- Quelles sont les questions pouvant guider une séance de mouvements alternatifs ?
- Le questionnement narratif en alcoologie. Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
- Le questionnement en thérapie du lien et des mondes relationnels. Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
- Questionner un lombalgique. Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
- Que ressentez-vous maintenant dans le corps ? Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
- Percevoir les ressources, malgré tout, en orientation solutions. Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
- «Il nous faudrait un miracle». Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
- Le questionnement dans le modèle de Bruges. Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
- Le questionnement stratégique de Palo Alto. Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
- Comment pourriez-vous aller plus mal ? Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
- Sur le chemin du pardon: stratégies pour faire la paix avec le passé. Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
- Le questionnement stratégique. Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
- Le questionnement thérapeutique. Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
- Le questionnement, outil de relation et de coopération. Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
- Le récit alternatif: MIKHAËL ALLOUCHE & ANA WAALDER, illustrateurs de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80.
PARIS: Formation Hypnothérapie: Approche Centrée Solution. 5ème Session
Une formation In-Dolore en partenariat avec le CHTIP Collège d’Hypnose et Thérapies Intégratives de Paris. , Membre de la CFHTB Confédération Francophone d'Hypnose et de Thérapies Brèves
Ce module est exceptionnellement intégrable même si vous d'un autre institut de formation: [https://in-dolore.catalogueformpro.com/3/formation-avec-supervision-en-therapies-orientees-solution/1543452/formation-therapies-breves-orientees-solution-et-analyse-des-pratiques
Objectifs :
- Acquérir les outils fondamentaux des thérapies brèves orientées solution.
- Savoir adapter le travail à la singularité du patient et le rendre acteur.
- Savoir respecter les objectifs, désirs et choix du patient.
- Acquérir une démarche stratégique en s’intéressant aux qualités, ressources, aptitudes des patients plus qu’à leurs problèmes, insuffisances ou défauts.
- Construire sa séance d’hypnose en fonction des éléments recueillis.
- Créer un contexte de liberté de choix.
- Acquérir des techniques simples, efficaces et respectueuses du patient.
Journée 1 : Les thérapies brèves
• Historique des courants originels
• Les thérapies orientées solutions
• Définir l’objectif
• Différencier un problème et une limitation
• Affiliation
• Ecoute active
• Reformulation
• Construction d’une description
• Exercices
Journée 2 : Les thérapies orientée vers les solutions (TOS)
• La position du thérapeute
• Les niveaux de relation des patients
• Savoir repérer les ressources
• La recherche d’exceptions
• Les échelles
• La question miracle De Shazer
• La prescription de tâches
• Supervisions à partir de vos expériences
• Jeux de rôle
Inscription sur notre Catalogue
et https://in-dolore.catalogueformpro.com/3/formation-avec-supervision-en-therapies-orientees-solution/1543452/formation-therapies-breves-approches-centrees-solution-et-analyse-des-pratiques
7 rue Omer Talon du 30/03/2026 18h00 au 31/03/2026 19h00
https://in-dolore.fr/hypnotherapie-emdr-imo_a/
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- Acquérir les outils fondamentaux des thérapies brèves orientées solution.
- Savoir adapter le travail à la singularité du patient et le rendre acteur.
- Savoir respecter les objectifs, désirs et choix du patient.
- Acquérir une démarche stratégique en s’intéressant aux qualités, ressources, aptitudes des patients plus qu’à leurs problèmes, insuffisances ou défauts.
- Construire sa séance d’hypnose en fonction des éléments recueillis.
- Créer un contexte de liberté de choix.
- Acquérir des techniques simples, efficaces et respectueuses du patient.
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L'importance d'aller dans le sens de la résistance. Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80.
Nous commençons l’année 2026 avec un texte de Jacques-Antoine Malarewicz. Pour ceux qui ne le sauraient pas, il est le co-auteur avec Jean Godin du premier livre sur l’hypnose ericksonienne en France, et celui qui a relié celle-ci aux thérapies brèves systémiques. C’est un expert de l’approche stratégique qui nous montre ici comment dénouer les fils entremêlés dans les situations réputées difficiles.
Nathalie Koralnik s’appuie sur sa grande expérience stratégique pour nous faire partager les différents chemins que nous pouvons emprunter pour sortir de la peur du vide psychologique. A travers les histoires de Laure (« je suis mon pire ennemi ») et de Sylvaine (« je ne supporte pas d’être seule et je répète sans cesse les mêmes erreurs de casting »), elle nous fait percevoir l’importance de guider la personne pour qu’elle cesse les com- portements d’évitement et reste en contact avec son expérience dans sa singularité.
Stéphanie Robert nous offre un bel article pour que nous percevions l’importance du « remembering » dans le travail de deuil. Après une conversation avec Charlène, qui souffre de ne pas avoir pu dire au revoir à son grand-père, artiste peintre, elle pourra se reconnecter avec ce qui était vivant chez lui et dans sa relation avec elle. Ainsi elle pourra revisiter les expériences de vie, de créativité, de partage, d’humilité, d’ouverture à l’autre, qui à la fois enrichiront sa vie et celle de sa thérapeute.
Dans l’« Espace Douleur Douceur », lisez l’excellent éditorial de Gérard Ostermann : il nous présente le travail de Johanna Rabinovici qui nous fait sentir la puissance de l’hypnose en gériatrie, non pas comme une baguette magique mais comme un outil de reconstruction existentielle.
Le « Dossier thématique » aborde la question très actuelle des traumatismes avec trois auteurs. Cécile Condaminas pose la question de la prise en charge de Joséphine, qui présente un retour de souvenirs traumatiques, jusque-là oubliés. Cette femme de 46 ans est « percutée » par le souvenir d’un viol par son ex-partenaire quatre ans auparavant. L’article met en évidence l’utilité d’une forme de psychoéducation : les faux souvenirs existent, l’amnésie traumatique existe, sa levée soudaine aussi... Mais ces explications, quoique justes, sont insuffisantes pour sortir d’une histoire où le sujet est envahi par les cognitions négatives. C’est en retrouvant tous les petits moments de résistance qu’elle pourra retrouver le lien entre ses actions et ce qui fait sens pour elle. Cela se traduira par un rêve incroyable...
Eric Bardot nous parle de Marie, souffrant de douleurs chroniques résistantes, liées à une endométriose, secondaire à une situation d’abus à l’âge de 18 ans. Ce texte nous montre comment la TLMR (Thérapie du lien et des mondes relationnels) permet à Marie de se libérer de ses douleurs. Une expérience de transe partagée, dans laquelle la posture de non-attente active du thérapeute est essentielle, permettra le passage d’une douleur qui empêche de vivre à une vie qui intègre la douleur sans être totalement déterminée par elle. Un texte majeur à lire et relire pour comprendre le travail avec la douleur chronique liée au monde traumatique.
Gérald Brassine nous fait partager sa grande expérience de la prise en charge des abus sexuels en lien avec l’usage de stupéfiants. Il prolonge sa réflexion déjà décrite dans le n° 35 de notre Revue à travers quatre nouveaux cas cliniques bien documentés : il décrit avec précision le questionnement de la PTR (Psychothérapie du trauma réassociative) en soulignant l’importance d’aller dans le sens de la résistance comme nous l’a enseigné Milton Erickson.
Vous retrouverez aussi nos fidèles et talentueux chroniqueurs.
Très belle année 2026 à chacun de vous !
Dr Julien BETBEZE Rédacteur en chef de la revue « Hypnose & Thérapies brèves ». Pédopsychiatre et psychiatre adultes, Chargé de cours à la Faculté de médecine de Nantes et au sein des Instituts de la CFHTB. Formateur en hypnose, thérapies stratégiques, solutionnistes et narratives à l’ARePTA-IMHENA. Coauteur de nombreux ouvrages et publications.
Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80: Fev. / Mars / Avril. 2026. TRAUMATISMES.
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°80…
6 / Éditorial : L’importance d’aller dans le sens de la résistance Julien Betbèze.
8 / En couverture : Mikhaël Allouche & Ana Waalder. Le récit alternatif Interview par Sophie Cohen.
12 / Faire face à une situation réputée difficile Donner du temps au temps Jacques-Antoine Malarewicz.
20 / Le vide, l’inspiration, la vacuité. Exemples d’intervention en thérapie systémique et stratégique brève. Nathalie Koralnik.
30 / Deuil en thérapie narrative. « Bonjour Papi Georges » Stéphanie Robert.
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
40 / Introduction Gérard Ostermann.
44 / La perte en gériatrie. Miroir d’un effondrement psychique. Johanna Rabinovici.
DOSSIER TRAUMATISMES
55 / Levée d’amnésie traumatique.« Ranger sa bibliothèque lorsque les souvenirs reviennent ». Cécile Condaminas. Notes de lecture.
62 / Endométriose post-traumatique Libérer les sujets du pouvoir du monde traumatique avec la TLMR. Éric Bardot. Notes de lecture.
74 / Viols et abus sexuels avec usage de stupéfiants Traitement avec la PTR Gérald Brassine. Notes de lecture.
QUIPROQUO
84 / Difficile. S. Colombo, Muhuc.
BONJOUR ET APRÈS...
88 / Madeleine. Sa vie bouleversée après les soins d’un cancer. Sophie Cohen.
CULTURE MONDE
92 / Au Vietnam, dans la chambre des âmes. Sylvie Le Pelletier-Beaufond.
LIVRES EN BOUCHE
96 / J. Betbèze, S. Cohen.
Illustrations du numéro: Mikhael Allouche et Ana Waalder.
Nathalie Koralnik s’appuie sur sa grande expérience stratégique pour nous faire partager les différents chemins que nous pouvons emprunter pour sortir de la peur du vide psychologique. A travers les histoires de Laure (« je suis mon pire ennemi ») et de Sylvaine (« je ne supporte pas d’être seule et je répète sans cesse les mêmes erreurs de casting »), elle nous fait percevoir l’importance de guider la personne pour qu’elle cesse les com- portements d’évitement et reste en contact avec son expérience dans sa singularité.
Stéphanie Robert nous offre un bel article pour que nous percevions l’importance du « remembering » dans le travail de deuil. Après une conversation avec Charlène, qui souffre de ne pas avoir pu dire au revoir à son grand-père, artiste peintre, elle pourra se reconnecter avec ce qui était vivant chez lui et dans sa relation avec elle. Ainsi elle pourra revisiter les expériences de vie, de créativité, de partage, d’humilité, d’ouverture à l’autre, qui à la fois enrichiront sa vie et celle de sa thérapeute.
Dans l’« Espace Douleur Douceur », lisez l’excellent éditorial de Gérard Ostermann : il nous présente le travail de Johanna Rabinovici qui nous fait sentir la puissance de l’hypnose en gériatrie, non pas comme une baguette magique mais comme un outil de reconstruction existentielle.
Le « Dossier thématique » aborde la question très actuelle des traumatismes avec trois auteurs. Cécile Condaminas pose la question de la prise en charge de Joséphine, qui présente un retour de souvenirs traumatiques, jusque-là oubliés. Cette femme de 46 ans est « percutée » par le souvenir d’un viol par son ex-partenaire quatre ans auparavant. L’article met en évidence l’utilité d’une forme de psychoéducation : les faux souvenirs existent, l’amnésie traumatique existe, sa levée soudaine aussi... Mais ces explications, quoique justes, sont insuffisantes pour sortir d’une histoire où le sujet est envahi par les cognitions négatives. C’est en retrouvant tous les petits moments de résistance qu’elle pourra retrouver le lien entre ses actions et ce qui fait sens pour elle. Cela se traduira par un rêve incroyable...
Eric Bardot nous parle de Marie, souffrant de douleurs chroniques résistantes, liées à une endométriose, secondaire à une situation d’abus à l’âge de 18 ans. Ce texte nous montre comment la TLMR (Thérapie du lien et des mondes relationnels) permet à Marie de se libérer de ses douleurs. Une expérience de transe partagée, dans laquelle la posture de non-attente active du thérapeute est essentielle, permettra le passage d’une douleur qui empêche de vivre à une vie qui intègre la douleur sans être totalement déterminée par elle. Un texte majeur à lire et relire pour comprendre le travail avec la douleur chronique liée au monde traumatique.
Gérald Brassine nous fait partager sa grande expérience de la prise en charge des abus sexuels en lien avec l’usage de stupéfiants. Il prolonge sa réflexion déjà décrite dans le n° 35 de notre Revue à travers quatre nouveaux cas cliniques bien documentés : il décrit avec précision le questionnement de la PTR (Psychothérapie du trauma réassociative) en soulignant l’importance d’aller dans le sens de la résistance comme nous l’a enseigné Milton Erickson.
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Très belle année 2026 à chacun de vous !
Dr Julien BETBEZE Rédacteur en chef de la revue « Hypnose & Thérapies brèves ». Pédopsychiatre et psychiatre adultes, Chargé de cours à la Faculté de médecine de Nantes et au sein des Instituts de la CFHTB. Formateur en hypnose, thérapies stratégiques, solutionnistes et narratives à l’ARePTA-IMHENA. Coauteur de nombreux ouvrages et publications.
Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80: Fev. / Mars / Avril. 2026. TRAUMATISMES.
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°80…
6 / Éditorial : L’importance d’aller dans le sens de la résistance Julien Betbèze.
8 / En couverture : Mikhaël Allouche & Ana Waalder. Le récit alternatif Interview par Sophie Cohen.
12 / Faire face à une situation réputée difficile Donner du temps au temps Jacques-Antoine Malarewicz.
20 / Le vide, l’inspiration, la vacuité. Exemples d’intervention en thérapie systémique et stratégique brève. Nathalie Koralnik.
30 / Deuil en thérapie narrative. « Bonjour Papi Georges » Stéphanie Robert.
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
40 / Introduction Gérard Ostermann.
44 / La perte en gériatrie. Miroir d’un effondrement psychique. Johanna Rabinovici.
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55 / Levée d’amnésie traumatique.« Ranger sa bibliothèque lorsque les souvenirs reviennent ». Cécile Condaminas. Notes de lecture.
62 / Endométriose post-traumatique Libérer les sujets du pouvoir du monde traumatique avec la TLMR. Éric Bardot. Notes de lecture.
74 / Viols et abus sexuels avec usage de stupéfiants Traitement avec la PTR Gérald Brassine. Notes de lecture.
QUIPROQUO
84 / Difficile. S. Colombo, Muhuc.
BONJOUR ET APRÈS...
88 / Madeleine. Sa vie bouleversée après les soins d’un cancer. Sophie Cohen.
CULTURE MONDE
92 / Au Vietnam, dans la chambre des âmes. Sylvie Le Pelletier-Beaufond.
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Catégories: Hypnose Paris,EMDR,Thérapie Brève Paris
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Le partage de l'imaginaire pour faire émerger les ressources. Revue Hypnose et Thérapies Brèves 79.
Editorial du Dr Julien Betbeze.
Alexandru Cupaciu nous rappelle que l’hypnose ramène l’homme à la source de son action, là où l’image ne décrit plus mais transforme. L’hypnotiste est à la fois metteur en scène et témoin, guide et poète.
Anne Malraux nous présente la situation de Bruno, 53 ans, souffrant d’acrophobie et de douleurs thoraciques abdominales. Elle nous invite à sentir comment l’hypnose et l’approche narrative desserrent les nœuds de la rigidité mentale imposée par le Problème, et donnent une nouvelle capacité au sujet à s’appuyer sur les autres et de s’autoriser à se reposer.
Fabrice Lakdja et Gérard Ostermann reprennent de manière particulièrement pertinente la différence entre l’hypnose de spectacle et l’hypnose clinique. Manifestement le sens du mot hypnose diffère dans ces deux contextes. Nous comprenons que, pour préserver la crédibilité de l’hypnose thérapeutique, il est essentiel de disposer d’une information claire, basée sur la rigueur scientifique et l’expérimentation, afin de soutenir une éthique du soin.
À travers plusieurs situations cliniques, Michel Lamarlère nous fait découvrir son travail de thérapeute, centré sur le partage de l’imaginaire pour faire émerger des ressources. En provoquant une activation émotionnelle (modérée) en lien avec le problème, puis en demandant « quel est le premier souvenir qui vient ? », il fait émerger un événement source dont le retraitement va débloquer la situation dans le présent.
Sylvie Le Pelletier-Beaufond nous montre l’importance d’accueillir le patient tel qu’il est, tel qu’il se présente, surtout lorsqu’il est enfermé dans la plainte et bouscule le cadre. Elle insiste sur l’importance de mettre à l’écart toute répétition relationnelle, permise par une posture d’impersonnalité, de confiance et de sérénité.
Dans « l’Espace Douleur-Douceur », vous découvrirez les articles de Corinne Paillette (Encoprésie), Karine Ficini (Anéjaculation) et Thierry Hueber (Chirurgie dentaire) présentés par Gérard Ostermann.
Wilfrid Martineau nous transmet sa grande expérience clinique avec des jeunes femmes présentant des périodes dépressives, se sentant incapables de devenir mères et de s’occuper de leur enfant. Elles ne se sentent pas à la hauteur, se jugeant comme de mauvaises mères, imparfaites donc monstrueuses. A travers le cas de Juliette, nous découvrons comment un questionnement stratégique bien conduit peut déconstruire « défaut et culpabilité », moteurs insidieux de la dépression.
Nous retrouvons avec émotion la subtilité des thérapies menées par Alain Vallée. Il souligne avec pertinence l’importance de percevoir le « laisser tomber » comme un choix et non comme un destin qui s’impose. Il libère ainsi les sujets du pouvoir de la dépression en les reconnectant avec leur liberté et leurs valeurs relationnelles.
Si le renoncement à la liberté est le moteur de la dépression, ne renoncez pas à l’humour de Muhuc et de Stefano Colombo, découvrez comment Sophie Cohen construit un rituel de préparation au sommeil et dissout les cauchemars pour retrouver la sérénité, lisez et ressentez dans votre corps les effets du très bel article d’Adrian Chaboche sur la présence incarnée et ajustée du thérapeute qui permet au sujet de se libérer du pouvoir délétère du traumatisme, et immergez-vous dans les rituels de naissance du Gabon proposés par Sylvie Le Pelletier-Beaufond.
Bonne lecture à tous !
Dr Julien Betbèze Rédacteur en chef de la revue « Hypnose & Thérapies brèves ». Pédopsychiatre et psychiatre adultes, Chargé de cours à la Faculté de médecine de Nantes et au sein des Instituts de la CFHTB. Formateur en hypnose, thérapies stratégiques, solutionnistes et narratives à l’ARePTA-IMHENA. Coauteur de nombreux ouvrages et publications.
Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 79: Nov. / Déc. 2025 / Janv. 2026 DEPRESSION
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°79…
8 / Éditorial : Le partage de l’imaginaire pour faire émerger des ressources Julien Betbèze
10 / En couverture : Gabrielle Grimaldi Pics et dentelles d’aquarelle Sophie Cohen
12 / Hypnose et imagination créatrice Une poétique de l’action Alexandru Cupaciu.
16 / Acrophobie Externaliser pour se réassocier et retrouver le souffle Anne Malraux
26 / Hypnose de spectacle et hypnose clinique. Deux visages, deux finalités, une double vigilance éthique Fabrice Lakdja et Gérard Ostermann
32 / Quel est le premier souvenir qui vient ? Dissoudre une problématique figée en s’appuyant sur un souvenir source Michel Lamarlère
44 / Du divan au fauteuil Sortir de la répétition des schémas relationnels antérieurs Sylvie Le Pelletier-Beaufond
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
50 / Introduction Gérard Ostermann
54 / Encoprésie et Caca farceur Dessine-moi ton problème Corinne Paillette
62 / L’anéjaculation Quand la panne sex-prime Karine Ficini
73 / Boules de couleur en chirurgie dentaire « Elle courait dans sa tête » Thierry Hueber
84 / DOSSIER DÉPRESSION
86 / Défaut et faute : Les agents doubles de la dépression Wilfrid Martineau
96 / Dépression et renoncement Mouvement de bascule et choix Alain Vallée
QUIPROQUO
104 / Renoncement S. Colombo, Muhuc
BONJOUR ET APRÈS...
108 / Denise, Son sommeil abîmé et ses cauchemars Sophie Cohen
LES CHAMPS DU POSSIBLE
112 / L’écho silencieux : Quand le corps du thérapeute devient miroir du traumatisme Adrian Chaboche
CULTURE MONDE
116 / La naissance à l’envers. Restaurer les potentiels d’auto-guérison Sylvie Le Pelletier- Beaufond
LIVRES EN BOUCHE
120 / J. Betbèze, S. Cohen
124 / ESPACE FORMATIONS
Illustrations: Gabrielle Grimaldi
Alexandru Cupaciu nous rappelle que l’hypnose ramène l’homme à la source de son action, là où l’image ne décrit plus mais transforme. L’hypnotiste est à la fois metteur en scène et témoin, guide et poète.
Anne Malraux nous présente la situation de Bruno, 53 ans, souffrant d’acrophobie et de douleurs thoraciques abdominales. Elle nous invite à sentir comment l’hypnose et l’approche narrative desserrent les nœuds de la rigidité mentale imposée par le Problème, et donnent une nouvelle capacité au sujet à s’appuyer sur les autres et de s’autoriser à se reposer.
Fabrice Lakdja et Gérard Ostermann reprennent de manière particulièrement pertinente la différence entre l’hypnose de spectacle et l’hypnose clinique. Manifestement le sens du mot hypnose diffère dans ces deux contextes. Nous comprenons que, pour préserver la crédibilité de l’hypnose thérapeutique, il est essentiel de disposer d’une information claire, basée sur la rigueur scientifique et l’expérimentation, afin de soutenir une éthique du soin.
À travers plusieurs situations cliniques, Michel Lamarlère nous fait découvrir son travail de thérapeute, centré sur le partage de l’imaginaire pour faire émerger des ressources. En provoquant une activation émotionnelle (modérée) en lien avec le problème, puis en demandant « quel est le premier souvenir qui vient ? », il fait émerger un événement source dont le retraitement va débloquer la situation dans le présent.
Sylvie Le Pelletier-Beaufond nous montre l’importance d’accueillir le patient tel qu’il est, tel qu’il se présente, surtout lorsqu’il est enfermé dans la plainte et bouscule le cadre. Elle insiste sur l’importance de mettre à l’écart toute répétition relationnelle, permise par une posture d’impersonnalité, de confiance et de sérénité.
Dans « l’Espace Douleur-Douceur », vous découvrirez les articles de Corinne Paillette (Encoprésie), Karine Ficini (Anéjaculation) et Thierry Hueber (Chirurgie dentaire) présentés par Gérard Ostermann.
Wilfrid Martineau nous transmet sa grande expérience clinique avec des jeunes femmes présentant des périodes dépressives, se sentant incapables de devenir mères et de s’occuper de leur enfant. Elles ne se sentent pas à la hauteur, se jugeant comme de mauvaises mères, imparfaites donc monstrueuses. A travers le cas de Juliette, nous découvrons comment un questionnement stratégique bien conduit peut déconstruire « défaut et culpabilité », moteurs insidieux de la dépression.
Nous retrouvons avec émotion la subtilité des thérapies menées par Alain Vallée. Il souligne avec pertinence l’importance de percevoir le « laisser tomber » comme un choix et non comme un destin qui s’impose. Il libère ainsi les sujets du pouvoir de la dépression en les reconnectant avec leur liberté et leurs valeurs relationnelles.
Si le renoncement à la liberté est le moteur de la dépression, ne renoncez pas à l’humour de Muhuc et de Stefano Colombo, découvrez comment Sophie Cohen construit un rituel de préparation au sommeil et dissout les cauchemars pour retrouver la sérénité, lisez et ressentez dans votre corps les effets du très bel article d’Adrian Chaboche sur la présence incarnée et ajustée du thérapeute qui permet au sujet de se libérer du pouvoir délétère du traumatisme, et immergez-vous dans les rituels de naissance du Gabon proposés par Sylvie Le Pelletier-Beaufond.
Bonne lecture à tous !
Dr Julien Betbèze Rédacteur en chef de la revue « Hypnose & Thérapies brèves ». Pédopsychiatre et psychiatre adultes, Chargé de cours à la Faculté de médecine de Nantes et au sein des Instituts de la CFHTB. Formateur en hypnose, thérapies stratégiques, solutionnistes et narratives à l’ARePTA-IMHENA. Coauteur de nombreux ouvrages et publications.
Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 79: Nov. / Déc. 2025 / Janv. 2026 DEPRESSION
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°79…
8 / Éditorial : Le partage de l’imaginaire pour faire émerger des ressources Julien Betbèze
10 / En couverture : Gabrielle Grimaldi Pics et dentelles d’aquarelle Sophie Cohen
12 / Hypnose et imagination créatrice Une poétique de l’action Alexandru Cupaciu.
16 / Acrophobie Externaliser pour se réassocier et retrouver le souffle Anne Malraux
26 / Hypnose de spectacle et hypnose clinique. Deux visages, deux finalités, une double vigilance éthique Fabrice Lakdja et Gérard Ostermann
32 / Quel est le premier souvenir qui vient ? Dissoudre une problématique figée en s’appuyant sur un souvenir source Michel Lamarlère
44 / Du divan au fauteuil Sortir de la répétition des schémas relationnels antérieurs Sylvie Le Pelletier-Beaufond
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
50 / Introduction Gérard Ostermann
54 / Encoprésie et Caca farceur Dessine-moi ton problème Corinne Paillette
62 / L’anéjaculation Quand la panne sex-prime Karine Ficini
73 / Boules de couleur en chirurgie dentaire « Elle courait dans sa tête » Thierry Hueber
84 / DOSSIER DÉPRESSION
86 / Défaut et faute : Les agents doubles de la dépression Wilfrid Martineau
96 / Dépression et renoncement Mouvement de bascule et choix Alain Vallée
QUIPROQUO
104 / Renoncement S. Colombo, Muhuc
BONJOUR ET APRÈS...
108 / Denise, Son sommeil abîmé et ses cauchemars Sophie Cohen
LES CHAMPS DU POSSIBLE
112 / L’écho silencieux : Quand le corps du thérapeute devient miroir du traumatisme Adrian Chaboche
CULTURE MONDE
116 / La naissance à l’envers. Restaurer les potentiels d’auto-guérison Sylvie Le Pelletier- Beaufond
LIVRES EN BOUCHE
120 / J. Betbèze, S. Cohen
124 / ESPACE FORMATIONS
Illustrations: Gabrielle Grimaldi
Catégories: Hypnose Paris,EMDR,Thérapie Brève Paris
Encoprésie et Caca farceur: Dessine-moi ton problème. Revue Hypnose et Thérapies Brèves 79.
Personnification du problème, externalisation, utilisation du dessin et imaginaire partagé, c’est toute la technique adoptée ici pour traiter le « problème » d’un tout jeune patient. Et c’est ainsi que ses « petits accidents » deviennent « caca dans la culotte » et pour finir « Caca farceur ».
En tant que médecin généraliste, j’ai partagé depuis 2017 mon activité en deux parties : la première partie consiste en ma fonction de médecin généraliste que je qualifierai de « standard », et l’autre moitié de mon temps est consacrée à recevoir des patients pour des motifs de médecine générale avec une pratique d’hypnose, donc moins habituelle pour un médecin généraliste.
J’aimerais témoigner d’une prise en charge en hypnose pour le motif d’encoprésie pour un petit garçon que je nommerai Jérémy, âgé de 6 ans. C’est la première fois depuis que je suis installée que je reçois un enfant pour ce motif, même en médecine générale « standard ». J’ai davantage l’habitude du motif d’énurésie et je vais utiliser les mêmes techniques pour ce motif d’encoprésie, à savoir personnification du problème, externalisation, sur le modèle décrit par Michael White1, 2 , et également l’utilisation du dessin avec la technique des trois dessins de Joyce Mills3 , la co-construction de la solution avec un imaginaire partagé, le mien et celui du patient.
