Hypnose Thérapeutique, Médicale, Ericksonienne, Thérapies Brèves Orientées Solution, EMDR, IMO sur Paris, Marseille. L'avis de professionnels de santé
Mis à jour : il y a 7 heures 16 min
Internalisation d'un lien sécurisant. Revue Hypnose et Thérapies Brèves 78.
Théo, 10 ans et "son" anxiété d'endormissement par Arnaud ZEMAN. A travers le cas du petit Théo se révèle l’importance de l’internalisation des liens pour apaiser les angoisses. Où il est question de « vibrations empêchantes », de respirations qui s’accordent, d’absorption, de la main de la maman ressentie même en son absence.
Théo, 10 ans, éprouve des difficultés le soir à l’endormissement. Afin de trouver des sensations d’apaisement dans l’ensemble du corps et se sentir disponible à ce qu’il vit, il est nécessaire que le sujet se mette en lien avec des expériences de calme et de fluidité. Autrement dit, il s’agit qu’il se remette en lien avec des expériences où il s’est senti en sécurité, des moments où il s’est senti soutenu et protégé. Ces expériences s’articulent avec des moments de sécurité relationnelle avec des tiers qui se sont montrés disponibles et présents. En fait, il y a trois temps dans l’acquisition d’un sentiment de sécurité interne, afin de se sentir calme et apaisé et développer des actions qui s’appuient sur ce sentiment, que sont le partage affectif, l’internalisation des liens sécures et l’exploration sur une base sécure. Le premier temps correspond aux expériences concrètes de partage affectif.
En effet, dès le plus jeune âge, le sujet vit des moments dans lesquels un tiers se montre présent et disponible à ses besoins de réassurance. Le plus souvent, il s’agit d’un parent, qui vient bercer l’enfant lorsque celui-ci est en détresse (pleurs, cris) avec pour intention de retrouver une stabilité affective réciproque. Le second temps est celui de l’internalisation des expériences de sécurité relationnelle. La répétition des vécus de partage affectif de l’enfant avec son parent va s’engrammer comme une « réalité tangible » : pour l’enfant, un tiers est effectivement présent, disponible et rassurant. Ce passage au tangible, à l’effectif ou à l’incontestable est essentiel au développement de l’enfant puisqu’il permet l’internalisation des liens sécures.
Ces expériences vont alors se constituer comme ressources pour l’enfant puisqu’elles vont rendre possible la régulation des vécus internes de l’enfant, dans un mouvement de balancier qui va de la détresse à l’apaisement, vers un certain équilibre. En s’appuyant sur ces expériences tangibles et sur ces liens sécures internalisés, le sujet entre dans le troisième temps : il peut libérer sa curiosité, plutôt que de se concentrer sur son vécu interne (les moments de détresse). En effet, un nouveau mouvement s’opère qui va de l’intérieur vers l’extérieur. L’enfant n’est plus seulement occupé à rechercher l’équilibre intérieur entre la détresse et l’apaisement, il peut vivre des moments d’équilibre dans ses éprouvés afin de tourner son attention vers le monde extérieur et déployer sa curiosité : il peut explorer le monde. C’est le temps de l’exploration sur une base sécure. Ces trois temps ne sont pas des étapes chronologiques, elles constituent davantage une succession logique.
Tout au long de sa vie le sujet va continuer de circuler entre ces différents temps. De fait, il va continuer de vivre d’autres expériences relationnelles vivantes au cours de la vie, en occupant différentes places dans la relation, en mobilisant ses ressources. En outre, ces trois temps ne sont pas des processus conscients, ils s’effectuent sans que les protagonistes le sachent, sur un registre inconscient, ou pour le dire avec les mots de Pierre Janet, au niveau subconscient. La psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent repose principalement sur la difficulté d’internalisation des liens sécures et donc sur les possibilités de développer l’autonomie (que certains désignent par « troubles de l’attachement » ou « troubles dissociatifs primaires »). L’approche thérapeutique consiste alors à effectuer un travail de remise en lien avec des expériences de sécurité relationnelles. Cette remise en lien ne s’effectue pas au niveau des idées, des représentations ou du langage mais au niveau affectif et perceptif, en rapport avec des éprouvés internes. Pour parvenir à cette remise en lien, il est judicieux d’emprunter à Alain Vallée la notion d’absorption. L’absorption est la capacité de chacun à entrer dans une expérience corporelle qui mobilise davantage les sensations que les représentations. Alain Vallée utilise cette absorption dans une visée d’acceptation. Concernant les liens sécures, il s’agit de transférer sa proposition du processus d’absorption- acceptation à un travail orienté sur l’absorption-internalisation.
