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Mis à jour : il y a 6 heures 44 min

Douleurs: migraines, céphalées et autres en-têtes. Dr Patrick BELLET

mercredi 18 juillet 2018 - 01:28
Douleurs capitales par le Dr Patrick Bellet Revue Hypnose & Thérapies Brèves, Hors-Série n°3 Affection ayant une prévalence très importante dans la population, la migraine génère, tant par l’intensité de sa douleur que par la répétition de ses crises, des difficultés thérapeutiques qui durent souvent des années.

La complexité de cette pathologie demande une attitude diagnostique et thérapeutique hypnotique adaptée à chaque cas, cependant des axes se dégagent pour s’orienter dans ce maquis tourmenté. L’inestimable intérêt de l’hypnose est de pouvoir réduire, voire faire disparaître la douleur de la crise et aussi d’agir sur le terrain où elle sévit. Cet article présentera un éventail de techniques simples et d’autres plus complexes utiles dans ce contexte.

LA DISTORSION SUBJECTIVE DU TEMPS

C’est probablement l’aspect le plus important à considérer dans le cas de douleurs anciennes et répétitives. Nos consultants sont ceux qui ne peuvent, pour l‘instant, diminuer leur douleur. Le paramètre temporel est essentiel car il infiltre, par sa présence persistante, la vie même de nos patients. Notre travail consiste, dans un premier temps, à évaluer ce facteur ainsi que d’apprécier la façon dont vivent les gens : leurs professions, leurs loisirs, ce qui les intéresse etc. Une douleur permanente intense aura souvent des conséquences psychologiques importantes si elle se prolonge. Les patients disent familièrement que « la douleur leur tape sur le système ! » L’abord de la douleur chronique nécessite une approche fractionnée au nom de l’antique principe qui stipule de « diviser pour mieux régner ! » La douleur brute n’est guère accessible, il nous faudra la considérer sous différents angles tels que son intensité, sa temporalité, ses circonstances d’apparition, ses représentations subjectives et ses modalités thérapeutiques particulières entre autres.

En fonction de ces considérations, l’intensité de la douleur sera traitée indépendamment de la fréquence des crises ou de leurs circonstances d’apparition etc. Le choix se fera pragmatiquement en commençant par ce qui paraît le plus simple pour le cas considéré ; décision évidemment subjective.

Chercher l’exception

Si la douleur est permanente, il nous faudra chercher l’exception. Un interrogatoire minutieux et attentif à de nombreux détails de la vie courante permettra de relever très souvent des accalmies, par exemple à l’occasion d’un match de football passionnant, d’un film captivant, un spectacle drôle, une rencontre amicale ou encore au cours du sommeil. Le patient voit ainsi se réduire le temps douloureux et peut légitimement profiter de ce soulagement. D’autant plus que cette diminution atteste de sa capacité à s’abstraire de la douleur, ressource sur laquelle va porter ultérieurement notre attention pour la suite du traitement. La recherche de l’exception est essentielle pour au moins deux raisons : la première, obtenir déjà un soulagement, un répit ; la seconde, l’apparition de la réversibilité de la symptomatologie.

La réversibilité est un temps important dans l’évolution de la «maladie-douleur », car elle indique qu’un changement est possible. L’espoir qui apparaît nous aide à traiter la composante dépressive de la douleur chronique. Le futur n’est plus la projection et la continuité du passé. Cette action crée une parenthèse dans la souffrance.

L’écoulement subjectif du temps

Cette technique est remarquable pour son double intérêt : diminuer la durée de la crise et augmenter la durée de la période inter-critique. Pour parvenir à ce résultat, les suggestions s’appliqueront en appréciant le continuum de temps, selon une alternance de crise et de périodes quiescentes. Fidèle au fameux principe « diviser pour régner », nous agirons sur les états de crise et de calme, mais aussi sur les moments de transition qui sont des temps privilégiés d’intervention. Ces moments de passage, trop souvent négligés, sont d’un accès relativement aisé en hypnose.

Changer le rythme

Abordons maintenant une douleur intermittente qui va se manifester par des crises. La question qui vient naturellement est : « A quel rythme les crises surviennent-elles ? Combien de fois par jour, par semaine, par mois ? » Diminuer le rythme des crises n’a rien à voir avec le traitement de leur intensité. La fréquence peut diminuer et leur intensité demeurer inchangée, voire augmentée. Une des originalités de l’approche hypnotique est la multiplicité des incidences thérapeutiques. Grâce à l’élargissement du champ temporel, nous ne limitons pas notre action aux crises, mais intervenons aussi pendant les périodes qui les séparent.

En pratique, l’attention du patient est attirée, en cours de séance, sur la qualité du vécu inter-critique. Par la réactivation du souvenir de ce moment de quiétude avec toutes ses composantes sensorielles et émotionnelles, nous aidons le patient à réexpérimenter ses propres sensations et, par des suggestions post-hypnotiques, nous en prolongeons l’action au-delà de la séance. La répétition de ce type de séance permet au patient d’acquérir le savoir-faire nécessaire à l’auto-hypnose et devenir indépendant du thérapeute.

Techniques de confusion temporelle

Le début d’une crise est parfois corrélé à une circonstance prévisible, cependant la fin d’une crise est plus difficilement perceptible. Il est aisé de dire que la douleur n’existe plus, mais il est rarement possible de dire QUAND cette douleur a commencé à diminuer. Ce changement qui a pourtant eu lieu est passé inaperçu. Cette distraction montre qu’il est parfois impossible de dire si c’est plutôt la distraction qui entraîne une diminution de la sensation douloureuse ou bien l’inverse, ou les deux ! Qu’importe !

Dans les douleurs chroniques, le passé se transforme en futur, laissant peu de place au présent. Une sorte d’état de « confusion temporelle » dans lequel le patient a du mal à se situer. Pour l‘aider à distinguer ces différences, il est parfois intéressant de recourir à des techniques d’un maniement plus difficile et dont la formulation est surprenante. Souffrir uniquement de la douleur du jour ! Ne souffrir que lorsque la douleur est présente est une variante qui tend à écarter la souffrance liée à la douleur d’hier et à celle de demain, non encore advenue. Une réduction des 2/3 sous un certain angle…

Une autre technique combine le «signaling», la relativité d’appréciation et la prescription de l’analgésie. Elle peut se formuler ainsi : « Et je me demande quel pourcentage de douleur peut disparaître sans que votre esprit ne s’en rende compte ? Et lorsque votre esprit aura trouvé la réponse, il me l’indiquera par un petit mouvement volontaire ou involontaire d’un doigt ou l’autre de l’une des deux mains. 1% ? Très bien, votre index gauche indique qu’1% de douleur peut disparaître sans que votre esprit ne s’en rende compte. Peut-être encore 1% de douleur disparaît insensiblement ? Très bien. 1% de plus de douleur en moins… »

Évidemment, il est impossible de supprimer la douleur avec ce décomptage, cette technique contribue à faire varier l’évaluation de la douleur et à « saupoudrer » la suggestion de diminution de la douleur. Ces techniques de prescription temporelle sont émotionnellement mobilisatrices et ne seront employées que dans un nombre limité de cas par des praticiens entraînés. De l’observation des crises découleront les différentes interventions des techniques de distorsion subjective du temps pour réduire la douleur. Et conformément au « principe d’utilisation » d’Erickson, nous porterons notre attention sur les périodes quiescentes pour les « dilater » ce qui aura pour conséquence de diminuer la fréquence des crises. La ligne rythmique de la douleur nous conduit à envisager celle-ci sous un angle spatial et le schéma indiquera les différents moments d’intervention dans cette démarche.