Jérémy vient avec sa maman. Comme ce sont les vacances scolaires et qu’elle est davantage disponible, elle a pris deux rendez-vous à une journée d’intervalle, le premier pour m’exposer le problème de son enfant, et le deuxième rendez-vous pour que je le vois en consultation d’hypnose.
Ci-après, le script de la première séance avec la maman et Jérémy : je mettrai (entre parenthèses) quelques repères de stratégie de questionnement de la boucle « intentionaction-effet » développée en TLMR, avec l’idée que le problème a une intention qui produit des effets par son action dans le but de déconstruire ce scénario pour le remplacer par un autre.
- Thérapeute : « Alors, dis-moi Jérémy, est-ce que tu sais pourquoi tu es ici ? C’est quoi ton problème ?
- Jérémy : Non, je ne sais pas.
- Th. : Alors, qu’est-ce qui fait que maman t’a amené ici ? C’est pour faire plaisir à qui, que tuesici?
- Jérémy : A maman... et à papa !
- Th. : D’accord. Et est-ce que tu sais ce qui ferait plaisir à maman et à papa ? En quoi papa et maman seraient contents si ton problème était résolu?
- Jérémy : Je ne sais pas...
- Th. : Jérémy, est-ce que tu es d’accord à ce que maman m’explique “c’est quoi ton problème” qui fait que maman t’amène ici ?
- Jérémy : Oui. »
La maman m’explique l’encoprésie qui existe depuis l’arrêt de la Dépakine, traitement mis en place lors d’une crise d’épilepsie à l’âge de 2 ans et demi, arrêté lorsqu’il a eu 4 ans et demi. A l’arrêt du traitement, sont apparus de grosses crises de colère et troubles du comportement et encoprésie. Après une prise en charge avec psychologue, pédopsychiatre, les crises de colère se sont amendées, par contre l’encoprésie est restée. Il est suivi par une gastropédiatre qui a expliqué qu’il n’y avait pas de raison psychologique à son trouble mais une raison organique de sphincter hypertonique qui, quand il se relâche un peu, crée ces « accidents ». C’est le nom que maman donne à son trouble, « petit accident » plus exactement. Jérémy a déjà fait de l’hypnose pour ce motif, sans résultat, mais ne sait pas me dire ce qu’il a fait. On parle longuement des répercussions sur le fonctionnement de la famille, à l’école également, et la crainte de la maman de l’entrée en CP en septembre qui s’approche et « ça ne va plus être possible ».
- Th. : « Jérémy, maman appelle ton problème “petit accident”, comment tu l’appellerais, toi ? Jérémy : Je ne sais pas.
- Th. : Tu vois Jérémy, quand maman dit “accident”, je vois deux voitures qui se rentrent edans (je mime avec mes mains). Comment tu l’appellerais toi ton problème ?
- Jérémy (après un temps de réflexion) : “Un caca dans la culotte”.
- Th. : “Un caca dans la culotte”, d’accord. Comment il s’y prend “caca dans la culotte” pour poser problème ?
- Jérémy : Je ne sais pas.
- Th. : J’ai l’impression qu’il met le bazar en tout cas dans la famille...
- Jérémy : Oui.
(Jérémy accepte ici l’hypothèse que j’émets au sujet de l’intention du problème et les effets sur la famille.)
-Th.:Et ça te fait quoi, à toi, qu’il mette le bazar “caca dans la culotte” ?
- Jérémy : Ça me rend triste (on a les effets produits sur lui).
- Th. : Ça te rend triste, OK. Tu sais, on se voit demain, est-ce que ça te dirait de me faire des dessins pour demain ?
- Jérémy : Oui.
- Th. (je sors une ordonnance pour noter la tâche thérapeutique) : Super ! Alors, le premier dessin il s’appelle “c’est quoi mon problème ?”, le deuxième dessin il s’appelle “c’est comment quand caca dans la culotte a disparu ?” (je ne lui demande pas de faire le dessin intermédiaire “comment on fait pour passer du dessin 1 au dessin 2”, car on va le faire ensemble le lendemain en co-construction), et le troisième dessin, j’aimerais que tu me dessines comment tu imagines ton corps, “comment c’est dans ton ventre avec le caca ?”. »
Le lendemain, Jérémy revient avec ses dessins.
• Le premier dessin, il est représenté d’une couleur uniforme « doré brun », ses contours et le caca qui est dans son ventre ont la même couleur, il tient dans sa main une couche avec le caca. Tout est de la même couleur, comme si tout est « un », il « est » le problème. Il est seul sur le dessin. Ses parents ne sont pas représentés.
• Le deuxième dessin, « quand caca dans la culotte a disparu », est plein de couleurs. Les parents sont à côté, ont le sourire, des cœurs à côté de chacun, il y a au-dessus de lui quelque chose avec plein de couleurs (un papillon, m’expliquera-t-il) et un arc-en-ciel. Il y a un WC bleu et du jaune dans les WC. Jérémy est représenté avec le sourire et un cœur aussi au-dessus de lui.
• Le troisième dessin : la représentation de son corps, de son ventre et du caca. Il est de la même couleur que le premier dessin, mais il tient dans sa main gauche des couverts jaunes et de l’autre côté une assiette avec des petits pois verts et du poulet. Dans son ventre, il y a du brun et un peu de vert.
Je commence par lui demander s’il a compris ce que le docteur spécialiste qui le suit a expliqué à maman au sujet de caca dans la culotte et du fonctionnement de son corps. De façon non surprenante de mon point de vue, il me dit que non. Je lui propose de lui expliquer avec un dessin de docteur, il accepte. Bien sûr, je lui demande de m’excuser parce que je dessine très mal. Après quelques explications dessinées et colorées sur ce que deviennent les aliments, par où ils passent, j’en arrive aux intestins et je mime la façon dont le caca glisse dans un toboggan, monte, descend, va à gauche, à droite, pour arriver dans une poche qui ressemble à un ballon (le même que celui qu’il a choisi tout à l’heure dans mon cabinet, et qu’il tient dans sa main, il est vert).
Nous essayons tant bien que mal de gonfler ce ballon et je fais un petit nœud au ballon...
Pour lire la suite...
Dr Corinne Paillette Médecin généraliste exerçant au Havre en libéral depuis 1995. Formée à l’hypnose et aux thérapies brèves, notamment de 2002 à 2004 à l’Institut Milton H. Erickson de Normandie, à l’hypnose et aux thérapies créatives de 2016 à 2018, ainsi qu’aux thérapies stratégiques en 2019 (Emergences), et en cours de formation Thérapies des liens et des mondes relationnels année 1 (Institut Miméthys) en 2025. Co-responsable pédagogique et formatrice au sein de l’IMHEN depuis 2018 avec Yves Halfon et Jacques Lesieur. Présidente de l’Institut Milton H. Erickson de Normandie (IMHEN) depuis juin 2020.
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Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°79…
8 / Éditorial : Le partage de l’imaginaire pour faire émerger des ressources Julien Betbèze
10 / En couverture : Gabrielle Grimaldi Pics et dentelles d’aquarelle Sophie Cohen
12 / Hypnose et imagination créatrice Une poétique de l’action Alexandru Cupaciu.
16 / Acrophobie Externaliser pour se réassocier et retrouver le souffle Anne Malraux
26 / Hypnose de spectacle et hypnose clinique. Deux visages, deux finalités, une double vigilance éthique Fabrice Lakdja et Gérard Ostermann
32 / Quel est le premier souvenir qui vient ? Dissoudre une problématique figée en s’appuyant sur un souvenir source Michel Lamarlère
44 / Du divan au fauteuil Sortir de la répétition des schémas relationnels antérieurs Sylvie Le Pelletier-Beaufond
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
50 / Introduction Gérard Ostermann
54 / Encoprésie et Caca farceur Dessine-moi ton problème Corinne Paillette
62 / L’anéjaculation Quand la panne sex-prime Karine Ficini
73 / Boules de couleur en chirurgie dentaire « Elle courait dans sa tête » Thierry Hueber
84 / DOSSIER DÉPRESSION
86 / Défaut et faute : Les agents doubles de la dépression Wilfrid Martineau
96 / Dépression et renoncement Mouvement de bascule et choix Alain Vallée
QUIPROQUO
104 / Renoncement S. Colombo, Muhuc
BONJOUR ET APRÈS...
108 / Denise, Son sommeil abîmé et ses cauchemars Sophie Cohen
LES CHAMPS DU POSSIBLE
112 / L’écho silencieux : Quand le corps du thérapeute devient miroir du traumatisme Adrian Chaboche
CULTURE MONDE
116 / La naissance à l’envers. Restaurer les potentiels d’auto-guérison Sylvie Le Pelletier- Beaufond
LIVRES EN BOUCHE
120 / J. Betbèze, S. Cohen
124 / ESPACE FORMATIONS
Illustrations: Gabrielle Grimaldi
En tant que médecin généraliste, j’ai partagé depuis 2017 mon activité en deux parties : la première partie consiste en ma fonction de médecin généraliste que je qualifierai de « standard », et l’autre moitié de mon temps est consacrée à recevoir des patients pour des motifs de médecine générale avec une pratique d’hypnose, donc moins habituelle pour un médecin généraliste.
J’aimerais témoigner d’une prise en charge en hypnose pour le motif d’encoprésie pour un petit garçon que je nommerai Jérémy, âgé de 6 ans. C’est la première fois depuis que je suis installée que je reçois un enfant pour ce motif, même en médecine générale « standard ». J’ai davantage l’habitude du motif d’énurésie et je vais utiliser les mêmes techniques pour ce motif d’encoprésie, à savoir personnification du problème, externalisation, sur le modèle décrit par Michael White1, 2 , et également l’utilisation du dessin avec la technique des trois dessins de Joyce Mills3 , la co-construction de la solution avec un imaginaire partagé, le mien et celui du patient.
Jérémy vient avec sa maman. Comme ce sont les vacances scolaires et qu’elle est davantage disponible, elle a pris deux rendez-vous à une journée d’intervalle, le premier pour m’exposer le problème de son enfant, et le deuxième rendez-vous pour que je le vois en consultation d’hypnose.
Ci-après, le script de la première séance avec la maman et Jérémy : je mettrai (entre parenthèses) quelques repères de stratégie de questionnement de la boucle « intentionaction-effet » développée en TLMR, avec l’idée que le problème a une intention qui produit des effets par son action dans le but de déconstruire ce scénario pour le remplacer par un autre.
- Thérapeute : « Alors, dis-moi Jérémy, est-ce que tu sais pourquoi tu es ici ? C’est quoi ton problème ?
- Jérémy : Non, je ne sais pas.
- Th. : Alors, qu’est-ce qui fait que maman t’a amené ici ? C’est pour faire plaisir à qui, que tuesici?
- Jérémy : A maman... et à papa !
- Th. : D’accord. Et est-ce que tu sais ce qui ferait plaisir à maman et à papa ? En quoi papa et maman seraient contents si ton problème était résolu?
- Jérémy : Je ne sais pas...
- Th. : Jérémy, est-ce que tu es d’accord à ce que maman m’explique “c’est quoi ton problème” qui fait que maman t’amène ici ?
- Jérémy : Oui. »
La maman m’explique l’encoprésie qui existe depuis l’arrêt de la Dépakine, traitement mis en place lors d’une crise d’épilepsie à l’âge de 2 ans et demi, arrêté lorsqu’il a eu 4 ans et demi. A l’arrêt du traitement, sont apparus de grosses crises de colère et troubles du comportement et encoprésie. Après une prise en charge avec psychologue, pédopsychiatre, les crises de colère se sont amendées, par contre l’encoprésie est restée. Il est suivi par une gastropédiatre qui a expliqué qu’il n’y avait pas de raison psychologique à son trouble mais une raison organique de sphincter hypertonique qui, quand il se relâche un peu, crée ces « accidents ». C’est le nom que maman donne à son trouble, « petit accident » plus exactement. Jérémy a déjà fait de l’hypnose pour ce motif, sans résultat, mais ne sait pas me dire ce qu’il a fait. On parle longuement des répercussions sur le fonctionnement de la famille, à l’école également, et la crainte de la maman de l’entrée en CP en septembre qui s’approche et « ça ne va plus être possible ».
- Th. : « Jérémy, maman appelle ton problème “petit accident”, comment tu l’appellerais, toi ? Jérémy : Je ne sais pas.
- Th. : Tu vois Jérémy, quand maman dit “accident”, je vois deux voitures qui se rentrent edans (je mime avec mes mains). Comment tu l’appellerais toi ton problème ?
- Jérémy (après un temps de réflexion) : “Un caca dans la culotte”.
- Th. : “Un caca dans la culotte”, d’accord. Comment il s’y prend “caca dans la culotte” pour poser problème ?
- Jérémy : Je ne sais pas.
- Th. : J’ai l’impression qu’il met le bazar en tout cas dans la famille...
- Jérémy : Oui.
(Jérémy accepte ici l’hypothèse que j’émets au sujet de l’intention du problème et les effets sur la famille.)
-Th.:Et ça te fait quoi, à toi, qu’il mette le bazar “caca dans la culotte” ?
- Jérémy : Ça me rend triste (on a les effets produits sur lui).
- Th. : Ça te rend triste, OK. Tu sais, on se voit demain, est-ce que ça te dirait de me faire des dessins pour demain ?
- Jérémy : Oui.
- Th. (je sors une ordonnance pour noter la tâche thérapeutique) : Super ! Alors, le premier dessin il s’appelle “c’est quoi mon problème ?”, le deuxième dessin il s’appelle “c’est comment quand caca dans la culotte a disparu ?” (je ne lui demande pas de faire le dessin intermédiaire “comment on fait pour passer du dessin 1 au dessin 2”, car on va le faire ensemble le lendemain en co-construction), et le troisième dessin, j’aimerais que tu me dessines comment tu imagines ton corps, “comment c’est dans ton ventre avec le caca ?”. »
Le lendemain, Jérémy revient avec ses dessins.
• Le premier dessin, il est représenté d’une couleur uniforme « doré brun », ses contours et le caca qui est dans son ventre ont la même couleur, il tient dans sa main une couche avec le caca. Tout est de la même couleur, comme si tout est « un », il « est » le problème. Il est seul sur le dessin. Ses parents ne sont pas représentés.
• Le deuxième dessin, « quand caca dans la culotte a disparu », est plein de couleurs. Les parents sont à côté, ont le sourire, des cœurs à côté de chacun, il y a au-dessus de lui quelque chose avec plein de couleurs (un papillon, m’expliquera-t-il) et un arc-en-ciel. Il y a un WC bleu et du jaune dans les WC. Jérémy est représenté avec le sourire et un cœur aussi au-dessus de lui.
• Le troisième dessin : la représentation de son corps, de son ventre et du caca. Il est de la même couleur que le premier dessin, mais il tient dans sa main gauche des couverts jaunes et de l’autre côté une assiette avec des petits pois verts et du poulet. Dans son ventre, il y a du brun et un peu de vert.
Je commence par lui demander s’il a compris ce que le docteur spécialiste qui le suit a expliqué à maman au sujet de caca dans la culotte et du fonctionnement de son corps. De façon non surprenante de mon point de vue, il me dit que non. Je lui propose de lui expliquer avec un dessin de docteur, il accepte. Bien sûr, je lui demande de m’excuser parce que je dessine très mal. Après quelques explications dessinées et colorées sur ce que deviennent les aliments, par où ils passent, j’en arrive aux intestins et je mime la façon dont le caca glisse dans un toboggan, monte, descend, va à gauche, à droite, pour arriver dans une poche qui ressemble à un ballon (le même que celui qu’il a choisi tout à l’heure dans mon cabinet, et qu’il tient dans sa main, il est vert).
Nous essayons tant bien que mal de gonfler ce ballon et je fais un petit nœud au ballon...
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Dr Corinne Paillette Médecin généraliste exerçant au Havre en libéral depuis 1995. Formée à l’hypnose et aux thérapies brèves, notamment de 2002 à 2004 à l’Institut Milton H. Erickson de Normandie, à l’hypnose et aux thérapies créatives de 2016 à 2018, ainsi qu’aux thérapies stratégiques en 2019 (Emergences), et en cours de formation Thérapies des liens et des mondes relationnels année 1 (Institut Miméthys) en 2025. Co-responsable pédagogique et formatrice au sein de l’IMHEN depuis 2018 avec Yves Halfon et Jacques Lesieur. Présidente de l’Institut Milton H. Erickson de Normandie (IMHEN) depuis juin 2020.
Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 79: Nov. / Déc. 2025 / Janv. 2026 DEPRESSION
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°79…
8 / Éditorial : Le partage de l’imaginaire pour faire émerger des ressources Julien Betbèze
10 / En couverture : Gabrielle Grimaldi Pics et dentelles d’aquarelle Sophie Cohen
12 / Hypnose et imagination créatrice Une poétique de l’action Alexandru Cupaciu.
16 / Acrophobie Externaliser pour se réassocier et retrouver le souffle Anne Malraux
26 / Hypnose de spectacle et hypnose clinique. Deux visages, deux finalités, une double vigilance éthique Fabrice Lakdja et Gérard Ostermann
32 / Quel est le premier souvenir qui vient ? Dissoudre une problématique figée en s’appuyant sur un souvenir source Michel Lamarlère
44 / Du divan au fauteuil Sortir de la répétition des schémas relationnels antérieurs Sylvie Le Pelletier-Beaufond
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
50 / Introduction Gérard Ostermann
54 / Encoprésie et Caca farceur Dessine-moi ton problème Corinne Paillette
62 / L’anéjaculation Quand la panne sex-prime Karine Ficini
73 / Boules de couleur en chirurgie dentaire « Elle courait dans sa tête » Thierry Hueber
84 / DOSSIER DÉPRESSION
86 / Défaut et faute : Les agents doubles de la dépression Wilfrid Martineau
96 / Dépression et renoncement Mouvement de bascule et choix Alain Vallée
QUIPROQUO
104 / Renoncement S. Colombo, Muhuc
BONJOUR ET APRÈS...
108 / Denise, Son sommeil abîmé et ses cauchemars Sophie Cohen
LES CHAMPS DU POSSIBLE
112 / L’écho silencieux : Quand le corps du thérapeute devient miroir du traumatisme Adrian Chaboche
CULTURE MONDE
116 / La naissance à l’envers. Restaurer les potentiels d’auto-guérison Sylvie Le Pelletier- Beaufond
LIVRES EN BOUCHE
120 / J. Betbèze, S. Cohen
124 / ESPACE FORMATIONS
Illustrations: Gabrielle Grimaldi
La naissance à l'envers. Revue Hypnose et Thérapies Brèves 79.
RESTAURER LES POTENTIELS D’AUTO-GUÉRISON
L’initiation Bwiti, au Gabon, offre au récipiendaire un voyage qui le conduit de l’autre côté du miroir, dans le domaine de la mort et des entités de l’Invisible. Le chercheur y chemine pendant plusieurs jours et nuits, accompagné de chants, musiques et danses rituéliques, effectués par les initiés, les sages et le maître initiateur (nima) qui l’accompagnent. C’est au cours de ce voyage que l’impétrant, au son de la harpe sacrée (ngombi) ou de l’arc sacré (obaka), porté par l’effet de la manducation de copeaux de la racine du « bois sacré », l’iboga, va rencontrer son double spirituel, revoir son passé, considérer son présent et découvrir son futur.
Celui qui fait cette démarche, poussé par quelque mal-être dans sa vie, va ainsi recontacter et reprendre la place qui est la sienne dans son environnement, dans son univers, la place qu’il avait choisie dans l’autre monde et dont il s’était éloigné par les circonstances de son existence. Les transes et les visions provoquées par l’ingestion massive des essences du « bois sacré » le guident dans ce parcours tandis que le maître initiateur traduit les visions qu’il rapporte de ses voyages, afin de l’aider à comprendre ce qu’il a perçu tout au long de cette expérience. C’est à la suite de cette épreuve, car il s’agit bien d’une épreuve tant physique que psychique, une expérience proche de la mort rapportet-on, que le nouvel initié (bandzi), fort de ce qu’il a découvert, compris, saisi, vécu dans son corps et son âme, peut choisir en toute responsabilité et en harmonie avec le monde et les hommes, la direction qu’il veut donner à sa vie, renouer avec la mission qui était la sienne et dont il s’était détourné. L’épreuve du Bwiti conduit à une réunification de l’être.
C’est une « naissance à l’envers » qui se déroule ainsi tout au long de ce rituel, pour celui qui est pris en charge. En effet, il est question de faire faire le chemin à reculons de la vie, jusqu’à la naissance, et de retourner à l’origine, avant l’arrivée dans le monde terrestre, là où, dans la philosophie bwitie, tout est encore en devenir mais déjà décidé par l’âme, son « double », en particulier la position et le rôle de chacun dans le monde des humains. Dans cette cosmologie, ce qui est frappant est la présence d’une dualité de toutes choses, dualité qui se manifeste, chez l’être humain, par l’existence d’un double « spirituel », celui qui sait, depuis l’origine. Ce double spirituel est en lien avec l’homme, mais parfois à une telle distance de son corps qu’il n’engendre plus son effet régulateur de guide, de conseiller.
L’initiation, par une démultiplication des perceptions dues au rituel, à l’environnement sonore ou humain et à l’ingestion d’extraits de racine de l’iboga, permet de retrouver et recontacter ce double, les expériences visionnaires en sont les véhicules et les témoins. Si ce double appartient au monde de l’invisible, il est pourtant logé dans la profondeur de chaque être. La dualité devient unicité dans l’expérience visionnaire.
Avant toute initiation, le nima procède à une « consultation », il s’agit de s’assurer des motivations sincères de celui qui est en demande, de déceler en lui les obstacles éventuels qui pourraient apparaître lors de cette initiation, mais aussi de consulter les entités invisibles afin de s’assurer de la possible effectuation de ce rituel. Le récipiendaire doit alors se purifier, se laver de toute impureté, qu’elle soit d’ordre moral (dire ses fautes et ses erreurs) ou d’ordre physique (se purifier et purger son estomac par l’ingestion de plantes spécifiques) afin d’accueillir la racine de « bois sacré », ce « véhicule » qui conduit au monde de la mort. A l’aurore, suivent alors les bains purificateurs dans la rivière sacrée de la Forêt, car il s’agit de revenir au cœur des forces de la Forêt.
Chacun reçoit ce qui lui sera utile pour ces jours et nuits de voyage, plantes purificatrices et autre matériel. Le néophyte est habillé de blanc, couleur du monde de la mort, son visage et son corps recouverts d’une substance de cette même couleur, tandis que des taches – ou un trait – de couleur rouge, couleur sang, couleur de vie, ponctuent le maquillage de son visage, ce qui lui permettra de retrouver le chemin du monde terrestre. Une plume de perroquet, rouge, peut orner son front. Le maître initiateur porte des vêtements et un maquillage où domine ce rouge. Au coucher du soleil, dans le temple dit « corps de garde », un bâtiment rectangulaire symbolisant l’être humain, débute alors le rituel proprement dit, autour d’un poteau central sculpté de motifs anthropomorphiques. Un arbuste est planté à l’extérieur, marquant la frontière entre le monde des vivants et celui de l’Invisible. L’écorce du « bois sacré », amère, est donnée régulièrement au néophyte, en quantité importante. Danses, chants, transes, musiques se succèdent et plongent l’impétrant tout comme les participants dans une atmosphère à nulle autre pareille.
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Dr Sylvie Le Pelletier-Beaufond Médecin-psychothérapeute depuis 1991, hypnothérapeute, thérapeute systémique de famille et de couple, à Paris en libéral. Formatrice, elle reçoit des professionnels en supervision. Formée à l’Institut Milton Erickson de Paris et par Mony Elkaïm, sa pratique clinique s’inspire de la pensée de François Roustang. Membre de la Société française de Thérapie familiale. Anthropologue des religions et diplômée de l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco).
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Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°79…
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10 / En couverture : Gabrielle Grimaldi Pics et dentelles d’aquarelle Sophie Cohen
12 / Hypnose et imagination créatrice Une poétique de l’action Alexandru Cupaciu.
16 / Acrophobie Externaliser pour se réassocier et retrouver le souffle Anne Malraux
26 / Hypnose de spectacle et hypnose clinique. Deux visages, deux finalités, une double vigilance éthique Fabrice Lakdja et Gérard Ostermann
32 / Quel est le premier souvenir qui vient ? Dissoudre une problématique figée en s’appuyant sur un souvenir source Michel Lamarlère
44 / Du divan au fauteuil Sortir de la répétition des schémas relationnels antérieurs Sylvie Le Pelletier-Beaufond
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
50 / Introduction Gérard Ostermann
54 / Encoprésie et Caca farceur Dessine-moi ton problème Corinne Paillette
62 / L’anéjaculation Quand la panne sex-prime Karine Ficini
73 / Boules de couleur en chirurgie dentaire « Elle courait dans sa tête » Thierry Hueber
84 / DOSSIER DÉPRESSION
86 / Défaut et faute : Les agents doubles de la dépression Wilfrid Martineau
96 / Dépression et renoncement Mouvement de bascule et choix Alain Vallée
QUIPROQUO
104 / Renoncement S. Colombo, Muhuc
BONJOUR ET APRÈS...
108 / Denise, Son sommeil abîmé et ses cauchemars Sophie Cohen
LES CHAMPS DU POSSIBLE
112 / L’écho silencieux : Quand le corps du thérapeute devient miroir du traumatisme Adrian Chaboche
CULTURE MONDE
116 / La naissance à l’envers. Restaurer les potentiels d’auto-guérison Sylvie Le Pelletier- Beaufond
LIVRES EN BOUCHE
120 / J. Betbèze, S. Cohen
124 / ESPACE FORMATIONS
Illustrations: Gabrielle Grimaldi
L’initiation Bwiti, au Gabon, offre au récipiendaire un voyage qui le conduit de l’autre côté du miroir, dans le domaine de la mort et des entités de l’Invisible. Le chercheur y chemine pendant plusieurs jours et nuits, accompagné de chants, musiques et danses rituéliques, effectués par les initiés, les sages et le maître initiateur (nima) qui l’accompagnent. C’est au cours de ce voyage que l’impétrant, au son de la harpe sacrée (ngombi) ou de l’arc sacré (obaka), porté par l’effet de la manducation de copeaux de la racine du « bois sacré », l’iboga, va rencontrer son double spirituel, revoir son passé, considérer son présent et découvrir son futur.
Celui qui fait cette démarche, poussé par quelque mal-être dans sa vie, va ainsi recontacter et reprendre la place qui est la sienne dans son environnement, dans son univers, la place qu’il avait choisie dans l’autre monde et dont il s’était éloigné par les circonstances de son existence. Les transes et les visions provoquées par l’ingestion massive des essences du « bois sacré » le guident dans ce parcours tandis que le maître initiateur traduit les visions qu’il rapporte de ses voyages, afin de l’aider à comprendre ce qu’il a perçu tout au long de cette expérience. C’est à la suite de cette épreuve, car il s’agit bien d’une épreuve tant physique que psychique, une expérience proche de la mort rapportet-on, que le nouvel initié (bandzi), fort de ce qu’il a découvert, compris, saisi, vécu dans son corps et son âme, peut choisir en toute responsabilité et en harmonie avec le monde et les hommes, la direction qu’il veut donner à sa vie, renouer avec la mission qui était la sienne et dont il s’était détourné. L’épreuve du Bwiti conduit à une réunification de l’être.
C’est une « naissance à l’envers » qui se déroule ainsi tout au long de ce rituel, pour celui qui est pris en charge. En effet, il est question de faire faire le chemin à reculons de la vie, jusqu’à la naissance, et de retourner à l’origine, avant l’arrivée dans le monde terrestre, là où, dans la philosophie bwitie, tout est encore en devenir mais déjà décidé par l’âme, son « double », en particulier la position et le rôle de chacun dans le monde des humains. Dans cette cosmologie, ce qui est frappant est la présence d’une dualité de toutes choses, dualité qui se manifeste, chez l’être humain, par l’existence d’un double « spirituel », celui qui sait, depuis l’origine. Ce double spirituel est en lien avec l’homme, mais parfois à une telle distance de son corps qu’il n’engendre plus son effet régulateur de guide, de conseiller.