SITUATION DE THÉO
Théo est un garçon particulièrement discret qui s’exprime peu de manière spontanée. Il a 10 ans et sa soeur en a 7. La maman travaille dans un centre de gestion et le papa est responsable dans un laboratoire. Il apprécie le basket qu’il pratique en club et les activités manuelles, il n’est pas particulièrement attiré par les jeux vidéo ou la télévision, ce qui est rare pour les garçons de son âge. Théo a des difficultés d’endormissement qui durent depuis longtemps. Sa maman l’a accompagné et nous avons convenu de travailler sur cette difficulté.
- Thérapeute : « Quand tu dis je suis stressé, tu ressens ça comment dans ton corps ?
- Théo : C’est comme des vibrations.
- Th. : OK, c’est comme des “vibrations”. Et ces vibrations, tu les vis comment ?
- Théo : Pas bien.
- Th. : Ces vibrations, quels effets produisent-elles dans ta vie ?
- Théo : Elles m’empêchent de m’endormir.
- Th. : Est-ce que “vibrations empêchantes” ce serait une bonne manière de nommer ce problème qui t’arrive dans la vie ?
- Théo : Oui. »
Ce passage par une « nomination » est issu du travail de Michael White en thérapie narrative. Cette manière de nommer permet de mettre à distance le problème et de dialoguer avec ce dernier en cherchant à identifier comment ce problème agit et influence la vie du patient. Il s’agit de positionner le problème nommé comme sujet de la question que le thérapeute pose. Cette manière de parler à la troisième personne est familière pour les enfants, puisque dans leurs jeux ils peuvent faire parler des peluches ou des petites voitures, ils rendent animées et vivantes des choses inanimées.
- Th. : « Et sont-elles toujours présentes ces “vibrations empêchantes” ?
- Théo : Non, pas toujours.
- Th. : Quand sont-elles le moins présentes ?
- Théo : A l’école.
- Th. : Que se passe-t-il à l’école pour qu’elles soient moins présentes ?
- Théo : A l’école, il y a mes copains.
- Th. : Donc, si je comprends bien, quand tu dis “à l’école, il y a mes copains”, est-ce que je dois comprendre que les copains ça éloigne les “vibrations empêchantes” ?
- Théo : Oui, ça les éloigne.
- Th. : OK. Et quand sont-elles les plus présentes ?
- Théo : A la maison, le soir.
- Th. : Tu peux m’en dire davantage ?
- Théo : Elles viennent quand je me dis que je pense à me préparer à aller me coucher. » Théo montre de manière simple et claire que lorsqu’il sent la présence d’un tiers, lorsque ce tiers est physiquement présent près de lui, les « vibrations empêchantes » (les éprouvés désagréables) sont absentes. Pour Théo, la présence concrète de quelqu’un génère un sentiment de sécurité et de protection qui apaise le corps. Lorsque Théo est seul dans sa chambre dans le noir, il ne perçoit plus du tout cette présence, il ne se sent plus protégé et les « vibrations empêchantes » reviennent. Tel que Théo décrit sa situation, sa difficulté se situe dans le passage de la présence du tiers à l’internalisation de lien. Dans La prochaine fois que tu mordras la poussière de Panayotis Pascot, un passage indique ceci : « Tant qu’ils ronflaient, ils étaient pas morts. D’ailleurs j’en voulais à ma mère de pas ronfler assez fort. Si je ne l’entendais pas, j’entrais dans leur chambre, tout doucement pour pas que ça grince, et j’écoutais. Si je l’entendais toujours pas je répétais “Maman, Maman, Maman, Mam...”, jusqu’à ce qu’elle se réveille, calmement, comme toujours. Puis je pleurais un coup, elle me disait quelques mots et je pouvais remonter. » Ce passage est en correspondance avec le vécu de Théo : si les parents ronflent, ils sont vivants, et s’ils ne ronflent plus c’est peut-être qu’ils sont morts, donc que je suis seul au monde. L’entretien se poursuit et entre en résonance avec l’extrait du livre précédemment cité.
- Th. : « Et c’est à quel moment, ça ?
- Théo : Quand je pars dans ma chambre. Je me stresse de m’endormir vite. Quand je me dis qu’il n’y a plus personne de réveillé dans la maison et que, si je n’arrive pas à m’endormir, je ne sais plus comment faire.
- Th. : Comment faire quoi ?
- Théo : Pour m’endormir...
- Th. : Quelle est la différence quand quelqu’un est réveillé ?
