- Quelles sont les questions pouvant guider une séance de mouvements alternatifs ?
- Le questionnement narratif en alcoologie. Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
- Le questionnement en thérapie du lien et des mondes relationnels. Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
- Questionner un lombalgique. Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
- Que ressentez-vous maintenant dans le corps ? Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
- Percevoir les ressources, malgré tout, en orientation solutions. Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
- «Il nous faudrait un miracle». Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
- Le questionnement dans le modèle de Bruges. Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
- Le questionnement stratégique de Palo Alto. Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
- Comment pourriez-vous aller plus mal ? Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
- Sur le chemin du pardon: stratégies pour faire la paix avec le passé. Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
- Le questionnement stratégique. Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
- Le questionnement thérapeutique. Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
- Le questionnement, outil de relation et de coopération. Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
- Le récit alternatif: MIKHAËL ALLOUCHE & ANA WAALDER, illustrateurs de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80.
Que ressentez-vous maintenant dans le corps ? Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
« VIENS, J’T’EMMÈNE AU VENT… ». LILIANA FODOREAN ET CATHERINE GENTRIC.
Embarquons dans ce voyage du questionnement dans l’hypnose de l’acceptation. Nous avons déjà été équipières : la mer, le golfe de Gascogne, l’Espagne au loin, le voilier, les manoeuvres, l’espoir commun d’arriver à bon port... Avec des vignettes cliniques pour illustrer l’importance de l’acceptation des ressentis émotionnels pour se réassocier et voguer vers la liberté.
« Le curieux paradoxe, c’est que lorsque je m’accepte tel que je suis, alors je peux changer. » Carl Rogers
La pensée d’Alain Vallée était orientée vers la vie, comme tout bon marin il allait chercher le vent, pour avancer. Son idée en thérapie était de mobiliser le vivant. Il affûtait ses questions pour accueillir l’autre en être humain et non comme un sujet malade réduit à ses symptômes. Construire une relation sécure, être sensible aux résonances de la plainte sur le ressenti du thérapeute qu’il était, tout comme il était sensible aux bruits du vent dans la voile, à son allure pour l’ajuster.
Le questionnement dans l’hypnose de l’acceptation permet-il le changement, la mise en marche ? Abordons dès maintenant le processus de ces questions : elles nous permettront d’avoir accès vite, très vite, au monde du patient, à ses peurs, à ses inhibitions, mais aussi au moindre frémissement qui pourrait donner accès au changement. Toutefois si l’état d’absorption est proposé alors que la nécessité de changer n’est pas établie, que l’objectif n’est pas défini, que le thérapeute n’a pas montré qu’il soutenait la position du patient, le résultat risque d’être modeste. Le questionnement invite le thérapeute et le patient à naviguer ensemble mais sur quelles mers ? Quelle sensation, maintenant, à l’intérieur ? « Tout ce qui se présente à nos sens est parfait, achevé », écrivait Spinoza. Je n’ai aucun pouvoir sur le fonctionnement naturel du corps dans lequel je vis, je suis donc contraint de l’accepter.
Pour Alain Vallée, il était essentiel de présenter une vision pragmatique et cohérente donnant toute sa place à l’intelligence du corps et à une sagesse de la vie et à celle du laisser s’écouler la sensation de l’émotion : pratique minimaliste, nommée « méditation corporelle » ou encore « hypnose de l’acceptation » ou « laisser vivre ». Il est question de questions, alors questionnons-nous !
- Catherine : « Liliana, cette expérience de minimalisme, comment la raconterais-tu maintenant ?
- Liliana : Une des questions centrales dans l’hypnose de l’acceptation est : “ça se passe où, maintenant à l’intérieur ?” Cela met d’emblée le corps au centre de la relation thérapeutique et quoi de mieux que ces sensations pour induire une transe d’hypnose ? » Afin de créer la nécessité du changement, Alain Vallée demandait : « Imaginez que votre problème se poursuit et se renforce à chaque fois, qu’allez-vous devenir ? » Il ne s’agit pas de bousculer le patient mais de verbaliser le fantasme existant dans son imaginaire (la flèche du pire) : « Si cela se poursuit, quelle est la pire chose qui peut vous arriver ? » Autre exemple : « Quand vous voyez cette personne que vous allez devenir (enfermée seule chez elle, une poubelle de la société) là, dans ma main, comme sur un écran, qu’est-ce que ça fait maintenant à l’intérieur ? ». Ou encore : « Et sur une échelle de 1 à 10, l’intensité de cette sensation est à combien maintenant ? » La tension est maximale, la nécessité de changer est une évidence ! L’alliance est renforcée par la création d’un mandat : « Est-ce que je peux comprendre qu’une fois cette sensation désagréable apaisée ce sera, dans un premier temps, un grand pas pour vous ? Sans oublier ce qui vous amène, bien sûr. » Ou : « Est-ce que le problème serait le même s’il n’y avait pas cette sensation ? » L’objectif de la séance est maintenant de tenir compte de cette sensation désagréable contre laquelle nous avons tendance à lutter. Une patiente adressée par le médecin de la consultation douleur pour un syndrome d’intestin irritable. Son mari s’est pendu dans un contexte d’échec professionnel et d’alcoolisme.
Première consultation
- Patiente : « Je me sens coupable.
- Thérapeute : C’est où dans le corps, maintenant ?
- P. : Dans la poitrine comme un poignard.
- Th. : Pouvez-vous l’observer comme un objet curieux sans tenter de vous en débarrasser ? En toute sécurité comme si une partie de vous est à côté et observe...
Puis l’accompagnement hypnotique...
- Th. : Quelle sensation, maintenant à l’intérieur ?... » Sans verbe pour rester dans l’absorption et supprimer toute velléité inconsciente d’intervenir. Progressivement le poignard change de forme, de poids, de température, se déplace au niveau de la tête et des épaules, c’est un peu plus facile, plus léger.
Séance suivante.
La patiente décrit avec surprise la nette diminution du sentiment de culpabilité, mais il reste l’image traumatique de l’avoir trouvé dans le garage. C’est alors que je propose l’EMDR qui permet de transformer la pensée traumatique : « est-ce de ma faute ? » en « je n’y peux rien, c’est le destin ».
Troisième et dernier entretien.
Elle va mieux, les cauchemars ont disparu et les douleurs d’intestin irritable ont nettement diminué. Cette prise en charge « minimaliste » permet de réparer aussi ce qui traverse le temps, l’émotion cristallisée dans le passé et projetée dans l’avenir. Autre patiente pour laquelle l’hypnose de l’acceptation a permis la résolution de sa plainte en trois séances. Devant le groupe ou face à l’autorité (sa directrice), elle perd tous ses moyens : un état de figement s’installe, comme une paralysie mentale allant jusqu’à l’incapacité de parler. Elle a une histoire de père autoritaire et des conflits avec ses soeurs.
- Th. : « Quand vous évoquez cette situation, c’est où maintenant dans le corps ?
- P. : Ici dans la poitrine.
- Th. : Combien sur une échelle de 0 à 10 ?
- P. : 8. - Th. : Si on arrivait déjà à calmer cette sensation, est-ce que cela serait plus facile pour vous ?
Lors de l’entretien suivant, elle décrit une situation concrète avec la directrice. En reprenant le questionnement de l’hypnose de l’acceptation, avec lequel elle est maintenant familiarisée, et après avoir obtenu l’équilibre, nous allons faire un pont avec toutes les situations de rejets vécues dans sa vie passée et future.
- Th. : « Pendant que votre attention reste en contact avec cette sensation d’apaisement dans la poitrine, pourriez-vous faire venir le film de chaque moment de rejet ressenti dans le passé, qu’il y ait un lien avec le problème ou non ? Si une agitation arrive, contentez-vous de l’observer respectueusement, de laisser vivre, comme vous savez déjà le faire...
- Th. : Laissez venir maintenant la remémoration de chaque peur et tout ce qui pourrait se produire dans votre futur, en lien avec le problème ou pas. » Au dernier entretien elle raconte comment elle a défendu sa place auprès de la directrice, et nous avons ancré en hypnose la sensation d’apaisement. Une patiente souffrant d’acouphène et d’hyperacousie (la prise en charge stagne). Elle décrit une peur panique de son prochain rendez-vous chez le dentiste car les bruits seront insupportables, elle craint de lourdes conséquences (majoration des acouphènes pendant des mois). En hypnose elle voit la salle d’attente du dentiste.
- Th. : « Quelle sensation à l’intérieur, maintenant ?
- P. : Une boule qui serre la gorge. » Nous l’observons tranquillement jusqu’à sa disparition. Une autre boule de calme se présente à l’intérieur de laquelle elle s’installe pour observer la séance de soin dentaire. Cette expérience de compétence lui a permis de changer de position face à la souffrance produite par les acouphènes et de sortir de la plainte.
- Liliana : « Catherine, comment le questionnement de l’hypnose de l’acceptation peut-il être utile pour créer la sécurité ? En quoi l’évaluation de cette sécurité dans la relation thérapeutique te semble-t-elle nécessaire ?
- Catherine : Nous embarquons ensemble. La sécurité vaut pour le patient et aussi pour le soignant (le gilet de sauvetage). Tout comme nous ne sommes pas prêts à prendre la mer avec n’importe qui, le patient a, de mon point de vue, besoin de savoir à qui il a affaire et le thérapeute également. À la première rencontre, ma question est simple : “êtes-vous d’accord pour que nous fassions connaissance ?” Je décris alors mon parcours professionnel. Beaucoup de personnes qui viennent nous voir ont un passé de troubles de l’attachement, de carences, de troubles dissociatifs, conséquences d’accidents de vie, elles peuvent être des handicapées de la relation, il suffit quelquefois d’une seule rencontre de type hypnotique pour introjecter un lien de sécurité ou plusieurs. Il peut arriver que l’autonomie ne soit jamais obtenue, nous dit Alain Vallée : “Toute intervention, par exemple de mise en protection, ne peut avoir d’autres visées que de changer les possibles de l’avenir, jamais l’actuel ne se conjugue avec le passé.” »
Nous mettons les voiles ! Mais nous sommes contraints de tenir compte de la météo. Skipper et équipier vont essayer de trouver l’harmonie pour que cela avance, sceller l’alliance thérapeutique, cette sécurité. Cette alliance va passer par les questions adaptées pour obtenir une description de la situation, cette description comprend la ratification puis la mise en tension, la nécessité de changement, l’objectif et le mandat, comme tu viens de le décrire. Swami Prajnanpad exprime que si l’émotion diminue l’homme, le sentiment l’augmente. Le sentiment s’accompagne de la conscience d’agentivité (le sentiment d’être à la hauteur de ses propres actions), elle correspond à la perception de soi comme source de l’initiative, comme acteur du monde et non comme simples spectateurs des événements.
Pour lire la suite du Hors-Série 20 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves sur les Questionnements Thérapeutiques....
Dr LILIANA FODOREAN
Médecin hypnothérapeute. Enseignante en hypnose médicale à ARePTA-Institut Milton Erichson Nantes, au diplôme universitaire hypnose thérapeutique de la Faculté de Nantes.
CATHERINE GENTRIC
Infirmière au CHU de Nantes (service psychiatrie, pédopsychiatrie, urgences), puis psychologue clinicienne. Formée à l’ARePTA en hypnose thérapeutique, thérapies brèves, ainsi que thérapies stratégiques, solutionnistes et narratives. Certifiée EMDR (formation avec David Servan-Schreiber). A exercé au CHU de Nantes, aux urgences médico-légales. En activité libérale à Pornic (Loire-Atlantique) actuellement.
Pour lire la suite du Hors-Série 20 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves. HS20 sur les Questionnements Thérapeutiques. 06 / Éditorial Le questionnement thérapeutique Favoriser le processus de créativité et faire émerger de nouvelles histoires J. Betbèze
08 / Avant-propos Le questionnement, outil de relation et de coopération W. Martineau
10 / En couverture Adrien Nuguet Le Tarot de la danse S. Cohen
12 / Questionnement stratégique J.-A. Malarewicz
22 / Sur le chemin du pardon Stratégies pour faire la paix avec le passé R. Milanese
34 / Comment pourriez-vous aller plus mal ? Une question paradoxale dans la dépression pour « regonfler les pneus et reprendre la route » P. Jeanne-Julien
44 / Le questionnement stratégique de Palo Alto N. Koralnik
56 / Le questionnement dans le modèle de Bruges M.-C. Cabié
66 / « Il nous faudrait un miracle » Spécificités du questionnement narratif dans la question miracle E. Malphettes
78 / Percevoir les ressources, malgré tout, en orientation solutions A. Zeman
93 / Que ressentez-vous maintenant dans le corps ? « Viens, j’t’emmène au vent… » L. Fodorean et C. Gentric
104 / Questionner un lombalgique chronique D. Megglé
114 / Le questionnement en TLMR De l’art de questionner à la transformation des mondes traumatiques E. Bardot
122 / Le questionnement narratif en alcoologie Quand l’histoire compte autant que la boisson G. Ostermann
138 / Quelles sont les questions pouvant guider une séance de mouvements alternatifs ? W. Martineau
Illustrations du numéro: Adrien NUGUET
« Le curieux paradoxe, c’est que lorsque je m’accepte tel que je suis, alors je peux changer. » Carl Rogers
La pensée d’Alain Vallée était orientée vers la vie, comme tout bon marin il allait chercher le vent, pour avancer. Son idée en thérapie était de mobiliser le vivant. Il affûtait ses questions pour accueillir l’autre en être humain et non comme un sujet malade réduit à ses symptômes. Construire une relation sécure, être sensible aux résonances de la plainte sur le ressenti du thérapeute qu’il était, tout comme il était sensible aux bruits du vent dans la voile, à son allure pour l’ajuster.
Le questionnement dans l’hypnose de l’acceptation permet-il le changement, la mise en marche ? Abordons dès maintenant le processus de ces questions : elles nous permettront d’avoir accès vite, très vite, au monde du patient, à ses peurs, à ses inhibitions, mais aussi au moindre frémissement qui pourrait donner accès au changement. Toutefois si l’état d’absorption est proposé alors que la nécessité de changer n’est pas établie, que l’objectif n’est pas défini, que le thérapeute n’a pas montré qu’il soutenait la position du patient, le résultat risque d’être modeste. Le questionnement invite le thérapeute et le patient à naviguer ensemble mais sur quelles mers ? Quelle sensation, maintenant, à l’intérieur ? « Tout ce qui se présente à nos sens est parfait, achevé », écrivait Spinoza. Je n’ai aucun pouvoir sur le fonctionnement naturel du corps dans lequel je vis, je suis donc contraint de l’accepter.
Pour Alain Vallée, il était essentiel de présenter une vision pragmatique et cohérente donnant toute sa place à l’intelligence du corps et à une sagesse de la vie et à celle du laisser s’écouler la sensation de l’émotion : pratique minimaliste, nommée « méditation corporelle » ou encore « hypnose de l’acceptation » ou « laisser vivre ». Il est question de questions, alors questionnons-nous !
- Catherine : « Liliana, cette expérience de minimalisme, comment la raconterais-tu maintenant ?
- Liliana : Une des questions centrales dans l’hypnose de l’acceptation est : “ça se passe où, maintenant à l’intérieur ?” Cela met d’emblée le corps au centre de la relation thérapeutique et quoi de mieux que ces sensations pour induire une transe d’hypnose ? » Afin de créer la nécessité du changement, Alain Vallée demandait : « Imaginez que votre problème se poursuit et se renforce à chaque fois, qu’allez-vous devenir ? » Il ne s’agit pas de bousculer le patient mais de verbaliser le fantasme existant dans son imaginaire (la flèche du pire) : « Si cela se poursuit, quelle est la pire chose qui peut vous arriver ? » Autre exemple : « Quand vous voyez cette personne que vous allez devenir (enfermée seule chez elle, une poubelle de la société) là, dans ma main, comme sur un écran, qu’est-ce que ça fait maintenant à l’intérieur ? ». Ou encore : « Et sur une échelle de 1 à 10, l’intensité de cette sensation est à combien maintenant ? » La tension est maximale, la nécessité de changer est une évidence ! L’alliance est renforcée par la création d’un mandat : « Est-ce que je peux comprendre qu’une fois cette sensation désagréable apaisée ce sera, dans un premier temps, un grand pas pour vous ? Sans oublier ce qui vous amène, bien sûr. » Ou : « Est-ce que le problème serait le même s’il n’y avait pas cette sensation ? » L’objectif de la séance est maintenant de tenir compte de cette sensation désagréable contre laquelle nous avons tendance à lutter. Une patiente adressée par le médecin de la consultation douleur pour un syndrome d’intestin irritable. Son mari s’est pendu dans un contexte d’échec professionnel et d’alcoolisme.
Première consultation
- Patiente : « Je me sens coupable.
- Thérapeute : C’est où dans le corps, maintenant ?
- P. : Dans la poitrine comme un poignard.
- Th. : Pouvez-vous l’observer comme un objet curieux sans tenter de vous en débarrasser ? En toute sécurité comme si une partie de vous est à côté et observe...
Puis l’accompagnement hypnotique...
- Th. : Quelle sensation, maintenant à l’intérieur ?... » Sans verbe pour rester dans l’absorption et supprimer toute velléité inconsciente d’intervenir. Progressivement le poignard change de forme, de poids, de température, se déplace au niveau de la tête et des épaules, c’est un peu plus facile, plus léger.
Séance suivante.
La patiente décrit avec surprise la nette diminution du sentiment de culpabilité, mais il reste l’image traumatique de l’avoir trouvé dans le garage. C’est alors que je propose l’EMDR qui permet de transformer la pensée traumatique : « est-ce de ma faute ? » en « je n’y peux rien, c’est le destin ».
Troisième et dernier entretien.
Elle va mieux, les cauchemars ont disparu et les douleurs d’intestin irritable ont nettement diminué. Cette prise en charge « minimaliste » permet de réparer aussi ce qui traverse le temps, l’émotion cristallisée dans le passé et projetée dans l’avenir. Autre patiente pour laquelle l’hypnose de l’acceptation a permis la résolution de sa plainte en trois séances. Devant le groupe ou face à l’autorité (sa directrice), elle perd tous ses moyens : un état de figement s’installe, comme une paralysie mentale allant jusqu’à l’incapacité de parler. Elle a une histoire de père autoritaire et des conflits avec ses soeurs.
- Th. : « Quand vous évoquez cette situation, c’est où maintenant dans le corps ?
- P. : Ici dans la poitrine.
- Th. : Combien sur une échelle de 0 à 10 ?
- P. : 8. - Th. : Si on arrivait déjà à calmer cette sensation, est-ce que cela serait plus facile pour vous ?
Lors de l’entretien suivant, elle décrit une situation concrète avec la directrice. En reprenant le questionnement de l’hypnose de l’acceptation, avec lequel elle est maintenant familiarisée, et après avoir obtenu l’équilibre, nous allons faire un pont avec toutes les situations de rejets vécues dans sa vie passée et future.
- Th. : « Pendant que votre attention reste en contact avec cette sensation d’apaisement dans la poitrine, pourriez-vous faire venir le film de chaque moment de rejet ressenti dans le passé, qu’il y ait un lien avec le problème ou non ? Si une agitation arrive, contentez-vous de l’observer respectueusement, de laisser vivre, comme vous savez déjà le faire...
- Th. : Laissez venir maintenant la remémoration de chaque peur et tout ce qui pourrait se produire dans votre futur, en lien avec le problème ou pas. » Au dernier entretien elle raconte comment elle a défendu sa place auprès de la directrice, et nous avons ancré en hypnose la sensation d’apaisement. Une patiente souffrant d’acouphène et d’hyperacousie (la prise en charge stagne). Elle décrit une peur panique de son prochain rendez-vous chez le dentiste car les bruits seront insupportables, elle craint de lourdes conséquences (majoration des acouphènes pendant des mois). En hypnose elle voit la salle d’attente du dentiste.
- Th. : « Quelle sensation à l’intérieur, maintenant ?
- P. : Une boule qui serre la gorge. » Nous l’observons tranquillement jusqu’à sa disparition. Une autre boule de calme se présente à l’intérieur de laquelle elle s’installe pour observer la séance de soin dentaire. Cette expérience de compétence lui a permis de changer de position face à la souffrance produite par les acouphènes et de sortir de la plainte.
- Liliana : « Catherine, comment le questionnement de l’hypnose de l’acceptation peut-il être utile pour créer la sécurité ? En quoi l’évaluation de cette sécurité dans la relation thérapeutique te semble-t-elle nécessaire ?
- Catherine : Nous embarquons ensemble. La sécurité vaut pour le patient et aussi pour le soignant (le gilet de sauvetage). Tout comme nous ne sommes pas prêts à prendre la mer avec n’importe qui, le patient a, de mon point de vue, besoin de savoir à qui il a affaire et le thérapeute également. À la première rencontre, ma question est simple : “êtes-vous d’accord pour que nous fassions connaissance ?” Je décris alors mon parcours professionnel. Beaucoup de personnes qui viennent nous voir ont un passé de troubles de l’attachement, de carences, de troubles dissociatifs, conséquences d’accidents de vie, elles peuvent être des handicapées de la relation, il suffit quelquefois d’une seule rencontre de type hypnotique pour introjecter un lien de sécurité ou plusieurs. Il peut arriver que l’autonomie ne soit jamais obtenue, nous dit Alain Vallée : “Toute intervention, par exemple de mise en protection, ne peut avoir d’autres visées que de changer les possibles de l’avenir, jamais l’actuel ne se conjugue avec le passé.” »
Nous mettons les voiles ! Mais nous sommes contraints de tenir compte de la météo. Skipper et équipier vont essayer de trouver l’harmonie pour que cela avance, sceller l’alliance thérapeutique, cette sécurité. Cette alliance va passer par les questions adaptées pour obtenir une description de la situation, cette description comprend la ratification puis la mise en tension, la nécessité de changement, l’objectif et le mandat, comme tu viens de le décrire. Swami Prajnanpad exprime que si l’émotion diminue l’homme, le sentiment l’augmente. Le sentiment s’accompagne de la conscience d’agentivité (le sentiment d’être à la hauteur de ses propres actions), elle correspond à la perception de soi comme source de l’initiative, comme acteur du monde et non comme simples spectateurs des événements.
Pour lire la suite du Hors-Série 20 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves sur les Questionnements Thérapeutiques....
Dr LILIANA FODOREAN
Médecin hypnothérapeute. Enseignante en hypnose médicale à ARePTA-Institut Milton Erichson Nantes, au diplôme universitaire hypnose thérapeutique de la Faculté de Nantes.
CATHERINE GENTRIC
Infirmière au CHU de Nantes (service psychiatrie, pédopsychiatrie, urgences), puis psychologue clinicienne. Formée à l’ARePTA en hypnose thérapeutique, thérapies brèves, ainsi que thérapies stratégiques, solutionnistes et narratives. Certifiée EMDR (formation avec David Servan-Schreiber). A exercé au CHU de Nantes, aux urgences médico-légales. En activité libérale à Pornic (Loire-Atlantique) actuellement.
Pour lire la suite du Hors-Série 20 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves. HS20 sur les Questionnements Thérapeutiques. 06 / Éditorial Le questionnement thérapeutique Favoriser le processus de créativité et faire émerger de nouvelles histoires J. Betbèze
08 / Avant-propos Le questionnement, outil de relation et de coopération W. Martineau
10 / En couverture Adrien Nuguet Le Tarot de la danse S. Cohen
12 / Questionnement stratégique J.-A. Malarewicz
22 / Sur le chemin du pardon Stratégies pour faire la paix avec le passé R. Milanese
34 / Comment pourriez-vous aller plus mal ? Une question paradoxale dans la dépression pour « regonfler les pneus et reprendre la route » P. Jeanne-Julien
44 / Le questionnement stratégique de Palo Alto N. Koralnik
56 / Le questionnement dans le modèle de Bruges M.-C. Cabié
66 / « Il nous faudrait un miracle » Spécificités du questionnement narratif dans la question miracle E. Malphettes
78 / Percevoir les ressources, malgré tout, en orientation solutions A. Zeman
93 / Que ressentez-vous maintenant dans le corps ? « Viens, j’t’emmène au vent… » L. Fodorean et C. Gentric
104 / Questionner un lombalgique chronique D. Megglé
114 / Le questionnement en TLMR De l’art de questionner à la transformation des mondes traumatiques E. Bardot
122 / Le questionnement narratif en alcoologie Quand l’histoire compte autant que la boisson G. Ostermann
138 / Quelles sont les questions pouvant guider une séance de mouvements alternatifs ? W. Martineau
Illustrations du numéro: Adrien NUGUET
Catégories: Hypnose Paris,EMDR,Thérapie Brève Paris
Percevoir les ressources, malgré tout, en orientation solutions. Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
ARNAUD ZEMAN.
« Lorsque le patient est pris dans l’espace problème, il se dissocie et ne perçoit plus ses ressources », nous dit ici l’auteur. Tout l’enjeu pour le thérapeute sera alors de faire entrevoir au patient l’espace solutions, où il pourra renouer avec ses ressources. La stratégie consiste à le réassocier dans la relation et l’installer dans une nouvelle vision de lui-même, en usant de formules leviers comme « si je vous comprends bien... » et le « malgré tout... ».
En thérapies brèves systémiques, on distingue deux ensembles, ou deux groupes, que l’on appelle également « espaces » : l’espace problème et l’espace solutions. Les deux espaces peuvent être conçus comme n’ayant que très peu de lien ou de surface en commun. Il est possible également de percevoir ces deux espaces comme étant structurés par deux logiques différentes. Afin de préciser de quelle logique il est question, il est possible de distinguer l’espace problème comme étant structuré par des processus de type dissociatif où le sujet ne parvient plus à se réassocier, où il est entièrement capté par le problème et ne parvient pas à s’en dégager. Ce que nous enseigne le travail de Julien Betbèze, c’est que, le plus souvent, le sujet lutte contre le problème, mais comme il le perçoit comme constitutif de son identité, le sujet en vient à lutter contre lui-même :
1. lutte contre ses ressentis sensoriels en rapport avec le problème ;
2. lutte par la pensée sous forme de ruminations ;
3. lutte par les actions sous la forme de gestes automatiques qu’il ne reconnaît pas comme son initiative propre.
Le plus souvent, cette lutte épuise le sujet, et il finit par se sentir seul au monde, isolé par les effets du problème dans sa vie, il a le sentiment de faire l’expérience d’une vie où personne ne le comprend, ou bien celle d’une vie où personne ne parvient à le rejoindre.
L’autre espace est caractérisé par une tout autre logique. Cet espace est structuré par des processus de dés-association et de réassociation. Dans les moments de dés-association, le sujet parvient à mobiliser ses ressources relationnelles, afin de surmonter les problèmes qu’il rencontre. Pour y parvenir, se met en place un processus plus ou moins volontaire : le sujet puise dans ses expériences passées (comme des apprentissages, par exemple) et trouve analogiquement une manière constructive de surmonter le problème. Lorsque la situation est bloquée, il perçoit qu’il peut mobiliser un tiers dans son environnement proche (tiers soutien) ou un tiers internalisé (tiers sécure, par exemple) afin de la débloquer.
La force de cette conception est de ne pas confondre ce qui relève du problème de ce qui relève des solutions. Cela constitue alors un levier, comme un pied-de-biche, qui parviendrait à soulever le lourd fardeau que constitue le problème afin de percevoir, en dessous, certaines exceptions à ce problème, qui constituent l’espace solutions. En cela, toutes les approches des thérapies brèves sont orientées vers les solutions, y compris les approches stratégiques et narratives. Concrètement, en thérapie, le thérapeute peut poser des questions sur ces deux espaces distincts, en sachant dans quel espace il se situe et s’oriente.
Les questions sur l’espace problème sont connues :
- Quel est le problème ?
- Depuis quand est-il apparu ?
- Comment se manifeste-t-il ? etc. Il est d’ailleurs conseillé d’explorer l’espace problème avant de passer à l’espace solutions de manière à ce que le patient se sente compris et entendu. On prend donc soin de délimiter le territoire du problème ou de la plainte, d’en repérer les frontières et de restituer les différents thèmes qu’a pu exprimer le sujet en introduisant la question par une formule introductive comme « si je comprends bien... ». Dans un second temps, les questions vont porter sur l’espace solutions (que l’on peut appeler « espace ressources » également), en utilisant un articulateur, ce puissant levier, mis en évidence par Alain Vallée, qui est le « malgré tout ».
Cela donne : « sans oublier ce qui vous amène et l’ensemble des problèmes que vous avez décrit, malgré tout... »
- Comment parvenez-vous à faire face ?
- Quelles sont les situations actuelles qui se passent bien, même minimes ?
- Quelles sont les choses qui fonctionnent encore ? Par exemple, dans une séance de thérapie, un père de famille séparé de sa femme explique qu’il n’a plus goût à rien, qu’il déprime et qu’il ne sait plus quoi faire. Voici le dialogue qui s’amorce :
- Thérapeute : « Sans oublier les difficultés que vous me décrivez, quelles sont les petites choses que vous parvenez à faire, malgré tout ?