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Florent HAMON
Hypnothérapeute, Praticien EMDR, Infirmier anesthésiste à Paris. Chargé de Formation au CHTIP à Paris, à l’Institut Hypnotim à Marseille et dans les hôpitaux de l’AP-HP.
Consulte au cabinet d’Hypnose, EMDR et Thérapies Brèves de Paris 11.
Spécialisé dans les addictions au tabac, alcool…
Rédacteur web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves.
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Chirurgie dentaire et hypnose: la peur de la douleur

mercredi 18 juillet 2018 - 01:09
Revue Hypnose & Thérapies Brèves, Hors-Série n°3 Par Jihad ZEIDAN - Docteur en chirurgie dentaire. Formation à l’hypnose et thérapies brèves à l’Arepta Nantes. Nos soins nous confrontent chaque jour à la douleur sous ses différentes formes. Celle-ci se manifeste en effet, en particulier dans le domaine dentaire, de diverses manières : la douleur par excès de nociception : pulpite, abcès dentaires... ; la douleur ressentie ou perçue lors des soins ; les douleurs postopératoires.

Mais celle qui est de loin la plus importante, reste la douleur anticipée, autrement dit la peur de la douleur. Il ne faut d’ailleurs pas croire que celle-ci, notamment dans un cabinet dentaire, est l’exclusivité des enfants. Beaucoup d’adultes subissent eux aussi leurs peurs, parfois élevées au rang de phobie, sans pouvoir les contrôler.

Inutile de rappeler l’image peu reluisante dont la dentisterie peut aujourd’hui encore pâtir dans beaucoup d’esprits et dans l’imaginaire collectif. Le temps des « arracheurs de dents » n’est pas si lointain que ça, et la reconnaissance de la discipline dentaire en tant que spécialité médicale obligatoire ne date que de 1906. Il a fallu des décennies pour que, il y a à peine quelques années, le traitement de la douleur soit apprécié à sa juste valeur et développé comme un volet fondamental de l’acte dentaire. Avant cela, il était normal d’endurer la douleur sur le fauteuil du dentiste, il était admis qu’il faille « souffrir pour être beau ». N’oublions pas que l’usage courant de l’anesthésie est très récent.

Certes, les évolutions fulgurantes qu’a connu la dentisterie ces dernières années, bien qu’elles mettent du temps à se généraliser à l’ensemble de la profession, ont contribué à rendre les soins beaucoup plus confortables, et à améliorer la prise en charge de la douleur d’un point de vue physique. Il n’en demeure pas moins, malgré toutes ces avancées technologiques, que la peur des soins dentaires persiste chez un nombre non négligeable de personnes. Toute la chimie du monde n’y pourra rien : l’esprit humain et l’imaginaire qu’il développe n’ont pas leur pareil pour faire souffrir le corps.

J’ai pourtant longtemps cru que les améliorations techniques finiraient par chasser les peurs de mon cabinet, en restaurant une confiance en la dentisterie chez mes patients. Au fil des années, j’ai donc investi beaucoup de mon temps dans un large éventail de formations techniques, ainsi que de l’argent dans du matériel de plus en plus perfectionné. Je ne peux pas dire que cela n’a pas eu un impact positif, car j’ai évidemment beaucoup appris, et c’est ce qui m’a permis de rester à la pointe. Mais force était de constater que cela ne suffisait pas à rassurer tout le monde, et que la peur persistait chez un nombre important de personnes. Cette situation me contrariait, je n’arrivais pas à comprendre pourquoi, même quand le soin se passait, de mon point de vue, de façon confortable, certains patients revenaient au rendez-vous suivant tout aussi crispés qu’au précédent, ou bien me disaient, une fois les soins finis, qu’ils reviendraient à la prochaine douleur. Le patient n’est, de plus, pas la seule victime de ce climat de tension. Il est clair que ce stress, engendré par nos soins, comme c’est le cas dans certaines autres professions médicales, rejaillit implicitement et insidieusement sur l’équipe dentaire, et que certaines de nos journées en viennent à être harassantes, avec leur lot de frustration, de fatigue psychologique et physique. Dans le pire des cas, cela peut mener certains confrères à ce que l’on appelle le « burn out », c’est-à-dire l’épuisement moral et physique total. Plus généralement, ce stress est tout simplement une source d’inconfort patente pour le praticien comme pour le patient, à différents degrés dépendants de l’expérience, de la personnalité et du vécu de chacun.

L’hypnose m’a permis de comprendre ce qui manquait à mon exercice de ce point de vue : l’établissement d’une relation humaine, au sein de laquelle chaque élément de la chaîne de soin peut s’insérer logiquement, et autour de laquelle peut se développer mon savoir-faire technique. Elle m’a permis de comprendre que la douleur est plus multiple et plus complexe qu’il n’y paraît, que sa perception dépend majoritairement de chaque individu et de son vécu, et enfin que sa composante émotive est très importante. Grâce à cette méthode, je pense aujourd’hui mieux comprendre mes patients, leurs peurs et leurs réticences, celles-là mêmes qui autrefois rendaient certaines personnes particulièrement difficiles et stressantes à soigner, et me faisaient porter sur eux un jugement parfois négatif.

Dans cet article, je n’aborderai pas les douleurs chroniques, mais uniquement les douleurs aiguës. Les douleurs chroniques sont des douleurs de longue durée, et ont en effet une composante psychologique plus profonde, qui nécessite une prise en charge pluridisciplinaire plus spécifique. Je m’efforcerai en revanche de décrire en quoi l’hypnose peut nous aider dans la gestion de la douleur aiguë et de la peur de la douleur, et en quoi elle peut améliorer notre exercice professionnel. Je le ferai à travers des exemples concrets de cas que nous avons pu traiter dans mon cabinet.

