- Quelles sont les questions pouvant guider une séance de mouvements alternatifs ?
- Le questionnement narratif en alcoologie. Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
- Le questionnement en thérapie du lien et des mondes relationnels. Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
- Questionner un lombalgique. Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
- Que ressentez-vous maintenant dans le corps ? Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
- Percevoir les ressources, malgré tout, en orientation solutions. Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
- «Il nous faudrait un miracle». Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
- Le questionnement dans le modèle de Bruges. Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
- Le questionnement stratégique de Palo Alto. Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
- Comment pourriez-vous aller plus mal ? Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
- Sur le chemin du pardon: stratégies pour faire la paix avec le passé. Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
- Le questionnement stratégique. Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
- Le questionnement thérapeutique. Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
- Le questionnement, outil de relation et de coopération. Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
- Le récit alternatif: MIKHAËL ALLOUCHE & ANA WAALDER, illustrateurs de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80.
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Dominique BARBIER
Psychanalyste, Hypnothérapeute, Thérapeute EMDR Intégrative.
Psychiatre des hôpitaux, Pédopsychiatre.
Membre de l’institut Milton Erickson Méditerranée.
Troubles du sommeil, Troubles alimentaires, Troubles anxieux, Troubles dépressifs, Troubles de l’attention, Troubles de l’affirmation de soi, Troubles addictifs, Tabagisme, Troubles sexuels, Thérapie de couple.
Je suis aussi formateur dans mes domaines de compétences, y compris dans la supervision d’équipe ou de psychologues, psychanalystes et psychiatres, inscrits dans un processus de changement ou d’interrogation sur leur pratique.
Et auteur d’ouvrages chez Odile Jacob.
Consultations 30 Rue de La Masse
84000 Avignon
0490337583
https://www.docteur-dominique-barbier.fr/
Formation EMDR Intégrative
- Formation à l’EMDR-IMO à l'Institut Hypnotim de MARSEILLE de Laurence ADJADJ
- Masterclass avec Laurent GROSS
Formation en EMDR Intégrative, EMDR IMO à France EMDR IMO avec Laurent GROSS & Laurence ADJADJ
Inscrit au Registre des Praticiens EMDR - IMO de France sous le numéro 262013001
Psychiatre des hôpitaux, Pédopsychiatre.
Membre de l’institut Milton Erickson Méditerranée.
Troubles du sommeil, Troubles alimentaires, Troubles anxieux, Troubles dépressifs, Troubles de l’attention, Troubles de l’affirmation de soi, Troubles addictifs, Tabagisme, Troubles sexuels, Thérapie de couple.
Je suis aussi formateur dans mes domaines de compétences, y compris dans la supervision d’équipe ou de psychologues, psychanalystes et psychiatres, inscrits dans un processus de changement ou d’interrogation sur leur pratique.
Et auteur d’ouvrages chez Odile Jacob.
Consultations 30 Rue de La Masse
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Formation EMDR Intégrative
- Formation à l’EMDR-IMO à l'Institut Hypnotim de MARSEILLE de Laurence ADJADJ
- Masterclass avec Laurent GROSS
Formation en EMDR Intégrative, EMDR IMO à France EMDR IMO avec Laurent GROSS & Laurence ADJADJ
Inscrit au Registre des Praticiens EMDR - IMO de France sous le numéro 262013001
PARIS: Formation EMDR - IMO
Formation Certifiante et validée par France EMDR IMO ®.
Un partenariat CHTIP Collège d'Hypnose Thérapies Intégratives de Paris avec l'Institut In-Dolore et Hypnotim, une formation qui s’inscrit dans la prise en charge du psychotraumatisme. Cette approche intègre la pratique de l’hypnose Ericksonienne et la thérapie EMDR - IMO qui s’appuie sur la pratique de mouvements oculaires.
A partir de nombreux exercices, il s’agira d’intégrer ces outils thérapeutiques afin de les utiliser de manière adaptée et efficace avec les patients dans le cas de psychotraumatisme.
Cette approche intègre également des outils relationnels issus des thérapies brèves.
Objectifs de la formation :
- Acquérir la pratique de la thérapie EMDR - IMO, reposant sur les mouvements oculaires.
- Améliorer sa posture de thérapeute pour renforcer le lien « secure » dans la relation thérapeutique dans les cas de psychotraumatisme.
- Acquérir une approche intégrative hypnose et EMDR - IMO dans le but de traiter le psychotraumatisme.
- Utiliser des outils communicationnels issus des thérapies brèves.
https://www.formation-hypnose.com/Formation-EMDR-IMO-Therapie-Integrative-du-Psychotraumatisme_a64.html
Formations EMDR sur ce site
Inscription sur le Catalogue In-Dolore
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7 rue Omer Talon du 13/04/2026 00h00 au 15/04/2026 23h50
https://www.formation-emdr.fr/formation_emdr_3j/
Un partenariat CHTIP Collège d'Hypnose Thérapies Intégratives de Paris avec l'Institut In-Dolore et Hypnotim, une formation qui s’inscrit dans la prise en charge du psychotraumatisme. Cette approche intègre la pratique de l’hypnose Ericksonienne et la thérapie EMDR - IMO qui s’appuie sur la pratique de mouvements oculaires.
A partir de nombreux exercices, il s’agira d’intégrer ces outils thérapeutiques afin de les utiliser de manière adaptée et efficace avec les patients dans le cas de psychotraumatisme.
Cette approche intègre également des outils relationnels issus des thérapies brèves.
Objectifs de la formation :
- Acquérir la pratique de la thérapie EMDR - IMO, reposant sur les mouvements oculaires.
- Améliorer sa posture de thérapeute pour renforcer le lien « secure » dans la relation thérapeutique dans les cas de psychotraumatisme.
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PARIS: Formation EMDR - IMO
Formation Certifiante et validée par France EMDR IMO ®.
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A partir de nombreux exercices, il s’agira d’intégrer ces outils thérapeutiques afin de les utiliser de manière adaptée et efficace avec les patients dans le cas de psychotraumatisme.
Cette approche intègre également des outils relationnels issus des thérapies brèves.
Objectifs de la formation :
- Acquérir la pratique de la thérapie EMDR - IMO, reposant sur les mouvements oculaires.
- Améliorer sa posture de thérapeute pour renforcer le lien « secure » dans la relation thérapeutique dans les cas de psychotraumatisme.
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Feed-back d'une Gestalt-Thérapie...
Bonjour je vient vers vous ma femme a contacter une therapeute depuis debut d annee je le savait pas elle faisait en visio elle me le cacher ma femme a changer et a meme decider de me quitter au bout de 5 seances je pense que c est une arnaque il oblige les gens a faire comme un contrat sur du long therme il detruise fes familles j atend vos retours merci
Mon expérience pour acheter du Cialis en ligne sans stress
Comme beaucoup, j’ai eu du mal à trouver du Cialis en pharmacie à cause des ruptures et des prix parfois élevés. Du coup, j’ai commencé à regarder en ligne.
Il y a énormément de sites, ce qui rend le choix compliqué. Après comparaison, trois plateformes ont retenu mon attention :
Europa-apotek : intéressant pour la disponibilité des produits et la livraison en France, même en cas de rupture locale, mais le fait que ça vienne de l’étranger m’a fait hésiter.
Super-pharm-fr : très souvent cité sur les forums, avec des avis rassurants, des prix attractifs et des offres comme des comprimés gratuits.
Pharmacie Bove : solution plus encadrée avec ordonnance, ce qui peut rassurer sur le côté médical, et possibilité de retrait en pharmacie.
Au final, j’ai opté pour Super-pharm-fr, surtout pour sa réputation, la simplicité de commande et la livraison discrète. Bon compromis pour moi.
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Master Class EMDR Intégrative à Marseille, avec Laurent GROSS
Formation Certifiante et validée par France EMDR IMO ®.
C’est avec un plaisir immense, que nous avons la chance d’accueillir comme chaque année, Laurent GROSS, Vice Président de France EMDR-IMO ® pour la 3ème journée de notre formation EMDR – IMO dans le traitement du Psychotraumatisme.
Laurent GROSS est Président du CHTIP Collège d’Hypnose et Thérapies Intégratives de Paris, de l'Institut In-Dolore, Hypnothérapeute depuis 1998, ancien superviseur national en IMO avec Danie Beaulieu, « créateur » de l’EMDR-IMO en 2005, Psychothérapeute certifié par ARS en 2013, conférencier international, et ancien kinésithérapeute.
Il est aussi enseignant au DU de Psychothérapie Intégrative de Strasbourg et de Bordeaux en EMDR Intégrative.
Les formations et les conférences réalisées par Laurent Gross lors de congres d’hypnose comme ceux de la CFHTB ou au congrès mondial d’hypnose à Paris de 2015, ont toujours remporté beaucoup de succès auprès du public de professionnels de santé. En effet, il est une référence dans le domaine du traitement du psychotraumatisme depuis plus de 20 ans. Son coté surprenant, accompagné d’humour crée une relation thérapeutique avec le patient qui constitue la pierre angulaire de son approche intégrative. Son approche relationnelle est dotée d’un sens de l’observation aigu et d’un maniement du langage de façon créative, qui génèrent l’action thérapeutique. Cette Master Class animée par Laurent Gross est l’occasion de se nourrir d’une forme d’apprentissage intuitive et créative où les mouvements oculaires EMDR - IMO avec l’hypnose sont rassemblés à chaque instant, à chaque geste, à chaque respiration.
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314 Avenue du Prado du 09/04/2026 13h00 au 10/04/2026 17h00
https://www.formation-hypnose-marseille.info/Formation-et-Master-Class-en-EMDR-IMO-Hypnose-Ericksonienne-dans-le-traitement-du-Psychotraumatisme-avec-Laurent-GROSS_a86.html
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Master Class EMDR Intégrative à Marseille, avec Laurent GROSS
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C’est avec un plaisir immense, que nous avons la chance d’accueillir comme chaque année, Laurent GROSS, Vice Président de France EMDR-IMO ® pour la 3ème journée de notre formation EMDR – IMO dans le traitement du Psychotraumatisme.
Laurent GROSS est Président du CHTIP Collège d’Hypnose et Thérapies Intégratives de Paris, de l'Institut In-Dolore, Hypnothérapeute depuis 1998, ancien superviseur national en IMO avec Danie Beaulieu, « créateur » de l’EMDR-IMO en 2005, Psychothérapeute certifié par ARS en 2013, conférencier international, et ancien kinésithérapeute.
Il est aussi enseignant au DU de Psychothérapie Intégrative de Strasbourg et de Bordeaux en EMDR Intégrative.
Les formations et les conférences réalisées par Laurent Gross lors de congres d’hypnose comme ceux de la CFHTB ou au congrès mondial d’hypnose à Paris de 2015, ont toujours remporté beaucoup de succès auprès du public de professionnels de santé. En effet, il est une référence dans le domaine du traitement du psychotraumatisme depuis plus de 20 ans. Son coté surprenant, accompagné d’humour crée une relation thérapeutique avec le patient qui constitue la pierre angulaire de son approche intégrative. Son approche relationnelle est dotée d’un sens de l’observation aigu et d’un maniement du langage de façon créative, qui génèrent l’action thérapeutique. Cette Master Class animée par Laurent Gross est l’occasion de se nourrir d’une forme d’apprentissage intuitive et créative où les mouvements oculaires EMDR - IMO avec l’hypnose sont rassemblés à chaque instant, à chaque geste, à chaque respiration.
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Laurent GROSS est Président du CHTIP Collège d’Hypnose et Thérapies Intégratives de Paris, de l'Institut In-Dolore, Hypnothérapeute depuis 1998, ancien superviseur national en IMO avec Danie Beaulieu, « créateur » de l’EMDR-IMO en 2005, Psychothérapeute certifié par ARS en 2013, conférencier international, et ancien kinésithérapeute.
Il est aussi enseignant au DU de Psychothérapie Intégrative de Strasbourg et de Bordeaux en EMDR Intégrative.
Les formations et les conférences réalisées par Laurent Gross lors de congres d’hypnose comme ceux de la CFHTB ou au congrès mondial d’hypnose à Paris de 2015, ont toujours remporté beaucoup de succès auprès du public de professionnels de santé. En effet, il est une référence dans le domaine du traitement du psychotraumatisme depuis plus de 20 ans. Son coté surprenant, accompagné d’humour crée une relation thérapeutique avec le patient qui constitue la pierre angulaire de son approche intégrative. Son approche relationnelle est dotée d’un sens de l’observation aigu et d’un maniement du langage de façon créative, qui génèrent l’action thérapeutique. Cette Master Class animée par Laurent Gross est l’occasion de se nourrir d’une forme d’apprentissage intuitive et créative où les mouvements oculaires EMDR - IMO avec l’hypnose sont rassemblés à chaque instant, à chaque geste, à chaque respiration.
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MARSEILLE Formation Hypnothérapie et Thérapie EMDR-IMO, EMDR Intégrative Session 6.
EMDR Intégrative: - Rappel des composantes du psychotraumatisme.
- Comment aborder le psychotraumatisme avec l’hypnose et la thérapie EMDR-IMO.
- Thérapie EMDR-IMO orientée ressource avec les patients très sensibles et enfants.
- Améliorer sa posture de thérapeute pour renforcer le lien « secure » dans la relation thérapeutique dans les cas de psychotraumatisme.
- Utiliser la thérapie EMDR-IMO en situation d’urgence et avec les douloureux chroniques.
- Approfondissement et stratégies thérapeutiques avec l’EMDR-IMO.
Cette formation se déroule une fois par an.
Lien du Catalogue
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https://www.formation-hypnose-marseille.info/A-Marseille-Formation-Hypnose-2eme-annee_a21.html
- Comment aborder le psychotraumatisme avec l’hypnose et la thérapie EMDR-IMO.
- Thérapie EMDR-IMO orientée ressource avec les patients très sensibles et enfants.
- Améliorer sa posture de thérapeute pour renforcer le lien « secure » dans la relation thérapeutique dans les cas de psychotraumatisme.
- Utiliser la thérapie EMDR-IMO en situation d’urgence et avec les douloureux chroniques.
- Approfondissement et stratégies thérapeutiques avec l’EMDR-IMO.
Cette formation se déroule une fois par an.
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MARSEILLE Formation Hypnothérapie et Thérapie EMDR-IMO, EMDR Intégrative Session 6.
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- Comment aborder le psychotraumatisme avec l’hypnose et la thérapie EMDR-IMO.
- Thérapie EMDR-IMO orientée ressource avec les patients très sensibles et enfants.
- Améliorer sa posture de thérapeute pour renforcer le lien « secure » dans la relation thérapeutique dans les cas de psychotraumatisme.
- Utiliser la thérapie EMDR-IMO en situation d’urgence et avec les douloureux chroniques.
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Cette formation se déroule une fois par an.
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- Comment aborder le psychotraumatisme avec l’hypnose et la thérapie EMDR-IMO.
- Thérapie EMDR-IMO orientée ressource avec les patients très sensibles et enfants.
- Améliorer sa posture de thérapeute pour renforcer le lien « secure » dans la relation thérapeutique dans les cas de psychotraumatisme.
- Utiliser la thérapie EMDR-IMO en situation d’urgence et avec les douloureux chroniques.
- Approfondissement et stratégies thérapeutiques avec l’EMDR-IMO.
Cette formation se déroule une fois par an.
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MARSEILLE: Formation en EMDR Intégrative, EMDR - IMO. Approche intégrative du psychotraumatisme.
Formation Certifiante et validée par France EMDR IMO ®.
Cette formation s’inscrit dans la prise en charge du psychotraumatisme par l'EMDR Intégrative. Cette approche intègre la pratique de l’hypnose Ericksonienne et la thérapie EMDR - IMO qui s’appuie sur la pratique de mouvements oculaires.
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Objectifs de la formation :
- Acquérir la pratique de la thérapie EMDR - IMO, reposant sur les mouvements oculaires.
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- Acquérir une approche intégrative hypnose et EMDR - IMO dans le but de traiter le psychotraumatisme.
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Cette formation s’inscrit dans la prise en charge du psychotraumatisme par l'EMDR Intégrative. Cette approche intègre la pratique de l’hypnose Ericksonienne et la thérapie EMDR - IMO qui s’appuie sur la pratique de mouvements oculaires.
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Objectifs de la formation :
- Acquérir la pratique de la thérapie EMDR - IMO, reposant sur les mouvements oculaires.
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Viols et abus sexuels avec usage de stupéfiants. Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80.
Fortement médiatisées ou restées en lisière de l’actualité, on ne compte plus les affaires de violences, viols et agressions sexuelles par contrainte et soumission chimique. La plus retentissante étant sans doute l’affaire dite des « viols de Mazan » dont fut victime Gisèle Pelicot. Il est question dans cet article des victimes, de leurs traumas, leurs dissociations hypnotiques, et des voies thérapeutiques, comme la PTR, qui peuvent permettre au thérapeute de « faire fondre » la peur, dissiper les effets de la chimie et lever les résistances...
Les victimes de ce type de traumas sont nombreuses et passent souvent inaperçues dans les cabinets des psychothérapeutes.
Il faut donc apprendre à les reconnaître et savoir comment les traiter pour insensibiliser les contenus inconscients toujours actifs. Il est important que psychiatres, psychothérapeutes en général, policiers, magistrats, journalistes et grand public se rendent compte que ce n’est pas parce que l’on « dort » durant ces agressions sexuelles qu’elles ne laissent pas des traces traumatiques importantes.
C’est de fait tout le contraire qui se produit. Le corps n’oublie rien, mais surtout le corps capte, perçoit et enregistre directement à un niveau inconscient ce qui lui a été fait, alors que la personne ne sait pas consciemment ce qui lui est arrivé. Cette discordance conscient/inconscient explique que le syndrome de stress post-traumatique (SSPT) qui découle de ce type spécifique de viol est plus puissant, plus dommageable qu’un viol en toute conscience.
Selon mes observations, la symptomatologie est plus lourde que celle qu’entraînent les viols sans stupéfiant en raison sans doute du fait que tous les symptômes « habituels » du viol seront présents avec pour cause aggravante l’ignorance de ce qui en est la cause. Cet état extrêmement inquiétant ne peut être interprété par le patient que comme la preuve d’une folie grave, une perte de contrôle de soi due aux mécanismes dissociatifs mis en action. Ce type d’agression devrait être considéré, en san- té mentale comme en droit, de viol qualifié.
Ces agressions peuvent mener entre autres à des automutilations, des autodestructions à différents niveaux tels que abandon d’études, élimination des relations saines ou pervertissement de celles-ci, abandons professionnels, familiaux, et assez fréquemment aussi au sui- cide. Avec ceci de particulier que la victime ne comprend pas ce qui la pousse à ces actes et qu’elle s’en sent responsable. Ces sentiments de responsabilité, de culpabilité et de honte sont pourtant typiques du changement cognitif qui résulte de tout trauma ou SSPT.
« Les victimes de traumas sont dissociées »
Voilà le mantra des médias, du grand public et même des thérapeutes non formés à l’hypnose. Mais comment se fait-il qu’elles soient dissociées ? Est-ce par le fait de l’hypnose, mal aimée, mal comprise et toujours méconnue ? C’est tout le contraire ! On n’hypnotise pas la victime de SSPT, on la sort de l’hypnose négative et des phénomènes hypnotiques dissociatifs avec lesquels elle reste dissociée depuis l’incident traumatique.
En thérapie, il est préférable de considérer que l’hypnose n’est pas le fruit de la suggestion, mais de l’usage de l’imaginaire ou de la mé- moire du patient. En cas de choc émotionnel, les phénomènes hypnotiques nous viennent en aide « spontanément » pour nous protéger. On assiste alors à l’apparition d’un véritable carnaval de phénomènes hypnotiques que j’appelle « protections dissociatives ». Après les incidents traumatiques, ces phénomènes vont se transformer en symptômes dissociatifs, d’où le fameux mantra « les victimes de traumas sont dissociées ».
PRÉAMBULE
Le travail dit d’hypnothérapie dans le traitement des traumas ou plus précisément des SSPT ne consiste donc pas à « hypnotiser » le patient, il l’est déjà et c’est de cela dont il souffre. Le thérapeute doit, en fait, sortir la personne de cette hypnose qui s’est imposée à lui et qui persiste. De plus, c’est la persistance de « l’enregistrement mnésique » (kinésique, visuel, auditif, olfactif, gustatif) du souvenir souvent inatteignable consciemment, parce que dissocié, qui prolonge les souffrances, les symptômes.
En effet, avec le constat de l’apparition des « protections dissociatives » lors des incidents traumatiques, force est de constater que le travail du thérapeute – qui ne peut ignorer ce qu’il est convenu d’appeler l’hypnose – consiste à éliminer les dissociations hypnotiques dans lesquelles les personnes continuent de vivre depuis l’incident et de leur permettre de réassocier les différents éléments du souvenir. Le SSPT est donc l’évitement prolongé dans le temps des différents éléments « enregistrés inconsciemment » ou « dissociés » de l’incident traumatique aux moyens des phénomènes hypnotiques initialement protecteurs.