L’initiation, par une démultiplication des perceptions dues au rituel, à l’environnement sonore ou humain et à l’ingestion d’extraits de racine de l’iboga, permet de retrouver et recontacter ce double, les expériences visionnaires en sont les véhicules et les témoins. Si ce double appartient au monde de l’invisible, il est pourtant logé dans la profondeur de chaque être. La dualité devient unicité dans l’expérience visionnaire.
Avant toute initiation, le nima procède à une « consultation », il s’agit de s’assurer des motivations sincères de celui qui est en demande, de déceler en lui les obstacles éventuels qui pourraient apparaître lors de cette initiation, mais aussi de consulter les entités invisibles afin de s’assurer de la possible effectuation de ce rituel. Le récipiendaire doit alors se purifier, se laver de toute impureté, qu’elle soit d’ordre moral (dire ses fautes et ses erreurs) ou d’ordre physique (se purifier et purger son estomac par l’ingestion de plantes spécifiques) afin d’accueillir la racine de « bois sacré », ce « véhicule » qui conduit au monde de la mort. A l’aurore, suivent alors les bains purificateurs dans la rivière sacrée de la Forêt, car il s’agit de revenir au cœur des forces de la Forêt.
Chacun reçoit ce qui lui sera utile pour ces jours et nuits de voyage, plantes purificatrices et autre matériel. Le néophyte est habillé de blanc, couleur du monde de la mort, son visage et son corps recouverts d’une substance de cette même couleur, tandis que des taches – ou un trait – de couleur rouge, couleur sang, couleur de vie, ponctuent le maquillage de son visage, ce qui lui permettra de retrouver le chemin du monde terrestre. Une plume de perroquet, rouge, peut orner son front. Le maître initiateur porte des vêtements et un maquillage où domine ce rouge. Au coucher du soleil, dans le temple dit « corps de garde », un bâtiment rectangulaire symbolisant l’être humain, débute alors le rituel proprement dit, autour d’un poteau central sculpté de motifs anthropomorphiques. Un arbuste est planté à l’extérieur, marquant la frontière entre le monde des vivants et celui de l’Invisible. L’écorce du « bois sacré », amère, est donnée régulièrement au néophyte, en quantité importante. Danses, chants, transes, musiques se succèdent et plongent l’impétrant tout comme les participants dans une atmosphère à nulle autre pareille.
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Dr Sylvie Le Pelletier-Beaufond Médecin-psychothérapeute depuis 1991, hypnothérapeute, thérapeute systémique de famille et de couple, à Paris en libéral. Formatrice, elle reçoit des professionnels en supervision. Formée à l’Institut Milton Erickson de Paris et par Mony Elkaïm, sa pratique clinique s’inspire de la pensée de François Roustang. Membre de la Société française de Thérapie familiale. Anthropologue des religions et diplômée de l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco).
Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 79: Nov. / Déc. 2025 / Janv. 2026 DEPRESSION
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°79…
8 / Éditorial : Le partage de l’imaginaire pour faire émerger des ressources Julien Betbèze
10 / En couverture : Gabrielle Grimaldi Pics et dentelles d’aquarelle Sophie Cohen
12 / Hypnose et imagination créatrice Une poétique de l’action Alexandru Cupaciu.
16 / Acrophobie Externaliser pour se réassocier et retrouver le souffle Anne Malraux
26 / Hypnose de spectacle et hypnose clinique. Deux visages, deux finalités, une double vigilance éthique Fabrice Lakdja et Gérard Ostermann
32 / Quel est le premier souvenir qui vient ? Dissoudre une problématique figée en s’appuyant sur un souvenir source Michel Lamarlère
44 / Du divan au fauteuil Sortir de la répétition des schémas relationnels antérieurs Sylvie Le Pelletier-Beaufond
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
50 / Introduction Gérard Ostermann
54 / Encoprésie et Caca farceur Dessine-moi ton problème Corinne Paillette
62 / L’anéjaculation Quand la panne sex-prime Karine Ficini
73 / Boules de couleur en chirurgie dentaire « Elle courait dans sa tête » Thierry Hueber
84 / DOSSIER DÉPRESSION
86 / Défaut et faute : Les agents doubles de la dépression Wilfrid Martineau
96 / Dépression et renoncement Mouvement de bascule et choix Alain Vallée
QUIPROQUO
104 / Renoncement S. Colombo, Muhuc
BONJOUR ET APRÈS...
108 / Denise, Son sommeil abîmé et ses cauchemars Sophie Cohen
LES CHAMPS DU POSSIBLE
112 / L’écho silencieux : Quand le corps du thérapeute devient miroir du traumatisme Adrian Chaboche
CULTURE MONDE
116 / La naissance à l’envers. Restaurer les potentiels d’auto-guérison Sylvie Le Pelletier- Beaufond
LIVRES EN BOUCHE
120 / J. Betbèze, S. Cohen
124 / ESPACE FORMATIONS
Illustrations: Gabrielle Grimaldi
Le Livre Blanc des Formations EMDR en France.
Bravo pour cette expiration sur les formations emdr !
Quel est le premier souvenir qui vient ? Revue Hypnose et Thérapies Brèves 79.
Dissoudre une problématique figée en s'appuyant sur un souvenir source.
Quel est le premier souvenir qui vient ? En TLMR, cette question permet de « suivre les patients là où ils nous conduisent ». Sorte de « voie rapide » pour les accompagner vers les ressources capables d’éteindre leur « problème ». Illustration à travers sept cas cliniques...
Au long de notre vie, notre équilibre psychologique se construit à partir d’expériences heureuses ou malheureuses, sécures ou traumatiques, étayées ou négligées, sur notre sentiment d’être soutenu ou abandonné. Nos événements de vie, par leur saillance ou par leur répétition, par le sens que nous leur donnons, vont installer de la confiance ou des fêlures, une liberté d’être ou un enfermement, des ressources ou une hypervigilance. Les vulnérabilités qui amènent les personnes en thérapie résultent du déséquilibre entre l’intensité vécue d’une blessure et la qualité des réponses que l’on a pu ou non y apporter et de la protection ou de l’isolement que l’on a ressenti.
Mais si la responsabilité d’un événement ou d’un contexte traumatique est parfois évidente, il est bien souvent difficile de remonter à la source de la problématique. L’enjeu pour le thérapeute est alors d’accompagner son patient à identifier un ou des événements de vie qui ont contribué à son installation, pour cela nous utilisons le questionnement. Voici un artifice de questionnement qui m’aide à accéder à ces événements de vie signifiants. Il sera illustré par diverses situations cliniques, dont certaines réservent la surprise de conduire non à un traumatisme mais à un souvenir ressource.
Fadela et son problème de figement
- Fadela a 55 ans, elle passe bientôt l’oral d’un concours auquel elle accorde beaucoup d’importance autant pour sa carrière que pour sa propre estime. L’an dernier elle a échoué alors qu’elle était très bien placée à l’écrit : face aux examinateurs elle s’est sentie vide de toute pensée, de toute réaction, comme absente. Je lui propose de mettre en scène cette expérience, dont elle anticipe qu’elle va se reproduire à l’identique dans trois semaines. Comme chaque fois qu’elle est face à des personnes en posture d’autorité.
- Thérapeute : « Je vais vous proposer une drôle de chose. Ma main est ici, tournée vers vous. Je vais vous demander de regarder cette main et d’imaginer que c’est un écran...
Ses yeux fixent déjà la main.
- Th. : ... et je voudrais que vienne sur cet écran une image qui représente la situation que vous avez vécue il y a un an lors de cet oral. Qu’estce qui vient ?
- Fadela : Ils sont trois, assis là et moi en face, ils me regardent. Et moi je n’arrive pas à parler ni à penser... », dit-elle tandis que ses mains dessinent la scène.
Dès que l’image lui est venue, avant même de la décrire, une boule d’angoisse envahit mon ventre. Et paradoxalement Fadela me dit se sentir plutôt calme. Cette discordance entre ce qu’elle décrit comme une expérience difficile et son absence de réaction indique qu’elle
s’est dissociée là, sur sa chaise, comme elle l’avait sans doute fait lors de son oral, quand elle s’est sentie vide de toute pensée. J’externalise la boule d’angoisse de mon ventre et de ma gorge (mes mains font le mouvement de les sortir de mon corps) et Fadela retrouve l’accès à ses émotions. Elle décrit une angoisse qui envahit toute sa poitrine.
Il est vraisemblable que le problème de figement dont elle a fait l’expérience lors de son oral est la résurgence de vécus bien antérieurs, d’autant qu’elle dit avoir toujours manqué d’assurance face à ses supérieurs hiérarchiques ou à des personnalités affirmées. Plutôt que de lui demander d’externaliser elle aussi ce qu’elle ressent dans son corps, je choisis de m’appuyer sur son envahissement pour accéder à un événement ou un contexte de vie à l’origine de ces figements.
- Th. : « Je vais vous demander une drôle de chose. Quand il y a cette scène de votre examen, et que vous portez votre attention sur cette angoisse dans votre poitrine, observez : quel est le premier sou-venir qui émerge, là maintenant ? Et dites-moi d’abord de quelle époque de votre vie va venir le sou-venir dont nous avons besoin et qui n’est pas encore là. Le tout premier âge qui vous vient, même si vous ne voyez pas du tout le rapport.
Aussitôt je demande à ses yeux de suivre le mouvement de mes doigts (MO pour mouvements oculaires) afin de déconnecter ses réflexions.
- Fadela : Neuf ans... Et elle me relate qu’elle a été violée à cet âge. Elle ne s’attarde pas sur l’événement lui-même, qui ne paraît pas la préoccuper. Par contre elle est visiblement très envahie en évoquant les conséquences : lorsqu’elle s’est plainte à sa mère de ce qu’elle avait subi, celle-ci lui a reproché d’être impure et de déshonorer la famille. Tout son entourage a su et elle a été méprisée des membres de sa famille autant que des voisins.
- Fadela : Dans le village, en Algérie, les gens détournaient le regard, comme si je n’existais pas... Et à la maison on me parlait à peine. »
Après que nous ayons désactivé les effets de ce traumatisme qui avait profondément marqué son enfance, elle s’est montrée confiante et a jugé qu’elle n’avait pas besoin d’un second rendez-vous. Quelques semaines plus tard, elle m’apprenait son assurance face aux examinateurs et l’heureuse issue de son concours.
L’activation du processus de remémoration est facilitée par une crise émotionnelle. Visualiser la scène de son oral induit cet état chez Fadela, et grâce au confusionnement et aux mouvements oculaires, le souvenir émerge de lui-même, plutôt que d’être recherché et choisi en fonction de son adéquation à sa plainte ou aux attentes qu’elle prête au thérapeute. Je précise volontiers, entre deux séquences de MO : « Le tout premier souvenir qui émerge, même si vous ne savez
vraiment pas pourquoi c’est celui-là qui vient, même si vous ne voyez pas de lien. »
Une situation fréquente est que le premier souvenir énoncé ne soit pas encore l’originel, mais une ma-nifestation plus ancienne du problème. La personne veut apporter une « bonne réponse », pas la première qui lui traverse l’esprit, elle s’applique à ce que ce soit cohérent !
Anne sidérée quand cette tape sur l’épaule annonce son licenciement
Anne a 61 ans, elle est venue panser diverses plaies au cours des années passées. Elle vient d’apprendre son licenciement économique. Malgré le plan social en cours, elle croyait, étant la seule administrative de son département, que son emploi ne serait pas menacé pour le moment et qu’elle pourrait continuer ainsi jusqu’à sa retraite. Aussi s’est-elle sentie sidérée quand la DRH a tapoté son épaule pour la conduire avec quelques collègues dans la pièce où elle a annoncé les licenciements. La seule réaction qu’elle a pu avoir a été de prendre sa voiture et de fuir, hagarde, manquant de provoquer un accident sur le parking.
Cette tape sur l’épaule condense l’événement et je lui demande de faire venir ce geste sur l’écran. Aus-sitôt elle est envahie par une grande émotion. Son intensité autant que la sidération qu’elle avait décrite paraissent excessives pour un événement qu’elle avait déjà anticipé, à plus ou moins long terme.
- Th. : « Je voudrais vous demander quelque chose d’inhabituel, vous êtes d’accord ? Je voudrais que vos yeux se ferment un instant pour que vienne la réponse à une drôle de question. Très bien, j’ai besoin que vienne un souvenir et je me demande de quel âge de votre vie va venir ce souvenir qui n’est pas encore là.
- Anne : Mmm... 20 ans.
- Th. : Très bien, ici devant nous il y a Anne, elle a 20 ans. Qu’est-ce qu’elle est en train de vivre là tandis qu’elle a 20 ans ?
- Anne : C’est quand mon ami de l’époque m’a quittée pour une autre femme...
De nouveau elle est saisie d’une intense émotion. Cet événement paraît être une répétition de la trahison qu’elle vit aujourd’hui de la part de sa DRH.
- Th. : Très bien, tandis que vous ressentez cette émotion, vos yeux peuvent se fermer de nouveau et je voudrais que vienne un autre souvenir, et de la même façon je me demande de quel âge va venir ce souvenir qui n’est pas encore là... Le tout premier âge qui se présente à votre esprit.
- Anne : C’est quand je suis née, dit-elle après un moment. Et elle me décrit son père, dépité que son premier enfant ne soit pas un garçon, partant à la chasse en laissant seule sa mère qui se lamente et pleure...
La représentation qu’elle s’est construite de sa venue au monde, si elle n’a pas valeur de vérité, a des effets bien réels qui la font éclater en sanglots. Après traitement de cette scène, nous revenons à sa situation professionnelle : elle se voit affronter avec assurance sa DRH et la directrice pour leur dire ce qu’elle pense de leur lâcheté.
Nadine et sa famille qui la « dézingue »
Lors de notre troisième rencontre, Nadine, 50 ans, déclare : « Je vais beaucoup mieux dans l’ensemble. Par contre, une fois de plus, dès que je vois ma famille elle me dézingue. C’est comme ça depuis que je suis toute petite. »
Elle me relate comment elle est injustement accusée par sa sœur d’être responsable de la violente colère de son neveu de 16 ans, au cours d’un repas de famille. Je demande à Nadine de laisser venir sur l’écran une image qui représente cet événement qui la « dézingue ». Elle me décrit l’attitude agressive et le regard noir de sa sœur. Face à cette image, je la vois se tasser sur sa chaise et se tasser plus en-core quand ma main-écran s’approche.
- Th. : « Voilà, tandis qu’il y a cette image sur l’écran et que vous vous sentez mal à l’aise dans votre corps, quel est le premier souvenir qui vient, là maintenant, dans cet espace entre nous ? Le tout premier souvenir qui vient, peut-être d’une époque lointaine de votre vie ? (MO).
Nadine est collégienne, elle fait ses devoirs à la table de la cuisine. Sa petite sœur joue derrière elle, à tirailler ses cheveux jusqu’à, une fois de plus, la mettre à bout. Excédée, elle se lève et la poursuit autour de la table, un couteau à la main. Son père survient et, sans chercher l’origine de la dispute, il administre une correction mémorable à Nadine.
QUEL EST LE PREMIER SOUVENIR QUI VIENT ?
Cette scène paraît plutôt illustrer les interactions dans le système familial qu’être la raison pour laquelle elle ne s’y sent pas à sa place. Je demande à Nadine de mettre cette nouvelle scène sur l’écran et ma main la pousse vers elle.
- Th. : Observez, de nouveau, le premier souvenir qui vient, là maintenant, devant nous (MO).
L’envahissement devient beaucoup plus intense, son corps se tasse encore sur la chaise.
- Nadine : Ma mère, me reprochant qu’à cause de moi elle a été obligée de se marier avec mon père... Chaque dispute du couple était une occasion de lui rappeler que « par sa faute », elle avait gâché sa vie... Cette fois le registre est différent, cet événement de vie n’est pas une manifestation de plus de la place de Nadine dans sa famille mais peut bien être le grief originel.
Raymond miné, figé et sans réaction
Raymond, 70 ans, vient à la demande de sa compagne Inès, agacée par sa jalousie. Il a été marié pendant vingt-cinq ans à une femme très volage dont il a fini par divorcer. Après des années de célibat, il a depuis deux ans une liaison avec Inès. Il se trouve qu’à plusieurs reprises, celle-ci a eu ouvertement, devant lui, des comportements de séduction envers des hommes : échanges verbaux ambigus, poses, mouvements suggestifs... Raymond en est miné mais il ne parvient pas à réagir, il voudrait fuir mais ne parvient pas à le faire. Après une séquence d’acceptations...
- Th. : ... Et je vais vous demander de regarder cette main, devant vous, comme si c’était un écran. Et je voudrais que vienne sur cet écran l’une des scènes que vous m’avez décrites, la première qui vient. Très bien (MO). Comment ça réagit dans le corps ?
Raymond est manifestement très rigide, peu ouvert aux sensations de son corps. Sa respiration est un peu hachée et il a quelques signes d’agitation sur sa chaise.
- Th. : Très bien, tandis qu’il y a cette scène et tandis que votre corps ressent ce qu’il ressent, observez le premier souvenir qui vient, là maintenant dans cet espace devant nous. Je ne sais pas de quel moment de votre vie il va émerger. Malgré plusieurs séquences de MO soutenus, rien ne vient.
- Th. : Je vais encore vous demander une drôle de chose. Quel est l’âge de Raymond dans ce souvenir qui va venir et qui n’est pas encore là ? Après une courte hésitation vient...
Raymond : ... 34 ans...
- Th. : Très bien, 34 ans. Observez le souvenir qui vient, là maintenant, quand Raymond a 34 ans... (MO de nouveau).
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Dr Michel Lamarlère Médecin généraliste. Formation à l’hypnose, à l’HTSMA - TLMR (Hypnose, thérapie stratégique, mouvements alternatifs, devenu Thérapie du lien et des mondes relationnels), et à la thérapie narrative. Formateur en TLMR et en hypnose médicale à l’Institut Mimethys.
Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 79: Nov. / Déc. 2025 / Janv. 2026 DEPRESSION
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°79…
8 / Éditorial : Le partage de l’imaginaire pour faire émerger des ressources Julien Betbèze
10 / En couverture : Gabrielle Grimaldi Pics et dentelles d’aquarelle Sophie Cohen
12 / Hypnose et imagination créatrice Une poétique de l’action Alexandru Cupaciu.
16 / Acrophobie Externaliser pour se réassocier et retrouver le souffle Anne Malraux
26 / Hypnose de spectacle et hypnose clinique. Deux visages, deux finalités, une double vigilance éthique Fabrice Lakdja et Gérard Ostermann
32 / Quel est le premier souvenir qui vient ? Dissoudre une problématique figée en s’appuyant sur un souvenir source Michel Lamarlère
44 / Du divan au fauteuil Sortir de la répétition des schémas relationnels antérieurs Sylvie Le Pelletier-Beaufond
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
50 / Introduction Gérard Ostermann
54 / Encoprésie et Caca farceur Dessine-moi ton problème Corinne Paillette
62 / L’anéjaculation Quand la panne sex-prime Karine Ficini
73 / Boules de couleur en chirurgie dentaire « Elle courait dans sa tête » Thierry Hueber
84 / DOSSIER DÉPRESSION
86 / Défaut et faute : Les agents doubles de la dépression Wilfrid Martineau
96 / Dépression et renoncement Mouvement de bascule et choix Alain Vallée
QUIPROQUO
104 / Renoncement S. Colombo, Muhuc
BONJOUR ET APRÈS...
108 / Denise, Son sommeil abîmé et ses cauchemars Sophie Cohen
LES CHAMPS DU POSSIBLE
112 / L’écho silencieux : Quand le corps du thérapeute devient miroir du traumatisme Adrian Chaboche
CULTURE MONDE
116 / La naissance à l’envers. Restaurer les potentiels d’auto-guérison Sylvie Le Pelletier- Beaufond
LIVRES EN BOUCHE
120 / J. Betbèze, S. Cohen
124 / ESPACE FORMATIONS
Illustrations: Gabrielle Grimaldi
Au long de notre vie, notre équilibre psychologique se construit à partir d’expériences heureuses ou malheureuses, sécures ou traumatiques, étayées ou négligées, sur notre sentiment d’être soutenu ou abandonné. Nos événements de vie, par leur saillance ou par leur répétition, par le sens que nous leur donnons, vont installer de la confiance ou des fêlures, une liberté d’être ou un enfermement, des ressources ou une hypervigilance. Les vulnérabilités qui amènent les personnes en thérapie résultent du déséquilibre entre l’intensité vécue d’une blessure et la qualité des réponses que l’on a pu ou non y apporter et de la protection ou de l’isolement que l’on a ressenti.
Mais si la responsabilité d’un événement ou d’un contexte traumatique est parfois évidente, il est bien souvent difficile de remonter à la source de la problématique. L’enjeu pour le thérapeute est alors d’accompagner son patient à identifier un ou des événements de vie qui ont contribué à son installation, pour cela nous utilisons le questionnement. Voici un artifice de questionnement qui m’aide à accéder à ces événements de vie signifiants. Il sera illustré par diverses situations cliniques, dont certaines réservent la surprise de conduire non à un traumatisme mais à un souvenir ressource.
Fadela et son problème de figement
- Fadela a 55 ans, elle passe bientôt l’oral d’un concours auquel elle accorde beaucoup d’importance autant pour sa carrière que pour sa propre estime. L’an dernier elle a échoué alors qu’elle était très bien placée à l’écrit : face aux examinateurs elle s’est sentie vide de toute pensée, de toute réaction, comme absente. Je lui propose de mettre en scène cette expérience, dont elle anticipe qu’elle va se reproduire à l’identique dans trois semaines. Comme chaque fois qu’elle est face à des personnes en posture d’autorité.
- Thérapeute : « Je vais vous proposer une drôle de chose. Ma main est ici, tournée vers vous. Je vais vous demander de regarder cette main et d’imaginer que c’est un écran...
Ses yeux fixent déjà la main.
- Th. : ... et je voudrais que vienne sur cet écran une image qui représente la situation que vous avez vécue il y a un an lors de cet oral. Qu’estce qui vient ?
- Fadela : Ils sont trois, assis là et moi en face, ils me regardent. Et moi je n’arrive pas à parler ni à penser... », dit-elle tandis que ses mains dessinent la scène.
Dès que l’image lui est venue, avant même de la décrire, une boule d’angoisse envahit mon ventre. Et paradoxalement Fadela me dit se sentir plutôt calme. Cette discordance entre ce qu’elle décrit comme une expérience difficile et son absence de réaction indique qu’elle
s’est dissociée là, sur sa chaise, comme elle l’avait sans doute fait lors de son oral, quand elle s’est sentie vide de toute pensée. J’externalise la boule d’angoisse de mon ventre et de ma gorge (mes mains font le mouvement de les sortir de mon corps) et Fadela retrouve l’accès à ses émotions. Elle décrit une angoisse qui envahit toute sa poitrine.
Il est vraisemblable que le problème de figement dont elle a fait l’expérience lors de son oral est la résurgence de vécus bien antérieurs, d’autant qu’elle dit avoir toujours manqué d’assurance face à ses supérieurs hiérarchiques ou à des personnalités affirmées. Plutôt que de lui demander d’externaliser elle aussi ce qu’elle ressent dans son corps, je choisis de m’appuyer sur son envahissement pour accéder à un événement ou un contexte de vie à l’origine de ces figements.
- Th. : « Je vais vous demander une drôle de chose. Quand il y a cette scène de votre examen, et que vous portez votre attention sur cette angoisse dans votre poitrine, observez : quel est le premier sou-venir qui émerge, là maintenant ? Et dites-moi d’abord de quelle époque de votre vie va venir le sou-venir dont nous avons besoin et qui n’est pas encore là. Le tout premier âge qui vous vient, même si vous ne voyez pas du tout le rapport.
Aussitôt je demande à ses yeux de suivre le mouvement de mes doigts (MO pour mouvements oculaires) afin de déconnecter ses réflexions.
- Fadela : Neuf ans... Et elle me relate qu’elle a été violée à cet âge. Elle ne s’attarde pas sur l’événement lui-même, qui ne paraît pas la préoccuper. Par contre elle est visiblement très envahie en évoquant les conséquences : lorsqu’elle s’est plainte à sa mère de ce qu’elle avait subi, celle-ci lui a reproché d’être impure et de déshonorer la famille. Tout son entourage a su et elle a été méprisée des membres de sa famille autant que des voisins.
- Fadela : Dans le village, en Algérie, les gens détournaient le regard, comme si je n’existais pas... Et à la maison on me parlait à peine. »
Après que nous ayons désactivé les effets de ce traumatisme qui avait profondément marqué son enfance, elle s’est montrée confiante et a jugé qu’elle n’avait pas besoin d’un second rendez-vous. Quelques semaines plus tard, elle m’apprenait son assurance face aux examinateurs et l’heureuse issue de son concours.
L’activation du processus de remémoration est facilitée par une crise émotionnelle. Visualiser la scène de son oral induit cet état chez Fadela, et grâce au confusionnement et aux mouvements oculaires, le souvenir émerge de lui-même, plutôt que d’être recherché et choisi en fonction de son adéquation à sa plainte ou aux attentes qu’elle prête au thérapeute. Je précise volontiers, entre deux séquences de MO : « Le tout premier souvenir qui émerge, même si vous ne savez
vraiment pas pourquoi c’est celui-là qui vient, même si vous ne voyez pas de lien. »
Une situation fréquente est que le premier souvenir énoncé ne soit pas encore l’originel, mais une ma-nifestation plus ancienne du problème. La personne veut apporter une « bonne réponse », pas la première qui lui traverse l’esprit, elle s’applique à ce que ce soit cohérent !
Anne sidérée quand cette tape sur l’épaule annonce son licenciement
Anne a 61 ans, elle est venue panser diverses plaies au cours des années passées. Elle vient d’apprendre son licenciement économique. Malgré le plan social en cours, elle croyait, étant la seule administrative de son département, que son emploi ne serait pas menacé pour le moment et qu’elle pourrait continuer ainsi jusqu’à sa retraite. Aussi s’est-elle sentie sidérée quand la DRH a tapoté son épaule pour la conduire avec quelques collègues dans la pièce où elle a annoncé les licenciements. La seule réaction qu’elle a pu avoir a été de prendre sa voiture et de fuir, hagarde, manquant de provoquer un accident sur le parking.
Cette tape sur l’épaule condense l’événement et je lui demande de faire venir ce geste sur l’écran. Aus-sitôt elle est envahie par une grande émotion. Son intensité autant que la sidération qu’elle avait décrite paraissent excessives pour un événement qu’elle avait déjà anticipé, à plus ou moins long terme.
- Th. : « Je voudrais vous demander quelque chose d’inhabituel, vous êtes d’accord ? Je voudrais que vos yeux se ferment un instant pour que vienne la réponse à une drôle de question. Très bien, j’ai besoin que vienne un souvenir et je me demande de quel âge de votre vie va venir ce souvenir qui n’est pas encore là.
- Anne : Mmm... 20 ans.
- Th. : Très bien, ici devant nous il y a Anne, elle a 20 ans. Qu’est-ce qu’elle est en train de vivre là tandis qu’elle a 20 ans ?
- Anne : C’est quand mon ami de l’époque m’a quittée pour une autre femme...
De nouveau elle est saisie d’une intense émotion. Cet événement paraît être une répétition de la trahison qu’elle vit aujourd’hui de la part de sa DRH.
- Th. : Très bien, tandis que vous ressentez cette émotion, vos yeux peuvent se fermer de nouveau et je voudrais que vienne un autre souvenir, et de la même façon je me demande de quel âge va venir ce souvenir qui n’est pas encore là... Le tout premier âge qui se présente à votre esprit.
- Anne : C’est quand je suis née, dit-elle après un moment. Et elle me décrit son père, dépité que son premier enfant ne soit pas un garçon, partant à la chasse en laissant seule sa mère qui se lamente et pleure...
