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Hypnose Thérapeutique, Médicale, Ericksonienne, Thérapies Brèves Orientées Solution, EMDR, IMO sur Paris, Marseille. L'avis de professionnels de santé
Mis à jour : il y a 6 heures 7 min

Au-delà de l'hypnose. De l'intuition à la lucidité.

jeudi 2 août 2018 - 10:04
Par Djohar Si Ahmed, Docteur en psychologie, psychanalyste, hypnothérapeute éricksonienne L'auteur s'inscrit dans une longue tradition de recherche des états psychophysiologiques et nous livre ses réflexions sur les états de conscience jusqu'à la lucidité. STRATÉGIE ET INTUITION

Ces deux termes, stratégie et intuition, autour desquels tourne l’intitulé du Forum, sont en principe antinomiques. La stratégie renvoie à une élaboration consciente, rationnelle et logique en vue de préparer une action, de mener un combat, un projet, de s’assurer une conquête amoureuse, ou une conquête tout court... L’intuition, connaissance immédiate, non verbale, défiant la logique ou la déduction. La stratégie domaine du cerveau gauche, l’intuition du cerveau droit. On peut déjà dire que l’une considère et analyse (rationnellement) des détails d’une situation pour aboutir à son appréhension et à la conduite à tenir, et l’autre, l’intuition, est une sorte d’appréhension immédiate et globale (et donc irrationnelle) de cette même situation. Toute la question est donc de savoir comment une bonne stratégie thérapeutique pourrait s’élaborer au terme d’une collaboration optimale entre ces deux aspects apparemment si dissemblables de notre fonctionnement psychique.

Dans toute thérapie, qu’elle soit brève ou longue, il y a rencontre de deux êtres, de deux psychés, de deux imaginaires, de deux inconscients. Tout ce qui advient et adviendra dans cette rencontre est et sera le résultat d’une interaction thérapeute-patient et patient-thérapeute. C’est dans le cadre de telles interactions que s’opère chez le thérapeute le passage de la notion de stratégie (superposable parfois à une technique, à un protocole, dans ses aspects les plus logiques, les plus rationnels), à celle d’une attitude thérapeutique fondée pour l’essentiel sur l’intuition.

L’intuition est à mettre en relation avec un curieux et intéressant phénomène que j’ai pu souvent observer dans ma pratique, tout comme probablement d’autres thérapeutes. Dans un premier temps et au cours (ou à l’issue) d’un entretien préalable, je décide, envisage, imagine les grandes lignes d’une stratégie hypnothérapique : les techniques que je vais utiliser ou mettre en oeuvre, les possibles métaphores, le récit, puis… quelques minutes après l’induction, je me retrouve moi-même dans un état hypnotique ou sub-hypnotique et sans effort apparent s’imposent alors à moi le discours, les métaphores, le ton de voix, les mots, les scènes qui s’avéreront les plus efficientes. Intuition de la juste parole.

Une parole que je serais tentée de croire ne « s’originant » que de moi-même. Or, la pratique et l’histoire nous enseignent que l’intuition peut se situer également du côté du patient. Un exemple fameux peut en être trouvé chez un des pères tutélaires de l’hypnothérapie : le marquis de Puységur.

Hypnotisant (ou plutôt magnétisant) un de ses premiers patients, Victor Race, le marquis de Puységur fut stupéfait (entre autres phénomènes produits dans cet état somnambulique) de l’entendre chantonner des airs qu’il ne faisait qu’évoquer mentalement, selon les termes par lui utilisés dans ses propres mémoires. Il faut croire que cette observation est restée longtemps irrecevable. Et pour cause, elle n’était pas compatible avec les paradigmes des Lumières, ni même avec ceux qui ont encore cours aujourd’hui. Ce qui explique la distorsion qui en a été faite notamment par les historiens : l’évocation mentale de Puységur et explicitement relatée par lui, devient pour des auteurs comme Ellenberger, un chantonnement à voix basse… Victor Race l’aurait donc perçue au moins de façon subliminale. Assertion en totale contradiction avec ce qu’a écrit Puységur. L’idée même que Victor Race ait pu avoir une perception télépathique de ce qui se passait dans la psyché de Puységur, autrement dit une lucidité magnétique selon la terminologie de l’époque, reste inenvisageable.

Voici donc une première extension de l’état hypnotique : la lucidité. Etymologiquement, ce terme vient du latin lucidus et signifie clair, lumineux. Si l’on peut considérer de façon certes imagée, que l’état de veille est une lumière intérieure, éclairant un niveau de conscience, lorsque cette lumière gagne en intensité et en clarté, elle permet à la conscience de fonctionner alors dans le registre de la lucidité. C’est d’ailleurs pourquoi la lucidité en est venue à désigner les facultés de connaissance paranormales (on dit d’une personne qu’elle est extra-lucide).

Il y aurait à envisager quelques gradations plus qualitatives que quantitatives entre ces deux termes :

- l’intuition : une capacité d’intégration de messages perçus sur un mode métacommunicatif et infraverbal, ne faisant pas appel à la raison ni à une conscience critique ;

- la lucidité : une forme majeure d’intuition par mobilisation d’une capacité à percevoir ce qui est d’ordinaire caché, à la faveur de dons de voyance.

En résumé, l’intuition (dans l’acception que revêt habituellement ce terme) peut fort bien être conçue comme le résultat d’une perception, en partie inconsciente d’éléments métacommunicatifs (gestuelle, mimiques, attitudes corporelles) dont l’intégration aboutirait à la perception de ce qui se passe dans le monde intérieur du patient. Telle était la position d’Erickson, et j’imagine celle d’une majorité d’hypnothérapeutes. Pour moi, l’intuition dans un sens plus élargi est de l’ordre de la lucidité ; c’est une perception a minima de certaines réalités ou événements en dehors des sens communs, une télépathie de la vie quotidienne pourrait-on dire, et qui, pour ce qui concerne notre propos, pourrait se focaliser, s’actualiser dans la rencontre avec un patient, surtout en son début.

Intuition est donc devenu un mot faible mais aussi plus acceptable (un euphémisme) par rapport à ces autres réalités psychiques qu’elle recouvre et qui font scandale. Comme le souligne Bertrand Méheust, c’est bien pour éviter la lucidité magnétique et les phénomènes psychiques (on dit aujourd’hui paranormaux) qui l’accompagnaient que Charcot a promu l’hypnotisme et l’automatisme psychologique au sein desquels l’intuition est devenue un masque pudique pour cacher tout ce à quoi ouvre cet état psychique très particulier, à savoir la lucidité qui impliquerait donc un véritable saut conceptuel. Comment comprendre sur un plan psychopathologique l’entrée en scène de l’intuition puis de la lucidité ?

C’est par la résurgence des composantes archaïques de la personnalité, que l’intuition/ lucidité se met en place. Il s’agit de niveaux de l’être où s’estompent les limites du moi et du nonmoi, du dedans et du dehors. Considérations qui permettent de comprendre ce qui a pu se jouer entre Puységur et Victor Race. A la faveur de l’état hypnotique (magnétique), ressurgissent ces niveaux de l’être permettant l’instauration d’un véritable champ psychique commun : ce qui se passe dans la psyché de l’un est immédiatement perçu par la psyché de l’autre, ou plutôt partagé et ceci au-delà de toute rationalité, de toute déduction logique et de toutes limitations.

L’instauration d’un champ psychique commun est une opportunité très remarquable puisqu’elle permet, un peu à l’instar de ce qui se joue entre une mère et son nourrisson, de mettre au service de la psyché du patient ses propres ressources psychiques. Bion parle à ce sujet « d’appareil à penser les pensées ».

Autrement dit, d’une capacité maternelle à « rêver » les éprouvés et les angoisses de son nourrisson. Une capacité dite de rêverie qui consiste à prendre et à vivre en soi ce que vit l’autre, perception en partie fondée sur l’observation, mais en majeure partie sur l’intuition, ou plutôt et pour rester cohérent avec ce qui vient d’être dit, avec une lucidité. Prendre en soi les éprouvés et les angoisses de l’autre, les mettre en forme, les rendre « pensables » et renvoyer, pour la mère au nourrisson, pour le thérapeute au patient, ce même matériel redevenu métabolisable, intégrable, fantasmable. Bref, un matériel qui peut prendre place harmonieusement la vie psychique du sujet.

Mais comment s’effectue ce retour ? Chez la mère, par tout un ensemble de dispositions : une gestuelle, une certaine qualité de contact, une pensée rassurante, une parole « juste » et authentifiante. Chez l’hypnothérapeute, par une métaphore, un récit, un silence plein, résultat de tout un travail psychique qui est in fine une véritable cocréation. Le patient apportant le matériel, le thérapeute ses propres ressources psychiques, celles-là mêmes qui font défaut au patient, au moins dans le secteur de sa personnalité le plus impliqué dans ses symptômes. Dans les deux cas, il s’agit du résultat d’une interaction entre deux psychés rendue possible par l’instauration de ce champ psychique commun. Incidemment s’enclenche chez le patient en état hypnotique un processus qui échappe complètement à l’hypnothérapeute. C’est le patient lui-même qui accède à la lucidité, sur le thérapeute (cf. l’anecdote de Puységur) mais surtout sur lui-même, sur sa problématique, sur ces propres ressources et l’utilisation qu’il peut en faire. Un processus d’auto-guérison, ou mieux encore, d’évolution se met en place. Mais allons plus loin pour découvrir d’autres états de conscience, que l’on appelle les états psychophysiologiques, qui certes intègrent l’hypnose et la lucidité, mais s’étendent bien au-delà.

LES ÉTATS PSYCHOPHYSIOLOGIQUES

Nous venons de constater que l’intuition, terme domestiqué masquant celui de lucidité, donne accès à une connaissance non logique, non déductive, non rationnelle. Ceci correspond au moins en partie à la définition de la métapsychique (ancien nom de la parapsychologie) avancée par Charles Richet en 1905 : phénomènes psychologiques dus à des puissances in- connues latentes de l’intelligence humaine. C’est grâce à un questionnement sur les zones ou champs limites de la psyché, notamment la parapsychologie3, que j’ai découvert ces autres états de conscience. Cet intérêt m’a amenée à m’interroger sur les autres états de conscience, autrement dit sur le phénomène de la transe.

Commandez ce numéro Hors-Série n°4 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves Au-delà de la technique… L’intuition ? Par Patrick Bellet.

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“Justin et l’engin magique“. Par Marie-Odile Soucaze des Soucaze.

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Laurence ADJADJ
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Thérapies Brèves, Psychologue.
Formatrice en Hypnose Ericksonienne, EMDR, Thérapies Brèves Orientées Solution à l’Institut Hypnotim de Marseille, dont elle est Présidente Fondatrice.
Exerce dans le Cabinet d'Hypnose, Thérapies Brèves et EMDR de Marseille 13006
Conférencière au sein des congrès de la CFHTB, Confédération Francophone d'Hypnose et Thérapies Brèves.
Rédactrice web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves… En savoir plus sur cette rédactrice




Le conte en Hypnose: Justin et l'engin magique.

jeudi 2 août 2018 - 01:22
La métamorphose Par Marie-Odile Soucaze Des Soucaze, Infirmière puéricultrice, formatrice. Psychopraticienne formée à l’hypnose éricksonienne, Membre de l’Institut Milton Erickson de Biarritz-Pays Basque. Le conte a le double pouvoir de la relation, il raconte et relie. Il dit le passé au présent pour changer le futur. Il est maintenant.

COMMENT JE M’Y PRENDS

Au départ, les premiers entretiens me permettent de définir le véritable besoin de la personne, ce qui me donne l’objectif que je vais donner au conte. Je m’associe à elle, comme si j’écrivais au travers d’elle. Je ne cherche pas à comprendre le pourquoi du comment, pas d’intellectualisation sauvage… Je laisse aller, c’est tout. Et ça vient ! Et surtout, je me fais confiance… et si cette confiance fait défaut, c’est la panne… (Pour le forum, je voulais écrire un conte « court » et je me suis mis la pression et là, panne sèche pour la première fois… J’ai donc choisi un conte que j’avais écrit pour une personne dont je raconte l’expérience ci-dessous.)

UNE HISTOIRE SINGULIÈRE COMME CHAQUE HISTOIRE DE VIE

Sandrine, 32 ans, souffre d’une hernie cervicale qui doit être opérée dans les mois qui viennent tant la douleur est handicapante. C’est la raison de sa venue. Très vite, le véritable besoin émerge : tourner une page sur son passé qui lui pèse comme un carcan.

Elle travaille sur ce qu’elle a vécu dans son enfance : père violent avec sa mère, fille unique qui malgré son jeune âge « porte » sa mère… et se protège, s’encarapace pour vivre au mieux cette situation pesante… Quand elle vient à ma rencontre, elle a déjà amorcé un tournant dans sa vie : elle était célibataire, elle a rencontré quelqu’un avec qui elle démarre une vie de couple, elle évolue et se projette ailleurs professionnellement. Elle travaille dans une banque et veut devenir médiateur familial. Elle obtient un congé formation, repart à l’école. Et c’est à ce moment-là, au moment où il lui semble qu’elle se dirige vers ce pour quoi elle se sent faite, que des douleurs cervicales apparaissent. Sa formation en est perturbée, son travail aussi, elle ne comprend pas ce qui se passe…

Elle vient quatre fois en entretien… Dès le premier, elle réalise le travail de protection qu’elle a mis en place pour traverser les périodes difficiles de sa vie, ce qui lui a permis d’avancer… Elle réalise aussi qu’elle n’en a plus besoin pouvant s’appuyer maintenant sur ses propres capacités, ses ressources…

Entre les deux premiers entretiens, la douleur s’intensifie… pour aller ensuite en diminuant progressivement. Entre la troisième et la quatrième séance, il est prévu un délai de trois semaines au cours duquel je lui écris un conte que je lui raconte sous hypnose lors de la dernière et quatrième séance.

Aujourd’hui, elle n’a plus de hernie cervicale (IRM), le cours de ses études se passe bien, elle est à la veille de passer son diplôme et de changer de travail. Dans cette situation, pour moi, l’objectif du conte a été de renforcer sa confiance en elle, de valoriser d’autres ressources qui ne sont pas forcément celles qui lui ont été utiles dans son passé. Je ne sais jamais où je vais arriver en terme de scénario, je me fais confiance et je fais confiance à la relation instaurée avec la personne… J’ai pu ainsi observer une forte émotion pendant la narration du conte et recueillir ses propos après : « Comment as-tu deviné que c’est la question que je me pose depuis longtemps et à laquelle je n’avais pas de réponse ? » Question qui, par l’intermédiaire du conte, est devenue obsolète, inutile pour l’avenir de Sandrine. La question n’étant plus d’actualité, l’absence de réponse consciente n’est plus un frein et la personne démarre…

Ce qui fut pour moi une découverte étonnante, c’est que ce conte et d’autres, écrits au départ pour une personne en particulier, je les ai racontés à d’autres patients… avec des problématiques semblables ou non, chacun y trouvait réponse à ses questions… Je vous raconte le conte écrit pour Sandrine.

JUSTIN ET L’ENGIN MAGIQUE

Il était une fois, dans un pays imaginaire, une espèce d’engin un peu bizarre, une petite voiture particulière et unique, toute bleue, d’un bleu soutenu, franc et bien uniforme… Elle était confortable avec ses sièges recouverts de velours clair, un velours très doux au toucher et qui sentait la pêche, un velours qui selon la température extérieure devenait plus épais et chaud ou au contraire plus ras et frais.