Qu’est-ce que l’hypnose ? Je ne répondrai pas ici en termes très techniques à cette question car beaucoup de livres et d’articles sont écrits sur le sujet. Pour notre cas, l’hypnose est avant tout un extraordinaire outil de communication, qui permet d’apaiser les craintes de nos patients, de valoriser leur sentiment d’être pris en charge humainement et d’être compris. En découle souvent une atténuation ou une disparition des peurs, et donc de la douleur par anticipation. Dans les cas de douleurs aiguës, l’amélioration est de même flagrante.

En dentaire nous pouvons utiliser l’hypnose de deux façons : l’hypnose formelle et l’hypnose conversationnelle. Dans les deux cas, il est important, voire essentiel, de parler le langage du patient. Si nous traitons un enfant, il nous faut adapter notre langage au sien en fonction de son âge. Pour un adulte, nous reprendrons son vocabulaire et ses expressions, voire sa posture, afin d’établir le lien et l’alliance, éléments centraux en hypnose.

L’hypnose formelle consiste à demander au patient adulte de trouver dans son vécu un souvenir agréable, où il se sent bien et en sécurité. C’est la base du processus car, ne l’oublions pas, notre patient, celui qui a peur, se sent en insécurité totale chez nous. Le cabinet dentaire est pour lui un lieu hostile. L’hypnose est là pour le guider, à travers son histoire personnelle, vers un sentiment de sécurité.

Avec l’enfant, en général, il est plus efficace de s’orienter vers une activité, ou tout simplement un jeu. Bien sûr, l’éventail des actions est beaucoup plus large que cette brève description ne le laisse paraître, et les possibilités de créer un environnement de sécurité sont infinies.

En hypnose formelle, donc, le patient ferme les yeux (ce n’est pas une constante) et vit son histoire comme un film qu’il se projetterait en séance privée, se dissociant des soins en les laissant se dérouler « dans la pièce d’à côté ».

L’hypnose conversationnelle consiste également à ce que le patient trouve un espace de sécurité dans notre cabinet, en créant là aussi le lien et l’alliance avec lui. L’hypnose conversationnelle est pour moi un terrain de jeu et de complicité avec les enfants comme avec les adultes. Elle procède un peu plus d’un dialogue. Il suffit de raconter une histoire, d’évoquer un souvenir personnel, de jouer au foot, de vivre un dessin animé, ou parfois simplement de parler en utilisant des mots agréables, je m’adapte en permanence à mon patient. Si le jeu peut paraître compliqué de prime abord, il devient de plus en plus simple et ludique à force d’être pratiqué. Et là aussi les possibilités de l’hypnose conversationnelle sont infinies, c’est d’ailleurs en grande majorité cette technique que j’utilise dans mon activité, de façon presque permanente.


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Marion CHERVY
Rédactrice en Chef Web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves.
Chargée de Communication au sein des Instituts de Formation.


Douleur chronique: le patient a toujours raison. André MULLER

mardi 17 juillet 2018 - 18:13
Revue Hypnose & Thérapies Brèves, Hors-Série n°1
Responsable depuis près de trente ans d’un « centre anti-douleur », j’ai vu évoluer les conceptions sur la douleur, en particulier la douleur chronique, ainsi que les approches thérapeutiques. Et depuis longtemps, j’ai acquis cette conviction : « En matière de douleur, le patient a toujours raison. »

Initiée par John Bonica aux USA dans les années 1950, la prise en compte de la douleur chronique, en tant qu’entité propre plus qu’en tant que simple symptôme, s’est au fil du temps appuyée surtout sur les acquis des sciences fondamentales (meilleure connaissance des voies nociceptives, découverte des opioïdes endogènes et de leurs ligands naturels, plasticité et sensibilisation des voies de la douleur) et les progrès thérapeutiques qui en ont découlé (techniques neurochirurgicales moins agressives, utilisation plus raisonnée des moyens médicamenteux), avec, à chaque avancée, un effet de mode. En France, bien qu’il existât des structures dédiées à la prise en charge des patients ayant des douleurs chroniques, ce même mouvement a connu une officialisation avec la prise en compte par les politiques dans les années 1990.

De façon schématique, on peut distinguer plusieurs périodes :

- celle des années 1980 avec une prééminence de la place prise par les anesthésistes et les neurochirurgiens, et, de fait, une large utilisation des blocs et des neurolyses

- parallèlement, c’est à cette même époque que les « psys », qu’ils soient d’obédience analytique ou cognitivo-comportementaliste, ont commencé à revendiquer une place dans la prise en charge des patients, reprochant aux somaticiens leur obstination organiciste

- les années 1990 ont été celles du « tout médicament » avec l’apparition de nouveaux opioïdes, conduisant à des administrations indues de morphine, plus pour faire taire une plainte que par réelle efficacité, ce qui rappelle le « morphinisme » du XIXe siècle

- et voici maintenant l’arrivée en force de l’hypnose éricksonienne, laquelle a cette spécificité de sortir des sentiers battus du raisonnement anatomo-clinique sur lequel s’appuie la médecine « rassurante » enseignée aux étudiants, tout en revendiquant une efficacité qui s’appuie sur les avancées de la science (travaux d’imagerie cérébrale qui nous montrent que la parole a des effets sur le système nerveux central, mais qui en doutait !).

ANDRÉ MULLER Professeur agrégé en thérapeutique. Anesthésiste réanimateur. Titulaire de la capacité d’évaluation et de traitement de la douleur. Maîtrise de biologie (pharmacologie, physiologie, mathématiques). DEA de neurosciences. Doctorat de pharmacologie et neurobiologie moléculaire. Formation psychanalytique. Formation à l’hypnose éricksonienne en douleur aiguë. Chef de service du Centre d’Evaluation et de Traitement de la Douleur du CHU Strasbourg. Président du Comité de Lutte contre la Douleur du CHU Strasbourg.




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Laurent GROSS
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Thérapies Brèves, Psychothérapeute certifié ARS en 2013.
Formateur en Hypnose Médicale, Ericksonienne et EMDR au CHTIP Collège d'Hypnose et Thérapies Intégratives de Paris dont il est le Président Fondateur.
Chargé d'enseignement dans les hôpitaux de l'AP-HP. Conférencier au sein des congrès de la CFHTB, Confédération Francophone d'Hypnose et Thérapies Brèves.

Exerce dans le Cabinet d'Hypnose, Thérapies Brèves et EMDR de Paris 11.
Rédacteur en chef de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves sur internet ...En savoir plus sur cet auteur

Grossesse: de l'hypnose à l'auto-hypnose dans la préparation à la naissance

mardi 17 juillet 2018 - 17:59
Grossesse: expérience d'une sage-femme dans sa pratique libérale. Armelle TOUYAROT Revue Hypnose & Thérapies Brèves, Hors-Série n°1 « Se préparer », c’est se mettre en état, en mesure de faire ; c’est faire tout ce qu’il faut en vue d’une œuvre à accomplir. »

Dans l’événement « naissance », l’ œuvre à accomplir, c’est la mise au monde d’un enfant. Bien sûr, la nature a tout prévu pour que l’espèce se perpétue. Au même titre que toute femelle mammifère « sait » mettre son petit au monde, toute femme « sait » le faire, son corps sait le faire, il est programmé pour cela. Mais à la différence des mammifères, notre conscience intervient dans cet événement. On connaît la puissance de l’esprit sur le corps et les conséquences néfastes du stress sur la physiologie. Et l’on sait de la même manière comme notre esprit peut nous pousser à nous surpasser. L’objectif de la préparation sera d’installer l’état physique et mental favorable au bon déroulement de l’accouchement dans ses aspects physiques et psychologiques.