Dans les cas de viols avec stupéfiant, la difficulté est double en raison de l’amnésie provoquée par la chimie spécifique des produits utilisés : GHB, kétamine, benzodiazépine, alcool, etc., et de l’amnésie hypnotique protectrice qui s’est développée devant la peur de mourir, sentiment créé par l’engourdissement généralisé dû aux effets de la chimie absorbée sans en être conscient.
1. La détection de l’usage d’un stupéfiant
C’est bien sûr un point essentiel pour le travail. Dans certains cas, l’usage de stupéfiants est connu.
• Situation n° 1 : prenons le cas de la personne qui s’est réveillée chez un homme qui, « gentleman », lui a préparé un petit déjeuner, lui « rappelle » qu’elle lui avait exprimé, dans la boîte de nuit où ils s’étaient rencontrés, son souhait d’avoir des rapports sexuels. Le travail thérapeutique permet de retrouver qu’il n’en était rien mais que, droguée, elle s’est effondrée et ne se souvenait de rien. Le travail peut également permettre de retrouver des situations de viols multiples.
• Situation n° 2 : dans le cas suivant, la connaissance des états modifiés de conscience a permis d’éluder l’hypothèse de psychose, de suspecter l’usage d’une drogue et d’aller travailler directement au niveau inconscient pour retrouver les faits et désensibiliser les souvenirs retrouvés.
Un de mes premiers cas de ce type (vers 1989) est celui d’une jeune femme, internée en psychiatrie depuis deux mois. Elle recevait, injustement, le diagnostic de psychose et la pharmacopée habituellement prescrite dans ce cas. Un des symptômes qui était passé inaperçu était les mutilations vaginales avec un couteau qu’elle s’infligeait toutes les nuits sous la douche. Après avoir été découverte, durant un entretien à ce propos, elle s’est jetée (totalement dissociée et donc sans conscience de ce qui la poussait à faire cela) sous le bureau du psychiatre dans l’intention de lui faire une fellation, ce qui décida le psychiatre à faire appel à moi, hypnothérapeute.
A l’époque, cette discipline que j’avais introduite en Belgique en 1984 était encore suspecte et avait subi l’anathème lancé par Sigmund Freud et Jacques Lacan. Une séance unique permit à l’adolescente de 16 ans de re- trouver que son professeur avait organisé un « drink » de fin d’année dans un bistrot avec quelques élèves de sa classe et, de connivence avec le tenancier de l’établissement qui avait fourni une chambre, ils s’étaient succédé pour violer la jeune femme. Dans la toute grande majorité des cas, la détection est beaucoup plus difficile.
S’il n’y a pas la connaissance qu’un stupéfiant a été utilisé, le respect des points suivants sera un moyen efficace pour confirmer ou infirmer l’hypothèse d’usage d’une drogue et donc de travailler en conséquence.
2. Attention à l’objectif logique et normal du thérapeute et du patient : retrouver les souvenirs enfouis, responsables des symptômes
Dans le retraitement des traumas en général, l’objectif du thérapeute est de retrouver et d’apaiser les éléments et souvenirs dissociés aux moyens de l’amnésie, de la psychosomatique, de l’hébétude, de l’impression d’inventer et autres protections hypnotiques dissociatives.
Particulièrement dans les cas qui nous concernent ici, le thérapeute, en voulant aller trop vite pour retrouver les souvenirs, c’est- à-dire en se focalisant trop longuement sur l’apparition du souvenir, va involontairement et paradoxalement ralentir la procédure en réveillant la souffrance. Même si cette souffrance n’apparaît pas encore consciemment, l’inconscient qui protège toujours le patient va renforcer les dissociations qu’il utilise déjà, comme par exemple l’anesthésie émotionnelle. A l’inverse, le thérapeute peut de- mander au patient d’intensifier cette anesthésie et éventuellement d’autres « protections dissociatives ». Attention, grâce à ce moyen le retour des émotions peut être rapide.
3. L’axe central du travail de « la rampe » : est constitué par les souvenirs des sensations de drogues qui réapparaissent progressivement.
Ces sensations seront constamment utilisées comme guides pour favoriser le retour des souvenirs. Pourquoi l’expression « la rampe » ? En analogie avec la rampe d’escalier qui sert de guide dans l’obscurité. Les patients sont le plus souvent inconscients de ce qui s’est passé, par contre il leur reste des sensations dues aux drogues qui sont à la base du trauma principal : la sensation de mourir qui survient du fait de perdre le contrôle de soi. Ce sont donc ces sensations qui, amplifiées, vont permettre les levées d’amnésies progressives : a. le manque de force (mollesse) ;
b. les sensations d’anesthésie généralisée ;
c. les sons étouffés ;
d. la bouche « pâteuse » (parfois un goût d’opiacé).
En invitant le patient à se focaliser sur ces quatre sensations et en lui demandant de les intensifier, il sera rassuré grâce à la maîtrise qu’il commence à obtenir sur ses perceptions. En PTR, on explique au patient le pourquoi des demandes qui lui sont faites, comme celle d’augmenter les sensations de drogues pour les maîtriser, d’intensifier les protections dissociatives (qui se confondent avec les sensations de drogue) pour le ramener au cœur du trauma pour s’en servir comme anesthésiant, etc.
En suivant le chemin des sensations enregistrées suite à l’ingestion de drogues, la « rampe » ramène les souvenirs qui peuvent alors apparaître, souvent progressivement, parfois très rapidement. Le moindre conte- nu de retour du refoulé (images, sensations, émotions, etc.) sera rapidement soumis aux transformations au moyen de « changer n’importe quoi » à l’utilisation des protections dissociatives, aux indispensables pauses et « nettoyages » des sensations de drogue qui s’effectue grâce aux sensations du souvenir agréable vivifiant, et l’utilisation de la résistance permettra d’affiner et de transformer ce qui apparaît comme « les bonnes raisons » de ne pas changer, de ne pas oser découvrir la suite du souvenir.
4. Changer n’importe quoi (en accord avec le patient)
Pour lire la suite...
Gérald Brassine Psychothérapeute, formateur en hypnose et thérapie brève. Fondateur de l’Institut Milton H. Erickson de Belgique (1984). Formations décisives auprès de P. Watzlawick, J. Weakland, R. Fisch, N. Cummings et Kay Thompson. Créateur de l’Hypnose conversationnelle stratégique-PTR. Auteur de Faut-il parler de ça aux enfants ? Prévenir, détecter et gérer les abus sexuels subis par les enfants ; La vengeance du Jaguar ; Pour une intervention écologique dans le cadre de l’inceste...
Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80: Fev. / Mars / Avril. 2026. TRAUMATISMES.
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°80…
6 / Éditorial : L’importance d’aller dans le sens de la résistance Julien Betbèze.
8 / En couverture : Mikhaël Allouche & Ana Waalder. Le récit alternatif Interview par Sophie Cohen.
12 / Faire face à une situation réputée difficile Donner du temps au temps Jacques-Antoine Malarewicz.
20 / Le vide, l’inspiration, la vacuité. Exemples d’intervention en thérapie systémique et stratégique brève. Nathalie Koralnik.
30 / Deuil en thérapie narrative. « Bonjour Papi Georges » Stéphanie Robert.
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
40 / Introduction Gérard Ostermann.
44 / La perte en gériatrie. Miroir d’un effondrement psychique. Johanna Rabinovici.
DOSSIER TRAUMATISMES
55 / Levée d’amnésie traumatique.« Ranger sa bibliothèque lorsque les souvenirs reviennent ». Cécile Condaminas. Notes de lecture.
62 / Endométriose post-traumatique Libérer les sujets du pouvoir du monde traumatique avec la TLMR. Éric Bardot. Notes de lecture.
74 / Viols et abus sexuels avec usage de stupéfiants Traitement avec la PTR Gérald Brassine. Notes de lecture.
QUIPROQUO
84 / Difficile. S. Colombo, Muhuc.
BONJOUR ET APRÈS...
88 / Madeleine. Sa vie bouleversée après les soins d’un cancer. Sophie Cohen.
CULTURE MONDE
92 / Au Vietnam, dans la chambre des âmes. Sylvie Le Pelletier-Beaufond.
LIVRES EN BOUCHE
96 / J. Betbèze, S. Cohen.
Illustrations du numéro: Mikhael Allouche et Ana Waalder.
EMDR Intégrative (EMDR IMO) VS PTR ou... bonnet blanc et blanc bonnet ? Les thérapeutes formés aux deux approches, (la PTR et l’EMDR intégrative) semblent partager le même constat: les mêmes fondations cliniques !
Ces deux approches travaillent la dissociation, la régulation émotionnelle, la sécurité intérieure, le tiers sécur.
Elles privilégient toutes deux une approche globale, intégrant le corps, les émotions et les cognitions.
Le thérapeute s’ajuste au rythme du patient, sans forçage du souvenir traumatique.
De plus, l’objectif est identique : réintégrer l’expérience et restaurer le mouvement psychique par le Traitement Adaptatif de l'Information (TAI).
Sur le terrain, les outils et les logiques d’intervention apparaissent largement superposables.
Au fond, plus qu’une réelle différence, il s’agit surtout d’une variation de langage et de cadre (entre la France et la Belgique).
Alors, derrière les sigles, les écoles et les labels, ce sont souvent les mêmes enjeux qui traversent les pratiques. Et parfois, les mêmes gestes thérapeutiques, simplement nommés autrement.
Alors une question nous vient à l'esprit: pourquoi nos cousins belges ont-ils eu besoin de renommer ce qui se faisait déjà en EMDR IMO ?
Les victimes de ce type de traumas sont nombreuses et passent souvent inaperçues dans les cabinets des psychothérapeutes.
Il faut donc apprendre à les reconnaître et savoir comment les traiter pour insensibiliser les contenus inconscients toujours actifs. Il est important que psychiatres, psychothérapeutes en général, policiers, magistrats, journalistes et grand public se rendent compte que ce n’est pas parce que l’on « dort » durant ces agressions sexuelles qu’elles ne laissent pas des traces traumatiques importantes.
C’est de fait tout le contraire qui se produit. Le corps n’oublie rien, mais surtout le corps capte, perçoit et enregistre directement à un niveau inconscient ce qui lui a été fait, alors que la personne ne sait pas consciemment ce qui lui est arrivé. Cette discordance conscient/inconscient explique que le syndrome de stress post-traumatique (SSPT) qui découle de ce type spécifique de viol est plus puissant, plus dommageable qu’un viol en toute conscience.
Selon mes observations, la symptomatologie est plus lourde que celle qu’entraînent les viols sans stupéfiant en raison sans doute du fait que tous les symptômes « habituels » du viol seront présents avec pour cause aggravante l’ignorance de ce qui en est la cause. Cet état extrêmement inquiétant ne peut être interprété par le patient que comme la preuve d’une folie grave, une perte de contrôle de soi due aux mécanismes dissociatifs mis en action. Ce type d’agression devrait être considéré, en san- té mentale comme en droit, de viol qualifié.
Ces agressions peuvent mener entre autres à des automutilations, des autodestructions à différents niveaux tels que abandon d’études, élimination des relations saines ou pervertissement de celles-ci, abandons professionnels, familiaux, et assez fréquemment aussi au sui- cide. Avec ceci de particulier que la victime ne comprend pas ce qui la pousse à ces actes et qu’elle s’en sent responsable. Ces sentiments de responsabilité, de culpabilité et de honte sont pourtant typiques du changement cognitif qui résulte de tout trauma ou SSPT.
« Les victimes de traumas sont dissociées »
Voilà le mantra des médias, du grand public et même des thérapeutes non formés à l’hypnose. Mais comment se fait-il qu’elles soient dissociées ? Est-ce par le fait de l’hypnose, mal aimée, mal comprise et toujours méconnue ? C’est tout le contraire ! On n’hypnotise pas la victime de SSPT, on la sort de l’hypnose négative et des phénomènes hypnotiques dissociatifs avec lesquels elle reste dissociée depuis l’incident traumatique.
En thérapie, il est préférable de considérer que l’hypnose n’est pas le fruit de la suggestion, mais de l’usage de l’imaginaire ou de la mé- moire du patient. En cas de choc émotionnel, les phénomènes hypnotiques nous viennent en aide « spontanément » pour nous protéger. On assiste alors à l’apparition d’un véritable carnaval de phénomènes hypnotiques que j’appelle « protections dissociatives ». Après les incidents traumatiques, ces phénomènes vont se transformer en symptômes dissociatifs, d’où le fameux mantra « les victimes de traumas sont dissociées ».
PRÉAMBULE
Le travail dit d’hypnothérapie dans le traitement des traumas ou plus précisément des SSPT ne consiste donc pas à « hypnotiser » le patient, il l’est déjà et c’est de cela dont il souffre. Le thérapeute doit, en fait, sortir la personne de cette hypnose qui s’est imposée à lui et qui persiste. De plus, c’est la persistance de « l’enregistrement mnésique » (kinésique, visuel, auditif, olfactif, gustatif) du souvenir souvent inatteignable consciemment, parce que dissocié, qui prolonge les souffrances, les symptômes.
En effet, avec le constat de l’apparition des « protections dissociatives » lors des incidents traumatiques, force est de constater que le travail du thérapeute – qui ne peut ignorer ce qu’il est convenu d’appeler l’hypnose – consiste à éliminer les dissociations hypnotiques dans lesquelles les personnes continuent de vivre depuis l’incident et de leur permettre de réassocier les différents éléments du souvenir. Le SSPT est donc l’évitement prolongé dans le temps des différents éléments « enregistrés inconsciemment » ou « dissociés » de l’incident traumatique aux moyens des phénomènes hypnotiques initialement protecteurs.
Dans les cas de viols avec stupéfiant, la difficulté est double en raison de l’amnésie provoquée par la chimie spécifique des produits utilisés : GHB, kétamine, benzodiazépine, alcool, etc., et de l’amnésie hypnotique protectrice qui s’est développée devant la peur de mourir, sentiment créé par l’engourdissement généralisé dû aux effets de la chimie absorbée sans en être conscient.
1. La détection de l’usage d’un stupéfiant
C’est bien sûr un point essentiel pour le travail. Dans certains cas, l’usage de stupéfiants est connu.
• Situation n° 1 : prenons le cas de la personne qui s’est réveillée chez un homme qui, « gentleman », lui a préparé un petit déjeuner, lui « rappelle » qu’elle lui avait exprimé, dans la boîte de nuit où ils s’étaient rencontrés, son souhait d’avoir des rapports sexuels. Le travail thérapeutique permet de retrouver qu’il n’en était rien mais que, droguée, elle s’est effondrée et ne se souvenait de rien. Le travail peut également permettre de retrouver des situations de viols multiples.
• Situation n° 2 : dans le cas suivant, la connaissance des états modifiés de conscience a permis d’éluder l’hypothèse de psychose, de suspecter l’usage d’une drogue et d’aller travailler directement au niveau inconscient pour retrouver les faits et désensibiliser les souvenirs retrouvés.
Un de mes premiers cas de ce type (vers 1989) est celui d’une jeune femme, internée en psychiatrie depuis deux mois. Elle recevait, injustement, le diagnostic de psychose et la pharmacopée habituellement prescrite dans ce cas. Un des symptômes qui était passé inaperçu était les mutilations vaginales avec un couteau qu’elle s’infligeait toutes les nuits sous la douche. Après avoir été découverte, durant un entretien à ce propos, elle s’est jetée (totalement dissociée et donc sans conscience de ce qui la poussait à faire cela) sous le bureau du psychiatre dans l’intention de lui faire une fellation, ce qui décida le psychiatre à faire appel à moi, hypnothérapeute.
A l’époque, cette discipline que j’avais introduite en Belgique en 1984 était encore suspecte et avait subi l’anathème lancé par Sigmund Freud et Jacques Lacan. Une séance unique permit à l’adolescente de 16 ans de re- trouver que son professeur avait organisé un « drink » de fin d’année dans un bistrot avec quelques élèves de sa classe et, de connivence avec le tenancier de l’établissement qui avait fourni une chambre, ils s’étaient succédé pour violer la jeune femme. Dans la toute grande majorité des cas, la détection est beaucoup plus difficile.
S’il n’y a pas la connaissance qu’un stupéfiant a été utilisé, le respect des points suivants sera un moyen efficace pour confirmer ou infirmer l’hypothèse d’usage d’une drogue et donc de travailler en conséquence.
2. Attention à l’objectif logique et normal du thérapeute et du patient : retrouver les souvenirs enfouis, responsables des symptômes
Dans le retraitement des traumas en général, l’objectif du thérapeute est de retrouver et d’apaiser les éléments et souvenirs dissociés aux moyens de l’amnésie, de la psychosomatique, de l’hébétude, de l’impression d’inventer et autres protections hypnotiques dissociatives.
Particulièrement dans les cas qui nous concernent ici, le thérapeute, en voulant aller trop vite pour retrouver les souvenirs, c’est- à-dire en se focalisant trop longuement sur l’apparition du souvenir, va involontairement et paradoxalement ralentir la procédure en réveillant la souffrance. Même si cette souffrance n’apparaît pas encore consciemment, l’inconscient qui protège toujours le patient va renforcer les dissociations qu’il utilise déjà, comme par exemple l’anesthésie émotionnelle. A l’inverse, le thérapeute peut de- mander au patient d’intensifier cette anesthésie et éventuellement d’autres « protections dissociatives ». Attention, grâce à ce moyen le retour des émotions peut être rapide.
3. L’axe central du travail de « la rampe » : est constitué par les souvenirs des sensations de drogues qui réapparaissent progressivement.
Ces sensations seront constamment utilisées comme guides pour favoriser le retour des souvenirs. Pourquoi l’expression « la rampe » ? En analogie avec la rampe d’escalier qui sert de guide dans l’obscurité. Les patients sont le plus souvent inconscients de ce qui s’est passé, par contre il leur reste des sensations dues aux drogues qui sont à la base du trauma principal : la sensation de mourir qui survient du fait de perdre le contrôle de soi. Ce sont donc ces sensations qui, amplifiées, vont permettre les levées d’amnésies progressives : a. le manque de force (mollesse) ;
b. les sensations d’anesthésie généralisée ;
c. les sons étouffés ;
d. la bouche « pâteuse » (parfois un goût d’opiacé).
En invitant le patient à se focaliser sur ces quatre sensations et en lui demandant de les intensifier, il sera rassuré grâce à la maîtrise qu’il commence à obtenir sur ses perceptions. En PTR, on explique au patient le pourquoi des demandes qui lui sont faites, comme celle d’augmenter les sensations de drogues pour les maîtriser, d’intensifier les protections dissociatives (qui se confondent avec les sensations de drogue) pour le ramener au cœur du trauma pour s’en servir comme anesthésiant, etc.
En suivant le chemin des sensations enregistrées suite à l’ingestion de drogues, la « rampe » ramène les souvenirs qui peuvent alors apparaître, souvent progressivement, parfois très rapidement. Le moindre conte- nu de retour du refoulé (images, sensations, émotions, etc.) sera rapidement soumis aux transformations au moyen de « changer n’importe quoi » à l’utilisation des protections dissociatives, aux indispensables pauses et « nettoyages » des sensations de drogue qui s’effectue grâce aux sensations du souvenir agréable vivifiant, et l’utilisation de la résistance permettra d’affiner et de transformer ce qui apparaît comme « les bonnes raisons » de ne pas changer, de ne pas oser découvrir la suite du souvenir.
4. Changer n’importe quoi (en accord avec le patient)
Pour lire la suite...
Gérald Brassine Psychothérapeute, formateur en hypnose et thérapie brève. Fondateur de l’Institut Milton H. Erickson de Belgique (1984). Formations décisives auprès de P. Watzlawick, J. Weakland, R. Fisch, N. Cummings et Kay Thompson. Créateur de l’Hypnose conversationnelle stratégique-PTR. Auteur de Faut-il parler de ça aux enfants ? Prévenir, détecter et gérer les abus sexuels subis par les enfants ; La vengeance du Jaguar ; Pour une intervention écologique dans le cadre de l’inceste...
Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80: Fev. / Mars / Avril. 2026. TRAUMATISMES.
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°80…
6 / Éditorial : L’importance d’aller dans le sens de la résistance Julien Betbèze.
8 / En couverture : Mikhaël Allouche & Ana Waalder. Le récit alternatif Interview par Sophie Cohen.
12 / Faire face à une situation réputée difficile Donner du temps au temps Jacques-Antoine Malarewicz.
20 / Le vide, l’inspiration, la vacuité. Exemples d’intervention en thérapie systémique et stratégique brève. Nathalie Koralnik.
30 / Deuil en thérapie narrative. « Bonjour Papi Georges » Stéphanie Robert.
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
40 / Introduction Gérard Ostermann.
44 / La perte en gériatrie. Miroir d’un effondrement psychique. Johanna Rabinovici.
DOSSIER TRAUMATISMES
55 / Levée d’amnésie traumatique.« Ranger sa bibliothèque lorsque les souvenirs reviennent ». Cécile Condaminas. Notes de lecture.
62 / Endométriose post-traumatique Libérer les sujets du pouvoir du monde traumatique avec la TLMR. Éric Bardot. Notes de lecture.