Cette petite voiture avait une particularité, elle était douée d’une capacité d’anticiper les désirs de son conducteur par je ne sais quelle fonction extraordinaire et magique. Cette petite voiture bleue appartenait à un jeune homme qui s’appelait Justin. Justin semblait fragile et frêle… Il n’avait pas d’âge… Son visage était lisse, sa peau était pâle et régulière… Ses cheveux blonds avec de petites boucles serrées lui donnaient l’allure d’un ange… Justin n’aurait pu dire depuis quand il conduisait son engin bleu… cela datait de si longtemps… si longtemps… Même le souvenir de son acquisition ne lui était plus disponible… Il faut dire que le temps, dans ce pays imaginaire, n’était pas comme dans notre monde réel à nous… Le temps ne se comptait pas, il se vivait, il se vivait à chaque instant, chaque seconde, chaque millième de seconde… et du coup, la notion du temps qui passe était pour Justin inconnue…

La seule chose dont il avait conscience, c’était le chemin qu’il avait à parcourir, car il en parcourait des chemins Justin, des chemins en plaine au milieu de prairies verdoyantes et de petits ruisseaux au bord desquels il observait d’étranges animaux qui venaient s’abreuver. Il voyait également des pêcheurs qui attendaient patiemment en regardant le bout de leur ligne et aussi des enfants qui couraient le long de la berge, accompagnés de leurs parents qui leur criaient d’être prudents…

Mais il traversait aussi des zones escarpées sur des chemins plus arides, où de nombreux méandres permettaient de découvrir à maintes reprises des paysages nouveaux, féeriques, qu’il prenait à peine le temps d’admirer, toujours attiré vers plus loin, quoiqu’il se passe… Et avec sa petite voiture bleue, Justin parcourait des kilomètres et des kilomètres toujours plus loin, plus loin… sans jamais s’arrêter, sans jamais se poser, sans relâche aucune… et il pouvait le faire Justin, convaincu que son engin était infaillible et sûr et qu’il pouvait compter sur lui pour toujours… il suffisait qu’il tienne fermement dans ses mains le pommeau qui était proéminent sur le tableau de bord pour que ça avance en toute sécurité…

Il faut dire que la carcasse de sa voiture était d’une matière qui offrait un maximum de confort et de sûreté. Elle était translucide et laissait ainsi tout le loisir de bien observer l’extérieur tout en étant protégé. Et tout en étant à l’abri, Justin pouvait avancer sans aucune crainte. De plus, son engin avait une « intelligence » intuitive qui permettait à Justin de se reposer sur cette voiture protectrice. Et il se reposait tellement sur elle qu’il ne s’aventurait pas sans elle, nulle part… il ne partait jamais à pied, ni à vélo, ni à dos d’âne… il se serait senti perdu, trop fragile, trop vulnérable… ce n’était pas possible pour lui d’imaginer la vie autrement.

De ce fait, il était souvent seul, pour ne pas dire tout le temps… même s’il rencontrait d’autres personnages étranges dans ce monde imaginaire, il les côtoyait depuis sa carapace transparente qui à ce moment-là se modifiait pour prendre une apparence discrète et légère, tout en apportant la même sécurité si importante pour Justin. Et de toute façon, sa ténacité, je dirais même sa pugnacité, faisait qu’il ne s’éternisait pas sur place, qu’il fallait avancer, toujours avancer sans fléchir…

Il avait entendu dire qu’au bout, tout au bout de ce chemin qui apparaissait sans fin, se trouvait la réponse à la question qui le hantait depuis si longtemps, depuis… en fait… tout le temps… Il lui semblait être né avec cette question au fond de lui et il n’avait de cesse de vouloir trouver la réponse. Il n’en avait parlé à personne… Les autres ne pourraient pas comprendre… cette question était « pourquoi suis-je né ? » et il fallait bien trouver la réponse…

Justin avait entendu aussi, il ne se rappelait d’ailleurs plus ni quand, ni où, ni de qui, il avait entendu que celui qui n’avait de cesse de trouver la réponse à ses questions devait parcourir la terre entière s’il le fallait, mais que sa réponse se trouvait au bout du chemin… Alors il parcourait tous les chemins, courageusement dans l’espoir de trouver un jour la réponse au bout de l’un d’entre eux. Et il croyait très fort que pour cela, nul repos, nulle douceur possible tant que la réponse tant convoitée ne serait trouvée… Et il comptait bien sur sa voiture bleue magique pour y arriver… elle faisait partie de lui, c’était comme une seconde peau… il n’imaginait pas vivre sans elle. Et pourtant…

Un jour, et pourquoi ce jour-là, il ne le savait pas ni pourquoi pas le lendemain ou la veille, il ne le savait encore moins… Ce jourlà, donc, il sentit des vibrations sous son siège alors qu’il venait à peine de partir. Troublé, il ralentit un peu mais les vibrations s’amplifiaient sensiblement… et en même temps, la transparence de l’habitacle se ternissait progressivement… et Justin devait plisser ses yeux pour voir à l’extérieur… il décida de poursuivre quand même son chemin.

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Mariline MORCILLO
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Thérapies Brèves Orientées Solution, Infirmière spécialisée Douleur.
Exerce dans le Cabinet d'Hypnose, Thérapies Brèves et EMDR de Paris 11 et à Marseille.
Rédactrice web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves.
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Edito. Outre-conscience. Dr Patrick Bellet.

jeudi 2 août 2018 - 01:00
Par le Dr Patrick BELLET, rédacteur en chef de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves. Président de l'Institut Milton Erickson d'Avignon (Vaison La Romaine) Le Forum de Nantes au printemps dernier a attiré l’attention des congressistes sur la place de l’intuition, des voyages au sens métaphorique et de leur articulation en thérapie. Cette mise en lumière de ce qui préside à la conduite d’un traitement : perception à différents niveaux des difficultés, représentation métaphorique de la pathologie et de son traitement, nous donne techniquement « la stratégie» comme attitude thérapeutique. Si nous continuons de filer la métaphore de la stratégie nous ne pouvons que situer notre action dans un espace en expansion dans le futur. Référence aux fameuses ressources qu’Erickson postule en chacun de nous. Gagner du terrain, y cultiver des talents sont des principes de base sous-jacents à l’hypnose éricksonienne. Apprendre, découvrir et réciproquement.

Comme si cette expansion se faisait à l'horizontale !

Une des positions les plus favorables au repos…

L’arrêt de l’agitation non pas pour explorer quelque profondeur, gardienne de toutes les horreurs ou richesses, mais plu tôt pour développer un espace au-delà des limites ordinaires convenues. Une façon, aussi, de jouer avec le célèbre problème des neufs points (présenté dans le N°1) comme métaphore graphique du changement de point de vue.

Si au lieu de parler d’inconscient ou même de n’en pas parler avec éloquence, on envisageait autour de la conscience un espace d’expression qui ne doive rien au passé. Un espace dans lequel la curiosité, le jeu, la gratuité seraient, parmi d’autres, des matériaux de construction. Outre-conscience, au-delà de la conscience…

Jeu de mots, sans doute, mais après tout pourquoi pas ? Ce glissement phonétique m’est venu lors de la découverte du travail de Soulages cet automne au Centre Pompidou. Soulages (quel beau nom pour un thérapeute !) décrit son approche du noir comme une couleur qui irradie la lumière, l’« Outrenoir ». Le sombre, le caché sont-ils dans l’ombre portée d’un éclairage trop précis. Comment régler le contraste ? Toujours à propos de Soulages qui voulait « inscrire le noir et la lumière à chaque point de la toile, créer leur inséparabilité, leur indistinction – l’absence dans la présence et la présence dans l’absence –, soit l’outrenoir ». Voilà peut-être une piste pour franchir la frontière du territoire balisé des techniques et accéder à celui de l’outre-conscience, de l’intuition…

Outre, ce mot possède de multiples acceptions : « au-delà de », « ventre », « récipient d’origine animale», « en sus », d’une grande fécondité pour alimenter une créativité qui fonde nos activités thérapeutiques. Lieu et temporalité associées, quelque chose qui n’existe que maintenant, à saisir sans attendre.

A la fois à l’intérieur et autour et aussi en complément, comme si le temps avait un don d’ubiquité qui ferait du présent une source !
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“Hyperesthésie somnambulique, à propos d’un article de Bergson“. Par Bertrand Méheust.

“De l’intuition à la lucidité“. Par Djohar Si Ahmed.

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Dr Patrick BELLET
Hypnothérapeute, Médecin Généraliste.
Président de l’Institut Milton Erickson Avignon
Conférencier International
Ancien Rédacteur en chef de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves.
Past-Président de la CFHTB, Confédération Francophone d’Hypnose et Thérapies Brèves
Enseignant dans le D.U. de Sexualité Humaine de la Faculté de Médecine Paris XIII-Bobigny et dans le D.U. d’Hypnose médicale de la Faculté de Médecine de Montpellier.
Enseigne l’hypnose à l’Université Louis Pasteur de Strasbourg…

Hyperesthésie des somnambules. Bertrand MEHEUST

jeudi 2 août 2018 - 00:42
A propos d'un article de Bergson Par Bertrand MÉHEUST, Docteur en sociologie. Il se consacre à l’histoire de la parapsychologie et mène une réflexion épistémologique sur les tabous de la connaissance. Revue Hypnose & Thérapies Brèves, Hors-Série n°4 On doit à Henri Bergson une des expériences les plus troublantes qui aient été tentées à la fin du siècle sur l'hyperesthésie des somnambules.

Bergson, alors professeur à Clermont-Ferrand, est invité à participer à une séance de suggestion hypnotique. L’opérateur a pour sujets un groupe de jeunes de quinze à dix-sept ans. Ces derniers sont allongés sur un canapé situé à plusieurs mètres. Le magnétiseur se tient debout devant eux et ouvre un livre dont ils ne peuvent voir que la couverture.

Or l’un des sujets parvient à lire des lignes entières du texte. Faut-il incriminer la transmission de pensée ? L’expérience tentée par Bergson a pour but de répondre à cette question. La séance se déroule au domicile du philosophe. Un des sujets est endormi, placé en face de lui à quatre mètres. Bergson ouvre un livre au hasard et le tient verticalement à dix centimètres environ de ses yeux, mais légèrement en dessous, de manière à pouvoir en même temps fixer par le regard le sujet endormi. Or, surprise, ce dernier parvient effectivement à lire les numéros des pages et les titres des chapitres, et cela à plusieurs reprises :

Si je demande à l’un quelconque de ces quatre sujets comment il s’y prend pour deviner le nombre et le mot, il répond invariablement : ”Je le vois”. “Où le voyez-vous ?” “Là.” Et, passant un doigt sous le titre, de manière à pouvoir toucher la page que je regarde, il le pose avec une étonnante précision sur le numéro ou le titre qu’il s’agissait de deviner (...). Bref, à l’en croire, c’est devant ses yeux que le livre est ouvert, et non devant les miens ; il s’imagine naturellement lire.

Mais il subsiste une bizarrerie dans les résultats “Tout se passait, constate Bergson, comme si le sujet endormi lisait pour de bon, mais lisait dans un miroir, où il eût aperçu les images symétriques des objets réels.” Bergson forme alors l’hypothèse suivante : le sujet lit les images inversées du texte sur la cornée de l’expérimentateur. Contre-expérience : le philosophe tient le livre devant lui mais ferme les yeux ; et le sujet ne parvient plus à lire. C’est donc l’hypothèse la plus économique. Mais cette hypothèse implique une exacerbation considérable de la vue ; un calcul effectué donne des lettres dont la hauteur est inférieure à 0,1 millimètre. Le sujet hypnotisé était donc capable, a minima, de lire à quatre mètres de distance, des lettres de 0,1 millimètre qui se reflétaient sur la cornée de l’expérimentateur.

Mais le tour de force ne s’arrête pas là : le mécanisme réel de cette perception est gommé à la conscience du sujet, et ce qui y émerge n’est qu’une visualisation simplifiée d’un processus autrement complexe. Bergson conclut que l’on ne peut mettre en doute la bonne foi des sujets : “le sujet hypnotisé n’est donc pas précisément un simulateur, mais tout se passe comme si c’était à un simulateur qu’on avait affaire.” J’ai tiré ce passage du tome I de mon ouvrage Somnambulisme et médiumnité4, sans rien en changer, dans le but de poser aux lecteurs de Voir une question très simple.


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Marion CHERVY
Rédactrice en Chef Web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves.
Chargée de Communication au sein des Instituts de Formation.


Hypnose du présent, hypnose de l'acceptation

jeudi 2 août 2018 - 00:30
Hypnose. Les fondations du temps Par le Dr Alain VALLÉE, Médecin Psychiatre à Nantes, Président d'honneur de l'AREPTA. Depuis pas mal de temps, je m’enrichis des modes de pensée constructiviste et constructionniste à propos des diverses catégories de la conscience, du temps, de la normalité ou de la pathologie, entre autres.

Ceci m’a amené à approfondir ma réflexion sur la construction des problèmes, sur la thérapie en général, sur l’alliance thérapeutique et, de plus en plus, sur ce qui se passe dans le creuset de la thérapie. Déjà, dans le passé, j’enseignais combien la théorie psychanalytique n’était qu’une fiction, une métaphore permettant de mettre en place un échafaudage virtuel permettant de rendre compte de ce qui se passait, mais en rien une théorie de l’esprit humain, au plus une théorie de la relation.

La découverte de l’hypnose et des thérapies brèves n’a pas changé ce point de vue. De plus en plus, je me suis intéressé au système thérapeutique. Pour Steve de Shazer, le système à considérer est composé de la personne en situation de client, de la personne en situation de thérapeute, et de la plainte.

Rapidement, leur propos va être de changer la plainte en problème. Au fur et à mesure des entretiens, ce système thérapeutique va s’approcher de la solution.

Je devrais plutôt dire la dissolution du concept [problème – plainte]. Il n’y a donc plus lieu qu’il y ait une relation entre ce quidam qui ne se plaint plus et cet autre quidam qui peut, peut-être, rester thérapeute dans ses rêves, mais certainement plus pour cette autre personne.

De plus en plus, je me suis intéressé à ce qui se passait dans le moment même de la thérapie et qui faisait que, quelquefois, elle peut se réduire à une seule rencontre. Je ne suis pas le seul : Daniel Stern a écrit un livre sur le moment présent en thérapie, ouvrage passionnant par ailleurs, richement et scientifiquement documenté... Je me rends compte que je ne fais que suivre des chemins largement explorés, mais tant pis !

J’ai réalisé que les moments les plus thérapeutiques n’étaient pas nécessairement les plus empathiques et chargés d’émotion, mais plutôt des moments plutôt calmes pendant lesquels l’un et l’autre étaient focalisés sur la rencontre ; plus tard, je me suis rendu compte que la condition en était de se réaliser, au sens de se sentir existant, dans le présent de la rencontre. Je me suis donc intéressé aux notions de temps vécu, j’ai interrogé ce que pouvaient en dire les vulgarisateurs de la physique, les thérapeutes, et aussi les philosophes.

Voilà comment, à l’aide de quelques mots clés sur Internet, j’ai trouvé un livre d’André Comte-Sponville, De l’autre côté du désespoir, sur la pensée d’un gourou indien qui se nommait Swâmi Prajnânpad, décédé en 1974. Cet homme connaissait bien la physique, la psychanalyse et la pensée occidentale, ce qui fait que sa pensée nous est accessible plus facilement. Il se trouve qu’il a eu comme disciples ou élèves un certain nombre de Français, dont le Docteur Leboyer, célèbre gynécologue des années 1970, et aussi Arnaud Desjardins, qui ont contribué à répandre sa pensée en France. Probablement y a-t-il eu ensuite quelques errances de succession avec des dépôts de marques commerciales, par exemple.

Si Swâmi Prajnânpad n’a jamais écrit de livres, de nombreux disciples, tant indiens que français, ont pratiqué des enregistrements audio de son enseignement et les ont publiés. Bien sûr, certains tirent plus du côté de la philosophie, d’autres tirent plus du côté de la spiritualité, il faut tenir compte de leurs a priori et de leurs préalables.

Je ne vais pas vous faire un exposé exhaustif de cette pensée qui peut être placée plutôt du côté de la philosophie cynique et stoïcienne, mais en dehors de la tradition allant d’Antisthène à Marc Aurèle, puis à Montaigne ; je ne suis pas assez intelligent pour cela ; je ne peux retenir que ce qui fait « expérience » pour moi et qui s’intègre d’une façon globale dans mon vécu.

Je m’en tiendrai dans mon propos plutôt à ce que ces lectures m’ont appris et qui m’a aidé dans ma pratique de l’hypnose et des thérapies brèves.