La représentation qu’elle s’est construite de sa venue au monde, si elle n’a pas valeur de vérité, a des effets bien réels qui la font éclater en sanglots. Après traitement de cette scène, nous revenons à sa situation professionnelle : elle se voit affronter avec assurance sa DRH et la directrice pour leur dire ce qu’elle pense de leur lâcheté.
Nadine et sa famille qui la « dézingue »
Lors de notre troisième rencontre, Nadine, 50 ans, déclare : « Je vais beaucoup mieux dans l’ensemble. Par contre, une fois de plus, dès que je vois ma famille elle me dézingue. C’est comme ça depuis que je suis toute petite. »
Elle me relate comment elle est injustement accusée par sa sœur d’être responsable de la violente colère de son neveu de 16 ans, au cours d’un repas de famille. Je demande à Nadine de laisser venir sur l’écran une image qui représente cet événement qui la « dézingue ». Elle me décrit l’attitude agressive et le regard noir de sa sœur. Face à cette image, je la vois se tasser sur sa chaise et se tasser plus en-core quand ma main-écran s’approche.
- Th. : « Voilà, tandis qu’il y a cette image sur l’écran et que vous vous sentez mal à l’aise dans votre corps, quel est le premier souvenir qui vient, là maintenant, dans cet espace entre nous ? Le tout premier souvenir qui vient, peut-être d’une époque lointaine de votre vie ? (MO).
Nadine est collégienne, elle fait ses devoirs à la table de la cuisine. Sa petite sœur joue derrière elle, à tirailler ses cheveux jusqu’à, une fois de plus, la mettre à bout. Excédée, elle se lève et la poursuit autour de la table, un couteau à la main. Son père survient et, sans chercher l’origine de la dispute, il administre une correction mémorable à Nadine.
QUEL EST LE PREMIER SOUVENIR QUI VIENT ?
Cette scène paraît plutôt illustrer les interactions dans le système familial qu’être la raison pour laquelle elle ne s’y sent pas à sa place. Je demande à Nadine de mettre cette nouvelle scène sur l’écran et ma main la pousse vers elle.
- Th. : Observez, de nouveau, le premier souvenir qui vient, là maintenant, devant nous (MO).
L’envahissement devient beaucoup plus intense, son corps se tasse encore sur la chaise.
- Nadine : Ma mère, me reprochant qu’à cause de moi elle a été obligée de se marier avec mon père... Chaque dispute du couple était une occasion de lui rappeler que « par sa faute », elle avait gâché sa vie... Cette fois le registre est différent, cet événement de vie n’est pas une manifestation de plus de la place de Nadine dans sa famille mais peut bien être le grief originel.
Raymond miné, figé et sans réaction
Raymond, 70 ans, vient à la demande de sa compagne Inès, agacée par sa jalousie. Il a été marié pendant vingt-cinq ans à une femme très volage dont il a fini par divorcer. Après des années de célibat, il a depuis deux ans une liaison avec Inès. Il se trouve qu’à plusieurs reprises, celle-ci a eu ouvertement, devant lui, des comportements de séduction envers des hommes : échanges verbaux ambigus, poses, mouvements suggestifs... Raymond en est miné mais il ne parvient pas à réagir, il voudrait fuir mais ne parvient pas à le faire. Après une séquence d’acceptations...
- Th. : ... Et je vais vous demander de regarder cette main, devant vous, comme si c’était un écran. Et je voudrais que vienne sur cet écran l’une des scènes que vous m’avez décrites, la première qui vient. Très bien (MO). Comment ça réagit dans le corps ?
Raymond est manifestement très rigide, peu ouvert aux sensations de son corps. Sa respiration est un peu hachée et il a quelques signes d’agitation sur sa chaise.
- Th. : Très bien, tandis qu’il y a cette scène et tandis que votre corps ressent ce qu’il ressent, observez le premier souvenir qui vient, là maintenant dans cet espace devant nous. Je ne sais pas de quel moment de votre vie il va émerger. Malgré plusieurs séquences de MO soutenus, rien ne vient.
- Th. : Je vais encore vous demander une drôle de chose. Quel est l’âge de Raymond dans ce souvenir qui va venir et qui n’est pas encore là ? Après une courte hésitation vient...
Raymond : ... 34 ans...
- Th. : Très bien, 34 ans. Observez le souvenir qui vient, là maintenant, quand Raymond a 34 ans... (MO de nouveau).
Pour lire la suite...
Dr Michel Lamarlère Médecin généraliste. Formation à l’hypnose, à l’HTSMA - TLMR (Hypnose, thérapie stratégique, mouvements alternatifs, devenu Thérapie du lien et des mondes relationnels), et à la thérapie narrative. Formateur en TLMR et en hypnose médicale à l’Institut Mimethys.
Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 79: Nov. / Déc. 2025 / Janv. 2026 DEPRESSION
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°79…
8 / Éditorial : Le partage de l’imaginaire pour faire émerger des ressources Julien Betbèze
10 / En couverture : Gabrielle Grimaldi Pics et dentelles d’aquarelle Sophie Cohen
12 / Hypnose et imagination créatrice Une poétique de l’action Alexandru Cupaciu.
16 / Acrophobie Externaliser pour se réassocier et retrouver le souffle Anne Malraux
26 / Hypnose de spectacle et hypnose clinique. Deux visages, deux finalités, une double vigilance éthique Fabrice Lakdja et Gérard Ostermann
32 / Quel est le premier souvenir qui vient ? Dissoudre une problématique figée en s’appuyant sur un souvenir source Michel Lamarlère
44 / Du divan au fauteuil Sortir de la répétition des schémas relationnels antérieurs Sylvie Le Pelletier-Beaufond
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
50 / Introduction Gérard Ostermann
54 / Encoprésie et Caca farceur Dessine-moi ton problème Corinne Paillette
62 / L’anéjaculation Quand la panne sex-prime Karine Ficini
73 / Boules de couleur en chirurgie dentaire « Elle courait dans sa tête » Thierry Hueber
84 / DOSSIER DÉPRESSION
86 / Défaut et faute : Les agents doubles de la dépression Wilfrid Martineau
96 / Dépression et renoncement Mouvement de bascule et choix Alain Vallée
QUIPROQUO
104 / Renoncement S. Colombo, Muhuc
BONJOUR ET APRÈS...
108 / Denise, Son sommeil abîmé et ses cauchemars Sophie Cohen
LES CHAMPS DU POSSIBLE
112 / L’écho silencieux : Quand le corps du thérapeute devient miroir du traumatisme Adrian Chaboche
CULTURE MONDE
116 / La naissance à l’envers. Restaurer les potentiels d’auto-guérison Sylvie Le Pelletier- Beaufond
LIVRES EN BOUCHE
120 / J. Betbèze, S. Cohen
124 / ESPACE FORMATIONS
Illustrations: Gabrielle Grimaldi
Acrophobie. Revue Hypnose et Thérapies Brèves 79.
Externaliser pour se réassocier et retrouver le souffle.
Entre peur du vide, métaphores et confiance perdue, nous pouvons suivre ici la trajectoire clinique d’un patient rongé par l’anxiété. C’est tout un travail hypnotique, à la manière d’un cheminement en sept étapes, qui est décrit depuis l’identification du problème, jusqu’à la réassociation du corps et la réparation de l’identité.
CONTEXTE DE LA DEMANDE ET MÉTAPHORE FONDATRICE
Bruno, 53 ans, m’a été adressé en début d’année 2024 par son kinésithérapeute, inquiet de douleurs thoraciques et œsophagiennes persistantes, sans étiologie somatique identifiée. Il a été suivi pendant un an et demi par une psychologue, qui a posé un diagnostic de dépression, sans que cela ne débouche sur un véritable travail de fond. Or, il m’est rapidement apparu que le ralentissement psychique observé relevait davan
tage des effets secondaires d’une anxiété de fond, persistante et usante, que d’un épisode dépressif caractérisé. Quand il s’assoit dans le fauteuil, j’observe que son corps est particulièrement tendu, fermé, ses jambes et ses bras sont croisés et il s’est mis « sur la tranche », si j’ose dire. La surface de contact avec l’environnement immédiat est visiblement réduite.
Bruno travaille dans l’informatique et dans le milieu associatif. Il me dit qu’il se définit avant tout comme un militant. Peu enclin à parler de lui, ni à « bavarder », la première étape du travail a consisté à bâtir une alliance thérapeutique solide et trouver un terrain de confiance. A défaut d’avoir des mots sur ses ressentis, il répétait souvent : « je ne sais pas ». Cette phrase, plutôt que de constituer un obstacle, est devenue notre point d’ancrage : une invitation à enquêter ensemble, à coconstruire un sens là où aucun discours préexistant n’était disponible.
C’est à partir de son univers professionnel que nous avons élaboré une première métaphore pour nommer la nature invisible du problème : un programme informatique, très gourmand en énergie, s’exécutant en tâche de fond, accaparant les ressources du système, et réduisant sa capacité à profiter du moment présent.
Etape 1 : recenser les effets du problème
Avant même de pouvoir le nommer, nous avons dressé ensemble la cartographie des effets du problème dans sa vie : douleurs corporelles, tensions familiales, rigidité mentale, stress diffus, fatigue chronique. Bruno se retrouvait « épuisé d’avance » par tout ce qui devait être anticipé : le travail bien sûr, mais aussi les sorties, les voyages, les moindres imprévus...
Certaines scènes se sont avérées particulièrement pénibles pour lui : bloqué physiquement dans les escaliers d’un beffroi, incapable de poursuivre une visite familiale, ou contraint de faire demi-tour en voiture au moment de déposer sa fille et sa femme à leur activité de parapente. La peur du vide avait dans ces moments pris entièrement possession de son corps. Il évoquait avec tristesse sa difficulté à « créer des souvenirs » en famille, alors même que celle-ci représentait ce qu’il avait de plus précieux. Une autre douleur qu’il partageait avec moi, c’était celle de ne pouvoir emmener ses proches en Islande (le rêve de sa femme), du fait que sa peur du vide l’empêchait, pour l’heure, d’envisager tout déplacement en avion.
La seconde demande thérapeutique, après la réduction des manifestations somatiques du stress dans son corps (principalement poi
trine et abdomen), concernait donc l’adresse de son acrophobie réactionnelle.
Etape 2 : nommer le problème, externaliser son emprise
Nous avons consacré plusieurs séances à identifier et externaliser ce qui se passait. Dans l’esprit de Michael White, il ne s’agissait pas de qualifier Bruno, mais de décrire l’action du problème dans sa vie. A travers un dialogue clinique et imagé, plusieurs figures ont émergé : d’abord celle du « Vérificateur », puis du « Planificateur », enfin de l’« Anticipateur de mal ». Ce rajout du complément « de mal » nous a semblé important pour souligner le fait que cet Anticipateur semblait ne jamais vouloir anticiper d’heureux dénouements. Ce tyran ordinaire régnait en maître dans de nombreux aspects de sa vie, en lui promettant la tranquillité en échange d’un état de vigilance extrême, nourri par ses idéaux, ses inquiétudes et sa peur de ne pas être à la hauteur.
Cette externalisation a permis à Bruno d’envisager un rapport moins fusionnel avec ce fonctionnement anxieux. Il a même pu reconnaître certains « mérites » passés du Problème, notamment lorsque celui-ci l’a aidé à anticiper des difficultés dans son activité associative ou à initier un processus de codécision dans la transmission de son association, son « bébé », avec sa collègue Isabella.
Etape 3 : retracer l’histoire du problème
Grâce à ce travail de contextualisation, nous avons pu mettre en lumière un moment charnière dans l’histoire du Problème : la naissance de ses enfants. A partir de ce moment, le niveau d’alerte de Bruno s’est démultiplié, en miroir d’une responsabilité grandissante et d’un sentiment d’impuissance face à l’état du monde. L’arrivée de ses enfants, en particulier de ses deux filles, a ravivé ses inquiétudes vis-à-vis du sexisme, du réchauffement climatique ou encore des dérives politiques de son pays. C’est également à cette période qu’une acrophobie de plus en plus envahissante est apparue.
Sa souffrance semblait donc provenir d’une tension profonde entre ses idéaux et la perception de sa propre impuissance. En prenant appui sur des événements de sa vie familiale et professionnelle, nous avons pu relier cette tension à une question identitaire centrale : « Héros ou Zéro » (Bruno aime aussi : « Héros ou Escroc »). Ce dilemme inconscient le maintenait dans une exigence de perfection toujours plus grande, ainsi que dans une posture sacrificielle où il n’avait pas le droit de souffler, se tromper ou avoir besoin d’aide.
C’est dans ce contexte que le Problème s’était emparé de sa « CPU mentale » (la CPU, ou unité centrale de traitement, est le cerveau d’un ordinateur, en charge de l’exécution des instructions et du traitement des données), sur-sollicitée, devenue incapable de se mettre en veille.
Etape 4 : ré-associer le corps grâce à l’hypnose
Bruno s’est révélé très réceptif à la transe hypnotique. Nous avons travaillé en hypnose conversationnelle, puis formelle, avec des séances de ré-association corporelle, en passant par un ensemble d’inductions progressives et des techniques issues de l’hypnose ericksonienne et des « mains de Rossi ». L’expérience de pouvoir « ralentir en toute sécurité » a marqué un premier tournant thérapeutique, en ouvrant l’accès à de nouveaux états ressources lui offrant une manière différente d’habiter son corps.
Ces explorations ont progressivement favorisé une régulation plus autonome, accompagnée de la disparition des douleurs thoraciques et d’une diminution notable de son inquiétude chronique, passée selon lui de 7-8/10 à 3-4/10. Surtout, Bruno a pu développer une nouvelle capacité : dire « je passe à autre chose » là où auparavant il restait prisonnier de ses ruminations.
L’hypnose nous a également été très utile pour travailler sur sa peur du vide, à travers divers exercices (« ne rien faire », l’expérience de sécurité TLMR), et en lui proposant d’explorer les situations redoutées en conscience hypnotique, depuis la sécurité du cabinet. En effet, comme l’ont montré les neurosciences, imagerie mentale et perception réelle activent largement les mêmes zones cérébrales... En mobilisant cette plasticité, Bruno a pu commencer à transformer l’anticipation anxieuse d’un possible futur blocage en un entraînement mental porteur de maîtrise et d’assurance.
Etape 5 : le paysage de la relation :ce que l’autre révèle de soi
Pour lire la suite...
Anne Malraux Après une carrière artistique, elle s’oriente vers la sociologie puis se forme en psychologie. Formée à l’hypnose médicale à l’AFEHM en 2014, puis en thérapie narrative et à la prise en charge du psychotrauma à l’Institut Mimethys. Assure des consultations en région parisienne
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Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°79…
8 / Éditorial : Le partage de l’imaginaire pour faire émerger des ressources Julien Betbèze
10 / En couverture : Gabrielle Grimaldi Pics et dentelles d’aquarelle Sophie Cohen
12 / Hypnose et imagination créatrice Une poétique de l’action Alexandru Cupaciu.
16 / Acrophobie Externaliser pour se réassocier et retrouver le souffle Anne Malraux
26 / Hypnose de spectacle et hypnose clinique. Deux visages, deux finalités, une double vigilance éthique Fabrice Lakdja et Gérard Ostermann
32 / Quel est le premier souvenir qui vient ? Dissoudre une problématique figée en s’appuyant sur un souvenir source Michel Lamarlère
44 / Du divan au fauteuil Sortir de la répétition des schémas relationnels antérieurs Sylvie Le Pelletier-Beaufond
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
50 / Introduction Gérard Ostermann
54 / Encoprésie et Caca farceur Dessine-moi ton problème Corinne Paillette
62 / L’anéjaculation Quand la panne sex-prime Karine Ficini
73 / Boules de couleur en chirurgie dentaire « Elle courait dans sa tête » Thierry Hueber
84 / DOSSIER DÉPRESSION
86 / Défaut et faute : Les agents doubles de la dépression Wilfrid Martineau
96 / Dépression et renoncement Mouvement de bascule et choix Alain Vallée
QUIPROQUO
104 / Renoncement S. Colombo, Muhuc
BONJOUR ET APRÈS...
108 / Denise, Son sommeil abîmé et ses cauchemars Sophie Cohen
LES CHAMPS DU POSSIBLE
112 / L’écho silencieux : Quand le corps du thérapeute devient miroir du traumatisme Adrian Chaboche
CULTURE MONDE
116 / La naissance à l’envers. Restaurer les potentiels d’auto-guérison Sylvie Le Pelletier- Beaufond
LIVRES EN BOUCHE
120 / J. Betbèze, S. Cohen
124 / ESPACE FORMATIONS
Illustrations: Gabrielle Grimaldi
CONTEXTE DE LA DEMANDE ET MÉTAPHORE FONDATRICE
Bruno, 53 ans, m’a été adressé en début d’année 2024 par son kinésithérapeute, inquiet de douleurs thoraciques et œsophagiennes persistantes, sans étiologie somatique identifiée. Il a été suivi pendant un an et demi par une psychologue, qui a posé un diagnostic de dépression, sans que cela ne débouche sur un véritable travail de fond. Or, il m’est rapidement apparu que le ralentissement psychique observé relevait davan
tage des effets secondaires d’une anxiété de fond, persistante et usante, que d’un épisode dépressif caractérisé. Quand il s’assoit dans le fauteuil, j’observe que son corps est particulièrement tendu, fermé, ses jambes et ses bras sont croisés et il s’est mis « sur la tranche », si j’ose dire. La surface de contact avec l’environnement immédiat est visiblement réduite.
Bruno travaille dans l’informatique et dans le milieu associatif. Il me dit qu’il se définit avant tout comme un militant. Peu enclin à parler de lui, ni à « bavarder », la première étape du travail a consisté à bâtir une alliance thérapeutique solide et trouver un terrain de confiance. A défaut d’avoir des mots sur ses ressentis, il répétait souvent : « je ne sais pas ». Cette phrase, plutôt que de constituer un obstacle, est devenue notre point d’ancrage : une invitation à enquêter ensemble, à coconstruire un sens là où aucun discours préexistant n’était disponible.
C’est à partir de son univers professionnel que nous avons élaboré une première métaphore pour nommer la nature invisible du problème : un programme informatique, très gourmand en énergie, s’exécutant en tâche de fond, accaparant les ressources du système, et réduisant sa capacité à profiter du moment présent.
Etape 1 : recenser les effets du problème
Avant même de pouvoir le nommer, nous avons dressé ensemble la cartographie des effets du problème dans sa vie : douleurs corporelles, tensions familiales, rigidité mentale, stress diffus, fatigue chronique. Bruno se retrouvait « épuisé d’avance » par tout ce qui devait être anticipé : le travail bien sûr, mais aussi les sorties, les voyages, les moindres imprévus...
Certaines scènes se sont avérées particulièrement pénibles pour lui : bloqué physiquement dans les escaliers d’un beffroi, incapable de poursuivre une visite familiale, ou contraint de faire demi-tour en voiture au moment de déposer sa fille et sa femme à leur activité de parapente. La peur du vide avait dans ces moments pris entièrement possession de son corps. Il évoquait avec tristesse sa difficulté à « créer des souvenirs » en famille, alors même que celle-ci représentait ce qu’il avait de plus précieux. Une autre douleur qu’il partageait avec moi, c’était celle de ne pouvoir emmener ses proches en Islande (le rêve de sa femme), du fait que sa peur du vide l’empêchait, pour l’heure, d’envisager tout déplacement en avion.
La seconde demande thérapeutique, après la réduction des manifestations somatiques du stress dans son corps (principalement poi
trine et abdomen), concernait donc l’adresse de son acrophobie réactionnelle.
Etape 2 : nommer le problème, externaliser son emprise
Nous avons consacré plusieurs séances à identifier et externaliser ce qui se passait. Dans l’esprit de Michael White, il ne s’agissait pas de qualifier Bruno, mais de décrire l’action du problème dans sa vie. A travers un dialogue clinique et imagé, plusieurs figures ont émergé : d’abord celle du « Vérificateur », puis du « Planificateur », enfin de l’« Anticipateur de mal ». Ce rajout du complément « de mal » nous a semblé important pour souligner le fait que cet Anticipateur semblait ne jamais vouloir anticiper d’heureux dénouements. Ce tyran ordinaire régnait en maître dans de nombreux aspects de sa vie, en lui promettant la tranquillité en échange d’un état de vigilance extrême, nourri par ses idéaux, ses inquiétudes et sa peur de ne pas être à la hauteur.
Cette externalisation a permis à Bruno d’envisager un rapport moins fusionnel avec ce fonctionnement anxieux. Il a même pu reconnaître certains « mérites » passés du Problème, notamment lorsque celui-ci l’a aidé à anticiper des difficultés dans son activité associative ou à initier un processus de codécision dans la transmission de son association, son « bébé », avec sa collègue Isabella.
Etape 3 : retracer l’histoire du problème
Grâce à ce travail de contextualisation, nous avons pu mettre en lumière un moment charnière dans l’histoire du Problème : la naissance de ses enfants. A partir de ce moment, le niveau d’alerte de Bruno s’est démultiplié, en miroir d’une responsabilité grandissante et d’un sentiment d’impuissance face à l’état du monde. L’arrivée de ses enfants, en particulier de ses deux filles, a ravivé ses inquiétudes vis-à-vis du sexisme, du réchauffement climatique ou encore des dérives politiques de son pays. C’est également à cette période qu’une acrophobie de plus en plus envahissante est apparue.
Sa souffrance semblait donc provenir d’une tension profonde entre ses idéaux et la perception de sa propre impuissance. En prenant appui sur des événements de sa vie familiale et professionnelle, nous avons pu relier cette tension à une question identitaire centrale : « Héros ou Zéro » (Bruno aime aussi : « Héros ou Escroc »). Ce dilemme inconscient le maintenait dans une exigence de perfection toujours plus grande, ainsi que dans une posture sacrificielle où il n’avait pas le droit de souffler, se tromper ou avoir besoin d’aide.
C’est dans ce contexte que le Problème s’était emparé de sa « CPU mentale » (la CPU, ou unité centrale de traitement, est le cerveau d’un ordinateur, en charge de l’exécution des instructions et du traitement des données), sur-sollicitée, devenue incapable de se mettre en veille.
Etape 4 : ré-associer le corps grâce à l’hypnose
Bruno s’est révélé très réceptif à la transe hypnotique. Nous avons travaillé en hypnose conversationnelle, puis formelle, avec des séances de ré-association corporelle, en passant par un ensemble d’inductions progressives et des techniques issues de l’hypnose ericksonienne et des « mains de Rossi ». L’expérience de pouvoir « ralentir en toute sécurité » a marqué un premier tournant thérapeutique, en ouvrant l’accès à de nouveaux états ressources lui offrant une manière différente d’habiter son corps.
Ces explorations ont progressivement favorisé une régulation plus autonome, accompagnée de la disparition des douleurs thoraciques et d’une diminution notable de son inquiétude chronique, passée selon lui de 7-8/10 à 3-4/10. Surtout, Bruno a pu développer une nouvelle capacité : dire « je passe à autre chose » là où auparavant il restait prisonnier de ses ruminations.
L’hypnose nous a également été très utile pour travailler sur sa peur du vide, à travers divers exercices (« ne rien faire », l’expérience de sécurité TLMR), et en lui proposant d’explorer les situations redoutées en conscience hypnotique, depuis la sécurité du cabinet. En effet, comme l’ont montré les neurosciences, imagerie mentale et perception réelle activent largement les mêmes zones cérébrales... En mobilisant cette plasticité, Bruno a pu commencer à transformer l’anticipation anxieuse d’un possible futur blocage en un entraînement mental porteur de maîtrise et d’assurance.
Etape 5 : le paysage de la relation :ce que l’autre révèle de soi
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Anne Malraux Après une carrière artistique, elle s’oriente vers la sociologie puis se forme en psychologie. Formée à l’hypnose médicale à l’AFEHM en 2014, puis en thérapie narrative et à la prise en charge du psychotrauma à l’Institut Mimethys. Assure des consultations en région parisienne
Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 79: Nov. / Déc. 2025 / Janv. 2026 DEPRESSION
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°79…
8 / Éditorial : Le partage de l’imaginaire pour faire émerger des ressources Julien Betbèze
10 / En couverture : Gabrielle Grimaldi Pics et dentelles d’aquarelle Sophie Cohen
12 / Hypnose et imagination créatrice Une poétique de l’action Alexandru Cupaciu.
16 / Acrophobie Externaliser pour se réassocier et retrouver le souffle Anne Malraux
26 / Hypnose de spectacle et hypnose clinique. Deux visages, deux finalités, une double vigilance éthique Fabrice Lakdja et Gérard Ostermann
32 / Quel est le premier souvenir qui vient ? Dissoudre une problématique figée en s’appuyant sur un souvenir source Michel Lamarlère
44 / Du divan au fauteuil Sortir de la répétition des schémas relationnels antérieurs Sylvie Le Pelletier-Beaufond
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
50 / Introduction Gérard Ostermann
54 / Encoprésie et Caca farceur Dessine-moi ton problème Corinne Paillette
62 / L’anéjaculation Quand la panne sex-prime Karine Ficini
73 / Boules de couleur en chirurgie dentaire « Elle courait dans sa tête » Thierry Hueber
84 / DOSSIER DÉPRESSION
86 / Défaut et faute : Les agents doubles de la dépression Wilfrid Martineau
96 / Dépression et renoncement Mouvement de bascule et choix Alain Vallée
QUIPROQUO
104 / Renoncement S. Colombo, Muhuc
BONJOUR ET APRÈS...
108 / Denise, Son sommeil abîmé et ses cauchemars Sophie Cohen
LES CHAMPS DU POSSIBLE
112 / L’écho silencieux : Quand le corps du thérapeute devient miroir du traumatisme Adrian Chaboche
CULTURE MONDE
116 / La naissance à l’envers. Restaurer les potentiels d’auto-guérison Sylvie Le Pelletier- Beaufond
LIVRES EN BOUCHE
120 / J. Betbèze, S. Cohen
124 / ESPACE FORMATIONS
Illustrations: Gabrielle Grimaldi
Défaut et faute: les agents doubles de la dépression. Revue Hypnose et Thérapies Brèves 79.
Agents doubles. Le qualificatif fleure bon le film d’espionnage. Il désigne ici les deux maux qui corrompent le psychisme et peuvent conduire à la dépression : le défaut et la faute, entretenant sentiments d’infériorité et de culpabilité. Deux acteurs clandestins, mais tellement humains, dont l’auteur nous décrit les mécanismes et les stratégies thérapeutiques pour « retourner la face cachée de ces deux agents doubles ».
Se pourrait-il que notre psychisme soit infiltré par des agents doubles ? Curieuse hypothèse, provocation peut-être. Et pourtant, le défaut et la faute envahissent la société des hommes et parviennent parfois à les obnubiler. Leur stratégie est simple puisqu’elle consiste à aller flirter avec la conscience de chacun. Avoir une conscience est sans doute le privilège de l’homme mais il paie cher ce privilège. Et si la vulnérabilité à la dépression était le prix à payer de cette spécificité de notre psychisme ?
Le défaut et la faute attaquent notre psychisme parfois de concert, parfois en alternance, mais toujours de façon complémentaire. Ils savent installer au cœur de la conscience deux sentiments qui hantent les hommes : le sentiment de culpabilité et le sentiment d’infériorité. Pourquoi est-ce si fréquent ? Peut-être simplement parce que ces sentiments sont le cœur de notre humanité. Pas d’humanité sans sentiment de culpabilité et sans pardon. Pas de progrès humain sans que l’homme ne glisse dans la comparaison, la compétition et la rivalité avec le risque de s’enfoncer dans le sentiment d’infériorité, en cas d’échec, de désaveu ou de comparaison désavantageuse. Le sentiment de supériorité qui se rencontre parfois n’est que le double inversé du précédent et est érigé comme une défense bien fragile vis-à-vis du doute qui hante tout homme. Alors le défaut et la faute sont bien des agents doubles car ils semblent agir dans l’intérêt de celui qui les vit, en les rendant conscients d’un positionnement visà-vis du monde ou des autres, en référence à une loi ou à un modèle, alors qu’ils peuvent aussi, par cette conscience trop autocentrée, pervertir la relation qu’ils sont censés faire vivre.