- Théo : Quand je sais qu’il y a quelqu’un de réveillé, je peux aller voir la personne au cas où. » Théo confirme par ces précisions que c’est effectivement la présence d’un tiers éveillé et présent qui rend le sentiment de sécurité possible. On notera également que les formulations de Théo sont complexes et singulièrement portées vers les pensées ou les raisonnements, ce qui entretient les difficultés d’endormissement. Il semblerait que Théo cherche des solutions au niveau cognitif (tentatives de solutions inefficaces). Théo explique que le plus souvent, c’est maman qui vient quand il appelle ou lorsqu’il se lève.
- Th. : « Qu’y a-t-il d’utile dans ce que fait Maman ?
- Théo : Elle va me dire des choses pour m’aider à m’endormir.
- Th. : Quelles choses ?
- Théo : Je ne sais pas, elle me parle de basket pour m’aider à m’endormir, pour que je me change les idées.
- Th. : Et là, que se passe-t-il ?
Pour lire la suite...
Arnaud Zeman Psychologue clinicien en libéral. Formateur en Thérapies brèves systémiques à l’ARePTA-IMHENantes et à la Faculté de Psychologie de Nantes. Psychologue en DITEP : Dispositif Institut thérapeutique, éducatif et pédagogique. Superviseur.
Revue Hypnose et Thérapies Brèves 78 N°78 : Août / Sept. / Oct. 2025
Regards sur l'Hypnose
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°78…
8 / Éditorial : « La transe hypnotique est avant tout une expérience poétique » Julien Betbèze
10 / En couverture : Florence Cadène Magnétisme animal Sophie Cohen
12 / Internalisation d’un lien sécurisant Théo, 10 ans et « son » anxiété d’endormissement Arnaud Zeman
24 / Le témoin intérieur et la honte Tout le monde est mieux que moi Géraldine Garon et Solen Montanari
36 / Sortir de l’adoration du produit Dissiper les ruminations du veau d’or : les clés du traitement des addictions David Vergriete et Alexandrine Halliez
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
46 / Introduction Gérard Ostermann
50 / Cris et hypnose Répondre aux cris des personnes âgées grâce à l’hypnose Hélène Pousset Abbouchi
58 / Autohypnose pour mon épaule gauche (rupture de la coiffe des rotateurs) et le couple hypnose/fascia Nelly Cadra
73 / DOSSIER REGARDS SUR L’HYPNOSE
74 / Voyage IRM au coeur de l’expérience hypnotique. Exploration de la portée clinique de l’hypnose Jean-Philippe Cottier et Valentin Lefèvre
84 / L’hypnose et le dormeur éveillé Entre songe et pensée Alexandru Cupaciu
88 / Hypnose de spectacle : bénéfices ou dangers pour le sujet Stéphane Radoykov
94 / Une rencontre Être avec... Roxane Yvernay
RUBRIQUES
- QUIPROQUO
102 / Rencontre S. Colombo, Muhuc BONJOUR ET APRÈS...
106 / Marie, ou l’accompagnement d’une patiente lors d’un traitement de cancer Sophie Cohen
- LES CHAMPS DU POSSIBLE
110 / Ce que le corps ne dit pas, mais que l’hypnose écoute : croire pour transformer Adrian Chaboche CULTURE MONDE
114 / L’appel de l’âme Venir au monde dans le village Hmong de Cacao Alice Mancinelli
LIVRES EN BOUCHE
120 / J. Betbèze, S. Cohen
125 / ESPACE FORMATIONS
Illustrations: Florence CADÈNE
En effet, dès le plus jeune âge, le sujet vit des moments dans lesquels un tiers se montre présent et disponible à ses besoins de réassurance. Le plus souvent, il s’agit d’un parent, qui vient bercer l’enfant lorsque celui-ci est en détresse (pleurs, cris) avec pour intention de retrouver une stabilité affective réciproque. Le second temps est celui de l’internalisation des expériences de sécurité relationnelle. La répétition des vécus de partage affectif de l’enfant avec son parent va s’engrammer comme une « réalité tangible » : pour l’enfant, un tiers est effectivement présent, disponible et rassurant. Ce passage au tangible, à l’effectif ou à l’incontestable est essentiel au développement de l’enfant puisqu’il permet l’internalisation des liens sécures.