74 / Viols et abus sexuels avec usage de stupéfiants Traitement avec la PTR Gérald Brassine. Notes de lecture.
QUIPROQUO
84 / Difficile. S. Colombo, Muhuc.
BONJOUR ET APRÈS...
88 / Madeleine. Sa vie bouleversée après les soins d’un cancer. Sophie Cohen.
CULTURE MONDE
92 / Au Vietnam, dans la chambre des âmes. Sylvie Le Pelletier-Beaufond.
LIVRES EN BOUCHE
96 / J. Betbèze, S. Cohen.
Illustrations du numéro: Mikhael Allouche et Ana Waalder.
EMDR Intégrative (EMDR IMO) VS PTR ou... bonnet blanc et blanc bonnet ? Les thérapeutes formés aux deux approches, (la PTR et l’EMDR intégrative) semblent partager le même constat: les mêmes fondations cliniques !
Ces deux approches travaillent la dissociation, la régulation émotionnelle, la sécurité intérieure, le tiers sécur.
Elles privilégient toutes deux une approche globale, intégrant le corps, les émotions et les cognitions.
Le thérapeute s’ajuste au rythme du patient, sans forçage du souvenir traumatique.
De plus, l’objectif est identique : réintégrer l’expérience et restaurer le mouvement psychique par le Traitement Adaptatif de l'Information (TAI).
Sur le terrain, les outils et les logiques d’intervention apparaissent largement superposables.
Au fond, plus qu’une réelle différence, il s’agit surtout d’une variation de langage et de cadre (entre la France et la Belgique).
Alors, derrière les sigles, les écoles et les labels, ce sont souvent les mêmes enjeux qui traversent les pratiques. Et parfois, les mêmes gestes thérapeutiques, simplement nommés autrement.
Alors une question nous vient à l'esprit: pourquoi nos cousins belges ont-ils eu besoin de renommer ce qui se faisait déjà en EMDR IMO ?
MARSEILLE: Formation en EMDR Intégrative, EMDR - IMO Session 3
3ème Session de la formation en EMDR Intégrative: Intégration d'éléments d'hypnose ericksonienne, de thérapie brève et des mouvements oculaires, dans le cadre du psychotraumatisme.
Formation réservée aux professionnels de santé, psychologues.
Durée: 8 jours
Cette formation se déroule une fois par an
Approfondir les connaissances en matière de psychotraumatisme.
Acquérir la pratique de la thérapie EMDR - IMO, reposant sur les mouvements oculaires et l’utilisation d’éléments hypnotiques.
Améliorer sa posture de thérapeute pour renforcer le lien «sécure» dans la relation thérapeutique dans les cas de psychotraumatisme.
Acquérir des éléments hypnotiques et des éléments issus des thérapies brèves dans le traitement du psychotraumatisme.
Acquérir une nouvelle approche intégrative de la thérapie EMDR - IMO avec des éléments hypnotiques et des outils issus des thérapies brèves dans le but de traiter le psychotraumatisme.
Acquérir des outils issus des thérapies brèves afin de mener l’entretien efficacement avec la thérapie EMDR - IMO
Savoir pratiquer la thérapie EMDR - IMO avec les éléments hypnotiques de manière stratégique en se basant sur la relation thérapeutique.
Savoir pratiquer la thérapie EMDR - IMO orientée ressource.
S'inscrire sur notre Catalogue de Formations
314 Avenue du Prado du 02/04/2026 00h00 au 03/04/2026 23h50
https://www.formation-hypnose-marseille.info/Formation-en-EMDR-IMO-a-Marseille_a82.html
Formation réservée aux professionnels de santé, psychologues.
Durée: 8 jours
Cette formation se déroule une fois par an
Approfondir les connaissances en matière de psychotraumatisme.
Acquérir la pratique de la thérapie EMDR - IMO, reposant sur les mouvements oculaires et l’utilisation d’éléments hypnotiques.
Améliorer sa posture de thérapeute pour renforcer le lien «sécure» dans la relation thérapeutique dans les cas de psychotraumatisme.
Acquérir des éléments hypnotiques et des éléments issus des thérapies brèves dans le traitement du psychotraumatisme.
Acquérir une nouvelle approche intégrative de la thérapie EMDR - IMO avec des éléments hypnotiques et des outils issus des thérapies brèves dans le but de traiter le psychotraumatisme.
Acquérir des outils issus des thérapies brèves afin de mener l’entretien efficacement avec la thérapie EMDR - IMO
Savoir pratiquer la thérapie EMDR - IMO avec les éléments hypnotiques de manière stratégique en se basant sur la relation thérapeutique.
Savoir pratiquer la thérapie EMDR - IMO orientée ressource.
S'inscrire sur notre Catalogue de Formations
314 Avenue du Prado du 02/04/2026 00h00 au 03/04/2026 23h50
https://www.formation-hypnose-marseille.info/Formation-en-EMDR-IMO-a-Marseille_a82.html
Au Vietnam, dans la chambre des âmes. Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80.
Voici un rituel de possession, nouvellement créé au Vietnam dans les années 2000, dont un ethnologue rend compte dans ses travaux. Au confluent de contextes socio-politique, historique et religieux, l’institutionnalisation laïque de ces rencontres rituelles, dans la « chambre des âmes », peut interroger à plu- sieurs égards.
Ce lieu, appartenant à une organisation gouvernementale dite scientifique, accueille, lors de séances organisées régulièrement, les membres de familles en quête de communication avec leurs morts, en particulier avec ceux dont la sépulture a été égarée lors d’événements tragiques et violents du passé récent de ce pays. Ces familles endeuillées ne pouvant effectuer leurs rites dédiés aux ancêtres, inspirés de coutumes brahmaniques, bouddhistes ou animistes, cherchent à communiquer avec leurs morts ou à retrou- ver leurs sépultures. Quelle que soit la genèse de ce rituel récent de possession par les morts (« áp vong » ou « apposer l’âme »), c’est sur le déroulement et le cadre dans lesquels il se réalise qu’il est intéressant de s’attarder.
S’affranchissant de toute forme religieuse ou de « superstition », obéissant à une méthode stricte et invariable, les séances, menées par des « spécialistes » ni médiums-exorcistes, ni initiés ou thérapeutes, ont pour but d’appeler l’âme d’un défunt à pénétrer le corps d’un des parents présents, afin que la famille puisse communiquer avec ce mort et ainsi per- mettre que son âme, alors errante, retourne près de leur foyer.
Le possédé doit se laisser envahir par l’âme du mort...
Plusieurs familles se retrouvent, assises par terre, dans une pièce dépourvue des signes cultuels habituels : peu d’offrandes, pas de musique ou de tambours, pas de psalmodies, de danses ou de talismans, pas d’invocations ; seul l’encens brûle près d’un autel supportant un bouddha. Au centre du cercle formé par les membres de chaque famille, est posée une liste écrite de défunts avec lesquels on souhaite entrer en communication. Sont égrenées, lors d’un long préambule, l’ensemble des directives que tous devront suivre pour que puisse se produire l’incarnation d’un mort. Parfois préenregistrées, dans un ton monocorde, ces recommandations sont nombreuses : fermer les yeux, rester concentré et silencieux, « les mains posées sur les genoux, les paumes vers le haut, sans serrer les doigts, sans se tenir les mains », le visage gardé droit de sorte que les spécialistes voient si une âme se présente ; porter attention aux signes possibles de possession dans son corps : frissons, picotements, somnolence, mouvements de la tête, ou dans le corps d’un des membres de la famille ; si un défunt semble se manifester chez l’un d’eux, l’interroger au moyen de questions fermées, lui exprimer concrètement de l’affection et s’adresser au possédé par le nom de celui qu’il incarne ; le possédé doit se laisser envahir par l’âme du mort, ne pas réagir aux sollicitations contraires à la possession comme, par exemple, ne plus répondre à son véritable nom ; ne pas manifester de signes de possession si l’on n’est pas possédé...
L’attente ensuite se déploie. Les séances se déroulent sous le signe de l’imprévu, de l’inconnu, de l’incertitude : qui va être possédé parmi les membres de la famille ? Est-ce que le mort pourra communiquer avec les vivants ? Va-t-il donner des précisions sur la localisation de son corps ? Chacun s’observe et observe les autres ; le spécialiste guette. Les manifestations de possession peuvent être spectaculaires ou discrètes, violentes ou douces, agressives ou drôles... S’amorce alors la « construction collective d’une incarnation » soutenue par des discussions ou négociations intrafamiliales. Celles-ci, parfois longues et conflictuelles, sont engendrées par le doute émis par tel membre de la famille quant à la véracité de la possession ou l’identité du défunt incarné, ou par son refus d’admettre la possession exposée. Les spécialistes eux-mêmes participent à cette co-construction et s’interrogent : le client est-il l’incarnation d’un défunt ? Est-ce tel membre de la famille cité dans la liste des défunts présentée en début de rencontre ? Leurs interventions guident les séances : ils adressent au possédé un dis- cours empruntant à un champ lexical suggestif évoquant le « corps », les « cadavres » ou les « cadavres vivants », ils posent la main sur la tête de leur client, geste prohibé habituellement dans cette culture, signifiant peut- être par là qu’ils n’ont plus affaire à un être appartenant à la société des vivants...
Une femme hoche la tête, semblant être possédée par un de ses ...
Lire la suite...
Dr Sylvie Le Pelletier-Beaufond Médecin-psychothérapeute depuis 1991, hypnothérapeute, thérapeute systémique de famille et de couple, à Paris en libéral. Formatrice, elle reçoit des professionnels en supervision. Formée à l’Institut Milton Erickson de Paris et par Mony Elkaïm, sa pratique clinique s’inspire de la pensée de François Roustang. Membre de la Société française de Thérapie familiale. Anthropologue des religions et diplômée de l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco).
Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80: Fev. / Mars / Avril. 2026. TRAUMATISMES.
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°80…
6 / Éditorial : L’importance d’aller dans le sens de la résistance Julien Betbèze.
8 / En couverture : Mikhaël Allouche & Ana Waalder. Le récit alternatif Interview par Sophie Cohen.
12 / Faire face à une situation réputée difficile Donner du temps au temps Jacques-Antoine Malarewicz.
20 / Le vide, l’inspiration, la vacuité. Exemples d’intervention en thérapie systémique et stratégique brève. Nathalie Koralnik.
30 / Deuil en thérapie narrative. « Bonjour Papi Georges » Stéphanie Robert.
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
40 / Introduction Gérard Ostermann.
44 / La perte en gériatrie. Miroir d’un effondrement psychique. Johanna Rabinovici.
DOSSIER TRAUMATISMES
55 / Levée d’amnésie traumatique.« Ranger sa bibliothèque lorsque les souvenirs reviennent ». Cécile Condaminas. Notes de lecture.
62 / Endométriose post-traumatique Libérer les sujets du pouvoir du monde traumatique avec la TLMR. Éric Bardot. Notes de lecture.
74 / Viols et abus sexuels avec usage de stupéfiants Traitement avec la PTR Gérald Brassine. Notes de lecture.
QUIPROQUO
84 / Difficile. S. Colombo, Muhuc.
BONJOUR ET APRÈS...
88 / Madeleine. Sa vie bouleversée après les soins d’un cancer. Sophie Cohen.
CULTURE MONDE
92 / Au Vietnam, dans la chambre des âmes. Sylvie Le Pelletier-Beaufond.
LIVRES EN BOUCHE
96 / J. Betbèze, S. Cohen.
Illustrations du numéro: Mikhael Allouche et Ana Waalder.
Ce lieu, appartenant à une organisation gouvernementale dite scientifique, accueille, lors de séances organisées régulièrement, les membres de familles en quête de communication avec leurs morts, en particulier avec ceux dont la sépulture a été égarée lors d’événements tragiques et violents du passé récent de ce pays. Ces familles endeuillées ne pouvant effectuer leurs rites dédiés aux ancêtres, inspirés de coutumes brahmaniques, bouddhistes ou animistes, cherchent à communiquer avec leurs morts ou à retrou- ver leurs sépultures. Quelle que soit la genèse de ce rituel récent de possession par les morts (« áp vong » ou « apposer l’âme »), c’est sur le déroulement et le cadre dans lesquels il se réalise qu’il est intéressant de s’attarder.
S’affranchissant de toute forme religieuse ou de « superstition », obéissant à une méthode stricte et invariable, les séances, menées par des « spécialistes » ni médiums-exorcistes, ni initiés ou thérapeutes, ont pour but d’appeler l’âme d’un défunt à pénétrer le corps d’un des parents présents, afin que la famille puisse communiquer avec ce mort et ainsi per- mettre que son âme, alors errante, retourne près de leur foyer.
Le possédé doit se laisser envahir par l’âme du mort...
Plusieurs familles se retrouvent, assises par terre, dans une pièce dépourvue des signes cultuels habituels : peu d’offrandes, pas de musique ou de tambours, pas de psalmodies, de danses ou de talismans, pas d’invocations ; seul l’encens brûle près d’un autel supportant un bouddha. Au centre du cercle formé par les membres de chaque famille, est posée une liste écrite de défunts avec lesquels on souhaite entrer en communication. Sont égrenées, lors d’un long préambule, l’ensemble des directives que tous devront suivre pour que puisse se produire l’incarnation d’un mort. Parfois préenregistrées, dans un ton monocorde, ces recommandations sont nombreuses : fermer les yeux, rester concentré et silencieux, « les mains posées sur les genoux, les paumes vers le haut, sans serrer les doigts, sans se tenir les mains », le visage gardé droit de sorte que les spécialistes voient si une âme se présente ; porter attention aux signes possibles de possession dans son corps : frissons, picotements, somnolence, mouvements de la tête, ou dans le corps d’un des membres de la famille ; si un défunt semble se manifester chez l’un d’eux, l’interroger au moyen de questions fermées, lui exprimer concrètement de l’affection et s’adresser au possédé par le nom de celui qu’il incarne ; le possédé doit se laisser envahir par l’âme du mort, ne pas réagir aux sollicitations contraires à la possession comme, par exemple, ne plus répondre à son véritable nom ; ne pas manifester de signes de possession si l’on n’est pas possédé...
L’attente ensuite se déploie. Les séances se déroulent sous le signe de l’imprévu, de l’inconnu, de l’incertitude : qui va être possédé parmi les membres de la famille ? Est-ce que le mort pourra communiquer avec les vivants ? Va-t-il donner des précisions sur la localisation de son corps ? Chacun s’observe et observe les autres ; le spécialiste guette. Les manifestations de possession peuvent être spectaculaires ou discrètes, violentes ou douces, agressives ou drôles... S’amorce alors la « construction collective d’une incarnation » soutenue par des discussions ou négociations intrafamiliales. Celles-ci, parfois longues et conflictuelles, sont engendrées par le doute émis par tel membre de la famille quant à la véracité de la possession ou l’identité du défunt incarné, ou par son refus d’admettre la possession exposée. Les spécialistes eux-mêmes participent à cette co-construction et s’interrogent : le client est-il l’incarnation d’un défunt ? Est-ce tel membre de la famille cité dans la liste des défunts présentée en début de rencontre ? Leurs interventions guident les séances : ils adressent au possédé un dis- cours empruntant à un champ lexical suggestif évoquant le « corps », les « cadavres » ou les « cadavres vivants », ils posent la main sur la tête de leur client, geste prohibé habituellement dans cette culture, signifiant peut- être par là qu’ils n’ont plus affaire à un être appartenant à la société des vivants...
Une femme hoche la tête, semblant être possédée par un de ses ...
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Dr Sylvie Le Pelletier-Beaufond Médecin-psychothérapeute depuis 1991, hypnothérapeute, thérapeute systémique de famille et de couple, à Paris en libéral. Formatrice, elle reçoit des professionnels en supervision. Formée à l’Institut Milton Erickson de Paris et par Mony Elkaïm, sa pratique clinique s’inspire de la pensée de François Roustang. Membre de la Société française de Thérapie familiale. Anthropologue des religions et diplômée de l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco).
Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80: Fev. / Mars / Avril. 2026. TRAUMATISMES.
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°80…
6 / Éditorial : L’importance d’aller dans le sens de la résistance Julien Betbèze.
8 / En couverture : Mikhaël Allouche & Ana Waalder. Le récit alternatif Interview par Sophie Cohen.
12 / Faire face à une situation réputée difficile Donner du temps au temps Jacques-Antoine Malarewicz.
20 / Le vide, l’inspiration, la vacuité. Exemples d’intervention en thérapie systémique et stratégique brève. Nathalie Koralnik.
30 / Deuil en thérapie narrative. « Bonjour Papi Georges » Stéphanie Robert.
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
40 / Introduction Gérard Ostermann.
44 / La perte en gériatrie. Miroir d’un effondrement psychique. Johanna Rabinovici.
DOSSIER TRAUMATISMES
55 / Levée d’amnésie traumatique.« Ranger sa bibliothèque lorsque les souvenirs reviennent ». Cécile Condaminas. Notes de lecture.
62 / Endométriose post-traumatique Libérer les sujets du pouvoir du monde traumatique avec la TLMR. Éric Bardot. Notes de lecture.
74 / Viols et abus sexuels avec usage de stupéfiants Traitement avec la PTR Gérald Brassine. Notes de lecture.
QUIPROQUO
84 / Difficile. S. Colombo, Muhuc.
BONJOUR ET APRÈS...
88 / Madeleine. Sa vie bouleversée après les soins d’un cancer. Sophie Cohen.
CULTURE MONDE
92 / Au Vietnam, dans la chambre des âmes. Sylvie Le Pelletier-Beaufond.
LIVRES EN BOUCHE
96 / J. Betbèze, S. Cohen.
Illustrations du numéro: Mikhael Allouche et Ana Waalder.
La perte en gériatrie. Miroir d'un effondrement psychique. Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80.
Monsieur D., 84 ans, a vu son monde s’écrouler avec la mort de sa femme. Son corps exprime sa souffrance, une chute traduit son effondrement. Comment aider ce patient à retrouver confiance et apaisement ?
En se reconnectant, grâce à l’hypnose, à l’écoute de son corps, de ses souvenirs ravivés par des métaphores.
Travailler en tant que psychologue en unité de Soins médicaux et de réadaptation invite à porter son regard sur le corps. Les symptômes somatiques sont divers et variés : conséquences de la maladie, fatigue liée à l’avancée en âge, suite de chirurgie, chute... Le corps occupe une place centrale dans ce type de service. Et fréquemment il se trouve être le support privilégié de l’expression du psychisme. La fatigue dit alors « je me sens las de vivre », la douleur crie « j’ai peur de ce qui va m’arriver », la chute explique « je me sens effondré »...
La gérontologie, une clinique nécessairement intégrative.
Il y a de ces gens qui vieillissent bien, ceux que la société veut nous montrer, nous faire envier. Il faudrait alors manger correctement, bouger plus, tout faire pour prévenir les maux de l’âge, tout faire pour, finalement, ne pas trop vieillir. Il y a aussi ceux que l’on ne veut pas voir, ceux qui nous rappellent la fini- tude de l’être humain. Peut-être ravivent-ils en nous cette angoisse de mort ? Peut-être ne veut-on pas associer la vie à la perte ? Perte de ses capacités, physiques, intellectuelles, perte de ce que l’on fut et perte de l’illusion de ce que l’on aurait pu être.
Ces changements biologiques, cognitifs et sociaux liés à l’âge ont inévitablement des répercussions psychologiques chez nos aînés. Philippe Thomas (2019) écrit d’ailleurs : « Certaines personnes âgées sont ainsi condamnées à des doubles, triples peines, voire plus : faiblesse médico-sociale liée aux conséquences de l’âge, maladies chroniques, marginalisation sociale et difficultés d’accès aux services de soins ou d’aide ».
Cela est d’autant plus visible en milieu hospitalier où la personne y séjourne pour des raisons directement somatiques et/ou cognitives. Les pertes, au sens large, sont nombreuses. Les personnes sont par exemple davantage sujettes aux altérations fonctionnelles et aux traumatismes corporels, suite aux chutes par exemple (il y a une dizaine d’années, prévalence de 10 à 25 % chez le sujet dit âgé). Ces atteintes physiques engendrent des douleurs pouvant se chroniciser et privant parfois la personne de certaines capacités, telles que la marche.
Ainsi, comment accompagner la vie quand elle semble doucement s’échapper ?
Il s’agit quelquefois d’apaiser les angoisses, de tenir la main pour rassurer, ou encore d’in- viter, ceux qui le peuvent, à mettre en mots leurs maux. C’est une adaptation à chaque rencontre, la création d’un lien de confiance afin que la personne se sente entendue et comprise, reconnue. Et parfois, à la question « comment accompagner ? », la réponse est évidente : le début du mieux-être est à cher- cher dans l’ici et maintenant puisque, sans le savoir, la personne est déjà détentrice de sa solution.
