quoi se « sentir » déstabilisée, et donc un tant soit peu anxieuse, avant, pendant et après l’accouchement. Et ce déjà simplement sous l’angle hormonal, pour peu que la femme connaisse déjà quelque dérèglement de son système endocrinien (hypothyroïdie, diabète…) et soit prévenue avant toute grossesse que « ça risque de se dérégler davantage si vous êtes un jour enceinte… si vous êtes… ».

Mais considérons aussi le contexte médicalisé qui présente l’avantage de la sécurité médicale et l’inconvénient implicite d’aborder cette expérience naturelle de la vie sous l’angle des risques, dans un contexte de grands changements conjugaux, familiaux, des remises en cause dans le travail, des déménagements, des difficultés financières, et la nécessité de faire des prévisions pour l’avenir (pour ne pas parler de provisions).

Ce BB est « anodin » mais très important à prendre en considération, qu’il se produise pendant la grossesse (peu d’études sur le sujet) ou après l’accouchement ; car il semble que jusqu’à 20 % des mères atteintes d’un BB vont développer une dépression majeure au cours de la première année suivant la naissance du bébé. Cela peut se produire à la suite de l’aggravation des symptômes du « baby blues », soit plus tard, après que la mère se soit remise de son blues. Il est donc important pour le sujet qui nous préoccupe, la DPP, de s’intéresser à ce BB, qui peut prendre une autre forme : « Baby pink » ou euphorie du post-partum.

Certaines femmes se sentent légèrement euphoriques après la naissance de leur bébé. Cet état, le « baby pink », peut durer de quelques heures à quelques jours (Glover et coll., 1994). Tout comme le « baby blues », il n’a pas besoin d’être traité et peut même passer inaperçu car on trouve plutôt « normale » cette réaction à la naissance d’un enfant.

ANXIÉTÉ DU POST-PARTUM

Sur le plan clinique, l’anxiété qui se déclare après un accouchement n’est pas différente de celle qui survient à tout autre moment de la vie. Selon les études (rares), entre 4 et 15 % des femmes éprouveraient de l’anxiété après la naissance de leur bébé (Wenzel et coll., 2003 ; Matthey et coll., 2003 ; Heron et coll., 2004). Certaines femmes sont anxieuses uniquement durant la grossesse ou après l’accouchement, tandis que d’autres le sont avant et après la naissance du bébé. Dans le cadre d’une récente étude britannique d’envergure auprès de 8 323 femmes enceintes (Heron et coll. 2004), il a été observé que 7,3 % d’entre elles avaient indiqué souffrir d’un haut niveau d’anxiété durant leur grossesse. « Parmi ces dernières, 1,4 % ont éprouvé une anxiété marquée dans les huit semaines suivant l’accouchement. Parmi les femmes qui ne se disaient pas très anxieu ses durant la grossesse, 2,4 % ont dit éprouver une très grande anxiété postpartum. »

Bien des mères se sentent anxieuses, dépassées et même effrayées à la suite de la naissance de leur bébé. On peut le comprendre étant donné les changements qu’entraîne le rôle de nouveau parent, et les doutes quant à leurs compétences à l’exercer. Dans certains cas toutefois, l’anxiété est telle qu’elle nuit à la vie quotidienne de la mère et a des répercussions sur son caractère et son mode de fonctionnement, et par conséquent sur l’ambiance dans le foyer.

DÉPRESSION DU POST-PARTUM

Une méta-analyse de 59 études menées auprès de plus de 12 000 femmes a révélé que la DPP touche en moyenne 13 % des femmes (O’Hara et Swain, 1996). Pour les cliniciens et les chercheurs, le terme « dépression du post-partum » ou « DPP » fait référence à une dépression non psychotique qui survient peu après un accouchement. Les symptômes de la DPP se manifestent rapidement, souvent dans les 48 à 72 heures suivant la naissance du bébé, et la plupart des cas se déclarent dans les deux premières semaines de la période post-partum. Elle peut évoluer en psychose puerpérale qui est la forme la plus grave et la plus rare de troubles de l’humeur en postpartum, et survient dans un ou deux cas par 1 000 accouchements. Selon certaines études (par ex. Jones et Craddock, 2001), la psychose du post-partum aurait une cause génétique ou biologique et serait plus courante chez les femmes ayant reçu un diagnostic de trouble bipolaire (ce qui implique qu’elles sont suivies) ou ayant des antécédents familiaux de troubles de l’humeur (non détectés si on ne les cherche pas).