- Patient : Parfois je me force, j’arrive à me mettre à faire à manger pour mes enfants quand ils sont chez moi.
- Th. : Pouvez-vous me décrire ce moment ? » Dans les approches orientées solutions, le thérapeute va chercher à poser majoritairement des questions sur l’espace solutions, l’espace dans lequel il existe des exceptions au problème que le patient traverse. Toutefois, une question du thérapeute dans l’espace solutions peut obtenir une réponse du patient dans l’espace problème.
- Th. : « Pouvez-vous me décrire ce moment d’exception (question du thérapeute sur l’espace solutions) ?
- P. : Je crois que ça va être difficile, tant je souffre actuellement de cette séparation (réponse du patient dans l’espace problème) ? L’enjeu est de ne pas se décourager, de bien percevoir où se situe la réponse et de reprendre tranquillement :
- Th. : Je comprends que la séparation soit particulièrement difficile pour vous. Si vous me le permettez, je serais toutefois très intéressé d’apprendre ce qui se passe quand vous êtes dans ce moment d’exception ? » Cette distinction des deux espaces, l’un ressource, l’autre problème, suppose de définir ce que l’on entend par le terme de « ressource ». En effet, qu’est-ce qu’une ressource ? La ressource est une expérience vécue du sujet telle qu’elle a contribué à construire la vie du sujet. Cette construction s’est nécessairement faite à partir de la relation. Il en est ainsi dans la transmission et dans les apprentissages, par exemple. Cette démarche peut être illustrée par le travail avec un patient de 45 ans qui est avocat et qui souffre d’un fort sentiment de manque de légitimité. Il est en arrêt maladie depuis plusieurs mois pour « burn-out » et il cherche à reprendre le travail sans retomber dans les travers du passé.
- P. : « J’ai des envies de reprendre le travail. Mais je me demande si c’est pour les bonnes raisons. Est-ce que ce ne serait pas parce que je m’ennuie ? Je me demande aussi si reprendre le travail est une bonne idée. Je me demande comment je le vivrais si ça devait ne pas bien se passer et que ce soit comme avant. Et il y a aussi la question de la légitimité : j’ai le sentiment de ne jamais me sentir légitime depuis que j’ai commencé mon travail d’avocat.
- Th. : Pouvez-vous m’en dire davantage sur la légitimité ? Cette question est intentionnellement orientée dans l’espace problème afin de rejoindre le patient dans sa perception singulière de la légitimité et également sur un registre affectif d’exploration personnelle de son expérience d’absence de légitimité.
- P. : Depuis que j’ai commencé mon métier d’avocat, j’ai le sentiment qu’il y a eu une course à la légitimité chez moi. Lors de ma première année d’exercice d’avocat, je ne me sentais pas légitime. Je n’ai pas fait des études de droit. J’avais fait Sciences Po et j’avais le sentiment d’avoir des lacunes. Ce sentiment est resté très longtemps. J’avais l’impression que les autres savaient et que, moi, je manquais de connaissances. Lorsque les gens me disaient que tout allait bien, lorsqu’on m’envoyait des signaux positifs de validation, je ne les entendais pas.
- Th. : Dites-moi si je me trompe : à vous entendre, vous semblez être dans la situation de quelqu’un qui aurait dû se sentir légitime, qui a fait tout pour l’être, qui a travaillé, qui a obtenu des résultats dans son travail, qui a été reconnu par ses pairs qui ont envoyé des signaux positifs de validation. Mais cette légitimité n’est jamais venue. Je me demandais simplement si cette légitimité ne vous aurait pas été confisquée ? »
Pour introduire cette question, le choix est fait de reprendre les thèmes évoqués par le patient et utiliser ses propres mots. La question repose sur l’intuition du thérapeute selon laquelle le patient se compare toujours à quelqu’un, une personne qu’il estime être plus compétente que lui, au-dessus de lui. Il s’agit d’une intuition ou d’une piste que le thérapeute explore à partir de sa propre expérience. La qualité de cette piste va dépendre, et dépendra toujours, de la réponse du patient. Autrement dit, lorsque le thérapeute est traversé par une intuition, l’important est de vérifier si elle déploie quelque chose chez le patient ou pas. Si ce n’est pas le cas, on peut tout aussi bien repartir sur un questionnement classique.
Pour lire la suite du Hors-Série 20 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves sur les Questionnements Thérapeutiques....
ARNAUD ZEMAN Psychologue clinicien. Psychologue en libéral. Psychologue en ITEP (Institut thérapeutique, éducatif et pédagogique). Formateur en hypnose ericksonienne à l’Institut Milton Erickson de Nantes (ARePTA), à la Faculté de Psychologie de Nantes et au DU d’Hypnose. Superviseur.
Commandez le HS 20 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves. 06 / Éditorial Le questionnement thérapeutique Favoriser le processus de créativité et faire émerger de nouvelles histoires J. Betbèze
08 / Avant-propos Le questionnement, outil de relation et de coopération W. Martineau
10 / En couverture Adrien Nuguet Le Tarot de la danse S. Cohen
12 / Questionnement stratégique J.-A. Malarewicz
22 / Sur le chemin du pardon Stratégies pour faire la paix avec le passé R. Milanese
34 / Comment pourriez-vous aller plus mal ? Une question paradoxale dans la dépression pour « regonfler les pneus et reprendre la route » P. Jeanne-Julien
44 / Le questionnement stratégique de Palo Alto N. Koralnik
56 / Le questionnement dans le modèle de Bruges M.-C. Cabié
66 / « Il nous faudrait un miracle » Spécificités du questionnement narratif dans la question miracle E. Malphettes
78 / Percevoir les ressources, malgré tout, en orientation solutions A. Zeman
93 / Que ressentez-vous maintenant dans le corps ? « Viens, j’t’emmène au vent… » L. Fodorean et C. Gentric
104 / Questionner un lombalgique chronique D. Megglé
114 / Le questionnement en TLMR De l’art de questionner à la transformation des mondes traumatiques E. Bardot
122 / Le questionnement narratif en alcoologie Quand l’histoire compte autant que la boisson G. Ostermann
138 / Quelles sont les questions pouvant guider une séance de mouvements alternatifs ? W. Martineau
Illustrations du numéro: Adrien NUGUET
En thérapies brèves systémiques, on distingue deux ensembles, ou deux groupes, que l’on appelle également « espaces » : l’espace problème et l’espace solutions. Les deux espaces peuvent être conçus comme n’ayant que très peu de lien ou de surface en commun. Il est possible également de percevoir ces deux espaces comme étant structurés par deux logiques différentes. Afin de préciser de quelle logique il est question, il est possible de distinguer l’espace problème comme étant structuré par des processus de type dissociatif où le sujet ne parvient plus à se réassocier, où il est entièrement capté par le problème et ne parvient pas à s’en dégager. Ce que nous enseigne le travail de Julien Betbèze, c’est que, le plus souvent, le sujet lutte contre le problème, mais comme il le perçoit comme constitutif de son identité, le sujet en vient à lutter contre lui-même :
1. lutte contre ses ressentis sensoriels en rapport avec le problème ;
2. lutte par la pensée sous forme de ruminations ;
3. lutte par les actions sous la forme de gestes automatiques qu’il ne reconnaît pas comme son initiative propre.
Le plus souvent, cette lutte épuise le sujet, et il finit par se sentir seul au monde, isolé par les effets du problème dans sa vie, il a le sentiment de faire l’expérience d’une vie où personne ne le comprend, ou bien celle d’une vie où personne ne parvient à le rejoindre.
L’autre espace est caractérisé par une tout autre logique. Cet espace est structuré par des processus de dés-association et de réassociation. Dans les moments de dés-association, le sujet parvient à mobiliser ses ressources relationnelles, afin de surmonter les problèmes qu’il rencontre. Pour y parvenir, se met en place un processus plus ou moins volontaire : le sujet puise dans ses expériences passées (comme des apprentissages, par exemple) et trouve analogiquement une manière constructive de surmonter le problème. Lorsque la situation est bloquée, il perçoit qu’il peut mobiliser un tiers dans son environnement proche (tiers soutien) ou un tiers internalisé (tiers sécure, par exemple) afin de la débloquer.
La force de cette conception est de ne pas confondre ce qui relève du problème de ce qui relève des solutions. Cela constitue alors un levier, comme un pied-de-biche, qui parviendrait à soulever le lourd fardeau que constitue le problème afin de percevoir, en dessous, certaines exceptions à ce problème, qui constituent l’espace solutions. En cela, toutes les approches des thérapies brèves sont orientées vers les solutions, y compris les approches stratégiques et narratives. Concrètement, en thérapie, le thérapeute peut poser des questions sur ces deux espaces distincts, en sachant dans quel espace il se situe et s’oriente.
Les questions sur l’espace problème sont connues :
- Quel est le problème ?
- Depuis quand est-il apparu ?
- Comment se manifeste-t-il ? etc. Il est d’ailleurs conseillé d’explorer l’espace problème avant de passer à l’espace solutions de manière à ce que le patient se sente compris et entendu. On prend donc soin de délimiter le territoire du problème ou de la plainte, d’en repérer les frontières et de restituer les différents thèmes qu’a pu exprimer le sujet en introduisant la question par une formule introductive comme « si je comprends bien... ». Dans un second temps, les questions vont porter sur l’espace solutions (que l’on peut appeler « espace ressources » également), en utilisant un articulateur, ce puissant levier, mis en évidence par Alain Vallée, qui est le « malgré tout ».
Cela donne : « sans oublier ce qui vous amène et l’ensemble des problèmes que vous avez décrit, malgré tout... »
- Comment parvenez-vous à faire face ?
- Quelles sont les situations actuelles qui se passent bien, même minimes ?
- Quelles sont les choses qui fonctionnent encore ? Par exemple, dans une séance de thérapie, un père de famille séparé de sa femme explique qu’il n’a plus goût à rien, qu’il déprime et qu’il ne sait plus quoi faire. Voici le dialogue qui s’amorce :
- Thérapeute : « Sans oublier les difficultés que vous me décrivez, quelles sont les petites choses que vous parvenez à faire, malgré tout ?
- Patient : Parfois je me force, j’arrive à me mettre à faire à manger pour mes enfants quand ils sont chez moi.
- Th. : Pouvez-vous me décrire ce moment ? » Dans les approches orientées solutions, le thérapeute va chercher à poser majoritairement des questions sur l’espace solutions, l’espace dans lequel il existe des exceptions au problème que le patient traverse. Toutefois, une question du thérapeute dans l’espace solutions peut obtenir une réponse du patient dans l’espace problème.
- Th. : « Pouvez-vous me décrire ce moment d’exception (question du thérapeute sur l’espace solutions) ?
- P. : Je crois que ça va être difficile, tant je souffre actuellement de cette séparation (réponse du patient dans l’espace problème) ? L’enjeu est de ne pas se décourager, de bien percevoir où se situe la réponse et de reprendre tranquillement :
- Th. : Je comprends que la séparation soit particulièrement difficile pour vous. Si vous me le permettez, je serais toutefois très intéressé d’apprendre ce qui se passe quand vous êtes dans ce moment d’exception ? » Cette distinction des deux espaces, l’un ressource, l’autre problème, suppose de définir ce que l’on entend par le terme de « ressource ». En effet, qu’est-ce qu’une ressource ? La ressource est une expérience vécue du sujet telle qu’elle a contribué à construire la vie du sujet. Cette construction s’est nécessairement faite à partir de la relation. Il en est ainsi dans la transmission et dans les apprentissages, par exemple. Cette démarche peut être illustrée par le travail avec un patient de 45 ans qui est avocat et qui souffre d’un fort sentiment de manque de légitimité. Il est en arrêt maladie depuis plusieurs mois pour « burn-out » et il cherche à reprendre le travail sans retomber dans les travers du passé.
- P. : « J’ai des envies de reprendre le travail. Mais je me demande si c’est pour les bonnes raisons. Est-ce que ce ne serait pas parce que je m’ennuie ? Je me demande aussi si reprendre le travail est une bonne idée. Je me demande comment je le vivrais si ça devait ne pas bien se passer et que ce soit comme avant. Et il y a aussi la question de la légitimité : j’ai le sentiment de ne jamais me sentir légitime depuis que j’ai commencé mon travail d’avocat.
- Th. : Pouvez-vous m’en dire davantage sur la légitimité ? Cette question est intentionnellement orientée dans l’espace problème afin de rejoindre le patient dans sa perception singulière de la légitimité et également sur un registre affectif d’exploration personnelle de son expérience d’absence de légitimité.
- P. : Depuis que j’ai commencé mon métier d’avocat, j’ai le sentiment qu’il y a eu une course à la légitimité chez moi. Lors de ma première année d’exercice d’avocat, je ne me sentais pas légitime. Je n’ai pas fait des études de droit. J’avais fait Sciences Po et j’avais le sentiment d’avoir des lacunes. Ce sentiment est resté très longtemps. J’avais l’impression que les autres savaient et que, moi, je manquais de connaissances. Lorsque les gens me disaient que tout allait bien, lorsqu’on m’envoyait des signaux positifs de validation, je ne les entendais pas.
- Th. : Dites-moi si je me trompe : à vous entendre, vous semblez être dans la situation de quelqu’un qui aurait dû se sentir légitime, qui a fait tout pour l’être, qui a travaillé, qui a obtenu des résultats dans son travail, qui a été reconnu par ses pairs qui ont envoyé des signaux positifs de validation. Mais cette légitimité n’est jamais venue. Je me demandais simplement si cette légitimité ne vous aurait pas été confisquée ? »
Pour introduire cette question, le choix est fait de reprendre les thèmes évoqués par le patient et utiliser ses propres mots. La question repose sur l’intuition du thérapeute selon laquelle le patient se compare toujours à quelqu’un, une personne qu’il estime être plus compétente que lui, au-dessus de lui. Il s’agit d’une intuition ou d’une piste que le thérapeute explore à partir de sa propre expérience. La qualité de cette piste va dépendre, et dépendra toujours, de la réponse du patient. Autrement dit, lorsque le thérapeute est traversé par une intuition, l’important est de vérifier si elle déploie quelque chose chez le patient ou pas. Si ce n’est pas le cas, on peut tout aussi bien repartir sur un questionnement classique.
Pour lire la suite du Hors-Série 20 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves sur les Questionnements Thérapeutiques....
ARNAUD ZEMAN Psychologue clinicien. Psychologue en libéral. Psychologue en ITEP (Institut thérapeutique, éducatif et pédagogique). Formateur en hypnose ericksonienne à l’Institut Milton Erickson de Nantes (ARePTA), à la Faculté de Psychologie de Nantes et au DU d’Hypnose. Superviseur.
Commandez le HS 20 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves. 06 / Éditorial Le questionnement thérapeutique Favoriser le processus de créativité et faire émerger de nouvelles histoires J. Betbèze
08 / Avant-propos Le questionnement, outil de relation et de coopération W. Martineau
10 / En couverture Adrien Nuguet Le Tarot de la danse S. Cohen
12 / Questionnement stratégique J.-A. Malarewicz
22 / Sur le chemin du pardon Stratégies pour faire la paix avec le passé R. Milanese
34 / Comment pourriez-vous aller plus mal ? Une question paradoxale dans la dépression pour « regonfler les pneus et reprendre la route » P. Jeanne-Julien
44 / Le questionnement stratégique de Palo Alto N. Koralnik
56 / Le questionnement dans le modèle de Bruges M.-C. Cabié
66 / « Il nous faudrait un miracle » Spécificités du questionnement narratif dans la question miracle E. Malphettes
78 / Percevoir les ressources, malgré tout, en orientation solutions A. Zeman
93 / Que ressentez-vous maintenant dans le corps ? « Viens, j’t’emmène au vent… » L. Fodorean et C. Gentric
104 / Questionner un lombalgique chronique D. Megglé
114 / Le questionnement en TLMR De l’art de questionner à la transformation des mondes traumatiques E. Bardot
122 / Le questionnement narratif en alcoologie Quand l’histoire compte autant que la boisson G. Ostermann
138 / Quelles sont les questions pouvant guider une séance de mouvements alternatifs ? W. Martineau
Illustrations du numéro: Adrien NUGUET
Catégories: Hypnose Paris,EMDR,Thérapie Brève Paris
«Il nous faudrait un miracle». Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
SPÉCIFICITÉS DU QUESTIONNEMENT NARRATIF DANS LA QUESTION MIRACLE. Dr Emmanuel MALPHETTES.
Comment sortir Benoît, patient au parcours clinique complexe et douloureux, de son vide relationnel, de cette impuissance à partager la moindre des émotions ? En créant la bonne alliance thérapeutique, en décelant une forte quête relationnelle derrière un rempart d’agressivité. Et là, petit « miracle » surgi au fil du questionnement, un chien va faire lien...
Quel imbécile ! Pourquoi lire son dossier avant de le voir ? A seulement 32 ans, Benoît a déjà beaucoup plus d’expérience que moi dans le soin : des suivis multiples débutés dès le primaire et de nombreuses hospitalisations en pédiatrie, pédopsychiatrie puis psychiatrie. Les rencontres avortées sont décrites méticuleusement : « Sortie contre avis médical... nombreux suivis depuis le primaire... résistant... insatisfait quant à la prise en charge proposée... » Ainsi que les répétitions de comportements devenues des réactions réflexes qui vont finir par résumer la personne : « Trouble dépressif récurrent... personnalité passive agressive... trouble obsessionnel compulsif et phobie sociale... trouble de stress post-traumatique... borderline... dépressivité... » Le terme de psychose a même été un temps évoqué. Lui voulait plutôt être reconnu comme TDHA ou Asperger mais les centres experts ont refusé ces diagnostics. Cette énième rencontre inaboutie occasionne une nouvelle hospitalisation en clinique s’achevant sur un « insatisfait quant à la prise en charge proposée ». Chacun continuant ainsi à naviguer entre vécu d’incompréhension, sentiment d’impuissance et de disqualification.
Je le rencontre pour la première fois suite à cette sortie. Acteurs de cette conversation thérapeutique :
- P. : la personne communément appelée « patient ».
- Th. : la personne communément appelée « thérapeute ».
- P. : « Je viens vous voir car je ne peux plus aller voir mon psychiatre. Il est trop loin de mon domicile et il m’a dit que j’avais besoin d’un suivi beaucoup plus intensif à l’hôpital que ce qu’il pouvait me proposer. Le poids des médicaments sur son ordonnance contraste de façon assez surprenante avec sa vivacité.
- P. : Mon père est décédé en 2001... Avec l’aide d’une psychologue j’ai compris que je devais aller mal pour garder sa mémoire car sinon tout le monde s’en foutait de sa mort... Puis j’ai été harcelé au collège... Maintenant ma mère prend ses distances car elle se sent agressée par mes idées suicidaires et mes tentatives de suicide... » Je sens un contraste entre la grande détresse exprimée et celle que je ressens dans son corps et dans mon corps. Peut-être une lutte ancienne contre les ressentis, une des nombreuses définitions de la dissociation. Je cherche donc une expérience sécure : une relation capable d’accueillir la peine, qui permet ainsi dans un second temps d’apprendre à accueillir la tristesse à l’intérieur de soi pour en faire enfin quelque chose d’utile en terme adaptatif. D’abord la relation à l’autre, puis la relation à soi, puis la relation au monde (1) pour que les émotions, qu’elles soient agréables ou non, retrouvent leur fonction « d’ajusteur » relationnel.
Vient la relation avec Alice, rencontrée en clinique il y a trois ans.
- Th. : « Est-il possible de vous poser des questions sur Alice ? » Toujours prendre des précautions pour les questions relationnelles. Cette possibilité de liberté dans la relation participe à co-construire une exception dans une histoire saturée par les vécus d’intrusion. Bâtir une assise relationnelle solide entre une expérience sécure passée et présente (alliance thérapeutique) permettra ensuite d’explorer une nouvelle façon de faire face au problème. Dans le nuage de mots qui sort de la bouche du patient, fidèle à cette conversation hypnotique qu’est le solutionnisme, je sélectionne et rebondis seulement sur certaines expressions : « ce moment de calme » avec cette « belle personne » d’où émerge « complicité »... Des mots qui font du bien au corps et donc à la relation.
- P. : « Mais elle s’est suicidée deux jours après sa sortie, elle s’en foutait de moi en fait... » Je tente avec une partie de sa mère... puis d’autres personnes... puis un personnage de manga... mais à chaque fois tout s’écroule et nous tombons dans le vide relationnel : « tout le monde s’en fout... » Bon... je vais faire plus prudent et ouvert.
- Th. : « S’en foutre, ça ne vous va pas... Ce serait comment les relations que vous souhaitez dans votre vie pour “vivre malgré tout” ? (2).
- P. : Ça sert à quoi ces questions ? Ça sert à quoi de venir si vous ne proposez rien ? Comme les autres vous ne savez pas ce que vous faites... vous tirez aux fléchettes au hasard... vous ne savez pas ce que j'ai... j'ai déjà eu vingt diagnostics différents. » Je propose, je maltraite ; je ne propose pas, j’abandonne, et impossible de méta-communiquer : ce double lien émerge de relations non établies (3). Ce vécu d’impuissance commune nous agace, nos deux récits ne se croisent jamais, chacun en rejetant la faute sur l’autre.
« Il faudrait un miracle ! » : célèbre phrase d’une étudiante désespérée face à Insoo Kim Berg (4). Il nous faudrait un miracle... un miracle relationnel. Et déjà que je puisse le trouver aimable. Le problème m’a contaminé, isolé de mes ressources. J’ai besoin de ma team de support : Erickson et ses violettes africaines, Wilfrid Martineau et son « imagine le bébé », Steve de Shazer recherchant cet ajout de ketchup dans des pâtes, ou Alain Vallée ce quartier de mandarine qui fait « une différence qui fait une différence » (3). C’est bon, ils sont tous là. Je le vois maintenant, crier pour être reconnu comme le plus beau bébé du monde. Mais il n’est pas entendu et se met à hurler. Plus il crie, plus il éloigne la relation, mais le sillon s’est creusé et il ne sait plus faire que cela. Mais s’il continue à crier c’est qu’il garde de l’espoir. Je repense à Julien Betbèze, à l’attachement : « Plus je suis en lien, plus je suis libre... plus je suis libre plus cela renforce le lien... se réjouir de la liberté de l’autre... cela enrichit mon monde. Pose des questions sur ce qui l’intéresse... sur sa liberté ». Cette construction m’aide, me décale. Je respire.
L’exception première c’est l’alliance thérapeutique.
Je lui pose des questions sur son tee-shirt de metal... sur cette musique et aussi sur tout ce que ce courant porte pour lui comme valeur.
- P. : « Nous les metalleux, on se fout de notre gueule parce qu’on est différents... Il y a quelques années il a pu même aller au Hellfest, mais c’est trop tôt pour explorer cette exception. Il me parle maintenant de jeux en ligne.
- Th. : Super... vous jouez en réseau ? - P. : Non, contre l’IA.
Malgré tout, il me touche et nous avons un constat d’impuissance partagée (2). C’est le moment pour la question miracle.
- Th. : Est-ce que c’est OK que je vous pose une question un peu bizarre ?… Vous sortez de la consultation et… (déroulé hypnotique et vague de la fin de journée jusqu’au sommeil)... vous jouez ou non... mangez ou non... et à un moment ou à un autre... le sommeil arrive... et pendant que vous dormez… Mordenkainen (un magicien très puissant d’un jeu en ligne historique dont il m’a parlé) permet d’avoir les relations que vous souhaitez dans votre vie… mais comme vous dormez, vous ne savez pas que ce miracle est arrivé... Qui verra demain ce miracle en action ? »
Il existe de nombreux intérêts à utiliser une induction hypnotique comme la question miracle. Ainsi, « cette nuit... demain... » vont fortement susciter de l’espoir : ce n’est pas parce que le problème était long, douloureux et difficile que sa résolution doit emprunter le même chemin. Le miracle, c’est demain ! Il semble important que l’intention de la question miracle porte sur la recherche d’une différence relationnelle : les relations à l’autre, à moi et au monde dont je rêve. Pour l’instant, dans le monde de survie de Benoît, seule la plainte a pu amener initialement un partage affectif. Mais si la plainte n’est plus entendue... entendable, seule l’attaque de l’autre ramène de l’affect, un certain concernement. Sinon, comme il le dit bien : « je peux crever, tout le monde s’en fout ». La quête relationnelle derrière cette agressivité sera totalement invisibilisée. Ainsi son action, faire de la plainte ou de l’agressivité, n’est plus en accord avec son intention : la relation.
L’agressivité pourrait venir aussi d’une autre problématique. En effet, dès qu’on se rapproche, qu’on essaye de le comprendre, cela le comprime, il n’est plus l’unique, il étouffe et se débat pour éloigner la relation pour retrouver de l’air. Benoît ne peut maintenant exprimer son besoin de liberté dans la relation qu’en s’opposant. Son narcissisme n’est maintenant comblé que par le fait d’être le malade inguérissable.
Le questionnement sera donc centré sur des actions qui modifient la relation dans le sens de ses intentions. Dans un premier temps, pour faire de la relation avec lui, le sujet de la conversation sera la liberté. Ce faisant, nous construisons une intention relationnelle derrière l’opposition : une quête de liberté. Puis comme l’expression de sa liberté l’isole, il va falloir la rendre relationnelle et partagée : « Qui va voir que la liberté c’est important pour vous ? » Cette question ne peut être posée que si dans l’implicite de la relation thérapeutique cette reconnaissance de la liberté est déjà activée, vivante et que cela résonne avec des expériences similaires chez le thérapeute. Ainsi, par la question miracle, nous explorons, main dans la main, un monde où d’autres personnes pourraient être touchées par cette valeur que nous partageons déjà ensemble. Pour travailler au changement, il faudra donc être au moins trois à partager autour de cette co-création d’une valeur, d’une exception : un patient, un thérapeute et quelqu’un qui sera « sincèrement touché ». En effet, le fait que le soignant soit payé pourrait faire douter de la réciprocité du partage.
Cette nouvelle relation à l’autre, à soi et au monde devra aussi être formulée pour ne pas créer du regret du type : « j’ai en fait perdu toutes ces années... » ; mais comme l’aboutissement du chemin actuel : « avant ce n’était pas le moment et maintenant c’est le moment ». Le rêve n’est pas l’utopie, et le questionnement gardera dans sa formulation l’idée que rien ne sera comme avant : « Malgré tout ce qui vous est arrivé... quoi de différent ? »...
Pour lire la suite du Hors-Série 20 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves sur les Questionnements Thérapeutiques....
Dr EMMANUEL MALPHETTES Travaille comme chef de service de psychiatrie au CHU de Nantes. Responsable du centre régional sur le psychotraumatisme et d’une unité de consultation de post-urgence. Formateur au DU d’hypnose, au DIU de prise en charge de la douleur, au sein de l’ARePTA-IMHENA et dans d’autres instituts de formation. Intervient comme enseignant dans les séminaires pour les internes en DES de psychiatrie, à l’IFSI, à l’Ecole de sages-femmes et à la Faculté de psychologie.
Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20. 06 / Éditorial Le questionnement thérapeutique Favoriser le processus de créativité et faire émerger de nouvelles histoires J. Betbèze
08 / Avant-propos Le questionnement, outil de relation et de coopération W. Martineau
10 / En couverture Adrien Nuguet Le Tarot de la danse S. Cohen
12 / Questionnement stratégique J.-A. Malarewicz
22 / Sur le chemin du pardon Stratégies pour faire la paix avec le passé R. Milanese
34 / Comment pourriez-vous aller plus mal ? Une question paradoxale dans la dépression pour « regonfler les pneus et reprendre la route » P. Jeanne-Julien
44 / Le questionnement stratégique de Palo Alto N. Koralnik
56 / Le questionnement dans le modèle de Bruges M.-C. Cabié
66 / « Il nous faudrait un miracle » Spécificités du questionnement narratif dans la question miracle E. Malphettes
78 / Percevoir les ressources, malgré tout, en orientation solutions A. Zeman
93 / Que ressentez-vous maintenant dans le corps ? « Viens, j’t’emmène au vent… » L. Fodorean et C. Gentric
104 / Questionner un lombalgique chronique D. Megglé
114 / Le questionnement en TLMR De l’art de questionner à la transformation des mondes traumatiques E. Bardot
122 / Le questionnement narratif en alcoologie Quand l’histoire compte autant que la boisson G. Ostermann
138 / Quelles sont les questions pouvant guider une séance de mouvements alternatifs ? W. Martineau
Illustrations du numéro: Adrien NUGUET
Quel imbécile ! Pourquoi lire son dossier avant de le voir ? A seulement 32 ans, Benoît a déjà beaucoup plus d’expérience que moi dans le soin : des suivis multiples débutés dès le primaire et de nombreuses hospitalisations en pédiatrie, pédopsychiatrie puis psychiatrie. Les rencontres avortées sont décrites méticuleusement : « Sortie contre avis médical... nombreux suivis depuis le primaire... résistant... insatisfait quant à la prise en charge proposée... » Ainsi que les répétitions de comportements devenues des réactions réflexes qui vont finir par résumer la personne : « Trouble dépressif récurrent... personnalité passive agressive... trouble obsessionnel compulsif et phobie sociale... trouble de stress post-traumatique... borderline... dépressivité... » Le terme de psychose a même été un temps évoqué. Lui voulait plutôt être reconnu comme TDHA ou Asperger mais les centres experts ont refusé ces diagnostics. Cette énième rencontre inaboutie occasionne une nouvelle hospitalisation en clinique s’achevant sur un « insatisfait quant à la prise en charge proposée ». Chacun continuant ainsi à naviguer entre vécu d’incompréhension, sentiment d’impuissance et de disqualification.