Ces expériences vont alors se constituer comme ressources pour l’enfant puisqu’elles vont rendre possible la régulation des vécus internes de l’enfant, dans un mouvement de balancier qui va de la détresse à l’apaisement, vers un certain équilibre. En s’appuyant sur ces expériences tangibles et sur ces liens sécures internalisés, le sujet entre dans le troisième temps : il peut libérer sa curiosité, plutôt que de se concentrer sur son vécu interne (les moments de détresse). En effet, un nouveau mouvement s’opère qui va de l’intérieur vers l’extérieur. L’enfant n’est plus seulement occupé à rechercher l’équilibre intérieur entre la détresse et l’apaisement, il peut vivre des moments d’équilibre dans ses éprouvés afin de tourner son attention vers le monde extérieur et déployer sa curiosité : il peut explorer le monde. C’est le temps de l’exploration sur une base sécure. Ces trois temps ne sont pas des étapes chronologiques, elles constituent davantage une succession logique.
Tout au long de sa vie le sujet va continuer de circuler entre ces différents temps. De fait, il va continuer de vivre d’autres expériences relationnelles vivantes au cours de la vie, en occupant différentes places dans la relation, en mobilisant ses ressources. En outre, ces trois temps ne sont pas des processus conscients, ils s’effectuent sans que les protagonistes le sachent, sur un registre inconscient, ou pour le dire avec les mots de Pierre Janet, au niveau subconscient. La psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent repose principalement sur la difficulté d’internalisation des liens sécures et donc sur les possibilités de développer l’autonomie (que certains désignent par « troubles de l’attachement » ou « troubles dissociatifs primaires »). L’approche thérapeutique consiste alors à effectuer un travail de remise en lien avec des expériences de sécurité relationnelles. Cette remise en lien ne s’effectue pas au niveau des idées, des représentations ou du langage mais au niveau affectif et perceptif, en rapport avec des éprouvés internes. Pour parvenir à cette remise en lien, il est judicieux d’emprunter à Alain Vallée la notion d’absorption. L’absorption est la capacité de chacun à entrer dans une expérience corporelle qui mobilise davantage les sensations que les représentations. Alain Vallée utilise cette absorption dans une visée d’acceptation. Concernant les liens sécures, il s’agit de transférer sa proposition du processus d’absorption- acceptation à un travail orienté sur l’absorption-internalisation.
SITUATION DE THÉO
Théo est un garçon particulièrement discret qui s’exprime peu de manière spontanée. Il a 10 ans et sa soeur en a 7. La maman travaille dans un centre de gestion et le papa est responsable dans un laboratoire. Il apprécie le basket qu’il pratique en club et les activités manuelles, il n’est pas particulièrement attiré par les jeux vidéo ou la télévision, ce qui est rare pour les garçons de son âge. Théo a des difficultés d’endormissement qui durent depuis longtemps. Sa maman l’a accompagné et nous avons convenu de travailler sur cette difficulté.
- Thérapeute : « Quand tu dis je suis stressé, tu ressens ça comment dans ton corps ?
- Théo : C’est comme des vibrations.
- Th. : OK, c’est comme des “vibrations”. Et ces vibrations, tu les vis comment ?
- Théo : Pas bien.
- Th. : Ces vibrations, quels effets produisent-elles dans ta vie ?
- Théo : Elles m’empêchent de m’endormir.
- Th. : Est-ce que “vibrations empêchantes” ce serait une bonne manière de nommer ce problème qui t’arrive dans la vie ?
- Théo : Oui. »
Ce passage par une « nomination » est issu du travail de Michael White en thérapie narrative. Cette manière de nommer permet de mettre à distance le problème et de dialoguer avec ce dernier en cherchant à identifier comment ce problème agit et influence la vie du patient. Il s’agit de positionner le problème nommé comme sujet de la question que le thérapeute pose. Cette manière de parler à la troisième personne est familière pour les enfants, puisque dans leurs jeux ils peuvent faire parler des peluches ou des petites voitures, ils rendent animées et vivantes des choses inanimées.
- Th. : « Et sont-elles toujours présentes ces “vibrations empêchantes” ?
- Théo : Non, pas toujours.
- Th. : Quand sont-elles le moins présentes ?
- Théo : A l’école.
- Th. : Que se passe-t-il à l’école pour qu’elles soient moins présentes ?
- Théo : A l’école, il y a mes copains.
- Th. : Donc, si je comprends bien, quand tu dis “à l’école, il y a mes copains”, est-ce que je dois comprendre que les copains ça éloigne les “vibrations empêchantes” ?
- Théo : Oui, ça les éloigne.
- Th. : OK. Et quand sont-elles les plus présentes ?
- Théo : A la maison, le soir.
- Th. : Tu peux m’en dire davantage ?