La DPP ne se distingue en rien sur le plan clinique d’un épisode dépressif pouvant se produire à n’importe quel autre moment de la vie d’une femme. Les symptômes sont les mêmes que ceux d’une dépression généralisée, et le diagnostic est établi selon les mêmes critères. Bien sûr, les symptômes de la DPP portent sur des éléments relatifs à la maternité. La définition de la période post-partum varie. Selon les systèmes officiels de classification des diagnostics, il s’agit de la période de 28 jours suivant immédiatement l’accouchement ; dans d’autres études, toutefois, cette période se prolonge jusqu’à un an après la naissance du bébé. Les symptômes se manifestent habituellement durant les quatre premières semaines du post-partum, mais ils peuvent apparaître dans l’année qui suit, et le diagnostic en sera d’autant retardé, quand l’interrogatoire d’une mère dépressive révèle que les symptômes se sont manifestés beaucoup plus tôt.

Les symptômes sont :

- l’anxiété ;

- l’anhédonisme : les femmes atteintes de DPP ne peuvent plus s’intéresser ou ne plus prendre plaisir à des activités qu’elles trouvaient auparavant agréables ;

- un changement sur le plan du poids et de l’appétit ; mais c’est un élément difficile à évaluer après un accouchement. Le manque d’appétit est plus significatif ;

- troubles du sommeil : difficiles à évaluer chez les nouvelles mamans. On peut interroger la mère sur sa capacité à dormir et à se reposer quand elle en a l’occasion – par exemple, en même temps que le bébé, ou quand quelqu’un d’autre surveille le bébé ;

- fatigue : également difficile à évaluer chez les nouvelles mères. La fatigue associée à la dépression se définit comme un sentiment accablant d’épuisement ;

- lenteur ou agitation psychomotrice : soit une sorte de torpeur ou au contraire un sentiment de nervosité et d’irascibilité. On peut faire confiance à l’entourage pour faire des commentaires à ce sujet ; sentiment excessif de culpabilité ou d’inutilité : la moindre régurgitation du bébé sera de leur faute et s’il survient le décès d’un proche, elles en concluront vite qu’« une vie s’en va pour laisser la place à la nouvelle » ;

- diminution de la concentration, incapacité d’avoir les idées claires : ralentissement de la pensée, incapacité à se concentrer sur une tâche ou à terminer un travail, ou une difficulté à prendre des décisions simples, l’impression d’être submergée de travail…

Commandez ce numéro Hors-Série n°5 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves: la Dépression “Dépression et après ?“ Edito de Patrick Bellet.
“Un enjeu anthropologique“ Introduction de Thierry Servillat
“L’Acédie. L’extinction de la voie intérieure“. Jacques-Antoine Malarewicz
“Lorsque la dépression paraît… Premiers soins maternels“. Armelle Touyarot
“Peut mieux faire ! Ou comment déprimer à l’école. Orthophoniste multi-tâches, Amer Saffiédine
“De la couleur avant toute chose. Sept modèles de changement dans la dépression“. Claude Virot
“Comment ne plus déprimer. De la loyauté à la dépression“. Bruno Dubos
“Ex libris “ la bibliothèque des lecteurs. Les livres qui ont compté pour nos lecteurs.
“L’avenir de la psychothérapie en hypnose“. La rubrique Humeur de ce n° a été confiée à Stephen Lankton, rédacteur en chef de l’American Journal of Clinical Hypnosis. Il nous interroge sur « la preuve scientifique » et « le bon sens » dans le domaine de l’hypnose. Traduction d’Armelle Touyarot.

Pour acheter ce numéro de la Revue Hypnose & Thérapies Brèves à l’unité, ou vous abonner, cliquez ici


Valérie TOUATI-GROSS
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Ostéopathe.
Exerce dans le Cabinet d'Hypnose Médicale, Ostéopathie, EMDR de Paris 12.
Spécialisée sur les traitements et approches de la Fécondation In Vitro (FIV), et de la Procréation Médicalement Assistée (PMA), Infertilité Inexpliquée. 
Rédactrice web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves.
...En savoir plus sur cette rédactrice



Dépression: sept modèles de changement. Dr Claude Virot.

jeudi 2 août 2018 - 10:22
Revue Hypnose & Thérapies Brèves, Hors-Série n°4 Psychiatre, Hypnothérapeute, Président de l'ISH et de l'Institut Emergences Rennes De la couleur avant tout
Claude Virot semble quelqu’un d’assez visuel. Et il voit tout en couleur ! Ressource bien utile quand on travaille avec la noire (ou grise) dépression...