Tout d’abord, Prajnânpad apporte quelques conceptions psychopathologiques qui me paraissent être intéressantes. Il exprime, mais ce n’est pas nouveau, que l’homme a horreur du déplaisir et de la frustration. De ce fait, comme la plupart du temps, il ne peut pas s’éloigner de la source de la frustration, il va être amené à refuser mentalement cette émotion et à la projeter à l’extérieur.

Dans un premier temps, cette projection va augmenter l’attente vis-à-vis des humains « cause » de la frustration, ce qui va augmenter en retour la frustration, et donc la projection qui va augmenter et finir par construire un écran entre le sujet et le monde tel qu’il est. Beaucoup de nos comportements que nous croyons libres ne sont que des réactions par rapport à la perception de cette projection, dont l’inadéquation est à la source d’une majoration de l’émotion ressentie corporellement.

Prajnânpad explique qu’il y a plusieurs niveaux d’émotion). Lorsque l’homme voit le monde tel qu’il est, il se sent calme, apathique au sens étymologique ; il peut alors avoir des sentiments qui l’amènent à pouvoir avoir une action délibérée. Pensez à la différence entre l’émotion de peur qui ne nous permet comme réponses que la sidération, et la fuite et le sen timent de danger qui va nous permettre tout un éventail de stratégies possibles d’adaptation. L’inadaptation de la réaction va faire surgir une émotion qui va être augmentée par l’inhibition comportementale suscitée par l’inefficacité des solutions.

Prajnânpad souligne que, justement à cause de cela, toute perception corporelle d’émotion, qu’elle soit positive ou négative, nous informe sur le fait que nous ne voyons pas le monde tel qu’il est, que nous sommes dans l’erreur. Pensez à une émotion dite positive telle que la joie. Vous remarquerez qu’en dehors du sentiment de joie calme, l’euphorie n’est pas sans danger dans n’importe quel contexte. Elle nous entraîne à faire confiance à tout le monde et, de ce fait, la sagesse sociale nous amène à ne l’exprimer que dans des contextes de sécurité. Pour lui, la seule façon de retrouver ce calme qui permet l’action déterminée est de laisser s’écouler l’émotion. Une fois qu’elle s’est exprimée, le sujet n’est plus contraint par le cycle projection- réaction. Faudrait-il réhabiliter la catharsis, l’abréaction, et donner raison à certains hypnothérapeutes ?

C’est ce qu’ont fait bon nombre de ses disciples français avec la pratique des lyings (setting para-analytique), quelquefois assez proches des thérapies genre « cri primal ». En fait, j’ai trouvé dans plusieurs écrits, notamment à l’intention de ses disciples indiens, que c’était essentiellement la composante corporelle de l’émotion qui avait besoin de s’exprimer, de suivre son cours, d’être acceptée, comme si toute émotion avait, d’une part, un versant corporel et, d’autre part, attachées à lui, une opinion, une désignation, une étiquette liée au social… Ce simple travail d’acceptation de la sensation de l’émotion va amener la personne à avoir le sentiment d’un écoulement, d’une remise en fluidité qui va rendre évanescente la désignation. Comment parler d’angoisse si cette désignation n’est plus nourrie par une sensation corporelle ?

La sensation diffuse, le plus souvent de calme, qui va remplacer cette sensation d’émotion, va amener la personne à être de plus en plus dans l’instant présent, à voir le monde tel qu’il est, et à pouvoir voir clairement l’action utile et nécessaire qu’elle peut avoir à accomplir. La seule réalité sur laquelle nous pouvons agir, c’est ce qui est présent, ici et maintenant.

Cette exploration de l’instant présent nous amène à nous rendre compte que l’instant présent est conceptuel et dépourvu de qualificatifs. Si je dis « la fleur », vous avez assez facilement accès à un concept de fleur. Si je dis « la belle fleur » ou bien « la fleur jaune », vous êtes amenés, d’une façon ou d’une autre, à vous souvenir d’une belle fleur pour essayer de savoir de quoi je parle, ou bien, de la même façon, à vous souvenir d’une fleur jaune. Bref, pour pouvoir qualifier quelque chose, vous êtes contraints d’explorer vos souvenirs, de rechercher- créer un passé et donc, de quitter le moment présent.

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Sophie TOURNOUËR
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Thérapies Brèves Orientées Solution, Psychologue.
Exerce dans le Cabinet d'Hypnose, Thérapies Brèves et EMDR de Paris 11.

Chargée de Formation au CHTIP à Paris, à l’Institut Hypnotim à Marseille
Rédactrice web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves.
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Hypnose: entre observation et perception

mercredi 1 août 2018 - 22:51
VARIATION CONTEMPORAINE DU "RAPPORT EXCLUSIF" DES PIONNIERS DU XVIIIe SIÈCLE Par le Dr Sylvie LE PELLETIER-BEAUFOND, Médecin psychothérapeute à Paris, hypnothérapeute et thérapeute systémique de famille et de couple. Au débuts du magnétisme étaient la synchronisation silencieuse au cours de laquelle l'attention se concentrait dans le "rapport exclusif", un mutuel échange de conscience, qui n'a rien perdu de son efficience de nos jours.

A partir d’une situation clinique particulière obligeant le thérapeute à développer une autre posture, ou plus exactement à renforcer la posture thérapeutique propre à l’hypnose, je voudrais mettre en question et en lien deux grands thèmes évoqués dans ce forum : la notion d’observation en hypnose d’une part, et l’abord instrumental ou stratégique de cette approche d’autre part. Ce qui nous conduira, s’il en est encore besoin, à revenir à la nature même de l’hypnose. Celle-ci, de l’ordre d’une mise en relation, d’une mise en présence, offre à la prise en charge thérapeutique un contexte relationnel particulier, « facilitateur », à condition de préserver son essence singulière, indéfinissable, qui fait son efficacité.

SITUATION CLINIQUE

Il s’agit d’une jeune patiente que je vois depuis plusieurs semaines. Elle présente un important malaise social, amplifié par une rupture sentimentale très douloureuse. On note de lourds antécédents familiaux. A la suite de cette rupture, outre des difficultés d’ordre relationnel, elle a développé une symptomatologie dermatologique dont nous reparlerons, mais qui ne paraît pas être centrale dans la thérapie. Au bout de quelques séances, la patiente se sent mieux, avoue hésiter ou être un peu angoissée à l’idée de venir.

Au début d’une nouvelle séance, elle s’autorise à dire qu’il lui est difficile de rester sous mon regard dans les moments « d’exercice » ; je lui propose de tourner le fauteuil comme il lui convient. De ce fait, la patiente tourne le fauteuil de telle sorte que je ne la voie plus du tout, et qu’elle ne ressente plus, je l’imagine, mon regard sur elle. L’exercice semble au début bien périlleux pour moi, en tout cas dans les premiers instants. Ne voyant plus la patiente, ne pouvant donc plus détecter aucun indice d’observation (visuel au sens strict du terme) si précieux comme nous l’ont enseigné nos maîtres à la suite d’Erickson, le choix se présente : soit faire une induction standard, « à l’aveugle », et un travail plus ou moins prédéfini (que ce soit métaphore, méthode ou technique déjà utilisée, maîtrisée ou imaginée dans le court dialogue préliminaire à notre séance), soit « se jeter à l’eau » et prendre le risque de laisser venir ce qui adviendra, être à l’écoute de ce qui se passera ; demandant pour cela une autre attention, un autre mode d’observation.

Cette dernière attitude paraît risquée au premier abord, elle engage le thérapeute que je suis dans une terre inconnue, où il ne sait rien de ce qu’il fera, dira, ressentira, mais dans laquelle il peut s’immerger en s’investissant de tout son être dans l’instant de l’exercice. Attitude d’un engagement total dans l’ici et maintenant, différente de celle, rassurante, de l’application d’une stratégie éprouvée, connue, d’une technique apprise, d’une méthode que l’on suit, mot après mot, à la manière d’un chemin bien balisé. Cependant, le travail avec François Roustang tout particulièrement, ainsi qu’avec Mony Elkaïm, dans le champ des thérapies systémiques familiales, nous incite à considérer chaque rencontre comme singulière, rencontre qui ne peut se satisfaire d’un abord standardisé. Je me lance donc. De ce fait, il ne faut pas nier que dans les premières secondes je m’appuie sur des phrases banales et connues, permettant un début d’induction, phrases que nous connaissons tous ; « s’installer, se laisser porter par ses perceptions, sa respiration... ». Mais bien vite, m’abandonnant à la situation, je perds le fil d’une induction « type », et me laisse porter par ce qui vient, perceptions, images, idées, paroles, parfois surprenantes. Je perds donc le fil d’une induction systématique, et mes yeux se ferment, puis le discours, les silences et le rythme s’installent sans que rien ne prédise d’un instant à l’autre ce qu’il adviendra. L’induction a bien eu lieu, mais qui est d’abord concerné, patient ou thérapeute ?

Je voudrais m’arrêter à ce point de la présentation sur les interrogations qui se posent du côté du patient, de celui du thérapeute, et enfin de cette mise en présence. En premier lieu, cette patiente, par sa demande, a mis au jour un point qui était jusqu’alors resté pour moi bien négligeable, et pourtant capital. En effet, d’un point de vue général, le fait même que chaque patient vient en séance pour se laisser entrer dans une expérience hypnotique, c’est-à-dire de revenir à soi, pour soi, afin de laisser place à ce qui se produira, sachant qu’un autre, hypnothérapeute, l’observe ou est censé l’observer, est en soi un acte déterminant. Nous sommes donc en présence d’un sujet se sachant observé qui, se sachant observé, observe d’une certaine manière intérieurement son thérapeute. Et pourtant, il abandonne le regard supposé de l’autre, il le néglige. Sans doute, plus que le regard de l’autre, c’est la présence de l’autre qu’il oublie.

Cependant l’autre est là en même temps pour l’accompagner. Le premier acte en soi, avant même l’induction et déjà à mon sens thérapeutique, est cette possibilité d’abandonner l’importance s’il en est de ce regard, et donc de ce lien, avec un hypnotiseur. Abandon, oubli de l’autre, paradoxalement portés par la présence de l’autre. C’est en somme ce qui caractérise l’hypnose : l’importance et la négligence accordée au thérapeute simultanément. Le premier acte thérapeutique du patient est déjà cette capacité, plus encore, cette décision préalable de s’installer dans ce dispositif particulier. La possibilité d’être seul, avec soi dans l’oubli du thérapeute et en même temps d’être avec l’autre dans un lien qui se fait et se défait en permanence pendant la séance.

Mais qu’en est-il du thérapeute ? Plusieurs questions se posent à ce moment-là. Que faire en l’absence de signes visuels, de repères habituellement présents, pour dérouler la séance ? Comment être au plus près de cette présence absence nécessaire à l’hypnose ? Ou comment le thérapeute peut-il amplifier ce qui est déjà en œuvre par le dispositif même de la séance, en réponse à l’acte premier du patient ? Ces deux interrogations renvoient, il me semble, au même : à la posture du thérapeute, plus précisément à son mode de présence en hypnose. Présence portée par un lien hypnotique réciproque qui entraîne d’abord le thérapeute, puis le patient dans l’espace relationnel. Je me suis interrogée sur la crainte ou l’espèce de vide qui ont précédé chacune des séances suivantes, au moment où la patiente tournait son fauteuil. La vision manquant, sur quoi s’appuyer lorsque la vue fait défaut, pour asseoir une induction, puis des interventions ? Que devient notre position de miroir s’il n’y a plus le reflet ? C’est alors à la réciprocité qu’il faut revenir. Quand le patient se soustrait à l’observation habituelle, le thérapeute doit développer une autre forme d’observation. Privé de support visuel, il est poussé à s’appuyer sur d’autres indices, plus fins, plus subtils, à se concentrer sur des signes presque imperceptibles, à s’immerger dans le contexte. Dans notre situation clinique, je me surprends à fermer les yeux, à me laisser porter, une fois la concentration établie, par ce que je ressens de la présence du patient, ce que je perçois.

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Sophie TOURNOUËR
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Thérapies Brèves Orientées Solution, Psychologue.
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L'intuition peut-elle s'apprendre? Comment ne pas faire d'hypnose

mercredi 1 août 2018 - 22:43
Par Aurélie MAINGUET, Psychologue clinicienne à Dijon Je me suis intéressée à ce qui pouvait causer les craintes d’un thérapeute débutant en hypnose. L’objet de cet article est de retracer mon cheminement à travers quelques grandes questions. Qu’est-ce réellement que l’hypnose, comment peut-elle se situer entre une volonté de légitimation par la science et une aura magique qui reste bien ancrée ?

Les principes en vigueur lorsqu’il s’agit de psychothérapie ne nous éloignent-ils pas parfois des principes éricksoniens ? Quelle est finalement la part de la technique et celle de l’intuition dans notre pratique ? Et enfin, comment se libérer des craintes et apprendre à faire confiance à l’inconscient ? Sans prétendre apporter les réponses, j’aimerais vous faire partager mes réflexions.

SCIENCE VERSUS MAGIE

L’hypnose a toujours été difficile à définir. Dans la littérature sur le sujet, chacun y va de sa propre définition. La plupart des thérapeutes s’entendent pour dire qu’il se passe quelque chose, mais quoi exactement ?

De nombreuses études ont été menées pour vérifier l’efficacité de l’hypnose et lui donner une validité scientifique. Beaucoup portaient sur le traitement de la douleur. Cependant, malgré ces découvertes, il reste tant de questions auxquelles la science n’a pas encore su répondre. C’est ce qui fait peur : l’idée que l’hypnose serait une forme de magie.

Beaucoup de détracteurs de l’hypnose l’inscrivent dans cette pensée magique afin de la discréditer. En effet, la magie semble par essence non scientifique. L’expression « comme par magie » désigne bien quelque chose de surprenant et d’inexplicable. La magie a été rejetée de la pensée moderne, considérée comme irrationnelle et primitive.

On a cessé d’y croire, c’est sans doute pourquoi on n’en voit plus beaucoup de nos jours… D’après le dictionnaire, la magie serait un ensemble de rites et de croyances, l’art de produire par des procédés occultes des phénomènes inexplicables, des effets contraires aux lois naturelles.

L’art, encore, ça va. Chacun s’en accommode. Mais les croyances sont bannies de notre société. Une pratique reposant sur des croyances ne peut être qu’infondée. Tout ce qui n’est pas scientifique n’est donc pas rationnel et par là même, pas vrai. L’hypnose, par son apparence magique, son efficacité, et le fait qu’elle se rapproche du rêve, finit par toucher au merveilleux. Et le merveilleux, comme chacun sait, nous éloigne de la vérité. Ce serait faire preuve de la plus infâme provocation que de questionner ensuite « mais qu’en est-il du bonheur ? ». La vérité existe-t-elle, et la négation du merveilleux peut-elle réellement rendre l’homme heureux ?

On pense beaucoup aux aspects négatifs de la magie, mais peu à sa beauté, à l’idée que « la pensée jugée a priori magique peut s’avérer découvrir la magie d’un réel insoupçonné ». Et qu’en est-il des liens entre relation thérapeutique et magie, par exemple lorsque Erickson est décrit comme un guérisseur ?

Ceux qui souhaitaient défendre l’hypnose sont partis du principe que la science ellemême semblait magique lorsqu’on la connaissait peu, et qu’à force d’études et de recherches on démontrerait l’aspect scientifique de l’hypnose. Fort peu de personnes ont envisagé de défendre la magie elle-même. C’est une position risquée, et pour cela il faudrait y croire…

Qu’est-ce réellement que la magie ? De nombreuses études anthropologiques se sont intéressées à cette question. La magie n’ayant pas d’équivalent dans la société moderne, elle semble étrange. Pourtant, elle a des points communs avec la science. En effet, elle présuppose l’existence de lois de la nature et prétend agir sur elle par la connaissance de ces lois. Des théories ont affirmé qu’il s’agissait d’une étape primitive dans l’évolution d’une société, qui découvre d’abord la magie, puis la religion, avant de pouvoir enfin accéder à la science.