- Théo : Elles viennent quand je me dis que je pense à me préparer à aller me coucher. » Théo montre de manière simple et claire que lorsqu’il sent la présence d’un tiers, lorsque ce tiers est physiquement présent près de lui, les « vibrations empêchantes » (les éprouvés désagréables) sont absentes. Pour Théo, la présence concrète de quelqu’un génère un sentiment de sécurité et de protection qui apaise le corps. Lorsque Théo est seul dans sa chambre dans le noir, il ne perçoit plus du tout cette présence, il ne se sent plus protégé et les « vibrations empêchantes » reviennent. Tel que Théo décrit sa situation, sa difficulté se situe dans le passage de la présence du tiers à l’internalisation de lien. Dans La prochaine fois que tu mordras la poussière de Panayotis Pascot, un passage indique ceci : « Tant qu’ils ronflaient, ils étaient pas morts. D’ailleurs j’en voulais à ma mère de pas ronfler assez fort. Si je ne l’entendais pas, j’entrais dans leur chambre, tout doucement pour pas que ça grince, et j’écoutais. Si je l’entendais toujours pas je répétais “Maman, Maman, Maman, Mam...”, jusqu’à ce qu’elle se réveille, calmement, comme toujours. Puis je pleurais un coup, elle me disait quelques mots et je pouvais remonter. » Ce passage est en correspondance avec le vécu de Théo : si les parents ronflent, ils sont vivants, et s’ils ne ronflent plus c’est peut-être qu’ils sont morts, donc que je suis seul au monde. L’entretien se poursuit et entre en résonance avec l’extrait du livre précédemment cité.
- Th. : « Et c’est à quel moment, ça ?
- Théo : Quand je pars dans ma chambre. Je me stresse de m’endormir vite. Quand je me dis qu’il n’y a plus personne de réveillé dans la maison et que, si je n’arrive pas à m’endormir, je ne sais plus comment faire.
- Th. : Comment faire quoi ?
- Théo : Pour m’endormir...
- Th. : Quelle est la différence quand quelqu’un est réveillé ?
- Théo : Quand je sais qu’il y a quelqu’un de réveillé, je peux aller voir la personne au cas où. » Théo confirme par ces précisions que c’est effectivement la présence d’un tiers éveillé et présent qui rend le sentiment de sécurité possible. On notera également que les formulations de Théo sont complexes et singulièrement portées vers les pensées ou les raisonnements, ce qui entretient les difficultés d’endormissement. Il semblerait que Théo cherche des solutions au niveau cognitif (tentatives de solutions inefficaces). Théo explique que le plus souvent, c’est maman qui vient quand il appelle ou lorsqu’il se lève.
- Th. : « Qu’y a-t-il d’utile dans ce que fait Maman ?
- Théo : Elle va me dire des choses pour m’aider à m’endormir.
- Th. : Quelles choses ?
- Théo : Je ne sais pas, elle me parle de basket pour m’aider à m’endormir, pour que je me change les idées.
- Th. : Et là, que se passe-t-il ?
Pour lire la suite...
Arnaud Zeman Psychologue clinicien en libéral. Formateur en Thérapies brèves systémiques à l’ARePTA-IMHENantes et à la Faculté de Psychologie de Nantes. Psychologue en DITEP : Dispositif Institut thérapeutique, éducatif et pédagogique. Superviseur.
Revue Hypnose et Thérapies Brèves 78 N°78 : Août / Sept. / Oct. 2025
Regards sur l'Hypnose
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°78…
8 / Éditorial : « La transe hypnotique est avant tout une expérience poétique » Julien Betbèze
10 / En couverture : Florence Cadène Magnétisme animal Sophie Cohen
12 / Internalisation d’un lien sécurisant Théo, 10 ans et « son » anxiété d’endormissement Arnaud Zeman
24 / Le témoin intérieur et la honte Tout le monde est mieux que moi Géraldine Garon et Solen Montanari
36 / Sortir de l’adoration du produit Dissiper les ruminations du veau d’or : les clés du traitement des addictions David Vergriete et Alexandrine Halliez
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
46 / Introduction Gérard Ostermann
50 / Cris et hypnose Répondre aux cris des personnes âgées grâce à l’hypnose Hélène Pousset Abbouchi
58 / Autohypnose pour mon épaule gauche (rupture de la coiffe des rotateurs) et le couple hypnose/fascia Nelly Cadra
73 / DOSSIER REGARDS SUR L’HYPNOSE
74 / Voyage IRM au coeur de l’expérience hypnotique. Exploration de la portée clinique de l’hypnose Jean-Philippe Cottier et Valentin Lefèvre
84 / L’hypnose et le dormeur éveillé Entre songe et pensée Alexandru Cupaciu
88 / Hypnose de spectacle : bénéfices ou dangers pour le sujet Stéphane Radoykov
94 / Une rencontre Être avec... Roxane Yvernay
RUBRIQUES
- QUIPROQUO
102 / Rencontre S. Colombo, Muhuc BONJOUR ET APRÈS...