Lorsque je « rentre en psychiatrie en 1983 », j’ai déjà fait la connaissance d’Erickson et de ses drôles de thérapies, dont l’hypnose, par le livre de Paul Watzlawick Le Langage du changement. Il y a plus qu’un monde, un univers, entre ce qui est décrit d’Erickson et la réalité des traitements proposés aux patients atteints de dépression. Pour l’essentiel, la foi repose sur les antidépresseurs qui semblent promettre un monde de bonheur à chacun. Il apparaît rapidement que les promesses restent des promesses et que les traitements deviennent de plus en plus longs, de plus en plus lourds. L’injection de molécules miracles standardisées dans le monde intérieur des patients a oublié en route l’originalité de chaque individu, son histoire, son contexte de vie et ce quelque chose qui semble si important pour Erickson : les ressources du patient. C’est plus qu’un oubli, une évidence : le patient déprimé n’a plus de compétences personnelles pour participer à son processus d’évolution et ne peut qu’espérer le miracle tant attendu.

C’est en 1986 que je peux enfin apprendre l’hypnose au sein de l’Institut Milton Erickson de Paris animé par Jean Godin et Jacques-Antoine Malarewicz. C’est la première d’un long parcours qui va me faire naviguer sur des océans imprévisibles et récolter quelques couleurs pour ma palette. Pour les patients souffrant de dépression, j’en ai sélectionné 7, 7 comme les 7 couleurs de l’arc-en-ciel. Pour nos yeux limités, un arc-en-ciel, ce sont 7 couleurs plus ou moins nettes. Un détecteur plus précis y verrait une infinité de couleurs, ou plutôt une infinité de longueurs d’ondes différentes. De la même manière, l’exercice quotidien avec les patients présentant des troubles dépressifs est fait d’une infinité d’éléments : un ton de voix, un mot à la place d’un autre, le délai entre deux rencontres... J’ai trouvé pratique de décrire ces sept modèles qui ont influencé mon travail en respectant autant que possible leur chronologie. Les césures n’ont pas été aussi nettes dans la réalité et beaucoup de couleurs sont des compositions de plusieurs autres, le passage du bleu au jaune se fait par une infinité de verts.

VIOLET : LES RESSOURCES DE MILTON H. ERICKSON

Au-delà de l’hypnose, l’enseignement le plus radical transmis par Erickson est que les patients ont des ressources et qu’il convient de les activer et de les aider à les utiliser pour qu’ils s’engagent dans un processus de changement. En revenant à mon service de psychiatrie, ce concept de ressources me paraissait beaucoup plus flou, sinon même « carrément fumeux ». Les patients sont passifs, épuisés, angoissés, tristes et n’attendent qu’une chose : leur dose de produits. De quelles ressources peut bien parler Erickson ? Les siennes, peut-être. Il est sûr qu’il lui en a fallu toute sa vie pour surmonter handicaps de naissance et maladies invalidantes. Pour survivre à deux épisodes qui auraient dû avoir raison de lui. Pour travailler comme thérapeute et enseignant jusqu’à ses derniers jours. Bien sûr, ce parcours force le respect mais un homme exceptionnel ne fait pas que les autres le soient. Pourtant il soigne au quotidien des hommes et des femmes souffrant des mêmes troubles que mes patients et de nombreux observateurs racontent des guérisons étonnantes. Pour Erickson, ces évolutions sont normales, naturelles, puisque nous avons tous en nous un immense magasin de ressources et de solutions dans lequel nous pouvons puiser pour évoluer et changer.