« LES MÉCANISMES EN JEU LORS D’UN ACCOUCHEMENT PHYSIOLOGIQUE »

(D’après Claude Didierjean-Jouveau et Michel Odent)

Pour mettre un enfant au monde, la femme doit libérer un cocktail d’hormones. C’est la partie primitive de son cerveau, constitué des structures cérébrales anciennes (hypothalamus, hypophyse) que nous partageons avec l’ensemble des mammifères, qui produit ces hormones. A l’inverse, la partie « récente » du cerveau, si développée chez les humains, le néocortex, constitue un frein au déroulement physiologique de l’accouchement par les inhibitions qu’il génère lorsqu’il est stimulé.

Pour accoucher physiologiquement, la femme a donc besoin d’être à l’abri des stimulations de son néocortex, provoquées notamment par les agressions, le langage, la lumière vive, le fait de se sentir observé, le fait de ne pas se sentir en sécurité. Quand la survie de l’individu est menacée et passe en priorité devant la survie de l’espèce, l’organisme sécrète des hormones comme l’adrénaline qui provoquent l’inhibition lors des différents épisodes de la vie sexuelle et reproductrice. Voilà pourquoi on ne peut pas faire l’amour quand on est en danger de mort, et pourquoi un accouchement ne peut pas progresser quand la mère est angoissée. Les freins néocorticaux, plus puissants chez les humains que chez tout autre mammifère, provoquent ces inhibitions, rendant notre espèce particulièrement vulnérable lors des différentes étapes de la vie sexuelle que sont l’accouplement, l’accouchement et l’allaitement.

On peut convenir de deux phases dans l’accouchement : une phase passive, le travail, pendant laquelle il faut « laisser faire » et « vouloir s’ouvrir », et une phase active, la naissance, pendant laquelle il faut « vouloir faire » et « savoir faire », et encore « vouloir s’ouvrir ». L’expulsion du placenta et la rétraction utérine est une phase brève que la mère, occupée à découvrir son bébé, « laisse faire » généralement sans opposer de résistance. Il se produit pendant ces heures de travail et de naissance de formidables bouleversements physiques et psychiques. En quelques instants, la jeune femme devient mère. L’événement « naissance » est donc essentiellement un processus d’ouverture. Le processus d’ouverture du point de vue physique est matérialisé par l’ouverture du col et du périnée, l’ouverture psychique par l’acceptation de l’événement. Pour favoriser le bon déroulement de cet événement, il faudra identifier tous les éléments susceptibles d’entraîner une « fermeture», dont le stress, puisque toute situation de changement génère par elle-même naturellement du stress, lequel provoque une réaction de « spasme », c’est-à-dire de fermeture.

 « LA PLACE DE L’HYPNOSE » DANS LA  PRÉPARATION À LA NAISSANCE  

L’état hypnotique possède certaines caractéristiques qui peuvent permettre à la future mère de pouvoir vivre, ressentir des expériences, d’explorer ses propres potentialités corporelles et physiologiques pour adapter ses réponses psychologiques et physiologiques à tous les stades de sa maternité, mais aussi de prévenir, de traiter certaines pathologies. Parmi ces caractéristiques, nous allons utiliser :

- l’état de réceptivité pour présenter des idées différentes, d’autres points de vue, d’autres perspectives, d’autres options, élargir les limites, travailler sur les croyances

- la modification du tonus musculaire pour favoriser le « laisser aller », le « lâcher prise », la relaxation ; pour rompre le cycle peur/tension/ douleur

- la capacité à faire abstraction de la réalité environnante pour accoucher dans une certaine intimité et s’isoler des facteurs de stress externes

- la suggestibilité et les suggestions post-hypnotiques en particulier pour suggérer un déroulement normal de l’accouchement, augmenter la confiance en soi

- l’association pour faire de nouvelles associations, la dissociation pour gérer la douleur

- les modifications sensorielles, qu’elles soient positives ou négatives pour contrôler les réponses psychologiques et physiologiques, adapter la perception de la douleur, susciter l’analgésie, l’anesthésie

- la distorsion du temps (contraction, dilatation) pour contrôler la douleur

- l’amnésie et l’hypermnésie pour corriger des émotions associées à des expériences du passé douloureuses ou traumatisantes, à des souvenirs douloureux

- la régression/progression, pour revivre une expérience ressource, se projeter dans une situation positive, anticiper, affronter l’inconnu

- et les modifications vasomotrices pour contrôler les saignements.

Dans l’état hypnotique, il apparaît spontanément, ou en réponse à des stimuli verbaux ou autres, diverses manifestations naturelles de l’hypnose ordinaire, les phénomènes hypnotiques. La tâche de l’hypnotiste consiste à les amplifier au service de l’objectif de la préparation, c’est-à- dire instaurer l’état physique et mental favorable au bon déroulement de l’accouchement, en tenant compte de l’individualité, de la culture, des différentes particularités de la future mère.

Alors, nous recourons à l’hypnose pour :

-accéder aux apprentissages, les re-visiter, en faire de nouveaux par l’expérience

- favoriser les changements

- prévenir le spasme dû au stress, le défaut de relâchement, le « cuirassement » et favoriser le processus d’ouverture physique et psychique

- mobiliser les ressources internes

- favoriser l’adaptation aux modifications physiques pendant la grossesse et l’accouchement

- améliorer le sentiment de confort et de bien-être, traiter les nausées et vomissements de la grossesse

- traiter l’anxiété

- susciter un fonctionnement approprié de l’organisme

- favoriser une recherche individuelle de solutions par un dialogue actif de la femme avec elle-même

- anticiper l’installation d’une bonne relation mère-enfant.

Ensuite, il s’agit d’entraîner la future mère à l’auto-hypnose pour qu’elle suscite d’elle-même ces phénomènes utiles le jour J.