Je le rencontre pour la première fois suite à cette sortie. Acteurs de cette conversation thérapeutique :
- P. : la personne communément appelée « patient ».
- Th. : la personne communément appelée « thérapeute ».
- P. : « Je viens vous voir car je ne peux plus aller voir mon psychiatre. Il est trop loin de mon domicile et il m’a dit que j’avais besoin d’un suivi beaucoup plus intensif à l’hôpital que ce qu’il pouvait me proposer. Le poids des médicaments sur son ordonnance contraste de façon assez surprenante avec sa vivacité.
- P. : Mon père est décédé en 2001... Avec l’aide d’une psychologue j’ai compris que je devais aller mal pour garder sa mémoire car sinon tout le monde s’en foutait de sa mort... Puis j’ai été harcelé au collège... Maintenant ma mère prend ses distances car elle se sent agressée par mes idées suicidaires et mes tentatives de suicide... » Je sens un contraste entre la grande détresse exprimée et celle que je ressens dans son corps et dans mon corps. Peut-être une lutte ancienne contre les ressentis, une des nombreuses définitions de la dissociation. Je cherche donc une expérience sécure : une relation capable d’accueillir la peine, qui permet ainsi dans un second temps d’apprendre à accueillir la tristesse à l’intérieur de soi pour en faire enfin quelque chose d’utile en terme adaptatif. D’abord la relation à l’autre, puis la relation à soi, puis la relation au monde (1) pour que les émotions, qu’elles soient agréables ou non, retrouvent leur fonction « d’ajusteur » relationnel.
Vient la relation avec Alice, rencontrée en clinique il y a trois ans.
- Th. : « Est-il possible de vous poser des questions sur Alice ? » Toujours prendre des précautions pour les questions relationnelles. Cette possibilité de liberté dans la relation participe à co-construire une exception dans une histoire saturée par les vécus d’intrusion. Bâtir une assise relationnelle solide entre une expérience sécure passée et présente (alliance thérapeutique) permettra ensuite d’explorer une nouvelle façon de faire face au problème. Dans le nuage de mots qui sort de la bouche du patient, fidèle à cette conversation hypnotique qu’est le solutionnisme, je sélectionne et rebondis seulement sur certaines expressions : « ce moment de calme » avec cette « belle personne » d’où émerge « complicité »... Des mots qui font du bien au corps et donc à la relation.
- P. : « Mais elle s’est suicidée deux jours après sa sortie, elle s’en foutait de moi en fait... » Je tente avec une partie de sa mère... puis d’autres personnes... puis un personnage de manga... mais à chaque fois tout s’écroule et nous tombons dans le vide relationnel : « tout le monde s’en fout... » Bon... je vais faire plus prudent et ouvert.
- Th. : « S’en foutre, ça ne vous va pas... Ce serait comment les relations que vous souhaitez dans votre vie pour “vivre malgré tout” ? (2).
- P. : Ça sert à quoi ces questions ? Ça sert à quoi de venir si vous ne proposez rien ? Comme les autres vous ne savez pas ce que vous faites... vous tirez aux fléchettes au hasard... vous ne savez pas ce que j'ai... j'ai déjà eu vingt diagnostics différents. » Je propose, je maltraite ; je ne propose pas, j’abandonne, et impossible de méta-communiquer : ce double lien émerge de relations non établies (3). Ce vécu d’impuissance commune nous agace, nos deux récits ne se croisent jamais, chacun en rejetant la faute sur l’autre.
« Il faudrait un miracle ! » : célèbre phrase d’une étudiante désespérée face à Insoo Kim Berg (4). Il nous faudrait un miracle... un miracle relationnel. Et déjà que je puisse le trouver aimable. Le problème m’a contaminé, isolé de mes ressources. J’ai besoin de ma team de support : Erickson et ses violettes africaines, Wilfrid Martineau et son « imagine le bébé », Steve de Shazer recherchant cet ajout de ketchup dans des pâtes, ou Alain Vallée ce quartier de mandarine qui fait « une différence qui fait une différence » (3). C’est bon, ils sont tous là. Je le vois maintenant, crier pour être reconnu comme le plus beau bébé du monde. Mais il n’est pas entendu et se met à hurler. Plus il crie, plus il éloigne la relation, mais le sillon s’est creusé et il ne sait plus faire que cela. Mais s’il continue à crier c’est qu’il garde de l’espoir. Je repense à Julien Betbèze, à l’attachement : « Plus je suis en lien, plus je suis libre... plus je suis libre plus cela renforce le lien... se réjouir de la liberté de l’autre... cela enrichit mon monde. Pose des questions sur ce qui l’intéresse... sur sa liberté ». Cette construction m’aide, me décale. Je respire.
L’exception première c’est l’alliance thérapeutique.
Je lui pose des questions sur son tee-shirt de metal... sur cette musique et aussi sur tout ce que ce courant porte pour lui comme valeur.
- P. : « Nous les metalleux, on se fout de notre gueule parce qu’on est différents... Il y a quelques années il a pu même aller au Hellfest, mais c’est trop tôt pour explorer cette exception. Il me parle maintenant de jeux en ligne.
- Th. : Super... vous jouez en réseau ? - P. : Non, contre l’IA.
Malgré tout, il me touche et nous avons un constat d’impuissance partagée (2). C’est le moment pour la question miracle.
- Th. : Est-ce que c’est OK que je vous pose une question un peu bizarre ?… Vous sortez de la consultation et… (déroulé hypnotique et vague de la fin de journée jusqu’au sommeil)... vous jouez ou non... mangez ou non... et à un moment ou à un autre... le sommeil arrive... et pendant que vous dormez… Mordenkainen (un magicien très puissant d’un jeu en ligne historique dont il m’a parlé) permet d’avoir les relations que vous souhaitez dans votre vie… mais comme vous dormez, vous ne savez pas que ce miracle est arrivé... Qui verra demain ce miracle en action ? »
Il existe de nombreux intérêts à utiliser une induction hypnotique comme la question miracle. Ainsi, « cette nuit... demain... » vont fortement susciter de l’espoir : ce n’est pas parce que le problème était long, douloureux et difficile que sa résolution doit emprunter le même chemin. Le miracle, c’est demain ! Il semble important que l’intention de la question miracle porte sur la recherche d’une différence relationnelle : les relations à l’autre, à moi et au monde dont je rêve. Pour l’instant, dans le monde de survie de Benoît, seule la plainte a pu amener initialement un partage affectif. Mais si la plainte n’est plus entendue... entendable, seule l’attaque de l’autre ramène de l’affect, un certain concernement. Sinon, comme il le dit bien : « je peux crever, tout le monde s’en fout ». La quête relationnelle derrière cette agressivité sera totalement invisibilisée. Ainsi son action, faire de la plainte ou de l’agressivité, n’est plus en accord avec son intention : la relation.
L’agressivité pourrait venir aussi d’une autre problématique. En effet, dès qu’on se rapproche, qu’on essaye de le comprendre, cela le comprime, il n’est plus l’unique, il étouffe et se débat pour éloigner la relation pour retrouver de l’air. Benoît ne peut maintenant exprimer son besoin de liberté dans la relation qu’en s’opposant. Son narcissisme n’est maintenant comblé que par le fait d’être le malade inguérissable.
Le questionnement sera donc centré sur des actions qui modifient la relation dans le sens de ses intentions. Dans un premier temps, pour faire de la relation avec lui, le sujet de la conversation sera la liberté. Ce faisant, nous construisons une intention relationnelle derrière l’opposition : une quête de liberté. Puis comme l’expression de sa liberté l’isole, il va falloir la rendre relationnelle et partagée : « Qui va voir que la liberté c’est important pour vous ? » Cette question ne peut être posée que si dans l’implicite de la relation thérapeutique cette reconnaissance de la liberté est déjà activée, vivante et que cela résonne avec des expériences similaires chez le thérapeute. Ainsi, par la question miracle, nous explorons, main dans la main, un monde où d’autres personnes pourraient être touchées par cette valeur que nous partageons déjà ensemble. Pour travailler au changement, il faudra donc être au moins trois à partager autour de cette co-création d’une valeur, d’une exception : un patient, un thérapeute et quelqu’un qui sera « sincèrement touché ». En effet, le fait que le soignant soit payé pourrait faire douter de la réciprocité du partage.
Cette nouvelle relation à l’autre, à soi et au monde devra aussi être formulée pour ne pas créer du regret du type : « j’ai en fait perdu toutes ces années... » ; mais comme l’aboutissement du chemin actuel : « avant ce n’était pas le moment et maintenant c’est le moment ». Le rêve n’est pas l’utopie, et le questionnement gardera dans sa formulation l’idée que rien ne sera comme avant : « Malgré tout ce qui vous est arrivé... quoi de différent ? »...
Pour lire la suite du Hors-Série 20 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves sur les Questionnements Thérapeutiques....
Dr EMMANUEL MALPHETTES Travaille comme chef de service de psychiatrie au CHU de Nantes. Responsable du centre régional sur le psychotraumatisme et d’une unité de consultation de post-urgence. Formateur au DU d’hypnose, au DIU de prise en charge de la douleur, au sein de l’ARePTA-IMHENA et dans d’autres instituts de formation. Intervient comme enseignant dans les séminaires pour les internes en DES de psychiatrie, à l’IFSI, à l’Ecole de sages-femmes et à la Faculté de psychologie.
Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20. 06 / Éditorial Le questionnement thérapeutique Favoriser le processus de créativité et faire émerger de nouvelles histoires J. Betbèze
08 / Avant-propos Le questionnement, outil de relation et de coopération W. Martineau
10 / En couverture Adrien Nuguet Le Tarot de la danse S. Cohen
12 / Questionnement stratégique J.-A. Malarewicz
22 / Sur le chemin du pardon Stratégies pour faire la paix avec le passé R. Milanese
34 / Comment pourriez-vous aller plus mal ? Une question paradoxale dans la dépression pour « regonfler les pneus et reprendre la route » P. Jeanne-Julien
44 / Le questionnement stratégique de Palo Alto N. Koralnik
56 / Le questionnement dans le modèle de Bruges M.-C. Cabié
66 / « Il nous faudrait un miracle » Spécificités du questionnement narratif dans la question miracle E. Malphettes
78 / Percevoir les ressources, malgré tout, en orientation solutions A. Zeman
93 / Que ressentez-vous maintenant dans le corps ? « Viens, j’t’emmène au vent… » L. Fodorean et C. Gentric
104 / Questionner un lombalgique chronique D. Megglé
114 / Le questionnement en TLMR De l’art de questionner à la transformation des mondes traumatiques E. Bardot
122 / Le questionnement narratif en alcoologie Quand l’histoire compte autant que la boisson G. Ostermann
138 / Quelles sont les questions pouvant guider une séance de mouvements alternatifs ? W. Martineau
Illustrations du numéro: Adrien NUGUET
Catégories: Hypnose Paris,EMDR,Thérapie Brève Paris
Le questionnement dans le modèle de Bruges. Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
Dr MARIE-CHRISTINE CABIÉ.
Le modèle de Bruges, qui a pour fondement la construction de la relation thérapeutique, réserve une place centrale au langage et au questionnement. Ses atouts et ses principes : la curiosité active du thérapeute, la mobilisation des ressources du patient, « la question miracle », l’entraide ou « circularité de mandats », la co-construction sur la base « la question suit la réponse », l’ouverture des choix et l’orientation vers l’avenir...
Le modèle de Bruges s’est développé au début des années 1980 à partir du travail d’un groupe de praticiens réunis autour de Luc Isebaert, groupe auquel j’ai eu la chance de pouvoir participer. Notre démarche était résolument clinique et pragmatique : il s’agissait d’identifier, à partir de séances de thérapie menées en direct ou analysées à partir d’enregistrements, les interventions qui se révélaient effectivement utiles pour les patients. Ces interventions étaient ensuite appliquées de manière systématique dans la pratique, puis discutées collectivement.
Le modèle s’est inscrit dans une perspective systémique, enrichie par les apports de Milton Erickson. Il s’applique avec les individus, les couples, les familles et les groupes. Dans ce cadre se sont progressivement développées des notions clés telles que le choix, la construction de la relation thérapeutique... L’utilisation du langage a occupé d’emblée une place centrale dans nos réflexions. Un tournant majeur s’est produit en 1988, à la suite de rencontres avec Steve de Shazer. Ces échanges ont conduit à l’intégration de l’approche orientée solutions au sein du modèle de Bruges et réciproquement. C’est dans cette filiation que s’inscrit le présent article, consacré au questionnement dans le modèle de Bruges.
La thérapie comme conversation.
La thérapie est considérée comme une conversation particulière. Le thérapeute crée un contexte de sécurité au sein duquel le client dispose de choix, peut se connecter à ses ressources et à ses compétences – et en découvrir de nouvelles –, définir ses propres objectifs, retrouver progressivement un pouvoir d’agir et reprendre la direction de sa vie. La conversation thérapeutique est un espace de co-construction orienté vers le changement. Cette conception rejoint les propositions de Steve de Shazer et Insoo Kim Berg (1993), lorsqu’ils écrivent : « Nous sommes arrivés à considérer que les significations obtenues dans une conversation thérapeutique sont développées à travers un processus qui est plus du registre de la négociation que de celui de la compréhension ou de la découverte de ce qui se passe réellement. »
Le langage est le principal outil du thérapeute. Il comprend le discours et l’ensemble des comportements qui l’accompagnent : mouvements des mains et de la tête, expressions du visage, posture, échanges de regard, rythme et tonalité de la voix... Ces éléments participent pleinement au dialogue. Janet Beavin Bavelas s’est intéressée au langage dans les dialogues quotidiens et thérapeutiques. A partir de microanalyses de dialogues en face à face, elle a montré comment les interlocuteurs co-construisent des significations communes. Parmi les outils linguistiques à la disposition du thérapeute figurent principalement les reformulations et les questions. La puissance du questionnement est connue depuis l’Antiquité, comme en témoigne le dialogue socratique. Son usage comme outil thérapeutique s’est développé à partir des années 1970, notamment avec le questionnement circulaire élaboré par le groupe de Milan (1982).
Questions et reformulations, reflets du modèle du thérapeute.
Les reformulations et questions d’un thérapeute reflètent sa conception de la thérapie, de la relation thérapeutique et même de l’être humain. Les questions ne sont jamais neutres : elles contiennent des présupposés qui orientent la conversation. Dans le contexte thérapeutique, les clients cherchent généralement à répondre aux questions posées sans interroger les implicites qu’elles contiennent. De ce fait, le questionnement oriente fortement le déroulement de la thérapie ainsi que les réalités qui s’y construisent. Par exemple, la question « de quoi souhaitez-vous parler ? » présuppose que le client souhaite parler d’un sujet particulier, qu’il est au fait de ce sujet et qu’en parler serait utile.
Les différentes modalités de questionnement Dans le modèle de Bruges, tout au long des conversations l’intervenant adopte une posture de curiosité active et bienveillante. Son questionnement porte sur les valeurs des personnes, ce qui est important pour elles, ce qu’elles veulent. Il utilise principalement des questions ouvertes, afin de soutenir l’exploration, l’émergence de choix et la mobilisation des ressources du client pour atteindre ses objectifs. Des questions fermées peuvent néanmoins être utiles pour renforcer l’affiliation ou dans le cadre d’une hypnose conversationnelle (« yes set »). Le thérapeute pose des questions directes, « quels sont vos points forts ? », « qu’est-ce qui est important pour vous ? », ou des questions demandant au client de se mettre par exemple à la place de l’un de ses proches : « quelles sont les qualités que vos amis apprécient chez vous ? », « qu’est-ce que vous conseillerait votre grand-père ? »... Avec un couple ou une famille, les questions croisées et le questionnement circulaire sont également intéressants.
Enfin, lors de l’exploration d’expériences positives, dans le passé, présent ou futur, le thérapeute s’intéresse aux détails de façon à aider le client à se connecter à ces moments, à les vivre en séance. Les questions (où, quand, avec qui ?) contextualisent les situations et explorent leur déroulé précis : ce que le client pense, se dit, dit aux autres, fait, ce qu’il ressent émotionnellement et corporellement, ainsi que les interactions avec les autres personnes impliquées. C’est souvent dans les petits détails qu’apparaissent les prémices d’un changement.
L’orientation vers l’avenir.
Lors d’un entretien, la première question posée au client est orientée vers l’avenir et ses attentes à l’égard de la thérapie et/ou de la séance. Plutôt que de commencer par s’intéresser au passé problématique, le thérapeute invite d’emblée le client à se tourner vers ce qu’il souhaite voir advenir : un futur dans lequel il vivrait mieux après la thérapie.
Cette manière d’ouvrir la conversation thérapeutique transmet au client un message implicite fort : le thérapeute se positionne comme un partenaire engagé dans l’amélioration de son avenir. L’attention est centrée sur ce qui peut évoluer et se transformer. Cette posture est pleinement en accord avec les principes de la thérapie centrée solution, ainsi qu’avec l’esprit des thérapies de Milton Erickson. Cette orientation ne nie ni la souffrance ni les difficultés présentes ; elle offre un contexte dans lequel celles-ci peuvent être abordées au service d’un projet de vie plus satisfaisant pour le client. Les questions initiales peuvent prendre des formes variées : « quelles sont vos attentes par rapport à la thérapie ? », « à quoi puis-je vous être utile ? »...
Pour lire la suite du Hors-Série 20 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves sur les Questionnements Thérapeutiques....
Dr Marie Christine Cabié Psychiatre, psychothérapeute, formatrice en thérapie familiale systémique, thérapies systémiques brèves et hypnose ericksonienne. Co-rédactrice en chef de la revue « Thérapie Familiale », éditée par Médecine & Hygiène à Genève. Directrice de la collection Relations aux éditions Erès à Toulouse. Présidente de l’EBTA (European Brief Therapy Association).
Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20. 06 / Éditorial Le questionnement thérapeutique Favoriser le processus de créativité et faire émerger de nouvelles histoires J. Betbèze
08 / Avant-propos Le questionnement, outil de relation et de coopération W. Martineau
10 / En couverture Adrien Nuguet Le Tarot de la danse S. Cohen
12 / Questionnement stratégique J.-A. Malarewicz
22 / Sur le chemin du pardon Stratégies pour faire la paix avec le passé R. Milanese
34 / Comment pourriez-vous aller plus mal ? Une question paradoxale dans la dépression pour « regonfler les pneus et reprendre la route » P. Jeanne-Julien
44 / Le questionnement stratégique de Palo Alto N. Koralnik
56 / Le questionnement dans le modèle de Bruges M.-C. Cabié
66 / « Il nous faudrait un miracle » Spécificités du questionnement narratif dans la question miracle E. Malphettes
78 / Percevoir les ressources, malgré tout, en orientation solutions A. Zeman
93 / Que ressentez-vous maintenant dans le corps ? « Viens, j’t’emmène au vent… » L. Fodorean et C. Gentric
104 / Questionner un lombalgique chronique D. Megglé
114 / Le questionnement en TLMR De l’art de questionner à la transformation des mondes traumatiques E. Bardot
122 / Le questionnement narratif en alcoologie Quand l’histoire compte autant que la boisson G. Ostermann
138 / Quelles sont les questions pouvant guider une séance de mouvements alternatifs ? W. Martineau
Illustrations du numéro: Adrien NUGUET
Le modèle de Bruges s’est développé au début des années 1980 à partir du travail d’un groupe de praticiens réunis autour de Luc Isebaert, groupe auquel j’ai eu la chance de pouvoir participer. Notre démarche était résolument clinique et pragmatique : il s’agissait d’identifier, à partir de séances de thérapie menées en direct ou analysées à partir d’enregistrements, les interventions qui se révélaient effectivement utiles pour les patients. Ces interventions étaient ensuite appliquées de manière systématique dans la pratique, puis discutées collectivement.
Le modèle s’est inscrit dans une perspective systémique, enrichie par les apports de Milton Erickson. Il s’applique avec les individus, les couples, les familles et les groupes. Dans ce cadre se sont progressivement développées des notions clés telles que le choix, la construction de la relation thérapeutique... L’utilisation du langage a occupé d’emblée une place centrale dans nos réflexions. Un tournant majeur s’est produit en 1988, à la suite de rencontres avec Steve de Shazer. Ces échanges ont conduit à l’intégration de l’approche orientée solutions au sein du modèle de Bruges et réciproquement. C’est dans cette filiation que s’inscrit le présent article, consacré au questionnement dans le modèle de Bruges.
La thérapie comme conversation.
La thérapie est considérée comme une conversation particulière. Le thérapeute crée un contexte de sécurité au sein duquel le client dispose de choix, peut se connecter à ses ressources et à ses compétences – et en découvrir de nouvelles –, définir ses propres objectifs, retrouver progressivement un pouvoir d’agir et reprendre la direction de sa vie. La conversation thérapeutique est un espace de co-construction orienté vers le changement. Cette conception rejoint les propositions de Steve de Shazer et Insoo Kim Berg (1993), lorsqu’ils écrivent : « Nous sommes arrivés à considérer que les significations obtenues dans une conversation thérapeutique sont développées à travers un processus qui est plus du registre de la négociation que de celui de la compréhension ou de la découverte de ce qui se passe réellement. »
Le langage est le principal outil du thérapeute. Il comprend le discours et l’ensemble des comportements qui l’accompagnent : mouvements des mains et de la tête, expressions du visage, posture, échanges de regard, rythme et tonalité de la voix... Ces éléments participent pleinement au dialogue. Janet Beavin Bavelas s’est intéressée au langage dans les dialogues quotidiens et thérapeutiques. A partir de microanalyses de dialogues en face à face, elle a montré comment les interlocuteurs co-construisent des significations communes. Parmi les outils linguistiques à la disposition du thérapeute figurent principalement les reformulations et les questions. La puissance du questionnement est connue depuis l’Antiquité, comme en témoigne le dialogue socratique. Son usage comme outil thérapeutique s’est développé à partir des années 1970, notamment avec le questionnement circulaire élaboré par le groupe de Milan (1982).
Questions et reformulations, reflets du modèle du thérapeute.
Les reformulations et questions d’un thérapeute reflètent sa conception de la thérapie, de la relation thérapeutique et même de l’être humain. Les questions ne sont jamais neutres : elles contiennent des présupposés qui orientent la conversation. Dans le contexte thérapeutique, les clients cherchent généralement à répondre aux questions posées sans interroger les implicites qu’elles contiennent. De ce fait, le questionnement oriente fortement le déroulement de la thérapie ainsi que les réalités qui s’y construisent. Par exemple, la question « de quoi souhaitez-vous parler ? » présuppose que le client souhaite parler d’un sujet particulier, qu’il est au fait de ce sujet et qu’en parler serait utile.
Les différentes modalités de questionnement Dans le modèle de Bruges, tout au long des conversations l’intervenant adopte une posture de curiosité active et bienveillante. Son questionnement porte sur les valeurs des personnes, ce qui est important pour elles, ce qu’elles veulent. Il utilise principalement des questions ouvertes, afin de soutenir l’exploration, l’émergence de choix et la mobilisation des ressources du client pour atteindre ses objectifs. Des questions fermées peuvent néanmoins être utiles pour renforcer l’affiliation ou dans le cadre d’une hypnose conversationnelle (« yes set »). Le thérapeute pose des questions directes, « quels sont vos points forts ? », « qu’est-ce qui est important pour vous ? », ou des questions demandant au client de se mettre par exemple à la place de l’un de ses proches : « quelles sont les qualités que vos amis apprécient chez vous ? », « qu’est-ce que vous conseillerait votre grand-père ? »... Avec un couple ou une famille, les questions croisées et le questionnement circulaire sont également intéressants.
Enfin, lors de l’exploration d’expériences positives, dans le passé, présent ou futur, le thérapeute s’intéresse aux détails de façon à aider le client à se connecter à ces moments, à les vivre en séance. Les questions (où, quand, avec qui ?) contextualisent les situations et explorent leur déroulé précis : ce que le client pense, se dit, dit aux autres, fait, ce qu’il ressent émotionnellement et corporellement, ainsi que les interactions avec les autres personnes impliquées. C’est souvent dans les petits détails qu’apparaissent les prémices d’un changement.
L’orientation vers l’avenir.
Lors d’un entretien, la première question posée au client est orientée vers l’avenir et ses attentes à l’égard de la thérapie et/ou de la séance. Plutôt que de commencer par s’intéresser au passé problématique, le thérapeute invite d’emblée le client à se tourner vers ce qu’il souhaite voir advenir : un futur dans lequel il vivrait mieux après la thérapie.
Cette manière d’ouvrir la conversation thérapeutique transmet au client un message implicite fort : le thérapeute se positionne comme un partenaire engagé dans l’amélioration de son avenir. L’attention est centrée sur ce qui peut évoluer et se transformer. Cette posture est pleinement en accord avec les principes de la thérapie centrée solution, ainsi qu’avec l’esprit des thérapies de Milton Erickson. Cette orientation ne nie ni la souffrance ni les difficultés présentes ; elle offre un contexte dans lequel celles-ci peuvent être abordées au service d’un projet de vie plus satisfaisant pour le client. Les questions initiales peuvent prendre des formes variées : « quelles sont vos attentes par rapport à la thérapie ? », « à quoi puis-je vous être utile ? »...
Pour lire la suite du Hors-Série 20 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves sur les Questionnements Thérapeutiques....
Dr Marie Christine Cabié Psychiatre, psychothérapeute, formatrice en thérapie familiale systémique, thérapies systémiques brèves et hypnose ericksonienne. Co-rédactrice en chef de la revue « Thérapie Familiale », éditée par Médecine & Hygiène à Genève. Directrice de la collection Relations aux éditions Erès à Toulouse. Présidente de l’EBTA (European Brief Therapy Association).
Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20. 06 / Éditorial Le questionnement thérapeutique Favoriser le processus de créativité et faire émerger de nouvelles histoires J. Betbèze
08 / Avant-propos Le questionnement, outil de relation et de coopération W. Martineau
10 / En couverture Adrien Nuguet Le Tarot de la danse S. Cohen
12 / Questionnement stratégique J.-A. Malarewicz
22 / Sur le chemin du pardon Stratégies pour faire la paix avec le passé R. Milanese
34 / Comment pourriez-vous aller plus mal ? Une question paradoxale dans la dépression pour « regonfler les pneus et reprendre la route » P. Jeanne-Julien
44 / Le questionnement stratégique de Palo Alto N. Koralnik
56 / Le questionnement dans le modèle de Bruges M.-C. Cabié
66 / « Il nous faudrait un miracle » Spécificités du questionnement narratif dans la question miracle E. Malphettes
78 / Percevoir les ressources, malgré tout, en orientation solutions A. Zeman
93 / Que ressentez-vous maintenant dans le corps ? « Viens, j’t’emmène au vent… » L. Fodorean et C. Gentric
104 / Questionner un lombalgique chronique D. Megglé
114 / Le questionnement en TLMR De l’art de questionner à la transformation des mondes traumatiques E. Bardot
122 / Le questionnement narratif en alcoologie Quand l’histoire compte autant que la boisson G. Ostermann
138 / Quelles sont les questions pouvant guider une séance de mouvements alternatifs ? W. Martineau
Illustrations du numéro: Adrien NUGUET
Catégories: Hypnose Paris,EMDR,Thérapie Brève Paris
Le questionnement stratégique de Palo Alto. Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
Ou comment obtenir le maximum avec le minimum : recueillir les informations pertinentes à la résolution du problème tout en dialoguant avec les patients et en intervenant déjà sur le problème. Le questionnement stratégique s’intègre dans un dialogue qui conduit thérapeute et patient à découvrir ensemble les dynamiques de fonctionnement du problème, puis de sa solution. Les lecteurs de cette Revue et les participants aux colloques qu’elle organise régulièrement ont vu passer de nombreuses présentations parlant de l’approche systémique stratégique brève, un modèle thérapeutique qui a pris forme au Mental Research Institute (MRI) créé en 1967 à Palo Alto.