Ce sont les ressources du patient et non pas celles du thérapeute qui sont essentielles, d’autant plus que les antidépresseurs ne sont prescrits de manière habituelle que dans les années 1970 lorsque Erickson a 70 ans ! Il a appris à faire sans pendant des dizaines d’années. Le problème est que ces ressources sont peu actives chez la personne souffrante alors qu’elles lui seraient si nécessaires. C’est ici que l’hypnose est fondamentale. L’hypnose est une chose simple, d’ailleurs la transe est naturelle et tout le monde peut en faire l’expérience. « Il suffit » de permettre au patient de se focaliser sur une expérience agréable, un lieu confortable ou un lieu sûr, de l’aider à fixer son attention sur cette expérience pendant un certain temps, et il va accéder consciemment et inconsciemment à des ressources oubliées ou à de nouvelles ressources. Sur le plan technique, le thérapeute doit utiliser des mots choisis et surtout modifier sa voix pour qu’elle devienne plus lente, avec des pauses, l’idéal étant de copier le rythme respiratoire du patient pour se synchroniser avec lui. Ceci suppose que le thérapeute devienne un expert dans l’observation de son patient pour repérer sa manière de parler, ses mots, ses gestes, et aussi ses valeurs, ses expériences, les personnages majeurs de sa vie, ses réactions ici et maintenant dans la séance, avant ou pendant la transe.

Chaque information que le patient apporte est importante et peut devenir essentielle. D’où l’adage prêté à Erickson : pour être un bon thérapeute il faut savoir faire trois choses : observer, observer et observer... Observer tout ce qu’apporte le patient, ses douleurs et ses peurs, bien sûr, mais aussi ses compétences et ses expériences, son énergie et sa motivation, son courage et ses soutiens, tout ce qu’il ne voit plus dans cette phase de sa vie. Après l’observation vient l’utilisation soigneuse et respectueuse de toutes ces informations qui font partie de l’univers intime du patient. C’est au thérapeute de s’adapter au patient, de devenir suffisamment souple pour devenir quelqu’un qui lui ressemble, une sorte de miroir qui lui renvoie tout ce qui peut lui être utile. C’est pendant la transe partagée que cet accordage est le meilleur : lorsque le thérapeute parvient à se synchroniser presque parfaitement avec le patient quel qu’il soit. Les bases sont si simples qu’il serait curieux que cela suffise. Et pourtant, en appliquant ces quelques outils, une moitié de mes patients peut évoluer favorablement sans recours aux psychotropes, c’est-à-dire sans avoir besoin d’introduire dans leur système une substance étrangère.

Ce sont quand même les sujets qui souffrent des dépressions les plus accessibles. Erickson, hypnose et ressources vont ensemble. Cependant, manque au moins une dimension fondamentale : la métaphore. Erickson racontait des histoires pendant les transes, hors des transes, dans ses enseignements et à tous ceux qu’il rencontrait. Depuis l’anecdote d’un autre patient, une scène qu’il avait observée dans la vie courante, un conte ancestral ou une histoire inventée pour ce patient, ce jour-là. Chaque histoire devient une métaphore, un autre lieu et un autre temps où il focalise son attention. Surtout si le thérapeute passe en mode « hypnose », c’est-à-dire change sa voix, le rythme et introduit des éléments qui appartiennent au vécu du patient.

J’étais très inquiet lorsque j’ai osé inviter un patient à fermer ses yeux, à laisser sa respiration trouver le meilleur rythme, pendant que je lui racontais l’histoire d’un chevalier du Moyen Age, ses difficultés et les solutions. Il a écouté cette histoire pour enfants, immobile comme son bras en catalepsie, il s’est orienté de nouveau dans la pièce, il est resté pensif quelques instants sans demander d’explications. Quand je l’ai revu, quelques jours plus tard, il avait décidé de rencontrer son grand-père qu’il n’avait pas vu depuis l’âge de 5 ans suite à des querelles familiales... Les métaphores nous font quitter la logique linéaire, rationnelle que notre formation a su forger en nous, pour évoluer dans le monde mystérieux et imprévisible de l’imaginaire (qu’Erickson appelle plutôt inconscient), un monde illimité et hors du temps réel dans lequel nous puisons au quotidien des idées nouvelles ou des rêves qui orientent notre futur.