Malinowski constate que la magie est utilisée lors d’activités qui demandent beaucoup d’attention et de soin technique. D’après Evans-Pritchard, la magie est également invoquée lors des situations de malheur. Ces deux catégories pourraient correspondre à une situation de thérapie, qui demande de l’attention, de la technique, et qui intervient lorsque le patient est en souffrance.

Levi-Strauss observe l’importance de la fonction symbolique dans l’efficacité de la magie. C’est ce symbolisme qui intervient pour faire le lien entre l’esprit du chaman et le corps de celui qu’il guérit lorsqu’il raconte des mythes. Cette façon de procéder par des histoires symboliques comporte également des similarités avec la pratique de l’hypnose.

QUELQUES MOTS SUR LA NATURE DES SCIENCES...

De tout temps, les hommes ont montré un besoin fondamental de croyances. Après diverses ères de fois religieuses et/ou mystiques, nous sommes entrés dans la phase du « tout scientifique », comme si la science pouvait, à terme, avoir réponse à tout et, par là même, contenir l’angoisse humaine.

La tendance actuelle est de jeter l’opprobre sur tout ce qui n’est pas scientifique. Pour avoir une valeur, un impact, voire tout simplement une existence, les éléments doivent être classifiés, « statistifiés » et prouvés. Cette tendance a conduit dans le domaine thérapeutique à la mise en avant de techniques clairement codifiées, reproductibles, transposables, et bien sûr rentables.

Mais qu’est-ce réellement que la science ? Certainement pas l’absolu que cherche le grand public. Quelle est la science qui peut prétendre répondre d’une unique manière à tous les maux ? N’est-ce pas une erreur de généralisation ?

L’esprit scientifique comme gage d’objectivité et protection contre toute illusion n’existe que dans l’imaginaire populaire. La recherche actuelle de cette démarche scientifique tend finalement plus vers le scientisme, c’est-à-dire « vouloir que les sciences disent l’absolu, quand elles ne peuvent atteindre que le relatif, et qu’elles commandent, quand elles ne savent que décrire ou (parfois) expliquer ». Et même en science, derrière la volonté de rigueur et d’objectivité mise en avant par les scientifiques, se cachent des postulats indémontrables, des dogmes, de l’idéologie… Loin de moi l’idée de critiquer la science ou ses qualités. Cependant, il me semble que la science n’est pas forcément ce qu’on croit. La croyance actuelle qui lui donne tous pouvoirs est faussée. On veut déterminer si telle ou telle chose est une science ou non et, sous ce prétexte, discréditer ce qui n’est pas scientifique. Selon moi, tout ce qui n’est pas scientifique n’est pas forcément à exclure, ce qui est scientifique n’est pas toujours explicable, et finalement cette distinction n’est vraiment pas le plus important.

IMPORTANCE DE LA SCIENCE ET DE LA MAGIE

L’hypnose a besoin de sa réputation scientifique pour être acceptée dans la société et accréditée par les exigences de la rationalité scientifique, sans pour autant perdre la magie qui fait l’essence de son fonctionnement. Elle se trouve donc enfermée dans ce paradoxe, à la fois scientifique et magique, position inconfortable s’il en est. Ce n’est finalement plus vraiment de la magie, et toujours pas de la science… Cette indétermination est pourtant nécessaire au fonctionnement de l’hypnose. N’y a-t-il pas une contradiction par essence pour ceux qui se veulent « éricksoniens », c’est-à-dire qui se référent à Milton Erickson, dans le fait d’appliquer l’hypnose comme une « technique » et de s’appuyer sur des classifications rigides ? Cette pratique reste-t-elle toujours de l’hypnose éricksonienne ? Ne risque t-elle pas d’enfermer le thérapeute dans un carcan ?

CLASSIFICATIONS VERSUS ADAPTATION

Tout d’abord, on enseigne en matière de psychologie et psychopathologie à se baser sur des classifications. Il est question de diagnostic, mais au final pas vraiment de traitement. On pourrait dire qu’il faut d’abord diagnostiquer avant de pouvoir traiter. Mais en l’occurrence il s’agit plus de faire entrer chaque « cas » dans une case bien déterminée. On peut s’interroger alors sur l’utilité d’un traitement appliqué sans distinction à toute personne qu’on a fait entrer (de force ?) dans une catégorie… Un même trouble n’est jamais complètement similaire, et un individu jamais semblable à un autre.

Aujourd’hui, bien loin après le 1984 d’Orwell, on tente d’affirmer pour une meilleure homéostasie sociétale (qui n’implique pas toujours un mieux-être, mais simplement un équilibre qui peut s’appuyer sur des dysfonctionnements) que le fonctionnement humain peut être traité sans tenir compte des ressentis du dit humain.


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Laurence ADJADJ
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Thérapies Brèves, Psychologue.
Formatrice en Hypnose Ericksonienne, EMDR, Thérapies Brèves Orientées Solution à l’Institut Hypnotim de Marseille, dont elle est Présidente Fondatrice.
Exerce dans le Cabinet d'Hypnose, Thérapies Brèves et EMDR de Marseille 13006
Conférencière au sein des congrès de la CFHTB, Confédération Francophone d'Hypnose et Thérapies Brèves.
Rédactrice web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves… En savoir plus sur cette rédactrice


La relation thérapeutique revisitée

mercredi 1 août 2018 - 21:42
«QUI INFLUENCE QUI ?» Par le Dr Irène BOUAZIZ, Psychiatre à Paris Cet article est le résultat de multiples influences. Tout d’abord l’influence de mes patients qui m’ont appris, au fil des années, qu’ils en savent plus que nous sur ce qui est bon pour eux et qu’il peut être fructueux de se laisser influencer par eux.

L’influence, bien sûr, de mes maîtres, de mes collègues et aussi, plus spécifiquement, des organisateurs du VIe Forum qui ont su se montrer incitatifs dans leur présentation du thème de ces journées. J’ai aussi été fortement influencée par tous ceux qui étaient là devant moi dont je connais ou dont j’imagine les positions. Je dois enfin citer l’influence de ma collègue, le Docteur Chantal Gaudin, qui au fil des mille et une relectures de ce texte, m’a incitée, avec plus ou moins de succès, à le rendre plus compréhensible.

La communication est un phénomène circulaire. L’évocation de toutes ces influences introduit l’influence qu’à mon tour je vais tenter d’exercer sur vous. Je vais essayer de vous persuader du bien-fondé de mon point de vue sur la question de l’influence réciproque.

J’imagine que vous êtes tous bien d’accord avec les théoriciens de Palo Alto lorsqu’ils disent : « On ne peut pas ne pas communiquer, donc on ne peut pas ne pas influencer. »

Oui, nous influençons nos patients pour les aider à aller mieux, mais eux aussi nous influencent. Je me propose donc de montrer comment la prise en compte de la réciprocité de l’influence dans l’interaction thérapeute/ patient amène à concevoir autrement la relation thérapeutique. Après un petit tour de manège dans le monde de la circularité, je développerai les implications de cette conception dans la pratique de la thérapie brève de Palo Alto. Je montrerai ensuite pourquoi il est précieux de savoir se laisser influencer par les patients et comment le faire. Une vignette clinique illustrera mes arguments.

MAIS QUI DONC INFLUENCE QUI ?

Il est impossible de rendre compte d’un phénomène circulaire au moyen du langage verbal qui, par sa structure linéaire, impose de séquencer ce que l’on veut transmettre. Ainsi, pour parler de l’influence réciproque dans la relation thérapeutique, il me faudra évoquer alternativement l’influence de l’un sur l’autre ; donc ponctuer l’échange en le faisant débuter quelque part. La ponctuation des séquences interactionnelles est un autre des axiomes de la communication énoncé par l’Ecole de Palo Alto.

Cette inévitable ponctuation favorise la tendance à raisonner en termes de relation de cause à effet et les désaccords sur la façon de ponctuer sont à l’origine de bien des conflits. Ceux d’entre nous qui ont une formation médicale ont appris à ne pas se laisser influencer par les patients afin de pouvoir poser un diagnostic « objectif ». Et en nous formant à l’hypnose et/ ou à une thérapie brève, nous avons appris à nous défendre de l’influence que le patient ne manque pas d’exercer sur nous. Nous avons appris à garder une certaine distance pour rester en méta position. Nous avons appris à résister au flux de l’empathie pour ne pas être submergé par le désespoir. Et, surtout, nous avons appris à contrer ou à contourner les « résistances au changement » avec des stratégies aux connotations guerrières plus ou moins marquées selon les écoles. Que nous pensions que ces « résistances » résultent d’un processus inconscient ou d’un phénomène homéostatique, nous avons appris à les combattre.

Si l’on tente d’adopter un point de vue systémique et de se départir, autant que faire se peut, de la vision linéaire, notre conception de ce qui se passe dans la relation thérapeutique devient très différente. Dans cette construction de la réalité-là, il n’y a pas un patient qui vient demander à changer tout en résistant au changement, il n’y a pas un thérapeute expert qui élabore des techniques sophistiquées pour produire un changement. Il y a une relation circulaire qui génère des qualités nouvelles.

Et ces qualités, dites émergentes, par exemple le changement ou l’absence de changement chez le patient, ou encore l’efficacité ou l’inefficacité des suggestions du thérapeute, ne préexistent pas intrinsèquement chez l’un ou l’autre des protagonistes. Dans cette construction de la réalité-là, on ne considère pas que le patient est, en lui-même, disposé ou résistant au changement, on ne considère pas que le thérapeute est, en lui-même, habile ou malhabile. Pas plus qu’on ne considère qu’il y a de l’eau dans l’hydrogène ou dans l’oxygène avant que leurs molécules ne se combinent.

L’INFLUENCE, POUR QUOI FAIRE ?

Je vais maintenant décrire rapidement comment, à partir de telles prémisses systémiques et en optant pour un modèle de thérapie brève qui repose sur une stratégie paradoxale, je comprends ce qui se joue dans les influences réciproques entre patient et thérapeute.

Ponctuons arbitrairement l’interaction en commençant par décrire l’influence du thérapeute sur le patient. Dans la relation thérapeutique, je cherche à influencer le patient pour atteindre un objectif bien précis : qu’il arrête de faire ce qu’il fait habituellement, sans résultat, pour résoudre son problème. J’influence le patient pour qu’il cesse ses tentatives de solution inefficaces parce que faire « plus de la même chose » contribue à maintenir le problème. Si j’ai recours au paradoxe, c’est parce que je pense que le relâchement de la tension inopérante vers l’objectif, le relâchement de la tension vers les buts conscients, dirait Gregory Bateson, contribue à créer un contexte dans lequel le patient se trouve plus disponible à lui-même et à son environnement, et par là, plus à même d’accéder à d’autres ressources. Le relâchement de cette tension, le lâcher- prise diraient les hypnothérapeutes, ou le « savoir attendre pour que la vie change » dirait François Roustang, produit un contexte favorable à un changement écologique.

Or, comme chacun sait, le paradoxe va à l’encontre de ce que le bon sens dicte de faire. On imagine donc bien qu’il est nécessaire d’user de multiples techniques d’influence pour convaincre le patient de renoncer à des tentatives de solution qui lui apparaissent logiques.

Par ailleurs, il est bien connu que la qualité de la relation entre le thérapeute et le patient joue un rôle majeur dans la réussite d’une thérapie. Si l’on regarde l’interaction d’un point de vue systémique, ce que l’on appelle qualité de la relation résulte des messages échangés entre les protagonistes. Ces messages sont transmis par le langage verbal, plus particulièrement dans sa dimension implicite, par le langage non verbal et sans doute par d’autres modes de communication encore mal identifiés. Ainsi, parallèlement aux messages que j’adresse au patient pour l’amener à arrêter ses tentatives de solutions, je l’influence aussi par des messages implicites et non verbaux qui expriment ce que je pense de lui. Ces messages, justement parce qu’ils ne sont pas explicites, lui renvoient l’image que j’ai réellement de lui bien plus efficacement que toutes les déclarations que je peux faire. En étant particulièrement attentive à cette dimension implicite de la communication, j’ai donc la possibilité de créer, dans le temps de l’entretien, une nouvelle réalité dans laquelle le patient peut se sentir plus compétent, plus respectable, plus responsable.

Passons maintenant à l’autre versant de l’interaction : l’influence du patient sur le thérapeute. Le patient use de son influence pour tenter de nous faire comprendre son problème, pour nous amener à le voir comme il le voit et pour nous convaincre du bien-fondé de sa plainte. Il cherche aussi, de façon implicite, à nous amener à agir dans le sens de son objectif, à faire, comme lui, plus de la même chose, c’est-à-dire à aller dans le sens de ses tentatives de solution.

En effet, tout message, et c’est là un autre axiome de la communication que l’on doit à Gregory Bateson, comporte deux dimensions : une dimension explicite, dite indice, et une dimension implicite, dite ordre. Cet ordre implicite contenu dans tout message commande à son destinataire de faire quelque chose. Et, élément particulièrement important, la signification donnée à cet ordre varie selon le contexte dans lequel est énoncé le message. Donc, dans le contexte d’une thérapie, en même temps que le patient nous décrit sa souffrance, il nous commande de la soulager. Le message « je suis angoissé » adressé à un thérapeute donne un ordre implicite : « Délivrez-moi de cette angoisse. »

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“L’intuition peut-elle s’apprendre ?“ Par Aurélie Mainguet.

“Qui influence qui ? La relation thérapeutique revisitée. Par Irène Bouaziz.

“Entre observation et perception“. Par Sylvie Le Pelletier-Beaufond.

“Justin et l’engin magique“. Par Marie-Odile Soucaze des Soucaze.

“Hypnose du présent, hypnose de l’acceptation“. Par Alain Vallée.

“Hyperesthésie somnambulique, à propos d’un article de Bergson“. Par Bertrand Méheust.

“De l’intuition à la lucidité“. Par Djohar Si Ahmed.

“Le sens interne“. Par Bertrand Méheust. “Consultation du lundi 1er février 2010“. Par Claude Virot.

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Sophie TOURNOUËR
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Thérapies Brèves Orientées Solution, Psychologue.
Exerce dans le Cabinet d'Hypnose, Thérapies Brèves et EMDR de Paris 11.

Chargée de Formation au CHTIP à Paris, à l’Institut Hypnotim à Marseille
Rédactrice web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves.
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Thérapie: Consultation du 1er février 2010. Dr Claude Virot

mercredi 1 août 2018 - 21:11
Revue Hypnose & Thérapies Brèves, Hors-Série n°4 Psychiatre, Hypnothérapeute, Président de l'ISH et de l'Institut Emergences Rennes 10 h 30 : Mr B. a 60 ans. En juin 2009, il présente brutalement une paralysie faciale « a frigore » dans un contexte de perturbation psychologique familiale aigüe et imprévisible. La perturbation familiale évolue favorablement, la paralysie disparaît en deux semaines, mais apparaît un ensemble de troubles neurologiques subjectifs : fasciculations, réduction de force musculaire, fatigue extrême... Le bilan neurologique est normal. Mais Mr B. devient angoissé, présente des troubles du sommeil. Son médecin lui prescrit alors un « petit » antidépresseur.

11 h 30 : Mme C., 36 ans. Elle est épuisée et craque de partout. Son père est décédé il y a deux mois. Elle a une longue histoire. Il y a douze ans, quelques mois après la naissance de son premier enfant, apparaît une très grande fatigue aggravée par un problème relationnel - non résolu aujourd’hui - avec sa belle-famille. Malgré les antidépresseurs, elle rechute plusieurs fois. Elle est sous traitement continu depuis trois ans, son médecin lui propose aujourd’hui de les augmenter.

J’aurais pu décrire ce monsieur douloureux chronique, ou cette jeune fille qui vient de perdre son amoureux. Rien ne semble relier ces gens et ces histoires sinon une souffrance et l’absence de pathologie organique. La médecine traditionnelle est désemparée face à ces patients qui ont d’abord besoin de temps et d’écoute. Deux dispositifs thérapeutiques tellement difficiles dans notre culture.