Sa marque de fabrique est le concept de « tentative de solution », c’est-à-dire tout ce qui est tenté – ou non, d’ailleurs – par une personne et qui, au lieu de véritablement résoudre le problème qui la fait souffrir, le maintient ou même l’aggrave. Ainsi le premier travail du thérapeute stratégique est de découvrir, tout en dialoguant et en faisant connaissance avec le patient (c’est-à-dire en établissant la relation), ce que très concrètement celui-ci fait ou ne fait pas par rapport à ce dont il souffre, dit ou ne dit pas, pense ou ne pense pas, de même que tout ce qui sous-tend ces tentatives de solution et contribue à les entretenir : sa position ainsi que sa vision du monde et ses valeurs, croyances et émotions en lien avec le problème pour lequel il consulte, les éventuelles interactions susceptibles de l’entretenir et, le cas échéant, la position et les motifs des personnes impliquées ainsi que leur impact sur le patient. La dynamique redondante particulière que le questionnement fait émerger dans cette première phase de la thérapie est appelée « le fonctionnement du problème ».
Si cette dynamique semble souvent complexe, le thérapeute doit pouvoir la reformuler en termes très concrets et circulaires : « qui fait ou dit quoi, à qui, quand, comment, et avec quel(s) effet(s) ? ». Cela vient à éclairer sa compréhension, tout comme celle du patient. Ainsi le questionnement ne nous sert pas à établir une anamnèse, mais nous considérons tout ce que le patient peut spontanément nous dire concernant, par exemple, son passé, ses antécédents, son histoire personnelle et familiale à la lumière de notre « grille » de problématisation et d’intervention, et nous posons des questions stratégiques. Notre question d’ouverture, grosso modo, est : « Quel est le problème qui vous amène chez moi aujourd’hui ? » Puis nous cherchons à savoir depuis quand, comment il se manifeste, avec qui, s’il y a des exceptions, et nous explorons tous les aspects mentionnés au premier paragraphe de ce texte. Nous posons donc des questions ouvertes ou fermées afin de mettre en lumière le fonctionnement du problème. La séance se déroule sur le mode du dialogue ; après que le patient a répondu à quelques questions et avant d’en poser d’autres, nous reformulons pour nous assurer que nous avons bien compris, ce qui permet au patient de nous corriger si ce n’est pas le cas, ou alors, si ça l’est, d’avoir l’occasion d’entendre et de se représenter, bout par bout, les différentes dynamiques à l’oeuvre dans son problème.
Cette représentation ou perception est déjà le début de la résolution, car une fois que nous voyons ou que nous sentons comme notre problème fonctionne, notre esprit s’ouvre à de nouvelles possibilités : celles de faire autrement. Ce qui se passe dans cette ouverture est, pour commencer, davantage un « sentir » qu’une prise de conscience intellectuelle. Je me permets d’ajouter ici une évidence : toute ouverture n’est possible que dans un contexte relationnel de qualité. Ce n’est pas parce que l’on fait de la thérapie stratégique que la relation ne compte pas – bien au contraire. C’est grâce à la qualité de la relation et de la communication et à un questionnement stratégique pertinent que l’on accède aux informations nécessaires pour mettre en place une bonne stratégie. Ces trois aspects se soutiennent mutuellement. La communication employée dans le questionnement ou dialogue stratégique tient compte des particularités de la personne et de son problème. Au service de la relation thérapeutique et de l’efficacité et de l’efficience du processus thérapeutique, la communication verbale, paraverbale et non verbale est d’une grande importance. La personne qui consulte doit se sentir écoutée, comprise et rejointe afin de pouvoir accéder en elle-même aux réponses aux questions posées par le thérapeute.
Les compétences communicationnelles s’appliquent naturellement lors du questionnement et, pour reprendre les mots de Milton Erickson, « on parle le langage du patient ». Si nécessaire, les questions cruciales peuvent être posées sur un mode hypnotique pour renforcer leur impact thérapeutique. Le questionnement et la stratégie : la stratégie employée pour résoudre le problème doit épouser le fonctionnement du problème, d’où l’importance de l’avoir bien compris. Techniquement, pour construire une résolution véritable et durable, il faut faire opérer à la personne qui consulte un 180 degrés par rapport à ses tentatives de solution problématiques, ce qui, on le devine, n’est parfois pas une mince affaire. Cela peut nécessiter de la patience et un certain doigté. En effet, nul ne fait exprès de se comporter d’une manière qui l’aggrave, ou d’entretenir des pensées qui vont finir par alimenter sa souffrance.
Dit autrement, l’investigation ou questionnement stratégique doit pouvoir mettre au jour des redondances, lesquelles correspondent à une limitation des possibilités de répondre à certaines situations, ce qui génère de la souffrance. Sur la base de la connaissance qui émergera et qui sera au fur et à mesure partagée avec le patient, nous pourrons donner des indications thérapeutiques visant à l’amener à changer les réactions qui alimentaient les perceptions problématiques, et à modifier les perceptions qui sous-tendaient ces réactions, créant ainsi de nouvelles possibilités – de nouvelles redondances – plus satisfaisantes pour lui, autrement dit des solutions qui fonctionnent.
Le questionnement ou dialogue stratégique permet de mettre en lumière des particularités qui vont faire une grande différence au niveau de l’efficacité du processus de résolution du problème, et par conséquent de l’optimisme thérapeutique. La finesse du questionnement est déterminée par l’expérience du thérapeute. Illustration : une jeune fille de 16 ans consulte pour ce qu’elle et sa mère appellent des « attaques de panique », des « crises d’angoisse » et « beaucoup de stress ». Ne parvenant plus à aller en cours, elle a été déscolarisée dès le deuxième mois de l’année scolaire, et nous sommes en mai. Elle a perdu une année et va devoir redoubler à la rentrée prochaine. Le questionnement stratégique révèle que c’est une phobie de vomir qui déclenche ces moments de grand malêtre (même si elle n’a jamais vomi en public), un contrôle de ce qu’elle mange (pour éviter d’avoir mal au ventre et éventuellement de vomir) et de ses sensations physiques (elle voudrait évidemment éviter de se sentir mal) ; elle a un comportement d’évitement qui s’est généralisé (au moment où nous la voyons, elle du mal à sortir de chez elle pour voir des amis) et toute une série de pensées catastrophiques qui s’activent dès qu’elle doit faire quelque chose, et même désormais lorsqu’elle reste dans sa chambre.
Ce qu’elle-même et son entourage ont tenté jusqu’à présent n’a pas fonctionné ; de sa part : respirer, penser positif, chercher à se détendre ou se distraire ; de la part de ses proches : protéger, rassurer, encourager, exhorter... Autant d’éléments que le thérapeute doit avoir identifiés afin de ne pas les conseiller ! En poursuivant le dialogue stratégique, il apparaît qu’en plus d’éviter les situations, la patiente a d’autres tentatives de solution : elle prend de nombreuses précautions ; par exemple, elle doit toujours avoir certains objets dans son sac « au cas où », comme son téléphone, sa vapoteuse, une bouteille d’eau et des anxiolytiques qu’elle consomme au besoin ; elle ne reste jamais plus de vingt minutes dans une voiture ; son apparence doit toujours être impeccable pour « éviter des stress supplémentaires » – on comprend ainsi que dans l’espoir de se rassurer elle tente non seulement de contrôler ses propres sensations, mais aussi la perception que les autres (pense-t-elle) pourraient avoir d’elle. Et quand le stress est trop intense, elle se gratte jusqu’au sang (scarification) pour se distraire et tenter de le faire baisser – mais le soulagement dure peu. Elle dispose également d’un fort système de soutien, avec une maman très disponible pour l’aider, la conduire, la ramener en voiture, etc., dès qu’elle ne se sent pas bien.
En nous intéressant à ses pensées catastrophiques et en posant des questions discriminantes, nous comprenons qu’elle ne redoute pas que les choses se passent mal, mais plutôt qu’elle est convaincue que les désastres qu’elle projette vont bien avoir lieu ; une distinction qui va nous permettre de proposer tout de suite une indication thérapeutique ciblée (questionnée en début de deuxième séance, la patiente répondra qu’en effet les catastrophes projetées ne se sont jamais réellement produites et que le fait de le reconnaître lui a procuré un soulagement... maintenant, elle a « juste très peur » que les malheurs arrivent, ce qui justifiera le recours à une prescription différente).
Toutes ces informations ont été recueillies dans la première demi-heure de cette première rencontre au cours de ce que l’on pourrait appeler « une agréable conversation », qui n’a rien à voir avec un interrogatoire, et qui comporte aussi nombre de reformulations et de recadrages. La patiente – elle le dira spontanément à la fin de la séance – a l’impression que l’on s’intéresse vraiment à elle et, bien qu’elle avoue s’être sentie au début stressée de devoir parler de ce qui la fait souffrir, se trouve plutôt soulagée à l’issue du rendez- vous. Ces déclarations nous éclairent elles aussi sur le fonctionnement du problème.
On recourt bien évidemment au questionnement stratégique à toutes les étapes du processus thérapeutique. Et ceci notamment pour comprendre comment le patient a vécu le temps écoulé entre les rendez-vous, ce qui s’est passé pour lui lorsqu’il a appliqué les consignes thérapeutiques qui lui ont été données à la fin de la séance précédente, et comment il perçoit sa situation à l’instant T. Lorsque les choses fonctionnent, le questionnement éclaire la résolution du problème. Quand ce que l’on a mis en place n’a pas produit les résultats escomptés, le questionnement stratégique doit être réinitialisé.
Le questionnement ou dialogue stratégique inclut le patient dans le processus et renforce la qualité de la relation thérapeutique. Il est très rassurant pour une personne qui, souvent, n’en est pas à sa première tentative thérapeutique, de sentir que le thérapeute n’a pas peur de s’intéresser de près à son problème, aussi sévère ou embarrassant soit-il, et sait poser les bonnes questions. Il est aussi très soulageant pour elle de remarquer que ses réponses sont prises en compte et qu’elle-même devient partie prenante du processus. N’oublions jamais que le spécialiste du problème, c’est ...
Pour lire la suite du Hors-Série 20 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves sur les Questionnements Thérapeutiques....
Nathalie Koralnik Enseigne l’approche systémique et stratégique brève et l’hypnose ericksonienne à l’Institut Gregory Bateson (IGB). Elle consulte en cabinet privé dans la région lyonnaise en français, anglais et italien, et supervise des équipes socio-éducatives dans sa région. Egalement traductrice et interprète, elle traduit des séminaires et des ouvrages dans ses domaines de compétence.
Pour lire la suite du Hors-Série 20 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves. HS20 sur les Questionnements Thérapeutiques. 06 / Éditorial Le questionnement thérapeutique Favoriser le processus de créativité et faire émerger de nouvelles histoires J. Betbèze
08 / Avant-propos Le questionnement, outil de relation et de coopération W. Martineau
10 / En couverture Adrien Nuguet Le Tarot de la danse S. Cohen
12 / Questionnement stratégique J.-A. Malarewicz
22 / Sur le chemin du pardon Stratégies pour faire la paix avec le passé R. Milanese
34 / Comment pourriez-vous aller plus mal ? Une question paradoxale dans la dépression pour « regonfler les pneus et reprendre la route » P. Jeanne-Julien
44 / Le questionnement stratégique de Palo Alto N. Koralnik
56 / Le questionnement dans le modèle de Bruges M.-C. Cabié
66 / « Il nous faudrait un miracle » Spécificités du questionnement narratif dans la question miracle E. Malphettes
78 / Percevoir les ressources, malgré tout, en orientation solutions A. Zeman
93 / Que ressentez-vous maintenant dans le corps ? « Viens, j’t’emmène au vent… » L. Fodorean et C. Gentric
104 / Questionner un lombalgique chronique D. Megglé
114 / Le questionnement en TLMR De l’art de questionner à la transformation des mondes traumatiques E. Bardot
122 / Le questionnement narratif en alcoologie Quand l’histoire compte autant que la boisson G. Ostermann
138 / Quelles sont les questions pouvant guider une séance de mouvements alternatifs ? W. Martineau
Illustrations du numéro: Adrien NUGUET
Sa marque de fabrique est le concept de « tentative de solution », c’est-à-dire tout ce qui est tenté – ou non, d’ailleurs – par une personne et qui, au lieu de véritablement résoudre le problème qui la fait souffrir, le maintient ou même l’aggrave. Ainsi le premier travail du thérapeute stratégique est de découvrir, tout en dialoguant et en faisant connaissance avec le patient (c’est-à-dire en établissant la relation), ce que très concrètement celui-ci fait ou ne fait pas par rapport à ce dont il souffre, dit ou ne dit pas, pense ou ne pense pas, de même que tout ce qui sous-tend ces tentatives de solution et contribue à les entretenir : sa position ainsi que sa vision du monde et ses valeurs, croyances et émotions en lien avec le problème pour lequel il consulte, les éventuelles interactions susceptibles de l’entretenir et, le cas échéant, la position et les motifs des personnes impliquées ainsi que leur impact sur le patient. La dynamique redondante particulière que le questionnement fait émerger dans cette première phase de la thérapie est appelée « le fonctionnement du problème ».
Si cette dynamique semble souvent complexe, le thérapeute doit pouvoir la reformuler en termes très concrets et circulaires : « qui fait ou dit quoi, à qui, quand, comment, et avec quel(s) effet(s) ? ». Cela vient à éclairer sa compréhension, tout comme celle du patient. Ainsi le questionnement ne nous sert pas à établir une anamnèse, mais nous considérons tout ce que le patient peut spontanément nous dire concernant, par exemple, son passé, ses antécédents, son histoire personnelle et familiale à la lumière de notre « grille » de problématisation et d’intervention, et nous posons des questions stratégiques. Notre question d’ouverture, grosso modo, est : « Quel est le problème qui vous amène chez moi aujourd’hui ? » Puis nous cherchons à savoir depuis quand, comment il se manifeste, avec qui, s’il y a des exceptions, et nous explorons tous les aspects mentionnés au premier paragraphe de ce texte. Nous posons donc des questions ouvertes ou fermées afin de mettre en lumière le fonctionnement du problème. La séance se déroule sur le mode du dialogue ; après que le patient a répondu à quelques questions et avant d’en poser d’autres, nous reformulons pour nous assurer que nous avons bien compris, ce qui permet au patient de nous corriger si ce n’est pas le cas, ou alors, si ça l’est, d’avoir l’occasion d’entendre et de se représenter, bout par bout, les différentes dynamiques à l’oeuvre dans son problème.
Cette représentation ou perception est déjà le début de la résolution, car une fois que nous voyons ou que nous sentons comme notre problème fonctionne, notre esprit s’ouvre à de nouvelles possibilités : celles de faire autrement. Ce qui se passe dans cette ouverture est, pour commencer, davantage un « sentir » qu’une prise de conscience intellectuelle. Je me permets d’ajouter ici une évidence : toute ouverture n’est possible que dans un contexte relationnel de qualité. Ce n’est pas parce que l’on fait de la thérapie stratégique que la relation ne compte pas – bien au contraire. C’est grâce à la qualité de la relation et de la communication et à un questionnement stratégique pertinent que l’on accède aux informations nécessaires pour mettre en place une bonne stratégie. Ces trois aspects se soutiennent mutuellement. La communication employée dans le questionnement ou dialogue stratégique tient compte des particularités de la personne et de son problème. Au service de la relation thérapeutique et de l’efficacité et de l’efficience du processus thérapeutique, la communication verbale, paraverbale et non verbale est d’une grande importance. La personne qui consulte doit se sentir écoutée, comprise et rejointe afin de pouvoir accéder en elle-même aux réponses aux questions posées par le thérapeute.
Les compétences communicationnelles s’appliquent naturellement lors du questionnement et, pour reprendre les mots de Milton Erickson, « on parle le langage du patient ». Si nécessaire, les questions cruciales peuvent être posées sur un mode hypnotique pour renforcer leur impact thérapeutique. Le questionnement et la stratégie : la stratégie employée pour résoudre le problème doit épouser le fonctionnement du problème, d’où l’importance de l’avoir bien compris. Techniquement, pour construire une résolution véritable et durable, il faut faire opérer à la personne qui consulte un 180 degrés par rapport à ses tentatives de solution problématiques, ce qui, on le devine, n’est parfois pas une mince affaire. Cela peut nécessiter de la patience et un certain doigté. En effet, nul ne fait exprès de se comporter d’une manière qui l’aggrave, ou d’entretenir des pensées qui vont finir par alimenter sa souffrance.
Dit autrement, l’investigation ou questionnement stratégique doit pouvoir mettre au jour des redondances, lesquelles correspondent à une limitation des possibilités de répondre à certaines situations, ce qui génère de la souffrance. Sur la base de la connaissance qui émergera et qui sera au fur et à mesure partagée avec le patient, nous pourrons donner des indications thérapeutiques visant à l’amener à changer les réactions qui alimentaient les perceptions problématiques, et à modifier les perceptions qui sous-tendaient ces réactions, créant ainsi de nouvelles possibilités – de nouvelles redondances – plus satisfaisantes pour lui, autrement dit des solutions qui fonctionnent.
Le questionnement ou dialogue stratégique permet de mettre en lumière des particularités qui vont faire une grande différence au niveau de l’efficacité du processus de résolution du problème, et par conséquent de l’optimisme thérapeutique. La finesse du questionnement est déterminée par l’expérience du thérapeute. Illustration : une jeune fille de 16 ans consulte pour ce qu’elle et sa mère appellent des « attaques de panique », des « crises d’angoisse » et « beaucoup de stress ». Ne parvenant plus à aller en cours, elle a été déscolarisée dès le deuxième mois de l’année scolaire, et nous sommes en mai. Elle a perdu une année et va devoir redoubler à la rentrée prochaine. Le questionnement stratégique révèle que c’est une phobie de vomir qui déclenche ces moments de grand malêtre (même si elle n’a jamais vomi en public), un contrôle de ce qu’elle mange (pour éviter d’avoir mal au ventre et éventuellement de vomir) et de ses sensations physiques (elle voudrait évidemment éviter de se sentir mal) ; elle a un comportement d’évitement qui s’est généralisé (au moment où nous la voyons, elle du mal à sortir de chez elle pour voir des amis) et toute une série de pensées catastrophiques qui s’activent dès qu’elle doit faire quelque chose, et même désormais lorsqu’elle reste dans sa chambre.
Ce qu’elle-même et son entourage ont tenté jusqu’à présent n’a pas fonctionné ; de sa part : respirer, penser positif, chercher à se détendre ou se distraire ; de la part de ses proches : protéger, rassurer, encourager, exhorter... Autant d’éléments que le thérapeute doit avoir identifiés afin de ne pas les conseiller ! En poursuivant le dialogue stratégique, il apparaît qu’en plus d’éviter les situations, la patiente a d’autres tentatives de solution : elle prend de nombreuses précautions ; par exemple, elle doit toujours avoir certains objets dans son sac « au cas où », comme son téléphone, sa vapoteuse, une bouteille d’eau et des anxiolytiques qu’elle consomme au besoin ; elle ne reste jamais plus de vingt minutes dans une voiture ; son apparence doit toujours être impeccable pour « éviter des stress supplémentaires » – on comprend ainsi que dans l’espoir de se rassurer elle tente non seulement de contrôler ses propres sensations, mais aussi la perception que les autres (pense-t-elle) pourraient avoir d’elle. Et quand le stress est trop intense, elle se gratte jusqu’au sang (scarification) pour se distraire et tenter de le faire baisser – mais le soulagement dure peu. Elle dispose également d’un fort système de soutien, avec une maman très disponible pour l’aider, la conduire, la ramener en voiture, etc., dès qu’elle ne se sent pas bien.
En nous intéressant à ses pensées catastrophiques et en posant des questions discriminantes, nous comprenons qu’elle ne redoute pas que les choses se passent mal, mais plutôt qu’elle est convaincue que les désastres qu’elle projette vont bien avoir lieu ; une distinction qui va nous permettre de proposer tout de suite une indication thérapeutique ciblée (questionnée en début de deuxième séance, la patiente répondra qu’en effet les catastrophes projetées ne se sont jamais réellement produites et que le fait de le reconnaître lui a procuré un soulagement... maintenant, elle a « juste très peur » que les malheurs arrivent, ce qui justifiera le recours à une prescription différente).
Toutes ces informations ont été recueillies dans la première demi-heure de cette première rencontre au cours de ce que l’on pourrait appeler « une agréable conversation », qui n’a rien à voir avec un interrogatoire, et qui comporte aussi nombre de reformulations et de recadrages. La patiente – elle le dira spontanément à la fin de la séance – a l’impression que l’on s’intéresse vraiment à elle et, bien qu’elle avoue s’être sentie au début stressée de devoir parler de ce qui la fait souffrir, se trouve plutôt soulagée à l’issue du rendez- vous. Ces déclarations nous éclairent elles aussi sur le fonctionnement du problème.
On recourt bien évidemment au questionnement stratégique à toutes les étapes du processus thérapeutique. Et ceci notamment pour comprendre comment le patient a vécu le temps écoulé entre les rendez-vous, ce qui s’est passé pour lui lorsqu’il a appliqué les consignes thérapeutiques qui lui ont été données à la fin de la séance précédente, et comment il perçoit sa situation à l’instant T. Lorsque les choses fonctionnent, le questionnement éclaire la résolution du problème. Quand ce que l’on a mis en place n’a pas produit les résultats escomptés, le questionnement stratégique doit être réinitialisé.
Le questionnement ou dialogue stratégique inclut le patient dans le processus et renforce la qualité de la relation thérapeutique. Il est très rassurant pour une personne qui, souvent, n’en est pas à sa première tentative thérapeutique, de sentir que le thérapeute n’a pas peur de s’intéresser de près à son problème, aussi sévère ou embarrassant soit-il, et sait poser les bonnes questions. Il est aussi très soulageant pour elle de remarquer que ses réponses sont prises en compte et qu’elle-même devient partie prenante du processus. N’oublions jamais que le spécialiste du problème, c’est ...
Pour lire la suite du Hors-Série 20 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves sur les Questionnements Thérapeutiques....
Nathalie Koralnik Enseigne l’approche systémique et stratégique brève et l’hypnose ericksonienne à l’Institut Gregory Bateson (IGB). Elle consulte en cabinet privé dans la région lyonnaise en français, anglais et italien, et supervise des équipes socio-éducatives dans sa région. Egalement traductrice et interprète, elle traduit des séminaires et des ouvrages dans ses domaines de compétence.
Pour lire la suite du Hors-Série 20 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves. HS20 sur les Questionnements Thérapeutiques. 06 / Éditorial Le questionnement thérapeutique Favoriser le processus de créativité et faire émerger de nouvelles histoires J. Betbèze
08 / Avant-propos Le questionnement, outil de relation et de coopération W. Martineau
10 / En couverture Adrien Nuguet Le Tarot de la danse S. Cohen
12 / Questionnement stratégique J.-A. Malarewicz
22 / Sur le chemin du pardon Stratégies pour faire la paix avec le passé R. Milanese
34 / Comment pourriez-vous aller plus mal ? Une question paradoxale dans la dépression pour « regonfler les pneus et reprendre la route » P. Jeanne-Julien
44 / Le questionnement stratégique de Palo Alto N. Koralnik
56 / Le questionnement dans le modèle de Bruges M.-C. Cabié
66 / « Il nous faudrait un miracle » Spécificités du questionnement narratif dans la question miracle E. Malphettes
78 / Percevoir les ressources, malgré tout, en orientation solutions A. Zeman
93 / Que ressentez-vous maintenant dans le corps ? « Viens, j’t’emmène au vent… » L. Fodorean et C. Gentric
104 / Questionner un lombalgique chronique D. Megglé
114 / Le questionnement en TLMR De l’art de questionner à la transformation des mondes traumatiques E. Bardot
122 / Le questionnement narratif en alcoologie Quand l’histoire compte autant que la boisson G. Ostermann
138 / Quelles sont les questions pouvant guider une séance de mouvements alternatifs ? W. Martineau
Illustrations du numéro: Adrien NUGUET
Catégories: Hypnose Paris,EMDR,Thérapie Brève Paris
Comment pourriez-vous aller plus mal ? Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
UNE QUESTION PARADOXALE DANS LA DÉPRESSION POUR « REGONFLER LES PNEUS ET REPRENDRE LA ROUTE » Pierre JEANNE-JULIEN.
Demander à une patiente en souffrance dépressive ce qu’elle pourrait faire pour aggraver la situation peut paraître une approche trop paradoxale, sauf si cette question a pour effet d’amorcer chez elle un changement pour la reconnecter au présent et à la vie. Madame L. se présente accompagnée de son mari pour un premier entretien. Elle aborde immédiatement sa situation en se disant désespérée, très abattue et en expliquant que depuis deux ans maintenant elle a perdu toute énergie. Elle se montre très inquiète pour l’avenir : « Vous savez docteur, je ne peux plus rien faire, je n’arrive plus à rien, pour sortir il faut que mon mari m’accompagne parce que moi je ne peux plus le faire, le matin je n’arrive pas à sortir du lit et même pour préparer les repas je n’ai plus d’idées et je ne sais plus quoi faire, je n’arrive même plus à cuisiner… »
Elle évoque cette perte d’énergie comme étant liée à la sensation d’être devenue inutile depuis qu’elle n’est plus sollicitée par ses enfants pour garder des petits-enfants, devenus maintenant adolescents et plus autonomes. Elle parle de sa tristesse, de ses efforts pour aller mieux, en vain, disant que toutes les prises en charge médicales et les traitements dont elle bénéficie ne lui apportent pas de soulagement notable. L’évocation du passé alimente la tristesse d’un paradis perdu, l’avenir n’est qu’une inquiétude impossible à envisager et le présent une plainte continuelle dont elle commence à redouter que cela use son mari qui pourrait bien lui aussi finir par flancher.
« Aidez-moi, répète-t-elle régulièrement tout en ajoutant immédiatement : vous savez, je crois que rien ne peut m’aider, je suis perdue... » C’est donc à la fois la dépression, la tristesse, l’angoisse, le désespoir qui se mélangent dans tout ce qu’elle dit et ressent. D’un point de vue stratégique, cette femme est dans une situation bloquée, qu’avec raison elle n’accepte pas, et contre laquelle elle se débat sans résultats. Que ce soient les efforts inutiles, les plaintes sur le passé ou l’angoisse de l’avenir, elle se heurte à chaque fois au mur de l’impuissance et du découragement.
Ses tentatives de solution aggravent toujours plus sa situation et accentuent son isolement relationnel qui à son tour augmente sa souffrance. Il est donc urgent d’interrompre ce cercle vicieux en bloquant à la fois les projections temporelles et les efforts inutiles. Le premier objectif thérapeutique est donc d’obtenir qu’elle réussisse à accepter de ne plus chercher à améliorer sa situation dans l’immédiat, et de réussir à diminuer autant que possible ses ruminations sur le passé et l’avenir.
Une métaphore (un peu triviale mais efficace) d’une part et une question paradoxale de l’autre vont permettre d’atteindre ce premier objectif.
- Thérapeute : « Vous venez de m’expliquer que rien ne peut vous aider et que tout ce que les médecins ont fait n’a pas eu d’effet suffisant pour vous, est-ce que c’est bien cela ?
- Madame L. : Oui, c’est encore pire qu’avant, j’ai fait tout ce qu’ils m’ont dit mais rien ne peut m’aider.
- Th. : Et vous avez quand même continué à vouloir aller mieux, vous avez continué à faire des efforts ou bien vous avez cessé de chercher à améliorer votre situation ?
- Madame L. : J’essaye de faire des choses mais je n’y arrive pas, je suis trop fatiguée et vous savez, je ne suis plus capable de rien faire. Au début j’essayais de voir encore des amies mais je n’y arrive plus, je n’arrive plus à sortir de chez moi.
- Th. : Donc, vous avez continué à essayer de faire des choses.
- Madame L. : Oui.
- Th. : Et quand vous faites cela, vous trouvez un peu de satisfaction à voir que vous essayez d’aller mieux ou bien cela vous décourage encore plus ?
- Madame L. : Non, cela me décourage parce que je n’y arrive pas et je ne vais pas mieux. Au contraire, je n’arrive plus à rien faire.
- Th. : Est-ce que cela signifie que quand vous faites des efforts cela aggrave votre situation ? La patiente marque un temps de silence et regarde de façon pensive. Cette première proposition de restructuration commence à amorcer le changement de point de vue que ce dialogue vise à produire. Elle finit par acquiescer légèrement sur le fait que les efforts aggravent sa situation...
- Madame L. : Oui, c’est possible, en tout cas je n’y arrive pas.
- Th. : Vous me permettez de vous donner une image de votre situation ? Au fond vous êtes un peu comme une voiture dont les quatre pneus seraient crevés. Cette voiture ne peut plus ni avancer, ni reculer. Elle est totalement bloquée, elle ne peut plus bouger. Du coup, comme vous êtes courageuse, vous passez beaucoup de temps à regonfler les pneus, mais comme les crevaisons n’ont pas d’abord été colmatées, eh bien plus vous gonflez et plus l’air s’échappe. Plus vous gonflez, plus cela se dégonfle... et vous vous épuisez. Vous vous souvenez des Shadoks ?... (Léger sourire de la patiente à cette évocation qu’elle est en âge d’avoir connue.)