106 / Marie, ou l’accompagnement d’une patiente lors d’un traitement de cancer Sophie Cohen
- LES CHAMPS DU POSSIBLE
110 / Ce que le corps ne dit pas, mais que l’hypnose écoute : croire pour transformer Adrian Chaboche CULTURE MONDE
114 / L’appel de l’âme Venir au monde dans le village Hmong de Cacao Alice Mancinelli
LIVRES EN BOUCHE
120 / J. Betbèze, S. Cohen
125 / ESPACE FORMATIONS
Illustrations: Florence CADÈNE
Catégories: Hypnose Paris,EMDR,Thérapie Brève Paris
La transe hypnotique est avant tout une expérience poétique. Revue Hypnose et Thérapies Brèves 78.
Par Dr Julien BETBEZE
L’hypnose a mille visages, elle est signe de créativité et de déplacement des représentations. Retrouver des liens vivants par l’internalisation de liens affectifs sécurisants est au centre de cette pratique. Avec la situation de Théo, âgé de 10 ans, souffrant d’une anxiété d’endormissement, Arnaud Zeman nous montre comment, avec le toucher de la maman et un questionnement externalisant, l’enfant va pouvoir se réassocier, s’autonomiser et ouvrir son avenir.
Cette dimension du temps est absente lorsque les sujets sont pris dans la répétition d’autosuggestions négatives et qu’ils perdent confiance dans le lien thérapeutique. Géraldine Garon et Solen Montanari nous présentent l’intérêt du travail avec le témoin intérieur pour que la patiente, Laurence, puisse traverser sa honte et retrouver un lien structurant avec son petit garçon. L’utilisation du dialogue narratif, sous forme de conversation hypnotique, rend possible une nouvelle perception de la relation humaine comme lieu de valorisation du sujet. Cette valorisation est également absente dans les troubles addictifs, et remplacée par l’adoration d’un produit ou d’un comportement qui maintient le sujet dans une fascination délétère. David Vergriete et Alexandrine Halliez proposent la métaphore du veau d’or pour susciter la réflexion afin de briser l’idolâtrie envers l’objet addictogène devant lequel le patient est contraint de s’incliner. Cette métaphore nous paraît essentielle pour penser et agir la dés-addiction.
Gérard Ostermann nous présente le beau texte d’Hélène Pousset Abbouchi : elle nous raconte les cris de Marie-France, seul langage la rattachant à sa dignité. « Ce texte est un hommage vibrant aux soignants des EHPAD qui, chaque jour, inventent une humanité nouvelle dans les interstices du protocole ». Il nous présente également le témoignage de Nelly Cadra, retraçant son expérience d’autohypnose lors d’une intervention chirurgicale de l’épaule. Elle évoque l’importance du lien entre émotions, hypnose et fasciathérapie, permettant la réappropriation du corps autrement que dans la souffrance. Dans le dossier thématique, nous commençons par un voyage IRM « piloté » par Jean-Philippe Cottier et Valentin Lefèvre, à la recherche de la compréhension des mécanismes de l’hypnose. Dans cette étude très documentée, ils décrivent les interactions fonctionnelles entre le mode par défaut, le réseau de la saillance et le réseau du contrôle exécutif. L’IRM nous révèle la profondeur théorique et la portée clinique de l’hypnose.
Nous cheminons ensuite avec Alexandru Cupaciu sur les terres de l’hypnose et de la poésie. À partir des réflexions de Gaston Bachelard, sur le lien entre action et imaginaire, il nous fait saisir en quoi la transe hypnotique est avant tout une expérience poétique. Puis nous partons au spectacle avec Stéphane Radoykov qui souligne les risques de l’hypnose lorsqu’elle mélange spectacle et fascination pour la performance. Il montre l’écart avec l’hypnose thérapeutique, caractérisée par l’accueil de la vulnérabilité et la coopération.
Cette modalité relationnelle, si chère à Erickson, est une alchimie mystérieuse, qui relie les êtres et leur permet de se laisser traverser par la vie : pour Roxane Yvernay « être avec » est au centre de notre éthique soignante et de notre pratique.