Progressivement, un diagnostic de maladie mentale grave, la dépression, a rassemblé tous ces patients. Un diagnostic terrifiant à la base mais qui bénéficie depuis les années 1970 d’un atout considérable : il a son propre traitement. En effet, des molécules améliorent certains patients incurables jusqu’alors. D’année en année, ce diagnostic sera étendu et de nouvelles molécules - inoffensives - leur sont administrées. Nous assistons alors à une véritable épidémie de dépressions et à une consommation vertigineuse d’antidépresseurs.

Si l’épidémie n’est pas jugulée par le traitement, les fabricants prouvent que le médicament est plus efficace que le placebo. D’autres études prouvent des perturbations cérébrales chez ces patients. L’ordre est revenu : la dépression est une maladie organique due à une déficience cérébrale momentanée et peut être traitée.

Les médecins retrouvent alors toute leur sécurité et une posture de confiance et de réassurance envers ces patients désemparés. « Vous avez une maladie que nous connaissons et pour laquelle nous avons un traitement performant. »

Pourtant depuis quelques années, les murs se lézardent. Les traitements sont de plus en plus longs à cause des rechutes. La dépression chronique, rare dans les années 1960, devient courante. Les patients deviennent méfiants face à cette terrible simplification (Watzlawick) qui propose le même traitement pour des troubles tellement différents...

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Laurence ADJADJ
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Thérapies Brèves, Psychologue.
Formatrice en Hypnose Ericksonienne, EMDR, Thérapies Brèves Orientées Solution à l’Institut Hypnotim de Marseille, dont elle est Présidente Fondatrice.
Exerce dans le Cabinet d'Hypnose, Thérapies Brèves et EMDR de Marseille 13006
Conférencière au sein des congrès de la CFHTB, Confédération Francophone d'Hypnose et Thérapies Brèves.
Rédactrice web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves… En savoir plus sur cette rédactrice


Au-delà de la technique, l'intuition ? Dr Patrick Bellet

mercredi 1 août 2018 - 01:13
L'intuition. Par le Dr Patrick BELLET Revue Hypnose & Thérapies Brèves, Hors-Série n°4 L’intuition, voilà un terme qui expose à de multiples considérations.

Sans vouloir être exhaustif, ni entrer dans les différentes acceptions du mot, je souhaiterais davantage utiliser quelques approximations ou synonymes pour décrire ce qui semble relever d’une pratique intuitive. Autrement dit comment une approche de ce type peut se manifester par hasard, par opportunité ou délibérément.

L’intuition est un mode de connaissance qui s’inscrit dans l’immédiateté du temps, dans une sorte d’évidence qui s’exonère de tout raisonnement logique et déductif. Pour expliquer son fonctionnement, certains arguent que ce procédé utilise de façon synthétique des souvenirs logés dans l’inconscient et dont nous n’avons pas évidemment conscience de leur présence latente. Cette explication procède aussi comme une tautologie indémontrable et plausible, mais ne permet pas pour autant de la mettre facilement en œuvre. La référence au passé et à d’anciennes perceptions n’explique pas les processus créatifs liés à des capacités mentales associant des perceptions actuelles dans des domaines différents.

Une sorte de raccourci qui s’impose dans un contexte inédit. L’histoire des sciences et de la médecine en particulier est riche de ces découvertes qui semblent surgirent du néant. Un saisissement, une condensation de la pensée qui produit une image, une idée ; un aboutissement qui possède la qualité, pour celui qui l’éprouve, non de la vérité, mais plutôt de la justesse. Un modèle neurologique de la répartition des fonctions du cerveau attribue à l’hémisphère droit les capacités imaginatives et intuitives. Plus que des tentatives explicatives, osons des hypothèses pratiques à l’instar de grands prédécesseurs, avec comme point de départ deux prémisses selon lesquelles élaborer de nouveaux développements sur la base de connaissances existantes, c’est l’imagination et pressentir de nouveaux développements dans un domaine inexploré, c’est l’intuition.

Parmi les grands savants qui bénéficièrent d’intuition citons Kékulé qui découvrit en 1865 la structure cyclique du benzène, molécule à la base de la chimie organique. Kékulé cherchait depuis des années la structure spatiale du benzène quand un jour, épuisé par ses travaux jusque-là là infructueux, il s’endormit lourdement. Dans son sommeil, Kékulé rêva de serpents dont l’un d’entre eux décrivait une pirouette dans laquelle il se mordait la queue. Le rêve fut si intense qu’il réveilla le chimiste qui comprit à cet instant comment agencer les atomes de carbone et d’hydrogène entre eux pour expliquer les propriétés chimiques du benzène.

En 1928, Alexander Flemming, médecin biologiste réputé pour son intelligence ainsi que pour sa négligence dans la conduite de ses recherches, s’aperçut par hasard que ses cultures de staphylocoques avaient été contaminées et détruites par une moisissure. Il l’identifia et la nomma pénicilline et surtout comprit la nature du phénomène qui se déroulait devant ses yeux : la potentialité d’un médicament efficace sur tant de fléaux infectieux qui décimaient des millions de personnes.

Crick et Watson qui percèrent à jour la structure de l’ADN furent aidés dans leur travail par le réveil de Crick un lendemain d’excès de boissons alcoolisées sous l’escalier hélicoïdal de sa maison. Cette vision de double hélice contribua à construire le modèle métallique pour expérimenter par cristallographie la validité de cette hypothèse. Cette découverte fut publiée en 1953.

L’IMAGINATION ET L’INTUITION SONT-ELLES LES DEUX FACES D’UN MÊME VISAGE ?

Et si nous avions recours à un très ancien moyen de communiquer, qui ne fait pas appel formellement et exclusivement à l’écriture, le langage analogique sous la forme du rébus. Comme si le patient en était un lui même. Assemblage hétérogène de signes, de lettres, de chiffres et d’images qui ne prennent sens que par le son qu’ils génèrent. Lire à haute voix ou plutôt traduire phonétiquement cette séquence permet d’accéder à sa signification directement. Quand nous estimons que l’hypnose est une façon de communiquer à plusieurs niveaux simultanément, nous sommes en train d’indiquer que la relation s’établit de manière multiple et non pas univoque et linéaire dans une causalité déductive.

Beaucoup de découvertes ou plus modestement de solutions à des problèmes de moindre importance surviennent par surprise quand on a décidé de ne plus courir vers l’objectif. Quand le but n’est plus la préoccupation dominante, alors souvent il est atteint. D’aucuns ont pu expérimenter ces moments d’intense travail intellectuel dans la préparation d’examens importants, moments d’efforts inaboutis, désespérants qui se prolongent tardivement dans la nuit. Moments de solitude, de doute et de fatigue qui nous obligent à renoncer, à dormir. Le sommeil a un effet ordonnateur, associatif et même pourquoi pas généreux lorsque dans un état « entre deux » au petit-déjeuner en tartinant son toast de confiture, la réponse qui ne venait pas quelques heures plus tôt apparaît dans sa plus totale clarté.

Quand nous avons utilisé toutes les ressources de l’analyse, de la déduction, du raisonnement, alors il nous reste la faculté de laisser de côté ces modalités et simplement ne rien faire, juste laisser un apaisement diffuser sans chercher à « optimiser », rentabiliser quoique ce soit. Simplement percevoir sans préjuger et laisser, peut-être, se former des images, des impressions, des sons ou d’autres représentations. La question n’est pas de connaître la nature de ces perceptions, imagination, « lucidité », mais les reconnaître comme du « matériel » éventuellement utile. « Eventuel » est essentiel, il nous protège de la dimension productiviste de la recherche de solution.

COMMENT S’Y PRENDRE ?

S’inscrire dans l’ici et maintenant. La belle affaire…

Pour ça, il convient de ne plus se placer dans le futur, ne plus employer ce temps de conjugaison, renoncer aux termes qui éloignent du moment présent (plus tard, demain, dans le futur, ultérieurement, etc). Ne pas penser aux résultats, à l’objectif. Penser à la destination ne permet pas d’être au point de départ qui déterminera, alors, le trajet pour arriver à bon port. La destination n’est parfois qu’un prétexte pour changer. Cela n’est pas facile quand en vis-à-vis, le patient exprime douleur et détresse et nous presse de répondre pragmatiquement à sa demande ; cependant un temps est indispensable pour percevoir ce qu’exprime le patient. Un temps pour capter ce qui émane du patient et observer ce qu’il suscite en nous. Quelles images utilise-t-il ? Quelles analogies ? Et lui répondre, de façon analogue, dans ce mode de communication : parler en images.

Une approche intuitive procède, souvent, par ricochets « en coq à l’âne » de façon erratique. Ce n’est pas la fonction raisonnante de notre esprit qui guide la réflexion, c’est plutôt notre capacité à résonner, à jongler, à rebondir, à saisir l’instant. Une aptitude à l’ « à propos » et à l’improvisation. Ce terme pour beaucoup équivaut à « faire n’importe quoi », il n’en est rien bien au contraire. Cette aptitude à la réactivité intuitive fait pour le patient de l’instant présent un moment singulier d’expérience et demande un long travail d’apprentissage pour le thérapeute. Un travail d’observation personnelle et partagée avec d’autres, pour discerner dans les multiples réponses qui lui viennent celles qui, maintenant, sont justes, tout en étant prêt à reconnaître un empressement maladroit s’il le faut. Une telle plasticité court-circuite les limites de la pensée logique linéaire en favorisant l’émergence d’une réponse qui crée une compréhension inédite de la situation pathologique.

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Dr Patrick BELLET
Hypnothérapeute, Médecin Généraliste.
Président de l’Institut Milton Erickson Avignon
Conférencier International
Ancien Rédacteur en chef de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves.
Past-Président de la CFHTB, Confédération Francophone d’Hypnose et Thérapies Brèves
Enseignant dans le D.U. de Sexualité Humaine de la Faculté de Médecine Paris XIII-Bobigny et dans le D.U. d’Hypnose médicale de la Faculté de Médecine de Montpellier.
Enseigne l’hypnose à l’Université Louis Pasteur de Strasbourg…

L'intervalle d’une thérapeutique par l'hypnose

mercredi 1 août 2018 - 00:53
Entre deux états figés Par le Dr Catherine BOUCHARA Médecin. Praticien attaché, consultation d’hypnose à la Pitié Salpêtrière Atelier du non savoir, questions de laboratoire autour de l’intervalle, de l’entre-deux bornes, entre deux états. On évoque d’une part les deux personnalités alternantes dans une dissociation pathologique, et à l’autre borne, la dissociation en tant que zone thérapeutique d’un travail sous hypnose.

Comment explorer dans l’entre deux mondes et trouver l’accès, comme on trouve la voie d’abord en chirurgie, l’accès de l’être et de l’agir dans le jeu subtil de frontières, entre connu et inconnu.

Comment explorer l’ouverture à la réassociation, les points de croisement de séparation ou de fusion entre dissociation et réassociation, terreau thérapeutique, levier du changement, le cœur thérapeutique de l’hypnose. Comment utiliser un état A, un état B et l’intervalle ? L’intervalle ? Intervalle entre état de veille et état de sommeil, entre état de conscience modifié et état de conscience ordinaire, entre l’ici et l’ailleurs, entre dissociation et réassociation, quel passage de l’un à l’autre, s’agit-il de deux états en parallèle, en simultané, ou encore reliés dans un processus d’interaction comme on le décrit en systémique ?

Dans l’intervalle entre les entrées et sorties de transe, où sont-ils et que s’y passe-t-il ? Est-ce l’espace de transformation du travail thérapeutique ?

Quel sillon commun entre le Trouble d’Identité Dissocié, trouble dissociatif et dissociation provoquée dans l’approche thérapeutique par l’hypnose ? Que peut-on en apprendre ?

Les troubles de l’identité dissociée, liés à des réminiscences traumatiques, ont été décrits dans la littérature du XIXe siècle comme deux états fixes, parfaitement étanches, sans aucun système communicant. Etat A, état B, disait Charcot pour nommer les deux personnalités alternantes.

Ces personnalités doubles, dans l’état A et l’état B, forment une longue chaîne, celle de ceux qui « dorment alors qu’ils paraissent parfaitement éveillés ».

Le sergent de Bazeilles en est un maillon, ce « somnambule fermé au monde », anesthésié depuis sa blessure sur un champ de bataille à Sedan. Il oscille entre sa personnalité première et une seconde personnalité, entre deux états fixés soit en A soit en B, sans interaction, mais qu’est ce qui prouve une séparation totale ?

Des « deux existences séparées » de Félida étudiée par Azam, sa seconde vie, sa seconde personnalité, Azam la compare à un texte, et ses absences, aux feuilles déchirées d’un livre. Pierre Janet somme Lucie de nommer son autre personnalité, il poursuit un objectif thérapeutique, il cherche à faire interagir l’état A et l’état B. Lucie se résout, elle fait apparaître Adrienne sous écriture automatique, mais qui est Adrienne ? La deuxième personnalité de Lucie révélée grâce à la technique de distraction proposée par son thérapeute ou la création induite et suggérée par Pierre Janet ?

A mieux y regarder, ce qui relie les deux personnalités, les deux états A et B, c’est un canal de communication privilégié.

Pour l’un, c’est le tact, le sergent de Bazeille rattrape sa canne tombée au sol. Le toucher le transporte brutalement à nouveau sur le champ de bataille, la canne devient fusil, il crie.

Pour Emile X, c’est la vision. Emile X, le brillant jeune homme, avocat au barreau de Paris exploré par le père de Marcel Proust, Adrien Proust, médecin hygiéniste à la Charité. L’oeil du président du tribunal fixe l’avocat ? Il passe en état B, l’escroc fait en douce les poches du greffier. Son regard croise le miroir d’une salle de restaurant ? Il fugue à Troyes, et vole. Il sera condamné puis délivré par un non lieu….

De ces personnalités alternantes aux troubles des personnalités multiples étudiés dans le cadre des syndromes post traumatiques, les dérives sont décrites par Sherryl Mulern. Qu’en est-il aujourd’hui de la recherche identitaire contemporaine ?

REPÉRAGES, L’ÉTAT A, L’ÉTAT B

Les états fixes et figés peuvent se repérer autant dans l’addiction du joueur de Dostoïevski, que s’actualiser dans les jeux de rôles. De la cape de Batman à la blouse blanche de médecin qu’on ne sait plus quitter, la fonction se fige, totalement envahissante, ça prend la place de l’être.

D’autres encore frôlent la confusion identitaire dans les jeux virtuels sur Internet. Quand le joueur ne maîtrise plus ni le temps ni l’espace, écarte tout lien au monde, suspendu à son double graphique et numérique créé au jeu des « second life ».

La personnalité première totalement envahie par l’avatar virtuel, en confusion identitaire entre la réalité et le virtuel, le sujet cherche à maintenir l’étanchéité des mondes. Pour Anshe Chung, allemande d’origine chinoise et son avatar, ni addiction, ni confusion identitaire, mais une maîtrise du jeu. Elle et son avatar passent et repassent entre les mondes, d’une multinationale virtuelle à une société réelle basée en Chine, Anshe Chung maîtrise l’alias, surfe avec son avatar et s’adapte.

L’HYPNOSE CLINIQUE ET LES ÉTATS FIGÉS

Deux états figés, une perte de mobilité, que se passe-t-il quand la douleur ou l’angoisse qui s’était tue ressurgit dans un point précis du corps, toujours le même ? Quand le langage du corps oblitère tout autre contact, la boule dans la gorge, la sensation de suffocation, le mal de ventre, la contracture. Comment se fait le transfert, l’irruption du mal être dans un organe ? A partir de quel signal ? Le plus souvent c’est à l’occasion d’un rappel traumatique. Quel passage et dans quel intervalle réservé entre A et B se réfugier et reprendre haleine ?

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Sophie TOURNOUËR
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Thérapies Brèves Orientées Solution, Psychologue.
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Hypnose et soins palliatifs en milieu hospitalier

mardi 31 juillet 2018 - 22:38
Par le Dr Marie-Jeanne JACOB, médecin en soins palliatifs et Danielle MAHIEU, infirmière en soins palliatifs au CHR-Mons-Warquignie (Belgique) Dans le domaine des soins palliatifs, la gestion de la douleur générée par la maladie est une priorité et le fondement même de la philosophie palliative repose sur la prise en charge de la souffrance globale définie comme total pain par Cicely Saunders et Robert Twycross.