INDIGO : VERS UNE ÉCOLOGIE DE LA THÉRAPIE

Erickson ne vient pas seul dans cette première formation. Il est accompagné de Gregory Bateson, anthropologue, scientifique touche-à-tout et philosophe, qui dirige une recherche dans les années 1950 sur la communication du schizophrène. C’est le début d’une histoire reliée au Mental Research Institute de Palo Alto qui se focalise sur l’importance des interactions entre individus pour le meilleur et pour le pire. C’est le moment où la notion de système est construite. Elle sera diffusée en particulier par Joël de Rosnay dans Le Macroscope et nous est transmise par Jacques- Antoine Malarewicz déjà formé à la thérapie familiale en Italie. Les systèmes sont de toutes sortes : un ensemble d’éléments en interaction reliés par un même objectif et évolutifs dans le temps. Celui qui nous intéresse le plus est le système familial qui entoure chacun de nous, qui peut nous aider face aux difficultés, devenant alors une ressource externe majeure, mais aussi capable de générer des difficultés pour ses membres où de résister à l’évolution de l’un d’entre eux. Avec le système, c’est la famille qui s’invite dans la thérapie à côté de l’hypnose qui mobilise les ressources internes.

Chacun se construit dans sa famille, dans les relations permanentes avec les parents, les grands-parents, les frères et sœurs, et au-delà... Chacun de ces liens peut être favorable à notre évolution ou devenir une limitation, chacun peut être favorable à une époque et un handicap à une autre. La famille est un système vivant qui se modifie et se transforme en permanence. Comme tout organisme vivant, sa première mission est la survie. Elle le fait grâce à deux grands principes. Le premier est l’homéostasie, un ensemble de règles et de valeurs que chacun doit respecter. L’homéostasie l’emporte sur toute autre considération quand le système se sent menacé : départ d’un enfant, décès, arrivée d’un nouveau membre, changement d’attitude d’un enfant lors de l’adolescence... Dans chacune de ces situations, le système peut se fermer, se rigidifier et résister au changement, même si ce changement est nécessaire à l’évolution d’un de ses membres.

Dans ces circonstances, le membre en question va envoyer des signes de souffrance comme la colère, la résignation ou la dépression. L’homéostasie va aussi jouer un rôle protecteur face à un décès, une maladie, un problème financier. Et nous verrons alors l’ensemble des membres de cette famille réunir leurs compétences pour faire face à la difficulté. L’homéostasie assure la protection à court terme. Le deuxième grand principe est la tendance à la croissance, la tendance à grandir. Pour accueillir de nouveaux individus, enfants, brus et gendres, de nouvelles idées. La croissance permet de se projeter sur le long terme, au-delà des générations. Ces deux principes sont un peu comme le frein et l’accélérateur de votre voiture : chacun est essentiel et ils se complètent pour arriver à bon port.


Commandez ce numéro Hors-Série n°5 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves: la Dépression “Dépression et après ?“ Edito de Patrick Bellet.
“Un enjeu anthropologique“ Introduction de Thierry Servillat
“L’Acédie. L’extinction de la voie intérieure“. Jacques-Antoine Malarewicz
“Lorsque la dépression paraît… Premiers soins maternels“. Armelle Touyarot
“Peut mieux faire ! Ou comment déprimer à l’école. Orthophoniste multi-tâches, Amer Saffiédine
“De la couleur avant toute chose. Sept modèles de changement dans la dépression“. Claude Virot
“Comment ne plus déprimer. De la loyauté à la dépression“. Bruno Dubos
“Ex libris “ la bibliothèque des lecteurs. Les livres qui ont compté pour nos lecteurs.
“L’avenir de la psychothérapie en hypnose“. La rubrique Humeur de ce n° a été confiée à Stephen Lankton, rédacteur en chef de l’American Journal of Clinical Hypnosis. Il nous interroge sur « la preuve scientifique » et « le bon sens » dans le domaine de l’hypnose. Traduction d’Armelle Touyarot.

Pour acheter ce numéro de la Revue Hypnose & Thérapies Brèves à l’unité, ou vous abonner, cliquez ici


Laurence ADJADJ
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Thérapies Brèves, Psychologue.
Formatrice en Hypnose Ericksonienne, EMDR, Thérapies Brèves Orientées Solution à l’Institut Hypnotim de Marseille, dont elle est Présidente Fondatrice.
Exerce dans le Cabinet d'Hypnose, Thérapies Brèves et EMDR de Marseille 13006
Conférencière au sein des congrès de la CFHTB, Confédération Francophone d'Hypnose et Thérapies Brèves.
Rédactrice web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves… En savoir plus sur cette rédactrice