- Th. : Alors, si vous en êtes d’accord, je vous propose que nous prenions le temps d’identifier toutes les crevaisons, toutes les fuites d’énergie qu’il y a dans votre vie actuelle pour que nous puissions les colmater avant d’envisager de regonfler les pneus et de reprendre la route. Est-ce que vous êtes d’accord avec ça ? »
Solliciter ainsi l’accord de la patiente permet de préparer le terrain pour lui faire accepter de se centrer sur le présent et de cesser d’évoquer en permanence le passé ou l’avenir qui sont deux horizons perdus pour elle. Cet enjeu est décisif pour pouvoir travailler sur les processus actuels qui entretiennent le problème, en bloquant les projections passées ou à venir qui entraînent une perpétuelle fuite du réel. La dépression apparaît ainsi comme un imaginaire désespéré qui intoxique le patient par un récit toujours négatif sur lui-même dont il n’arrive plus à sortir. Enfermé dans cette perception étroite de son existence, il se trouve coupé de la vie. Il va s’agir de le reconnecter à la vie en lui permettant de percevoir son implication dans les processus vivants actuels qui influent sur son état. Ces processus dont il est partie prenante et qu’il met en oeuvre sans toujours le réaliser.
- Th. : « Si nous voulons identifier toutes les fuites d’énergie qui vous épuisent sans résultats, il faut que nous réfléchissions à quelque chose d’un peu curieux et même d’un peu absurde. Est-ce que vous êtes d’accord avec ça ? Je préfère vous le demander car la question que je dois vous poser va peut-être vous surprendre et pourtant c’est une question extrêmement importante... La patiente acquiesce du regard et se montre captée par l’attente de cette absurdité qui lui est annoncée.
- Th. : Si vous aviez l’idée curieuse de non pas vouloir améliorer les choses, mais de les aggraver. Si vous vouliez aggraver les choses, qu’est-ce qu’il faudrait que vous fassiez ou que vous cessiez de faire ?... Qu’est-ce qu’il faudrait que vous disiez ou que vous cessiez de dire ? Qu’est-ce qu’il faudrait que vous pensiez ou que vous cessiez de penser pour réussir à aggraver votre situation et vous amener à souffrir encore plus ?
- Madame L. : Mais je ne veux pas aggraver les choses ! Vous n’avez pas compris, ma vie est horrible, vous ne vous rendez pas compte, je n’arrive plus à rien, je ne suis même pas capable de savoir ce que je vais faire pour le dîner ce soir, comment je vais faire, je ne suis plus capable de rien…
- Th. : OK, et là quand vous me dites cela, quand vous dites que vous ne pouvez même plus préparer un repas, juste après me l’avoir dit comme vous venez de le faire, qu’est-ce que vous ressentez en vous-même ? Quand vous me dites cela, est-ce que vous êtes soulagée d’avoir pu me le dire, ou bien est-ce que cela vous angoisse encore plus ?
- Madame L. : Non, cela ne me soulage pas, cela m’angoisse encore plus.
- Th. : Vous voulez dire que quand vous dites ce genre de choses cela aggrave la situation ? C’est l’une des fuites d’air qu’il faudrait colmater ?... » Nouveau silence de la patiente qui plonge dans un état hypnotique spontané qui manifeste que la restructuration continue à s’élaborer peu à peu... Au retour de ce silence, elle se montre encore partagée entre l’acquiescement à cette nouvelle perspective et sa difficulté à s’extraire de la plainte. Dans le dialogue avec cette patiente, il faudra toute cette première séance pour peu à peu l’amener à accepter que ses plaintes soient autant de tentatives de solution qui aggravent sa situation. A chaque objection qu’elle mettra en avant pour disqualifier (ou plus justement pour tester) cette nouvelle perspective, la seule réponse sera toujours : « ce que vous venez de dire, cela aggrave ou cela améliore votre situation ? », « vous vous sentez mieux ou moins bien en disant cela ? ».
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PIERRE JEANNE-JULIEN Psychologue clinicien et psychothérapeute en libéral à Nantes. Formateur en hypnose et thérapies brève stratégique, régulateur du master de thérapie stratégique de l’ARePTA avec le CTS d’Arezzo. Superviseur
Pour lire la suite du Hors-Série 20 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves. HS20 sur les Questionnements Thérapeutiques. 06 / Éditorial Le questionnement thérapeutique Favoriser le processus de créativité et faire émerger de nouvelles histoires J. Betbèze
08 / Avant-propos Le questionnement, outil de relation et de coopération W. Martineau
10 / En couverture Adrien Nuguet Le Tarot de la danse S. Cohen
12 / Questionnement stratégique J.-A. Malarewicz
22 / Sur le chemin du pardon Stratégies pour faire la paix avec le passé R. Milanese
34 / Comment pourriez-vous aller plus mal ? Une question paradoxale dans la dépression pour « regonfler les pneus et reprendre la route » P. Jeanne-Julien
44 / Le questionnement stratégique de Palo Alto N. Koralnik
56 / Le questionnement dans le modèle de Bruges M.-C. Cabié
66 / « Il nous faudrait un miracle » Spécificités du questionnement narratif dans la question miracle E. Malphettes
78 / Percevoir les ressources, malgré tout, en orientation solutions A. Zeman
93 / Que ressentez-vous maintenant dans le corps ? « Viens, j’t’emmène au vent… » L. Fodorean et C. Gentric
104 / Questionner un lombalgique chronique D. Megglé
114 / Le questionnement en TLMR De l’art de questionner à la transformation des mondes traumatiques E. Bardot
122 / Le questionnement narratif en alcoologie Quand l’histoire compte autant que la boisson G. Ostermann
138 / Quelles sont les questions pouvant guider une séance de mouvements alternatifs ? W. Martineau
Illustrations du numéro: Adrien NUGUET
Elle évoque cette perte d’énergie comme étant liée à la sensation d’être devenue inutile depuis qu’elle n’est plus sollicitée par ses enfants pour garder des petits-enfants, devenus maintenant adolescents et plus autonomes. Elle parle de sa tristesse, de ses efforts pour aller mieux, en vain, disant que toutes les prises en charge médicales et les traitements dont elle bénéficie ne lui apportent pas de soulagement notable. L’évocation du passé alimente la tristesse d’un paradis perdu, l’avenir n’est qu’une inquiétude impossible à envisager et le présent une plainte continuelle dont elle commence à redouter que cela use son mari qui pourrait bien lui aussi finir par flancher.
« Aidez-moi, répète-t-elle régulièrement tout en ajoutant immédiatement : vous savez, je crois que rien ne peut m’aider, je suis perdue... » C’est donc à la fois la dépression, la tristesse, l’angoisse, le désespoir qui se mélangent dans tout ce qu’elle dit et ressent. D’un point de vue stratégique, cette femme est dans une situation bloquée, qu’avec raison elle n’accepte pas, et contre laquelle elle se débat sans résultats. Que ce soient les efforts inutiles, les plaintes sur le passé ou l’angoisse de l’avenir, elle se heurte à chaque fois au mur de l’impuissance et du découragement.
Ses tentatives de solution aggravent toujours plus sa situation et accentuent son isolement relationnel qui à son tour augmente sa souffrance. Il est donc urgent d’interrompre ce cercle vicieux en bloquant à la fois les projections temporelles et les efforts inutiles. Le premier objectif thérapeutique est donc d’obtenir qu’elle réussisse à accepter de ne plus chercher à améliorer sa situation dans l’immédiat, et de réussir à diminuer autant que possible ses ruminations sur le passé et l’avenir.
Une métaphore (un peu triviale mais efficace) d’une part et une question paradoxale de l’autre vont permettre d’atteindre ce premier objectif.
- Thérapeute : « Vous venez de m’expliquer que rien ne peut vous aider et que tout ce que les médecins ont fait n’a pas eu d’effet suffisant pour vous, est-ce que c’est bien cela ?
- Madame L. : Oui, c’est encore pire qu’avant, j’ai fait tout ce qu’ils m’ont dit mais rien ne peut m’aider.
- Th. : Et vous avez quand même continué à vouloir aller mieux, vous avez continué à faire des efforts ou bien vous avez cessé de chercher à améliorer votre situation ?
- Madame L. : J’essaye de faire des choses mais je n’y arrive pas, je suis trop fatiguée et vous savez, je ne suis plus capable de rien faire. Au début j’essayais de voir encore des amies mais je n’y arrive plus, je n’arrive plus à sortir de chez moi.
- Th. : Donc, vous avez continué à essayer de faire des choses.
- Madame L. : Oui.
- Th. : Et quand vous faites cela, vous trouvez un peu de satisfaction à voir que vous essayez d’aller mieux ou bien cela vous décourage encore plus ?
- Madame L. : Non, cela me décourage parce que je n’y arrive pas et je ne vais pas mieux. Au contraire, je n’arrive plus à rien faire.
- Th. : Est-ce que cela signifie que quand vous faites des efforts cela aggrave votre situation ? La patiente marque un temps de silence et regarde de façon pensive. Cette première proposition de restructuration commence à amorcer le changement de point de vue que ce dialogue vise à produire. Elle finit par acquiescer légèrement sur le fait que les efforts aggravent sa situation...
- Madame L. : Oui, c’est possible, en tout cas je n’y arrive pas.
- Th. : Vous me permettez de vous donner une image de votre situation ? Au fond vous êtes un peu comme une voiture dont les quatre pneus seraient crevés. Cette voiture ne peut plus ni avancer, ni reculer. Elle est totalement bloquée, elle ne peut plus bouger. Du coup, comme vous êtes courageuse, vous passez beaucoup de temps à regonfler les pneus, mais comme les crevaisons n’ont pas d’abord été colmatées, eh bien plus vous gonflez et plus l’air s’échappe. Plus vous gonflez, plus cela se dégonfle... et vous vous épuisez. Vous vous souvenez des Shadoks ?... (Léger sourire de la patiente à cette évocation qu’elle est en âge d’avoir connue.)
- Th. : Alors, si vous en êtes d’accord, je vous propose que nous prenions le temps d’identifier toutes les crevaisons, toutes les fuites d’énergie qu’il y a dans votre vie actuelle pour que nous puissions les colmater avant d’envisager de regonfler les pneus et de reprendre la route. Est-ce que vous êtes d’accord avec ça ? »
Solliciter ainsi l’accord de la patiente permet de préparer le terrain pour lui faire accepter de se centrer sur le présent et de cesser d’évoquer en permanence le passé ou l’avenir qui sont deux horizons perdus pour elle. Cet enjeu est décisif pour pouvoir travailler sur les processus actuels qui entretiennent le problème, en bloquant les projections passées ou à venir qui entraînent une perpétuelle fuite du réel. La dépression apparaît ainsi comme un imaginaire désespéré qui intoxique le patient par un récit toujours négatif sur lui-même dont il n’arrive plus à sortir. Enfermé dans cette perception étroite de son existence, il se trouve coupé de la vie. Il va s’agir de le reconnecter à la vie en lui permettant de percevoir son implication dans les processus vivants actuels qui influent sur son état. Ces processus dont il est partie prenante et qu’il met en oeuvre sans toujours le réaliser.
- Th. : « Si nous voulons identifier toutes les fuites d’énergie qui vous épuisent sans résultats, il faut que nous réfléchissions à quelque chose d’un peu curieux et même d’un peu absurde. Est-ce que vous êtes d’accord avec ça ? Je préfère vous le demander car la question que je dois vous poser va peut-être vous surprendre et pourtant c’est une question extrêmement importante... La patiente acquiesce du regard et se montre captée par l’attente de cette absurdité qui lui est annoncée.
- Th. : Si vous aviez l’idée curieuse de non pas vouloir améliorer les choses, mais de les aggraver. Si vous vouliez aggraver les choses, qu’est-ce qu’il faudrait que vous fassiez ou que vous cessiez de faire ?... Qu’est-ce qu’il faudrait que vous disiez ou que vous cessiez de dire ? Qu’est-ce qu’il faudrait que vous pensiez ou que vous cessiez de penser pour réussir à aggraver votre situation et vous amener à souffrir encore plus ?
- Madame L. : Mais je ne veux pas aggraver les choses ! Vous n’avez pas compris, ma vie est horrible, vous ne vous rendez pas compte, je n’arrive plus à rien, je ne suis même pas capable de savoir ce que je vais faire pour le dîner ce soir, comment je vais faire, je ne suis plus capable de rien…
- Th. : OK, et là quand vous me dites cela, quand vous dites que vous ne pouvez même plus préparer un repas, juste après me l’avoir dit comme vous venez de le faire, qu’est-ce que vous ressentez en vous-même ? Quand vous me dites cela, est-ce que vous êtes soulagée d’avoir pu me le dire, ou bien est-ce que cela vous angoisse encore plus ?
- Madame L. : Non, cela ne me soulage pas, cela m’angoisse encore plus.
- Th. : Vous voulez dire que quand vous dites ce genre de choses cela aggrave la situation ? C’est l’une des fuites d’air qu’il faudrait colmater ?... » Nouveau silence de la patiente qui plonge dans un état hypnotique spontané qui manifeste que la restructuration continue à s’élaborer peu à peu... Au retour de ce silence, elle se montre encore partagée entre l’acquiescement à cette nouvelle perspective et sa difficulté à s’extraire de la plainte. Dans le dialogue avec cette patiente, il faudra toute cette première séance pour peu à peu l’amener à accepter que ses plaintes soient autant de tentatives de solution qui aggravent sa situation. A chaque objection qu’elle mettra en avant pour disqualifier (ou plus justement pour tester) cette nouvelle perspective, la seule réponse sera toujours : « ce que vous venez de dire, cela aggrave ou cela améliore votre situation ? », « vous vous sentez mieux ou moins bien en disant cela ? ».
Pour lire la suite du Hors-Série 20 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves sur les Questionnements Thérapeutiques....
PIERRE JEANNE-JULIEN Psychologue clinicien et psychothérapeute en libéral à Nantes. Formateur en hypnose et thérapies brève stratégique, régulateur du master de thérapie stratégique de l’ARePTA avec le CTS d’Arezzo. Superviseur
Pour lire la suite du Hors-Série 20 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves. HS20 sur les Questionnements Thérapeutiques. 06 / Éditorial Le questionnement thérapeutique Favoriser le processus de créativité et faire émerger de nouvelles histoires J. Betbèze
08 / Avant-propos Le questionnement, outil de relation et de coopération W. Martineau
10 / En couverture Adrien Nuguet Le Tarot de la danse S. Cohen
12 / Questionnement stratégique J.-A. Malarewicz
22 / Sur le chemin du pardon Stratégies pour faire la paix avec le passé R. Milanese
34 / Comment pourriez-vous aller plus mal ? Une question paradoxale dans la dépression pour « regonfler les pneus et reprendre la route » P. Jeanne-Julien
44 / Le questionnement stratégique de Palo Alto N. Koralnik
56 / Le questionnement dans le modèle de Bruges M.-C. Cabié
66 / « Il nous faudrait un miracle » Spécificités du questionnement narratif dans la question miracle E. Malphettes
78 / Percevoir les ressources, malgré tout, en orientation solutions A. Zeman
93 / Que ressentez-vous maintenant dans le corps ? « Viens, j’t’emmène au vent… » L. Fodorean et C. Gentric
104 / Questionner un lombalgique chronique D. Megglé
114 / Le questionnement en TLMR De l’art de questionner à la transformation des mondes traumatiques E. Bardot
122 / Le questionnement narratif en alcoologie Quand l’histoire compte autant que la boisson G. Ostermann
138 / Quelles sont les questions pouvant guider une séance de mouvements alternatifs ? W. Martineau
Illustrations du numéro: Adrien NUGUET
Catégories: Hypnose Paris,EMDR,Thérapie Brève Paris
Sur le chemin du pardon: stratégies pour faire la paix avec le passé. Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
ROBERTA MILANESE. Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
Pouvons-nous pardonner à un parent qui ne nous aimait pas ou à celui qui nous a trompé ? Les torts, les injustices, l’abandon, comme un couteau tranchant, peuvent créer des blessures profondes difficiles à guérir et qui peuvent nous accompagner toute notre vie. Cependant, il existe un « baume miraculeux » pour leur traitement, que le monde scientifique n’a redécouvert que depuis trente ans : le pardon. Il est désormais largement démontré que le pardon produit de nombreux effets bénéfiques sur la santé, tant physique que psychologique. En réalité, la science a simplement redécouvert une pratique déjà connue depuis l’Antiquité et qui constitue l’un des principaux enseignements non seulement des grandes religions monothéistes, mais aussi d’autres mouvements religieux, tels que l’hindouisme et le bouddhisme.
Malheureusement, cependant, la voie vers le pardon est pavée de nombreux obstacles et malentendus qui la rendent souvent impraticable. En nous appuyant sur la sagesse ancienne et moderne, comme les stratégies développées dans le domaine de la psychothérapie stratégique brève, nous avons identifié une voie possible pour accéder à la dimension du pardon. Un véritable voyage à travers notre monde émotionnel, pour pouvoir donner un nouveau sens à ce qui nous est arrivé, jusqu’à ce que nous arrivions enfin à « faire la paix avec le passé ».
Le pouvoir thérapeutique du pardon Pendant longtemps le pardon a été regardé avec suspicion par le monde scientifique car il était considéré comme une question purement religieuse. Mais au cours des trente dernières années, un nombre croissant de chercheurs ont commencé à s’intéresser à cette question, démontrant sans équivoque que pardonner est avant tout bon pour ceux qui pardonnent, tant physiquement que psychologiquement. Les pardonneurs ont tendance à avoir un système immunitaire plus fort, une tension artérielle plus basse et moins de symptômes physiques en général. Le pardon est également associé à des niveaux plus faibles de cortisol, l’hormone du stress, qui a tendance à augmenter de façon spectaculaire chez les personnes vivant dans un état de ressentiment chronique. D’un point de vue psychologique, le pardon est lié à des niveaux plus faibles d’anxiété, de fatigue et de dépression, une meilleure qualité de sommeil, une consommation moindre de drogues et de substances telles que le tabac et l’alcool, et une amélioration des relations avec les autres. En fin de compte, le pardon est un baume capable de guérir définitivement les blessures des torts subis et de les transformer en cicatrices, car il peut intervenir efficacement sur les émotions toxiques de ressentiment et de rancune qui continuent de les contaminer, les empêchant de guérir.
Les principaux obstacles au pardon Comme l’a habilement souligné Clive Staples Lewis : « Tout le monde dit que le pardon est une idée merveilleuse, jusqu’à ce qu’ils aient eux-mêmes quelque chose à pardonner. » En fait, il est courant que la route vers le pardon soit pavée de nombreux obstacles. Voyons les principaux ensemble. Le premier obstacle vient du fait de penser que « pardonner » signifie « oublier » et ainsi s’exposer au risque d’être à nouveau blessé. Garder vivant le souvenir des torts subis nous fait croire que nous nous protégeons de la souffrance future, mais en réalité cela finit par infecter continuellement la blessure plutôt que de l’aider à guérir. Pardonner ne signifie pas oublier ce qui s’est passé, mais décider de laisser partir et de ne plus le porter sur soi comme un rocher.
Un autre obstacle est de confondre « pardonner » avec « justifier » ou « excuser ». En réalité, le pardon ne justifie en rien les torts que nous avons subis. En pardonnant, je suis parfaitement conscient que l’autre personne m’a blessé, mais sans cautionner le tort, je décide de pardonner à la personne qui l’a commis. Nous pouvons donc pardonner à quelqu’un sans accepter son geste, et encore moins l’exempter des conséquences de celui-ci, qui peuvent être de nature judiciaire (si l’autre a commis un crime réel) ou personnelles (comme lorsque nous décidons de pardonner mais pas de se réconcilier, déterminant ainsi la fin de la relation).
Un autre obstacle au pardon est lié à notre besoin naturel de justice, qui flirte souvent avec le désir de vengeance. La tentation de ceux qui ont été offensés est de répondre au mal par le mal. En réalité, lorsque la vengeance est envisagée, non seulement elle n’apporte pas la paix, mais elle finit par compliquer encore davantage le malaise de la victime.
À la racine de la difficulté de pardonner, on trouve aussi la tendance à juger et à attendre que les autres respectent nos attentes, c’est-à-dire qu’ils pensent, ressentent et agissent comme nous le ferions à leur place. Une auto-illusion particulièrement nuisible, surtout dans les relations émotionnelles les plus proches, où les attentes sont souvent enveloppées d’une aura d’idéalisation. Prenez, par exemple, la tendance des enfants à idéaliser leurs parents, leur déception lorsque, généralement à l’adolescence, ils découvrent qu’ils ne sont pas aussi parfaits qu’ils le pensaient. Pensez aussi aux parents qui, sans s’en rendre compte, confient à leurs enfants la responsabilité de mener à bien des projets qu’ils n’ont pas pu réaliser. Le jugement présente aussi une autre caractéristique subtile, celle de s’étendre de l’acte à la personne qui l’a accompli. C’est pourquoi une communication que nous considérons comme impolie se traduit par un jugement sur la personne, qui devient « impolie » et qu’un acte agressif la rend considérée comme « mauvaise ».
En réalité, chaque personne est plus grande que sa culpabilité et ne devrait jamais être identifiée à ses actes. Un dernier obstacle au pardon est lié à la confusion entre « pardon » et « réconciliation », c’est-à-dire penser que le pardon doit nécessairement être suivi d’une réconciliation. En réalité, il n’existe pas de relation systématique entre le pardon et la réconciliation : le pardon est un acte unilatéral et intérieur dont le protagoniste est une seule personne (la victime), tandis que la réconciliation implique la victime et l’auteur, qui devraient tous deux être motivés à rétablir une relation. Evidemment, lorsque la réconciliation est possible et souhaitable, elle peut conduire à la réparation de relations importantes, mais, en soi, la réconciliation n’est pas nécessaire pour l’acte de pardon.
Le piège du pardon conditionnel.
Une fois tous les obstacles précédents surmontés, nous nous retrouvons face à un piège souvent caché : celui du « pardon conditionnel ». C’est cette situation dans laquelle nous déclarons être prêts à pardonner mais seulement sous certaines conditions : le fait que l’autre personne répare le tort causé d’une manière ou d’une autre, compense, ou de toute façon se repente. Le pardon conditionnel est dangereux, car il suppose toute une série de conditions qui ne sont pas nécessairement possibles. En fait, le postulat selon lequel ceux qui ont commis des erreurs en sont conscients, le regrettent et désirent le pardon n’est pas seulement peu évident, mais il est souvent illusoire. Ceux qui font des erreurs ne réalisent souvent pas qu’ils ont fait une erreur, ils peuvent même se considérer comme ayant raison ou même apprécier la souffrance qu’ils ont produite. Ils peuvent aussi en être conscients mais n’avoir pas les outils pour changer, ils peuvent également être morts et ne plus pouvoir s’excuser. Tant que nous attendons de l’auteur qu’il répare l’injustice, nous restons impuissants. Le pardon conditionnel est donc une arme à double tranchant qui, au lieu de vous rendre libre, vous enchaîne encore plus à l’agresseur. Le pardon est notre marge de liberté, cela signifie assumer l’entière responsabilité de ce que nous vivons. Pour toutes ces raisons, le pardon conditionnel peut être considéré comme le grand échec du pardon.
Pardon inconditionnel
D’un point de vue étymologique, le terme « pardonner » dérive du mot « donner » où la préposition « pour » – par son sens intensif – confère au verbe « donner » un sens de complétude. Si « donner », par définition, signifie remettre un bien entre les mains d’un autre sans rien recevoir en retour, « pardonner » équivaut à donner totalement et librement. Dans l’acte de pardon, le donneur offre un cadeau gratuit à l’autre en totale liberté, sans rien attendre ni exiger quoi que ce soit, sans créer ni dette ni réciprocité. Avec le pardon, la victime se libère d’une relation avec l’agresseur dominée par des émotions négatives telles que le ressentiment et la haine, tandis que l’agresseur bénéficie de la grâce de pouvoir entamer une nouvelle relation avec lui-même et, parfois, même avec l’offensé.
Le véritable pardon, donc, ne peut être qu’inconditionnel : ceux qui pardonnent ne demandent rien en retour, ils accordent simplement leur pardon et sont libres, ils retrouvent le pouvoir sur leurs émotions et leur vie. Avec le pardon, la victime se libère d’une relation avec l’agresseur dominée par des émotions toxiques qui risquent de la rendre de plus en plus enchaînée et dépendante de l’agresseur. Le pardon, donc, est avant tout un don qui s’est accordé à soi-même avant même de l’être à l’autre. Un journaliste a un jour demandé à Nelson Mandela : « Comment avez-vous réussi à passer près de trente ans dans une minuscule cellule et à pardonner à ceux qui étaient en colère contre vous ? » Et Mandela a répondu : « Quand je suis sorti par la porte qui mènerait à ma liberté, je savais que si je ne laissais pas derrière moi l’amertume et la haine, je resterais toujours en prison. »
Une voie stratégique vers le pardon...
Pour lire la suite du Hors-Série 20 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves sur les Questionnements Thérapeutiques....
ROBERTA MILANESE Psychologue, psychothérapeute et chercheuse associée au centre de thérapie stratégique d’Arezzo. Elle collabore depuis plus de vingt-cinq ans avec Giorgio Nardone et elle a largement contribué à l’évolution du modèle de la thérapie stratégique. Elle enseigne dans différentes écoles et universités en Italie et participe à des congrès internationaux en Europe, Etats-Unis et Amérique latine. Elle a publié de nombreux livres traduits dans différentes langues dont en français : Manger beaucoup, à la folie, pas du tout... (avec Giorgio Nardone et Tiziana Verbitz), Surmonter les expériences traumatiques avec la thérapie stratégique (avec Federica Cagnoni), Psychopilules. Pour une utilisation éthique et stratégique des médicaments psychoactifs (avec Alberto Caputo), Le toucher, le remède, la parole... (avec Simona Milanese).
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08 / Avant-propos Le questionnement, outil de relation et de coopération W. Martineau
10 / En couverture Adrien Nuguet Le Tarot de la danse S. Cohen
12 / Questionnement stratégique J.-A. Malarewicz
22 / Sur le chemin du pardon Stratégies pour faire la paix avec le passé R. Milanese
34 / Comment pourriez-vous aller plus mal ? Une question paradoxale dans la dépression pour « regonfler les pneus et reprendre la route » P. Jeanne-Julien
44 / Le questionnement stratégique de Palo Alto N. Koralnik
56 / Le questionnement dans le modèle de Bruges M.-C. Cabié
66 / « Il nous faudrait un miracle » Spécificités du questionnement narratif dans la question miracle E. Malphettes
78 / Percevoir les ressources, malgré tout, en orientation solutions A. Zeman
93 / Que ressentez-vous maintenant dans le corps ? « Viens, j’t’emmène au vent… » L. Fodorean et C. Gentric
104 / Questionner un lombalgique chronique D. Megglé
114 / Le questionnement en TLMR De l’art de questionner à la transformation des mondes traumatiques E. Bardot
122 / Le questionnement narratif en alcoologie Quand l’histoire compte autant que la boisson G. Ostermann
138 / Quelles sont les questions pouvant guider une séance de mouvements alternatifs ? W. Martineau
Illustrations du numéro: Adrien NUGUET
Malheureusement, cependant, la voie vers le pardon est pavée de nombreux obstacles et malentendus qui la rendent souvent impraticable. En nous appuyant sur la sagesse ancienne et moderne, comme les stratégies développées dans le domaine de la psychothérapie stratégique brève, nous avons identifié une voie possible pour accéder à la dimension du pardon. Un véritable voyage à travers notre monde émotionnel, pour pouvoir donner un nouveau sens à ce qui nous est arrivé, jusqu’à ce que nous arrivions enfin à « faire la paix avec le passé ».
Le pouvoir thérapeutique du pardon Pendant longtemps le pardon a été regardé avec suspicion par le monde scientifique car il était considéré comme une question purement religieuse. Mais au cours des trente dernières années, un nombre croissant de chercheurs ont commencé à s’intéresser à cette question, démontrant sans équivoque que pardonner est avant tout bon pour ceux qui pardonnent, tant physiquement que psychologiquement. Les pardonneurs ont tendance à avoir un système immunitaire plus fort, une tension artérielle plus basse et moins de symptômes physiques en général. Le pardon est également associé à des niveaux plus faibles de cortisol, l’hormone du stress, qui a tendance à augmenter de façon spectaculaire chez les personnes vivant dans un état de ressentiment chronique. D’un point de vue psychologique, le pardon est lié à des niveaux plus faibles d’anxiété, de fatigue et de dépression, une meilleure qualité de sommeil, une consommation moindre de drogues et de substances telles que le tabac et l’alcool, et une amélioration des relations avec les autres. En fin de compte, le pardon est un baume capable de guérir définitivement les blessures des torts subis et de les transformer en cicatrices, car il peut intervenir efficacement sur les émotions toxiques de ressentiment et de rancune qui continuent de les contaminer, les empêchant de guérir.