« La maladie et la douleur ont des répercussions sur toute notre vie et atteignent notre être ; c’est pour cela que C. Saunders parle de douleur totale. La douleur totale, c’est à la fois la douleur morale, physique, spirituelle et sociale. Le seuil de tolérance de la douleur est différent pour chacun, et il varie en fonction de certains facteurs. Des phénomènes physiques peuvent exagérer la perception de la douleur, mais aussi, des facteurs psychologiques comme l’exaspération. »

Les notions de douleur et de souffrance s’amalgament au niveau de la sémantique. Et pour cause ! La douleur est subjective et reste une expérience émotionnelle… au point d’exprimer la souffrance !

A ce titre, on peut évoquer la définition proposée par l’Association Internationale pour l’Etude de la Douleur ; elle est la suivante : « La douleur est une expérience sensorielle et émotionnelle désagréable associée à des lésions tissulaires réelles ou possibles, ou décrites comme si ces lésions existaient. La douleur est toujours subjective. Chaque individu apprend à quoi s’applique le terme en raison d’expériences liées à des blessures du début de la vie. C’est indiscutablement une sensation ressentie dans une ou des parties du corps, toujours désagréable, et qui, de ce fait, est une expérience émotionnelle. » (…)

« Chez les malades dont la maladie est avancée, les facteurs psychologiques déterminent largement le degré de sévérité de la douleur. Une sensation d’abandon et la crainte de la mort imminente ne font qu’augmenter la souffrance et exacerbent sa douleur. »

La complexité de l’expression douloureuse chez l’être humain - qui peut rendre une douleur intolérable, malgré des doses adaptées d’analgésiques puissants – oblige les praticiens et les soignants à s’interroger sur la réalité de la souffrance. Dans cette optique, l’approche plus globale du patient nécessite des interventions multidisciplinaires médicales et paramédicales. A ce titre, les interactions professionnelles permettent de mieux cerner le symptôme et favorisent les alternatives thérapeutiques. C’est cette richesse de partage des connaissances et des compétences qui est à l’origine de l’introduction de l’hypnose dans notre pratique en médecine palliative.

Face à des situations d’échec de soulagement d’un patient par la médecine traditionnelle contemporaine qui allie invariablement symptôme et médication, n’existe-t-il pas une autre logique pour un traitement antalgique ? N’y a-t-il rien d’autre à proposer ?

A ce stade de la réflexion, le soignant aborde une autre complexité, celle des « limites » : limites des traitements médicaux, limites personnelles, limites des autres intervenants, limites du patient… L’abstraction ne peut être faite non plus de la rencontre de deux personnes qui affrontent un même mal qui leur échappe. La relation soignant-soigné prend dans ce contexte une dimension réelle, palpable.

Une dimension éthique s’impose d’un seul coup, comme venue de nulle part et à laquelle les soignants sont confrontés, non pas au niveau d’un exercice mental de réflexion, mais dans une réalité quotidienne liée à la pratique de la profession elle-même.

Quels outils, quelles méthodes, quelles techniques possédons-nous pour appréhender cette situation particulière de demande d’aide ?

Pour notre part, une des orientations possibles a été de porter le regard ailleurs, vers ces autres logiques de traitement qui témoignaient de résultats positifs. L’hypnose en faisait partie.

Notre pratique a débuté après une formation circonstanciée – le week-end, essentiellement – pendant quatre années pour le médecin, deux pour l’infirmière. Le Médecin Chef de l’hôpital a salué la qualification de la première, tandis que la formation de la seconde était prise en charge par l’institution (département infirmier) au titre de la formation continue. L’objectif consistait en l’amélioration des soins aux malades et – le cas échéant à la sensibilisation du personnel à cette pratique.

Si la reconnaissance par nos pairs nous était acquise, les moyens pour développer la pratique dans notre milieu professionnel (celui d’une unité de six lits et celui d’une équipe mobile de soins palliatifs - EMSP- intra-muros) restèrent à notre intuition. Un essai de développement des consultations dans un axe de « clinique de la douleur » resta sans suite…

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Mariline MORCILLO
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Thérapies Brèves Orientées Solution, Infirmière spécialisée Douleur.
Exerce dans le Cabinet d'Hypnose, Thérapies Brèves et EMDR de Paris 11 et à Marseille.
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Thérapie: alliance et recadrage, des outils de base.

mardi 31 juillet 2018 - 22:01
Par le Dr Alain VALLÉE, Psychiatre à Nantes Revue Hypnose & Thérapies Brèves, Hors-Série n°2 De la même façon que, dans la fiction de Saint-Exupéry, le renard demandait au petit prince de l'apprivoiser avant de pouvoir jouer, la relation thérapeutique demande un apprivoisement. Comment faire ?

Le thérapeute peut augmenter la confiance du patient dans la thérapie en créant une bonne alliance qui va amplifier l’anticipation d’un bon résultat. Il peut aussi changer le sens, la perspective du problème, en lui montrant, par exemple, la relativité de ce qui le préoccupe. Il peut lui montrer aussi que l’objectif qu’il cherche à atteindre est beaucoup plus modeste qu’il ne le pensait. Bref, le thérapeute va tenter d’amener le patient sur un nouveau terrain où il va être plus facile de gérer la difficulté.

« Veux-tu jouer avec moi ? »… « On dirait que... » disent les enfants avant d’entrer dans le monde magique d’un jeu accepté par les protagonistes. Peut-être que la thérapie n’est que cela, un jeu de langage, disent certains.

Quelles sont les idées que je souhaite exprimer dans cet article ?

Je souhaite transmettre l’idée, que le champ d’intervention de l’hypnose et des thérapies brèves, orientées sur le problème ou orientées sur la solution, est en réalité très proche. Les unes et les autres pratiques nécessitent de créer un nouvel espace virtuel, tranquille et magique, un espace de jeu, au sein duquel les opérations de négociation du changement vont avoir lieu. L’opération fondatrice de cet espace est l’alliance thérapeutique, du transfert, diraient certains, va permettre l’acceptation collaborative de la possibilité du changement.

Le recadrage, dont l’acceptation va être un puissant facteur d’alliance, permettra de rendre le changement plus accessible. L’opérateur du changement sera dans tous les cas, qu’il s’agisse d’hypnose ou d’autres thérapies, une expérience émotionnelle correctrice, inductrice de changements comportementaux et cognitifs. Qu’elle se produise d’une façon imaginaire, puis réelle, dans le cadre de l’hypnose, ou bien de façon réelle, puis imaginaire, dans le cadre des prescriptions et tâches des thérapies brèves ou stratégiques ; je reste toujours émerveillé par cette transformation. Ce qui n’est, au départ, qu’une suggestion se mue en expérience émotionnelle et comportementale correctrice et qu’elle puisse ancrer la possibilité du changement et l’inaugurer tout simplement parce que le thérapeute et le patient auront co-créé un espace « magique » dans lequel les mots, les émotions, les représentations ont le pouvoir de tracer de nouvelles cartes et de nouvelles réalités.

Ces thèmes sont au cœur des questions que pose la découverte et l’apprentissage de l’hypnose et des thérapies brèves.

Souvent, savoir créer l’alliance, savoir recadrer une plainte, savoir négocier un objectif, savoir permettre une expérience émotionnelle correctrice, sont des savoir-faire qui apparaissent aux débutants comme étant des pratiques bien difficiles dont la maîtrise est réservée à quelques «génies».

En réalité, tout ceci n’est pas si inabordable, peut relever de l’apprentissage technique et de l’entraînement plutôt que du génie, et est accessible même à des êtres humains ordinaires, à la condition qu’ils soient de bonne volonté et déjà sensibles à l’enrichissement qu’apporte la relation à l’autre.

Je me permettrai donc d’aborder ici quelques idées concernant la construction de l’alliance thérapeutique, la construction d’un recadrage, en laissant de côté la construction des expériences émotionnelles correctrices, que ce soit dans l’hypnose ou les thérapies brèves.

L’ALLIANCE « THERAPEUTIQUE »

C’est en lisant le livre : « Le client, héros de la thérapie » de Barry Duncan et Scott Miller que j’ai mieux compris la façon dont la qualité de l’alliance thérapeutique était fondamentale en psychothérapie. Je parle là de toutes les psychothérapies, qu’il s’agisse de la psychanalyse, de l’hypnose, des thérapies brèves, des thérapies comportementales, cognitives et de toutes les autres formes passées, présentes et futures des relations d’aide.

En rassemblant les principaux résultats des chercheurs dans le monde autour du sujet de l’évaluation de la thérapie, Miller arrive à la conclusion que les résultats d’une thérapie sont liés pour 40 % à des facteurs liés au client, à 30 % à la qualité la relation avec le thérapeute, à 15 % aux espoirs et aux attentes du patient ; reste seulement 15 % pour la technique quel que soit le modèle.

Les facteurs liés au patient regroupent globalement tout ce que nous appelons les ressources, qu’il s’agisse des expériences positives passées, des valeurs ou bien des ressources du contexte. La qualité de la relation, ce que nous pouvons appeler aussi l’alliance thérapeutique est l’évaluation par le patient de la qualité du partenariat avec le thérapeute. Bien sûr, l’alliance n’est pas naturelle et il apparaît essentiel que le thérapeute sache aider à construire la meilleure relation et, ce qui est le plus difficile, à la maintenir sans perdre le patient, même si c’est pour continuer à avoir raison.

Les attentes sont, bien sûr, très liées à la vogue médiatique de telle ou telle thérapie ou bien à la séduction que tel ou tel modèle opère auprès du patient. Mais l’attente, c’est également celle que saura créer le thérapeute en permettant par exemple l’anticipation. Dans tous les cas, pensez à la puissance de l’effet Pygmalion et ne le négligez pas ...

Quant à la technique psychothérapique elle-même, il est finalement très réjouissant de se rendre compte qu’elle n’est pas si essentielle, qu’il n’y a pas de modèle qui justifie de se battre et de créer des chapelles d’exclusion. Nous connaissons tous de bons psychanalystes, de bons thérapeutes de tous horizons, nous en connaissons même certains qui nous semblent très mauvais et qui aident positivement leurs patients contre nos attentes. Je ne veux pas dire qu’il faille pour autant mépriser la technique qui sous-tend très souvent une représentation de la relation, voire du monde, très utile pour une bonne qualité de relation. Surtout, elle permet au thérapeute de se sentir à l’aise dans la relation grâce à cet outil ; j’aurai donc tendance à penser qu’il vaut mieux avoir de très nombreux outils dans sa boîte pour mieux répondre aux attentes du patient et permettre au thérapeute de continuer à se sentir confortable en toutes situations.

QUELS SONT LES PRINCIPAUX OUTILS D’ALLIANCE ?

La position du thérapeute : son confort physique et mental.

L’écoute : savoir utiliser les mots et formules du patient.

Savoir poser des questions en lien avec la réponse précédente du patient pour lui montrer qu’on l’écoute vraiment.

Savoir appréhender la position imaginaire du patient, souvent en obtenant une comparaison ou une métaphore de sa représentation de lui-même en relation à un contexte. Grâce à cela, le thérapeute va pouvoir appréhender les émotions du patient et pouvoir comprendre le monde de celui-ci, donc pouvoir percevoir ses besoins qui sont quelquefois tellement éloignés de ce que le thérapeute s’imaginait.

Écouter et accepter les théories du patient sur : ce qui lui arrive et donc laisser tomber celles du thérapeute ; sa conception du chemin de changement, qu’il passe par le médicament, l’hospitalisation ou bien par l’idée qu’il a de devoir revisiter son histoire au passé (psychanalyse) ou au présent (EMDR - HTSMA) ; ce qui marche et qu’il convient de continuer de faire (les solutions existantes donnent le style de la thérapie). Définir l’objectif de la thérapie qui est celui du patient et non pas celui du thérapeute, en repérant et en tenant compte des objectifs des tiers, qu’il s’agisse d’individus, de groupes ou bien de représentations sociales et culturelles.

Reformuler en termes positifs : « Si je comprends bien » ; n’oubliez pas que la reformulation donne l’occasion au thérapeute de sélectionner dans les dires du patient ce qui va être utile au message qu’il souhaite faire passer et que c’est donc un outil puissant pour introduire les recadrages tout en construisant l’alliance.

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Sophie TOURNOUËR
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Thérapies Brèves Orientées Solution, Psychologue.
Exerce dans le Cabinet d'Hypnose, Thérapies Brèves et EMDR de Paris 11.

Chargée de Formation au CHTIP à Paris, à l’Institut Hypnotim à Marseille
Rédactrice web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves.
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Hypnose et accouchement.

mardi 31 juillet 2018 - 21:42
Par Patricia LONGRÉE, Psychologue (Belgique) Revue Hypnose & Thérapies Brèves, Hors-Série n°2 Pourquoi avoir recours à l’hypnose pour accoucher ? Non, pas l’hypnose pour accoucher mais l’hypnose en préparation à la naissance.

Le bébé prend 9 mois pour se former, se construire et être enfin prêt à naître, alors pourquoi ne pas aussi profiter de ce temps pour faire connaissance avec lui et aussi avec soi-même, se familiariser, s’apprivoiser ? Et finalement, anticiper sereinement sa venue au monde pour l’accueillir dans un climat de confiance et de détente. Aider le poussin à sortir de son œuf, la fleur à éclore, l’escargot à se faufiler hors de sa coquille… Ouvrir mais surtout s’ouvrir à la vie.

Avec les progrès des technologies diverses et de la médecine, les patients ont de plus en plus un seuil de tolérance zéro à la douleur et aux éventuelles complications et effets secondaires. Alors pourquoi ne pas proposer des outils simples, parfois encore un peu méconnus, mais qui ont fait leurs preuves, comme l’hypnose ? L’hypnose peut améliorer la qualité de la prise en charge du patient et de son confort.

« Vous enfanterez dans la douleur » voici ce qui de tout temps a été prononcé. Rien que le mot douleur à lui seul est anxiogène. Pourquoi un évènement heureux comme une naissance devrait-il être vécu comme anxieux et douloureux ? Il y a bien à notre époque des techniques pour diminuer voire supprimer la douleur, mais qu’en est-il du vécu de la mise au monde en elle-même ?

C’est pourquoi, il semble judicieux de proposer une préparation à la naissance durant la grossesse et pas uniquement à l’intention des futures mamans, les papas sont également invités à cette préparation.

Cette préparation peut être aussi tout à fait justifiée si une femme choisit de faire une péridurale et/ou si une césarienne est programmée. En effet, la préparation va aider, non seulement à la mise au monde de l’enfant, mais également à découvrir et à gérer des sensations (stress, douleur, chaud, froid, bien-être…).

La proposition de la prise en charge par l’hypnose se fait lors des séances d’informations sur l’allaitement, mais également via les gynécologues convaincus du plus que peut apporter cet outil.

La prise en charge, par une sage-femme ou une psychologue, peut débuter vers le 5ème mois de grossesse.

À QUOI VA SERVIR L’HYPNOSE ?

- pendant le travail ?

- pendant l’accouchement ?

- après la naissance ?

CONCRÈTEMENT COMMENT SE PASSE LA PRÉPARATION ?

Plusieurs entretiens sont prévus….

Un premier contact avec le couple se fait par le biais de la grossesse en elle-même, c’est-à-dire : de combien de mois la femme est-elle enceinte ? Comment se passe la gestation ? Comment le bébé est-il positionné ? Est-ce une fille ou un garçon ? Comment se sent le futur papa ? Quelles sont les appréhensions du couple ?... En fait nous faisons connaissance. Il est très important de cerner les appréhensions du couple et la perception de chacun en particulier. Les traits de caractère et la personnalité ont un rôle important dans la perception de cet évènement, mais également les expériences de vie de chacun, ses relations aux parents, le « devenir parents », la filiation et ses conséquences. Le fait de devenir parents module le psychisme de chaque personne, l’arbre généalogique de la famille s’agrandit, la relation avec la mère se modifie (future grand-mère maternelle, mais aussi grand-mère paternelle), la mort prend aussi une place en cette période. La grossesse en gendre une fragilité psychologique par tous les remaniements psychiques, mais aussi par les modifications hormonales. On peut donc proposer un espace de parole au couple, pour toutes les éventuelles difficultés rencontrées durant cette période charnière de la vie du couple.