Agents doubles, car si leur présence est visible, leur stratégie clandestine est complexe et déterminée par des buts en apparence opposés. Le clinicien doit débusquer les stratagèmes du défaut et de la faute pour inviter le patient à ne pas tomber dans le piège tendu. Alors, en quoi leur face est-elle double ? On perçoit assez vite qu’ils sont les alliés de la dépression et d’ailleurs les patients disent assez souvent : « je me sens coupable » ou « je suis coupable » ou encore « je ne suis pas à la hauteur », « je ne vaux rien ». Ainsi donc est affichée d’emblée la face visible de ces agents comme médiateurs de la dépression.
Mais comment le patient tombe-t-il dans le panneau avec des pensées aussi disqualifiantes qui s’installent en lui sans qu’il se révolte, sans qu’il les critique, voire sans qu’il veuille même les exclure de sa conscience ? Pas si simple, car ces deux sentiments d’infériorité et de culpabilité qui se sont immiscés dans la conscience agissent aussi en flattant l’ego de la victime ou révèlent en négatif ce qu’il recèle au plus profond de chacun. Comment ces sentiments font-ils pour s’emparer de la conscience alors qu’ils ont une mauvaise réputation ?
Le sentiment de culpabilité permet en se chargeant d’une faute, parfois fantasmatique, de façon excessive, de paraître comme une victime qui expie pour un crime, le plus souvent non commis, ou un « péché véniel ». Notre société a enfin pris le parti des victimes, mais cela favorise leur nombre et leur pouvoir. Ce propos semble excessif, mais y a-t-il quelqu’un plus au centre de la scène qu’une victime qui se déclare coupable sans l’être le plus souvent ? A l’extrême, le mélancolique, dans un ultime sursaut pour emporter sa conviction comme celle de ses interlocuteurs, se sent responsable de tous les malheurs de la terre, s’accusant de crimes impossibles. Aucun raisonnement de l’entourage, établi avec une logique ordinaire, ne vient modifier cette responsabilité. C’est au point qu’elle porte en creux l’hubris démesuré du maniaque qui peut tout, sans limite, s’autorisant les plus grands excès.
Bien sûr le sentiment de culpabilité semble lourd à porter. Habituellement les hommes cherchaient à s’en débarrasser en obtenant le pardon d’un proche ou d’un clerc qui le faisait au nom de Dieu. Mais on voit bien que chez les personnes dépressives, le sentiment de culpabilité joue un rôle si important dans leur psychisme qu’il peut paraître indélogeable par des moyens relevant d’un raisonnement ordinaire. Il est impossible d’ébranler leur conviction. C’est pourquoi il sera important d’adopter des stratégies thérapeutiques permettant un recadrage de cette culpabilité pour permettre au patient de s’en décoller, de s’en éloigner honorablement, c’est-à-dire sans perdre son identité narrative, celle que construit sa conscience de lui-même et de son rapport aux autres.
Aujourd’hui, il est plus fréquent de rencontrer des personnes en proie à un sentiment d’infériorité, du moins en apparence. Celui-ci est encore plus insidieux car il n’y a aucune échelle de mesure qui détermine la bonne hauteur à laquelle on se tient vis-à-vis des autres. Cette échelle est porteuse d’infini. De plus les normes changent en permanence selon les époques et les groupes sociaux auxquels on appartient. Les comparaisons n’ont pas de limite, c’est là leur puissance car il est impossible de satisfaire parfaitement une norme. Le delta qui nous sépare éternellement du « meilleur », c’est-à-dire d’une perfection fantasmatique, est d’autant plus douloureux qu’il diminue. Paradoxe de l’effort du perfectionniste bien mal récompensé ! Le piège est là, plus je fais des efforts pour me rapprocher d’un idéal non défini, plus la dépression s’installe, car le but, à mesure qu’il se fait plus proche, devient inatteignable comme un horizon qui s’éloigne à mesure qu’on s’en approche. Plus ce delta – cet écart – est petit, plus sa puissance est destructrice, et c’est là tout le malheur du perfectionniste qui cherche à diminuer sans cesse ce delta sans parvenir à l’effacer.
Mais cette échelle comparative exerce un pouvoir d’attraction terrifiant tellement est importante cette idée d’avoir une valeur comparée à celle des autres, essentielle pour exister car notre sentiment d’appartenance est une nécessité vitale. Les comparaisons fleurissent dès l’enfance : poids de naissance, âge des premières dents, âge de la marche, âge de l’appropriation du langage, puis l’école vient établir des notes, des niveaux, des parallèles.
Mais cela n’est rien car bien vite les comparaisons de cour d’école passent un niveau au-dessus grâce aux réseaux sociaux, moyen infini de comparaison pour les adolescents comme les adultes. La peur de perdre l’appartenance au groupe fait le reste. Quelques remarques, quelques signes de désapprobation sur le Web et c’est l’effondrement. Le sentiment d’infériorité use alors de la classique distorsion cognitive du « tout ou rien»:«si je ne suis pas aimé ou apprécié de tous, c’est que je ne suis pas aimé du tout, c’est que je ne vaux rien ». Face à cette crainte du désamour ou du rejet, la tentation est celle du retrait, de l’abandon. Alors comment ce sentiment agit-il avec autant de force ? Il le fait en s’appuyant sur le doute, propre à chacun à certains moments de l’existence, et sur l’orgueil glissé tel un poison au centre de notre ego.
Pas simple de percevoir en creux, quand on entend « je suis nul », le désir impérieux d’être le meilleur. Et si je ne suis pas le meilleur, autant abandonner, autant renoncer. Mais quand le sujet abandonne, se retire du monde qui s’agite autour de lui, il rentre dans le monde de la dépression où les différents démons ont pris le pouvoir. C’est ainsi que faute et défaut, grâce à ces sentiments pernicieux de culpabilité et d’infériorité, œuvrent comme des agents doubles. La culpabilité et l’infériorité viennent apparemment flatter l’humilité, qualité généralement acceptable, alors que c’est d’orgueil et de toute-puissance dont il s’agit. Sans cet orgueil ou cette ambition, peu lisibles en apparence quand on reçoit des personnes dépressives, faute et défaut perdraient beaucoup de leur emprise et la dépression ne pourrait pas faire son nid dans ces consciences troublées ruminant sans cesse leur faute ou leur incompétence.
Les antidotes existent, heureusement, mais si le patient est trop envahi, prisonnier de ces sentiments, il n’y a plus accès. Et c’est le travail du thérapeute de restaurer ces antidotes. Pour le sentiment de culpabilité, c’est le rachat et l’auto-compassion et d’abord l’idée que nul n’est juge de la faute, pas même le patient. Pour le sentiment d’infériorité, c’est le bannissement de l’échelle de comparaison et du miroir qui nous renvoient en permanence notre infortune (tel le miroir magique de la belle-mère de Blanche-Neige qui cherche toujours à être la plus belle et qui noircit son âme dans cette quête insatiable).
Le travail du thérapeute est de les mettre en évidence d’abord, et c’est une tâche assez facile car l’accord est vite trouvé avec le patient sur ce qui le trouble et alimente son vécu dépressif. Les débusquer et démasquer leurs « agissements » à l’intérieur des consciences est beaucoup moins aisé. Plusieurs approches peuvent être complémentaires. La première est celle du questionnement stratégique qui, par sa forme en alternative, scinde les problèmes et isole les mécanismes jusqu’alors confus.
Giorgio Nardone a beaucoup insisté sur la spécificité de ce questionnement qui permet de donner à chaque question deux alternatives en apparence opposées aboutissant à des réponses qui clarifient le problème présenté par le sujet. Bien sûr toutes les trois ou quatre questions, il est important de faire une synthèse des réponses pour aboutir à un accord commun de la définition du problème, ou du moins de son contexte et de son mode de fonctionnement. C’est un peu comme si chaque réponse était un réducteur de complexité ou, mieux, permettait inéluctablement d’être guidé du vase de l’entonnoir où l’on se noie vers son embouchure. Le recadrage du problème suit qui peut ouvrir sur un changement de perspective propre à faire évoluer les comportements du patient.
Juliette qui s’imagine être une mère dangereuse...
En voici un exemple avec Juliette, jeune maman, scrupuleuse, en proie au doute quelques semaines après la naissance de son bébé et qui s’imagine être une mère dangereuse. Des images violentes surgissent quand elle s’occupe de l’enfant : chute de la table à langer, bras qui lâchent l’enfant, poussette oubliée, pour ne citer que les moins effrayantes. Plus elle veut chasser ces images de son esprit, plus elle les fixe jusqu’à ce qu’elles deviennent envahissantes, quasi permanentes à chaque contact avec son enfant, engendrant un très fort sentiment de culpabilité. Jusque-là elle s’occupait bien de son enfant, mais maintenant elle se trouve dissociée de son fonctionnement de soins ordinaires auprès de son enfant, toute occupée à soigner son cerveau envahi et à faire barrage à ce qu’elle prend moins pour des images que pour des idées signant une agressivité à l’égard du bébé qu’elle n’imaginait pas éprouver.
Voilà le dialogue qui a pu s’en suivre pour lui permettre de sortir de cette impasse.
- Thérapeute : « Quand vous avez cette image devant les yeux, vous l’avez recherchée ou elle s’est imposée ?
- Juliette : Elle s’impose à moi mais je me demande si je ne la produis pas volontairement à chaque fois que je m’approche de Paul.
- Th. : Est-ce que cette image correspond à une pensée intentionnelle ou est-ce plutôt un automatisme de la pensée ?
- Juliette : Non, je ne veux pas de mal à mon bébé mais j’ai peur de lui faire mal.
- Th. : Vous avez peur de lui faire mal volontairement ou par mégarde ?
- Juliette : Par mégarde, j’ai peur d’un oubli, d’une étourderie et aussitôt je vois le pire s’afficher dans mon esprit. Je me sens coupable, ça me fait mal et j’ai envie de confier Paul pour ne lui faire aucun mal.
- Th. : Vous sentez-vous coupable de vos actes ou de vos fantaisies imaginatives ?
- Juliette : Je ne sais pas, sans doute plus de mes actes, mais pourquoi ces images me poursuivent ? Et maintenant, je n’arrive plus à m’occuper de mon bébé...
- Th. : Pensez vous que ces images vous poursuivent d’elles-mêmes ou accentuez-vous leur présence en les pourchassant vous-même, en les guettant ?
- Juliette : Il est possible que je cherche trop à les contrôler, j’ai toujours voulu tout maîtriser.
- Th. : Voulez-vous contrôler vos actes ou vos pensées ?
- Juliette : Mes actes sans doute, mais j’aimerais tant ne plus avoir ces pensées.
- Th. : Si je comprends bien, vous êtes envahie par des images qui surviennent alors que vous soignez votre enfant et ces images vous font peur au point que vous voulez les contrôler, c’est bien ça ?
- Juliette : C’est tout à fait ça. Ça me hante toute la journée.
- Th. : Pensez-vous que cela vous hante à cause de votre nature ou parce que vous cherchez absolument à les contrôler ?
- Juliette : C’est vrai que je veux les contrôler car c’est trop horrible. Vous croyez que je lui veux du mal ?
- Th. : Je crois que plus vous voulez contrôler ces images, plus elles s’imposeront à vous et moins elles vous rendront disponible pour votre bébé.
- Juliette : Mais alors, que dois-je faire ?
- Th. : Les accepter. J’imagine qu’il vous vient de temps à autre d’autres images et pensées vis-à-vis de votre bébé qui sont beaucoup plus aimables.
- Juliette : Oui, heureusement mais c’est comme si celles que je ne veux pas s’imposaient devant les autres.
- Th. : Justement parce que vous les refusez.
- Juliette : Vous voulez vraiment dire que je dois les accepter ?
- Th. : Oui, et même les faire venir et penser aux pires conséquences de ces scénarios d’horreur.
- Juliette : Je ne peux pas faire cela.
- Th. : Il s’agit d’une pure fantaisie imaginative. Le problème c’est que vous n’allez pas au bout de ce que vous craignez et vous évitez la suite. Et plus vous l’évitez, plus elle vous hante. Et maintenant vous évitez votre bébé. Est-ce cela que vous voulez ?
- Juliette : Non, bien sûr.
- Th. : Alors vous allez être attentive à leur survenue, et si elles viennent vous surprendre, vous allez leur consacrer du temps en déroulant le scénario d’horreur jusqu’à son terme sans chercher à vous rassurer avec “non ce n’est pas possible” ou “je ne pourrai jamais”. Après un temps suffisant pour aller au bout de cette fantaisie imaginative, car le pire a un début mais aussi une fin, vous vous occuperez de Paul comme vous savez si bien le faire. »
Mais ce sentiment de culpabilité se double d’un sentiment d’infériorité maintenant que Juliette se croit dangereuse dans les soins qu’elle porte à son enfant. En effet, observant ses amies ou l’éducation qu’elle avait reçue de sa propre mère, Juliette avait toujours pensé, avant d’avoir elle-même un bébé, qu’elle s’efforcerait d’être une meilleure mère. Elle relevait les erreurs éducatives, les manques d’affection de sa mère, et pensait ses amies un peu insuffisantes vis-à-vis de leur enfant. A la naissance de Paul, Juliette était persuadée qu’elle ferait mieux, du moins elle allait s’y efforcer. Mais la fatigue éprouvée après l’accouchement, les premiers pleurs du bébé engendrant les premiers doutes sur sa façon de faire ont ébranlé sa conviction, même si ses intentions étaient toujours aussi généreuses. C’est alors que les premières images horribles étaient apparues. Loin d’être la bonne mère rêvée, elle devenait, à ses propres yeux, un monstre. Elle entrait ainsi dans cette distorsion cognitive si souvent rencontrée dans la dépression : « tout ou rien ». Elle pouvait dire :
- Juliette : « J’aurais tant voulu faire mieux.
- Th. : Faire mieux que ?
- Juliette : Que les autres mamans... mieux que ma mère aussi. Et aujourd’hui je m’aperçois qu’elle est parfaite avec Paul et j’ai honte de moi, de ce que je suis devenue.
- Th. : Un thérapeute anglais a dit cette phrase restée célèbre : “une mère doit être suffisamment bonne”. Croyez-vous qu’il pensait que toutes les mères étaient parfaites ?
- Juliette : Non, sans doute.
- Th. : Les mères sont censées faire de leur mieux avec ce qu’elles sont, avec leur fatigue parfois ou leur lassitude, avec leurs questions aussi. Pensez-vous que les autres mères n’ont
pas de questions, ou pensez vous qu’elles ont toutes les réponses et sont toutes à un niveau inatteignable ?
- Juliette : Elles ont des questions sans doute.
- Th. : Oui, c’est normal. Celles qui s’en sortent font de leur mieux. C’est la définition de la perfection. Je vous invite à l’humilité de cette perfection-là : faire de son mieux, et pour cela vous allez bannir les échelles de comparaison qui vous distraient de l’intérêt que vous portez à Paul. L’important est-il d’être une mère d’exception aux yeux des autres, ou plutôt d’être une mère ajustée aux besoins de votre enfant ?... »
Bien sûr, ce ne sont que des tranches d’échanges qui laissent entrevoir la nature du dialogue susceptible de sortir la personne de son obsession égocentrique de la culpabilité ou de l’infériorité. Les différents messages portés doivent être répétés sous plusieurs formes avant de chasser les sentiments de culpabilité et d’infériorité. Car il faudra réduire l’ambition d’être la meilleure et on ne peut le faire que si le patient est clairement persuadé que cela l’a amené à nourrir sa dépression, sans qu’il le veuille. Une autre approche complémentaire à celle-ci pourrait être l’externalisation du sentiment de culpabilité ou de celui d’infériorité, à l’aide d’un dialogue de type narratif. Il est souvent nécessaire d’associer plusieurs approches tellement cette peur horrible est envahissante et conduit à l’évitement le pire que l’on puisse imaginer : l’évitement de l’enfant qu’on a désiré et que l’on voudrait tant chérir. Cela pourrait faire l’objet d’un second article pour permettre à une saine humilité de se faire jour, moins esclavagiste que ne le sont la faute et le défaut et tout aussi respectable.
Quand la culpabilité n’est pas féconde, c’està-dire qu’elle ne permet ni le changement ni l’ouverture à l’autre, elle facilite simplement le retrait et la déresponsabilisation, sous couvert d’une condamnation fantasmatique. Quand l’humilité apparente est excessive, elle construit un sentiment d’infériorité qui autorise le renoncement et l’abandon. Il s’agit de retourner la face cachée de ces deux agents doubles !
Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves...
Dr Wilfrid Martineau Chef du pôle Psychiatrie et Santé mentale du CHU de Nantes. Formation à l’hypnose, EMDR, TOS, thérapie narrative et thérapie stratégique. Expérience de l’urgence et des situations de crise et du psychotraumatisme. Exercice actuel en psychiatrie de secteur (CMP et unités d’hospitalisation). Formateur au sein de l’ARePTA-Institut Milton Erickson de Nantes. Coordonnateur du DU Hypnose et Communication thérapeutique de la Faculté de médecine de Nantes.
Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 79: Nov. / Déc. 2025 / Janv. 2026 DEPRESSION
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°79…
8 / Éditorial : Le partage de l’imaginaire pour faire émerger des ressources Julien Betbèze
10 / En couverture : Gabrielle Grimaldi Pics et dentelles d’aquarelle Sophie Cohen
12 / Hypnose et imagination créatrice Une poétique de l’action Alexandru Cupaciu.
16 / Acrophobie Externaliser pour se réassocier et retrouver le souffle Anne Malraux
26 / Hypnose de spectacle et hypnose clinique. Deux visages, deux finalités, une double vigilance éthique Fabrice Lakdja et Gérard Ostermann
32 / Quel est le premier souvenir qui vient ? Dissoudre une problématique figée en s’appuyant sur un souvenir source Michel Lamarlère
44 / Du divan au fauteuil Sortir de la répétition des schémas relationnels antérieurs Sylvie Le Pelletier-Beaufond
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
50 / Introduction Gérard Ostermann
54 / Encoprésie et Caca farceur Dessine-moi ton problème Corinne Paillette
62 / L’anéjaculation Quand la panne sex-prime Karine Ficini
73 / Boules de couleur en chirurgie dentaire « Elle courait dans sa tête » Thierry Hueber
84 / DOSSIER DÉPRESSION
86 / Défaut et faute : Les agents doubles de la dépression Wilfrid Martineau
96 / Dépression et renoncement Mouvement de bascule et choix Alain Vallée
QUIPROQUO
104 / Renoncement S. Colombo, Muhuc
BONJOUR ET APRÈS...
108 / Denise, Son sommeil abîmé et ses cauchemars Sophie Cohen
LES CHAMPS DU POSSIBLE
112 / L’écho silencieux : Quand le corps du thérapeute devient miroir du traumatisme Adrian Chaboche
CULTURE MONDE
116 / La naissance à l’envers. Restaurer les potentiels d’auto-guérison Sylvie Le Pelletier- Beaufond
LIVRES EN BOUCHE
120 / J. Betbèze, S. Cohen
124 / ESPACE FORMATIONS
Illustrations: Gabrielle Grimaldi
Se pourrait-il que notre psychisme soit infiltré par des agents doubles ? Curieuse hypothèse, provocation peut-être. Et pourtant, le défaut et la faute envahissent la société des hommes et parviennent parfois à les obnubiler. Leur stratégie est simple puisqu’elle consiste à aller flirter avec la conscience de chacun. Avoir une conscience est sans doute le privilège de l’homme mais il paie cher ce privilège. Et si la vulnérabilité à la dépression était le prix à payer de cette spécificité de notre psychisme ?
Le défaut et la faute attaquent notre psychisme parfois de concert, parfois en alternance, mais toujours de façon complémentaire. Ils savent installer au cœur de la conscience deux sentiments qui hantent les hommes : le sentiment de culpabilité et le sentiment d’infériorité. Pourquoi est-ce si fréquent ? Peut-être simplement parce que ces sentiments sont le cœur de notre humanité. Pas d’humanité sans sentiment de culpabilité et sans pardon. Pas de progrès humain sans que l’homme ne glisse dans la comparaison, la compétition et la rivalité avec le risque de s’enfoncer dans le sentiment d’infériorité, en cas d’échec, de désaveu ou de comparaison désavantageuse. Le sentiment de supériorité qui se rencontre parfois n’est que le double inversé du précédent et est érigé comme une défense bien fragile vis-à-vis du doute qui hante tout homme. Alors le défaut et la faute sont bien des agents doubles car ils semblent agir dans l’intérêt de celui qui les vit, en les rendant conscients d’un positionnement visà-vis du monde ou des autres, en référence à une loi ou à un modèle, alors qu’ils peuvent aussi, par cette conscience trop autocentrée, pervertir la relation qu’ils sont censés faire vivre.
Agents doubles, car si leur présence est visible, leur stratégie clandestine est complexe et déterminée par des buts en apparence opposés. Le clinicien doit débusquer les stratagèmes du défaut et de la faute pour inviter le patient à ne pas tomber dans le piège tendu. Alors, en quoi leur face est-elle double ? On perçoit assez vite qu’ils sont les alliés de la dépression et d’ailleurs les patients disent assez souvent : « je me sens coupable » ou « je suis coupable » ou encore « je ne suis pas à la hauteur », « je ne vaux rien ». Ainsi donc est affichée d’emblée la face visible de ces agents comme médiateurs de la dépression.
Mais comment le patient tombe-t-il dans le panneau avec des pensées aussi disqualifiantes qui s’installent en lui sans qu’il se révolte, sans qu’il les critique, voire sans qu’il veuille même les exclure de sa conscience ? Pas si simple, car ces deux sentiments d’infériorité et de culpabilité qui se sont immiscés dans la conscience agissent aussi en flattant l’ego de la victime ou révèlent en négatif ce qu’il recèle au plus profond de chacun. Comment ces sentiments font-ils pour s’emparer de la conscience alors qu’ils ont une mauvaise réputation ?
Le sentiment de culpabilité permet en se chargeant d’une faute, parfois fantasmatique, de façon excessive, de paraître comme une victime qui expie pour un crime, le plus souvent non commis, ou un « péché véniel ». Notre société a enfin pris le parti des victimes, mais cela favorise leur nombre et leur pouvoir. Ce propos semble excessif, mais y a-t-il quelqu’un plus au centre de la scène qu’une victime qui se déclare coupable sans l’être le plus souvent ? A l’extrême, le mélancolique, dans un ultime sursaut pour emporter sa conviction comme celle de ses interlocuteurs, se sent responsable de tous les malheurs de la terre, s’accusant de crimes impossibles. Aucun raisonnement de l’entourage, établi avec une logique ordinaire, ne vient modifier cette responsabilité. C’est au point qu’elle porte en creux l’hubris démesuré du maniaque qui peut tout, sans limite, s’autorisant les plus grands excès.
Bien sûr le sentiment de culpabilité semble lourd à porter. Habituellement les hommes cherchaient à s’en débarrasser en obtenant le pardon d’un proche ou d’un clerc qui le faisait au nom de Dieu. Mais on voit bien que chez les personnes dépressives, le sentiment de culpabilité joue un rôle si important dans leur psychisme qu’il peut paraître indélogeable par des moyens relevant d’un raisonnement ordinaire. Il est impossible d’ébranler leur conviction. C’est pourquoi il sera important d’adopter des stratégies thérapeutiques permettant un recadrage de cette culpabilité pour permettre au patient de s’en décoller, de s’en éloigner honorablement, c’est-à-dire sans perdre son identité narrative, celle que construit sa conscience de lui-même et de son rapport aux autres.
Aujourd’hui, il est plus fréquent de rencontrer des personnes en proie à un sentiment d’infériorité, du moins en apparence. Celui-ci est encore plus insidieux car il n’y a aucune échelle de mesure qui détermine la bonne hauteur à laquelle on se tient vis-à-vis des autres. Cette échelle est porteuse d’infini. De plus les normes changent en permanence selon les époques et les groupes sociaux auxquels on appartient. Les comparaisons n’ont pas de limite, c’est là leur puissance car il est impossible de satisfaire parfaitement une norme. Le delta qui nous sépare éternellement du « meilleur », c’est-à-dire d’une perfection fantasmatique, est d’autant plus douloureux qu’il diminue. Paradoxe de l’effort du perfectionniste bien mal récompensé ! Le piège est là, plus je fais des efforts pour me rapprocher d’un idéal non défini, plus la dépression s’installe, car le but, à mesure qu’il se fait plus proche, devient inatteignable comme un horizon qui s’éloigne à mesure qu’on s’en approche. Plus ce delta – cet écart – est petit, plus sa puissance est destructrice, et c’est là tout le malheur du perfectionniste qui cherche à diminuer sans cesse ce delta sans parvenir à l’effacer.
Mais cette échelle comparative exerce un pouvoir d’attraction terrifiant tellement est importante cette idée d’avoir une valeur comparée à celle des autres, essentielle pour exister car notre sentiment d’appartenance est une nécessité vitale. Les comparaisons fleurissent dès l’enfance : poids de naissance, âge des premières dents, âge de la marche, âge de l’appropriation du langage, puis l’école vient établir des notes, des niveaux, des parallèles.
Mais cela n’est rien car bien vite les comparaisons de cour d’école passent un niveau au-dessus grâce aux réseaux sociaux, moyen infini de comparaison pour les adolescents comme les adultes. La peur de perdre l’appartenance au groupe fait le reste. Quelques remarques, quelques signes de désapprobation sur le Web et c’est l’effondrement. Le sentiment d’infériorité use alors de la classique distorsion cognitive du « tout ou rien»:«si je ne suis pas aimé ou apprécié de tous, c’est que je ne suis pas aimé du tout, c’est que je ne vaux rien ». Face à cette crainte du désamour ou du rejet, la tentation est celle du retrait, de l’abandon. Alors comment ce sentiment agit-il avec autant de force ? Il le fait en s’appuyant sur le doute, propre à chacun à certains moments de l’existence, et sur l’orgueil glissé tel un poison au centre de notre ego.
Pas simple de percevoir en creux, quand on entend « je suis nul », le désir impérieux d’être le meilleur. Et si je ne suis pas le meilleur, autant abandonner, autant renoncer. Mais quand le sujet abandonne, se retire du monde qui s’agite autour de lui, il rentre dans le monde de la dépression où les différents démons ont pris le pouvoir. C’est ainsi que faute et défaut, grâce à ces sentiments pernicieux de culpabilité et d’infériorité, œuvrent comme des agents doubles. La culpabilité et l’infériorité viennent apparemment flatter l’humilité, qualité généralement acceptable, alors que c’est d’orgueil et de toute-puissance dont il s’agit. Sans cet orgueil ou cette ambition, peu lisibles en apparence quand on reçoit des personnes dépressives, faute et défaut perdraient beaucoup de leur emprise et la dépression ne pourrait pas faire son nid dans ces consciences troublées ruminant sans cesse leur faute ou leur incompétence.
Les antidotes existent, heureusement, mais si le patient est trop envahi, prisonnier de ces sentiments, il n’y a plus accès. Et c’est le travail du thérapeute de restaurer ces antidotes. Pour le sentiment de culpabilité, c’est le rachat et l’auto-compassion et d’abord l’idée que nul n’est juge de la faute, pas même le patient. Pour le sentiment d’infériorité, c’est le bannissement de l’échelle de comparaison et du miroir qui nous renvoient en permanence notre infortune (tel le miroir magique de la belle-mère de Blanche-Neige qui cherche toujours à être la plus belle et qui noircit son âme dans cette quête insatiable).