Cette dimension de la rencontre est illustrée avec humour par Muhuc et Stefano Colombo. Sophie Cohen nous présente Marie, 33 ans, traitée pour un cancer et qui, grâce à l’activation d’un imaginaire de guérison, pourra traverser cette épreuve et retrouver une plus grande paix intérieure. Adrian Chaboche nous aide à comprendre que l’hypnose n’est pas une technique que l’on applique, c’est une relation que l’on tisse, et ce tissage redonne au sujet l’autorisation de ressentir, comprendre, imaginer sa vie autrement. Poursuivez ce voyage en Guyane dans le village Hmong de Cacao avec Alice Mancinelli qui met en lumière le rôle de la transe et du rituel d’accueil pour que la « venue au monde » passe par un venir à la vie.
Dr Julien BETBEZE Rédacteur en chef de la revue « Hypnose & Thérapies brèves ». Pédopsychiatre et psychiatre adultes, Chargé de cours à la Faculté de médecine de Nantes et au sein des Instituts de la CFHTB. Formateur en hypnose, thérapies stratégiques, solutionnistes et narratives à l’ARePTA-IMHENA. Coauteur de nombreux ouvrages et publications.
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Regards sur l'Hypnose
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°78…
8 / Éditorial : « La transe hypnotique est avant tout une expérience poétique » Julien Betbèze
10 / En couverture : Florence Cadène Magnétisme animal Sophie Cohen
12 / Internalisation d’un lien sécurisant Théo, 10 ans et « son » anxiété d’endormissement Arnaud Zeman
24 / Le témoin intérieur et la honte Tout le monde est mieux que moi Géraldine Garon et Solen Montanari
36 / Sortir de l’adoration du produit Dissiper les ruminations du veau d’or : les clés du traitement des addictions David Vergriete et Alexandrine Halliez
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
46 / Introduction Gérard Ostermann
50 / Cris et hypnose Répondre aux cris des personnes âgées grâce à l’hypnose Hélène Pousset Abbouchi
58 / Autohypnose pour mon épaule gauche (rupture de la coiffe des rotateurs) et le couple hypnose/fascia Nelly Cadra
73 / DOSSIER REGARDS SUR L’HYPNOSE
74 / Voyage IRM au coeur de l’expérience hypnotique. Exploration de la portée clinique de l’hypnose Jean-Philippe Cottier et Valentin Lefèvre
84 / L’hypnose et le dormeur éveillé Entre songe et pensée Alexandru Cupaciu
88 / Hypnose de spectacle : bénéfices ou dangers pour le sujet Stéphane Radoykov
94 / Une rencontre Être avec... Roxane Yvernay
RUBRIQUES
- QUIPROQUO
102 / Rencontre S. Colombo, Muhuc BONJOUR ET APRÈS...
106 / Marie, ou l’accompagnement d’une patiente lors d’un traitement de cancer Sophie Cohen
- LES CHAMPS DU POSSIBLE
110 / Ce que le corps ne dit pas, mais que l’hypnose écoute : croire pour transformer Adrian Chaboche CULTURE MONDE
114 / L’appel de l’âme Venir au monde dans le village Hmong de Cacao Alice Mancinelli
LIVRES EN BOUCHE
120 / J. Betbèze, S. Cohen
125 / ESPACE FORMATIONS
Illustrations: Florence CADÈNE
Cette dimension du temps est absente lorsque les sujets sont pris dans la répétition d’autosuggestions négatives et qu’ils perdent confiance dans le lien thérapeutique. Géraldine Garon et Solen Montanari nous présentent l’intérêt du travail avec le témoin intérieur pour que la patiente, Laurence, puisse traverser sa honte et retrouver un lien structurant avec son petit garçon. L’utilisation du dialogue narratif, sous forme de conversation hypnotique, rend possible une nouvelle perception de la relation humaine comme lieu de valorisation du sujet. Cette valorisation est également absente dans les troubles addictifs, et remplacée par l’adoration d’un produit ou d’un comportement qui maintient le sujet dans une fascination délétère. David Vergriete et Alexandrine Halliez proposent la métaphore du veau d’or pour susciter la réflexion afin de briser l’idolâtrie envers l’objet addictogène devant lequel le patient est contraint de s’incliner. Cette métaphore nous paraît essentielle pour penser et agir la dés-addiction.
Gérard Ostermann nous présente le beau texte d’Hélène Pousset Abbouchi : elle nous raconte les cris de Marie-France, seul langage la rattachant à sa dignité. « Ce texte est un hommage vibrant aux soignants des EHPAD qui, chaque jour, inventent une humanité nouvelle dans les interstices du protocole ». Il nous présente également le témoignage de Nelly Cadra, retraçant son expérience d’autohypnose lors d’une intervention chirurgicale de l’épaule. Elle évoque l’importance du lien entre émotions, hypnose et fasciathérapie, permettant la réappropriation du corps autrement que dans la souffrance. Dans le dossier thématique, nous commençons par un voyage IRM « piloté » par Jean-Philippe Cottier et Valentin Lefèvre, à la recherche de la compréhension des mécanismes de l’hypnose. Dans cette étude très documentée, ils décrivent les interactions fonctionnelles entre le mode par défaut, le réseau de la saillance et le réseau du contrôle exécutif. L’IRM nous révèle la profondeur théorique et la portée clinique de l’hypnose.