Les principaux obstacles au pardon Comme l’a habilement souligné Clive Staples Lewis : « Tout le monde dit que le pardon est une idée merveilleuse, jusqu’à ce qu’ils aient eux-mêmes quelque chose à pardonner. » En fait, il est courant que la route vers le pardon soit pavée de nombreux obstacles. Voyons les principaux ensemble. Le premier obstacle vient du fait de penser que « pardonner » signifie « oublier » et ainsi s’exposer au risque d’être à nouveau blessé. Garder vivant le souvenir des torts subis nous fait croire que nous nous protégeons de la souffrance future, mais en réalité cela finit par infecter continuellement la blessure plutôt que de l’aider à guérir. Pardonner ne signifie pas oublier ce qui s’est passé, mais décider de laisser partir et de ne plus le porter sur soi comme un rocher.
Un autre obstacle est de confondre « pardonner » avec « justifier » ou « excuser ». En réalité, le pardon ne justifie en rien les torts que nous avons subis. En pardonnant, je suis parfaitement conscient que l’autre personne m’a blessé, mais sans cautionner le tort, je décide de pardonner à la personne qui l’a commis. Nous pouvons donc pardonner à quelqu’un sans accepter son geste, et encore moins l’exempter des conséquences de celui-ci, qui peuvent être de nature judiciaire (si l’autre a commis un crime réel) ou personnelles (comme lorsque nous décidons de pardonner mais pas de se réconcilier, déterminant ainsi la fin de la relation).
Un autre obstacle au pardon est lié à notre besoin naturel de justice, qui flirte souvent avec le désir de vengeance. La tentation de ceux qui ont été offensés est de répondre au mal par le mal. En réalité, lorsque la vengeance est envisagée, non seulement elle n’apporte pas la paix, mais elle finit par compliquer encore davantage le malaise de la victime.
À la racine de la difficulté de pardonner, on trouve aussi la tendance à juger et à attendre que les autres respectent nos attentes, c’est-à-dire qu’ils pensent, ressentent et agissent comme nous le ferions à leur place. Une auto-illusion particulièrement nuisible, surtout dans les relations émotionnelles les plus proches, où les attentes sont souvent enveloppées d’une aura d’idéalisation. Prenez, par exemple, la tendance des enfants à idéaliser leurs parents, leur déception lorsque, généralement à l’adolescence, ils découvrent qu’ils ne sont pas aussi parfaits qu’ils le pensaient. Pensez aussi aux parents qui, sans s’en rendre compte, confient à leurs enfants la responsabilité de mener à bien des projets qu’ils n’ont pas pu réaliser. Le jugement présente aussi une autre caractéristique subtile, celle de s’étendre de l’acte à la personne qui l’a accompli. C’est pourquoi une communication que nous considérons comme impolie se traduit par un jugement sur la personne, qui devient « impolie » et qu’un acte agressif la rend considérée comme « mauvaise ».
En réalité, chaque personne est plus grande que sa culpabilité et ne devrait jamais être identifiée à ses actes. Un dernier obstacle au pardon est lié à la confusion entre « pardon » et « réconciliation », c’est-à-dire penser que le pardon doit nécessairement être suivi d’une réconciliation. En réalité, il n’existe pas de relation systématique entre le pardon et la réconciliation : le pardon est un acte unilatéral et intérieur dont le protagoniste est une seule personne (la victime), tandis que la réconciliation implique la victime et l’auteur, qui devraient tous deux être motivés à rétablir une relation. Evidemment, lorsque la réconciliation est possible et souhaitable, elle peut conduire à la réparation de relations importantes, mais, en soi, la réconciliation n’est pas nécessaire pour l’acte de pardon.
Le piège du pardon conditionnel.
Une fois tous les obstacles précédents surmontés, nous nous retrouvons face à un piège souvent caché : celui du « pardon conditionnel ». C’est cette situation dans laquelle nous déclarons être prêts à pardonner mais seulement sous certaines conditions : le fait que l’autre personne répare le tort causé d’une manière ou d’une autre, compense, ou de toute façon se repente. Le pardon conditionnel est dangereux, car il suppose toute une série de conditions qui ne sont pas nécessairement possibles. En fait, le postulat selon lequel ceux qui ont commis des erreurs en sont conscients, le regrettent et désirent le pardon n’est pas seulement peu évident, mais il est souvent illusoire. Ceux qui font des erreurs ne réalisent souvent pas qu’ils ont fait une erreur, ils peuvent même se considérer comme ayant raison ou même apprécier la souffrance qu’ils ont produite. Ils peuvent aussi en être conscients mais n’avoir pas les outils pour changer, ils peuvent également être morts et ne plus pouvoir s’excuser. Tant que nous attendons de l’auteur qu’il répare l’injustice, nous restons impuissants. Le pardon conditionnel est donc une arme à double tranchant qui, au lieu de vous rendre libre, vous enchaîne encore plus à l’agresseur. Le pardon est notre marge de liberté, cela signifie assumer l’entière responsabilité de ce que nous vivons. Pour toutes ces raisons, le pardon conditionnel peut être considéré comme le grand échec du pardon.
Pardon inconditionnel
D’un point de vue étymologique, le terme « pardonner » dérive du mot « donner » où la préposition « pour » – par son sens intensif – confère au verbe « donner » un sens de complétude. Si « donner », par définition, signifie remettre un bien entre les mains d’un autre sans rien recevoir en retour, « pardonner » équivaut à donner totalement et librement. Dans l’acte de pardon, le donneur offre un cadeau gratuit à l’autre en totale liberté, sans rien attendre ni exiger quoi que ce soit, sans créer ni dette ni réciprocité. Avec le pardon, la victime se libère d’une relation avec l’agresseur dominée par des émotions négatives telles que le ressentiment et la haine, tandis que l’agresseur bénéficie de la grâce de pouvoir entamer une nouvelle relation avec lui-même et, parfois, même avec l’offensé.
Le véritable pardon, donc, ne peut être qu’inconditionnel : ceux qui pardonnent ne demandent rien en retour, ils accordent simplement leur pardon et sont libres, ils retrouvent le pouvoir sur leurs émotions et leur vie. Avec le pardon, la victime se libère d’une relation avec l’agresseur dominée par des émotions toxiques qui risquent de la rendre de plus en plus enchaînée et dépendante de l’agresseur. Le pardon, donc, est avant tout un don qui s’est accordé à soi-même avant même de l’être à l’autre. Un journaliste a un jour demandé à Nelson Mandela : « Comment avez-vous réussi à passer près de trente ans dans une minuscule cellule et à pardonner à ceux qui étaient en colère contre vous ? » Et Mandela a répondu : « Quand je suis sorti par la porte qui mènerait à ma liberté, je savais que si je ne laissais pas derrière moi l’amertume et la haine, je resterais toujours en prison. »
Une voie stratégique vers le pardon...
Pour lire la suite du Hors-Série 20 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves sur les Questionnements Thérapeutiques....
ROBERTA MILANESE Psychologue, psychothérapeute et chercheuse associée au centre de thérapie stratégique d’Arezzo. Elle collabore depuis plus de vingt-cinq ans avec Giorgio Nardone et elle a largement contribué à l’évolution du modèle de la thérapie stratégique. Elle enseigne dans différentes écoles et universités en Italie et participe à des congrès internationaux en Europe, Etats-Unis et Amérique latine. Elle a publié de nombreux livres traduits dans différentes langues dont en français : Manger beaucoup, à la folie, pas du tout... (avec Giorgio Nardone et Tiziana Verbitz), Surmonter les expériences traumatiques avec la thérapie stratégique (avec Federica Cagnoni), Psychopilules. Pour une utilisation éthique et stratégique des médicaments psychoactifs (avec Alberto Caputo), Le toucher, le remède, la parole... (avec Simona Milanese).
Pour lire la suite du Hors-Série 20 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves. HS20 sur les Questionnements Thérapeutiques. 06 / Éditorial Le questionnement thérapeutique Favoriser le processus de créativité et faire émerger de nouvelles histoires J. Betbèze
08 / Avant-propos Le questionnement, outil de relation et de coopération W. Martineau
10 / En couverture Adrien Nuguet Le Tarot de la danse S. Cohen
12 / Questionnement stratégique J.-A. Malarewicz
22 / Sur le chemin du pardon Stratégies pour faire la paix avec le passé R. Milanese
34 / Comment pourriez-vous aller plus mal ? Une question paradoxale dans la dépression pour « regonfler les pneus et reprendre la route » P. Jeanne-Julien
44 / Le questionnement stratégique de Palo Alto N. Koralnik
56 / Le questionnement dans le modèle de Bruges M.-C. Cabié
66 / « Il nous faudrait un miracle » Spécificités du questionnement narratif dans la question miracle E. Malphettes
78 / Percevoir les ressources, malgré tout, en orientation solutions A. Zeman
93 / Que ressentez-vous maintenant dans le corps ? « Viens, j’t’emmène au vent… » L. Fodorean et C. Gentric
104 / Questionner un lombalgique chronique D. Megglé
114 / Le questionnement en TLMR De l’art de questionner à la transformation des mondes traumatiques E. Bardot
122 / Le questionnement narratif en alcoologie Quand l’histoire compte autant que la boisson G. Ostermann
138 / Quelles sont les questions pouvant guider une séance de mouvements alternatifs ? W. Martineau
Illustrations du numéro: Adrien NUGUET
Catégories: Hypnose Paris,EMDR,Thérapie Brève Paris
Le questionnement stratégique. Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
Dr Jacques-Antoine Malarewicz.
L’auteur se propose ici de questionner le questionnement afin d’en mieux faire ressortir les traits caractéristiques, et notamment la dimension circulaire. Dans sa conduite de l’entretien, le professionnel face au patient doit adapter sa stratégie en fonction de combinaisons complexes, entre paradoxes et confusion, problème et solution, demandes cachées, interactions ou triangulation, « signaux faibles » et « coq-à-l’âne », intuition et improvisation, tout en privilégiant les détours et en s’interdisant les dérobades. Bref, il devra user de toute la dynamique de l’art du questionnement.
« Poser des questions ! » Contrairement aux apparences, cela n’en revient pas simplement à s’enquérir d’une ou de plusieurs informations, au mieux, auprès de la personne ou des personnes qui sont les plus à même de les fournir. Ce n’est pas uniquement faire en sorte de mieux connaître une situation, auquel cas le professionnel/psychothérapeute risque de s’enfermer dans un enjeu assez étroit, comme si son seul rôle pouvait alors s’apparenter à celui d’un policier qui s’évertue à se construire une représentation aussi précise que possible de la réalité à laquelle il se confronte.
Il y a mille et une manières de poser des questions. Qu’en est-il donc de l’éventuelle dimension stratégique du questionnement qui peut être conduit face à un ou plusieurs clients ? Je veux d’emblée préciser que la distinction qui peut être faite avec d’autres formes ou d’autres techniques importe peu car leur usage évolue sans cesse. En effet, sur ce point comme sur bien d’autres, avec l’expérience et l’éloignement de sa formation initiale, chacun rassemble – dans l’improvisation – un bouquet de prises de position qui le caractérise. Au mieux, il puise dans différentes approches des outils qui correspondent à sa personnalité et lui permettent souvent de trahir ses choix initiaux. Je précise d’emblée que la dimension stratégique de cette technique renvoie à une autre notion qui est celle de circularité. De plus, comment ne pas préciser d’emblée que, d’un point de vue historique, cet état d’esprit trouve ses origines dans la pratique de Milton H. Erickson comme les quelques enregistrements disponibles de certains de ses entretiens l’illustrent parfaitement.
En voici des principales caractéristiques.
- La priorité est donnée aux objectifs plutôt qu’aux moyens. Plus exactement, le premier souci du professionnel est de ne pas confondre ces deux dimensions. En effet, dans la plupart des demandes de prises en charge telles qu’elles se présentent, des moyens sont annoncés comme étant des objectifs. Par exemple, « avoir davantage confiance en soi » ou « pouvoir s’affirmer face aux autres » ne sont pas des objectifs en soi mais une des conditions requises afin de mieux répondre à d’autres finalités.
- La complexité des situations est non seulement admise, tolérée ou acceptée mais également favorisée. Cette complexité, en l’occurrence pour un professionnel, peut être définie par le fait qu’il lui est impossible de connaître les limites de son ignorance, autrement dit : il ne sait pas ce qu’il ne sait pas !
- Cette complexité est inhérente à toute forme de communication. Il en résulte que le parti pris du professionnel n’est pas de simplifier la situation, notamment par l’usage abusif de modèles et de théories, mais de la complexifier.
- Du point précédent résulte le fait qu’être stratégique c’est avant tout savoir manier les paradoxes et la confusion. Il s’agit d’être, en quelque sorte, plus inventif que ce que proposent les évidences et de ne pas aller, comme cela est tentant et donc banal, vers une simplification de la situation.
- Les paradoxes sont des étranges objets porteurs d’interactions qui présentent plusieurs facettes à la fois, sans qu’aucune d’entre elles puisse prétendre être plus pertinente ou plus éclairante que les autres. Autrement dit, devant cette pluralité d’approches possibles, s’impose la perplexité et, parfois, l’amusement ou, tout à l’inverse, le découragement.
- Dans le même registre, un des paradoxes fondamentaux, de nature encore une fois systémique, en revient à considérer que tout problème est également une solution ! Dès lors, il est impossible de prendre simplement en compte un problème en tant que problème, sans envisager également de l’aborder en considérant qu’il est également une solution. Ces deux approches coexistent mais à des niveaux logiques différents, là est toute la difficulté car il s’agit bien d’identifier ces différents niveaux. Ainsi un problème à un niveau du système, notamment lorsqu’un individu est dit porteur d’un problème spécifique, est une solution pour l’ensemble du système. Cette manière de voir les choses implique, dans toute la mesure du possible, de se donner les moyens de travailler avec l’ensemble de ce système, c’est-à-dire le couple et/ou la famille.
- Le professionnel met toute son énergie dans le fait de rester maître du cadre de la discussion. Autrement dit, il veille à être en position haute sur les « où, quand, comment » de la discussion, et en position basse sur la teneur et la valeur des informations partagées. D’une façon générale, ce qui fonde cette attitude est qu’il considère que le cadre détermine le contenu.
- De même – autre paradoxe – l’improvisation est la règle. Pour chaque situation doivent, dans toute la mesure du possible, émerger des prises de positions qui ne s’insèrent pas nécessairement dans un schéma, ou une catégorie de schémas préétablis. D’où, là encore, la méfiance vis-à-vis des modèles qui n’ont de valeur que dans leur dimension consensuelle.
- L’alliance est constamment recherchée avec les compétences homéostasiques du ou des patients. C’est moins l’empathie envers les personnes qui importe que le respect de cette homéostasie, ce qui en revient à considérer que les potentialités de non-changement de tout un chacun sont – au moins – aussi importantes que ses besoins de changement.
- L’indirectivité est ici essentielle. C’est en biais, c’est-à-dire par l’oblique, que les situations sont abordées grâce à ces constants détours qui peuvent adopter des cheminements surprenants, incongrus ou inhabituels. Cette indirectivité est d’autant plus pertinente que chaque interlocuteur tente de rester dans son rôle afin de satisfaire ses propres intérêts et de faire valoir son seul point de vue.
- C’est ainsi que certains termes dans le questionnement, qui sont également des tics de langage, doivent être bannis. Ainsi, « on », « nous », « peut-être », « un peu » ou encore l’usage du verbe « penser », sont à exclure car ils induisent les dérobades et une trop grande subjectivité, ce qui risque d’aboutir à un non-engagement des personnes pourtant, selon toutes les apparences, actrices de la situation.
- La mise en évidence des demandes cachées ou des besoins qui vont bien au-delà de ce qui est annoncé est déterminante. Etre stratégique consiste alors à répondre à ces différents niveaux de logique, ce qui n’est possible, encore une fois, que dans la pleine acceptation de la complexité des situations.
- C’est ainsi qu’une des manières de décrire l’état d’esprit dans lequel un professionnel utilise ce genre de technique est de considérer que son objectif n’est pas de s’enrichir lui-même, bien évidemment en termes de quantité ou de qualité d’informations, mais de faire émerger, à l’intention de ceux-là même qui les produisent, des représentations nouvelles de la situation.
- L’importance accordée aux triangulations et aux alliances qui en découlent ne peut être ignorée. Ces notions s’appuient sur le fait qu’au coeur des relations duelles au moins un troisième terme est toujours présent.
- Ces notions de triangulation et d’alliance prennent une importance encore plus immédiate lorsqu’il est question de travailler avec un couple ou une famille. Dès lors se forment une multitude de triangulations et d’alliances tournantes qui dynamisent la discussion.
- La circularité est donc ici une des principales sources de la complexité. Ainsi lorsque deux personnes se rencontrent, elles évoquent toujours un tiers qui peut être un autre individu, une idée, un projet ou une notion aussi subjective, par exemple, qu’une banale séance de psychothérapie ou une prise de rendez-vous. Ce troisième sommet du triangle peut lui-même être l’objet d’une alliance ou d’un rejet. En ce cas, l’art du questionnement consiste également, pour un professionnel, à faire en sorte de construire une alliance contre lui. Il reste alors toujours maître du cadre de son intervention.
- La mise en confusion, qui mobilise elle-même l’effet de surprise, l’inattendu ou encore ce qu’on appelle le « coq-à-l’âne », en revient à éloigner toute rationalité afin de permettre de prendre des chemins de traverse jusqu’à envisager des solutions – jusque-là – impossibles à envisager.
- Dans ce type de technique, chaque terme utilisé est déterminant, tous les mots comptent. Ceux-ci trouvent leur pertinence tout autant par ce qu’ils signifient immédiatement que par ce qu’ils évoquent, même de très loin. Il reste que ce n’est pas ce qui est dit qui importe que ce qui est perçu par autrui. Ainsi, s’entendre et s’écouter, c’est-à-dire diminuer cette distance, est d’abord affaire de précision dans les termes choisis.
Pour lire la suite du Hors-Série 20 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves sur les Questionnements Thérapeutiques....
Dr Jacques-Antoine Malarewicz. Psychiatre, thérapeute familial, auteur de plusieurs ouvrages sur Milton H. Erickson, sur l’approche systémique et l’orientation stratégique, mais aussi sur le couple et plus récemment sur Otto Weininger. Il poursuit son activité comme consultant en entreprise et psychothérapeute.
Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20. 06 / Éditorial Le questionnement thérapeutique Favoriser le processus de créativité et faire émerger de nouvelles histoires J. Betbèze
08 / Avant-propos Le questionnement, outil de relation et de coopération W. Martineau
10 / En couverture Adrien Nuguet Le Tarot de la danse S. Cohen
12 / Questionnement stratégique J.-A. Malarewicz
22 / Sur le chemin du pardon Stratégies pour faire la paix avec le passé R. Milanese
34 / Comment pourriez-vous aller plus mal ? Une question paradoxale dans la dépression pour « regonfler les pneus et reprendre la route » P. Jeanne-Julien
44 / Le questionnement stratégique de Palo Alto N. Koralnik
56 / Le questionnement dans le modèle de Bruges M.-C. Cabié
66 / « Il nous faudrait un miracle » Spécificités du questionnement narratif dans la question miracle E. Malphettes
78 / Percevoir les ressources, malgré tout, en orientation solutions A. Zeman
93 / Que ressentez-vous maintenant dans le corps ? « Viens, j’t’emmène au vent… » L. Fodorean et C. Gentric
104 / Questionner un lombalgique chronique D. Megglé
114 / Le questionnement en TLMR De l’art de questionner à la transformation des mondes traumatiques E. Bardot
122 / Le questionnement narratif en alcoologie Quand l’histoire compte autant que la boisson G. Ostermann
138 / Quelles sont les questions pouvant guider une séance de mouvements alternatifs ? W. Martineau
Illustrations du numéro: Adrien NUGUET
« Poser des questions ! » Contrairement aux apparences, cela n’en revient pas simplement à s’enquérir d’une ou de plusieurs informations, au mieux, auprès de la personne ou des personnes qui sont les plus à même de les fournir. Ce n’est pas uniquement faire en sorte de mieux connaître une situation, auquel cas le professionnel/psychothérapeute risque de s’enfermer dans un enjeu assez étroit, comme si son seul rôle pouvait alors s’apparenter à celui d’un policier qui s’évertue à se construire une représentation aussi précise que possible de la réalité à laquelle il se confronte.
Il y a mille et une manières de poser des questions. Qu’en est-il donc de l’éventuelle dimension stratégique du questionnement qui peut être conduit face à un ou plusieurs clients ? Je veux d’emblée préciser que la distinction qui peut être faite avec d’autres formes ou d’autres techniques importe peu car leur usage évolue sans cesse. En effet, sur ce point comme sur bien d’autres, avec l’expérience et l’éloignement de sa formation initiale, chacun rassemble – dans l’improvisation – un bouquet de prises de position qui le caractérise. Au mieux, il puise dans différentes approches des outils qui correspondent à sa personnalité et lui permettent souvent de trahir ses choix initiaux. Je précise d’emblée que la dimension stratégique de cette technique renvoie à une autre notion qui est celle de circularité. De plus, comment ne pas préciser d’emblée que, d’un point de vue historique, cet état d’esprit trouve ses origines dans la pratique de Milton H. Erickson comme les quelques enregistrements disponibles de certains de ses entretiens l’illustrent parfaitement.
En voici des principales caractéristiques.
- La priorité est donnée aux objectifs plutôt qu’aux moyens. Plus exactement, le premier souci du professionnel est de ne pas confondre ces deux dimensions. En effet, dans la plupart des demandes de prises en charge telles qu’elles se présentent, des moyens sont annoncés comme étant des objectifs. Par exemple, « avoir davantage confiance en soi » ou « pouvoir s’affirmer face aux autres » ne sont pas des objectifs en soi mais une des conditions requises afin de mieux répondre à d’autres finalités.
- La complexité des situations est non seulement admise, tolérée ou acceptée mais également favorisée. Cette complexité, en l’occurrence pour un professionnel, peut être définie par le fait qu’il lui est impossible de connaître les limites de son ignorance, autrement dit : il ne sait pas ce qu’il ne sait pas !
- Cette complexité est inhérente à toute forme de communication. Il en résulte que le parti pris du professionnel n’est pas de simplifier la situation, notamment par l’usage abusif de modèles et de théories, mais de la complexifier.
- Du point précédent résulte le fait qu’être stratégique c’est avant tout savoir manier les paradoxes et la confusion. Il s’agit d’être, en quelque sorte, plus inventif que ce que proposent les évidences et de ne pas aller, comme cela est tentant et donc banal, vers une simplification de la situation.
- Les paradoxes sont des étranges objets porteurs d’interactions qui présentent plusieurs facettes à la fois, sans qu’aucune d’entre elles puisse prétendre être plus pertinente ou plus éclairante que les autres. Autrement dit, devant cette pluralité d’approches possibles, s’impose la perplexité et, parfois, l’amusement ou, tout à l’inverse, le découragement.
- Dans le même registre, un des paradoxes fondamentaux, de nature encore une fois systémique, en revient à considérer que tout problème est également une solution ! Dès lors, il est impossible de prendre simplement en compte un problème en tant que problème, sans envisager également de l’aborder en considérant qu’il est également une solution. Ces deux approches coexistent mais à des niveaux logiques différents, là est toute la difficulté car il s’agit bien d’identifier ces différents niveaux. Ainsi un problème à un niveau du système, notamment lorsqu’un individu est dit porteur d’un problème spécifique, est une solution pour l’ensemble du système. Cette manière de voir les choses implique, dans toute la mesure du possible, de se donner les moyens de travailler avec l’ensemble de ce système, c’est-à-dire le couple et/ou la famille.
- Le professionnel met toute son énergie dans le fait de rester maître du cadre de la discussion. Autrement dit, il veille à être en position haute sur les « où, quand, comment » de la discussion, et en position basse sur la teneur et la valeur des informations partagées. D’une façon générale, ce qui fonde cette attitude est qu’il considère que le cadre détermine le contenu.
- De même – autre paradoxe – l’improvisation est la règle. Pour chaque situation doivent, dans toute la mesure du possible, émerger des prises de positions qui ne s’insèrent pas nécessairement dans un schéma, ou une catégorie de schémas préétablis. D’où, là encore, la méfiance vis-à-vis des modèles qui n’ont de valeur que dans leur dimension consensuelle.
- L’alliance est constamment recherchée avec les compétences homéostasiques du ou des patients. C’est moins l’empathie envers les personnes qui importe que le respect de cette homéostasie, ce qui en revient à considérer que les potentialités de non-changement de tout un chacun sont – au moins – aussi importantes que ses besoins de changement.
- L’indirectivité est ici essentielle. C’est en biais, c’est-à-dire par l’oblique, que les situations sont abordées grâce à ces constants détours qui peuvent adopter des cheminements surprenants, incongrus ou inhabituels. Cette indirectivité est d’autant plus pertinente que chaque interlocuteur tente de rester dans son rôle afin de satisfaire ses propres intérêts et de faire valoir son seul point de vue.
- C’est ainsi que certains termes dans le questionnement, qui sont également des tics de langage, doivent être bannis. Ainsi, « on », « nous », « peut-être », « un peu » ou encore l’usage du verbe « penser », sont à exclure car ils induisent les dérobades et une trop grande subjectivité, ce qui risque d’aboutir à un non-engagement des personnes pourtant, selon toutes les apparences, actrices de la situation.
- La mise en évidence des demandes cachées ou des besoins qui vont bien au-delà de ce qui est annoncé est déterminante. Etre stratégique consiste alors à répondre à ces différents niveaux de logique, ce qui n’est possible, encore une fois, que dans la pleine acceptation de la complexité des situations.
- C’est ainsi qu’une des manières de décrire l’état d’esprit dans lequel un professionnel utilise ce genre de technique est de considérer que son objectif n’est pas de s’enrichir lui-même, bien évidemment en termes de quantité ou de qualité d’informations, mais de faire émerger, à l’intention de ceux-là même qui les produisent, des représentations nouvelles de la situation.
- L’importance accordée aux triangulations et aux alliances qui en découlent ne peut être ignorée. Ces notions s’appuient sur le fait qu’au coeur des relations duelles au moins un troisième terme est toujours présent.
- Ces notions de triangulation et d’alliance prennent une importance encore plus immédiate lorsqu’il est question de travailler avec un couple ou une famille. Dès lors se forment une multitude de triangulations et d’alliances tournantes qui dynamisent la discussion.
- La circularité est donc ici une des principales sources de la complexité. Ainsi lorsque deux personnes se rencontrent, elles évoquent toujours un tiers qui peut être un autre individu, une idée, un projet ou une notion aussi subjective, par exemple, qu’une banale séance de psychothérapie ou une prise de rendez-vous. Ce troisième sommet du triangle peut lui-même être l’objet d’une alliance ou d’un rejet. En ce cas, l’art du questionnement consiste également, pour un professionnel, à faire en sorte de construire une alliance contre lui. Il reste alors toujours maître du cadre de son intervention.
- La mise en confusion, qui mobilise elle-même l’effet de surprise, l’inattendu ou encore ce qu’on appelle le « coq-à-l’âne », en revient à éloigner toute rationalité afin de permettre de prendre des chemins de traverse jusqu’à envisager des solutions – jusque-là – impossibles à envisager.
- Dans ce type de technique, chaque terme utilisé est déterminant, tous les mots comptent. Ceux-ci trouvent leur pertinence tout autant par ce qu’ils signifient immédiatement que par ce qu’ils évoquent, même de très loin. Il reste que ce n’est pas ce qui est dit qui importe que ce qui est perçu par autrui. Ainsi, s’entendre et s’écouter, c’est-à-dire diminuer cette distance, est d’abord affaire de précision dans les termes choisis.
Pour lire la suite du Hors-Série 20 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves sur les Questionnements Thérapeutiques....
Dr Jacques-Antoine Malarewicz. Psychiatre, thérapeute familial, auteur de plusieurs ouvrages sur Milton H. Erickson, sur l’approche systémique et l’orientation stratégique, mais aussi sur le couple et plus récemment sur Otto Weininger. Il poursuit son activité comme consultant en entreprise et psychothérapeute.
Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20. 06 / Éditorial Le questionnement thérapeutique Favoriser le processus de créativité et faire émerger de nouvelles histoires J. Betbèze
08 / Avant-propos Le questionnement, outil de relation et de coopération W. Martineau
10 / En couverture Adrien Nuguet Le Tarot de la danse S. Cohen
12 / Questionnement stratégique J.-A. Malarewicz
22 / Sur le chemin du pardon Stratégies pour faire la paix avec le passé R. Milanese
34 / Comment pourriez-vous aller plus mal ? Une question paradoxale dans la dépression pour « regonfler les pneus et reprendre la route » P. Jeanne-Julien
44 / Le questionnement stratégique de Palo Alto N. Koralnik
56 / Le questionnement dans le modèle de Bruges M.-C. Cabié
66 / « Il nous faudrait un miracle » Spécificités du questionnement narratif dans la question miracle E. Malphettes
78 / Percevoir les ressources, malgré tout, en orientation solutions A. Zeman
93 / Que ressentez-vous maintenant dans le corps ? « Viens, j’t’emmène au vent… » L. Fodorean et C. Gentric
104 / Questionner un lombalgique chronique D. Megglé
114 / Le questionnement en TLMR De l’art de questionner à la transformation des mondes traumatiques E. Bardot
122 / Le questionnement narratif en alcoologie Quand l’histoire compte autant que la boisson G. Ostermann
138 / Quelles sont les questions pouvant guider une séance de mouvements alternatifs ? W. Martineau
Illustrations du numéro: Adrien NUGUET
Catégories: Hypnose Paris,EMDR,Thérapie Brève Paris
Le questionnement thérapeutique. Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
Favoriser le processus de créativité et faire émerger de nouvelles histoires. Par Julien BETBÈZE
Wilfrid Martineau a accepté d’être rédacteur en chef invité pour ce numéro « Hors-Série » sur le questionnement thérapeutique. Si je lui ai demandé de coordonner ce numéro, c’est en raison de sa capacité de percevoir l’unité des thérapies brèves et de l’hypnose ericksonienne. De plus, sa grande expérience de thérapeute et d’enseignant lui permet d’intégrer cette unité tout au long du processus thérapeutique. Il ne s’agit pas de connaître tous les types de questions, mais de saisir l’intention de chaque question dans un contexte singulier, afin de favoriser le processus de créativité chez le patient et le thérapeute.
Le questionnement ne cherche pas simplement à obtenir des réponses du sujet mais à faire émerger, à partir de ses réponses, de nouvelles histoires dans lesquelles la perception du sujet sera élargie. Alors il pourra retrouver la capacité d’accueillir ses propres ressentis sensoriels et d’expérimenter une subjectivité vivante au sein même de sa vie relationnelle.
Ainsi les questions ne deviennent thérapeutiques que si elles rendent possible la reconnection avec la sécurité relationnelle, l’estime de soi et le monde des valeurs. Et c’est lorsque, suite à une pertubation existentielle, le sujet ne parvient plus à une telle reconnection, que le thérapeute doit être particulièrement attentif à sa position et au type de langage qu’il utilise comme support du questionnement ; cela passe par une observation de la manière dont le sujet entend l’intention des questions et développe une nouvelle capacité à répondre, non à partir du mental, mais à partir d’une expérience partagée. Dans cet espace partagé, l’accordage redonne sa place à la créativité et rend possible une prise de position s’appuyant sur une vie où les actions sont en lien avec la liberté.
La responsabilité des thérapeutes dans les conversations est de développer des récits de progrès, en étant attentifs au thème des exceptions par rapport au problème et aux ressources en lien avec les objectifs. Il est important de saisir que l’exception doit être décrite comme un phénomène de résistance au sein même de l’espace problème, et les ressources comme des ressources relationnelles en lien avec des actions ayant du sens.
Si nous comprenons le questionnement comme l’utilisation d’un langage visant un changement de perception, nous pouvons dire que, pour que le questionnement soit stratégique, il doit faire émerger de nouvelles histoires où s’ouvre un espace dans lequel les actions sont en lien avec les intentions, remettant ainsi en place les processus d’accordage. En ce sens, toutes les thérapies brèves sont des approches qui rendent possibles les expériences de coopération, ce que Milton Erickson décrit comme étant le sens des conversations hypnotiques.
Dr Julien Betbèze Rédacteur en chef de la revue « Hypnose & Thérapies brèves ». Pédopsychiatre et psychiatre adultes, Chargé de cours à la Faculté de médecine de Nantes et au sein des Instituts de la CFHTB. Formateur en hypnose, thérapies stratégiques, solutionnistes et narratives à l’ARePTA-IMHENA. Coauteur de nombreux ouvrages et publications.
Pour lire la suite du Hors-Série 20 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves. HS20 sur les Questionnements Thérapeutiques. 06 / Éditorial Le questionnement thérapeutique Favoriser le processus de créativité et faire émerger de nouvelles histoires J. Betbèze
08 / Avant-propos Le questionnement, outil de relation et de coopération W. Martineau
10 / En couverture Adrien Nuguet Le Tarot de la danse S. Cohen
12 / Questionnement stratégique J.-A. Malarewicz
22 / Sur le chemin du pardon Stratégies pour faire la paix avec le passé R. Milanese
34 / Comment pourriez-vous aller plus mal ? Une question paradoxale dans la dépression pour « regonfler les pneus et reprendre la route » P. Jeanne-Julien
44 / Le questionnement stratégique de Palo Alto N. Koralnik
56 / Le questionnement dans le modèle de Bruges M.-C. Cabié
66 / « Il nous faudrait un miracle » Spécificités du questionnement narratif dans la question miracle E. Malphettes
78 / Percevoir les ressources, malgré tout, en orientation solutions A. Zeman
93 / Que ressentez-vous maintenant dans le corps ? « Viens, j’t’emmène au vent… » L. Fodorean et C. Gentric
104 / Questionner un lombalgique chronique D. Megglé
114 / Le questionnement en TLMR De l’art de questionner à la transformation des mondes traumatiques E. Bardot
122 / Le questionnement narratif en alcoologie Quand l’histoire compte autant que la boisson G. Ostermann
138 / Quelles sont les questions pouvant guider une séance de mouvements alternatifs ? W. Martineau
Illustrations du numéro: Adrien NUGUET
Le questionnement ne cherche pas simplement à obtenir des réponses du sujet mais à faire émerger, à partir de ses réponses, de nouvelles histoires dans lesquelles la perception du sujet sera élargie. Alors il pourra retrouver la capacité d’accueillir ses propres ressentis sensoriels et d’expérimenter une subjectivité vivante au sein même de sa vie relationnelle.
Ainsi les questions ne deviennent thérapeutiques que si elles rendent possible la reconnection avec la sécurité relationnelle, l’estime de soi et le monde des valeurs. Et c’est lorsque, suite à une pertubation existentielle, le sujet ne parvient plus à une telle reconnection, que le thérapeute doit être particulièrement attentif à sa position et au type de langage qu’il utilise comme support du questionnement ; cela passe par une observation de la manière dont le sujet entend l’intention des questions et développe une nouvelle capacité à répondre, non à partir du mental, mais à partir d’une expérience partagée. Dans cet espace partagé, l’accordage redonne sa place à la créativité et rend possible une prise de position s’appuyant sur une vie où les actions sont en lien avec la liberté.
La responsabilité des thérapeutes dans les conversations est de développer des récits de progrès, en étant attentifs au thème des exceptions par rapport au problème et aux ressources en lien avec les objectifs. Il est important de saisir que l’exception doit être décrite comme un phénomène de résistance au sein même de l’espace problème, et les ressources comme des ressources relationnelles en lien avec des actions ayant du sens.
Si nous comprenons le questionnement comme l’utilisation d’un langage visant un changement de perception, nous pouvons dire que, pour que le questionnement soit stratégique, il doit faire émerger de nouvelles histoires où s’ouvre un espace dans lequel les actions sont en lien avec les intentions, remettant ainsi en place les processus d’accordage. En ce sens, toutes les thérapies brèves sont des approches qui rendent possibles les expériences de coopération, ce que Milton Erickson décrit comme étant le sens des conversations hypnotiques.
Dr Julien Betbèze Rédacteur en chef de la revue « Hypnose & Thérapies brèves ». Pédopsychiatre et psychiatre adultes, Chargé de cours à la Faculté de médecine de Nantes et au sein des Instituts de la CFHTB. Formateur en hypnose, thérapies stratégiques, solutionnistes et narratives à l’ARePTA-IMHENA. Coauteur de nombreux ouvrages et publications.
Pour lire la suite du Hors-Série 20 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves. HS20 sur les Questionnements Thérapeutiques. 06 / Éditorial Le questionnement thérapeutique Favoriser le processus de créativité et faire émerger de nouvelles histoires J. Betbèze
08 / Avant-propos Le questionnement, outil de relation et de coopération W. Martineau
10 / En couverture Adrien Nuguet Le Tarot de la danse S. Cohen
12 / Questionnement stratégique J.-A. Malarewicz
22 / Sur le chemin du pardon Stratégies pour faire la paix avec le passé R. Milanese
34 / Comment pourriez-vous aller plus mal ? Une question paradoxale dans la dépression pour « regonfler les pneus et reprendre la route » P. Jeanne-Julien
44 / Le questionnement stratégique de Palo Alto N. Koralnik
56 / Le questionnement dans le modèle de Bruges M.-C. Cabié
66 / « Il nous faudrait un miracle » Spécificités du questionnement narratif dans la question miracle E. Malphettes
78 / Percevoir les ressources, malgré tout, en orientation solutions A. Zeman
93 / Que ressentez-vous maintenant dans le corps ? « Viens, j’t’emmène au vent… » L. Fodorean et C. Gentric
104 / Questionner un lombalgique chronique D. Megglé
114 / Le questionnement en TLMR De l’art de questionner à la transformation des mondes traumatiques E. Bardot
122 / Le questionnement narratif en alcoologie Quand l’histoire compte autant que la boisson G. Ostermann
138 / Quelles sont les questions pouvant guider une séance de mouvements alternatifs ? W. Martineau
Illustrations du numéro: Adrien NUGUET
Catégories: Hypnose Paris,EMDR,Thérapie Brève Paris
Le questionnement, outil de relation et de coopération. Revue Hypnose et Thérapies Brèves HS20.
Dr Wilfrid MARTINEAU
Le langage est au centre de la thérapie, langage du corps parfois, mais langage verbal encore plus souvent. Et le questionnement en est la cheville ouvrière, qui par sa forme imprime ou non la coopération entre le consultant et le thérapeute, cette fameuse alliance si délicate à mettre en place.
En thérapie, nous sommes loin d’un questionnement clinique dans lequel les interventions sont centrées sur le thérapeute pour éclairer ses connaissances. Non, le questionnement est centré sur l’expérience du patient, sur son savoir pour lui révéler ce qu’il ignore de lui-même, comme si la question pouvait être un outil révélateur au même titre qu’un produit photographique permet le développement du film et son tirage. Mais s’il se limitait à cela, il n’ouvrirait pas l’avenir. Outil de relation et de coopération, s’il est bien utilisé par le thérapeute, il permet un engagement réciproque et la découverte de l’implicite dans les mots comme dans les actions qui sous-tendent d’une certaine manière l’identité du sujet et sans doute d’entrevoir ses projections du futur. Les articles de ce numéro spécial, sous des formes diverses, viennent nous éclairer sur la façon dont le questionnement peut opérer dans un large éventail de possibilités qui vont de l’hypnose thérapeutique en passant par les principaux courants de thérapie brève.
Jacques-Antoine Malarewicz vient nous parler de stratégie dans la relation thérapeutique familiale en insistant sur la circularité et la triangulation, fondements de l’approche systémique. Il rejoint en les nuançant les approches stratégiques très structurées développées dans les mouvements de Palo Alto et d’Arezzo, parfaitement illustrées dans les articles de Roberta Milanese, Pierre Jeanne-Julien et Nathalie Koralnik. Il s’agit toujours, par l’usage du paradoxe, de l’image forte, de la question provocatrice de créer un décalage propre à engendrer une émotion qui fera « bouger les lignes » en vue d’opérer le changement attendu. Le recadrage est là !
Les approches centrées compétences ou solutions sont bien développées dans des articles cliniques très complémentaires. Marie-Christine Cabié fait une présentation extrêmement claire de l’approche centrée solutions.
Emmanuel Malphettes nous fait entrer dans le monde de l’autre par la « question miracle » et invite à tisser autour du miracle une toile de questions qui enrichit la vision du patient, tandis qu’Arnaud Zeman nous laisse entrevoir comment passer de l’espace problème dans lequel est englué le sujet vers l’espace solution.
Catherine Gentric-Vallée et Liliana Fodorean font une présentation très vivante à deux voix de l’hypnose d’acceptation, développée par Alain Vallée, par des vignettes cliniques qui mettent en valeur la subtilité du questionnement centré sur les sensations corporelles et leur écho émotionnel.
Dans un registre différent, Dominique Megglé nous enseigne, grâce à des explications lumineuses, la manière de mener un entretien et de passer d’un questionnement clinique à un questionnement thérapeutique hypnotique au cours d’une « simple » conversation.
Éric Bardot nous évoque la singularité du questionnement en TLMR en insistant sur la qualité de la rencontre par un accordage et une synchronisation qui permettent de suivre le patient pas à pas vers un engagement réciproque en confiance pour favoriser l’émergence d’une expérience nouvelle.
Enfin, Gérard Ostermann nous fait vivre l’intensité du questionnement narratif, dans l’approche thérapeutique d’un trouble addictif, qui vient interroger, au-delà de l’objectif, le sens que souhaite suivre le sujet dans sa vie pour que les actions soient au plus près de ses intentions. Ce questionnement si subtil permet au sujet, malgré les aléas de l’évolution, de prendre de la distance vis-à-vis d’un produit rentré par effraction au coeur de son existence.
06 / Éditorial Le questionnement thérapeutique Favoriser le processus de créativité et faire émerger de nouvelles histoires J. Betbèze
08 / Avant-propos Le questionnement, outil de relation et de coopération W. Martineau
10 / En couverture Adrien Nuguet Le Tarot de la danse S. Cohen
12 / Questionnement stratégique J.-A. Malarewicz
22 / Sur le chemin du pardon Stratégies pour faire la paix avec le passé R. Milanese
34 / Comment pourriez-vous aller plus mal ? Une question paradoxale dans la dépression pour « regonfler les pneus et reprendre la route » P. Jeanne-Julien
44 / Le questionnement stratégique de Palo Alto N. Koralnik
56 / Le questionnement dans le modèle de Bruges M.-C. Cabié
66 / « Il nous faudrait un miracle » Spécificités du questionnement narratif dans la question miracle E. Malphettes
78 / Percevoir les ressources, malgré tout, en orientation solutions A. Zeman
93 / Que ressentez-vous maintenant dans le corps ? « Viens, j’t’emmène au vent… » L. Fodorean et C. Gentric
104 / Questionner un lombalgique chronique D. Megglé
114 / Le questionnement en TLMR De l’art de questionner à la transformation des mondes traumatiques E. Bardot
122 / Le questionnement narratif en alcoologie Quand l’histoire compte autant que la boisson G. Ostermann
138 / Quelles sont les questions pouvant guider une séance de mouvements alternatifs ? W. Martineau
Illustrations du numéro: Adrien NUGUET
En thérapie, nous sommes loin d’un questionnement clinique dans lequel les interventions sont centrées sur le thérapeute pour éclairer ses connaissances. Non, le questionnement est centré sur l’expérience du patient, sur son savoir pour lui révéler ce qu’il ignore de lui-même, comme si la question pouvait être un outil révélateur au même titre qu’un produit photographique permet le développement du film et son tirage. Mais s’il se limitait à cela, il n’ouvrirait pas l’avenir. Outil de relation et de coopération, s’il est bien utilisé par le thérapeute, il permet un engagement réciproque et la découverte de l’implicite dans les mots comme dans les actions qui sous-tendent d’une certaine manière l’identité du sujet et sans doute d’entrevoir ses projections du futur. Les articles de ce numéro spécial, sous des formes diverses, viennent nous éclairer sur la façon dont le questionnement peut opérer dans un large éventail de possibilités qui vont de l’hypnose thérapeutique en passant par les principaux courants de thérapie brève.
Jacques-Antoine Malarewicz vient nous parler de stratégie dans la relation thérapeutique familiale en insistant sur la circularité et la triangulation, fondements de l’approche systémique. Il rejoint en les nuançant les approches stratégiques très structurées développées dans les mouvements de Palo Alto et d’Arezzo, parfaitement illustrées dans les articles de Roberta Milanese, Pierre Jeanne-Julien et Nathalie Koralnik. Il s’agit toujours, par l’usage du paradoxe, de l’image forte, de la question provocatrice de créer un décalage propre à engendrer une émotion qui fera « bouger les lignes » en vue d’opérer le changement attendu. Le recadrage est là !
Les approches centrées compétences ou solutions sont bien développées dans des articles cliniques très complémentaires. Marie-Christine Cabié fait une présentation extrêmement claire de l’approche centrée solutions.
Emmanuel Malphettes nous fait entrer dans le monde de l’autre par la « question miracle » et invite à tisser autour du miracle une toile de questions qui enrichit la vision du patient, tandis qu’Arnaud Zeman nous laisse entrevoir comment passer de l’espace problème dans lequel est englué le sujet vers l’espace solution.
Catherine Gentric-Vallée et Liliana Fodorean font une présentation très vivante à deux voix de l’hypnose d’acceptation, développée par Alain Vallée, par des vignettes cliniques qui mettent en valeur la subtilité du questionnement centré sur les sensations corporelles et leur écho émotionnel.
Dans un registre différent, Dominique Megglé nous enseigne, grâce à des explications lumineuses, la manière de mener un entretien et de passer d’un questionnement clinique à un questionnement thérapeutique hypnotique au cours d’une « simple » conversation.
Éric Bardot nous évoque la singularité du questionnement en TLMR en insistant sur la qualité de la rencontre par un accordage et une synchronisation qui permettent de suivre le patient pas à pas vers un engagement réciproque en confiance pour favoriser l’émergence d’une expérience nouvelle.
Enfin, Gérard Ostermann nous fait vivre l’intensité du questionnement narratif, dans l’approche thérapeutique d’un trouble addictif, qui vient interroger, au-delà de l’objectif, le sens que souhaite suivre le sujet dans sa vie pour que les actions soient au plus près de ses intentions. Ce questionnement si subtil permet au sujet, malgré les aléas de l’évolution, de prendre de la distance vis-à-vis d’un produit rentré par effraction au coeur de son existence.
06 / Éditorial Le questionnement thérapeutique Favoriser le processus de créativité et faire émerger de nouvelles histoires J. Betbèze
08 / Avant-propos Le questionnement, outil de relation et de coopération W. Martineau
10 / En couverture Adrien Nuguet Le Tarot de la danse S. Cohen
12 / Questionnement stratégique J.-A. Malarewicz
22 / Sur le chemin du pardon Stratégies pour faire la paix avec le passé R. Milanese
34 / Comment pourriez-vous aller plus mal ? Une question paradoxale dans la dépression pour « regonfler les pneus et reprendre la route » P. Jeanne-Julien
44 / Le questionnement stratégique de Palo Alto N. Koralnik
56 / Le questionnement dans le modèle de Bruges M.-C. Cabié
66 / « Il nous faudrait un miracle » Spécificités du questionnement narratif dans la question miracle E. Malphettes
78 / Percevoir les ressources, malgré tout, en orientation solutions A. Zeman
93 / Que ressentez-vous maintenant dans le corps ? « Viens, j’t’emmène au vent… » L. Fodorean et C. Gentric
104 / Questionner un lombalgique chronique D. Megglé
114 / Le questionnement en TLMR De l’art de questionner à la transformation des mondes traumatiques E. Bardot
122 / Le questionnement narratif en alcoologie Quand l’histoire compte autant que la boisson G. Ostermann
138 / Quelles sont les questions pouvant guider une séance de mouvements alternatifs ? W. Martineau
Illustrations du numéro: Adrien NUGUET
Catégories: Hypnose Paris,EMDR,Thérapie Brève Paris
Sylvie MAUREL
Thérapeute en EMDR Intégrative à Nîmes dans le Gard 30000
Thérapeute analytique membre de la FNP, Hypnothérapeute et Praticienne en EMDR- IMO ®: auprès des enfants, des adolescents et des adultes.
J’accueille mes patients pour des motifs de consultation variés : anxiété, stress, difficultés émotionnelles, douleurs chroniques, conflits, harcèlement, dépendances, deuils, traumatismes ou encore altération de l’estime de soi.
Je propose un accompagnement thérapeutique personnalisé, prenant en considération l’histoire, le rythme et la singularité de chacun.
Je m’appuie sur différents outils thérapeutiques tels que l’hypnose, les concepts psychanalytiques ainsi que l’EMDR- IMO dans une approche intégrative.
A mes yeux, chacun porte en soi les ressources nécessaires au changement, le travail thérapeutique permet de les révéler et de les mobiliser.
Consultations 6, Rue de la Madeleine
30000 NÎMES
06.83.80.09.12
Site: https://hypnose-therapie-nimescentre.fr/
Prise de rendez- vous: https://www.resalib.fr/praticien/93909-sylvie-maurel-hypnotherapeute-nimes
Formation EMDR Intégrative
Formation au CHTIP Collège Hypnose & Thérapies Intégratives de Paris, et à l'Institut IN-DOLORE.
Formation en EMDR Intégrative, EMDR IMO à France EMDR IMO avec Laurent GROSS & Laurence ADJADJ
Institut IN-DOLORE à Paris
Inscrite au Registre des Praticiens EMDR - IMO de France sous le numéro 261905011
Thérapeute analytique membre de la FNP, Hypnothérapeute et Praticienne en EMDR- IMO ®: auprès des enfants, des adolescents et des adultes.
J’accueille mes patients pour des motifs de consultation variés : anxiété, stress, difficultés émotionnelles, douleurs chroniques, conflits, harcèlement, dépendances, deuils, traumatismes ou encore altération de l’estime de soi.
Je propose un accompagnement thérapeutique personnalisé, prenant en considération l’histoire, le rythme et la singularité de chacun.
Je m’appuie sur différents outils thérapeutiques tels que l’hypnose, les concepts psychanalytiques ainsi que l’EMDR- IMO dans une approche intégrative.
A mes yeux, chacun porte en soi les ressources nécessaires au changement, le travail thérapeutique permet de les révéler et de les mobiliser.
Consultations 6, Rue de la Madeleine
30000 NÎMES
06.83.80.09.12
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Prise de rendez- vous: https://www.resalib.fr/praticien/93909-sylvie-maurel-hypnotherapeute-nimes
Formation EMDR Intégrative
Formation au CHTIP Collège Hypnose & Thérapies Intégratives de Paris, et à l'Institut IN-DOLORE.
Formation en EMDR Intégrative, EMDR IMO à France EMDR IMO avec Laurent GROSS & Laurence ADJADJ
Institut IN-DOLORE à Paris
Inscrite au Registre des Praticiens EMDR - IMO de France sous le numéro 261905011
Matelas et mémoire corporelle : cas complexe en EMDR
Merci de pas polluer le forum
Kathy BAZERQUE
Infirmière-Puéricultrice, Hypnothérapeute, Praticienne EMDR - IMO auprès d'Enfants - Adolescents et Adultes.
Depuis toujours, le lien avec l’enfant et sa famille est au cœur de mon parcours professionnel.
En tant qu’infirmière puéricultrice, j’ai accompagné pendant de nombreuses années des enfants, des adolescents et leurs parents au sein du milieu hospitalier. Cette expérience continue encore aujourd’hui à nourrir ma pratique et mon regard clinique.
L’hôpital m’a appris l’importance de l’écoute, de la présence, de la sécurité affective et de l’accompagnement dans les moments de vulnérabilité. J’y ai rencontré des enfants d’une immense sensibilité, parfois confrontés très tôt au stress, à la peur, à la douleur, à la maladie, aux bouleversements émotionnels ou à des événements de vie difficiles, aux psychotraumatimes.
Au fil du temps, j’ai ressenti le besoin d’aller plus loin dans cet accompagnement.
Au-delà du soin médical, il m’est apparu essentiel de pouvoir offrir aux enfants et aux adolescents un espace où leurs émotions, leurs vécus et leurs difficultés puissent être accueillis en profondeur, avec douceur et respect.
C’est ce cheminement qui m’a conduite à devenir praticienne en psychothérapie brèves et à me former à l’hypnose thérapeutique, à l’EMDR, à l’EFT et au Brainspotting. Ces approches m’ont profondément touchée par leur capacité à aider les jeunes à mobiliser leurs propres ressources, à dépasser certains blocages et à retrouver un apaisement intérieur.
- EMDR IMO en 2025 INSTITUT IN-DOLORE PARIS
- BRAINSPOTTING en 2024 - BELGIQUE
- EFT en 2023 avec le Dr Martine Depondt-Gadet PARIS
- HYPNOSE Adultes et Enfants en 2022 - ARCHE PARIS
- PSYCHOTRAUMATISME - Diplôme Universitaire en 2018 - Faculté de Médecine PARIS DESCARTES PARIS.
Consultations: 46, rue Defrance
94300 Vincennes
Tel : 0616223429
Formation EMDR Intégrative
Formation au CHTIP Collège Hypnose & Thérapies Intégratives de Paris, et à l'Institut IN-DOLORE.
Formation en EMDR Intégrative, EMDR IMO à France EMDR IMO avec Laurent GROSS & Laurence ADJADJ
Institut IN-DOLORE à Paris
Inscrite au Registre des Praticiens EMDR - IMO de France sous le numéro 251812001
Depuis toujours, le lien avec l’enfant et sa famille est au cœur de mon parcours professionnel.
En tant qu’infirmière puéricultrice, j’ai accompagné pendant de nombreuses années des enfants, des adolescents et leurs parents au sein du milieu hospitalier. Cette expérience continue encore aujourd’hui à nourrir ma pratique et mon regard clinique.
L’hôpital m’a appris l’importance de l’écoute, de la présence, de la sécurité affective et de l’accompagnement dans les moments de vulnérabilité. J’y ai rencontré des enfants d’une immense sensibilité, parfois confrontés très tôt au stress, à la peur, à la douleur, à la maladie, aux bouleversements émotionnels ou à des événements de vie difficiles, aux psychotraumatimes.
Au fil du temps, j’ai ressenti le besoin d’aller plus loin dans cet accompagnement.
Au-delà du soin médical, il m’est apparu essentiel de pouvoir offrir aux enfants et aux adolescents un espace où leurs émotions, leurs vécus et leurs difficultés puissent être accueillis en profondeur, avec douceur et respect.
C’est ce cheminement qui m’a conduite à devenir praticienne en psychothérapie brèves et à me former à l’hypnose thérapeutique, à l’EMDR, à l’EFT et au Brainspotting. Ces approches m’ont profondément touchée par leur capacité à aider les jeunes à mobiliser leurs propres ressources, à dépasser certains blocages et à retrouver un apaisement intérieur.
- EMDR IMO en 2025 INSTITUT IN-DOLORE PARIS
- BRAINSPOTTING en 2024 - BELGIQUE
- EFT en 2023 avec le Dr Martine Depondt-Gadet PARIS
- HYPNOSE Adultes et Enfants en 2022 - ARCHE PARIS
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Consultations: 46, rue Defrance
94300 Vincennes
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Formation EMDR Intégrative
Formation au CHTIP Collège Hypnose & Thérapies Intégratives de Paris, et à l'Institut IN-DOLORE.
Formation en EMDR Intégrative, EMDR IMO à France EMDR IMO avec Laurent GROSS & Laurence ADJADJ
Institut IN-DOLORE à Paris
Inscrite au Registre des Praticiens EMDR - IMO de France sous le numéro 251812001
PsychoTraumatisme infantile, comment repenser l’écoute institutionnelle à la lumière de l’EMDR.
Les récentes affaires de violences en milieu éducatif ont mis en évidence un problème structurel : la manière dont les institutions interprètent, ou plutôt échouent à interpréter, la parole traumatique de l’enfant. Alors que la neurobiologie du psychotrauma est aujourd’hui bien établie, les pratiques judiciaires continuent, elles, de s’appuyer sur des critères narratifs inadaptés aux spécificités du développement cérébral.
Cette discordance expose les alors enfants à une double vulnérabilité : celle du traumatisme initial et celle d’une écoute institutionnelle qui ne reconnaît pas ses manifestations !!!
La mémoire traumatique de l’enfant est une organisation non narrative.
Les connaissances actuelles en psychotraumatologie montrent que chez l’enfant, l’encodage d’un événement violent se fait en fragments sensoriels, émotionnels et corporels, plutôt qu’en récit structuré. L’immaturité de l’hippocampe, la dominance de l’amygdale et les mécanismes de survie (sidération, figement, dissociation) produisent : des souvenirs difficilement datables, des images isolées, des sensations corporelles très intrusives, des variations chronologiques.
Ces manifestations ne sont pas des anomalies : elles constituent la forme typique de la mémoire traumatique infantile. Elles expliquent pourquoi un enfant peut évoquer une odeur très précise, puis rester silencieux pendant des semaines, ou modifier certains détails d’un entretien à l’autre.
L’EMDR : une approche totalement adaptée aux fragments mnésiques.
L’EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing) est aujourd’hui l’une des méthodes les plus pertinentes pour traiter les traumatismes même précoces. Sa spécificité tient à sa capacité à travailler à partir des éléments disponibles, même lorsqu’ils sont minimes ou non verbalisés.