Le travail du thérapeute est de les mettre en évidence d’abord, et c’est une tâche assez facile car l’accord est vite trouvé avec le patient sur ce qui le trouble et alimente son vécu dépressif. Les débusquer et démasquer leurs « agissements » à l’intérieur des consciences est beaucoup moins aisé. Plusieurs approches peuvent être complémentaires. La première est celle du questionnement stratégique qui, par sa forme en alternative, scinde les problèmes et isole les mécanismes jusqu’alors confus.
Giorgio Nardone a beaucoup insisté sur la spécificité de ce questionnement qui permet de donner à chaque question deux alternatives en apparence opposées aboutissant à des réponses qui clarifient le problème présenté par le sujet. Bien sûr toutes les trois ou quatre questions, il est important de faire une synthèse des réponses pour aboutir à un accord commun de la définition du problème, ou du moins de son contexte et de son mode de fonctionnement. C’est un peu comme si chaque réponse était un réducteur de complexité ou, mieux, permettait inéluctablement d’être guidé du vase de l’entonnoir où l’on se noie vers son embouchure. Le recadrage du problème suit qui peut ouvrir sur un changement de perspective propre à faire évoluer les comportements du patient.
Juliette qui s’imagine être une mère dangereuse...
En voici un exemple avec Juliette, jeune maman, scrupuleuse, en proie au doute quelques semaines après la naissance de son bébé et qui s’imagine être une mère dangereuse. Des images violentes surgissent quand elle s’occupe de l’enfant : chute de la table à langer, bras qui lâchent l’enfant, poussette oubliée, pour ne citer que les moins effrayantes. Plus elle veut chasser ces images de son esprit, plus elle les fixe jusqu’à ce qu’elles deviennent envahissantes, quasi permanentes à chaque contact avec son enfant, engendrant un très fort sentiment de culpabilité. Jusque-là elle s’occupait bien de son enfant, mais maintenant elle se trouve dissociée de son fonctionnement de soins ordinaires auprès de son enfant, toute occupée à soigner son cerveau envahi et à faire barrage à ce qu’elle prend moins pour des images que pour des idées signant une agressivité à l’égard du bébé qu’elle n’imaginait pas éprouver.
Voilà le dialogue qui a pu s’en suivre pour lui permettre de sortir de cette impasse.
- Thérapeute : « Quand vous avez cette image devant les yeux, vous l’avez recherchée ou elle s’est imposée ?
- Juliette : Elle s’impose à moi mais je me demande si je ne la produis pas volontairement à chaque fois que je m’approche de Paul.
- Th. : Est-ce que cette image correspond à une pensée intentionnelle ou est-ce plutôt un automatisme de la pensée ?
- Juliette : Non, je ne veux pas de mal à mon bébé mais j’ai peur de lui faire mal.
- Th. : Vous avez peur de lui faire mal volontairement ou par mégarde ?
- Juliette : Par mégarde, j’ai peur d’un oubli, d’une étourderie et aussitôt je vois le pire s’afficher dans mon esprit. Je me sens coupable, ça me fait mal et j’ai envie de confier Paul pour ne lui faire aucun mal.
- Th. : Vous sentez-vous coupable de vos actes ou de vos fantaisies imaginatives ?
- Juliette : Je ne sais pas, sans doute plus de mes actes, mais pourquoi ces images me poursuivent ? Et maintenant, je n’arrive plus à m’occuper de mon bébé...
- Th. : Pensez vous que ces images vous poursuivent d’elles-mêmes ou accentuez-vous leur présence en les pourchassant vous-même, en les guettant ?
- Juliette : Il est possible que je cherche trop à les contrôler, j’ai toujours voulu tout maîtriser.
- Th. : Voulez-vous contrôler vos actes ou vos pensées ?
- Juliette : Mes actes sans doute, mais j’aimerais tant ne plus avoir ces pensées.
- Th. : Si je comprends bien, vous êtes envahie par des images qui surviennent alors que vous soignez votre enfant et ces images vous font peur au point que vous voulez les contrôler, c’est bien ça ?
- Juliette : C’est tout à fait ça. Ça me hante toute la journée.
- Th. : Pensez-vous que cela vous hante à cause de votre nature ou parce que vous cherchez absolument à les contrôler ?
- Juliette : C’est vrai que je veux les contrôler car c’est trop horrible. Vous croyez que je lui veux du mal ?
- Th. : Je crois que plus vous voulez contrôler ces images, plus elles s’imposeront à vous et moins elles vous rendront disponible pour votre bébé.
- Juliette : Mais alors, que dois-je faire ?
- Th. : Les accepter. J’imagine qu’il vous vient de temps à autre d’autres images et pensées vis-à-vis de votre bébé qui sont beaucoup plus aimables.
- Juliette : Oui, heureusement mais c’est comme si celles que je ne veux pas s’imposaient devant les autres.
- Th. : Justement parce que vous les refusez.
- Juliette : Vous voulez vraiment dire que je dois les accepter ?
- Th. : Oui, et même les faire venir et penser aux pires conséquences de ces scénarios d’horreur.
- Juliette : Je ne peux pas faire cela.
- Th. : Il s’agit d’une pure fantaisie imaginative. Le problème c’est que vous n’allez pas au bout de ce que vous craignez et vous évitez la suite. Et plus vous l’évitez, plus elle vous hante. Et maintenant vous évitez votre bébé. Est-ce cela que vous voulez ?
- Juliette : Non, bien sûr.
- Th. : Alors vous allez être attentive à leur survenue, et si elles viennent vous surprendre, vous allez leur consacrer du temps en déroulant le scénario d’horreur jusqu’à son terme sans chercher à vous rassurer avec “non ce n’est pas possible” ou “je ne pourrai jamais”. Après un temps suffisant pour aller au bout de cette fantaisie imaginative, car le pire a un début mais aussi une fin, vous vous occuperez de Paul comme vous savez si bien le faire. »
Mais ce sentiment de culpabilité se double d’un sentiment d’infériorité maintenant que Juliette se croit dangereuse dans les soins qu’elle porte à son enfant. En effet, observant ses amies ou l’éducation qu’elle avait reçue de sa propre mère, Juliette avait toujours pensé, avant d’avoir elle-même un bébé, qu’elle s’efforcerait d’être une meilleure mère. Elle relevait les erreurs éducatives, les manques d’affection de sa mère, et pensait ses amies un peu insuffisantes vis-à-vis de leur enfant. A la naissance de Paul, Juliette était persuadée qu’elle ferait mieux, du moins elle allait s’y efforcer. Mais la fatigue éprouvée après l’accouchement, les premiers pleurs du bébé engendrant les premiers doutes sur sa façon de faire ont ébranlé sa conviction, même si ses intentions étaient toujours aussi généreuses. C’est alors que les premières images horribles étaient apparues. Loin d’être la bonne mère rêvée, elle devenait, à ses propres yeux, un monstre. Elle entrait ainsi dans cette distorsion cognitive si souvent rencontrée dans la dépression : « tout ou rien ». Elle pouvait dire :
- Juliette : « J’aurais tant voulu faire mieux.
- Th. : Faire mieux que ?
- Juliette : Que les autres mamans... mieux que ma mère aussi. Et aujourd’hui je m’aperçois qu’elle est parfaite avec Paul et j’ai honte de moi, de ce que je suis devenue.
- Th. : Un thérapeute anglais a dit cette phrase restée célèbre : “une mère doit être suffisamment bonne”. Croyez-vous qu’il pensait que toutes les mères étaient parfaites ?
- Juliette : Non, sans doute.
- Th. : Les mères sont censées faire de leur mieux avec ce qu’elles sont, avec leur fatigue parfois ou leur lassitude, avec leurs questions aussi. Pensez-vous que les autres mères n’ont
pas de questions, ou pensez vous qu’elles ont toutes les réponses et sont toutes à un niveau inatteignable ?
- Juliette : Elles ont des questions sans doute.
- Th. : Oui, c’est normal. Celles qui s’en sortent font de leur mieux. C’est la définition de la perfection. Je vous invite à l’humilité de cette perfection-là : faire de son mieux, et pour cela vous allez bannir les échelles de comparaison qui vous distraient de l’intérêt que vous portez à Paul. L’important est-il d’être une mère d’exception aux yeux des autres, ou plutôt d’être une mère ajustée aux besoins de votre enfant ?... »
Bien sûr, ce ne sont que des tranches d’échanges qui laissent entrevoir la nature du dialogue susceptible de sortir la personne de son obsession égocentrique de la culpabilité ou de l’infériorité. Les différents messages portés doivent être répétés sous plusieurs formes avant de chasser les sentiments de culpabilité et d’infériorité. Car il faudra réduire l’ambition d’être la meilleure et on ne peut le faire que si le patient est clairement persuadé que cela l’a amené à nourrir sa dépression, sans qu’il le veuille. Une autre approche complémentaire à celle-ci pourrait être l’externalisation du sentiment de culpabilité ou de celui d’infériorité, à l’aide d’un dialogue de type narratif. Il est souvent nécessaire d’associer plusieurs approches tellement cette peur horrible est envahissante et conduit à l’évitement le pire que l’on puisse imaginer : l’évitement de l’enfant qu’on a désiré et que l’on voudrait tant chérir. Cela pourrait faire l’objet d’un second article pour permettre à une saine humilité de se faire jour, moins esclavagiste que ne le sont la faute et le défaut et tout aussi respectable.
Quand la culpabilité n’est pas féconde, c’està-dire qu’elle ne permet ni le changement ni l’ouverture à l’autre, elle facilite simplement le retrait et la déresponsabilisation, sous couvert d’une condamnation fantasmatique. Quand l’humilité apparente est excessive, elle construit un sentiment d’infériorité qui autorise le renoncement et l’abandon. Il s’agit de retourner la face cachée de ces deux agents doubles !
Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves...
Dr Wilfrid Martineau Chef du pôle Psychiatrie et Santé mentale du CHU de Nantes. Formation à l’hypnose, EMDR, TOS, thérapie narrative et thérapie stratégique. Expérience de l’urgence et des situations de crise et du psychotraumatisme. Exercice actuel en psychiatrie de secteur (CMP et unités d’hospitalisation). Formateur au sein de l’ARePTA-Institut Milton Erickson de Nantes. Coordonnateur du DU Hypnose et Communication thérapeutique de la Faculté de médecine de Nantes.
Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 79: Nov. / Déc. 2025 / Janv. 2026 DEPRESSION
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°79…
8 / Éditorial : Le partage de l’imaginaire pour faire émerger des ressources Julien Betbèze
10 / En couverture : Gabrielle Grimaldi Pics et dentelles d’aquarelle Sophie Cohen
12 / Hypnose et imagination créatrice Une poétique de l’action Alexandru Cupaciu.
16 / Acrophobie Externaliser pour se réassocier et retrouver le souffle Anne Malraux
26 / Hypnose de spectacle et hypnose clinique. Deux visages, deux finalités, une double vigilance éthique Fabrice Lakdja et Gérard Ostermann
32 / Quel est le premier souvenir qui vient ? Dissoudre une problématique figée en s’appuyant sur un souvenir source Michel Lamarlère
44 / Du divan au fauteuil Sortir de la répétition des schémas relationnels antérieurs Sylvie Le Pelletier-Beaufond
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
50 / Introduction Gérard Ostermann
54 / Encoprésie et Caca farceur Dessine-moi ton problème Corinne Paillette
62 / L’anéjaculation Quand la panne sex-prime Karine Ficini
73 / Boules de couleur en chirurgie dentaire « Elle courait dans sa tête » Thierry Hueber
84 / DOSSIER DÉPRESSION
86 / Défaut et faute : Les agents doubles de la dépression Wilfrid Martineau
96 / Dépression et renoncement Mouvement de bascule et choix Alain Vallée
QUIPROQUO
104 / Renoncement S. Colombo, Muhuc
BONJOUR ET APRÈS...
108 / Denise, Son sommeil abîmé et ses cauchemars Sophie Cohen
LES CHAMPS DU POSSIBLE
112 / L’écho silencieux : Quand le corps du thérapeute devient miroir du traumatisme Adrian Chaboche
CULTURE MONDE
116 / La naissance à l’envers. Restaurer les potentiels d’auto-guérison Sylvie Le Pelletier- Beaufond
LIVRES EN BOUCHE
120 / J. Betbèze, S. Cohen
124 / ESPACE FORMATIONS
Illustrations: Gabrielle Grimaldi
Catégories: Hypnose Paris,EMDR,Thérapie Brève Paris
Dépression et renoncement. Revue Hypnose et Thérapies Brèves 79.
Dossier DEPRESSION. Pour illustrer le thème de la dépression, au sommaire de ce numéro, nous avons choisi un article du regretté Alain Vallée écrit en 2023, année de sa disparition. Article produit en son temps par un grand spécialiste du sujet, qui montre le lien entre les conversations d’engagement et le travail de Giorgio Nardone sur la dépression.
Pour Giorgio Nardone, le sujet dépressif « laisse tomber » (« give up »), ce qui l’amène à s’enfermer dans un rôle de victime prenant en otage son entourage. Lors de la prise en charge, il s’agit de recadrer le renoncement comme un processus actif, afin que le sujet parvienne à affronter les difficultés et pièges dans lesquels il est pris.
VIGNETTE CLINIQUE N° 1
Une jeune femme, institutrice, est venue me rencontrer. Depuis longtemps sa vie est diffi
cile, elle ne sait pas si elle a fait les bons choix mais elle est incapable de voir clairement une autre vie possible. Depuis quelque temps, elle est en arrêt de travail et ne peut absolument pas imaginer qu’elle puisse reprendre. Selon elle, les traitements qui lui ont été prescrits sont inefficaces.
J’ai essayé de retrouver le moment de bascule qui l’a fait passer de la rubrique « vie difficile » à la rubrique « burn-out ». Elle se souvient clairement qu’il y a environ un mois, alors qu’elle était en chemin vers son travail, elle a tout à coup tourné le volant pour se diriger vers le service d’urgence. Là, elle a rencontré le psychiatre de garde qui lui a dit qu’elle était dépressive, même si elle préfère le terme burn-out, et qui lui a prescrit son traitement actuel. Mon nom lui a été donné par la sagefemme qui assure son suivi gynécologique. Nous avons donc deux versions :
Version 1 : « C’est inconsciemment que je suis arrivée au service d’urgence, de la même manière que, depuis longtemps maintenant, je me surprends à faire malgré moi tout un tas de choses du genre faire des crises d’angoisse, ruminer, avoir des idées noires, avoir des difficultés de concentration et d’anticipation, etc. »
Version 2 : « J’ai considéré que c’était trop dur d’aller au travail, alors plutôt que de me rendre encore une fois à contrecœur à l’école, j’ai choisi de me rendre au service d’urgence dans le but de faire entendre ma souffrance que je ne peux exprimer à personne, pas même à mon compagnon. »
Je préfère de beaucoup la deuxième version, celle de l’activité.
Comment ai-je ensuite mené l’entretien ?
- Thérapeute : « Si une de vos amies vous racontait que, alors qu’elle va mal depuis pas mal de temps, elle a décidé, au lieu de se rendre au travail, de prendre la direction des urgences pour exprimer son malaise afin de se sentir comprise, que penseriez-vous d’elle et de sa démarche ?
- Patiente : Je penserais qu’elle a bien fait !
- Th. : OK, elle a certainement bien fait. Et que penseriez-vous d’elle à propos de ses capacités ? P. : Elle est suffisamment forte pour prendre une décision.
- Th. : Dois-je comprendre quelque chose du genre : malgré tout, elle reste capable de prendre les bonnes décisions et de les mettre en œuvre ?
- P. : C’est exactement cela : mettre en œuvre les bonnes décisions, c’est justement ce que je ne sais pas faire.
- Th. (en la montrant du doigt) : Et quand je vous fais remarquer que c’est vous, cette femme qui est capable de prendre les bonnes décisions et de les mettre en œuvre, ça vous fait quoi, à l’intérieur ?
- P. : C’est un soulagement incroyable !
- Th. : Est-ce que vous pouvez me montrer où est cette sensation de soulagement ?
- P. : C’est là (elle pose sa main en zone médio-thoracique).
- Th. : Dites-moi, cette jeune femme, est-ce que quelqu’un lui a posé un pistolet sur la tempe pour qu’elle se rende aux urgences, ou bien est-ce qu’elle est y est allée librement ?
- P. : Elle y est allée librement !
- Th. : OK. Dites-moi, juste avant de partir ce matin-là, est-ce que vous auriez pu prédire que vous alliez tout à coup devenir ce genre de personne capable de prendre librement les bonnes décisions et de les mettre en œuvre ?
- P.:Non.
- Th. : Est-ce que je dois comprendre que vous pensiez plutôt que vous allez vivre encore une fois l’enfer pendant une journée, ce genre de journée qui est en train de savonner la planche sur laquelle vous vous sentez glisser depuis quelque temps ?
- P. : C’est exactement ça : glisser et ne pas pouvoir s’en empêcher.
- Th. : Donc, ce jour-là, même si ce n’était pas prévu, vous avez marché à contre-courant.
- P. : Oui, c’est vrai.
- Th. : Si je reprends ce que nous avons dit et échangé. Depuis pas mal de temps, vous vous sentez en difficulté. Vous rêvez de changer de métier, mais ceci vous apparaît impossible pour tout un tas de raisons parmi lesquelles votre enfant, l’opinion de votre compagnon. Vous vous sentez même incomprise, pas plus capable d’un échange avec votre compagnon que de trouver une aide au sein de l’Éducation nationale, ou bien même, m’avez-vous dit, auprès d’une amie proche. Petit à petit, vous vous êtes sentie de plus en plus désespérée et triste sans savoir ce que vous deviez faire. Et pourtant, tout à coup, ce matin-là, de manière impromptue, vous avez décidé de tourner le volant pour prendre la direction du service d’urgence et aller ainsi vers de nouvelles possibilités relationnelles. Lorsque nous avons parlé de ce moment-là, il est apparu que vous étiez ce genre de personne qui était, malgré tout ce que vous pensiez à propos de vous-même, capable de prendre une bonne décision et de la mettre en œuvre. De mon point de vue, je trouve que c’est un moment important, une sorte de changement d’orientation. J’avoue que je suis très intéressé par ce genre de moments que j’appelle des moments de bascule. Alors, ce que j’aimerais, ça serait peut-être que vous tentiez d’être attentive à la survenue de ce genre de moments, à l’occasion desquels vous prenez une bonne décision ou bien peut-être plus simplement ceux à l’occasion desquels, au lieu d’obéir une fois de plus à “il faut que”, vous décidez de prendre l’initiative aussi ténue qu’elle soit, quelque chose du genre : “je vais faire ça”, ou bien, plus souvent, “j’ai fait ça”, parce que c’est souvent après-coup qu’on s’en rend compte.
- P. : OK, je suis d’accord.
- Th. : Dites-moi, sur quoi allez-vous noter, inscrire la trace de ces petits moments, sur un carnet, sur votre téléphone ?
- P. : J’ai l’habitude de tout noter sur mon carnet : la liste de courses, les idées pour la classe, toutes sortes de choses.
- Th. : Vous l’avez sur vous, maintenant ?
- P.:Oui.
- Th. : N’oubliez pas qu’il faudra peut-être qu’il vous suive chez vous pour que vous puissiez noter.
- P. : Pas de souci, ma voiture couche dehors.
- Th. : Juste une dernière question : à zéro, vous êtes certaine de ne jamais pouvoir le faire, à 100, vous êtes certaine de pouvoir noter à ce moment-là au moins une fois temps en temps : à combien êtes-vous ?... »
VIGNETTE CLINIQUE N° 2
Depuis quelque temps, cet homme se plaint de tout, des autres, du monde entier et aussi de lui-même. J’ai beau rechercher des exceptions qui surviennent malgré tout dans sa vie, elles ne réussissent pas à prendre racine malgré mes efforts. Après le soulagement passager qui suit l’évocation de la découverte d’un de ces moments particuliers, le soufflé retombe ; le sentiment d’être la victime passive et souffrante des autres, du monde et de ses erreurs, continue de dominer.
À ce point-là, la perception globale est plutôt celle d’un échec de la thérapie. Des solutions sont possibles. Je peux choisir de me laisser aller à ces idées générales, par exemple que c’est un patient difficile, qu’il lui faudrait des médicaments (qu’il a déjà, par ailleurs), que je ne suis pas si doué que cela (ce qui est parfaitement vrai), etc. Je peux me laisser aller à la passivité de la réaction ; je peux aussi me ressaisir et me dire : « hé ! si au moins tu faisais ce que tu sais déjà faire ! » Ma propre « reprise en main » m’amène à une remémoration.
Cela me rappelle une consultation avec Giorgio Nardone qui, comme c’est devenu la coutume, reçoit un patient pour la consultation publique de la demi-journée. C’est un cas difficile. Il s’agit d’un patient hospitalisé depuis de nombreuses années pour un syndrome dépressif que d’aucuns qualifieraient de mélancolique. Les tentatives de suicide sont multiples ; les échecs des bonnes volontés de ceux qui se sont occupés de lui sont encore plus nombreux. Gentiment, avec sa manière particulière d’être tellement proche physiquement des patients (ou bien d’en donner l’impression à celui qui l’observe travailler), il l’amène à évoquer les différents échecs de ceux qui se sont occupés de lui. Il finit, en se montrant en quelque sorte complice de ce comportement, par conforter ce sens de la résistance, ce qui suscite progressivement chez le patient un léger sourire. Je pense à cet étrange sourire bien souvent présent sur la statuaire de la mélancolie. Il finira par lui montrer combien le fait de s’enfermer lui-même dans sa tour d’ivoire est un échec : « le prix à payer ! ». Néanmoins, en le flattant dans son esprit de résistance, il lui a montré...
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Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°79…
8 / Éditorial : Le partage de l’imaginaire pour faire émerger des ressources Julien Betbèze
10 / En couverture : Gabrielle Grimaldi Pics et dentelles d’aquarelle Sophie Cohen
12 / Hypnose et imagination créatrice Une poétique de l’action Alexandru Cupaciu.
16 / Acrophobie Externaliser pour se réassocier et retrouver le souffle Anne Malraux
26 / Hypnose de spectacle et hypnose clinique. Deux visages, deux finalités, une double vigilance éthique Fabrice Lakdja et Gérard Ostermann
32 / Quel est le premier souvenir qui vient ? Dissoudre une problématique figée en s’appuyant sur un souvenir source Michel Lamarlère
44 / Du divan au fauteuil Sortir de la répétition des schémas relationnels antérieurs Sylvie Le Pelletier-Beaufond
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
50 / Introduction Gérard Ostermann
54 / Encoprésie et Caca farceur Dessine-moi ton problème Corinne Paillette
62 / L’anéjaculation Quand la panne sex-prime Karine Ficini
73 / Boules de couleur en chirurgie dentaire « Elle courait dans sa tête » Thierry Hueber
84 / DOSSIER DÉPRESSION
86 / Défaut et faute : Les agents doubles de la dépression Wilfrid Martineau
96 / Dépression et renoncement Mouvement de bascule et choix Alain Vallée
QUIPROQUO
104 / Renoncement S. Colombo, Muhuc
BONJOUR ET APRÈS...
108 / Denise, Son sommeil abîmé et ses cauchemars Sophie Cohen
LES CHAMPS DU POSSIBLE
112 / L’écho silencieux : Quand le corps du thérapeute devient miroir du traumatisme Adrian Chaboche
CULTURE MONDE
116 / La naissance à l’envers. Restaurer les potentiels d’auto-guérison Sylvie Le Pelletier- Beaufond
LIVRES EN BOUCHE
120 / J. Betbèze, S. Cohen
124 / ESPACE FORMATIONS
Illustrations: Gabrielle Grimaldi
VIGNETTE CLINIQUE N° 1
Une jeune femme, institutrice, est venue me rencontrer. Depuis longtemps sa vie est diffi
cile, elle ne sait pas si elle a fait les bons choix mais elle est incapable de voir clairement une autre vie possible. Depuis quelque temps, elle est en arrêt de travail et ne peut absolument pas imaginer qu’elle puisse reprendre. Selon elle, les traitements qui lui ont été prescrits sont inefficaces.
J’ai essayé de retrouver le moment de bascule qui l’a fait passer de la rubrique « vie difficile » à la rubrique « burn-out ». Elle se souvient clairement qu’il y a environ un mois, alors qu’elle était en chemin vers son travail, elle a tout à coup tourné le volant pour se diriger vers le service d’urgence. Là, elle a rencontré le psychiatre de garde qui lui a dit qu’elle était dépressive, même si elle préfère le terme burn-out, et qui lui a prescrit son traitement actuel. Mon nom lui a été donné par la sagefemme qui assure son suivi gynécologique. Nous avons donc deux versions :
Version 1 : « C’est inconsciemment que je suis arrivée au service d’urgence, de la même manière que, depuis longtemps maintenant, je me surprends à faire malgré moi tout un tas de choses du genre faire des crises d’angoisse, ruminer, avoir des idées noires, avoir des difficultés de concentration et d’anticipation, etc. »
Version 2 : « J’ai considéré que c’était trop dur d’aller au travail, alors plutôt que de me rendre encore une fois à contrecœur à l’école, j’ai choisi de me rendre au service d’urgence dans le but de faire entendre ma souffrance que je ne peux exprimer à personne, pas même à mon compagnon. »
Je préfère de beaucoup la deuxième version, celle de l’activité.
Comment ai-je ensuite mené l’entretien ?
- Thérapeute : « Si une de vos amies vous racontait que, alors qu’elle va mal depuis pas mal de temps, elle a décidé, au lieu de se rendre au travail, de prendre la direction des urgences pour exprimer son malaise afin de se sentir comprise, que penseriez-vous d’elle et de sa démarche ?
- Patiente : Je penserais qu’elle a bien fait !
- Th. : OK, elle a certainement bien fait. Et que penseriez-vous d’elle à propos de ses capacités ? P. : Elle est suffisamment forte pour prendre une décision.
- Th. : Dois-je comprendre quelque chose du genre : malgré tout, elle reste capable de prendre les bonnes décisions et de les mettre en œuvre ?
- P. : C’est exactement cela : mettre en œuvre les bonnes décisions, c’est justement ce que je ne sais pas faire.
- Th. (en la montrant du doigt) : Et quand je vous fais remarquer que c’est vous, cette femme qui est capable de prendre les bonnes décisions et de les mettre en œuvre, ça vous fait quoi, à l’intérieur ?
- P. : C’est un soulagement incroyable !
- Th. : Est-ce que vous pouvez me montrer où est cette sensation de soulagement ?
- P. : C’est là (elle pose sa main en zone médio-thoracique).
- Th. : Dites-moi, cette jeune femme, est-ce que quelqu’un lui a posé un pistolet sur la tempe pour qu’elle se rende aux urgences, ou bien est-ce qu’elle est y est allée librement ?
- P. : Elle y est allée librement !
- Th. : OK. Dites-moi, juste avant de partir ce matin-là, est-ce que vous auriez pu prédire que vous alliez tout à coup devenir ce genre de personne capable de prendre librement les bonnes décisions et de les mettre en œuvre ?
- P.:Non.
- Th. : Est-ce que je dois comprendre que vous pensiez plutôt que vous allez vivre encore une fois l’enfer pendant une journée, ce genre de journée qui est en train de savonner la planche sur laquelle vous vous sentez glisser depuis quelque temps ?
- P. : C’est exactement ça : glisser et ne pas pouvoir s’en empêcher.
- Th. : Donc, ce jour-là, même si ce n’était pas prévu, vous avez marché à contre-courant.
- P. : Oui, c’est vrai.