 EXEMPLE D’UTILISATION DE L’HYPNOSE SUR LE « CUIRASSEMENT » 

Nous pouvons illustrer l’utilisation de l’hypnose et de l’auto-hypnose pour traiter l’un des obstacles quasi constant au bon déroulement de l’accouchement, conséquence directe du stress : le « cuirassement ». Le mot stress vient du latin stringere qui signifie « serrer », «presser ». C’est un ensemble de réactions physiologiques et psychologiques qui se manifestent lorsqu’une personne est soumise à un changement de situation auquel elle doit s’adapter, et quand elle pense ne pas être à la hauteur de ce qu’elle croit devoir faire pour être adaptée. Et beaucoup de femmes se croient « incapables » d’accoucher. Ce « serrement » se manifeste par le cuirassement. Wilhelm Reich a décrit par le terme de cuirasse le mécanisme de protection qu’est le caractère. Cette cuirasse est régie par la notion de plaisir-déplaisir : elle s’ouvre dans une situation plaisante et se referme dans une situation déplaisante.

Ainsi Reich établit des rapports entre la cuirasse caractérielle et la cuirasse musculaire, entre l’angoisse et la rigidité musculaire. Nous sommes tous un tant soit peu cuirassés. C’est un processus d’adaptation biologique. Dans l’événement naissance, le cuirassement du bassin pelvien est central, même s’il n’est qu’un segment de la cuirasse mise en place pour restreindre les sensations et les expressions émotionnelles dans certaines zones particulières du corps. Dans cette relation dynamique, il est certains nœuds de restriction qui nous intéressent plus particulièrement, notamment au niveau du col de l’utérus, mais qui s’inscrivent toujours dans une constellation plus large. Le stress produit cette réaction pour se protéger d’intrusion, d’agression. Les gestes médicaux pratiqués lors d’un accouchement sont de l’ordre de l’intrusion, de l’agression (touchers vaginaux, pose de cathéter, rasage, épisiotomie). La femme a donc tendance à se cuirasser spontanément pour se protéger. Il va s’agir de créer une cuirasse autre que musculaire pour favoriser le relâchement. Et l’hypnose est un excellent outil pour cela.

ARMELLE TOUYAROT Sage-femme libérale depuis 20 ans à Toulouse. Maître en Psychothérapie Ericksonienne (Université de Mexico). Praticienne des thérapies brèves centrées sur la solution. Traductrice auprès des éditions Satas d’ouvrages sur l’hypnose et les thérapies orientées vers la solution. Auteur de Pas à pas – Guide d’autopréparation à l’accouchement par l’hypnose. Satas.

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Valérie TOUATI-GROSS
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Ostéopathe.
Exerce dans le Cabinet d'Hypnose Médicale, Ostéopathie, EMDR de Paris 12.
Spécialisée sur les traitements et approches de la Fécondation In Vitro (FIV), et de la Procréation Médicalement Assistée (PMA), Infertilité Inexpliquée. 
Rédactrice web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves.
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Douleur chronique, hypnose et modification du schéma corporel

mardi 17 juillet 2018 - 17:32
Une expérience de vie, par Fanny NUSBAUM et Pierre VOLKMANN Revue Hypnose & Thérapies Brèves, Hors-Série n°1 On peut parler de la douleur chronique comme d’un univers à part entière. La douleur s’impose partout dans la vie de celui qui la subit, comme un nouveau dieu, omnisciente et omniprésente.

Le matin, Samuel se lève et pense à comment et combien il aura mal dans la journée. Il s’y prépare, il l’anticipe, comme le rituel d’un guerrier avant le combat. Sauf que dans le cas présent, c’est une bataille pour chaque jour qu’il faut livrer. Hélas, se préparer à cette bataille, c’est aussi l’attirer inéluctablement vers soi, s’attirer la foudre, comme on dit. La douleur viendra forcément, et par surprise. Si seulement l’ennemi disait à Samuel quand il va frapper et sur quel mode, Samuel pourrait alors maîtriser un peu mieux sa vie.

Ça y est, l’ennemi a attaqué, sur un front inattendu. L’important, maintenant, c’est d’encaisser les coups convenablement. Se positionner différemment, riposter de front, rien n’y fait, l’ennemi est trop fort et trop vicieux. Mais il se fatigue par moments ; la douleur donne du répit à Samuel, qui, loin d’être soulagé, pense déjà à la prochaine offensive. Pour autant, la vie quotidienne est là qui attend son tour. Il faut aller au travail, rencontrer du monde toute la journée et faire bonne figure. La douleur est un parasite qui ne se remarque pas sur celui qui la porte. Samuel n’aurait donc aucune légitimité à se plaindre. Au nom de quoi ? Il n’a pas l’air handicapé : il a deux bras, deux jambes, qui fonctionnent, comme tout le monde. Il parle sans difficulté. Certes, on le sent un peu « au ralenti » parfois. Mais quand même, pas de quoi en faire une maladie ! Et si, pourtant, Samuel est malade. Que cela provienne de sa tête ou de son corps, le résultat est là : il souffre le martyr. Mais sans cause valide, et il n’en est jamais dans la douleur chronique, pas de passeport pour la plainte ; il faut serrer les dents. Cela fait bien longtemps que ses proches n’écoutent plus ses jérémiades. Quelque part, Samuel les comprend. Que répondre à quelqu’un qui souffre et pour qui l’on ne peut rien ? Quelqu’un qui préfère rester seul pour souffrir, qui plus est, pour mieux se concentrer pour lutter.

 

 
Fanny Nusbaum
La douleur isole. Elle transforme jusqu’à la manière de penser, de réagir, de se comporter au quotidien. Ce serait dû à la plasticité neuronale, selon les scientifiques : cette capacité du cerveau à s’adapter à des situations nouvelles en créant de nouveaux « chemin neuronaux ». En découlent alors des schémas de pensée et des comportements en adéquation totale avec ce nouveau contexte psychosomatique. Depuis ses toutes premières douleurs, Samuel a remarqué qu’il avait spontanément changé ses postures habituelles. Il a, très vite, adopté des postures de défense, de compensation ou d’exclusion. C’est comme si tout son équilibre postural avait changé, muté, en à peine 72 heures. Autrefois, quand il n’avait pas mal – parce que oui, ce temps a existé, bien que Samuel ait peine à s’en souvenir -, il sentait tout son corps vivre à l’unisson avec lui-même. De façon tout à fait normale, Samuel « était dans son corps ». Il l’habitait complètement. Aujourd’hui, c’est comme si une partie de son corps ne lui appartenait plus.