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Valérie TOUATI-GROSS
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Ostéopathe.
Exerce dans le Cabinet d'Hypnose Médicale, Ostéopathie, EMDR de Paris 12.
Spécialisée sur les traitements et approches de la Fécondation In Vitro (FIV), et de la Procréation Médicalement Assistée (PMA), Infertilité Inexpliquée. 
Rédactrice web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves.
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L'hypnose conversationnelle en soins palliatifs

mardi 31 juillet 2018 - 21:25
Par le Dr Augusta GUIRAUD-SOBRAL, médecin généraliste et acupuncteur, et Barbara SANCHEZ-DIAZ, Psychologue Revue Hypnose & Thérapies Brèves, Hors-Série n°2 Comme nous le constatons dans cet accompagnement, nul besoin de « cérémonie sensorielle », nul besoin de fixer l’attention sur un point, un son ou une perception cénesthésique.

Le thérapeute, par l’intermédiaire de l’hypnose conversationnelle, semble se contenter tranquillement, de raconter une histoire au patient. Mais attention, ne tombons pas du côté des images d’Epinal qui s’attachent parfois aux soins palliatifs, de la Mort comme un moment ou l’Amour règne, un temps sans douleur où les sujets sont d’accord pour mourir et où il suffit à l’accompagnant de raconter une belle histoire.

LA FIN DE VIE

Cette période confronte patients, familles et soignants à une multitude de sentiments plus ou moins ambivalents : détresse de voir l’Autre partir, hâte que cela se termine, culpabilité de ressentir ces sentiments. De fait, la rencontre est angoissante, car ce que vit l’autre, cela me concerne et c’est quelque chose qui va m’arriver. Selon Philippe Aries, sociologue et historien (son ouvrage « L’homme devant la mort »), il y a trois façon de vivre la mort de l’autre :

- « nous mourrons tous » : la mort de l’autre vient chaque fois me ramener à l’idée que je suis mortel et qu’il faudra un jour que j’affronte cette épreuve.

- « La mort de moi » : qu’est ce que ça me fait de voir la déchéance de l’autre, de voir la souffrance de l’autre et tout ce que cela me renvoie comme peur ou comme angoisse pour moi-même.

- « La mort de toi » : c’est ce que la mort réveille au niveau de la séparation, de l’absence de l’autre, de la perte d’une relation en tant que besoin.

L’hypnose conversationnelle se caractérise par la spontanéité et l’improvisation, comme l’accompagnement de patient en fin de vie. Il y a une absence totale de mode d’emploi, car accompagner un sujet vers sa mort, c’est se mettre face à un point de non savoir, non savoir-faire avec l’Autre, non savoir-faire avec la situation qui s’impose.

La souffrance psychologique du sujet face à la mort est liée à tout ce qu’il a été depuis sa naissance, à tout ce qu’il a vécu ; alors, sans cesse, il va falloir réinventer, afin de s’accorder à la singularité du sujet rencontré. L’utilisation de l’hypnose va permettre de continuer à inscrire, celui qui ne parle plus, et à qui on ne parle plus, comme un Sujet désirant. Les échanges peuvent se construire sur des souvenirs du patient, permettant de restituer l’identité globale du sujet, quand cela est possible. Car, dans la relation soignant/ soigné, nous ne disposons pas toujours d’autant d’éléments de souvenirs, comme dans le cas présenté.

Par contre, nous avons la possibilité d’utiliser des contes et des métaphores et d’avoir recours au saupoudrage. (Ex : du long voyage, la boîte pour déposer les angoisses, la métaphore des nuages que vous regardez passer et jamais vous auriez comme idée de les arrêter, c’est plutôt un joli spectacle de les regarder passer, d’observer leur forme, leur couleur et puis de changer de nuage à notre guise, la vie c’est un peu comme les nuages, il y a des choses qu’on ne peut pas retenir, poursuivre avec la métaphore de la mer et de la tempête).

Le sujet en fin de vie connaît sa condition, certains ne peuvent pas la dire, d’autres ne veulent pas l’entendre. C’est en cela que les métaphores, les contes, les souvenirs, permettent de parler de la Mort, de ce quelque chose qui va se terminer, sans avoir besoin d’utiliser ce mot-là. La menace de la mort physique ou psychique est une expérience traumatique qui favorise la dissociation, état dans lequel le sujet est parfois de puis plusieurs années, cette visée protectrice est renforcée par l’immobilité corporelle du sujet, quel que soit son environnement (qu’il soit hospitalier ou familier), cette dissociation peut faciliter la réceptivité aux inductions hypnotiques.


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Mariline MORCILLO
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Thérapies Brèves Orientées Solution, Infirmière spécialisée Douleur.
Exerce dans le Cabinet d'Hypnose, Thérapies Brèves et EMDR de Paris 11 et à Marseille.
Rédactrice web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves.
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René Magritte: l'art au service de l'hypnose

mardi 31 juillet 2018 - 13:51
Par le Dr Elisabeth PERNELLE, Praticien Hospitalier au C.H. de Royan Un chapeau melon et une cravate, un pardessus sombre sur une chemise blanche, silhouette parfois multipliée à l’infini de face ou de dos, tombant parfois du ciel comme une pluie dans “Golconde’’ ou regroupées en grappe devant une fenêtre pour d’improbables’’ Vendanges’’, voici René Magritte.

Un chapeau melon et une cravate, un pardessus sombre sur une chemise blanche, silhouette parfois multipliée à l’infini de face ou de dos, tombant parfois du ciel comme une pluie dans “Golconde’’ ou regroupées en grappe devant une fenêtre pour d’improbables “Vendanges’’, voici René Magritte. Plébiscité par les adolescents qui tapissent les murs de leurs chambres de ses posters, cloné par les publicitaires, exposé dans tous les musées d’art moderne du monde, Magritte nous a laissé un héritage artistique conséquent.

Les critiques artistiques semblent avoir tout dit de lui, pourtant une facette de sa personnalité mérite d’être examinée plus attentivement : celle de Magritte, le magicien, l’enchanteur, le thérapeute.

René Magritte, né à Lessines en 1898 et décédé à Bruxelles en1967, a fait ses études à l’Académie de Bruxelles. Il y a développé une activité influencée par les recherches d’avant-garde comme le futurisme, le cubisme, l’orphisme, l’expressionnisme. En 1923, il découvre la peinture de Giorgio De Chirico et s’approche ainsi peu à peu des idées du surréalisme.

Plus qu’un nouveau style, le surréalisme est une nouvelle attitude face à la vie, à partir des théories freudiennes réhabilitant l’inconscient, le rêve et l’imagination, l’automatisme psychique. Le hasard est promu comme principe régulateur de la vie et de l’art, au-delà de la raison et de la logique. Dès 1925, peintres et poètes signent un manifeste affirmant le surréalisme comme moyen de libération de l’esprit et de tout ce qui lui ressemble. Peintres, sculpteurs, poètes se proposent de mettre en commun un même idéal ; parmi eux : De Chirico, Klee, Arp, Ernst, Man Ray, Picasso, Miro, Roy, Pellan. Le surréalisme diffuse son influence en Europe dès 1925 avec Magritte et Delvaux en Belgique , Sima et Stirsky en Tchécoslovaquie, Brauner et Hérold en Roumanie, Belmer et Oelze en Allemagne, Dali en Espagne, Savinio en Italie …

En 1926, Magritte correspond avec André Breton et le groupe parisien, et séjourne à Paris de 1927 à 1930. André Breton exigeait pour chacun d’eux un engagement complet qu’il soit poétique, politique ou littéraire. Il fallait selon André Breton une discipline militante vis-à-vis de l’univers “des champs magnétiques’’. Le groupe surréaliste belge affichant une superbe indépendance face aux mots d’ordre de Paris, en peintre libre, Magritte rentre définitivement en Belgique en 1930. Magritte refusa tout symbolisme académique dans sa peinture et prit ses distances vis-à-vis de la psychanalyse. Pourtant on retrouve dans son style tous les éléments du courant de pensée surréaliste, mais plus encore : ses tableaux s’ouvrent sur un monde mystérieux recréant le climat du rêve, transformant par ses images paradoxales la banalité du quotidien en paysage de l’âme.

MAGRITTE MONTRE LE CHEMIN AUX HYPNOTHÉRAPEUTES

Le chemin parcouru par Magritte dans toute sa carrière semble avoir suivi celui de l’évolution des sciences cognitives. Magritte, précurseur, exprime sa volonté de représenter sur ses toiles la vie éveillée qui est la traduction du rêve comme le rêve est la traduction de la vie éveillée. Il, souhaite interpeller chacun de nos sens : la vue qui ne peut qu’être troublée en regardant « Le faux miroir », l’ouïe est sollicitée avec « Un peu de l’âme des bandits » magnifique violoncelle en équilibre sur le col cassé d’un musicien invisible, mais c’est aussi l’ odorat avec le parfum subtil de la rose qui emplit toute une pièce dans « Le tombeau des lutteurs », le goût par ces représentations alimentaires comme celle de « La légende dorée » baguette de pain croustillante apte à déclencher plus d’un réflexe salivaire, le toucher enfin avec la représentation de cette main près de ce rideau de velours de théâtre dans un collage vers 1966.

Bien ancré dans le présent et dans la réalité grâce à cette sollicitation des sens, le rêve et la poésie vont alors plus facilement toucher le spectateur avec plus d’intensité.

Pour Magritte ce n’est pas ce que le tableau montre qui est important c’est ce qu’il suggère. Les images sont des portraits d’idées et non des portraits d’objets ou d’individus.


Marion CHERVY
Rédactrice en Chef Web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves.
Chargée de Communication au sein des Instituts de Formation.


Douleurs et phobies: Que peut l'hypnose?

mardi 31 juillet 2018 - 12:37
Phobies et douleurs, le désordre provient-il de la perte de contrôle? Par le Dr Jean-Marc BENHAIEM, Directeur du Diplôme universitaire d’hypnose médicale, Paris VI-Pitié-Salpêtrière Revue Hypnose & Thérapies Brèves, Hors-Série n°2 Les peurs phobiques apparaissent lorsqu’une personne se sent dépassée par trop d’éléments qu’elle ne peut contrôler. Pour illustrer ce propos, nous pouvons prendre l’exemple d’une phobie de l’avion qui se déclenche lorsqu’une personne veut maîtriser tous les éléments simultanément : le bon état de l’avion, les capacités du pilote, les conditions atmosphériques, les risques de collision…

Les douleurs se manifestent lorsqu’un organe échappe à l’harmonie du corps et n’est plus contrôlable. L’organe semble évoluer en dehors du corps sans bénéficier de ses régulations internes. Dans les deux situations, les personnes souffrent d’une perte de contrôle qui les angoisse et génère un malaise. Les éléments incontrôlés créent une insécurité. L’espace environnant devient hostile, le plaisir est exclu. Le champ est libre pour la peur ou la douleur.

Le comportement d’une personne qui souffre évoque un syndrome obsessionnel. On y retrouve la fixation, la focalisation et la répétition. Le dictionnaire définit l’obsession dans ces termes : « Etat d’une personne qu’un démon obsède. » Ce libellé laisse entendre une prise de pouvoir par un « démon » sur une personne. Quel est ce démon ? Le dictionnaire dit qu’il peut s’agir d’une représentation. Le démon semble placé à l’extérieur en comparaison avec la possession qui semble agir de l’intérieur. Le « démon » peut être un produit de l’intérieur, mais qui va se placer à l’extérieur pour tyranniser la personne.

Ce concept est fondamental pour comprendre la maladie. Hegel nous le décrit précisément. « (…) D’une façon générale, l’essence de la maladie doit être placée dans la séparation d’un système particulier de l’organisme d’avec la vie physiologique universelle, et ce système particulier se rend étranger à cette vie universelle, l’organisme animal se présente dans sa finitude sans force et dans la dépendance d’un pouvoir étranger… » Un système particulier s’est désolidarisé de l’ensemble composant un être vivant. En se plaçant à l’extérieur, ce système met l’être sous sa dépendance. Ce système devient étranger au corps, il devient le démon qui le malmène.

QUEL EST OU QUELS SONT CES SYSTÈMES PARTICULIERS ?

Ces « systèmes particuliers » dont parle Hegel, sont pour les patients l’objet de leurs plaintes. Ce sont leurs motifs de consultation. Ce sont ceux que les malades montrent du doigt. Les migraineux montrent leur tête, les colopathes montrent leur côlon, les phobiques montrent leur peur de quelque chose, les douloureux montrent un organe, leur dos, leurs vertèbres… les insomniaques désignent la fonction sommeil, etc. Ces organes ou ces fonctions endommagés prennent le contrôle de la personne et même parfois la définissent. Il ne s’agit plus de la personne untel ou unetelle, mais de la migraineuse, ou de l’amputée de la chambre 13, ou de la hernie discale de Rouen ou de Poitiers. Les patients comme leurs thérapeutes sont plus ou moins soumis à ce « système particulier » qui a pris en main la vie du patient et décide tyranniquement des orientations à prendre, les poussant vers les médicaments ou vers la chirurgie.

QUEL EST CET EXTÉRIEUR ? OÙ SE PLACE LE SYSTÈME QUI S’EST DÉTACHÉ ?

Mesmer dit, en parlant de cet espace, qu’il est « un fluide universel dans lequel tous les corps sont plongés ». Une sorte d’« éther » qui assure la continuité, le lien entre les êtres animés et non animés. Le système particulier s’est désolidarisé du corps et est venu s’interposer entre l’être et son monde. Il empêche toute relation directe entre eux. Quand les patients regardent autour d’eux, ils ne voient que ce qui s’est séparé d’eux. Il semble qu’en se plaçant à l’extérieur, les « systèmes » se soient comme dilatés. Ils obscurcissent la vue des malades ou disposent d’un fort pouvoir d’attraction qui focalise l’attention de ceux-ci.

Mesmer dirait que la polarité s’est déplacée. Le fluide magnétique s’est concentré sur cet élément extérieur, déséquilibrant les forces en jeu. Il faudrait un baquet, une force magnétique intense pour renverser les polarités et harmoniser la répartition de l’électricité dans le corps et autour de lui. L’organisation de l’espace de la personne a été modifiée.

LA PERTE DE CONTRÔLE

Ce que Hegel écrit à ce sujet est clair. Ce qui s’est détaché de la vie universelle, n’y participe plus. Le « système » évolue pour son propre compte. Il n’est plus contrôlé et équilibré par le corps. Il lui est devenu étranger. A ce titre, il n’est plus reconnu par le corps qui songe à s’en débarrasser. Plus il reste longtemps extérieur au corps, plus il le tyrannise. Il ne peut plus disposer des fonctions régulatrices du corps. Mis à distance, son état s’altère; il inquiète le corps qui ne voit guère comment le réintégrer dans un tel état.

Le corps finit par ne plus le supporter et cherche l’évitement. Le patient est terrorisé par la fonction ou l’organe défectueux et cherche un moyen pour régler le problème énergiquement. Si c’est un organe, il songe à la chirurgie ; ce qui est logique puisque l’organe s’est placé lui-même à l’extérieur de l’espace de vie de la personne et ne semble pas vouloir y revenir de lui-même. Si c’est une fonction, le projet serait de la bâillonner ou de la substituer par des médicaments.




Florent HAMON
Hypnothérapeute, Praticien EMDR, Infirmier anesthésiste à Paris. Chargé de Formation au CHTIP à Paris, à l’Institut Hypnotim à Marseille et dans les hôpitaux de l’AP-HP.
Consulte au cabinet d’Hypnose, EMDR et Thérapies Brèves de Paris 11.
Spécialisé dans les addictions au tabac, alcool…
Rédacteur web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves.
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Hypnose éricksonienne: la métaphore spontanée

mardi 31 juillet 2018 - 00:51
Un exemple de phénoménologie intéractive ou comment créer l’intéraction pour une création interactive Par le Dr Joël LONGINOTTO, Médecin à Lyon Revue Hypnose & Thérapies Brèves, Hors-Série n°2 Il s’agit des observations réalisées lors de séances d’hypnose éricksonienne, dans un cabinet de médecine générale, où la métaphore est apportée comme un cadeau, par le patient.