- Th. : Si je reprends ce que nous avons dit et échangé. Depuis pas mal de temps, vous vous sentez en difficulté. Vous rêvez de changer de métier, mais ceci vous apparaît impossible pour tout un tas de raisons parmi lesquelles votre enfant, l’opinion de votre compagnon. Vous vous sentez même incomprise, pas plus capable d’un échange avec votre compagnon que de trouver une aide au sein de l’Éducation nationale, ou bien même, m’avez-vous dit, auprès d’une amie proche. Petit à petit, vous vous êtes sentie de plus en plus désespérée et triste sans savoir ce que vous deviez faire. Et pourtant, tout à coup, ce matin-là, de manière impromptue, vous avez décidé de tourner le volant pour prendre la direction du service d’urgence et aller ainsi vers de nouvelles possibilités relationnelles. Lorsque nous avons parlé de ce moment-là, il est apparu que vous étiez ce genre de personne qui était, malgré tout ce que vous pensiez à propos de vous-même, capable de prendre une bonne décision et de la mettre en œuvre. De mon point de vue, je trouve que c’est un moment important, une sorte de changement d’orientation. J’avoue que je suis très intéressé par ce genre de moments que j’appelle des moments de bascule. Alors, ce que j’aimerais, ça serait peut-être que vous tentiez d’être attentive à la survenue de ce genre de moments, à l’occasion desquels vous prenez une bonne décision ou bien peut-être plus simplement ceux à l’occasion desquels, au lieu d’obéir une fois de plus à “il faut que”, vous décidez de prendre l’initiative aussi ténue qu’elle soit, quelque chose du genre : “je vais faire ça”, ou bien, plus souvent, “j’ai fait ça”, parce que c’est souvent après-coup qu’on s’en rend compte.
- P. : OK, je suis d’accord.
- Th. : Dites-moi, sur quoi allez-vous noter, inscrire la trace de ces petits moments, sur un carnet, sur votre téléphone ?
- P. : J’ai l’habitude de tout noter sur mon carnet : la liste de courses, les idées pour la classe, toutes sortes de choses.
- Th. : Vous l’avez sur vous, maintenant ?
- P.:Oui.
- Th. : N’oubliez pas qu’il faudra peut-être qu’il vous suive chez vous pour que vous puissiez noter.
- P. : Pas de souci, ma voiture couche dehors.
- Th. : Juste une dernière question : à zéro, vous êtes certaine de ne jamais pouvoir le faire, à 100, vous êtes certaine de pouvoir noter à ce moment-là au moins une fois temps en temps : à combien êtes-vous ?... »
VIGNETTE CLINIQUE N° 2
Depuis quelque temps, cet homme se plaint de tout, des autres, du monde entier et aussi de lui-même. J’ai beau rechercher des exceptions qui surviennent malgré tout dans sa vie, elles ne réussissent pas à prendre racine malgré mes efforts. Après le soulagement passager qui suit l’évocation de la découverte d’un de ces moments particuliers, le soufflé retombe ; le sentiment d’être la victime passive et souffrante des autres, du monde et de ses erreurs, continue de dominer.
À ce point-là, la perception globale est plutôt celle d’un échec de la thérapie. Des solutions sont possibles. Je peux choisir de me laisser aller à ces idées générales, par exemple que c’est un patient difficile, qu’il lui faudrait des médicaments (qu’il a déjà, par ailleurs), que je ne suis pas si doué que cela (ce qui est parfaitement vrai), etc. Je peux me laisser aller à la passivité de la réaction ; je peux aussi me ressaisir et me dire : « hé ! si au moins tu faisais ce que tu sais déjà faire ! » Ma propre « reprise en main » m’amène à une remémoration.
Cela me rappelle une consultation avec Giorgio Nardone qui, comme c’est devenu la coutume, reçoit un patient pour la consultation publique de la demi-journée. C’est un cas difficile. Il s’agit d’un patient hospitalisé depuis de nombreuses années pour un syndrome dépressif que d’aucuns qualifieraient de mélancolique. Les tentatives de suicide sont multiples ; les échecs des bonnes volontés de ceux qui se sont occupés de lui sont encore plus nombreux. Gentiment, avec sa manière particulière d’être tellement proche physiquement des patients (ou bien d’en donner l’impression à celui qui l’observe travailler), il l’amène à évoquer les différents échecs de ceux qui se sont occupés de lui. Il finit, en se montrant en quelque sorte complice de ce comportement, par conforter ce sens de la résistance, ce qui suscite progressivement chez le patient un léger sourire. Je pense à cet étrange sourire bien souvent présent sur la statuaire de la mélancolie. Il finira par lui montrer combien le fait de s’enfermer lui-même dans sa tour d’ivoire est un échec : « le prix à payer ! ». Néanmoins, en le flattant dans son esprit de résistance, il lui a montré...
Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 79: Nov. / Déc. 2025 / Janv. 2026 DEPRESSION
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°79…
8 / Éditorial : Le partage de l’imaginaire pour faire émerger des ressources Julien Betbèze
10 / En couverture : Gabrielle Grimaldi Pics et dentelles d’aquarelle Sophie Cohen
12 / Hypnose et imagination créatrice Une poétique de l’action Alexandru Cupaciu.
16 / Acrophobie Externaliser pour se réassocier et retrouver le souffle Anne Malraux
26 / Hypnose de spectacle et hypnose clinique. Deux visages, deux finalités, une double vigilance éthique Fabrice Lakdja et Gérard Ostermann
32 / Quel est le premier souvenir qui vient ? Dissoudre une problématique figée en s’appuyant sur un souvenir source Michel Lamarlère
44 / Du divan au fauteuil Sortir de la répétition des schémas relationnels antérieurs Sylvie Le Pelletier-Beaufond
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
50 / Introduction Gérard Ostermann
54 / Encoprésie et Caca farceur Dessine-moi ton problème Corinne Paillette
62 / L’anéjaculation Quand la panne sex-prime Karine Ficini
73 / Boules de couleur en chirurgie dentaire « Elle courait dans sa tête » Thierry Hueber
84 / DOSSIER DÉPRESSION
86 / Défaut et faute : Les agents doubles de la dépression Wilfrid Martineau
96 / Dépression et renoncement Mouvement de bascule et choix Alain Vallée
QUIPROQUO
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108 / Denise, Son sommeil abîmé et ses cauchemars Sophie Cohen
LES CHAMPS DU POSSIBLE
112 / L’écho silencieux : Quand le corps du thérapeute devient miroir du traumatisme Adrian Chaboche
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LIVRES EN BOUCHE
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124 / ESPACE FORMATIONS
Illustrations: Gabrielle Grimaldi
Catégories: Hypnose Paris,EMDR,Thérapie Brève Paris
MARSEILLE: Formation Hypnose Thérapeutique, thérapie Orientée Solution et thérapie EMDR-IMO à Marseille Session 5.
Protocole d’accompagnement dans le cas du sevrage tabagique adaptable pour d’autres formes de dépendances intégrant l’utilisation de la TOS avec l’hypnose.
- Présentation d’un cas clinique illustrant la mise en pratique de l’hypnose et des thérapies brèves par l’étudiant, élément validant les deux années de formation.
S'inscrire sur notre Catalogue de Formations
314 Avenue du Prado du 24/03/2026 09h00 au 25/03/2026 10h00
https://www.formation-hypnose-marseille.info/A-Marseille-Formation-en-Hypnose-Medicale-Therapeutique-therapie-Orientee-Solution-et-therapie-EMDR-IMO_a21.html
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Protocole d’accompagnement dans le cas du sevrage tabagique adaptable pour d’autres formes de dépendances intégrant l’utilisation de la TOS avec l’hypnose.
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Boules de couleur en chirurgie dentaire. Revue Hypnose et Thérapies Brèves 79.
« ELLE COURAIT DANS SA TÊTE » De l’écoute, de la bienveillance... et ce petit « truc » qui fait la différence : une simple boule colorée. Passer dans le fauteuil du chirurgien-dentiste inspire rarement confort et sérénité. Et c’est grâce à l’association hypnose et boule de caoutchouc que le spécialiste apaise ici sa patiente privée de motricité, jusqu’à lui redonner des ailes...
LE CONTEXTE
Après des études en biologie et en neurophysiologie, j’ai entamé une reconversion professionnelle à 27 ans comme chirurgien-dentiste. J’avais eu la chance de travailler avec Patrick Lemoine au Vinatier dans un service de physiologie du sommeil et de sevrage médicamenteux. J’ai été formé par le professeur Michel Jouvet (découvreur du sommeil paradoxal) et Alain Buguet (spécialiste militaire du sommeil en milieu arctique) à la chirurgie et la polysomnographie. J’ai donc reçu une double formation en physiologie du cerveau et en psychologie. Je pratique l’hypnose depuis plus de dix années et je suis diplômé en analyse de la pratique de la faculté de psychologie de Lyon 2.
C’est la rencontre avec Gaston Brosseau en 2015 qui a changé définitivement ma pratique.
La plupart des patients qui me consultent pour des soins dentaires connaissent ma formation initiale de chercheur en neuropsychiatrie et d’enseignant en psychologie médicale. Ils me sont fréquemment adressés par des confrères que j’ai formés à la faculté ou dans des formations. Lors de mes cours à la faculté d’odontologie de Lyon, j’expliquais à mes étudiants que la dentisterie c’est cinquante pour cent de chirurgie, cinquante pour cent de psychiatrie. Je n’ai pas changé d’avis depuis vingt-cinq ans. Le pourcentage de patients atteints de phobies ou d’anxiété est, à mon avis, le plus élevé de toutes les spécialités médicales. C’est pourquoi, quelle que soit la situation clinique, j’utilise des techniques de communication thérapeutique pour améliorer la prise en charge. Mon assistante a une solide formation dans le domaine, si bien que nous formons un binôme très efficace. Mais nous n’évoquons que rarement le mot « hypnose ».
Dans l’exemple clinique que je vais vous présenter, nous verrons comment une induction hypnotique très banale peut avoir des effets positifs inattendus.
CAS CLINIQUE
Madame Z. est une patiente d’origine libanaise d’environ 45 ans qui présente depuis une dizaine d’années une sclérose en plaques (SEP), atteinte neurologique progressive et agressive qui impacte fortement sa motricité et sa fonction urinaire. Son expression orale est également affectée, avec notamment une difficulté à articuler. D’un niveau d’étude élevé (bac+5), elle vit assez mal sa perte progressive d’autonomie en dépit d’un environnement familial très favorable : un mari très présent et une fille de 16 ans attentive.
Depuis deux ans, elle doit se servir d’un fauteuil roulant pour les déplacements supérieurs à une centaine de mètres. Elle a recours à un déambulateur au quotidien chez elle ou pour les petits trajets et cherche au maximum à ne pas se faire aider. Elle porte à la jambe droite une orthèse qui maintient son tibia et sa cheville dans une position fixe, ce qui limite sa mobilité lorsqu’elle monte sur le fauteuil dentaire par exemple. Chaque mouvement est difficile et elle s’en plaint parfois, même si elle garde un certain humour sur la situation.
Lors des soins, elle présente parfois des mouvements désordonnés qu’elle ne peut pas contrôler et contre lesquels elle se sent impuissante. Elle culpabilise de créer une situation de soins qui serait inconfortable pour mon assistante et moi et dont elle pense qu’elle donne d’elle une image dégradante. Elle doit par ailleurs interrompre les soins à peu près toutes les heures pour aller aux toilettes. C’est une femme très agréable, soignée et élégante, qui cherche par tous les moyens à me faciliter les choses. Nous nous connaissons maintenant depuis cinq ans et j’ai vu lentement sa pathologie évoluer.
Les soins ne sont pas particulièrement compliqués en dehors des mouvements intempestifs impossibles à anticiper et qui pourraient générer des blessures avec les instruments que j’utilise. C’est un stress important pour l’équipe comme pour elle. Nous avons pourtant dans le passé réalisé des soins assez complexes, notamment des implants, mais depuis peu l’intensité des symptômes a augmenté, ce qui rend certains gestes risqués. Pour autant, je ne pense pas que l’évolution de sa SEP explique totalement ce changement dans la mesure où son neurologue traitant avec lequel j’échange régulièrement m’explique que son état est « stabilisé » par le traitement actuel. Il se déclare relativement satisfait de sa prise en charge en dépit de mes observations cliniques. J’ai fait alors l’hypothèse qu’autre chose était à l’œuvre, moins visible.
J’ai noté dans le comportement de Madame Z. une certaine forme d’agacement par rapport aux attentions de son mari (pourtant toujours très bienveillant) et de moi-même. Elle refuse par exemple que je lui offre mon bras pour rejoindre le fauteuil afin d’assurer sa marche hésitante, ce qu’elle acceptait volontiers auparavant. Elle se plaint plus fréquemment de son état physique et de ses difficultés à venir au cabinet en raison des trottoirs défoncés et du gravier qui « bloque les roues ». Autre point important, les pauses que j’ai mentionnées précédemment et dont j’ai mis très longtemps à comprendre la raison. Nous avons opté pour des séances longues pour « optimiser » les déplacements au cabinet qui sont évidemment complexes pour plusieurs raisons. La première, c’est qu’elle doit être accompagnée par son mari en fauteuil, ce qui accentue sa dépendance. La seconde, c’est que des travaux importants ont lieu dans le quartier, rendant l’accès de mon cabinet complexe même pour des patients valides. Et la troisième, c’est que son mari, qui a de grosses responsabilités, voyage beaucoup entre Lyon et Paris : les consultations viennent impacter fortement
son activité professionnelle. Il est fréquent que nous ayons des rendez-vous de deux heures car elle a des soins de prothèse importants.
Lors de ses venues au cabinet, elle a un imposant sac avec elle dont la taille m’a toujours amusé jusqu’à ce que je comprenne sa vraie finalité : elle devait changer ses couches lors des pauses, ce qui constituait pour elle un moment nécessaire mais aussi assez humiliant pour une femme aussi jeune. Elle a fini par s’ouvrir à moi par rapport à ses problèmes urinaires un jour qu’elle était sur le fauteuil et j’ai eu l’opportunité de la rassurer sur la bienveillance de mon regard de soignant par rapport à cela. Ce fut un échange très bref et parfaitement « factuel » en apparence mais dont la portée ne pouvait m’échapper. Elle partageait avec moi un élément intime qui traduisait un état de souffrance psychique dont il me fallait tenir compte tout en gardant ma position de chirurgien-dentiste.
Je lui ai donc proposé d’utiliser des techniques d’hypnose pour la détendre et donner plus de confort lors des soins. Elle a immédiatement validé cette offre. Elle connaissait mon activité dans ce domaine mais ne m’avait jamais sollicité auparavant pour cela. Bien entendu, j’utilisais déjà, et depuis notre premier rendez-vous, de l’hypnose sous diverses formes mais cette fois j’ai véritablement annoncé que j’allais faire de l’hypnose.
J’ai utilisé à cette fin une boule. Je détaille la technique un peu plus loin dans la discussion. Je propose à la patiente d’imaginer qu’elle va refaire à pied le parcours entre chez elle et le cabinet de façon extrêmement facile en dépit de tous les obstacles qu’elle pourra rencontrer. Que ce soit un trottoir, un changement de revêtement, la présence de gravier ou de matériaux de chantier sur son chemin, rien ne pourra l’empêcher d’avancer. Elle pourra même élégamment enjamber sans effort les plus gros cailloux. Je lui propose de prendre plaisir à cet exercice où elle va retrouver toute sa souplesse initiale et son agilité. Libre à elle de faire ce parcours à son rythme.
La séance se passe extrêmement bien et je peux réaliser l’intégralité de mon programme très tranquillement avec un grand confort à la fois pour la patiente, pour l’assistante et pour moi-même. Une fois les soins terminés, j’observe un grand sourire sur les lèvres de ma patiente. Elle a les larmes aux yeux et elle me confie : « C’est merveilleux, j’ai couru. Cela ne m’est pas arrivé depuis tellement d’années ! Je courais tellement vite que je volais sur le macadam. » J’ai redressé le fauteuil et je n’en ai pas demandé plus. L’assistante était très émue comme moi car nous avions conscience tous les trois que nous avions vécu quelque chose d’un peu extraordinaire. Une sorte de parenthèse enchantée dans une vie amputée par la maladie. Il m’est immédiatement venu en tête le titre de cet article : « Elle courait dans sa tête ».
Depuis cette séance, la patiente réclame sa boule, toujours la même, pour tous les soins. Elle a parfaitement intégré le protocole, de sorte que nous n’avons pratiquement plus rien à faire puisqu’elle gère de façon autonome son anxiété. Elle n’a fait aucun commentaire sur cette séance d’hypnose et je me suis bien gardé d’en faire de mon côté.
DISCUSSION
Un peu de technique mais pas trop...
Il n’était pas question dans cette situation de proposer une hypnose formelle telle qu’enseignée dans de nombreuses formations. Pourquoi ? Il n’y a aucune demande particulière de la part de la patiente à ce niveau-là, d’une part, et d’autre part mon expérience clinique ne valide pas cette approche dans cette situation précise.
Je m’en explique. Je reçois fréquemment des patients en bout de chaîne, qui ont épuisé les praticiens les uns après les autres sans grand résultat et pour qui je représente parfois l’ultime recours avant l’anesthésie générale. Cette position a paradoxalement un avantage : je ne peux pas faire pire que mes prédécesseurs puisque mon échec est presque programmé. Les patients n’attendent plus de miracle mais juste un peu mieux. Même dans la situation où un miracle est espéré, cela me place dans une situation assez favorable car la motivation des patients est très forte. Je préviens que je vais faire de mon mieux mais que je ne suis pas Dieu.
Il n’est pas rare que ces patients aient vu en consultation un psychologue pour une séance d’hypnose formelle pour traiter leur phobie des soins dentaires. Cette séance échoue le plus souvent face à la vraie situation de soins pour de multiples raisons, mais la plus évidente c’est qu’il existe peu de situations de soins aussi stressantes et qui demandent autant de la part du patient immobilité, calme et... patience.
Lire la suite...
Dr Thierry Hueber Chercheur en neuropsychiatrie. Chirurgien-dentiste. Analyste de la pratique. Président du Groupe lyonnais de recherche en psychologie médicale. Formé à l’hypnose
depuis 2015. Hypnothérapeute. Auteur en 2024 de « Gaston Brosseau, la liberté de ne rien faire », un documentaire cinéma sur Gaston Brosseau. Conférencier en France, au Sénégal, au Québec.
Dans la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 79. DEPRESSION
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°79…
8 / Éditorial : Le partage de l’imaginaire pour faire émerger des ressources Julien Betbèze
10 / En couverture : Gabrielle Grimaldi Pics et dentelles d’aquarelle Sophie Cohen
12 / Hypnose et imagination créatrice Une poétique de l’action Alexandru Cupaciu.
16 / Acrophobie Externaliser pour se réassocier et retrouver le souffle Anne Malraux
26 / Hypnose de spectacle et hypnose clinique. Deux visages, deux finalités, une double vigilance éthique Fabrice Lakdja et Gérard Ostermann
32 / Quel est le premier souvenir qui vient ? Dissoudre une problématique figée en s’appuyant sur un souvenir source Michel Lamarlère
44 / Du divan au fauteuil Sortir de la répétition des schémas relationnels antérieurs Sylvie Le Pelletier-Beaufond
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
50 / Introduction Gérard Ostermann
54 / Encoprésie et Caca farceur Dessine-moi ton problème Corinne Paillette
62 / L’anéjaculation Quand la panne sex-prime Karine Ficini
73 / Boules de couleur en chirurgie dentaire « Elle courait dans sa tête » Thierry Hueber
84 / DOSSIER DÉPRESSION
86 / Défaut et faute : Les agents doubles de la dépression Wilfrid Martineau
96 / Dépression et renoncement Mouvement de bascule et choix Alain Vallée
QUIPROQUO
104 / Renoncement S. Colombo, Muhuc
BONJOUR ET APRÈS...
108 / Denise, Son sommeil abîmé et ses cauchemars Sophie Cohen
LES CHAMPS DU POSSIBLE
112 / L’écho silencieux : Quand le corps du thérapeute devient miroir du traumatisme Adrian Chaboche
CULTURE MONDE
116 / La naissance à l’envers. Restaurer les potentiels d’auto-guérison Sylvie Le Pelletier- Beaufond
LIVRES EN BOUCHE
120 / J. Betbèze, S. Cohen
124 / ESPACE FORMATIONS
Illustrations: Gabrielle Grimaldi
Après des études en biologie et en neurophysiologie, j’ai entamé une reconversion professionnelle à 27 ans comme chirurgien-dentiste. J’avais eu la chance de travailler avec Patrick Lemoine au Vinatier dans un service de physiologie du sommeil et de sevrage médicamenteux. J’ai été formé par le professeur Michel Jouvet (découvreur du sommeil paradoxal) et Alain Buguet (spécialiste militaire du sommeil en milieu arctique) à la chirurgie et la polysomnographie. J’ai donc reçu une double formation en physiologie du cerveau et en psychologie. Je pratique l’hypnose depuis plus de dix années et je suis diplômé en analyse de la pratique de la faculté de psychologie de Lyon 2.
C’est la rencontre avec Gaston Brosseau en 2015 qui a changé définitivement ma pratique.
La plupart des patients qui me consultent pour des soins dentaires connaissent ma formation initiale de chercheur en neuropsychiatrie et d’enseignant en psychologie médicale. Ils me sont fréquemment adressés par des confrères que j’ai formés à la faculté ou dans des formations. Lors de mes cours à la faculté d’odontologie de Lyon, j’expliquais à mes étudiants que la dentisterie c’est cinquante pour cent de chirurgie, cinquante pour cent de psychiatrie. Je n’ai pas changé d’avis depuis vingt-cinq ans. Le pourcentage de patients atteints de phobies ou d’anxiété est, à mon avis, le plus élevé de toutes les spécialités médicales. C’est pourquoi, quelle que soit la situation clinique, j’utilise des techniques de communication thérapeutique pour améliorer la prise en charge. Mon assistante a une solide formation dans le domaine, si bien que nous formons un binôme très efficace. Mais nous n’évoquons que rarement le mot « hypnose ».
Dans l’exemple clinique que je vais vous présenter, nous verrons comment une induction hypnotique très banale peut avoir des effets positifs inattendus.
CAS CLINIQUE
Madame Z. est une patiente d’origine libanaise d’environ 45 ans qui présente depuis une dizaine d’années une sclérose en plaques (SEP), atteinte neurologique progressive et agressive qui impacte fortement sa motricité et sa fonction urinaire. Son expression orale est également affectée, avec notamment une difficulté à articuler. D’un niveau d’étude élevé (bac+5), elle vit assez mal sa perte progressive d’autonomie en dépit d’un environnement familial très favorable : un mari très présent et une fille de 16 ans attentive.
Depuis deux ans, elle doit se servir d’un fauteuil roulant pour les déplacements supérieurs à une centaine de mètres. Elle a recours à un déambulateur au quotidien chez elle ou pour les petits trajets et cherche au maximum à ne pas se faire aider. Elle porte à la jambe droite une orthèse qui maintient son tibia et sa cheville dans une position fixe, ce qui limite sa mobilité lorsqu’elle monte sur le fauteuil dentaire par exemple. Chaque mouvement est difficile et elle s’en plaint parfois, même si elle garde un certain humour sur la situation.
Lors des soins, elle présente parfois des mouvements désordonnés qu’elle ne peut pas contrôler et contre lesquels elle se sent impuissante. Elle culpabilise de créer une situation de soins qui serait inconfortable pour mon assistante et moi et dont elle pense qu’elle donne d’elle une image dégradante. Elle doit par ailleurs interrompre les soins à peu près toutes les heures pour aller aux toilettes. C’est une femme très agréable, soignée et élégante, qui cherche par tous les moyens à me faciliter les choses. Nous nous connaissons maintenant depuis cinq ans et j’ai vu lentement sa pathologie évoluer.
Les soins ne sont pas particulièrement compliqués en dehors des mouvements intempestifs impossibles à anticiper et qui pourraient générer des blessures avec les instruments que j’utilise. C’est un stress important pour l’équipe comme pour elle. Nous avons pourtant dans le passé réalisé des soins assez complexes, notamment des implants, mais depuis peu l’intensité des symptômes a augmenté, ce qui rend certains gestes risqués. Pour autant, je ne pense pas que l’évolution de sa SEP explique totalement ce changement dans la mesure où son neurologue traitant avec lequel j’échange régulièrement m’explique que son état est « stabilisé » par le traitement actuel. Il se déclare relativement satisfait de sa prise en charge en dépit de mes observations cliniques. J’ai fait alors l’hypothèse qu’autre chose était à l’œuvre, moins visible.
J’ai noté dans le comportement de Madame Z. une certaine forme d’agacement par rapport aux attentions de son mari (pourtant toujours très bienveillant) et de moi-même. Elle refuse par exemple que je lui offre mon bras pour rejoindre le fauteuil afin d’assurer sa marche hésitante, ce qu’elle acceptait volontiers auparavant. Elle se plaint plus fréquemment de son état physique et de ses difficultés à venir au cabinet en raison des trottoirs défoncés et du gravier qui « bloque les roues ». Autre point important, les pauses que j’ai mentionnées précédemment et dont j’ai mis très longtemps à comprendre la raison. Nous avons opté pour des séances longues pour « optimiser » les déplacements au cabinet qui sont évidemment complexes pour plusieurs raisons. La première, c’est qu’elle doit être accompagnée par son mari en fauteuil, ce qui accentue sa dépendance. La seconde, c’est que des travaux importants ont lieu dans le quartier, rendant l’accès de mon cabinet complexe même pour des patients valides. Et la troisième, c’est que son mari, qui a de grosses responsabilités, voyage beaucoup entre Lyon et Paris : les consultations viennent impacter fortement
son activité professionnelle. Il est fréquent que nous ayons des rendez-vous de deux heures car elle a des soins de prothèse importants.
Lors de ses venues au cabinet, elle a un imposant sac avec elle dont la taille m’a toujours amusé jusqu’à ce que je comprenne sa vraie finalité : elle devait changer ses couches lors des pauses, ce qui constituait pour elle un moment nécessaire mais aussi assez humiliant pour une femme aussi jeune. Elle a fini par s’ouvrir à moi par rapport à ses problèmes urinaires un jour qu’elle était sur le fauteuil et j’ai eu l’opportunité de la rassurer sur la bienveillance de mon regard de soignant par rapport à cela. Ce fut un échange très bref et parfaitement « factuel » en apparence mais dont la portée ne pouvait m’échapper. Elle partageait avec moi un élément intime qui traduisait un état de souffrance psychique dont il me fallait tenir compte tout en gardant ma position de chirurgien-dentiste.
Je lui ai donc proposé d’utiliser des techniques d’hypnose pour la détendre et donner plus de confort lors des soins. Elle a immédiatement validé cette offre. Elle connaissait mon activité dans ce domaine mais ne m’avait jamais sollicité auparavant pour cela. Bien entendu, j’utilisais déjà, et depuis notre premier rendez-vous, de l’hypnose sous diverses formes mais cette fois j’ai véritablement annoncé que j’allais faire de l’hypnose.
J’ai utilisé à cette fin une boule. Je détaille la technique un peu plus loin dans la discussion. Je propose à la patiente d’imaginer qu’elle va refaire à pied le parcours entre chez elle et le cabinet de façon extrêmement facile en dépit de tous les obstacles qu’elle pourra rencontrer. Que ce soit un trottoir, un changement de revêtement, la présence de gravier ou de matériaux de chantier sur son chemin, rien ne pourra l’empêcher d’avancer. Elle pourra même élégamment enjamber sans effort les plus gros cailloux. Je lui propose de prendre plaisir à cet exercice où elle va retrouver toute sa souplesse initiale et son agilité. Libre à elle de faire ce parcours à son rythme.
La séance se passe extrêmement bien et je peux réaliser l’intégralité de mon programme très tranquillement avec un grand confort à la fois pour la patiente, pour l’assistante et pour moi-même. Une fois les soins terminés, j’observe un grand sourire sur les lèvres de ma patiente. Elle a les larmes aux yeux et elle me confie : « C’est merveilleux, j’ai couru. Cela ne m’est pas arrivé depuis tellement d’années ! Je courais tellement vite que je volais sur le macadam. » J’ai redressé le fauteuil et je n’en ai pas demandé plus. L’assistante était très émue comme moi car nous avions conscience tous les trois que nous avions vécu quelque chose d’un peu extraordinaire. Une sorte de parenthèse enchantée dans une vie amputée par la maladie. Il m’est immédiatement venu en tête le titre de cet article : « Elle courait dans sa tête ».