L’hypnose s’inscrit dans cette même démarche, humaine, à travers laquelle le praticien est au service de la personne et l’accompagne dans la recherche d’un mieux-être. Ce changement, parfois difficile d’accès, est rendu possible par l’hypnose qui vise la (re) mise en mouvement de ce qui peut être bloqué inconsciemment. Par conséquent, la pratique de l’hypnose et l’approche intégrative et humaniste qu’elle sous-tend prennent tout leur sens dans la prise en charge en gériatrie. Pour illustrer ces propos, je vous présente le cas de Monsieur D.
ANAMNÈSE
Monsieur D. est âgé de 84 ans, il vit seul à domicile. Il a perdu sa fille il y a plusieurs années de cela et plus récemment sa femme. Il se sent proche de son fils et de sa petite- fille, est entouré par ses voisins et amis. Il est hospitalisé pour une altération de son état général (du fait d’un carcinome métastatique) au sein d’un service de réadaptation spécialisé en onco-gériatrie. Je le rencontre dans ce contexte. Monsieur D. me raconte qu’il a chuté chez lui. Très rapidement, des larmes apparaissent dans ses yeux. Il pleure à l’évocation du décès inattendu de sa femme survenu au début de l’année dernière. Partie à l’hôpital pour ce qui semblait être une infection urinaire, elle n’est jamais revenue ; Monsieur D. ayant reçu l’appel d’un interne pour lui annoncer son décès. Il me dit ne pas avoir eu davantage d’explications, avoir continué sa vie en mettant à distance cet événement et les émotions associées, jusqu’au jour où il a chuté. Chute qu’il décrit comme un effondrement (« je me suis effondré ») à la fois sur le plan physique mais surtout d’un point de vue psychologique.
Monsieur D. pleure à plusieurs reprises pendant cet échange, notamment lorsqu’il exprime une émotion quelle qu’elle soit : tristesse, peur ou encore gratitude. Il ne fait pas cas de sa santé physique, ne parle pas du tout de son cancer, la souffrance morale prenant toute la place.
Monsieur D. semble être une personne volontaire, acteur de sa prise en charge rééducative et qui souhaite, en parallèle, « aller mieux dans ma tête », selon ses termes. La problématique semble être la trace traumatique laissée par la perte inattendue de sa femme qui n’a pas été élaborée puisque rapidement mise à distance. Cela se traduit par des symptômes identifiés pendant ce premier entretien : débordement émotionnel (pleurs récurrents), ruminations avant l’endormissement, quelques fois réveils nocturnes, évitement (ne veut pas parler de son passé et de sa femme) et le ressenti de Monsieur D. (l’effondrement). Je propose que l’on fasse une séance d’hypnose lors de notre prochaine rencontre, Monsieur D. accepte.
Travail autour des émotions.
Je revois Monsieur D. pour lui proposer une séance d’hypnose formelle. Cet entretien est une continuité du premier échange que nous avons eu, où des éléments viennent s’ajouter à son discours, permettant de mettre un peu plus de sens derrière son vécu. Il pleure à plusieurs reprises pendant ce début d’entretien, principalement lorsqu’il parle du décès de sa femme. Il aimerait pouvoir effacer cet événement mais n’y arrive pas. Avec un recadrage cognitif et des explications sur la façon dont fonctionnent les pensées, il comprend que nous ne pouvons pas effacer un événement, que nous pouvons néanmoins en changer la perception. Petit à petit, Monsieur D. s’apaise, me verbalise que le fait de savoir qu’il peut en parler avec quelqu’un lui amène déjà un cer- tain apaisement. Il décrit aussi un mal-être à cause de pensées qui se mélangent, du fait qu’il n’arrive pas à isoler ses idées.
Nous prenons le temps de définir un objectif pour cette séance d’hypnose. Le fait de poser une intention en amont de la séance est un moteur pour amorcer et orienter le travail de l’inconscient.
L’objectif pour Monsieur D. est de se sentir plus apaisé avec ses émotions. Je lui propose de se situer sur une échelle allant de 0 à 10, 10 étant le fait de se sentir complétement apaisé. Actuellement, il se situe à 4/10 et aimerait se sentir apaisé à 6/10 après la séance (« ce serait déjà bien »). En pratique, pour certaines personnes, l’utilisation d’une échelle aide à se projeter vers un objectif plus concret car quantifiable.
Je recueille ensuite le thème de la séance à partir duquel j’accompagnerai Monsieur D. Il me raconte un souvenir d’une partie de pétanque avec ses amis. Je propose à Monsieur D. de s’installer le plus confortable- ment possible (et non de s’installer confortablement puisqu’avec les affections soma- tiques, la personne ne se sent souvent pas ou peu confortable) et m’assure qu’il m’entend correctement. Nous commençons la séance...
- Thérapeute : « Pour commencer, je vous invite à prendre conscience de la pièce dans laquelle vous vous trouvez. Vous pouvez balayer la chambre du regard, regarder autour, les murs blancs, la fenêtre qui permet de voir les arbres dehors, la télévision, la table, la chaise, et plus proche de vous, le fauteuil, le lit, vos mains... et puis vous pouvez aussi porter votre attention sur les bruits, les sons, pour l’instant c’est plutôt calme, et parfois il y a du bruit qui vient du couloir, du brouhaha... et c’est normal, cela fait partie du décor. Je vous propose à présent de porter votre attention sur...
Pour lire la suite
Johanna Rabinovici Psychologue diplômée d’un master de Psychologie de la santé, du développement et du handicap. Exerce actuellement en hôpital gériatrique, au sein de différents services : soins longue durée, soins médicaux et de réadaptation, oncogériatrie et prises en charge palliatives. Diplômée du DU d’Hypnose médicale de la Faculté de médecine de Lyon.
Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80: Fev. / Mars / Avril. 2026. TRAUMATISMES.
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°80…
6 / Éditorial : L’importance d’aller dans le sens de la résistance Julien Betbèze.
8 / En couverture : Mikhaël Allouche & Ana Waalder. Le récit alternatif Interview par Sophie Cohen.
12 / Faire face à une situation réputée difficile Donner du temps au temps Jacques-Antoine Malarewicz.
20 / Le vide, l’inspiration, la vacuité. Exemples d’intervention en thérapie systémique et stratégique brève. Nathalie Koralnik.
30 / Deuil en thérapie narrative. « Bonjour Papi Georges » Stéphanie Robert.
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
40 / Introduction Gérard Ostermann.
44 / La perte en gériatrie. Miroir d’un effondrement psychique. Johanna Rabinovici.
DOSSIER TRAUMATISMES
55 / Levée d’amnésie traumatique.« Ranger sa bibliothèque lorsque les souvenirs reviennent ». Cécile Condaminas. Notes de lecture.
62 / Endométriose post-traumatique Libérer les sujets du pouvoir du monde traumatique avec la TLMR. Éric Bardot. Notes de lecture.
74 / Viols et abus sexuels avec usage de stupéfiants Traitement avec la PTR Gérald Brassine. Notes de lecture.
QUIPROQUO
84 / Difficile. S. Colombo, Muhuc.
BONJOUR ET APRÈS...
88 / Madeleine. Sa vie bouleversée après les soins d’un cancer. Sophie Cohen.
CULTURE MONDE
92 / Au Vietnam, dans la chambre des âmes. Sylvie Le Pelletier-Beaufond.
LIVRES EN BOUCHE
96 / J. Betbèze, S. Cohen.
Illustrations du numéro: Mikhael Allouche et Ana Waalder.
En se reconnectant, grâce à l’hypnose, à l’écoute de son corps, de ses souvenirs ravivés par des métaphores.
Travailler en tant que psychologue en unité de Soins médicaux et de réadaptation invite à porter son regard sur le corps. Les symptômes somatiques sont divers et variés : conséquences de la maladie, fatigue liée à l’avancée en âge, suite de chirurgie, chute... Le corps occupe une place centrale dans ce type de service. Et fréquemment il se trouve être le support privilégié de l’expression du psychisme. La fatigue dit alors « je me sens las de vivre », la douleur crie « j’ai peur de ce qui va m’arriver », la chute explique « je me sens effondré »...
La gérontologie, une clinique nécessairement intégrative.
Il y a de ces gens qui vieillissent bien, ceux que la société veut nous montrer, nous faire envier. Il faudrait alors manger correctement, bouger plus, tout faire pour prévenir les maux de l’âge, tout faire pour, finalement, ne pas trop vieillir. Il y a aussi ceux que l’on ne veut pas voir, ceux qui nous rappellent la fini- tude de l’être humain. Peut-être ravivent-ils en nous cette angoisse de mort ? Peut-être ne veut-on pas associer la vie à la perte ? Perte de ses capacités, physiques, intellectuelles, perte de ce que l’on fut et perte de l’illusion de ce que l’on aurait pu être.
Ces changements biologiques, cognitifs et sociaux liés à l’âge ont inévitablement des répercussions psychologiques chez nos aînés. Philippe Thomas (2019) écrit d’ailleurs : « Certaines personnes âgées sont ainsi condamnées à des doubles, triples peines, voire plus : faiblesse médico-sociale liée aux conséquences de l’âge, maladies chroniques, marginalisation sociale et difficultés d’accès aux services de soins ou d’aide ».
Cela est d’autant plus visible en milieu hospitalier où la personne y séjourne pour des raisons directement somatiques et/ou cognitives. Les pertes, au sens large, sont nombreuses. Les personnes sont par exemple davantage sujettes aux altérations fonctionnelles et aux traumatismes corporels, suite aux chutes par exemple (il y a une dizaine d’années, prévalence de 10 à 25 % chez le sujet dit âgé). Ces atteintes physiques engendrent des douleurs pouvant se chroniciser et privant parfois la personne de certaines capacités, telles que la marche.
Ainsi, comment accompagner la vie quand elle semble doucement s’échapper ?
Il s’agit quelquefois d’apaiser les angoisses, de tenir la main pour rassurer, ou encore d’in- viter, ceux qui le peuvent, à mettre en mots leurs maux. C’est une adaptation à chaque rencontre, la création d’un lien de confiance afin que la personne se sente entendue et comprise, reconnue. Et parfois, à la question « comment accompagner ? », la réponse est évidente : le début du mieux-être est à cher- cher dans l’ici et maintenant puisque, sans le savoir, la personne est déjà détentrice de sa solution.
L’hypnose s’inscrit dans cette même démarche, humaine, à travers laquelle le praticien est au service de la personne et l’accompagne dans la recherche d’un mieux-être. Ce changement, parfois difficile d’accès, est rendu possible par l’hypnose qui vise la (re) mise en mouvement de ce qui peut être bloqué inconsciemment. Par conséquent, la pratique de l’hypnose et l’approche intégrative et humaniste qu’elle sous-tend prennent tout leur sens dans la prise en charge en gériatrie. Pour illustrer ces propos, je vous présente le cas de Monsieur D.
ANAMNÈSE
Monsieur D. est âgé de 84 ans, il vit seul à domicile. Il a perdu sa fille il y a plusieurs années de cela et plus récemment sa femme. Il se sent proche de son fils et de sa petite- fille, est entouré par ses voisins et amis. Il est hospitalisé pour une altération de son état général (du fait d’un carcinome métastatique) au sein d’un service de réadaptation spécialisé en onco-gériatrie. Je le rencontre dans ce contexte. Monsieur D. me raconte qu’il a chuté chez lui. Très rapidement, des larmes apparaissent dans ses yeux. Il pleure à l’évocation du décès inattendu de sa femme survenu au début de l’année dernière. Partie à l’hôpital pour ce qui semblait être une infection urinaire, elle n’est jamais revenue ; Monsieur D. ayant reçu l’appel d’un interne pour lui annoncer son décès. Il me dit ne pas avoir eu davantage d’explications, avoir continué sa vie en mettant à distance cet événement et les émotions associées, jusqu’au jour où il a chuté. Chute qu’il décrit comme un effondrement (« je me suis effondré ») à la fois sur le plan physique mais surtout d’un point de vue psychologique.
Monsieur D. pleure à plusieurs reprises pendant cet échange, notamment lorsqu’il exprime une émotion quelle qu’elle soit : tristesse, peur ou encore gratitude. Il ne fait pas cas de sa santé physique, ne parle pas du tout de son cancer, la souffrance morale prenant toute la place.
Monsieur D. semble être une personne volontaire, acteur de sa prise en charge rééducative et qui souhaite, en parallèle, « aller mieux dans ma tête », selon ses termes. La problématique semble être la trace traumatique laissée par la perte inattendue de sa femme qui n’a pas été élaborée puisque rapidement mise à distance. Cela se traduit par des symptômes identifiés pendant ce premier entretien : débordement émotionnel (pleurs récurrents), ruminations avant l’endormissement, quelques fois réveils nocturnes, évitement (ne veut pas parler de son passé et de sa femme) et le ressenti de Monsieur D. (l’effondrement). Je propose que l’on fasse une séance d’hypnose lors de notre prochaine rencontre, Monsieur D. accepte.
Travail autour des émotions.
Je revois Monsieur D. pour lui proposer une séance d’hypnose formelle. Cet entretien est une continuité du premier échange que nous avons eu, où des éléments viennent s’ajouter à son discours, permettant de mettre un peu plus de sens derrière son vécu. Il pleure à plusieurs reprises pendant ce début d’entretien, principalement lorsqu’il parle du décès de sa femme. Il aimerait pouvoir effacer cet événement mais n’y arrive pas. Avec un recadrage cognitif et des explications sur la façon dont fonctionnent les pensées, il comprend que nous ne pouvons pas effacer un événement, que nous pouvons néanmoins en changer la perception. Petit à petit, Monsieur D. s’apaise, me verbalise que le fait de savoir qu’il peut en parler avec quelqu’un lui amène déjà un cer- tain apaisement. Il décrit aussi un mal-être à cause de pensées qui se mélangent, du fait qu’il n’arrive pas à isoler ses idées.
Nous prenons le temps de définir un objectif pour cette séance d’hypnose. Le fait de poser une intention en amont de la séance est un moteur pour amorcer et orienter le travail de l’inconscient.
L’objectif pour Monsieur D. est de se sentir plus apaisé avec ses émotions. Je lui propose de se situer sur une échelle allant de 0 à 10, 10 étant le fait de se sentir complétement apaisé. Actuellement, il se situe à 4/10 et aimerait se sentir apaisé à 6/10 après la séance (« ce serait déjà bien »). En pratique, pour certaines personnes, l’utilisation d’une échelle aide à se projeter vers un objectif plus concret car quantifiable.
Je recueille ensuite le thème de la séance à partir duquel j’accompagnerai Monsieur D. Il me raconte un souvenir d’une partie de pétanque avec ses amis. Je propose à Monsieur D. de s’installer le plus confortable- ment possible (et non de s’installer confortablement puisqu’avec les affections soma- tiques, la personne ne se sent souvent pas ou peu confortable) et m’assure qu’il m’entend correctement. Nous commençons la séance...
- Thérapeute : « Pour commencer, je vous invite à prendre conscience de la pièce dans laquelle vous vous trouvez. Vous pouvez balayer la chambre du regard, regarder autour, les murs blancs, la fenêtre qui permet de voir les arbres dehors, la télévision, la table, la chaise, et plus proche de vous, le fauteuil, le lit, vos mains... et puis vous pouvez aussi porter votre attention sur les bruits, les sons, pour l’instant c’est plutôt calme, et parfois il y a du bruit qui vient du couloir, du brouhaha... et c’est normal, cela fait partie du décor. Je vous propose à présent de porter votre attention sur...
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Johanna Rabinovici Psychologue diplômée d’un master de Psychologie de la santé, du développement et du handicap. Exerce actuellement en hôpital gériatrique, au sein de différents services : soins longue durée, soins médicaux et de réadaptation, oncogériatrie et prises en charge palliatives. Diplômée du DU d’Hypnose médicale de la Faculté de médecine de Lyon.
Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80: Fev. / Mars / Avril. 2026. TRAUMATISMES.
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°80…
6 / Éditorial : L’importance d’aller dans le sens de la résistance Julien Betbèze.
8 / En couverture : Mikhaël Allouche & Ana Waalder. Le récit alternatif Interview par Sophie Cohen.
12 / Faire face à une situation réputée difficile Donner du temps au temps Jacques-Antoine Malarewicz.
20 / Le vide, l’inspiration, la vacuité. Exemples d’intervention en thérapie systémique et stratégique brève. Nathalie Koralnik.
30 / Deuil en thérapie narrative. « Bonjour Papi Georges » Stéphanie Robert.
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
40 / Introduction Gérard Ostermann.
44 / La perte en gériatrie. Miroir d’un effondrement psychique. Johanna Rabinovici.
DOSSIER TRAUMATISMES
55 / Levée d’amnésie traumatique.« Ranger sa bibliothèque lorsque les souvenirs reviennent ». Cécile Condaminas. Notes de lecture.
62 / Endométriose post-traumatique Libérer les sujets du pouvoir du monde traumatique avec la TLMR. Éric Bardot. Notes de lecture.
74 / Viols et abus sexuels avec usage de stupéfiants Traitement avec la PTR Gérald Brassine. Notes de lecture.
QUIPROQUO
84 / Difficile. S. Colombo, Muhuc.
BONJOUR ET APRÈS...
88 / Madeleine. Sa vie bouleversée après les soins d’un cancer. Sophie Cohen.
CULTURE MONDE
92 / Au Vietnam, dans la chambre des âmes. Sylvie Le Pelletier-Beaufond.
LIVRES EN BOUCHE
96 / J. Betbèze, S. Cohen.
Illustrations du numéro: Mikhael Allouche et Ana Waalder.
Faire face à une situation réputée difficile. Donner du temps au temps. Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80.
« Ô temps, suspends ton vol », a dit le poète. Le temps salvateur, le temps réparateur. Le temps respectueux offert par le professionnel au patient en situation « difficile ». Le temps comme outil pour impulser un changement, quand se mêlent et se conjuguent paradoxalité, homéostasie, complexité, kairos, énergie ou encore optimisme.
Je propose immédiatement d’évacuer ce que j’appellerais les cas de force majeure qui aboutissent à un échec. Ces quelques raisons vident de sens cette problématique de la situation « difficile », car elles laissent au seul professionnel la responsabilité de cet échec, ce qui ne me semble pas correct. Quels sont ces cas de force majeure :
• L’incompétence avérée du professionnel.
• Son manque total d’expérience, souvent couplé avec une absence de curiosité.
• Une dramatique erreur de « vocation », autrement dit ce qu’on appelle habituellement une « erreur de casting ».
• Son désintérêt manifeste pour la richesse de l’inventivité des individus qui leur permet, en l’occurrence, de construire leur propre malheur et... d’y rester.
• Son absence d’humilité, laquelle l’amène à commettre des erreurs et des maladresses qui le déséquilibrent et finissent par le décourager.
• Le fait qu’il se charge les épaules du défi que posent son ou ses clients, ses patients, alors que ce défi ne concerne d’abord qu’eux-mêmes.
Ce dernier point m’amène à une première proposition :
1. C’est d’abord et avant tout difficile pour le ou les clients, le ou les patients !
• Ce n’est pas le professionnel qui est d’abord et avant tout questionné sur ses compétences, ce n’est pas lui qui pourrait ou devrait avoir des doutes et remettre en question ses capacités.
• En fait, il se doit d’être pathologiquement optimiste, ce qui est – en soi – un paradoxe, c’est-à-dire à la fois une force, par le détachement que procure cette attitude, et une fai- blesse dans la mesure où l’optimisme ne peut pas être simplement une posture, mais une conviction profonde dont il faut savoir assumer les conséquences.
• Cela ne signifie pas que ce professionnel est prétentieux ou qu’il reste béat devant la situa- tion. Il se montre ainsi capable de s’appuyer sur l’irrationalité d’une partie de ses convic- tions pour relativiser la hauteur des enjeux auxquels il est confronté.
• C’est ainsi qu’il ne lui pas permis de se décourager.
• Autrement dit, dans cette confrontation avec ce qui semble difficile, le maître mot est la paradoxalité. Il en résulte que les difficultés sont également des facilités. Ou, selon une version bien connue : les problèmes sont également des solutions.
• Les craintes proviennent du patient. Mais il ne les exprime pas car il fait preuve également d’un certain optimisme. C’est ce qui lui permet d’effectuer une démarche auprès d’un professionnel bien au-delà de la souffrance.
• Son défi consiste à transférer ces craintes, notamment celle de ne pas s’en sortir, dans la tête de ce professionnel.
• Pour toutes ces raisons, la tâche est toujours plus difficile pour le client que pour le professionnel.
FAIRE FACE À UNE SITUATON RÉPUTÉE DIFFICILE
Ces mécanismes relèvent de ce qu’on appelle l’homéostasie, c’est-à-dire un équilibre instable qui trouve ses origines dans l’ambiguïté du couple changement/non-changement, auquel se confrontent à la fois le patient, qui y trouve un inconfort tout compte fait rela- tivement supportable, et le professionnel qui y voit un défi auquel il ne peut éviter de répondre.
2. C’est difficile pour le client car :
• Il est donc dans une solide ambiguïté pour au total construire et reconstruire sans cesse un statu quo à la fois inconfortable et rassurant.
• Il lui arrive souvent d’avoir une très longue expérience de cette ambiguïté, qui s’est souvent renforcée au contact de précédents professionnels qu’il est parvenu à mettre en échec avec succès.