Son espace mental pour penser son corps s’est si bien adapté pour faire face à la douleur de Samuel qu’il en oublie certaines zones ainsi que certaines attitudes « communes ». Il éprouve par exemple des difficultés à passer de la position assise à la position debout, simplement parce que son système neuronal a oublié le chemin à force de le pratiquer moins. Et quand Samuel reste trop longtemps dans une position, même si c’est une position dite « de confort », il commence très rapidement à sentir son dos se durcir comme de la pierre et s’imposer comme un corps étranger, qui se présenterait comme un petit pois permanent dans le dos de la Princesse au Petit Pois. De la même manière, Samuel montre une certaine raideur dans le dos quand il marche, comme un robot désarticulé. Ceci parce que son dos ne fait plus partie de lui et que Samuel ne parvient plus à l’intégrer dans son schéma corporel. C’est ce que l’on appelle « l’exclusion segmentaire ». C’est la raison pour laquelle Samuel ne sait pas bien décrire la localisation de départ de sa douleur. Il sait qu’elle vient toujours par derrière, dans le dos. Mais, son dos ne faisant plus partie de son système somatique, Samuel se voit incapable de discriminer davantage les sensations provenant de cette zone. C’est comme s’il y avait, à l’endroit de la douleur, un magma confus et impénétrable, qui sait pourtant se faire sentir.

Les deux seuls moments où Samuel sent à nouveau son dos comme intégré à son corps et non pas comme un intrus, c’est quand il porte un corset ou encore quand son masseur- kinésithérapeute le masse. Grâce à ces différentes stimulations répétées, le cerveau de Samuel peut, pendant une courte phase et petit à petit, retrouver les chemins neuronaux anciens de la « normalité ». Mais la douleur a la peau dure et le schéma d’adaptation à l’univers « souffrance » qu’elle a mis en place se révèle puissant et doté d’un domaine d’action en chaîne et très étendu. La douleur sait reprendre ses droits et remplir ses devoirs.

DOULEUR ET EXCLUSION SEGMENTAIRE : THÉORIE MÉDICALE

La vie est un équilibre. L’organisme fonctionne de manière équilibrée grâce à la permanence d’informations (mécaniques : barorécepteurs et mécanorécepteurs ; chimiques : glycémie, les hormones et les ions ; électriques : réception et transmission des informations des nerfs périphériques et fonctionnement du cerveau et de la moelle ; sensorielles : vue/ouïe/odorat/positionnement dans l’espace...) et de capteurs recevant ces informations, permettant une homéostasie qui se veut la plus harmonieuse et la plus économe possible.

Ainsi, lorsque nous recevons une information douloureuse (« je marche sur une punaise », « je retire mon pied » ; « j’approche ma main de la porte du four », « je retire ma main car j’ai la sensation de chaud »), pas besoin de penser à éviter une nouvelle stimulation inconfortable, on le fait naturellement. Nous nous protégeons spontanément car nous savons où nous nous situons, où nous allons et comment organiser notre fonctionnement corporel pour pouvoir faire sans se défaire.

Pour tout cela, la perception correcte du corps est indispensable. Cette représentation est le fruit du mélange de multiples informations : positionnement du corps dans l’espace (oreille interne) ; recueil des informations des mécano et baro-récepteurs périphériques en provenance des articulations, des tendons, des muscles ; recueil des informations tactiles épicritiques (mon enveloppe corporelle) ; recueil et screaning de ces informations avec ce que l’espace cortical a déjà comme informations, etc.

Ainsi pour marcher, nous avons besoin de sentir notre corps placé en position érigée, les membres inférieurs en extension et verrouillés pour ne pas tomber. Le mouvement créé est en permanence corrigé par rapport à la verticale, grâce à tous les capteurs mis en place par la nature pour informer le décodeur central (le cortex moteur et le cortex sensitif) de ce qui se passe et/ou de ce qui risque de se passer si le mouvement n’est pas contrôlé. Pour être efficace et performant en permanence, ce système parfait a besoin de s’entraîner, de répéter continuellement pour maintenir son niveau de performance et d’excellence. Sans ce rappel pluriquotidien, nous perdons l’habitude « de » : marcher, manger, courir, monter et descendre les escaliers, etc.

Nous le savons tous, après une période d’alitement prolongé (chirurgie, maladie...), nous avons du mal à refaire les choses de la vie courante et en particulier marcher. C’est d’ailleurs un problème de santé publique avec les personnes âgées qui se retrouvent alitées souvent à cause d’un traumatisme bénin (fracture du col du fémur) et qui perdent leur autonomie de marche par « oubli ».

FANNY NUSBAUM Psychologue clinicienne conceptrice, thérapeute familiale d'approche systémique, hypnothérapeute, sophrologue - Doctorante, Laboratoire "Santé, Individu, Société", Université Lyon 2 - Consultante, enseignante, formatrice.

PIERRE VOLKMANN Ancien assistant- chef de clinique. Ancien médecin des hôpitaux. Spécialiste de Médecine physique et réadaptation. Algologue. Enseignant associé de médecine physique à la faculté de médecine LAENNEC LYON. Directeur médical des centres de médecine physique IRIS de la Générale de Santé. Responsable de la prise en charge de la douleur au sein de la Générale de Santé. Co-Auteur du livre avec le Pr Gilles Rode, Handicap- Médecine Physique et réadaptation, guide pratique. Éd. Xavier Montauban.

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Mariline MORCILLO
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Thérapies Brèves Orientées Solution, Infirmière spécialisée Douleur.
Exerce dans le Cabinet d'Hypnose, Thérapies Brèves et EMDR de Paris 11 et à Marseille.
Rédactrice web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves.
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Apport de l'hypnose éricksonienne en rééducation fonctionnelle

mardi 17 juillet 2018 - 14:55
Des reflets de la mémoire à la vibration du corps par Dr Patrick Bellet Revue Hypnose & Thérapies Brèves, Hors-Série n°1 C’est le désordre, tout est mélangé. Les commandes ne répondent plus, la compréhension est conservée, mais rien n’est à la bonne place et les repères manquent pour retrouver tous les équilibres. Ceux de la parole, du geste et de la pensée, sans parler des émotions.

Mr H. marchait avec deux cannes anglaises qui stabilisaient à grand peine les déhanchements qui menaçaient son équilibre à chaque pas. S’asseoir lui demandait une à deux minutes au cours desquelles son corps décrivait une ellipse improbable avant d’atteindre le siège. Mr H. était acrobate et « fil-deferriste », jusqu’à ce jour de relâche en Floride au bord de la plage où avec les amis de sa troupe de cirque ils jouaient à se lancer en l’air et retomber dans l’eau. Quand ce fut à son tour d’être propulsé, lui et ses amis ne prirent pas garde au recul de la vague au moment de la redescente et c’est la nuque dans le sable que s’interrompit sa carrière d’acrobate. Tétraplégie. C’était il y a quatre ans et Mr H., doué d’une volonté farouche alliée à une force musculaire peu commune et surtout un sens de l’équilibre exceptionnel, avait beaucoup progressé, mais d’importantes séquelles demeuraient encore à la marche. Tous les atouts à sa disposition lui ont servi dans une perspective motrice, c’est-à-dire en commandant volontairement ses membres et en développant sa musculature pour compenser ses troubles de l’équilibre. De cela il en a fait le tour et il va lui être difficile de ne rien faire. Il va lui être difficile de ne faire qu’ un seul pas et un pas immobile… Toute son énergie avait été dirigée vers cette action volontariste de remarcher et ce avec succès, mais les limites de cette attitude avaient été atteintes. Pour obtenir d’autres progrès, d’autres aptitudes devront être mises en œuvre et ce sera un véritable paradoxe.