Je veux dire chaque fois que le patient livre (le plus souvent à son insu) à l’hypnothérapeute une forte orientation pour débuter la séance, comme une porte entrebâillée ou une fenêtre ouverte sur les possibilités de créer l’interaction d’où naîtra la métaphore vive, vivante, qui peut alors apparaître comme spontanée.

LES LIMITES

Ce sont celles de l’hypnose éricksonienne en général, à savoir que l’accessibilité au potentiel créateur du patient n’est possible, à ce niveau, que par l’existence d’une crise émotionnelle chez celui-ci. Ainsi il est essentiel de reconnaître que l’hypnothérapeute est tributaire de la disponibilité émotionnelle particulière du patient. Il existe un corollaire intéressant à cette dépendance: à savoir que la création interactive qui semble évoluer tant que cette disponibilité émotionnelle existe, va pouvoir (et assez souvent en pratique) nécessiter plusieurs séances pour s’épuiser.

A l’intérieur de ce travail, les métaphores spontanées ne sont survenues que sur une seule séance et le numéro d’ordre d’apparition n’a pas été étudié.

Par ailleurs, les métaphores élaborées lors de l’utilisation de la technique de réification du symptôme, ne rentrent pas dans le cadre de cette étude.

LES PRINCIPES

A) D’abord considérer la séance d’hypnose ericksonienne comme une communication d’inconscient à inconscient ou accepter la formule de « deux inconscients dans la même pièce ». A l’intérieur de cette communication particulière, accepter que l’objectif de l’hypnothérapeute est seulement de permettre au patient d’activer ses processus inconscients, et rien d’autre, sinon d’observer.

B) Ensuite considérer l’ inconscient comme fondamentalement disponible. Sa mission depuis que la vie existe peut être considérée comme présidant à la survie de l’espèce qui passe par celle de l’individu.

C) Admettre l’image d’un cerveau émotionnel profond, c’est-à-dire échappant au contrôle du cerveau cognitif, et capable de réactiver des processus innés. Et surtout savoir lui reconnaître une activité psychique propre avec un mode de fonctionnement spécifique doué d’une dynamique qui peut prendre la forme d’une préconnaissance, d’un savoir non conscient que le thérapeute observateur va pouvoir percevoir dans le comportement du patient.

D) Accepter que Carl G. Jung et ses formulations de l’inconscient ouvrent sur un champ (peut être un chant) de métaphores : l’inconscient détient des contenus représentant un véritable réservoir de connaissance ; l’inconscient est un rêveur de rêves séculaires ; l’ inconscient grâce à son expérience démesurée peut se comporter comme un oracle qui a vécu la vie de l’individu, de la famille, de la tribu, des peuples, un nombre incalculable de fois ; l’inconscient est un être collectif qui se manifeste sous la forme d’un flot infini, d’un océan d’images et de formes, accessibles à la conscience à l’occasion des rêves et des états modifiés de conscience.

E) La phénoménologie de début de séance étudiée ici peut refléter ces messages de l’inconscient. Ce phénomène semble accessible seulement pour l’hypnothérapeute qui va permettre au patient d’élaborer cette structure et à qui il va fournir l’aide nécessaire pour qu’ils puissent voir émerger le contenu émotionnel inconscient avec sa dynamique propre, alors orientée selon des vecteurs thérapeutiques.

OBSERVATION DU PHÉNOMÈNE

L’exemple de Tina

Jeune femme active qui consulte pour des métrorragies invalidantes ayant conduit à un bilan complet, bien sûr négatif. A peine assise sur la chaise elle déclare : « Ce n’est pas le bon jour : c’est le jour du diable !» Alors je compris que nous étions le 6 juin 2006, pour elle 666. Le cadeau du nombre était là et je lui demandai si elle pouvait visualiser ce nombre ? A sa réponse affirmative je décidai de lui demander d’explorer son monde inconnu suivant cette piste.

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Mariline MORCILLO
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Thérapies Brèves Orientées Solution, Infirmière spécialisée Douleur.
Exerce dans le Cabinet d'Hypnose, Thérapies Brèves et EMDR de Paris 11 et à Marseille.
Rédactrice web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves.
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Anesthésie: utiliser l’hypnose au bloc opératoire

mardi 31 juillet 2018 - 00:06
Glossaire hypnotique en pré-anesthésie Par le Dr Philippe DUMONTIER, Clinique Saint Léonard, Village Santé Angers-Loire, Trelaze Je suis anesthésiste-réanimateur et travaille à Angers dans un établissement privé de 110 lits de chirurgie à vocation essentiellement orthopédique. Le cadre est celui de cette spécialité et je ne parlerai donc pas de maternité ou d’autres spécialités… mais certainement plus d’anesthésie loco-régionale.

Je fais partie d’une équipe de 7 anesthésistes-réanimateurs, 8 chirurgiens orthopédistes, 5 chirurgiens de la main. Je crois que je suis le seul à pratiquer l’hypnose… en le disant… et le seul à être formé… Mais, depuis le temps, j’ai l’impression que mes collègues me copient un peu…

Deuxième préambule : je ne pratique pas et ne parlerai pas de l’hypno-sédation telle que on peut la pratiquer sur le modèle de Marie-Elisabeth Faymonville (quoique cela me soit arrivé quelques fois… comme par accident).

Troisième préambule : je m’abstiendrai de faire un exposé théorique. Ce n’est pas le but d’une table ronde, et de bons spécialistes (et éventuellement théoriciens s’il en faut ici) ne sont pas loin…

Quatrième préambule : 15 minutes, c’est court ! trop court pour développer tout ce que j’avais annoncé dans le bandeau d’accroche ! Enfin, je n’utilise pas systématiquement tout ce que je vais décrire, pour tous les patients. Surtout pour ceux qui n’ont pas peur. Vous savez ce qu’adaptation, créativité et interaction veulent dire !

Mais, quand cela commence-t-il ? Ça commence à la consultation pré-anesthésique.

LA CONSULTATION PRÉ-ANESTHÉSIQUE

C’est le moment privilégié d’une rencontre. Outre l’aspect purement médical et anesthésique, (antécédents médicaux chirurgicaux, examen clinique, traitements, allergie, intubation, classification ASA, etc… appréciation et information du risque général et particulier, consentement éclairé…), il s’agit aussi d’apprécier l’anxiété du patient, en lui offrant la possibilité de dire, de verbaliser ses peurs… dans ce cas, il est intéressant de lui permettre de ressentir que nous reconnaissons sa peur. Elle existe, elle est là, et nous la prenons en compte, sans la nier, et sans la magnifier. Écoutons les patients… Je n’hésite pas à placer le mot « peur » dans la conversation. Par exemple : « Ce n’est pas toujours très agréable de se faire opérer… Il y a des moments plus agréables dans la vie… C’est vrai, Ça fait parfois un peu peur… »

« Et vous, vous auriez plus peur de quoi au juste ? »

Et la personne parle de ne pas se réveiller, de se réveiller au milieu de l’anesthésie, de subir, de dépendre, d’être obligé de faire confiance, de n’avoir pas le choix, de ne pas savoir ce qu’on va faire, comment ça va se passer, d’avoir mal après, de ne pas être autonome dans les mois qui vont suivre, ou… de laisser son petit chat tout seul… « Vous ne savez pas trop ? » Ne pas chercher à savoir. Pas forcément. Certains disent : « Vous savez, moi, je suis anxieux de tout, c’est dans ma nature… »

On peut faire comprendre que la peur, l’angoisse, ça varie, ça bouge. Donc que ça ne peut pas diminuer. Et que, au passage, nous (les anesthésistes- réanimateurs) sommes plutôt là pour qu’elle diminue avec l’utilisation de l’échelle analogique de peur. C’est la réglette de l’EVA : Échelle Visuelle Analogique. C’est celle qui est utilisée pour visualiser l’intensité de la douleur. Il en existe une très spéciale pour la peur, que j’ai contribué à mettre au point. Elle fonctionne très bien, sauf pour ceux qui ont une polyathrite ou une pathologie digitale parce qu’il faut utiliser son pouce et son index. Lorsque l’index appuie sur le pouce, la peur est à zéro. Lorsque l’index est le plus éloigné du pouce, l’empan le plus grand, la peur pourrait être maximale… à 10.

« Et vous, en ce moment, vous seriez plutôt où ? à 3, à 4 ? » « Si vous dépassez 5 pour aller vers 6, vous me prévenez, j’interviens. » Mais je peux vous apprendre quelque chose pour que ça baisse… L’avantage de cet outil EVAD (échelle visuelle analogique digitale) est que vous l’avez toujours avec vous (même dans le métro, ou lors d’un topo comme celui-ci…) et le patient également…

L’hypnose peut être utilisée pour donner l’exemple qu’en très peu de temps, il est possible de créer une détente, d’apaiser une anxiété en invitant le patient à se caler un peu mieux sur le siège où il est assis, à se concentrer sur quelques respirations… À ce moment, voilà… Expérience de nouvelles sensations corporelles et de détente…

Dans la consultation préopératoire, comme je suis orienté « peur », je m’enquiers parfois des antécédents d’attaque de panique ou diverses phobies, en particulier les phobies des piqûres, Celles-ci peuvent bénéficier d’une désensibilisation à minima, rapide et efficace, adaptée des techniques de désensibilisation des thérapies comportementales et cognitives. Pour les fumeurs, il est utile et rentable de faire une sensibilisation à l’arrêt du tabac. C’est le conseil minimal antitabac. Celle-ci consiste à ne poser qu’une seule question : « Quand arrêtez-vous de fumer ? ». Des études ont montré que la consultation à minima avait comme effet d’être suivie dans l’année de 4% d’arrêt du tabagisme.

Il n’est plus possible en 2007 de prescrire une prémédication systématique par benzodiazépine pour tous les patients. La prémédication doit être adaptée, c’est-à-dire le plus souvent possible : pas ou peu de prémédication ou quasi placebo.

Il n’est plus licite d’utiliser les benzodiazépines pour provoquer une amnésie de la situation. La prémédication peut toujours se faire au bloc opératoire selon l’anxiété du patient après avoir accueilli le patient et avoir établi un lien avec lui. De plus, quelle est la valeur d’une nouvelle information donnée au patient alors qu’il est sous l’influence d’une benzodiazépine ?

Dans notre expérience quotidienne, cette attitude de pauci-prémédication est tout à fait satisfaisante.


Florent HAMON
Hypnothérapeute, Praticien EMDR, Infirmier anesthésiste à Paris. Chargé de Formation au CHTIP à Paris, à l’Institut Hypnotim à Marseille et dans les hôpitaux de l’AP-HP.
Consulte au cabinet d’Hypnose, EMDR et Thérapies Brèves de Paris 11.
Spécialisé dans les addictions au tabac, alcool…
Rédacteur web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves.
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Comment jeter sa "peur" du dentiste à la mer ? Dr Jihad ZEIDAN

lundi 30 juillet 2018 - 23:46
Par le Dr Jihad ZEIDAN, Chirurgien-dentiste à Nantes Mon activité professionnelle, pratiquée depuis 20 ans, m’a longtemps exposé au stress transmis par mes patients. Elle est ponctuée inévitablement par des phrases typiques dans un cabinet dentaire : « Je vous aime bien, mais pas ici… j’ai peur, mais je ne suis pas le seul… vous êtes sympa, mais votre métier je n’aimerais pas le faire… vous ne me faîtes jamais mal docteur, mais je viens chez vous à reculons… merci pour les soins je reviendrai quand j’aurai mal de nouveau… etc. ».

Et moi qui prenais ça pour argent comptant, je m’efforçais de ne pas faire mal, de maîtriser ma technique de soins, mais quelque chose m’échappait au final, je ne savais pas quoi. De plus le temps passant, certains patients se transformaient parfois en vieux grincheux aigris. J’ai moi aussi changé, j’avais de plus en plus de mal à les supporter, les conflits presque inexistants au début de mon activité, se sont multipliés et une certaine agressivité faisait son apparition de façon récurrente.

Je me sentais de plus en plus démuni, épuisé, je n’arrivais plus à faire face sereinement à tout cela, puis j’ai réorganisé mon activité pensant trouver une sérénité dans mon travail, mais j’ai obtenu l’effet inverse avec plus de conflits plus de tensions, je commençais à douter de mes propres choix.

De plus le soin des enfants amène une charge de stress importante pour le praticien et son équipe, car si la plupart du temps les soins des enfants se déroulaient de façon relativement confortable, une bonne moitié d’entre eux avaient peur avant même de s’installer sur le fauteuil, quand ils ne pleuraient pas ou quand ils ne refusaient pas de s’asseoir sur le fauteuil ou tout simplement d’ouvrir la bouche pour un simple examen. Bien sûr ils amenaient avec eux les craintes des parents.

Tout cela m’a amené un jour à me poser d’autres questions, pourquoi et comment ?

Pourquoi les relations se détériorent avec les patients, pourquoi, malgré ma maîtrise de la technique et mon attention à la douleur du patient, cette peur des soins persistait et comment je dois faire pour qu’il en soit autrement.

Il me fallait revoir les relations humaines qui doivent se tisser entre nous, donc reconsidérer mon regard sur mes patients et peut être, trouver un moyen pour faire céder leur stress chez moi.

La formation d’hypnose pour moi était le moyen de faire céder ou diminuer le stress de mes patients, les peurs de l’aiguille, de la douleur, des soins en général, jamais je n’avais imaginé y trouver une réponse à la relation avec les patients.

MISE EN PLACE DE L’HYPNOSE DANS L’ACTIVITÉ DE CHIRURGIE DENTAIRE

L’hypnose conversationnelle

La mise en place de l’hypnose conversationnelle s’est avérée relativement aisée car ici je n’ai pas à expliquer l’hypnose, ni à établir un cadre et un contrat.

Le plus simple c’est de se mettre au rythme du patient, donc à son écoute et cela s’avère un outil puissant, car le patient se retrouve au centre de notre préoccupation, il reprend une place centrale, il se sent respecté, écouté. Rien que ce changement sans encore faire de l’hypnose, a complètement transformé la relation avec les patients, et en peu de temps, les conflits ont complètement disparus, jusqu’à aujourd’hui.

En réalité l’hypnose commence au moment où nous établissons la relation d’écoute de respect et de prise en compte de la demande du patient. Et même si au départ il nous faut consacrer plus de temps que d’habitude, le gain de temps s’avère une évidence par la suite, car notre patient sait qu’il est compris, et chez 90 % des patients qui appréhendent les soins il n’y a plus besoin de faire de l’hypnose formelle, ou d’être nous même stressés à les soigner.

Donc l’hypnose sans être formelle, avec induction d’une transe hypnotique suffit à régler une grande majorité du stress de l’équipe dentaire et du patient et améliore la relation entre ces deux acteurs. Un autre aspect puissant de cette hypnose conversationnelle c’est l’utilisation des métaphores qui, semées par ci par là, entraînent le patient vers un questionnement, un étonnement qui l’aident à se détacher du stress immédiat. Et pour compléter, quelques « accessoires » aident à diminuer le stress ambiant dans le cabinet, de la musique douce, un décor agréable, et un rythme calme de l’équipe dentaire.

L’hypnose formelle

La mise en place de l’hypnose formelle, nécessite un peu plus de temps au départ, car il faut dissiper les croyances concernant l’hypnose, définir un cadre avec le patient ainsi qu’un contrat, le but étant que le patient se sente libre, qu’il puisse « maîtriser » la séance et qu’il soit capable de décider ce qui est bon pour lui. Je propose l’hypnose aux patients très anxieux, mais cela reste le choix du patient et non une obligation, car même des patients très anxieux refusent l’hypnose ou la simple relaxation.


Marion CHERVY
Rédactrice en Chef Web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves.
Chargée de Communication au sein des Instituts de Formation.



Marion CHERVY, Responsable de Communication