• Il entretient avec sa souffrance des liens complexes, dans la mesure où celle-ci, même d’une très courte tête, est plus avantageuse que problématique dans la mesure où elle obéit à des logiques différentes et apparemment contradictoires.
• Je rappelle qu’il peut être question de complexité face à un phénomène lorsqu’à son propos il est impossible, pour tout obse vateur, de connaître les limites de son ignorance.
J’en arrive à une deuxième proposition, laquelle se présente plus exactement sous la forme d’une question :
3. Peut-être est-il pertinent de modifier l’objectif de l’intervention ?
• C’est bien parce qu’il peut paraître difficile à atteindre qu’un objectif spécifique est initialement proposé par le client. C’est ce qui fait que celui-ci reste en terrain connu et le professionnel part, en quelque sorte, avec un handicap parfois très lourd.
• Cette modification de l’objectif ne vise pas à en amoindrir la portée ou à en nier l’importance, mais permet de placer la négociation sur un nouveau terrain pour le client, un terrain où ses capacités homéostasiques n’ont pas la même dureté et n’ont pas eu le temps d’accumuler autant d’expériences que l’objectif précédent.
• Ce détournement d’objectif permet éventuellement de passer par une nouvelle case, celle du perdant/perdant, avant de gagner la position rêvée et souhaitée, à savoir celle du gagnant/gagnant.
Troisième proposition qui vise toujours à alléger la tâche du professionnel et à rendre facile ce qui lui semble difficile :
4. L’énergie que montrent le ou les clients pour servir leur homéostasie doit devenir celle du professionnel afin de faire advenir un changement.
• Certes la notion d’énergie est floue, je n’aime pas l’utiliser car ce terme est devenu un mot-valise. Cette notion a été empruntée aux physiciens du XIXe siècle, elle est entrée
dans le champ de la psychologie à la suite de Freud. Ce passage donne éventuellement à cette science molle le sentiment d’être une science dure.
• A minima, l’énergie induit le mouvement sans préjuger de son orientation, de sa force ou de sa durée.
• Toujours dans cette même logique, ce qui pourrait s’appeler « énergie négative » est celle qui se déploie pour résister au changement.
• De ce point de vue, le client est souvent généreux envers lui-même donc... envers le professionnel.
• Il faut, en quelque sorte, que l’énergie négative ainsi utilisée devienne positive, c’est-à-dire tournée vers le changement, ce qui peut grandement faciliter le travail de ce professionnel.
Pour alléger encore la difficulté à laquelle celui-ci peut avoir l’illusion de se confronter, il peut être utile d’user de tout ou partie des stratagèmes ou des stratégies ou des prises de position suivantes :
5. Laisser du temps au temps.
• Chacun a son rythme, y compris... le temps et, probablement, surtout le temps !
• Il ne s’agit pas nécessairement d’être bref, ou rapide, ou rentable, ou immédiatement efficace, mais surtout pertinent et utile.
• Or, ce temps est multiple, à la fois objectif et subjectif. Chacun entretient avec lui des liens très spécifiques qui dépendent du contexte, des enjeux, des interlocuteurs et des événements. Il peut donner l’impression de cheminer de façon parfaitement autonome sans se soucier des êtres et des situations.
• Dans un monde où tout doit se faire dans la rapidité et la constante accélération, il est respectueux envers autrui de tenir compte de ces spécificités.
• D’un point de vue psychologique, dans notre société, une des plus grandes violences réside précisément dans cette absence de prise en compte des rythmes de chaque individu.
6. Aménager une place pour ces auxiliaires fantasques et incontrôlables que sont le kairos et la sérendipité...
Pour lire la suite...
Dr Jacques-Antoine Malarewicz Psychiatre, thérapeute familial, auteur de plusieurs ouvrages sur Milton H. Erickson, sur l’approche systémique et l’orientation stratégique, mais aussi sur le couple et plus récemment sur Otto Weininger. Il poursuit son activité comme consultant en entreprise et psychothérapeute.
Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80: Fev. / Mars / Avril. 2026. TRAUMATISMES.
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°80…
6 / Éditorial : L’importance d’aller dans le sens de la résistance Julien Betbèze.
8 / En couverture : Mikhaël Allouche & Ana Waalder. Le récit alternatif Interview par Sophie Cohen.
12 / Faire face à une situation réputée difficile Donner du temps au temps Jacques-Antoine Malarewicz.
20 / Le vide, l’inspiration, la vacuité. Exemples d’intervention en thérapie systémique et stratégique brève. Nathalie Koralnik.
30 / Deuil en thérapie narrative. « Bonjour Papi Georges » Stéphanie Robert.
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
40 / Introduction Gérard Ostermann.
44 / La perte en gériatrie. Miroir d’un effondrement psychique. Johanna Rabinovici.
DOSSIER TRAUMATISMES
55 / Levée d’amnésie traumatique.« Ranger sa bibliothèque lorsque les souvenirs reviennent ». Cécile Condaminas. Notes de lecture.
62 / Endométriose post-traumatique Libérer les sujets du pouvoir du monde traumatique avec la TLMR. Éric Bardot. Notes de lecture.
74 / Viols et abus sexuels avec usage de stupéfiants Traitement avec la PTR Gérald Brassine. Notes de lecture.
QUIPROQUO
84 / Difficile. S. Colombo, Muhuc.
BONJOUR ET APRÈS...
88 / Madeleine. Sa vie bouleversée après les soins d’un cancer. Sophie Cohen.
CULTURE MONDE
92 / Au Vietnam, dans la chambre des âmes. Sylvie Le Pelletier-Beaufond.
LIVRES EN BOUCHE
96 / J. Betbèze, S. Cohen.
Illustrations du numéro: Mikhael Allouche et Ana Waalder.
Je propose immédiatement d’évacuer ce que j’appellerais les cas de force majeure qui aboutissent à un échec. Ces quelques raisons vident de sens cette problématique de la situation « difficile », car elles laissent au seul professionnel la responsabilité de cet échec, ce qui ne me semble pas correct. Quels sont ces cas de force majeure :
• L’incompétence avérée du professionnel.
• Son manque total d’expérience, souvent couplé avec une absence de curiosité.
• Une dramatique erreur de « vocation », autrement dit ce qu’on appelle habituellement une « erreur de casting ».
• Son désintérêt manifeste pour la richesse de l’inventivité des individus qui leur permet, en l’occurrence, de construire leur propre malheur et... d’y rester.
• Son absence d’humilité, laquelle l’amène à commettre des erreurs et des maladresses qui le déséquilibrent et finissent par le décourager.
• Le fait qu’il se charge les épaules du défi que posent son ou ses clients, ses patients, alors que ce défi ne concerne d’abord qu’eux-mêmes.
Ce dernier point m’amène à une première proposition :
1. C’est d’abord et avant tout difficile pour le ou les clients, le ou les patients !
• Ce n’est pas le professionnel qui est d’abord et avant tout questionné sur ses compétences, ce n’est pas lui qui pourrait ou devrait avoir des doutes et remettre en question ses capacités.
• En fait, il se doit d’être pathologiquement optimiste, ce qui est – en soi – un paradoxe, c’est-à-dire à la fois une force, par le détachement que procure cette attitude, et une fai- blesse dans la mesure où l’optimisme ne peut pas être simplement une posture, mais une conviction profonde dont il faut savoir assumer les conséquences.
• Cela ne signifie pas que ce professionnel est prétentieux ou qu’il reste béat devant la situa- tion. Il se montre ainsi capable de s’appuyer sur l’irrationalité d’une partie de ses convic- tions pour relativiser la hauteur des enjeux auxquels il est confronté.
• C’est ainsi qu’il ne lui pas permis de se décourager.
• Autrement dit, dans cette confrontation avec ce qui semble difficile, le maître mot est la paradoxalité. Il en résulte que les difficultés sont également des facilités. Ou, selon une version bien connue : les problèmes sont également des solutions.
• Les craintes proviennent du patient. Mais il ne les exprime pas car il fait preuve également d’un certain optimisme. C’est ce qui lui permet d’effectuer une démarche auprès d’un professionnel bien au-delà de la souffrance.
• Son défi consiste à transférer ces craintes, notamment celle de ne pas s’en sortir, dans la tête de ce professionnel.
• Pour toutes ces raisons, la tâche est toujours plus difficile pour le client que pour le professionnel.
FAIRE FACE À UNE SITUATON RÉPUTÉE DIFFICILE
Ces mécanismes relèvent de ce qu’on appelle l’homéostasie, c’est-à-dire un équilibre instable qui trouve ses origines dans l’ambiguïté du couple changement/non-changement, auquel se confrontent à la fois le patient, qui y trouve un inconfort tout compte fait rela- tivement supportable, et le professionnel qui y voit un défi auquel il ne peut éviter de répondre.
2. C’est difficile pour le client car :
• Il est donc dans une solide ambiguïté pour au total construire et reconstruire sans cesse un statu quo à la fois inconfortable et rassurant.
• Il lui arrive souvent d’avoir une très longue expérience de cette ambiguïté, qui s’est souvent renforcée au contact de précédents professionnels qu’il est parvenu à mettre en échec avec succès.
• Il entretient avec sa souffrance des liens complexes, dans la mesure où celle-ci, même d’une très courte tête, est plus avantageuse que problématique dans la mesure où elle obéit à des logiques différentes et apparemment contradictoires.
• Je rappelle qu’il peut être question de complexité face à un phénomène lorsqu’à son propos il est impossible, pour tout obse vateur, de connaître les limites de son ignorance.
J’en arrive à une deuxième proposition, laquelle se présente plus exactement sous la forme d’une question :
3. Peut-être est-il pertinent de modifier l’objectif de l’intervention ?
• C’est bien parce qu’il peut paraître difficile à atteindre qu’un objectif spécifique est initialement proposé par le client. C’est ce qui fait que celui-ci reste en terrain connu et le professionnel part, en quelque sorte, avec un handicap parfois très lourd.
• Cette modification de l’objectif ne vise pas à en amoindrir la portée ou à en nier l’importance, mais permet de placer la négociation sur un nouveau terrain pour le client, un terrain où ses capacités homéostasiques n’ont pas la même dureté et n’ont pas eu le temps d’accumuler autant d’expériences que l’objectif précédent.
• Ce détournement d’objectif permet éventuellement de passer par une nouvelle case, celle du perdant/perdant, avant de gagner la position rêvée et souhaitée, à savoir celle du gagnant/gagnant.
Troisième proposition qui vise toujours à alléger la tâche du professionnel et à rendre facile ce qui lui semble difficile :
4. L’énergie que montrent le ou les clients pour servir leur homéostasie doit devenir celle du professionnel afin de faire advenir un changement.
• Certes la notion d’énergie est floue, je n’aime pas l’utiliser car ce terme est devenu un mot-valise. Cette notion a été empruntée aux physiciens du XIXe siècle, elle est entrée
dans le champ de la psychologie à la suite de Freud. Ce passage donne éventuellement à cette science molle le sentiment d’être une science dure.
• A minima, l’énergie induit le mouvement sans préjuger de son orientation, de sa force ou de sa durée.
• Toujours dans cette même logique, ce qui pourrait s’appeler « énergie négative » est celle qui se déploie pour résister au changement.
• De ce point de vue, le client est souvent généreux envers lui-même donc... envers le professionnel.
• Il faut, en quelque sorte, que l’énergie négative ainsi utilisée devienne positive, c’est-à-dire tournée vers le changement, ce qui peut grandement faciliter le travail de ce professionnel.
Pour alléger encore la difficulté à laquelle celui-ci peut avoir l’illusion de se confronter, il peut être utile d’user de tout ou partie des stratagèmes ou des stratégies ou des prises de position suivantes :
5. Laisser du temps au temps.
• Chacun a son rythme, y compris... le temps et, probablement, surtout le temps !
• Il ne s’agit pas nécessairement d’être bref, ou rapide, ou rentable, ou immédiatement efficace, mais surtout pertinent et utile.
• Or, ce temps est multiple, à la fois objectif et subjectif. Chacun entretient avec lui des liens très spécifiques qui dépendent du contexte, des enjeux, des interlocuteurs et des événements. Il peut donner l’impression de cheminer de façon parfaitement autonome sans se soucier des êtres et des situations.
• Dans un monde où tout doit se faire dans la rapidité et la constante accélération, il est respectueux envers autrui de tenir compte de ces spécificités.
• D’un point de vue psychologique, dans notre société, une des plus grandes violences réside précisément dans cette absence de prise en compte des rythmes de chaque individu.
6. Aménager une place pour ces auxiliaires fantasques et incontrôlables que sont le kairos et la sérendipité...
Pour lire la suite...
Dr Jacques-Antoine Malarewicz Psychiatre, thérapeute familial, auteur de plusieurs ouvrages sur Milton H. Erickson, sur l’approche systémique et l’orientation stratégique, mais aussi sur le couple et plus récemment sur Otto Weininger. Il poursuit son activité comme consultant en entreprise et psychothérapeute.
Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80: Fev. / Mars / Avril. 2026. TRAUMATISMES.
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°80…
6 / Éditorial : L’importance d’aller dans le sens de la résistance Julien Betbèze.
8 / En couverture : Mikhaël Allouche & Ana Waalder. Le récit alternatif Interview par Sophie Cohen.
12 / Faire face à une situation réputée difficile Donner du temps au temps Jacques-Antoine Malarewicz.
20 / Le vide, l’inspiration, la vacuité. Exemples d’intervention en thérapie systémique et stratégique brève. Nathalie Koralnik.
30 / Deuil en thérapie narrative. « Bonjour Papi Georges » Stéphanie Robert.
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
40 / Introduction Gérard Ostermann.
44 / La perte en gériatrie. Miroir d’un effondrement psychique. Johanna Rabinovici.
DOSSIER TRAUMATISMES
55 / Levée d’amnésie traumatique.« Ranger sa bibliothèque lorsque les souvenirs reviennent ». Cécile Condaminas. Notes de lecture.
62 / Endométriose post-traumatique Libérer les sujets du pouvoir du monde traumatique avec la TLMR. Éric Bardot. Notes de lecture.
74 / Viols et abus sexuels avec usage de stupéfiants Traitement avec la PTR Gérald Brassine. Notes de lecture.
QUIPROQUO
84 / Difficile. S. Colombo, Muhuc.
BONJOUR ET APRÈS...
88 / Madeleine. Sa vie bouleversée après les soins d’un cancer. Sophie Cohen.
CULTURE MONDE
92 / Au Vietnam, dans la chambre des âmes. Sylvie Le Pelletier-Beaufond.
LIVRES EN BOUCHE
96 / J. Betbèze, S. Cohen.
Illustrations du numéro: Mikhael Allouche et Ana Waalder.
Le vide, l'inspiration, la vacuité. Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80.
EXEMPLES D’INTERVENTION EN THÉRAPIE SYSTÉMIQUE ET STRATÉGIQUE BRÈVE
NATHALIE KORALNIK, POUR L’INSTITUT GREGORY BATESON
À travers deux cas cliniques, deux histoires, l’occasion est donnée ici de se pencher sur la peur du vide. Le vertige du vide psychologique, existentiel, ce vide que l’on cherche à combler à tout prix pour ne pas avoir à affronter le « monstre ». Alors la thérapeute, forte de sa créativité, se fait guide pour accompagner ses patientes dans une « saine exploration thérapeutique »...
« Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre. » Blaise Pascal.
À l’occasion de ma précédente présenta- tion concernant des problèmes de « peur du vide » (2), des personnes m’ont demandé s’il s’agissait de la « peur du vide physique » ou de la « peur du vide psychologique ». Je vou- lais en effet parler de la perception de l’espace expérimenté comme effrayant, le vide en question était donc bien le vide « physique ». Mais cette question m’a donné envie de raconter quelques histoires sur la manière dont j’ai accompagné des patients se plaignant de peur du vide « psychologique ».
Notre « grille » systémique et stratégique d’analyse des problèmes sera ici encore utilisée, grille qui nous permet de « problématiser » de façon utile. « Problématiser », c’est décrire le problème amené par la personne qui nous consulte en termes concrets, interactionnels, actuels et accessibles à une solution. Pas de recettes, donc, pour le vide psychologique, existentiel, mais une recherche des tentatives de solution et du thème des tentatives de solution pour pouvoir ensuite décliner les 180 degrés en les ajustant au problème et au patient.
Laure : « Je suis mon pire ennemi »
Laure est une ravissante jeune femme de 32 ans, mère de deux jeunes enfants. Je la trouve d’emblée vive, drôle, intelligente. Elle se plaint d’épuisement et d’un manque cruel d’estime de soi. « Je me trouve nulle dans tout », dit- elle. Elle se critique constamment, se traite de « pauvre fille », raconte qu’elle n’a jamais été appréciée par ses parents, qu’elle-même est une mauvaise mère... un monstre, même, certainement... Elle est au bout du rouleau et ne s’accorde strictement jamais un moment de repos, de répit. Il faut constamment qu’elle fasse quelque chose : le boulot, une formation de spécialisation, les activités des enfants, les courses, la cuisine, l’association du Sou des écoles et ses réunions, etc. Derrière cette incessante et douloureuse activité, la perception est : « Il ne doit pas y avoir de vide. Si je m’arrête, je m’écroule. » « Ah bon ! dis-je. Comment cela ? » Elle m’explique : « Je ne sais pas, je vais être face à un monstre. Je me rendrai compte d’à quel point je suis lamentable. Je suis mon pire ennemi. »
Dans notre monde hyperactif, la peur de découvrir « le monstre » dans les interstices de temps libre n’est pas rare chez nos semblables. Et en effet, la dynamique d’évitement (je m’active pour ne pas avoir à voir...) est semblable à celle qui nous fait expérimenter la peur panique du vide « physique », en ceci que la tentative de ne pas voir une portion de l’espace dans notre champ de conscience rend cette même portion encore plus effrayante et suscite un emballement de réactions, qui va finir par confirmer la conviction que cet espace, ce « vide », est réellement et absolument à redouter et à éviter.
Notre approche systémique et stratégique brève est une approche éminemment concrète et pratique. Comme Laure se plaint d’épuisement, dit qu’elle n’arrivera bientôt plus à mettre un pied devant l’autre (et elle s’étonne que, dans ces conditions, elle se vive comme une « mauvaise mère », sans cesse en train de crier !), je saute sur l’occasion pour lui proposer d’apprivoiser le « monstre » tout en faisant de micro-pauses pour, éventuelle- ment, se reposer. D’ici la prochaine séance, elle devra, au moins trois fois dans la journée, s’asseoir sur un siège qu’elle aura installé pour avoir une perspective qu’elle n’a pas l’habitude de regarder : « Vous tirez une chaise quelque part de manière à voir les choses sous un angle qui ne vous est pas familier ; la première fois, vous y restez dix secondes, la deuxième fois – et vous pouvez naturellement changer votre siège de place si ça vous dit, l’important étant que la perspective soit différente de d’habitude –, vous restez vingt secondes, la troisième trente secondes.
Et à partir du moment où vous êtes restée une demi-minute assise sur ce siège à regarder, sans rien faire, ce que vous voyez devant vous, vous pouvez choisir de combien de secondes vous augmenterez à chaque fois votre micro-pause, mais attention, jusqu’à ce qu’on se revoie interdiction de dépasser les cinq minutes. On verra bien ce qui se passe, et si le monstre aura le temps de vous croquer en dix, vingt ou trente secondes... »
Laure revient à la deuxième séance toute étonnée et toute contente de ne pas s’être écroulée pendant ces quelques secondes qui sont devenues quelques minutes, qu’elle aura fini par apprécier. Le changement de pers- pective, peu coûteux en termes d’effort et de temps, lui a permis de commencer à se dé- tendre un petit peu, à avoir envie – tout en ayant peur, bien sûr – de se « trouver elle- même », et sur ces entrefaites nous avons pu commencer à travailler concrètement sur les différentes problématiques de sa vie.
Sylvaine : « Je ne supporte pas d’être seule, et je répète sans cesse les mêmes erreurs de casting »
Sylvaine s’est séparée du père de ses enfants il y a deux ans, une union compliquée au cours de laquelle elle n’a rien régulé sauf, dit-elle, qu’elle a tenté de limiter les accès de colère de son compagnon en se pliant à ses exi- gences, jusqu’à ce que la situation devienne invivable et qu’elle le quitte. Elle a fait d’autres rencontres depuis mais – et c’est le motif de sa consultation – elle trouve qu’elle répète les mêmes erreurs : elle rencontre et est attirée par le même type d’hommes qui au début la font se sentir aimée, semblent très présents et attentifs, pour ensuite se montrer jaloux, contrôlants, jugeants et dépréciatifs... et elle s’accommode un temps, ne remarque pas, ne régule surtout pas de crainte que la relation s’arrête... jusqu’à ce que la relation, effective- ment, s’arrête, de son fait ou de l’initiative de l’autre personne. Puis, mal à l’aise d’être seule, tout recommence avec quelqu’un d’autre. Un scénario bien connu, courant, me direz-vous, un problème que les différentes approches de psychothérapie nomment, expliquent et traitent diversement.