« S’installer tranquillement, ne rien faire, ne rien faire d’autre que de laisser les paupières se fermer, et retrouver des images, peut-être animées, du moment où le corps s’apprête à avancer sur le fil tendu entre les deux piliers. Surtout ne pas bouger, juste immobile en équilibre devant le fil. Un instant suspendu et précieux. Sentir le poids du corps selon cet axe vertical du haut vers le bas et glisser doucement le pied en avant. Juste un peu. Les bras automatiquement s’écartent, légers et mobiles, équilibrent le corps dans un mouvement simple et évident de justesse. Jongleur de soi-même.»

Le travail porte sur les axes de symétrie afin qu’il retrouve les sensations de son corps debout immobile en équilibre. Après un travail « au fauteuil », les séances se font debout et immobile, puis en mouvement. Deux aspects importants sont développés au cours des séances de ce patient : la verticalité selon l’axe haut-bas et surtout ne faire qu’un pas. Rien qu’un pas. Tous les jours ne faire qu’un seul pas ! Un pas après l’autre, bien sûr ! Et pour démarrer, simplement avancer un pied et non pencher la tête en avant. Être dans son propre pas en équilibre et non dans une course trébuchante pour rattraper son centre de gravité. Être dans son corps debout à chaque instant. Sentir son corps et en retrouver les mémoires et les automatismes. Mr H. a en lui toute cette expérience à laquelle il ne s’est pas encore relié, l’hypnose lui permet de la revivre et de changer sa façon de marcher. Ses appuis s’allègent, les cannes anglaises ne sont plus aussi nécessaires et son dos se redresse. Si bien qu’il peut, à nouveau, monter sur scène et faire un numéro burlesque dans lequel il joue un alcoolique titubant qui frise à tout moment la chute. En fait, il « recadre » en mime la démarche « sinueuse » résiduelle de son accident.

Mme T. souffrait d’une hémiparésie gauche assez bien tolérée, mais invalidante dans l’exercice de sa profession : agent d’auteurs-compositeurs interprètes francophones. L’interrogatoire d’un patient comporte toujours quelques questions consacrées au travail ainsi qu’aux éventuels loisirs qui rythment la vie, et à cette occasion je croyais tabler sur un goût évident pour la musique et éventuellement pour la danse. Étonnamment, il n’en était rien : elle ne portait d’intérêt qu’aux personnes et n’écoutait pas spécialement de musique en dehors du contexte professionnel. D’autre part, rien ne semblait l’attirer et répondait à mes tentatives par des réponses désabusées. Je dus me résoudre à la technique improprement appelée de « la ménagère » (ou les images et leurs stéréotypies comme moyens mnémotechniques). Cette technique se caractérise par la description fine, détaillée et progressive du lavage de la vaisselle dans l’évier aide la cuisine. Une tâche assez banale et répétitive qui présente, comme on le verra, des ressources insoupçonnées de sensorialité… Répétition que certains à l’humeur chagrine considéreront comme inexorable, ou d’autres, plus pragmatiques, comme renouvellement d’une prescription post-hypnotique.

Il en est souvent ainsi : « L’évier est rempli de vaisselles diverses, tasses du petit déjeuner, couverts épars, assiettes collées les unes aux autres, casseroles pleines d’une eau opaque qui tente de dissoudre quelques reliefs brûlés sur la paroi. Quoi d’autre ? L’éponge sèche et légère posée sur le bord à côté du robinet et qui attend que l’eau vienne l’assouplir, la gonfler. Gorgée d’eau tiède, elle peut, maintenant, prendre la forme de la main qui la presse. L’autre main a saisi le flacon de savon liquide dont la consistance visqueuse s’écoule lentement dans la cuvette de plastique, jaune peut-être ? Un petit univers de sensations où se combinent la dureté du métal et sa température fluctuante quand l’eau s’écoule du robinet, la balayette et ses poils gratteurs, les restes onctueux de sauce au fond d’un plat… »

Quelques exemples de sensations qui reviennent tous les jours, c’est tellement habituel que l’on pourrait faire la vaisselle les yeux fermés. Facile ! Des années d’expérience. Quand le quotidien n’est qu’habitude, il est inutile de chercher de la fantaisie prématurément. Saisir ce qui est à portée. « Prenez le torchon pour essuyer… » Banal et ordinaire, mais efficace. Un moyen simple de se réapproprier du quotidien qui s’était échappé et dont la réalité journalière opérera un rappel bienvenu de la séance antérieure. La cuisine peut être avantageusement remplacée par la salle de bains qui possède ses propres particularités sensorielles avec leurs caractères automatiques et séquencés. L’hypnose est un entraînement, une pratique. Son bras gauche est devenu plus consistant, adroit (!) et aussi plus sensible ; tellement qu’une mouche imprudente posée sur son avant-bras gauche fut promptement écrasée par une claque réflexe ! Sans regarder ! Preuve d’une meilleure présence de son schéma corporel.

Cela faisait quinze ans que Mr D. s’était accommodé de son hémiplégie et si ce n’avait été l’insistance de son épouse, il ne serait jamais venu consulter. Son AVC lui avait laissé une spasticité (contracture) du membre supérieur droit avec des troubles de la sensibilité de type anesthésique et une claudication qui malgré tout n’altéraient pas son moral et ses rapports au monde. Cadre supérieur, Mr D. avait passé de nombreuses années dans le Maghreb et en avait gardé un souvenir très fort et encore très présent. Comme à l’accoutumée, l’anamnèse centrée sur les moments agréables de sa vie apporte des renseignements qui vont être utiles. La tradition d’accueil, l’invitation à prendre le thé et le confort des tapis des peuples du désert serviront de paysage pour retrouver une ambiance favorable au changement. C’est encore de sensations et de sensorialité dont il va être tout d’abord question. Un autre aspect important est la gradualité de leur succession. Planter un décor, créer une ambiance pour que le patient peu à peu entre dans ses souvenirs. Échanges. « Les couleurs contrastées du plein soleil alternent avec le mouvement végétal, estompé des ombres des patios, le filet d’eau qui rafraîchit la potiche calée à l’angle de la fontaine invite à entrer dans l’intimité des lieux, vestibule puis salon tapissé. Salamalekoum ! Bienvenue ! Thé brûlant, pâtisseries douces et fondantes, le temps n’a plus la même importance… » « Le jaillissement ambré du bec de la théière s’arque en une cascade tendue et souple comme une dune, la pulpe des doigts enserrant le verre lit le texte gravé, rehaussé de dorure factice…»



 


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Théo CHAUMEIL
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Kinésithérapeute.
Exerce dans le Cabinet d'Hypnose, Thérapies Brèves et EMDR de Paris 11.