Depuis cette séance, la patiente réclame sa boule, toujours la même, pour tous les soins. Elle a parfaitement intégré le protocole, de sorte que nous n’avons pratiquement plus rien à faire puisqu’elle gère de façon autonome son anxiété. Elle n’a fait aucun commentaire sur cette séance d’hypnose et je me suis bien gardé d’en faire de mon côté.
DISCUSSION
Un peu de technique mais pas trop...
Il n’était pas question dans cette situation de proposer une hypnose formelle telle qu’enseignée dans de nombreuses formations. Pourquoi ? Il n’y a aucune demande particulière de la part de la patiente à ce niveau-là, d’une part, et d’autre part mon expérience clinique ne valide pas cette approche dans cette situation précise.
Je m’en explique. Je reçois fréquemment des patients en bout de chaîne, qui ont épuisé les praticiens les uns après les autres sans grand résultat et pour qui je représente parfois l’ultime recours avant l’anesthésie générale. Cette position a paradoxalement un avantage : je ne peux pas faire pire que mes prédécesseurs puisque mon échec est presque programmé. Les patients n’attendent plus de miracle mais juste un peu mieux. Même dans la situation où un miracle est espéré, cela me place dans une situation assez favorable car la motivation des patients est très forte. Je préviens que je vais faire de mon mieux mais que je ne suis pas Dieu.
Il n’est pas rare que ces patients aient vu en consultation un psychologue pour une séance d’hypnose formelle pour traiter leur phobie des soins dentaires. Cette séance échoue le plus souvent face à la vraie situation de soins pour de multiples raisons, mais la plus évidente c’est qu’il existe peu de situations de soins aussi stressantes et qui demandent autant de la part du patient immobilité, calme et... patience.
Lire la suite...
Dr Thierry Hueber Chercheur en neuropsychiatrie. Chirurgien-dentiste. Analyste de la pratique. Président du Groupe lyonnais de recherche en psychologie médicale. Formé à l’hypnose
depuis 2015. Hypnothérapeute. Auteur en 2024 de « Gaston Brosseau, la liberté de ne rien faire », un documentaire cinéma sur Gaston Brosseau. Conférencier en France, au Sénégal, au Québec.
Dans la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 79. DEPRESSION
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°79…
8 / Éditorial : Le partage de l’imaginaire pour faire émerger des ressources Julien Betbèze
10 / En couverture : Gabrielle Grimaldi Pics et dentelles d’aquarelle Sophie Cohen
12 / Hypnose et imagination créatrice Une poétique de l’action Alexandru Cupaciu.
16 / Acrophobie Externaliser pour se réassocier et retrouver le souffle Anne Malraux
26 / Hypnose de spectacle et hypnose clinique. Deux visages, deux finalités, une double vigilance éthique Fabrice Lakdja et Gérard Ostermann
32 / Quel est le premier souvenir qui vient ? Dissoudre une problématique figée en s’appuyant sur un souvenir source Michel Lamarlère
44 / Du divan au fauteuil Sortir de la répétition des schémas relationnels antérieurs Sylvie Le Pelletier-Beaufond
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
50 / Introduction Gérard Ostermann
54 / Encoprésie et Caca farceur Dessine-moi ton problème Corinne Paillette
62 / L’anéjaculation Quand la panne sex-prime Karine Ficini
73 / Boules de couleur en chirurgie dentaire « Elle courait dans sa tête » Thierry Hueber
84 / DOSSIER DÉPRESSION
86 / Défaut et faute : Les agents doubles de la dépression Wilfrid Martineau
96 / Dépression et renoncement Mouvement de bascule et choix Alain Vallée
QUIPROQUO
104 / Renoncement S. Colombo, Muhuc
BONJOUR ET APRÈS...
108 / Denise, Son sommeil abîmé et ses cauchemars Sophie Cohen
LES CHAMPS DU POSSIBLE
112 / L’écho silencieux : Quand le corps du thérapeute devient miroir du traumatisme Adrian Chaboche
CULTURE MONDE
116 / La naissance à l’envers. Restaurer les potentiels d’auto-guérison Sylvie Le Pelletier- Beaufond
LIVRES EN BOUCHE
120 / J. Betbèze, S. Cohen
124 / ESPACE FORMATIONS
Illustrations: Gabrielle Grimaldi
Catégories: Hypnose Ericksonienne Thérapie Brève
Hypnose de spectacle et hypnose clinique. Revue Hypnose et Thérapies Brèves 79.
Deux visages, deux finalités, une double vigilance éthique.
Selon le sens où on veut l’entendre, le mot « hypnose » désigne deux univers totalement différents. L’hypnose clinique explore les voies de l’intime, du soin, de la rigueur scientifique et du bien-être. L’hypnose de spectacle fait dans le divertissement, le spectaculaire. Analyse, éthique en tête, de tout ce qui sépare ces deux mondes si éloignés.
INTRODUCTION
L’hypnose se décline aujourd’hui sous deux formes majeures : l’hypnose clinique, utilisée à des fins thérapeutiques, et l’hypnose de spectacle, destinée au divertissement. Si les deux reposent sur le même socle – l’induc
tion d’un état modifié de conscience et la mobilisation de processus attentionnels et imaginatifs –, leurs finalités, leur philosophie et leur cadre éthique divergent profondément.
L’hypnose clinique s’inscrit dans un accompagnement individualisé, respectueux du consentement et du rythme de la personne. Elle vise la réduction des symptômes, l’amélioration du bien-être et, parfois, la résolution de problématiques complexes (douleur, anxiété, troubles psychosomatiques, addictions) ; autant de champs d’application validés par de nombreuses études (Inserm, 2015 ; Académie des sciences, 2013).
A l’opposé, l’hypnose de spectacle se déroule devant un public, avec des inductions rapides, souvent centrées sur les volontaires les plus réceptifs. L’objectif est l’effet immédiat : étonner, faire rire, provoquer des réactions visibles et spectaculaires.
Sous un même mot, hypnose, se cachent deux univers qui ne se confondent pas :
• L’hypnose clinique, inscrite dans une démarche de soin et soutenue par des données scientifiques,
DIFFÉRENCES ESSENTIELLES
ASPECT: CADRE FINALITÉ ETHIQUE TECHNIQUES
IDÉES REÇUES SUR L’HYPNOSE
• « On perd totalement le contrôle » → Faux. En hypnose clinique, le sujet reste acteur et peut interrompre la séance à tout moment.
• « L’hypnose, c’est dormir » → Faux. C’est un état de concentration focalisée, ni sommeil, ni veille classique.
• « Une fois hypnotisé, on peut tout me faire faire » → Faux en contexte thérapeutique ; partiellement vrai sur scène si le cadre pousse à la conformité sociale et au jeu.
RISQUES ET EFFETS SECONDAIRES
HYPNOSE CLINIQUE
• Effets fréquents et bénins : fatigue, somnolence, légère désorientation, émotions transitoires.
• Effets rares mais plus graves : hallucinations, crises de panique, décompensation psychotique, déclenchement de souvenirs traumatiques.
HYPNOSE DE SPECTACLE
Risques plus élevés documentés :
• Décompensations dissociatives ou psychotiques.
• Réactivation de traumatismes → stress post-traumatique possible.
• Episodes anxiodépressifs.
• Douleurs physiques (catalepsie prolongée). • Amnésie dissociative.
Facteurs aggravants : absence d’évaluation préalable, techniques rapides et régressives, manque de suivi.
BONNES PRATIQUES ET CONTRE-INDICATIONS
A éviter absolument chez :
• personnes ayant un trouble psychotique avéré ;
• troubles dissociatifs sévères ;
• traumatisme non pris en charge médicalement ;
• adolescents vulnérables ou personnes très impressionnables.
A EXIGER :
• consentement éclairé ;
• distinction claire entre hypnose thérapeutique et spectacle ;
• information sur l’absence de bénéfice thérapeutique dans le cadre du divertissement ; • mention des qualifications de l’intervenant.
DONNÉES NEUROSCIENTIFIQUES.
Les recherches en neurosciences montrent que l’hypnose agit sur :
• le réseau de l’attention (modulation du cortex cingulaire antérieur) ;
• les zones de l’imagerie mentale (activation du cortex pariétal et visuel) ;
• les circuits de modulation de la douleur (implication du thalamus et des voies descendantes inhibitrices).
En hypnose clinique, ces mécanismes sont orientés vers un objectif précis, mesurable et durable. En hypnose de spectacle, ils servent surtout à provoquer des réactions rapides et visibles.
QUE DIT LA SCIENCE ?
• Inserm (2015) : preuves solides pour la gestion de la douleur, l’anxiété périopératoire et certains troubles fonctionnels.
• Académie des sciences (2013) : insiste sur la formation, l’éthique et l’adaptation au patient.
• Montgomery et al. (2016) : réduction de 29 % de la douleur post-opératoire avec l’hypnose.
• Virot C. et Radoykov S. (2025) : risques élevés lors des spectacles, surtout en absence d’évaluation préalable.
CONCLUSION.
L’hypnose clinique et l’hypnose de spectacle ne peuvent être mises sur le même plan. La première est un outil thérapeutique validé par la science, exigeant rigueur et respect du patient. Les deux pratiques s’appuient sur une modulation de l’attention et l’activation cérébrale spécifique. Toutefois, la rigueur scientifique et la validation expérimentale sont plus développées et documentées en contexte clinique que dans le milieu du divertissement scénique. La seconde est une performance qui, si elle amuse, peut aussi exposer à des effets indésirables parfois sévères. La clarté de l’information et la vigilance éthique sont donc essentielles pour protéger le public et préserver la crédibilité de l’hypnose thérapeutique.
Pr Gérard Ostermann Professeur de thérapeutique, médecine interne, psychothérapeute. Administrateur de la Société française d’alcoologie, responsable du diplôme d’université de Pathologie de l’oralité, Bordeaux 2.
Dr Fabrice Lakdja Anesthésiste-réanimateur, médecin psychothérapeute. Exerce à l’Unité de traitement du stress, de l’anxiété et préventions de l’épuisement professionnel à l’Hôpital suburbain du Bouscat (Gironde). Ancien chef de service des soins de support des Centres de lutte contre le cancer.
Revue Hypnose et Thérapies Brèves 79: Nov. / Déc. 2025 / Janv. 2026 DEPRESSION
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°79…
8 / Éditorial : Le partage de l’imaginaire pour faire émerger des ressources Julien Betbèze
10 / En couverture : Gabrielle Grimaldi Pics et dentelles d’aquarelle Sophie Cohen
12 / Hypnose et imagination créatrice Une poétique de l’action Alexandru Cupaciu.
16 / Acrophobie Externaliser pour se réassocier et retrouver le souffle Anne Malraux
26 / Hypnose de spectacle et hypnose clinique. Deux visages, deux finalités, une double vigilance éthique Fabrice Lakdja et Gérard Ostermann
32 / Quel est le premier souvenir qui vient ? Dissoudre une problématique figée en s’appuyant sur un souvenir source Michel Lamarlère
44 / Du divan au fauteuil Sortir de la répétition des schémas relationnels antérieurs Sylvie Le Pelletier-Beaufond
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
50 / Introduction Gérard Ostermann
54 / Encoprésie et Caca farceur Dessine-moi ton problème Corinne Paillette
62 / L’anéjaculation Quand la panne sex-prime Karine Ficini
73 / Boules de couleur en chirurgie dentaire « Elle courait dans sa tête » Thierry Hueber
84 / DOSSIER DÉPRESSION
86 / Défaut et faute : Les agents doubles de la dépression Wilfrid Martineau
96 / Dépression et renoncement Mouvement de bascule et choix Alain Vallée
QUIPROQUO
104 / Renoncement S. Colombo, Muhuc
BONJOUR ET APRÈS...
108 / Denise, Son sommeil abîmé et ses cauchemars Sophie Cohen
LES CHAMPS DU POSSIBLE
112 / L’écho silencieux : Quand le corps du thérapeute devient miroir du traumatisme Adrian Chaboche
CULTURE MONDE
116 / La naissance à l’envers. Restaurer les potentiels d’auto-guérison Sylvie Le Pelletier- Beaufond
LIVRES EN BOUCHE
120 / J. Betbèze, S. Cohen
124 / ESPACE FORMATIONS
Illustrations: Gabrielle Grimaldi
INTRODUCTION
L’hypnose se décline aujourd’hui sous deux formes majeures : l’hypnose clinique, utilisée à des fins thérapeutiques, et l’hypnose de spectacle, destinée au divertissement. Si les deux reposent sur le même socle – l’induc
tion d’un état modifié de conscience et la mobilisation de processus attentionnels et imaginatifs –, leurs finalités, leur philosophie et leur cadre éthique divergent profondément.
L’hypnose clinique s’inscrit dans un accompagnement individualisé, respectueux du consentement et du rythme de la personne. Elle vise la réduction des symptômes, l’amélioration du bien-être et, parfois, la résolution de problématiques complexes (douleur, anxiété, troubles psychosomatiques, addictions) ; autant de champs d’application validés par de nombreuses études (Inserm, 2015 ; Académie des sciences, 2013).
A l’opposé, l’hypnose de spectacle se déroule devant un public, avec des inductions rapides, souvent centrées sur les volontaires les plus réceptifs. L’objectif est l’effet immédiat : étonner, faire rire, provoquer des réactions visibles et spectaculaires.
Sous un même mot, hypnose, se cachent deux univers qui ne se confondent pas :
• L’hypnose clinique, inscrite dans une démarche de soin et soutenue par des données scientifiques,
DIFFÉRENCES ESSENTIELLES
ASPECT: CADRE FINALITÉ ETHIQUE TECHNIQUES
- HYPNOSE CLINIQUE
Cabinet, confidentialité, adaptation au patient
Soulagement durable, santé psychologique et physique
Consentement éclairé, déontologie, suivi
Entretien préalable
Inductions progressives
et personnalisées
- HYPNOSE DE SPECTACLE
Scène, atmosphère collective, sélection de volontaires
Divertissement, performance, effet visuel
Consentement souvent sommaire, risque d’exposition excessive
Inductions rapides, suggestibilité forte requise
IDÉES REÇUES SUR L’HYPNOSE
• « On perd totalement le contrôle » → Faux. En hypnose clinique, le sujet reste acteur et peut interrompre la séance à tout moment.
• « L’hypnose, c’est dormir » → Faux. C’est un état de concentration focalisée, ni sommeil, ni veille classique.
• « Une fois hypnotisé, on peut tout me faire faire » → Faux en contexte thérapeutique ; partiellement vrai sur scène si le cadre pousse à la conformité sociale et au jeu.
RISQUES ET EFFETS SECONDAIRES
HYPNOSE CLINIQUE
• Effets fréquents et bénins : fatigue, somnolence, légère désorientation, émotions transitoires.
• Effets rares mais plus graves : hallucinations, crises de panique, décompensation psychotique, déclenchement de souvenirs traumatiques.
HYPNOSE DE SPECTACLE
Risques plus élevés documentés :
• Décompensations dissociatives ou psychotiques.
• Réactivation de traumatismes → stress post-traumatique possible.
• Episodes anxiodépressifs.
• Douleurs physiques (catalepsie prolongée). • Amnésie dissociative.
Facteurs aggravants : absence d’évaluation préalable, techniques rapides et régressives, manque de suivi.
BONNES PRATIQUES ET CONTRE-INDICATIONS
A éviter absolument chez :
• personnes ayant un trouble psychotique avéré ;
• troubles dissociatifs sévères ;
• traumatisme non pris en charge médicalement ;
• adolescents vulnérables ou personnes très impressionnables.
A EXIGER :
• consentement éclairé ;
• distinction claire entre hypnose thérapeutique et spectacle ;
• information sur l’absence de bénéfice thérapeutique dans le cadre du divertissement ; • mention des qualifications de l’intervenant.
DONNÉES NEUROSCIENTIFIQUES.
Les recherches en neurosciences montrent que l’hypnose agit sur :
• le réseau de l’attention (modulation du cortex cingulaire antérieur) ;
• les zones de l’imagerie mentale (activation du cortex pariétal et visuel) ;
• les circuits de modulation de la douleur (implication du thalamus et des voies descendantes inhibitrices).
En hypnose clinique, ces mécanismes sont orientés vers un objectif précis, mesurable et durable. En hypnose de spectacle, ils servent surtout à provoquer des réactions rapides et visibles.
QUE DIT LA SCIENCE ?
• Inserm (2015) : preuves solides pour la gestion de la douleur, l’anxiété périopératoire et certains troubles fonctionnels.
• Académie des sciences (2013) : insiste sur la formation, l’éthique et l’adaptation au patient.
• Montgomery et al. (2016) : réduction de 29 % de la douleur post-opératoire avec l’hypnose.
• Virot C. et Radoykov S. (2025) : risques élevés lors des spectacles, surtout en absence d’évaluation préalable.
CONCLUSION.
L’hypnose clinique et l’hypnose de spectacle ne peuvent être mises sur le même plan. La première est un outil thérapeutique validé par la science, exigeant rigueur et respect du patient. Les deux pratiques s’appuient sur une modulation de l’attention et l’activation cérébrale spécifique. Toutefois, la rigueur scientifique et la validation expérimentale sont plus développées et documentées en contexte clinique que dans le milieu du divertissement scénique. La seconde est une performance qui, si elle amuse, peut aussi exposer à des effets indésirables parfois sévères. La clarté de l’information et la vigilance éthique sont donc essentielles pour protéger le public et préserver la crédibilité de l’hypnose thérapeutique.
Pr Gérard Ostermann Professeur de thérapeutique, médecine interne, psychothérapeute. Administrateur de la Société française d’alcoologie, responsable du diplôme d’université de Pathologie de l’oralité, Bordeaux 2.
Dr Fabrice Lakdja Anesthésiste-réanimateur, médecin psychothérapeute. Exerce à l’Unité de traitement du stress, de l’anxiété et préventions de l’épuisement professionnel à l’Hôpital suburbain du Bouscat (Gironde). Ancien chef de service des soins de support des Centres de lutte contre le cancer.
Revue Hypnose et Thérapies Brèves 79: Nov. / Déc. 2025 / Janv. 2026 DEPRESSION
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°79…
8 / Éditorial : Le partage de l’imaginaire pour faire émerger des ressources Julien Betbèze
10 / En couverture : Gabrielle Grimaldi Pics et dentelles d’aquarelle Sophie Cohen
12 / Hypnose et imagination créatrice Une poétique de l’action Alexandru Cupaciu.
16 / Acrophobie Externaliser pour se réassocier et retrouver le souffle Anne Malraux
26 / Hypnose de spectacle et hypnose clinique. Deux visages, deux finalités, une double vigilance éthique Fabrice Lakdja et Gérard Ostermann
32 / Quel est le premier souvenir qui vient ? Dissoudre une problématique figée en s’appuyant sur un souvenir source Michel Lamarlère
44 / Du divan au fauteuil Sortir de la répétition des schémas relationnels antérieurs Sylvie Le Pelletier-Beaufond
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
50 / Introduction Gérard Ostermann
54 / Encoprésie et Caca farceur Dessine-moi ton problème Corinne Paillette
62 / L’anéjaculation Quand la panne sex-prime Karine Ficini
73 / Boules de couleur en chirurgie dentaire « Elle courait dans sa tête » Thierry Hueber
84 / DOSSIER DÉPRESSION
86 / Défaut et faute : Les agents doubles de la dépression Wilfrid Martineau
96 / Dépression et renoncement Mouvement de bascule et choix Alain Vallée
QUIPROQUO
104 / Renoncement S. Colombo, Muhuc
BONJOUR ET APRÈS...
108 / Denise, Son sommeil abîmé et ses cauchemars Sophie Cohen
LES CHAMPS DU POSSIBLE
112 / L’écho silencieux : Quand le corps du thérapeute devient miroir du traumatisme Adrian Chaboche
CULTURE MONDE
116 / La naissance à l’envers. Restaurer les potentiels d’auto-guérison Sylvie Le Pelletier- Beaufond
LIVRES EN BOUCHE
120 / J. Betbèze, S. Cohen
124 / ESPACE FORMATIONS
Illustrations: Gabrielle Grimaldi
Formation Hypnose Médicale en Radiodiagnostic, Radiothérapie. Session 2
Cette formation en hypnose médicale , dispensée par les Dr Michèle FOURCHON et le Dr Bruno SUAREZ, s’adresse spécifiquement aux médecins radiologues, radiothérapeutes, techniciens en imagerie médicale, cadres de santé et infirmiers, quel que soit leur mode d’exercice. Elle est conçue pour les professionnels ayant déjà une expérience dans le domaine de l’imagerie et désireux d’enrichir leur pratique clinique par des outils relationnels et thérapeutiques issus de l’hypnose.
Sur 3 jours, à Paris.
Une formation entre théorie et pratique.
Le programme se déroule en présentiel sur trois journées complètes, mêlant cours magistraux, ateliers interactifs, mises en situation cliniques et analyses de pratiques.
L’objectif : permettre à chaque participant de comprendre les mécanismes de l’hypnose, d’en expérimenter les effets, et surtout d’apprendre à les appliquer dans le cadre de son activité quotidienne auprès des patients.
L’hypnose médicale : un état naturel au service du soin.
L’hypnose, ou Technique d’Activation de Conscience (TAC), est un état de conscience particulier et naturel que nous expérimentons tous spontanément dans la vie courante – lorsqu’un film nous captive, qu’un trajet nous absorbe ou qu’une rêverie nous transporte.
En contexte médical, cet état est reproduit à des fins thérapeutiques : il permet de mobiliser les ressources internes du patient, de réduire le stress, d’atténuer la douleur et d’améliorer l’acceptation des soins.
La méthode enseignée repose sur une version simplifiée et pragmatique de l’hypnose ericksonienne, enrichie par les apports récents des neurosciences. L’attention y est utilisée comme un véritable levier thérapeutique, facilitant la communication, la détente et la coopération du patient.
Redonner au patient un rôle actif.
L’un des principes fondamentaux de cette approche est que chaque patient devient acteur de son propre changement.
L’hypnose s’avère particulièrement efficace dans la prise en charge des patients phobiques ou anxieux :
En restaurant la confiance et en favorisant un état de calme intérieur, cette technique améliore sensiblement la qualité de la relation soignant-patient et facilite la réalisation des actes médicaux.
Une communication thérapeutique au cœur du soin.
Dans le contexte actuel de l’imagerie médicale et de la cancérologie, savoir communiquer efficacement avec le patient est un enjeu majeur. Cette formation met ainsi l’accent sur la gestion des peurs, des douleurs et des résistances, qu’elles soient liées à la technique, à la pathologie ou à l’environnement hospitalier.
L’objectif ultime est d’optimiser la prise en charge globale du patient, d’enrichir la pratique soignante et de renforcer la qualité du lien thérapeutique.
7 rue Omer TALON le 20/03/2026 00h00 23h50
https://in-dolore.fr/formation-hypnose-medicale-en-radiodiagnostic-radiotherapie/
Sur 3 jours, à Paris.
Une formation entre théorie et pratique.
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La méthode enseignée repose sur une version simplifiée et pragmatique de l’hypnose ericksonienne, enrichie par les apports récents des neurosciences. L’attention y est utilisée comme un véritable levier thérapeutique, facilitant la communication, la détente et la coopération du patient.
Redonner au patient un rôle actif.
L’un des principes fondamentaux de cette approche est que chaque patient devient acteur de son propre changement.
L’hypnose s’avère particulièrement efficace dans la prise en charge des patients phobiques ou anxieux :
- Claustrophobie lors des examens IRM,
- Phobie des aiguilles ou des blouses blanches,
- Anxiété liée aux examens ou aux traitements lourds.
En restaurant la confiance et en favorisant un état de calme intérieur, cette technique améliore sensiblement la qualité de la relation soignant-patient et facilite la réalisation des actes médicaux.
Une communication thérapeutique au cœur du soin.
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L’objectif ultime est d’optimiser la prise en charge globale du patient, d’enrichir la pratique soignante et de renforcer la qualité du lien thérapeutique.
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Formation Hypnose Médicale en Radiodiagnostic, Radiothérapie. Session 2
Cette formation en hypnose médicale , dispensée par les Dr Michèle FOURCHON et le Dr Bruno SUAREZ, s’adresse spécifiquement aux médecins radiologues, radiothérapeutes, techniciens en imagerie médicale, cadres de santé et infirmiers, quel que soit leur mode d’exercice. Elle est conçue pour les professionnels ayant déjà une expérience dans le domaine de l’imagerie et désireux d’enrichir leur pratique clinique par des outils relationnels et thérapeutiques issus de l’hypnose.
Sur 3 jours, à Paris.
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Le programme se déroule en présentiel sur trois journées complètes, mêlant cours magistraux, ateliers interactifs, mises en situation cliniques et analyses de pratiques.
L’objectif : permettre à chaque participant de comprendre les mécanismes de l’hypnose, d’en expérimenter les effets, et surtout d’apprendre à les appliquer dans le cadre de son activité quotidienne auprès des patients.
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L’hypnose, ou Technique d’Activation de Conscience (TAC), est un état de conscience particulier et naturel que nous expérimentons tous spontanément dans la vie courante – lorsqu’un film nous captive, qu’un trajet nous absorbe ou qu’une rêverie nous transporte.
En contexte médical, cet état est reproduit à des fins thérapeutiques : il permet de mobiliser les ressources internes du patient, de réduire le stress, d’atténuer la douleur et d’améliorer l’acceptation des soins.
La méthode enseignée repose sur une version simplifiée et pragmatique de l’hypnose ericksonienne, enrichie par les apports récents des neurosciences. L’attention y est utilisée comme un véritable levier thérapeutique, facilitant la communication, la détente et la coopération du patient.
Redonner au patient un rôle actif.
L’un des principes fondamentaux de cette approche est que chaque patient devient acteur de son propre changement.
L’hypnose s’avère particulièrement efficace dans la prise en charge des patients phobiques ou anxieux :
En restaurant la confiance et en favorisant un état de calme intérieur, cette technique améliore sensiblement la qualité de la relation soignant-patient et facilite la réalisation des actes médicaux.
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L’objectif ultime est d’optimiser la prise en charge globale du patient, d’enrichir la pratique soignante et de renforcer la qualité du lien thérapeutique.
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Dans le contexte actuel de l’imagerie médicale et de la cancérologie, savoir communiquer efficacement avec le patient est un enjeu majeur. Cette formation met ainsi l’accent sur la gestion des peurs, des douleurs et des résistances, qu’elles soient liées à la technique, à la pathologie ou à l’environnement hospitalier.
L’objectif ultime est d’optimiser la prise en charge globale du patient, d’enrichir la pratique soignante et de renforcer la qualité du lien thérapeutique.
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Cancer du sein : l’hypnose comme soutien pendant les traitements
Dans la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 78.
Comment accompagner psychologiquement une patiente confrontée à l’annonce d’un cancer et aux traitements lourds qui suivent ? À travers le parcours de Marie, 33 ans, cet article montre comment l’hypnose peut devenir un soutien précieux durant une chimiothérapie.
Jeune cadre dynamique, Marie apprend brutalement qu’elle est atteinte d’un cancer d...
Jeune cadre dynamique, Marie apprend brutalement qu’elle est atteinte d’un cancer d...
Rencontre: quand les mots révèlent l’essence de la relation thérapeutique.
Dans la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 78.
À partir d’un simple mot, « rencontre », cet article propose une réflexion originale sur ce qui fonde réellement la relation entre un soignant et son patient. Derrière ce terme apparemment banal se cache une richesse de sens qui traverse la langue, la philosophie et la pratique clinique.
L’auteur explore avec humour et finesse les multiple...
L’auteur explore avec humour et finesse les multiple...