Mais si nous regardons de près comment le problème fonctionne, et que nous réglons notre objectif sur ces moments où, seule, elle se sent mal et où son besoin de se « sentir aimée » selon la modalité à laquelle elle est habituée la pousse rapidement vers une nou- velle rencontre du même type, nous obser- vons la dynamique suivante : je me sens seule, vide, je souffre de cette solitude et de ce vide que j’éprouve, et pour cesser d’en souffrir je me rends disponible... sans avoir eu le temps d’apprendre ce qu’il serait utile d’apprendre pour faire moins (commençons déjà par ça !) d’« erreurs de casting ».
[Ici, une parenthèse : nous sommes tous concernés par cette dynamique spécifique qui nous « pousse » à faire, à nous lancer dans la prochaine activité, à suivre la prochaine pensée. Comme toujours, ce n’est pas un problème en soi. Ce qui fait la différence, c’est si cette dynamique devient une fuite qui produit des résultats indésirables et qui génère de la souffrance.]
Il s’agira donc de supporter, de soutenir ce sentiment de vide, de s’autoriser à entrer en contact avec, dans le cadre de ce que la thérapeute va appeler « une saine exploration thérapeutique » car, comme il en va de la peur et de la douleur (et d’ailleurs, il s’agit bien là d’un mélange de peur et de douleur) pour en sortir vraiment, il faut les traverser. Alors, la solitude sera vécue différemment, elle pourra même avec une certaine pratique devenir une ressource...
L’indication donnée à Sylvaine est libellée en ces termes : « Jusqu’à ce qu’on se revoie dans deux semaines, je voudrais que vous puissiez utiliser ce temps où vous êtes seule, avant que vous rencontriez quelqu’un d’autre, pour véritablement apprendre à connaître ce sentiment si particulier que vous avez cherché à éviter jusqu’à maintenant et qui vous a jetée dans de mauvais bras. Permettez-vous d’entrer en contact avec, de le toucher, de le ressentir, comme quand on passe sous une cascade et qu’on ressort, mouillé, de l’autre côté mais qu’on en ressort, comme les fauves qui, dans les cirques, sautaient au travers d’un cerceau enflammé... ou même comme quand on met une infusette de thé ou de tisane dans une tasse d’eau chaude et qu’on la laisse infuser ce qu’il faut...
Laissez-vous ressentir ce que vous vivez, entrez en contact avec, intimement, de façon sensorielle... essayez de préciser sa localisation, sa taille, sa couleur le cas échéant... Bien sûr, vous pouvez aussi téléphoner à vos amies, à vos amis, sortir faire un tour, lire, regarder la télé, écouter de la musique, vous distraire... mais quand la solitude se pointe, accordez-lui un peu de votre temps pour entrer en contact avec toutes les sensations qu’elle suscite en vous, simplement, sans rien élaborer mentalement ni même chercher des explications intellectuelles. »
Sylvaine appelle dix jours plus tard pour demander de déplacer le deuxième rendez-vous, et elle me dit : « Je dois vous dire que j’ai attendu quelques jours pour faire ce que vous m’avez demandé car à vrai dire je redoutais de m’effondrer. Mais j’ai eu plus peur de recommencer les mêmes scénarios, alors je l’ai fait. En vérité, j’ai pleuré au début, mais j’ai compris plein de choses dont je vous parlerai la prochaine fois. Et aussi, finalement, à simplement ressentir sans réfléchir, sans essayer d’éviter, de fuir, j’ai eu comme une sensation d’espace, comme si j’étais moins serrée dans une dimension étriquée, je respire mieux. Je remarque que je passe des tas de bons petits moments toute seule et qu’en fait je m’intéresse à plein de choses.Je ne suis pas si vide que ça!»
RÉCAPITULATIF
Reprenons un peu ce que nous avons vu comme interventions au fil de ces deux histoires.
Dans le cas de Laure,...
Pour lire la suite...
Nathalie Koralnik Enseigne l’approche systémique et stratégique brève et l’hypnose ericksonienne à l’Institut Gregory Bateson (IGB). Elle consulte en cabinet privé dans la région lyonnaise en français, anglais et italien, et super- vise des équipes socio-éducatives dans sa région. Egalement traductrice et interprète, elle traduit des séminaires et des ouvrages dans ses domaines de compétence.
Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80: Fev. / Mars / Avril. 2026. TRAUMATISMES.
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°80…
6 / Éditorial : L’importance d’aller dans le sens de la résistance Julien Betbèze.
8 / En couverture : Mikhaël Allouche & Ana Waalder. Le récit alternatif Interview par Sophie Cohen.
12 / Faire face à une situation réputée difficile Donner du temps au temps Jacques-Antoine Malarewicz.
20 / Le vide, l’inspiration, la vacuité. Exemples d’intervention en thérapie systémique et stratégique brève. Nathalie Koralnik.
30 / Deuil en thérapie narrative. « Bonjour Papi Georges » Stéphanie Robert.
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
40 / Introduction Gérard Ostermann.
44 / La perte en gériatrie. Miroir d’un effondrement psychique. Johanna Rabinovici.
DOSSIER TRAUMATISMES
55 / Levée d’amnésie traumatique.« Ranger sa bibliothèque lorsque les souvenirs reviennent ». Cécile Condaminas. Notes de lecture.
62 / Endométriose post-traumatique Libérer les sujets du pouvoir du monde traumatique avec la TLMR. Éric Bardot. Notes de lecture.
74 / Viols et abus sexuels avec usage de stupéfiants Traitement avec la PTR Gérald Brassine. Notes de lecture.
QUIPROQUO
84 / Difficile. S. Colombo, Muhuc.
BONJOUR ET APRÈS...
88 / Madeleine. Sa vie bouleversée après les soins d’un cancer. Sophie Cohen.
CULTURE MONDE
92 / Au Vietnam, dans la chambre des âmes. Sylvie Le Pelletier-Beaufond.
LIVRES EN BOUCHE
96 / J. Betbèze, S. Cohen.
Illustrations du numéro: Mikhael Allouche et Ana Waalder.
NATHALIE KORALNIK, POUR L’INSTITUT GREGORY BATESON
À travers deux cas cliniques, deux histoires, l’occasion est donnée ici de se pencher sur la peur du vide. Le vertige du vide psychologique, existentiel, ce vide que l’on cherche à combler à tout prix pour ne pas avoir à affronter le « monstre ». Alors la thérapeute, forte de sa créativité, se fait guide pour accompagner ses patientes dans une « saine exploration thérapeutique »...
« Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre. » Blaise Pascal.
À l’occasion de ma précédente présenta- tion concernant des problèmes de « peur du vide » (2), des personnes m’ont demandé s’il s’agissait de la « peur du vide physique » ou de la « peur du vide psychologique ». Je vou- lais en effet parler de la perception de l’espace expérimenté comme effrayant, le vide en question était donc bien le vide « physique ». Mais cette question m’a donné envie de raconter quelques histoires sur la manière dont j’ai accompagné des patients se plaignant de peur du vide « psychologique ».
Notre « grille » systémique et stratégique d’analyse des problèmes sera ici encore utilisée, grille qui nous permet de « problématiser » de façon utile. « Problématiser », c’est décrire le problème amené par la personne qui nous consulte en termes concrets, interactionnels, actuels et accessibles à une solution. Pas de recettes, donc, pour le vide psychologique, existentiel, mais une recherche des tentatives de solution et du thème des tentatives de solution pour pouvoir ensuite décliner les 180 degrés en les ajustant au problème et au patient.
Laure : « Je suis mon pire ennemi »
Laure est une ravissante jeune femme de 32 ans, mère de deux jeunes enfants. Je la trouve d’emblée vive, drôle, intelligente. Elle se plaint d’épuisement et d’un manque cruel d’estime de soi. « Je me trouve nulle dans tout », dit- elle. Elle se critique constamment, se traite de « pauvre fille », raconte qu’elle n’a jamais été appréciée par ses parents, qu’elle-même est une mauvaise mère... un monstre, même, certainement... Elle est au bout du rouleau et ne s’accorde strictement jamais un moment de repos, de répit. Il faut constamment qu’elle fasse quelque chose : le boulot, une formation de spécialisation, les activités des enfants, les courses, la cuisine, l’association du Sou des écoles et ses réunions, etc. Derrière cette incessante et douloureuse activité, la perception est : « Il ne doit pas y avoir de vide. Si je m’arrête, je m’écroule. » « Ah bon ! dis-je. Comment cela ? » Elle m’explique : « Je ne sais pas, je vais être face à un monstre. Je me rendrai compte d’à quel point je suis lamentable. Je suis mon pire ennemi. »
Dans notre monde hyperactif, la peur de découvrir « le monstre » dans les interstices de temps libre n’est pas rare chez nos semblables. Et en effet, la dynamique d’évitement (je m’active pour ne pas avoir à voir...) est semblable à celle qui nous fait expérimenter la peur panique du vide « physique », en ceci que la tentative de ne pas voir une portion de l’espace dans notre champ de conscience rend cette même portion encore plus effrayante et suscite un emballement de réactions, qui va finir par confirmer la conviction que cet espace, ce « vide », est réellement et absolument à redouter et à éviter.
Notre approche systémique et stratégique brève est une approche éminemment concrète et pratique. Comme Laure se plaint d’épuisement, dit qu’elle n’arrivera bientôt plus à mettre un pied devant l’autre (et elle s’étonne que, dans ces conditions, elle se vive comme une « mauvaise mère », sans cesse en train de crier !), je saute sur l’occasion pour lui proposer d’apprivoiser le « monstre » tout en faisant de micro-pauses pour, éventuelle- ment, se reposer. D’ici la prochaine séance, elle devra, au moins trois fois dans la journée, s’asseoir sur un siège qu’elle aura installé pour avoir une perspective qu’elle n’a pas l’habitude de regarder : « Vous tirez une chaise quelque part de manière à voir les choses sous un angle qui ne vous est pas familier ; la première fois, vous y restez dix secondes, la deuxième fois – et vous pouvez naturellement changer votre siège de place si ça vous dit, l’important étant que la perspective soit différente de d’habitude –, vous restez vingt secondes, la troisième trente secondes.
Et à partir du moment où vous êtes restée une demi-minute assise sur ce siège à regarder, sans rien faire, ce que vous voyez devant vous, vous pouvez choisir de combien de secondes vous augmenterez à chaque fois votre micro-pause, mais attention, jusqu’à ce qu’on se revoie interdiction de dépasser les cinq minutes. On verra bien ce qui se passe, et si le monstre aura le temps de vous croquer en dix, vingt ou trente secondes... »
Laure revient à la deuxième séance toute étonnée et toute contente de ne pas s’être écroulée pendant ces quelques secondes qui sont devenues quelques minutes, qu’elle aura fini par apprécier. Le changement de pers- pective, peu coûteux en termes d’effort et de temps, lui a permis de commencer à se dé- tendre un petit peu, à avoir envie – tout en ayant peur, bien sûr – de se « trouver elle- même », et sur ces entrefaites nous avons pu commencer à travailler concrètement sur les différentes problématiques de sa vie.
Sylvaine : « Je ne supporte pas d’être seule, et je répète sans cesse les mêmes erreurs de casting »
Sylvaine s’est séparée du père de ses enfants il y a deux ans, une union compliquée au cours de laquelle elle n’a rien régulé sauf, dit-elle, qu’elle a tenté de limiter les accès de colère de son compagnon en se pliant à ses exi- gences, jusqu’à ce que la situation devienne invivable et qu’elle le quitte. Elle a fait d’autres rencontres depuis mais – et c’est le motif de sa consultation – elle trouve qu’elle répète les mêmes erreurs : elle rencontre et est attirée par le même type d’hommes qui au début la font se sentir aimée, semblent très présents et attentifs, pour ensuite se montrer jaloux, contrôlants, jugeants et dépréciatifs... et elle s’accommode un temps, ne remarque pas, ne régule surtout pas de crainte que la relation s’arrête... jusqu’à ce que la relation, effective- ment, s’arrête, de son fait ou de l’initiative de l’autre personne. Puis, mal à l’aise d’être seule, tout recommence avec quelqu’un d’autre. Un scénario bien connu, courant, me direz-vous, un problème que les différentes approches de psychothérapie nomment, expliquent et traitent diversement.
Mais si nous regardons de près comment le problème fonctionne, et que nous réglons notre objectif sur ces moments où, seule, elle se sent mal et où son besoin de se « sentir aimée » selon la modalité à laquelle elle est habituée la pousse rapidement vers une nou- velle rencontre du même type, nous obser- vons la dynamique suivante : je me sens seule, vide, je souffre de cette solitude et de ce vide que j’éprouve, et pour cesser d’en souffrir je me rends disponible... sans avoir eu le temps d’apprendre ce qu’il serait utile d’apprendre pour faire moins (commençons déjà par ça !) d’« erreurs de casting ».
[Ici, une parenthèse : nous sommes tous concernés par cette dynamique spécifique qui nous « pousse » à faire, à nous lancer dans la prochaine activité, à suivre la prochaine pensée. Comme toujours, ce n’est pas un problème en soi. Ce qui fait la différence, c’est si cette dynamique devient une fuite qui produit des résultats indésirables et qui génère de la souffrance.]
Il s’agira donc de supporter, de soutenir ce sentiment de vide, de s’autoriser à entrer en contact avec, dans le cadre de ce que la thérapeute va appeler « une saine exploration thérapeutique » car, comme il en va de la peur et de la douleur (et d’ailleurs, il s’agit bien là d’un mélange de peur et de douleur) pour en sortir vraiment, il faut les traverser. Alors, la solitude sera vécue différemment, elle pourra même avec une certaine pratique devenir une ressource...
L’indication donnée à Sylvaine est libellée en ces termes : « Jusqu’à ce qu’on se revoie dans deux semaines, je voudrais que vous puissiez utiliser ce temps où vous êtes seule, avant que vous rencontriez quelqu’un d’autre, pour véritablement apprendre à connaître ce sentiment si particulier que vous avez cherché à éviter jusqu’à maintenant et qui vous a jetée dans de mauvais bras. Permettez-vous d’entrer en contact avec, de le toucher, de le ressentir, comme quand on passe sous une cascade et qu’on ressort, mouillé, de l’autre côté mais qu’on en ressort, comme les fauves qui, dans les cirques, sautaient au travers d’un cerceau enflammé... ou même comme quand on met une infusette de thé ou de tisane dans une tasse d’eau chaude et qu’on la laisse infuser ce qu’il faut...
Laissez-vous ressentir ce que vous vivez, entrez en contact avec, intimement, de façon sensorielle... essayez de préciser sa localisation, sa taille, sa couleur le cas échéant... Bien sûr, vous pouvez aussi téléphoner à vos amies, à vos amis, sortir faire un tour, lire, regarder la télé, écouter de la musique, vous distraire... mais quand la solitude se pointe, accordez-lui un peu de votre temps pour entrer en contact avec toutes les sensations qu’elle suscite en vous, simplement, sans rien élaborer mentalement ni même chercher des explications intellectuelles. »
Sylvaine appelle dix jours plus tard pour demander de déplacer le deuxième rendez-vous, et elle me dit : « Je dois vous dire que j’ai attendu quelques jours pour faire ce que vous m’avez demandé car à vrai dire je redoutais de m’effondrer. Mais j’ai eu plus peur de recommencer les mêmes scénarios, alors je l’ai fait. En vérité, j’ai pleuré au début, mais j’ai compris plein de choses dont je vous parlerai la prochaine fois. Et aussi, finalement, à simplement ressentir sans réfléchir, sans essayer d’éviter, de fuir, j’ai eu comme une sensation d’espace, comme si j’étais moins serrée dans une dimension étriquée, je respire mieux. Je remarque que je passe des tas de bons petits moments toute seule et qu’en fait je m’intéresse à plein de choses.Je ne suis pas si vide que ça!»
RÉCAPITULATIF
Reprenons un peu ce que nous avons vu comme interventions au fil de ces deux histoires.
Dans le cas de Laure,...
Pour lire la suite...
Nathalie Koralnik Enseigne l’approche systémique et stratégique brève et l’hypnose ericksonienne à l’Institut Gregory Bateson (IGB). Elle consulte en cabinet privé dans la région lyonnaise en français, anglais et italien, et super- vise des équipes socio-éducatives dans sa région. Egalement traductrice et interprète, elle traduit des séminaires et des ouvrages dans ses domaines de compétence.
Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80: Fev. / Mars / Avril. 2026. TRAUMATISMES.
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°80…
6 / Éditorial : L’importance d’aller dans le sens de la résistance Julien Betbèze.
8 / En couverture : Mikhaël Allouche & Ana Waalder. Le récit alternatif Interview par Sophie Cohen.
12 / Faire face à une situation réputée difficile Donner du temps au temps Jacques-Antoine Malarewicz.
20 / Le vide, l’inspiration, la vacuité. Exemples d’intervention en thérapie systémique et stratégique brève. Nathalie Koralnik.
30 / Deuil en thérapie narrative. « Bonjour Papi Georges » Stéphanie Robert.
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
40 / Introduction Gérard Ostermann.
44 / La perte en gériatrie. Miroir d’un effondrement psychique. Johanna Rabinovici.
DOSSIER TRAUMATISMES
55 / Levée d’amnésie traumatique.« Ranger sa bibliothèque lorsque les souvenirs reviennent ». Cécile Condaminas. Notes de lecture.
62 / Endométriose post-traumatique Libérer les sujets du pouvoir du monde traumatique avec la TLMR. Éric Bardot. Notes de lecture.
74 / Viols et abus sexuels avec usage de stupéfiants Traitement avec la PTR Gérald Brassine. Notes de lecture.
QUIPROQUO
84 / Difficile. S. Colombo, Muhuc.
BONJOUR ET APRÈS...
88 / Madeleine. Sa vie bouleversée après les soins d’un cancer. Sophie Cohen.
CULTURE MONDE
92 / Au Vietnam, dans la chambre des âmes. Sylvie Le Pelletier-Beaufond.
LIVRES EN BOUCHE
96 / J. Betbèze, S. Cohen.
Illustrations du numéro: Mikhael Allouche et Ana Waalder.
Catégories: Hypnose Paris,EMDR,Thérapie Brève Paris
Levée d'amnésie traumatique.
"Ranger sa bibliothèque lorsque les souvenirs reviennent" issu de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80.
En septembre dernier, l’actrice Juliette Lamboley publiait un podcast, « Nuit noire, nuit blanche », où elle raconte son amnésie traumatique après un viol subi à l’âge de 14 ans. Une expérience déstabilisante qui peut devenir une ressource lorsqu’elle est intégrée dans une démarche thérapeutique comme nous le voyons dans cet article. Technique hypnotique du « yes set » et recadrage cognitif permettent ici à Joséphine, qui a vécu sa levée d’amnésie comme un choc, de se retrouver telle qu’elle était « avant ».
Trouble fréquent de la mémoire lorsqu’il y a violence, selon Muriel Salmona, dissociation de sauvegarde selon Bessel van der Kolk, parcellaire ou complète, l’amnésie traumatique est un phénomène d’une inquiétante étrange- té pour qui la traverse... Au-delà du choc de ce qui se redécouvre, parfois par petites touches, parfois brutalement et par surprise, un déluge d’interrogations personnelles s’impose à soi : « Est-ce que j’invente ? Est-ce que je deviens fou ? »... mais aussi : « Comment ai-je pu oublier ça ? Et pourquoi pas d’autres événements dans ce cas ? » Véritable tempête psy- chique, ce que l’on croit savoir de soi, des autres et du monde se révèle faillible. C’est en quelques mots ce que vivent de nombreuses personnes qui connaissent une levée d’amnésie, en particulier lorsque celle-ci était totale, et plus encore si elle survient soudainement. Une forme de violente révélation à soi-même.
Joséphine et le souvenir de ce viol qui lui revient comme un boomerang.
Je fais la connaissance de Joséphine, une femme de 46 ans. Tout en elle respire le dynamisme et la joie de vivre : carrière passionnante, vie sociale et amicale riche, sourire resplendissant. Elle se décrit comme confiante, chanceuse et optimiste. C’est du moins ce qu’elle croyait jusqu’au jour où, à l’occasion de l’achat d’un titre de transport pour un déplacement professionnel, là, devant son ordinateur, elle est percutée par le souvenir d’un viol par son ex-partenaire, quatre ans auparavant, alors qu’ils étaient ensemble dans cette même ville. Un mot sous les yeux et son univers bascule, c’est brutal, violent et irréversible.