Chargé de Formation au CHTIP à Paris, dans les hôpitaux de l’AP-HP, et à l’Institut Hypnotim de Marseille.
Rédacteur web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves.
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A la poursuite de l'excellence sportive, par Guy Missoum

mardi 17 juillet 2018 - 13:45
Revue Hypnose & Thérapies Brèves, Hors-Série n°1 Il peut paraître surprenant de traiter de l’application de l’hypnose à propos de l’optimisation des performances des sportifs de haut niveau, tant le champ de la thérapie propre à l’usage de ces méthodes et celui du sport de haut niveau semblent à première vue, éloignés. Et pourtant, à y regarder de plus près, ces deux domaines présentent d’indéniables similitudes.

Ainsi, partagent-ils le même sens de l’efficacité. Appliquée au domaine de la thérapie, l’hypnose vise à améliorer l’état du patient, à favoriser son adaptation à la réalité, et à obtenir la guérison, c’est-à-dire son retour à la « normalité », tant du point de vue psychique (mental) que comportemental. Dans l’univers du sport de haut niveau, l’hypnose vise essentiellement à optimiser chez le sujet, ses différentes ressources psychiques et comportementales facilitatrices de la performance et par conséquent, à optimiser la performance sportive elle-même.


Guy Missoum
Ces deux domaines accordent par ailleurs au temps, une signification proche, dans la mesure où l’aboutissement à un résultat tangible (même si celui-ci est dans le sport de haut niveau, sans cesse répété), est projeté dans un espace-temps marqué par la «brièveté». Le « temps » de la psychanalyse dans lequel l’effet thérapeutique est différé n’est pas celui des thérapies brèves.

Citons une dernière similitude entre la pratique hypnotique et celle du sport du haut niveau. Il s’agit de l’importance qu’accorde chacune de ces deux pratiques aux « états modifiés de conscience ». Pour ces différentes raisons, l’hypnose apparaît tout à fait adaptée à la recherche de l’excellence sportive.

LA QUÊTE DE LA PERFORMANCE

L’usage approprié et efficace de l’hypnose dans le sport de haut niveau, nécessite une connaissance approfondie de la performance sportive et des différents paramètres psychiques et comportementaux qui y contribuent.

Quelle que soit la discipline sportive pratiquée, le sportif de haut niveau vise essentiellement l’accomplissement de performances. Celles-ci sont régulièrement reproduites dans le temps, selon un calendrier de compétitions strictement programmées, semaine après semaine, mois après mois, année après année. Une carrière sportive peut durer une quinzaine d’années, voire une vingtaine d’années chez certains sportifs à la longévité remarquable. L’optimisation permanente des performances oriente progressivement le sportif vers davantage de réussite. A terme, l’excellence est recherchée. Et pour un petit nombre de champions tels Mohamed Ali, Zinédine Zidane, Michael Schumacher ou Roger Federer, la poursuite de l’excellence se rapproche d’une authentique quête de perfection.

LA RÉUSSITE

S’exprimant dans des contextes physiques, psychologiques et sociaux caractéristiques, la réussite sportive peut être définie comme un processus dynamique de progrès et d’optimisation qualitative, quantitative et progressive de la performance, processus dans lequel l’individu s’immerge totalement, corporellement, psychologiquement et socialement. Il s’agit d’un processus de développement, d’évolution individuelle et/ou collective, orienté vers un but de résultat. S’élaborant fondamentalement dans la durée, balisé à court, moyen et long termes, ce processus porte la marque indélébile du temps, lequel caractérise tout changement, qu’il soit, immédiat ou durable. En d’autres termes, le processus de la réussite est itératif et promotionnel. Marqué par la répétition dans le temps de performances quantitatives, sans cesse rehaussées et par l’amélioration qualitative de la prestation, il aboutit à l’ascension continue du niveau de la performance. Cette quête sans fin de la performance ultime s’interrompt cependant avec l’épuisement des ressources. La fatigue, la démotivation ou la priorité accordée à d’autres objectifs personnels poussent les champions à la retraite sportive. « Arrêter ma carrière est un choix que je voulais vraiment faire. J’avais besoin de souffler, de me retrouver moi et aussi les gens qui m’entourent ». Zinedine Zidane, trente-quatre ans, après dix-sept ans de carrière consacrés au football de haut niveau.

LA PERFORMANCE

Définie en termes de production ponctuelle, répétée et quantifiable, la performance est le résultat actuel, concret et objectivable, du processus de réussite géré par l’individu, dans un environnement particulier. Elle peut également être définie comme la compétence mise en œuvre dans cet environnement, l’objectif étant de développer son niveau de compétence pour mieux développer son niveau de performance. La performance est ainsi à considérer comme la résultante actualisée de l’interaction étroite entre l’individu-sportif et les situations de l’environnement auxquelles il se confronte.

L’ENVIRONNEMENT

Porté par un individu dont nous décrirons plus loin, le mode de fonctionnement singulier, le processus de réussite est stimulé ou inhibé par la nature même des performances accomplies (échecs ou succès). Il est également soumis aux influences de l’environnement. Les performances sportives sont en effet réalisées dans un contexte environnemental particulier qui peut avoir un effet mental et comportemental stimulant ou au contraire, inhibant, selon la capacité du sportif à s’adapter à cet environnement. Le sportif de haut niveau se trouve ainsi confronté à des situations exceptionnelles, des entraînements physiques intensifs et fréquents2 et des compétitions d’un niveau extrêmement élevé du fait de la concurrence internationale, nécessitant la mobilisation optimale de toutes ses ressources. L’environnement du sport de compétition recèle également une forte capacité d’agression, engendrée par l’influence cumulée de l’hostilité du public, de l’agressivité des adversaires et de la pression exercée par l’encadrement et les proches. Que son influence soit positive ou négative, l’environnement sportif génère du fait de ses caractéristiques de concurrence et de compétitivité extrêmes, un niveau de stress tel qu’il nécessite dans tous les cas, son contrôle efficace, si l’individu veut réaliser ou préserver une performance sportive de qualité. Le sportif évolue dans un environnement émotionnel stressant dans lequel il subit des contraintes physiques, mais aussi des contraintes affectives et sociales auxquelles il lui faut s’adapter (coping).


 



Théo CHAUMEIL
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Kinésithérapeute.
Exerce dans le Cabinet d'Hypnose, Thérapies Brèves et EMDR de Paris 11.

Chargé de Formation au CHTIP à Paris, dans les hôpitaux de l’AP-HP, et à l’Institut Hypnotim de Marseille.
Rédacteur web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves.
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