L’EMDR va pouvoir permettre de: mobiliser les fragments sensoriels sans exiger un récit complet, de réduire la dissociation et les états de figement, de faciliter l’intégration progressive des souvenirs dans un réseau autobiographique plus cohérent, de respecter les zones d’amnésie sans aucune pression exploratoire, et de pouvoir restaurer la continuité interne là où le trauma a créé du "morcellement".
Là où les institutions attendent une narration linéaire, l’EMDR va s’appuyer sur la réalité neuropsychologique du trauma : un souvenir éclaté, non organisé, parfois inaccessible.
Les critères judiciaires : un décalage hélas persistant avec la clinique.
Dans de nombreux dossiers, les variations de récit, les contradictions périphériques ou les révélations tardives sont interprétées comme des indices de fabulation. Or, ces éléments sont cliniquement compatibles avec: la dissociation, l’amnésie traumatique, la réactivation tardive, l’évitement, et la sidération.
Cette confusion entre symptôme et soupçon constitue un biais majeur. Elle contribue à la sous-reconnaissance des violences sexuelles sur mineurs et à la disqualification de la parole traumatique.
Les révélations tardives : un phénomène neuropsychologique aujiourd'hui bien documenté.
La littérature clinique, y compris dans les suivis EMDR, décrit depuis longtemps la possibilité de révélations différées, parfois plusieurs décennies après les faits.
Ce phénomène n’a rien d’exceptionnel. Il est neurobiologiquement explicable et cliniquement attendu. Le considérer comme suspect revient à méconnaître la dynamique même du psychotrauma complexe.
La blessure institutionnelle : un second traumatisme.
Lorsque la plainte d’une victime est classée pour « incohérences » ou « manque de clarté », l’impact psychique est bien entendu considérable. Dans les suivis EMDR, cette blessure secondaire apparaît souvent comme un nœud traumatique à part entière, nécessitant un retraitement spécifique. Et des fois même, le noeud principal !
La disqualification institutionnelle réactive la honte, renforce la dissociation et peut entraîner un effondrement psychique majeur. Elle constitue une revictimisation, parfois plus déstabilisante que le trauma initial.
Plaidoyer pour une écoute institutionnelle alignée avec la clinique !!!
Pour que la justice cesse de confondre trauma et mensonge, plusieurs axes sont indispensables : une formation systématique des professionnels judiciaires à la neurobiologie du trauma, une généralisation des protocoles d’audition adaptés (NICHD, UAPED), une prise en compte des manifestations non narratives dans l’évaluation de la crédibilité, une collaboration accrue entre cliniciens spécialisés (dont praticiens EMDR) et acteurs judiciaires, une protection renforcée des professionnels qui signalent des situations de danger.
L’objectif n’est pas de transformer les enquêteurs en thérapeutes, ni les thérapeutes en enquêteurs, mais de garantir que les critères d’évaluation soient compatibles avec la réalité du développement cérébral et du trauma infantile.
Ainsi donc, tout réside dans le fait de reconnaître la forme réelle du trauma.
L’EMDR rappelle que la mémoire traumatique de l’enfant n’est pas un récit, mais une empreinte sensorielle et émotionnelle. Tant que les institutions exigeront une narration que le cerveau traumatisé ne peut pas produire, elles continueront à disqualifier les victimes.
La clinique sait depuis longtemps comment écouter ces fragments. Il appartient désormais aux systèmes judiciaires et médico-sociaux de s’y accorder.
* Vous cherchez une Formation en EMDR Intégrative Certifiante, Validée par France EMDR IMO ® sur Paris, Marseille, Nancy, Strasbourg, Bordeaux... ?
* Annuaire des Praticiens en EMDR, IMO, HTSMA, TLMR
* Association France EMDR-IMO ®: le Registre des Praticiens et Formations EMDR-IMO de France.
Cette discordance expose les alors enfants à une double vulnérabilité : celle du traumatisme initial et celle d’une écoute institutionnelle qui ne reconnaît pas ses manifestations !!!
La mémoire traumatique de l’enfant est une organisation non narrative.
Les connaissances actuelles en psychotraumatologie montrent que chez l’enfant, l’encodage d’un événement violent se fait en fragments sensoriels, émotionnels et corporels, plutôt qu’en récit structuré. L’immaturité de l’hippocampe, la dominance de l’amygdale et les mécanismes de survie (sidération, figement, dissociation) produisent : des souvenirs difficilement datables, des images isolées, des sensations corporelles très intrusives, des variations chronologiques.
Ces manifestations ne sont pas des anomalies : elles constituent la forme typique de la mémoire traumatique infantile. Elles expliquent pourquoi un enfant peut évoquer une odeur très précise, puis rester silencieux pendant des semaines, ou modifier certains détails d’un entretien à l’autre.
L’EMDR : une approche totalement adaptée aux fragments mnésiques.
L’EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing) est aujourd’hui l’une des méthodes les plus pertinentes pour traiter les traumatismes même précoces. Sa spécificité tient à sa capacité à travailler à partir des éléments disponibles, même lorsqu’ils sont minimes ou non verbalisés.
L’EMDR va pouvoir permettre de: mobiliser les fragments sensoriels sans exiger un récit complet, de réduire la dissociation et les états de figement, de faciliter l’intégration progressive des souvenirs dans un réseau autobiographique plus cohérent, de respecter les zones d’amnésie sans aucune pression exploratoire, et de pouvoir restaurer la continuité interne là où le trauma a créé du "morcellement".
Là où les institutions attendent une narration linéaire, l’EMDR va s’appuyer sur la réalité neuropsychologique du trauma : un souvenir éclaté, non organisé, parfois inaccessible.
Les critères judiciaires : un décalage hélas persistant avec la clinique.
Dans de nombreux dossiers, les variations de récit, les contradictions périphériques ou les révélations tardives sont interprétées comme des indices de fabulation. Or, ces éléments sont cliniquement compatibles avec: la dissociation, l’amnésie traumatique, la réactivation tardive, l’évitement, et la sidération.
Cette confusion entre symptôme et soupçon constitue un biais majeur. Elle contribue à la sous-reconnaissance des violences sexuelles sur mineurs et à la disqualification de la parole traumatique.
Les révélations tardives : un phénomène neuropsychologique aujiourd'hui bien documenté.
La littérature clinique, y compris dans les suivis EMDR, décrit depuis longtemps la possibilité de révélations différées, parfois plusieurs décennies après les faits.
Ce phénomène n’a rien d’exceptionnel. Il est neurobiologiquement explicable et cliniquement attendu. Le considérer comme suspect revient à méconnaître la dynamique même du psychotrauma complexe.
La blessure institutionnelle : un second traumatisme.
Lorsque la plainte d’une victime est classée pour « incohérences » ou « manque de clarté », l’impact psychique est bien entendu considérable. Dans les suivis EMDR, cette blessure secondaire apparaît souvent comme un nœud traumatique à part entière, nécessitant un retraitement spécifique. Et des fois même, le noeud principal !
La disqualification institutionnelle réactive la honte, renforce la dissociation et peut entraîner un effondrement psychique majeur. Elle constitue une revictimisation, parfois plus déstabilisante que le trauma initial.
Plaidoyer pour une écoute institutionnelle alignée avec la clinique !!!
Pour que la justice cesse de confondre trauma et mensonge, plusieurs axes sont indispensables : une formation systématique des professionnels judiciaires à la neurobiologie du trauma, une généralisation des protocoles d’audition adaptés (NICHD, UAPED), une prise en compte des manifestations non narratives dans l’évaluation de la crédibilité, une collaboration accrue entre cliniciens spécialisés (dont praticiens EMDR) et acteurs judiciaires, une protection renforcée des professionnels qui signalent des situations de danger.
L’objectif n’est pas de transformer les enquêteurs en thérapeutes, ni les thérapeutes en enquêteurs, mais de garantir que les critères d’évaluation soient compatibles avec la réalité du développement cérébral et du trauma infantile.
Ainsi donc, tout réside dans le fait de reconnaître la forme réelle du trauma.
L’EMDR rappelle que la mémoire traumatique de l’enfant n’est pas un récit, mais une empreinte sensorielle et émotionnelle. Tant que les institutions exigeront une narration que le cerveau traumatisé ne peut pas produire, elles continueront à disqualifier les victimes.
La clinique sait depuis longtemps comment écouter ces fragments. Il appartient désormais aux systèmes judiciaires et médico-sociaux de s’y accorder.
* Vous cherchez une Formation en EMDR Intégrative Certifiante, Validée par France EMDR IMO ® sur Paris, Marseille, Nancy, Strasbourg, Bordeaux... ?
* Annuaire des Praticiens en EMDR, IMO, HTSMA, TLMR
* Association France EMDR-IMO ®: le Registre des Praticiens et Formations EMDR-IMO de France.
2 interventions sur les acouphènes au 10ème Congrès Hypnose et Douleur 2026.
Acouphènes : faisons équipe!
Dr Ramakers Sophie, Médecin anesthésiste.
L’acouphène est un symptôme très fréquent qui évolue le plus souvent vers une « habituation » naturelle liée à la plasticité cérébrale: l’acouphène disparaît ou la personne n’y prête plus attention. Beaucoup plus rarement, le symptôme se chronicise et/ou devient invalidant avec un impact plus ou moins sévère sur le quotidien.
Pour ces patients, les professionnels de santé sont fréquemment démunis devant l’absence solutions médico-chirurgicale. Cette conférence a pour but de faire connaître l’AFREPA (Association Francophone des Equipes Pluridisciplinaires en Acouphénologie) et ses missions, à travers 2 messages :
- L’importance de guider les patients vers des professionnels de santé experts, et pourvoyeurs de messages positifs. « Il existe des possibilités thérapeutiques alternatives qui permettent dans la plupart des cas de mieux vivre avec le symptôme, et plus rarement de le supprimer »
- Inciter les praticiens en hypnose à proposer leur candidature au sein d’une équipe en place, c’est à dire développer plus largement l’hypnose parmi les possibilités thérapeutiques. Il existe une cinquantaine d‘équipe en France, il y en a une près de chez vous ! Enfin, dans le thème du congrès « vivre une expérience sensorielle », à travers l’expérience de patients, cette présentation est l’occasion de partager quelques outils simples qui peuvent être utilisés en hypnose conversationnelle et/ou en hypnose formelle sur le chemin de l’habituation.
Expériences sensorielles basées sur la physiopathologie de l'acouphène. - Métaphore visuelle du filtrage des sons - (Ré)équilibration de la sensorialité
La dimension psychosomatique des acouphènes. Dr Skorintschouk Ianik, Médecin anesthésiste. Formation au CHTIP Collège Hypnose et Thérapies Intégratives de Paris
Les acouphènes touchent 10 à 20 % de la population. Cette pathologie est souvent une impasse thérapeutique pour de nombreux médecins généralistes ou ORL. Actuellement, il est conseillé de réaliser une approche multidisciplinaire de ces patients, comme c’est le cas au sein de l’AFREPA (Association Francophone des Équipes Pluridisciplinaires en Acouphénologie). Je prends en charge les acouphènes depuis plus de 12 ans. Je voudrais ici non-pas tenter de vous convaincre de quoi que ce soit mais partager avec vous l’évolution de ma pensée qui me conduit aujourd’hui à envisager que les acouphènes seraient majoritairement d’origine psychosomatique.
Le corps comme l’esprit participent à l’expérience de la vie. En Occident, nous avons tendance à privilégier son aspect mental. En Orient, la vie du corps est plus respectée. Cette présentation insiste sur le lien existant entre le corps et l’esprit et l’aspect inconscient de la somatisation. C’est par une approche globale des individus, au-delà de l’expression de leur symptôme, que nous pouvons à mon sens les aider à démêler leurs blocages, difficultés, traumatismes, incompréhensions ou croyances limitantes. Il est parfois difficile de comprendre comment un traumatisme de l’enfance peut avoir été enfoui et resurgir au bout de quelques dizaines d’années sous forme de trouble chronique.
Objectifs :
• Améliorer l'écoute du patient
• Aboutir à un changement
Sources: Institut Emergences Rennes.
L’acouphène est un symptôme très fréquent qui évolue le plus souvent vers une « habituation » naturelle liée à la plasticité cérébrale: l’acouphène disparaît ou la personne n’y prête plus attention. Beaucoup plus rarement, le symptôme se chronicise et/ou devient invalidant avec un impact plus ou moins sévère sur le quotidien.
Pour ces patients, les professionnels de santé sont fréquemment démunis devant l’absence solutions médico-chirurgicale. Cette conférence a pour but de faire connaître l’AFREPA (Association Francophone des Equipes Pluridisciplinaires en Acouphénologie) et ses missions, à travers 2 messages :
- L’importance de guider les patients vers des professionnels de santé experts, et pourvoyeurs de messages positifs. « Il existe des possibilités thérapeutiques alternatives qui permettent dans la plupart des cas de mieux vivre avec le symptôme, et plus rarement de le supprimer »
- Inciter les praticiens en hypnose à proposer leur candidature au sein d’une équipe en place, c’est à dire développer plus largement l’hypnose parmi les possibilités thérapeutiques. Il existe une cinquantaine d‘équipe en France, il y en a une près de chez vous ! Enfin, dans le thème du congrès « vivre une expérience sensorielle », à travers l’expérience de patients, cette présentation est l’occasion de partager quelques outils simples qui peuvent être utilisés en hypnose conversationnelle et/ou en hypnose formelle sur le chemin de l’habituation.
Expériences sensorielles basées sur la physiopathologie de l'acouphène. - Métaphore visuelle du filtrage des sons - (Ré)équilibration de la sensorialité
La dimension psychosomatique des acouphènes. Dr Skorintschouk Ianik, Médecin anesthésiste. Formation au CHTIP Collège Hypnose et Thérapies Intégratives de Paris
Les acouphènes touchent 10 à 20 % de la population. Cette pathologie est souvent une impasse thérapeutique pour de nombreux médecins généralistes ou ORL. Actuellement, il est conseillé de réaliser une approche multidisciplinaire de ces patients, comme c’est le cas au sein de l’AFREPA (Association Francophone des Équipes Pluridisciplinaires en Acouphénologie). Je prends en charge les acouphènes depuis plus de 12 ans. Je voudrais ici non-pas tenter de vous convaincre de quoi que ce soit mais partager avec vous l’évolution de ma pensée qui me conduit aujourd’hui à envisager que les acouphènes seraient majoritairement d’origine psychosomatique.
Le corps comme l’esprit participent à l’expérience de la vie. En Occident, nous avons tendance à privilégier son aspect mental. En Orient, la vie du corps est plus respectée. Cette présentation insiste sur le lien existant entre le corps et l’esprit et l’aspect inconscient de la somatisation. C’est par une approche globale des individus, au-delà de l’expression de leur symptôme, que nous pouvons à mon sens les aider à démêler leurs blocages, difficultés, traumatismes, incompréhensions ou croyances limitantes. Il est parfois difficile de comprendre comment un traumatisme de l’enfance peut avoir été enfoui et resurgir au bout de quelques dizaines d’années sous forme de trouble chronique.
Objectifs :
• Améliorer l'écoute du patient
• Aboutir à un changement
Sources: Institut Emergences Rennes.
L’hypnose en consultation préopératoire pour neurochirurgie éveillée – accompagner le patient au cœur de l’expérience.
Marie-Pierre Polin, IADE. 10ème Congrès Hypnose et Douleur 2026.
La neurochirurgie en condition éveillée confronte le patient à une expérience singulière : être à la fois acteur et témoin de sa propre intervention. Si cette approche permet une préservation optimale des fonctions cérébrales, elle expose aussi à une charge émotionnelle intense, parfois traumatique.
Dans ce contexte, l’hypnose apparaît comme un levier essentiel pour apaiser, sécuriser et redonner au patient un sentiment de contrôle et d’autonomie tout au long de son parcours de soins. Cette présentation retrace la mise en place d’un projet pilote à l’hôpital Foch, intégrant une consultation d’hypnose dans le parcours préopératoire des patients allant bénéficier d’une chirurgie intracrânienne en condition éveillée.
À travers une étude de cas, nous verrons comment l’hypnose favorise la construction d’une alliance thérapeutique solide, mobilise les ressources internes et prépare psychiquement à l’intervention. Inspirée de l’approche stratégique de Giorgio Nardone, de la communication thérapeutique et du changement selon Paul Watzlawick, et de la vision interactionnelle de Jacques-Antoine Malarewicz, cette démarche souligne l’importance de la co-construction dans la relation thérapeutique, de l’adaptabilité et la créativité du praticien dans un cadre technique exigeant.
L’intégration de la consultation d’hypnose dans ce type de parcours constitue une innovation organisationnelle et humaine. Entre précision chirurgicale et profondeur humaine, l’hypnose devient un espace sécure favorisant l’apprentissage, l’autonomisation et la résilience.
Sources: Institut Emergences Rennes.
Dans ce contexte, l’hypnose apparaît comme un levier essentiel pour apaiser, sécuriser et redonner au patient un sentiment de contrôle et d’autonomie tout au long de son parcours de soins. Cette présentation retrace la mise en place d’un projet pilote à l’hôpital Foch, intégrant une consultation d’hypnose dans le parcours préopératoire des patients allant bénéficier d’une chirurgie intracrânienne en condition éveillée.
À travers une étude de cas, nous verrons comment l’hypnose favorise la construction d’une alliance thérapeutique solide, mobilise les ressources internes et prépare psychiquement à l’intervention. Inspirée de l’approche stratégique de Giorgio Nardone, de la communication thérapeutique et du changement selon Paul Watzlawick, et de la vision interactionnelle de Jacques-Antoine Malarewicz, cette démarche souligne l’importance de la co-construction dans la relation thérapeutique, de l’adaptabilité et la créativité du praticien dans un cadre technique exigeant.
L’intégration de la consultation d’hypnose dans ce type de parcours constitue une innovation organisationnelle et humaine. Entre précision chirurgicale et profondeur humaine, l’hypnose devient un espace sécure favorisant l’apprentissage, l’autonomisation et la résilience.
Sources: Institut Emergences Rennes.
Douleur et émotions, une voie royale.
10ème Congrès Hypnose et Douleur 2026. Pr Eric Méner, Médecin généraliste et Anne-Claude Méner, Psychomotricienne.
La douleur chronique, comme toute souffrance psychique (dépression, trouble du sommeil, etc.) ou maladie organique (trouble thyroïdien, hypertension artérielle, lésion arthrosique, etc.) présente une face émotionnelle.
L’émotion retrouvée appartient le plus souvent au nuancier émotionnel de la peur, de la tristesse ou de la colère (1).
Cette émotion peut être mobilisée en transe par le thérapeute et utilisée comme fil conducteur d’une régression en âge en Hypnose (2).
Le plus important pour le thérapeute est de mettre sa créativité à la disposition de son patient (3) pour permettre à celui-ci d’amplifier ses perceptions émotionnelles et sensorielles et d’activer sa propre inventivité dans un but de changement, voire de guérison.
Pour lui, tout devient possible et il peut ainsi modifier son vécu en toute liberté. Au cours de l’atelier, les participants expérimenteront par des exercices pratiques en transe comment regarder une douleur sous un l’angle émotionnel.
Au cours des transes, ils apprendront à utiliser l’émotion retrouvée pour traiter des traumatismes passés souvent inconscients faisant encore écho dans des symptôme du présent.
Sources: Institut Emergences Rennes.
L’émotion retrouvée appartient le plus souvent au nuancier émotionnel de la peur, de la tristesse ou de la colère (1).
Cette émotion peut être mobilisée en transe par le thérapeute et utilisée comme fil conducteur d’une régression en âge en Hypnose (2).
Le plus important pour le thérapeute est de mettre sa créativité à la disposition de son patient (3) pour permettre à celui-ci d’amplifier ses perceptions émotionnelles et sensorielles et d’activer sa propre inventivité dans un but de changement, voire de guérison.
Pour lui, tout devient possible et il peut ainsi modifier son vécu en toute liberté. Au cours de l’atelier, les participants expérimenteront par des exercices pratiques en transe comment regarder une douleur sous un l’angle émotionnel.
Au cours des transes, ils apprendront à utiliser l’émotion retrouvée pour traiter des traumatismes passés souvent inconscients faisant encore écho dans des symptôme du présent.
Sources: Institut Emergences Rennes.
Un "psy"en Oncologie : dissoudre la composante identitaire chronique de la douleur. L'exemple d'un tout nouvel hôpital de jour.
Dr Etienne Maunoury, Médecin psychiatre. 10ème Congrès Hypnose et Douleur 2026.
L’hôpital de jour en oncologie accueille des patients douloureux chroniques pour lesquels la douleur, souvent d’origine post-traumatique, devient expérience dissociative. Elle fragmente la relation au corps et conduit parfois le patient à lutter contre ses propres ressentis.
Le dispositif, pluridisciplinaire, propose un espace de réassociation corporelle et psychique, où l’hypnose tient une place centrale. Inspirée de la clinique Ericksonienne, elle s’articule autour de trois temps : focalisation, pour créer un espace de sécurité perceptive ; désassociation, pour observer la douleur sans s’y confondre ; et intégration, pour relier sensations, émotions et représentations. L’abréaction n’est pas recherchée : si elle se présente, elle est reconnue, validée et associée aux ressources du patient.
Progressivement, le sujet réinvestit son corps, réassocie ses différentes parties, découvre à nouveau des expériences hédoniques. L’équipe considère que chaque patient collabore à son rythme, de la meilleure manière pour lui.
L’atelier proposé présentera cette clinique spécifique et offrira l’occasion d’expérimenter certains des outils et approches développés au sein de cet hôpital de jour, autour du lien entre douleur, dissociation et processus d’intégration.
Sources: Institut Emergences Rennes.
Le dispositif, pluridisciplinaire, propose un espace de réassociation corporelle et psychique, où l’hypnose tient une place centrale. Inspirée de la clinique Ericksonienne, elle s’articule autour de trois temps : focalisation, pour créer un espace de sécurité perceptive ; désassociation, pour observer la douleur sans s’y confondre ; et intégration, pour relier sensations, émotions et représentations. L’abréaction n’est pas recherchée : si elle se présente, elle est reconnue, validée et associée aux ressources du patient.
Progressivement, le sujet réinvestit son corps, réassocie ses différentes parties, découvre à nouveau des expériences hédoniques. L’équipe considère que chaque patient collabore à son rythme, de la meilleure manière pour lui.
L’atelier proposé présentera cette clinique spécifique et offrira l’occasion d’expérimenter certains des outils et approches développés au sein de cet hôpital de jour, autour du lien entre douleur, dissociation et processus d’intégration.
Sources: Institut Emergences Rennes.
Préparer le patient à une intervention grâce à l’hypnose.
10ème Congrès Hypnose et Douleur 2026. Dr Virginie Marchal, Médecin anesthésiste.
La préparation d’un patient à une intervention chirurgicale constitue une étape déterminante de la prise en charge anesthésique. L’hypnose, intégrée dans la pratique quotidienne, représente un outil précieux pour accompagner le patient tout au long de son parcours. La consultation préopératoire est un moment clé. Elle permet d’instaurer une alliance thérapeutique solide et de créer un climat de confiance.
L’objectif est d’évaluer le niveau d’anxiété, de délivrer une information claire, détaillée et rassurante, et de proposer un accompagnement personnalisé. Différentes approches hypnotiques peuvent être mobilisées selon les besoins. Cela peut prendre la forme d’une séance formelle de préparation ou d’une communication adaptée intégrant des techniques hypnotiques dans les échanges. Il s’agit de favoriser des représentations positives et sécurisantes, de mobiliser les ressources intérieures du patient et de l’impliquer activement dans sa prise en charge.
Cette implication contribue à réduire le stress, à renforcer le sentiment de sécurité et à soutenir une réhabilitation postopératoire plus rapide et confiante. L’intégration de l’hypnose dans la pratique professionnelle ne se limite donc pas à un outil supplémentaire : elle s’inscrit dans une démarche globale d’accompagnement, où la qualité de la communication et la valorisation du rôle actif du patient occupent une place centrale.
Objectifs :
• Proposer une préparation hypnotique pour une intervention chirurgicale
• Intégrer l’hypnose dans un protocole de RAAC (Réhabilitation Améliorée Après Chirurgie)
• Savoir mettre le patient en action dans son parcours de soin
Sources: Institut Emergences Rennes.
L’objectif est d’évaluer le niveau d’anxiété, de délivrer une information claire, détaillée et rassurante, et de proposer un accompagnement personnalisé. Différentes approches hypnotiques peuvent être mobilisées selon les besoins. Cela peut prendre la forme d’une séance formelle de préparation ou d’une communication adaptée intégrant des techniques hypnotiques dans les échanges. Il s’agit de favoriser des représentations positives et sécurisantes, de mobiliser les ressources intérieures du patient et de l’impliquer activement dans sa prise en charge.
Cette implication contribue à réduire le stress, à renforcer le sentiment de sécurité et à soutenir une réhabilitation postopératoire plus rapide et confiante. L’intégration de l’hypnose dans la pratique professionnelle ne se limite donc pas à un outil supplémentaire : elle s’inscrit dans une démarche globale d’accompagnement, où la qualité de la communication et la valorisation du rôle actif du patient occupent une place centrale.
Objectifs :
• Proposer une préparation hypnotique pour une intervention chirurgicale
• Intégrer l’hypnose dans un protocole de RAAC (Réhabilitation Améliorée Après Chirurgie)
• Savoir mettre le patient en action dans son parcours de soin
Sources: Institut Emergences Rennes.
Magnifique métaphore pour une maladie auto-immune.
Dr Francine Hirszowski, Médecin généraliste, 10ème Congrès Hypnose et Douleur 2026.
Ce diaporama présente l’approche métaphorique et hypnotique dans la prise en charge d’une maladie auto-immune rare, illustrée par le cas de Bruno, atteint d’une polyneuropathie démyélinisante avec anticorps antiMAG. Contexte médical : Les maladies auto-immunes résultent d’un dysfonctionnement du système immunitaire qui attaque les constituants normaux de l’organisme. Elles sont multifactorielles (génétiques, hormonales, environnementales) et touchent majoritairement les femmes.
Dans le cas de Bruno, les symptômes neurologiques progressifs ont conduit au diagnostic d’une maladie orpheline affectant la myéline. Approche thérapeutique : Outre les traitements classiques (bendamustine et rituximab), Bruno, shaman et praticien en PNL, a été accompagné dans une démarche d’auto-hypnose. Il a élaboré un conte métaphorique où les chevaliers blancs protègent la myéline contre les cavaliers rouges, rebelles destructeurs.
Grâce à des « nuages de javel » qui transforment les cavaliers rouges en chevaliers blancs, Bruno visualise une transmutation bénéfique. Auto-hypnose et placebo : Bruno pratique cet exercice quotidiennement, accompagné de musique épique. Il ressent une amélioration notable de sa marche et une stabilisation de sa dégradation neurologique.
Cette démarche renforce l’effet placebo.
Conclusion : L’implication active du patient dans sa prise en charge, notamment par l’auto-hypnose, renforce l’efficacité des traitements et favorise le retour au mouvement. Le cas de Bruno illustre la puissance du récit métaphorique et du conditionnement positif dans les maladies graves.
- Francine HIRSZOWSKI est Médecin généraliste, DIU acupuncture, DIU douleurs, soins palliatifs, DIU hypnose.
- Actuellement, mi temps médecin généraliste en centre médico-social, mi temps en hypnose et EMDR IMO.
- Titulaire de Certificat délivré par France EMDR - IMO ®.
Dans le cas de Bruno, les symptômes neurologiques progressifs ont conduit au diagnostic d’une maladie orpheline affectant la myéline. Approche thérapeutique : Outre les traitements classiques (bendamustine et rituximab), Bruno, shaman et praticien en PNL, a été accompagné dans une démarche d’auto-hypnose. Il a élaboré un conte métaphorique où les chevaliers blancs protègent la myéline contre les cavaliers rouges, rebelles destructeurs.
Grâce à des « nuages de javel » qui transforment les cavaliers rouges en chevaliers blancs, Bruno visualise une transmutation bénéfique. Auto-hypnose et placebo : Bruno pratique cet exercice quotidiennement, accompagné de musique épique. Il ressent une amélioration notable de sa marche et une stabilisation de sa dégradation neurologique.
Cette démarche renforce l’effet placebo.
Conclusion : L’implication active du patient dans sa prise en charge, notamment par l’auto-hypnose, renforce l’efficacité des traitements et favorise le retour au mouvement. Le cas de Bruno illustre la puissance du récit métaphorique et du conditionnement positif dans les maladies graves.
- Francine HIRSZOWSKI est Médecin généraliste, DIU acupuncture, DIU douleurs, soins palliatifs, DIU hypnose.
- Actuellement, mi temps médecin généraliste en centre médico-social, mi temps en hypnose et EMDR IMO.
- Titulaire de Certificat délivré par France EMDR - IMO ®.