Elle me raconte : « Ce jour-là, j’avais rendez- vous pour un nouveau travail dans la matinée. Je n’avais pas envie de faire l’amour, je me lève et je vais dans la salle de bains pour me préparer. Il arrive derrière moi, me caresse, je lui dis que je ne veux pas, plusieurs fois. Il me bloque dans un angle, m’écrase de plus en plus fermement, et il me force. Je ne comprends pas, ne réagis pas... Ce n’est pas du tout moi ça... Je pars pour cet entretien et j’oublie tout, totalement, c’est complétement dingue ! Depuis que tout ça m’est revenu en boomerang, c’est un énorme bordel dans ma tête, c’est comme si tous les classeurs de ma bibliothèque étaient tombés par terre, tout en désordre. Comment c’est possible d’oublier un truc pareil ? Est-ce que c’est vraiment arrivé ou c’est moi qui délire ? Je ne crois pas que je délire, malheureusement, mais c’est tellement incroyable... Je n’ai jamais eu de souci avec mes partenaires normalement, c’est qui ce type, comment il pense ? On n’agit pas comme ça ! Je n’étais rien dans cette salle de bains... Et le plus dur peut-être, c’est moi là- dedans. Comment j’ai pu accepter ça ? Pourquoi je ne l’ai pas repoussé... Je me suis sentie comme me liquifier, sans aucune force, telle- ment faible... Et pourtant j’ai du caractère, pourquoi je me suis laissée faire ? Pourquoi c’est sorti de ma tête ? Je ne comprends pas, je ne comprends rien. »
En dépit de ce tourbillon d’énigmes pour elle, on peut constater que Joséphine parvient rapidement à accepter la réalité de l’événement, le « c’est moi qui délire ? » ne tient pas longtemps. Ses ressources apparaissent déjà nettement ici, même si de son point de vue seul le désastre en lieu et place de sa solidité psychique passée est perçu. Implicitement, elle admet l’agression, l’amnésie traumatique, et la justesse des souvenirs qui remontent, et donc la relative fiabilité de cette levée amnésique. Ce n’est pas le cas de tout le monde.
Tout d’abord et chez certains, l’amnésie maintient une parfaite étanchéité entre conscient et inconscient, des années durant, voire toute une vie. Les études démontrent que c’est chez les enfants qui ont connu des violences sexuelles intrafamiliales que ce phénomène est le plus fréquent. L’événement ou les événements ont généré un stress d’une telle intensité que la psyché a dû s’en protéger, faire disjoncter à la fois les circuits de réponses émotionnelles et les capacités cognitives de gestion de l’information. La mémoire émotionnelle et sensorielle reste fixée dans l’amygdale, l’hippocampe n’y a pas accès, ne peut pas la traiter, ne peut pas l’intégrer dans la mémoire autobiographique. C’est une crypte, une donnée brute enkystée.
Lorsqu’il y a levée amnésique, que celle-ci soit par toutes petites bribes sensorielles ou que les souvenirs soient très précis, on constate souvent une réelle difficulté à les intégrer, à les approprier. Le psychisme trouve parfois préférable de rester dans l’incertitude, quitte à se blâmer, à douter de ses perceptions et de sa santé mentale, plutôt que d’affronter le poids de la violence subie et surtout son lot d’éventuelles conséquences personnelles, sociales et/ou familiales. Dans ma clinique auprès des patients à l’épreuve du traumatisme, ces réactions/interrogations sont particulièrement fréquentes dans les violences sexuelles. Je pense par exemple à une jeune femme qui a été victime d’un viol collectif et qui reconnaît sa profonde ambivalence : « Parfois je sais ce qui s’est passé, mais c’est tellement atroce... je crois que je préfère penser que je suis responsable, ça voudrait dire que ça n’a pas existé. » C’est encore plus vrai lorsque les violences sexuelles surviennent en intra-familial, comme nous l’avons évoqué pour les amnésies « durables ». Ici, impensable et interdit prennent le pas, du côté des victimes comme des autres membres de la famille d’ailleurs. Dans son ouvrage Le berceau des dominations, Dorothée Dussy dévoile cette tendance très nette à dénier une réalité incestueuse, puisque « à choisir, aucun membre de la famille ne souhaite compter parmi elle un violeur d’enfants » (p. 275).
Autre évitement possible, les débats et controverses autour de la création de faux souvenirs peuvent donner matière au déni ou à la minimisation, validité scientifique, issue possible. Que sait-on du fonctionnement de la mémoire ? Sans traumatisme, les faux souvenirs ou illusions mnésiques se produisent spontanément, sans intentionnalité. Il s’agit principalement de légères déformations du réel. Notre mémoire épisodique fonctionne en une construction/reconstruction permanente, de sorte qu’on ne peut jamais dire à quel point le souvenir est « vrai ». La restitution d’une « pure réalité » par notre mémoire est de ce point de vue une croyance totalement partagée mais parfaitement erronée ! On voit d’ailleurs que c’est cette dimension qui fait chanceler la confiance en soi. Inversement, l’invention complète d’événements, appelée aussi le syndrome des faux souvenirs, semble quant à elle rarissime, mais sa probabilité autorise à penser que le drame ravageur n’a pas eu lieu.
Pour en revenir à Joséphine, apparaît chez elle essentiellement le besoin d’entendre, de la part d’un professionnel, ce que finalement elle a déjà admis. Une forme de psychoéducation est souvent utile dans l’accompagnement thérapeutique. Je m’appuie sur les connaissances partagées par la communauté scientifique à ce jour : les faux souvenirs existent, l’amnésie traumatique existe, sa levée soudaine aussi... Et plus celle-ci est involontaire, surgit quand on ne cherche rien, au détour d’un déclencheur imprévu, plus la réalité des faits masqués jusqu’alors est probable. Face à un stimulus extérieur, un son, une odeur, une silhouette, un mot... le mécanisme dissociatif de l’amnésie s’éclipse, et souvenirs, sensations corporelles et charge émotionnelle percutent.
Ces aléas de notre fonctionnement psychique effacent pour un temps tout ce qu’on croyait connaître. Notre identité, notre personnalité, s’appuient sur la confiance que l’on accorde à notre mémoire, socle supposé fiable de notre histoire. On compte sur elle pour se définir. Quand celle-ci se révèle aléatoire, alors c’est le sentiment d’autocontrôle qui vacille. En effet, Joséphine entend, comprend, conçoit tout ça très bien, mais malgré ces explications scientifiques, l’atteinte personnelle reste puissante, sa force psychique est altérée, « les classeurs de ma bibliothèque sont par terre ». Les questions en boucle, les ruminations insistent : «Pourquoi je ne l’ai pas repoussé ? Et comment j’ai pu oublier ?»
Instruite et plutôt militante, elle a bien sûr entendu parler de la sidération, de ce court-circuit momentané qui peut s’imposer à tout un chacun en cas de sensation de danger extrême (soulignons de ce point de vue qu’amnésie et figement sont donc les deux faces d’une même pièce). Elle est convaincue par la justesse de la défense des femmes en cas de violence sexuelle, y compris quand elles n’ont pu ni crier, ni se débattre. Je valide ses connaissances, partage quelques précisions sur les réactions psychiques et physiologiques mises en évidence par la théorie polyvagale. Selon l’intensité de la sensation de danger, le psychisme va pouvoir soit mobiliser toutes ses compétences (dans l’interaction sociale, situations perçues comme délicates mais gérables), soit recourir indépendamment de sa volonté aux deux options qui sont la fuite ou le combat (focalisation sur des ressources plus archaïques en cas de vécu de danger), soit en- fin se figer, faire le mort (quand on ne peut ni fuir ni combattre, l’effroi et la dissociation surgissent). Autant de ressources de survie qui parlent pour nous, agissent pour nous.
Cognitivement et éthiquement, ces compléments d’informations sont acceptables et acceptés par Joséphine. Mais quand il s’agit de soi, c’est bien différent, pour toutes et tous, il existe une forme d’illusion autour du « ça n’arrive qu’aux autres »... La théorie n’apaise pas fondamentalement son vécu psychique et corporel d’impuissance, « comme si je me liquéfiais », et le blâme personnel qu’elle s’inflige de n’avoir pu se sortir de cette situation. Le « dans cette salle de bains, je n’étais rien » devient ritournelle. Corps et esprit sont marqués profondément, durablement, les connaissances sont intéressantes mais non suffisantes...
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Cécile Condaminas Auparavant éducatrice spécialisée, elle est devenue psychologue clinicienne il y a quinze ans, avec la volonté de maintenir une posture professionnelle résolument pragmatique. Elle s’est spécialisée dans la psycho-traumatologie centrée compétences au fil de ses expériences au Centre régional du psychotraumatisme des Pays de la Loire ou encore à l’unité médico-judiciaire du CHU de Nantes.
Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80: Fev. / Mars / Avril. 2026. TRAUMATISMES.
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°80…
6 / Éditorial : L’importance d’aller dans le sens de la résistance Julien Betbèze.
8 / En couverture : Mikhaël Allouche & Ana Waalder. Le récit alternatif Interview par Sophie Cohen.
12 / Faire face à une situation réputée difficile Donner du temps au temps Jacques-Antoine Malarewicz.
20 / Le vide, l’inspiration, la vacuité. Exemples d’intervention en thérapie systémique et stratégique brève. Nathalie Koralnik.
30 / Deuil en thérapie narrative. « Bonjour Papi Georges » Stéphanie Robert.
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
40 / Introduction Gérard Ostermann.
44 / La perte en gériatrie. Miroir d’un effondrement psychique. Johanna Rabinovici.
DOSSIER TRAUMATISMES
55 / Levée d’amnésie traumatique.« Ranger sa bibliothèque lorsque les souvenirs reviennent ». Cécile Condaminas. Notes de lecture.
62 / Endométriose post-traumatique Libérer les sujets du pouvoir du monde traumatique avec la TLMR. Éric Bardot. Notes de lecture.
74 / Viols et abus sexuels avec usage de stupéfiants Traitement avec la PTR Gérald Brassine. Notes de lecture.
QUIPROQUO
84 / Difficile. S. Colombo, Muhuc.
BONJOUR ET APRÈS...
88 / Madeleine. Sa vie bouleversée après les soins d’un cancer. Sophie Cohen.
CULTURE MONDE
92 / Au Vietnam, dans la chambre des âmes. Sylvie Le Pelletier-Beaufond.
LIVRES EN BOUCHE
96 / J. Betbèze, S. Cohen.
Illustrations du numéro: Mikhael Allouche et Ana Waalder.
Trouble fréquent de la mémoire lorsqu’il y a violence, selon Muriel Salmona, dissociation de sauvegarde selon Bessel van der Kolk, parcellaire ou complète, l’amnésie traumatique est un phénomène d’une inquiétante étrange- té pour qui la traverse... Au-delà du choc de ce qui se redécouvre, parfois par petites touches, parfois brutalement et par surprise, un déluge d’interrogations personnelles s’impose à soi : « Est-ce que j’invente ? Est-ce que je deviens fou ? »... mais aussi : « Comment ai-je pu oublier ça ? Et pourquoi pas d’autres événements dans ce cas ? » Véritable tempête psy- chique, ce que l’on croit savoir de soi, des autres et du monde se révèle faillible. C’est en quelques mots ce que vivent de nombreuses personnes qui connaissent une levée d’amnésie, en particulier lorsque celle-ci était totale, et plus encore si elle survient soudainement. Une forme de violente révélation à soi-même.
Joséphine et le souvenir de ce viol qui lui revient comme un boomerang.
Je fais la connaissance de Joséphine, une femme de 46 ans. Tout en elle respire le dynamisme et la joie de vivre : carrière passionnante, vie sociale et amicale riche, sourire resplendissant. Elle se décrit comme confiante, chanceuse et optimiste. C’est du moins ce qu’elle croyait jusqu’au jour où, à l’occasion de l’achat d’un titre de transport pour un déplacement professionnel, là, devant son ordinateur, elle est percutée par le souvenir d’un viol par son ex-partenaire, quatre ans auparavant, alors qu’ils étaient ensemble dans cette même ville. Un mot sous les yeux et son univers bascule, c’est brutal, violent et irréversible.
Elle me raconte : « Ce jour-là, j’avais rendez- vous pour un nouveau travail dans la matinée. Je n’avais pas envie de faire l’amour, je me lève et je vais dans la salle de bains pour me préparer. Il arrive derrière moi, me caresse, je lui dis que je ne veux pas, plusieurs fois. Il me bloque dans un angle, m’écrase de plus en plus fermement, et il me force. Je ne comprends pas, ne réagis pas... Ce n’est pas du tout moi ça... Je pars pour cet entretien et j’oublie tout, totalement, c’est complétement dingue ! Depuis que tout ça m’est revenu en boomerang, c’est un énorme bordel dans ma tête, c’est comme si tous les classeurs de ma bibliothèque étaient tombés par terre, tout en désordre. Comment c’est possible d’oublier un truc pareil ? Est-ce que c’est vraiment arrivé ou c’est moi qui délire ? Je ne crois pas que je délire, malheureusement, mais c’est tellement incroyable... Je n’ai jamais eu de souci avec mes partenaires normalement, c’est qui ce type, comment il pense ? On n’agit pas comme ça ! Je n’étais rien dans cette salle de bains... Et le plus dur peut-être, c’est moi là- dedans. Comment j’ai pu accepter ça ? Pourquoi je ne l’ai pas repoussé... Je me suis sentie comme me liquifier, sans aucune force, telle- ment faible... Et pourtant j’ai du caractère, pourquoi je me suis laissée faire ? Pourquoi c’est sorti de ma tête ? Je ne comprends pas, je ne comprends rien. »
En dépit de ce tourbillon d’énigmes pour elle, on peut constater que Joséphine parvient rapidement à accepter la réalité de l’événement, le « c’est moi qui délire ? » ne tient pas longtemps. Ses ressources apparaissent déjà nettement ici, même si de son point de vue seul le désastre en lieu et place de sa solidité psychique passée est perçu. Implicitement, elle admet l’agression, l’amnésie traumatique, et la justesse des souvenirs qui remontent, et donc la relative fiabilité de cette levée amnésique. Ce n’est pas le cas de tout le monde.
Tout d’abord et chez certains, l’amnésie maintient une parfaite étanchéité entre conscient et inconscient, des années durant, voire toute une vie. Les études démontrent que c’est chez les enfants qui ont connu des violences sexuelles intrafamiliales que ce phénomène est le plus fréquent. L’événement ou les événements ont généré un stress d’une telle intensité que la psyché a dû s’en protéger, faire disjoncter à la fois les circuits de réponses émotionnelles et les capacités cognitives de gestion de l’information. La mémoire émotionnelle et sensorielle reste fixée dans l’amygdale, l’hippocampe n’y a pas accès, ne peut pas la traiter, ne peut pas l’intégrer dans la mémoire autobiographique. C’est une crypte, une donnée brute enkystée.
Lorsqu’il y a levée amnésique, que celle-ci soit par toutes petites bribes sensorielles ou que les souvenirs soient très précis, on constate souvent une réelle difficulté à les intégrer, à les approprier. Le psychisme trouve parfois préférable de rester dans l’incertitude, quitte à se blâmer, à douter de ses perceptions et de sa santé mentale, plutôt que d’affronter le poids de la violence subie et surtout son lot d’éventuelles conséquences personnelles, sociales et/ou familiales. Dans ma clinique auprès des patients à l’épreuve du traumatisme, ces réactions/interrogations sont particulièrement fréquentes dans les violences sexuelles. Je pense par exemple à une jeune femme qui a été victime d’un viol collectif et qui reconnaît sa profonde ambivalence : « Parfois je sais ce qui s’est passé, mais c’est tellement atroce... je crois que je préfère penser que je suis responsable, ça voudrait dire que ça n’a pas existé. » C’est encore plus vrai lorsque les violences sexuelles surviennent en intra-familial, comme nous l’avons évoqué pour les amnésies « durables ». Ici, impensable et interdit prennent le pas, du côté des victimes comme des autres membres de la famille d’ailleurs. Dans son ouvrage Le berceau des dominations, Dorothée Dussy dévoile cette tendance très nette à dénier une réalité incestueuse, puisque « à choisir, aucun membre de la famille ne souhaite compter parmi elle un violeur d’enfants » (p. 275).
Autre évitement possible, les débats et controverses autour de la création de faux souvenirs peuvent donner matière au déni ou à la minimisation, validité scientifique, issue possible. Que sait-on du fonctionnement de la mémoire ? Sans traumatisme, les faux souvenirs ou illusions mnésiques se produisent spontanément, sans intentionnalité. Il s’agit principalement de légères déformations du réel. Notre mémoire épisodique fonctionne en une construction/reconstruction permanente, de sorte qu’on ne peut jamais dire à quel point le souvenir est « vrai ». La restitution d’une « pure réalité » par notre mémoire est de ce point de vue une croyance totalement partagée mais parfaitement erronée ! On voit d’ailleurs que c’est cette dimension qui fait chanceler la confiance en soi. Inversement, l’invention complète d’événements, appelée aussi le syndrome des faux souvenirs, semble quant à elle rarissime, mais sa probabilité autorise à penser que le drame ravageur n’a pas eu lieu.
Pour en revenir à Joséphine, apparaît chez elle essentiellement le besoin d’entendre, de la part d’un professionnel, ce que finalement elle a déjà admis. Une forme de psychoéducation est souvent utile dans l’accompagnement thérapeutique. Je m’appuie sur les connaissances partagées par la communauté scientifique à ce jour : les faux souvenirs existent, l’amnésie traumatique existe, sa levée soudaine aussi... Et plus celle-ci est involontaire, surgit quand on ne cherche rien, au détour d’un déclencheur imprévu, plus la réalité des faits masqués jusqu’alors est probable. Face à un stimulus extérieur, un son, une odeur, une silhouette, un mot... le mécanisme dissociatif de l’amnésie s’éclipse, et souvenirs, sensations corporelles et charge émotionnelle percutent.
Ces aléas de notre fonctionnement psychique effacent pour un temps tout ce qu’on croyait connaître. Notre identité, notre personnalité, s’appuient sur la confiance que l’on accorde à notre mémoire, socle supposé fiable de notre histoire. On compte sur elle pour se définir. Quand celle-ci se révèle aléatoire, alors c’est le sentiment d’autocontrôle qui vacille. En effet, Joséphine entend, comprend, conçoit tout ça très bien, mais malgré ces explications scientifiques, l’atteinte personnelle reste puissante, sa force psychique est altérée, « les classeurs de ma bibliothèque sont par terre ». Les questions en boucle, les ruminations insistent : «Pourquoi je ne l’ai pas repoussé ? Et comment j’ai pu oublier ?»
Instruite et plutôt militante, elle a bien sûr entendu parler de la sidération, de ce court-circuit momentané qui peut s’imposer à tout un chacun en cas de sensation de danger extrême (soulignons de ce point de vue qu’amnésie et figement sont donc les deux faces d’une même pièce). Elle est convaincue par la justesse de la défense des femmes en cas de violence sexuelle, y compris quand elles n’ont pu ni crier, ni se débattre. Je valide ses connaissances, partage quelques précisions sur les réactions psychiques et physiologiques mises en évidence par la théorie polyvagale. Selon l’intensité de la sensation de danger, le psychisme va pouvoir soit mobiliser toutes ses compétences (dans l’interaction sociale, situations perçues comme délicates mais gérables), soit recourir indépendamment de sa volonté aux deux options qui sont la fuite ou le combat (focalisation sur des ressources plus archaïques en cas de vécu de danger), soit en- fin se figer, faire le mort (quand on ne peut ni fuir ni combattre, l’effroi et la dissociation surgissent). Autant de ressources de survie qui parlent pour nous, agissent pour nous.
Cognitivement et éthiquement, ces compléments d’informations sont acceptables et acceptés par Joséphine. Mais quand il s’agit de soi, c’est bien différent, pour toutes et tous, il existe une forme d’illusion autour du « ça n’arrive qu’aux autres »... La théorie n’apaise pas fondamentalement son vécu psychique et corporel d’impuissance, « comme si je me liquéfiais », et le blâme personnel qu’elle s’inflige de n’avoir pu se sortir de cette situation. Le « dans cette salle de bains, je n’étais rien » devient ritournelle. Corps et esprit sont marqués profondément, durablement, les connaissances sont intéressantes mais non suffisantes...
Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80: Fev. / Mars / Avril. 2026.
Cécile Condaminas Auparavant éducatrice spécialisée, elle est devenue psychologue clinicienne il y a quinze ans, avec la volonté de maintenir une posture professionnelle résolument pragmatique. Elle s’est spécialisée dans la psycho-traumatologie centrée compétences au fil de ses expériences au Centre régional du psychotraumatisme des Pays de la Loire ou encore à l’unité médico-judiciaire du CHU de Nantes.
Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80: Fev. / Mars / Avril. 2026. TRAUMATISMES.
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°80…
6 / Éditorial : L’importance d’aller dans le sens de la résistance Julien Betbèze.
8 / En couverture : Mikhaël Allouche & Ana Waalder. Le récit alternatif Interview par Sophie Cohen.
12 / Faire face à une situation réputée difficile Donner du temps au temps Jacques-Antoine Malarewicz.
20 / Le vide, l’inspiration, la vacuité. Exemples d’intervention en thérapie systémique et stratégique brève. Nathalie Koralnik.
30 / Deuil en thérapie narrative. « Bonjour Papi Georges » Stéphanie Robert.
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
40 / Introduction Gérard Ostermann.
44 / La perte en gériatrie. Miroir d’un effondrement psychique. Johanna Rabinovici.