Nous cheminons ensuite avec Alexandru Cupaciu sur les terres de l’hypnose et de la poésie. À partir des réflexions de Gaston Bachelard, sur le lien entre action et imaginaire, il nous fait saisir en quoi la transe hypnotique est avant tout une expérience poétique. Puis nous partons au spectacle avec Stéphane Radoykov qui souligne les risques de l’hypnose lorsqu’elle mélange spectacle et fascination pour la performance. Il montre l’écart avec l’hypnose thérapeutique, caractérisée par l’accueil de la vulnérabilité et la coopération.
Cette modalité relationnelle, si chère à Erickson, est une alchimie mystérieuse, qui relie les êtres et leur permet de se laisser traverser par la vie : pour Roxane Yvernay « être avec » est au centre de notre éthique soignante et de notre pratique.
Cette dimension de la rencontre est illustrée avec humour par Muhuc et Stefano Colombo. Sophie Cohen nous présente Marie, 33 ans, traitée pour un cancer et qui, grâce à l’activation d’un imaginaire de guérison, pourra traverser cette épreuve et retrouver une plus grande paix intérieure. Adrian Chaboche nous aide à comprendre que l’hypnose n’est pas une technique que l’on applique, c’est une relation que l’on tisse, et ce tissage redonne au sujet l’autorisation de ressentir, comprendre, imaginer sa vie autrement. Poursuivez ce voyage en Guyane dans le village Hmong de Cacao avec Alice Mancinelli qui met en lumière le rôle de la transe et du rituel d’accueil pour que la « venue au monde » passe par un venir à la vie.
Dr Julien BETBEZE Rédacteur en chef de la revue « Hypnose & Thérapies brèves ». Pédopsychiatre et psychiatre adultes, Chargé de cours à la Faculté de médecine de Nantes et au sein des Instituts de la CFHTB. Formateur en hypnose, thérapies stratégiques, solutionnistes et narratives à l’ARePTA-IMHENA. Coauteur de nombreux ouvrages et publications.
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Regards sur l'Hypnose
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°78…
8 / Éditorial : « La transe hypnotique est avant tout une expérience poétique » Julien Betbèze
10 / En couverture : Florence Cadène Magnétisme animal Sophie Cohen
12 / Internalisation d’un lien sécurisant Théo, 10 ans et « son » anxiété d’endormissement Arnaud Zeman
24 / Le témoin intérieur et la honte Tout le monde est mieux que moi Géraldine Garon et Solen Montanari
36 / Sortir de l’adoration du produit Dissiper les ruminations du veau d’or : les clés du traitement des addictions David Vergriete et Alexandrine Halliez
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
46 / Introduction Gérard Ostermann
50 / Cris et hypnose Répondre aux cris des personnes âgées grâce à l’hypnose Hélène Pousset Abbouchi
58 / Autohypnose pour mon épaule gauche (rupture de la coiffe des rotateurs) et le couple hypnose/fascia Nelly Cadra
73 / DOSSIER REGARDS SUR L’HYPNOSE
74 / Voyage IRM au coeur de l’expérience hypnotique. Exploration de la portée clinique de l’hypnose Jean-Philippe Cottier et Valentin Lefèvre
84 / L’hypnose et le dormeur éveillé Entre songe et pensée Alexandru Cupaciu
88 / Hypnose de spectacle : bénéfices ou dangers pour le sujet Stéphane Radoykov
94 / Une rencontre Être avec... Roxane Yvernay
RUBRIQUES
- QUIPROQUO
102 / Rencontre S. Colombo, Muhuc BONJOUR ET APRÈS...
106 / Marie, ou l’accompagnement d’une patiente lors d’un traitement de cancer Sophie Cohen
- LES CHAMPS DU POSSIBLE
110 / Ce que le corps ne dit pas, mais que l’hypnose écoute : croire pour transformer Adrian Chaboche CULTURE MONDE
114 / L’appel de l’âme Venir au monde dans le village Hmong de Cacao Alice Mancinelli
LIVRES EN BOUCHE
120 / J. Betbèze, S. Cohen
125 / ESPACE FORMATIONS
Illustrations: Florence CADÈNE
Catégories: Hypnose Paris,EMDR,Thérapie Brève Paris