DOSSIER TRAUMATISMES
55 / Levée d’amnésie traumatique.« Ranger sa bibliothèque lorsque les souvenirs reviennent ». Cécile Condaminas. Notes de lecture.
62 / Endométriose post-traumatique Libérer les sujets du pouvoir du monde traumatique avec la TLMR. Éric Bardot. Notes de lecture.
74 / Viols et abus sexuels avec usage de stupéfiants Traitement avec la PTR Gérald Brassine. Notes de lecture.
QUIPROQUO
84 / Difficile. S. Colombo, Muhuc.
BONJOUR ET APRÈS...
88 / Madeleine. Sa vie bouleversée après les soins d’un cancer. Sophie Cohen.
CULTURE MONDE
92 / Au Vietnam, dans la chambre des âmes. Sylvie Le Pelletier-Beaufond.
LIVRES EN BOUCHE
96 / J. Betbèze, S. Cohen.
Illustrations du numéro: Mikhael Allouche et Ana Waalder.
Le récit alternatif: MIKHAËL ALLOUCHE & ANA WAALDER, illustrateurs de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80.
Je veux dire combien j’ai été touchée par ce récit. Je trouve cette BD inspirante sur les processus de guérison d’un trauma. Celui dont il s’agit ici découle des séquelles de la Shoah à travers les générations. Ensuite, le travail journalistique d’enquête et de recherche est impressionnant. Enfin, la mise en images est extrêmement riche. Et sans doute le plus impressionnant, cette histoire telle qu’elle est racontée finit par concerner tous les lecteurs, chacun pouvant s’identifier au personnage principal.
Dans cet album, il est question d’un certain M. Gouevo, un homme sans visage,en quête de ses origines. Les recherches qu’il entreprend vont lui permettre de « guérir de la Shoah ». M. Gouevo se situe dans une histoire familiale lacunaire. Ne restent que la douleur et des bribes d’histoire racontées par quelques descendants. Il ressent l’urgence de faire émerger les transmissions invisibles.
On trouve dans ce récit un enfant caché, qui raconte certains faits et en occulte beaucoup d’autres malgré lui. Puis des membres de la génération d’après-guerre, que l’on appelle la deuxième génération ; ceux-là sont dans l’incapacité de transmettre quoi que ce soit, par ignorance et refoulement.
Ainsi M. Gouevo, à l’image de ceux de la troisième génération, est prisonnier de la non-transmission du récit familial, la Shoah les ayant occultés, même ceux des origines d’avant-guerre.
Peu à peu il recompose son histoire filiale. Il participe à des groupes de parole, effectue des recherches dans les archives familiales (photos et témoignages) et dans de grands centres d’archives dont Mikhaël Allouche nous rappelle combien ces lieux sont précieux. Nous assistons à la production d’un « récit alternatif ». L’introduction du personnage historique, en la personne de Sinan le pirate, permet de sortir d’une position victimaire pour aller vers une posture active. Explications et éléments de réponses à travers l’interview menée auprès des deux auteurs.
- Sophie Cohen : « Mikhaël, que veux-tu dire avec le dessin ? Quel est ton langage ?
- Mikhaël Allouche : La bande dessinée est l’art de l’invisible. Les cases ne montrent que des morceaux d’un monde potentiellement immense. Quant au rapport texte-images, il y a comme une double narration qui s’entre- mêle, se répond, se télescope ou s’affronte. Le médium BD est une forme parfaite pour ex- primer la difficulté d’une quête introspective. J’ai voulu un dessin sans fioritures, avec une mise en scène percutante et un rythme rapide, afin de permettre une lecture immersive qui bouscule et questionne. Au début de la BD, M. Gouevo avait mon visage. Mais au fil du temps, il nous est apparu essentiel d’effacer ce visage, afin d’exprimer la perte de repères et la quête identitaire. M. Gouevo croit tout savoir mais ne sait rien, comme beaucoup de la troisième génération dans les familles traversées par la Shoah que nous avons rencontrées. Ain- si nous voulions restituer l’universalité de cette recherche à travers le temps, de cette histoire dans l’Histoire.
- S.C. : Que vient nous dire le pirate Sinan : personnage réel et historique ?
- Ana Waalder : Il faut d’abord resituer ce pirate dans son époque. Historiquement il se faisait appeler “Sinan Le Juif”. Ses parents seraient nés en Espagne et auraient subi les persécutions de l’Inquisition. Quand ils dé- barquent à Smyrne, dans l’Empire ottoman, c’est une nouvelle vie, et lorsque Sinan devient pirate, il se range au côté de Barberousse, corsaire ottoman, et participe à l’extension de l’Empire sur la Méditerranée. Ce qui nous a intéressés chez Sinan : il n’a pas renié ses origines, il est ancré dans son identité, en mouvement, malgré les horreurs vécues pendant l’Inquisition. Sinan incarne l’épisode de la reconstruction des juifs après leur expulsion d’Espagne en 1492. C’est un modèle de résurgence après un trauma.
- M.A. : Dans la BD, il hante M. Gouevo pour l’enjoindre de retisser les liens familiaux, d’affronter les faits historiques, et enraciner son arbre dans les mondes perdus d’avant-guerre. Sinan est une figure positive. Il parvient jusqu’à M. Gouevo pour lutter contre la disparition. Celle des fantômes familiaux dont il ne reste ni visages, ni noms, ni mémoire ; ou encore celle de la culture judéo-espagnole passée, effacée.
- A.W. : Par ailleurs, le travail journalistique fait d’interviews menées avec des historiens, des psychologues et des sociologues nous a permis de mieux comprendre le processus par lequel nous passions, d’appréhender les politiques mé- morielles actuelles, et de prendre conscience de l’urgence de ce travail de mémoire. Le titre “Gué- rir de la Shoah” indique la possibilité de se réap- proprier l’histoire, d’affronter les faits et les lieux, et d’appréhender le monde d’aujourd’hui pour libérer les membres de la quatrième génération de la terreur dont ils héritent. Il y a urgence, car le temps rend la connaissance des histoires familiales plus difficile. Guérir, c’est pouvoir raconter un récit cohérent et y faire face. Il s’agit de sortir du brouillard lié à l’émotion traumatique, susci- tée par une absence de récit, un récit lacunaire, et des transmissions invisibles.
- M.A. : Dès le début de cette enquête, la ques- tion a été comment affronter l’histoire au pré- sent quand on a la Shoah en héritage ? Il s’agit d’effectuer un parcours de réparation intergéné- rationnelle. Nous sommes actuellement dans un monde complexe et les maux de la Shoah sont très présents. Les références à cet événement hors norme sont partout aujourd’hui, alors la nécessaire guérison passe certainement par la co-construction d’un récit commun à tous.
- A.W. : La BD questionne le rapport à l’Histoire et à la mémoire, la façon dont le présent est éclairé par le passé. En ce sens, il s’agit bien de l’histoire collective, l’histoire de tous. Nous tentons d’esquisser les nouvelles orientations mémorielles qui se mettent en place, allant vers moins de mémoire, et plus d’histoires.
- S.C. : De mon point de vue, cet ouvrage permet comme de clôturer, d’achever une gestalt restée inaboutie. C’est cet achèvement qui permet de sortir du traumatisme. La BD relate l’ensemble du processus de guérison. Le lecteur qui s’identifie à M. Gouevo peut passer du niveau où toute représentation cohérente est impossible, pour aller vers un niveau où le récit est construit et l’histoire assimilée. Mikhaël, je te propose de parler de quelques images. Que peux-tu dire de la couverture ?
- M.A. : Sur la couverture, on y voit des orties. C’est une référence aux orties qui poussent au pied des pins à Sobibór. Normalement les orties ne poussent pas à cet endroit, mais la présence de restes humains a modifié le pH de la terre. Quatre-vingts ans après, ils n’ont pas totalement disparu. Au centre de la planche, entre deux mains, une case vide qui nous éblouit... comme cette histoire aveuglante que l’on ne veut pas oublier, mais qu’on ne peut jamais regarder en face.
- S.C. : Quelle signification ont les arbres représentés au long de l’ouvrage ?
- M.A. : Il y a le sapin de l’enfance de ma mère, les pins en Pologne, l’arbre généalogique... Quand tous s’entremêlent, il est bien difficile de faire son chemin.
- S.C. : Quel rôle donnes-tu aux couleurs ?
- M.A. : Elles sont très vives, nous voulions éviter les couleurs ternes trop convenues pour ce sujet. Ici elles stimulent le regard, le font réfléchir. Dans réfléchir, on entend le sens premier : penser, et le deuxième sens : celui de refléter. Ces couleurs permettent à la lecture de rebondir.
Les couleurs vives sont aussi celles de l’actualité. Ce n’est pas une BD de genre à classer dans les BD dites historiques. Nous avons voulu raconter comment ce passé ne passe toujours pas. C’est bien une BD du présent. »
Chers lecteurs de la Revue, vous l’aurez compris, il s’agit ici d’un grand coup de cœur que je tiens à partager avec vous.
Mikhaël Allouche est scénariste et dessinateur de bandes dessinées. Il est également le fondateur de l’école de bande dessinée Cesan (Centre d’études spécialisé des arts narratifs).
Ana Waalder est journaliste de presse écrite, spécialisée dans les sujets de société et scénariste BD. Ils sont les auteurs d’une première BD conçue ensemble, sur le diabète, « Escroqueuse. Quand l’hypo frappe », parue en 2021 aux éditions Delcourt.
Les auteurs seront en conférence au Mémorial de la Shoah le 1 février et en dédicace à la Fnac de La Défense le 7 février.
Vous pouvez aussi les rencontrer lors du café littéraire Aki Estamos au Centre Medem le 22 mars.
Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80: Fev. / Mars / Avril. 2026. TRAUMATISMES.
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°80…
6 / Éditorial : L’importance d’aller dans le sens de la résistance Julien Betbèze.
8 / En couverture : Mikhaël Allouche & Ana Waalder. Le récit alternatif Interview par Sophie Cohen.
12 / Faire face à une situation réputée difficile Donner du temps au temps Jacques-Antoine Malarewicz.
20 / Le vide, l’inspiration, la vacuité. Exemples d’intervention en thérapie systémique et stratégique brève. Nathalie Koralnik.
30 / Deuil en thérapie narrative. « Bonjour Papi Georges » Stéphanie Robert.
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
40 / Introduction Gérard Ostermann.
44 / La perte en gériatrie. Miroir d’un effondrement psychique. Johanna Rabinovici.
DOSSIER TRAUMATISMES
55 / Levée d’amnésie traumatique.« Ranger sa bibliothèque lorsque les souvenirs reviennent ». Cécile Condaminas. Notes de lecture.
62 / Endométriose post-traumatique Libérer les sujets du pouvoir du monde traumatique avec la TLMR. Éric Bardot. Notes de lecture.
74 / Viols et abus sexuels avec usage de stupéfiants Traitement avec la PTR Gérald Brassine. Notes de lecture.
QUIPROQUO
84 / Difficile. S. Colombo, Muhuc.
BONJOUR ET APRÈS...
88 / Madeleine. Sa vie bouleversée après les soins d’un cancer. Sophie Cohen.
CULTURE MONDE
92 / Au Vietnam, dans la chambre des âmes. Sylvie Le Pelletier-Beaufond.
LIVRES EN BOUCHE
96 / J. Betbèze, S. Cohen.
Illustrations du numéro: Mikhael Allouche et Ana Waalder.
Dans cet album, il est question d’un certain M. Gouevo, un homme sans visage,en quête de ses origines. Les recherches qu’il entreprend vont lui permettre de « guérir de la Shoah ». M. Gouevo se situe dans une histoire familiale lacunaire. Ne restent que la douleur et des bribes d’histoire racontées par quelques descendants. Il ressent l’urgence de faire émerger les transmissions invisibles.
On trouve dans ce récit un enfant caché, qui raconte certains faits et en occulte beaucoup d’autres malgré lui. Puis des membres de la génération d’après-guerre, que l’on appelle la deuxième génération ; ceux-là sont dans l’incapacité de transmettre quoi que ce soit, par ignorance et refoulement.
Ainsi M. Gouevo, à l’image de ceux de la troisième génération, est prisonnier de la non-transmission du récit familial, la Shoah les ayant occultés, même ceux des origines d’avant-guerre.
Peu à peu il recompose son histoire filiale. Il participe à des groupes de parole, effectue des recherches dans les archives familiales (photos et témoignages) et dans de grands centres d’archives dont Mikhaël Allouche nous rappelle combien ces lieux sont précieux. Nous assistons à la production d’un « récit alternatif ». L’introduction du personnage historique, en la personne de Sinan le pirate, permet de sortir d’une position victimaire pour aller vers une posture active. Explications et éléments de réponses à travers l’interview menée auprès des deux auteurs.
- Sophie Cohen : « Mikhaël, que veux-tu dire avec le dessin ? Quel est ton langage ?
- Mikhaël Allouche : La bande dessinée est l’art de l’invisible. Les cases ne montrent que des morceaux d’un monde potentiellement immense. Quant au rapport texte-images, il y a comme une double narration qui s’entre- mêle, se répond, se télescope ou s’affronte. Le médium BD est une forme parfaite pour ex- primer la difficulté d’une quête introspective. J’ai voulu un dessin sans fioritures, avec une mise en scène percutante et un rythme rapide, afin de permettre une lecture immersive qui bouscule et questionne. Au début de la BD, M. Gouevo avait mon visage. Mais au fil du temps, il nous est apparu essentiel d’effacer ce visage, afin d’exprimer la perte de repères et la quête identitaire. M. Gouevo croit tout savoir mais ne sait rien, comme beaucoup de la troisième génération dans les familles traversées par la Shoah que nous avons rencontrées. Ain- si nous voulions restituer l’universalité de cette recherche à travers le temps, de cette histoire dans l’Histoire.
- S.C. : Que vient nous dire le pirate Sinan : personnage réel et historique ?
- Ana Waalder : Il faut d’abord resituer ce pirate dans son époque. Historiquement il se faisait appeler “Sinan Le Juif”. Ses parents seraient nés en Espagne et auraient subi les persécutions de l’Inquisition. Quand ils dé- barquent à Smyrne, dans l’Empire ottoman, c’est une nouvelle vie, et lorsque Sinan devient pirate, il se range au côté de Barberousse, corsaire ottoman, et participe à l’extension de l’Empire sur la Méditerranée. Ce qui nous a intéressés chez Sinan : il n’a pas renié ses origines, il est ancré dans son identité, en mouvement, malgré les horreurs vécues pendant l’Inquisition. Sinan incarne l’épisode de la reconstruction des juifs après leur expulsion d’Espagne en 1492. C’est un modèle de résurgence après un trauma.
- M.A. : Dans la BD, il hante M. Gouevo pour l’enjoindre de retisser les liens familiaux, d’affronter les faits historiques, et enraciner son arbre dans les mondes perdus d’avant-guerre. Sinan est une figure positive. Il parvient jusqu’à M. Gouevo pour lutter contre la disparition. Celle des fantômes familiaux dont il ne reste ni visages, ni noms, ni mémoire ; ou encore celle de la culture judéo-espagnole passée, effacée.
- A.W. : Par ailleurs, le travail journalistique fait d’interviews menées avec des historiens, des psychologues et des sociologues nous a permis de mieux comprendre le processus par lequel nous passions, d’appréhender les politiques mé- morielles actuelles, et de prendre conscience de l’urgence de ce travail de mémoire. Le titre “Gué- rir de la Shoah” indique la possibilité de se réap- proprier l’histoire, d’affronter les faits et les lieux, et d’appréhender le monde d’aujourd’hui pour libérer les membres de la quatrième génération de la terreur dont ils héritent. Il y a urgence, car le temps rend la connaissance des histoires familiales plus difficile. Guérir, c’est pouvoir raconter un récit cohérent et y faire face. Il s’agit de sortir du brouillard lié à l’émotion traumatique, susci- tée par une absence de récit, un récit lacunaire, et des transmissions invisibles.
- M.A. : Dès le début de cette enquête, la ques- tion a été comment affronter l’histoire au pré- sent quand on a la Shoah en héritage ? Il s’agit d’effectuer un parcours de réparation intergéné- rationnelle. Nous sommes actuellement dans un monde complexe et les maux de la Shoah sont très présents. Les références à cet événement hors norme sont partout aujourd’hui, alors la nécessaire guérison passe certainement par la co-construction d’un récit commun à tous.
- A.W. : La BD questionne le rapport à l’Histoire et à la mémoire, la façon dont le présent est éclairé par le passé. En ce sens, il s’agit bien de l’histoire collective, l’histoire de tous. Nous tentons d’esquisser les nouvelles orientations mémorielles qui se mettent en place, allant vers moins de mémoire, et plus d’histoires.
- S.C. : De mon point de vue, cet ouvrage permet comme de clôturer, d’achever une gestalt restée inaboutie. C’est cet achèvement qui permet de sortir du traumatisme. La BD relate l’ensemble du processus de guérison. Le lecteur qui s’identifie à M. Gouevo peut passer du niveau où toute représentation cohérente est impossible, pour aller vers un niveau où le récit est construit et l’histoire assimilée. Mikhaël, je te propose de parler de quelques images. Que peux-tu dire de la couverture ?
- M.A. : Sur la couverture, on y voit des orties. C’est une référence aux orties qui poussent au pied des pins à Sobibór. Normalement les orties ne poussent pas à cet endroit, mais la présence de restes humains a modifié le pH de la terre. Quatre-vingts ans après, ils n’ont pas totalement disparu. Au centre de la planche, entre deux mains, une case vide qui nous éblouit... comme cette histoire aveuglante que l’on ne veut pas oublier, mais qu’on ne peut jamais regarder en face.
- S.C. : Quelle signification ont les arbres représentés au long de l’ouvrage ?
- M.A. : Il y a le sapin de l’enfance de ma mère, les pins en Pologne, l’arbre généalogique... Quand tous s’entremêlent, il est bien difficile de faire son chemin.
- S.C. : Quel rôle donnes-tu aux couleurs ?
- M.A. : Elles sont très vives, nous voulions éviter les couleurs ternes trop convenues pour ce sujet. Ici elles stimulent le regard, le font réfléchir. Dans réfléchir, on entend le sens premier : penser, et le deuxième sens : celui de refléter. Ces couleurs permettent à la lecture de rebondir.
Les couleurs vives sont aussi celles de l’actualité. Ce n’est pas une BD de genre à classer dans les BD dites historiques. Nous avons voulu raconter comment ce passé ne passe toujours pas. C’est bien une BD du présent. »
Chers lecteurs de la Revue, vous l’aurez compris, il s’agit ici d’un grand coup de cœur que je tiens à partager avec vous.
Mikhaël Allouche est scénariste et dessinateur de bandes dessinées. Il est également le fondateur de l’école de bande dessinée Cesan (Centre d’études spécialisé des arts narratifs).
Ana Waalder est journaliste de presse écrite, spécialisée dans les sujets de société et scénariste BD. Ils sont les auteurs d’une première BD conçue ensemble, sur le diabète, « Escroqueuse. Quand l’hypo frappe », parue en 2021 aux éditions Delcourt.
Les auteurs seront en conférence au Mémorial de la Shoah le 1 février et en dédicace à la Fnac de La Défense le 7 février.
Vous pouvez aussi les rencontrer lors du café littéraire Aki Estamos au Centre Medem le 22 mars.
Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80: Fev. / Mars / Avril. 2026. TRAUMATISMES.
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°80…
6 / Éditorial : L’importance d’aller dans le sens de la résistance Julien Betbèze.
8 / En couverture : Mikhaël Allouche & Ana Waalder. Le récit alternatif Interview par Sophie Cohen.
12 / Faire face à une situation réputée difficile Donner du temps au temps Jacques-Antoine Malarewicz.
20 / Le vide, l’inspiration, la vacuité. Exemples d’intervention en thérapie systémique et stratégique brève. Nathalie Koralnik.
30 / Deuil en thérapie narrative. « Bonjour Papi Georges » Stéphanie Robert.
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
40 / Introduction Gérard Ostermann.
44 / La perte en gériatrie. Miroir d’un effondrement psychique. Johanna Rabinovici.
DOSSIER TRAUMATISMES
55 / Levée d’amnésie traumatique.« Ranger sa bibliothèque lorsque les souvenirs reviennent ». Cécile Condaminas. Notes de lecture.
62 / Endométriose post-traumatique Libérer les sujets du pouvoir du monde traumatique avec la TLMR. Éric Bardot. Notes de lecture.
74 / Viols et abus sexuels avec usage de stupéfiants Traitement avec la PTR Gérald Brassine. Notes de lecture.
QUIPROQUO
84 / Difficile. S. Colombo, Muhuc.
BONJOUR ET APRÈS...
88 / Madeleine. Sa vie bouleversée après les soins d’un cancer. Sophie Cohen.
CULTURE MONDE
92 / Au Vietnam, dans la chambre des âmes. Sylvie Le Pelletier-Beaufond.
LIVRES EN BOUCHE
96 / J. Betbèze, S. Cohen.
Illustrations du numéro: Mikhael Allouche et Ana Waalder.
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